Depuis 2013 un groupe de parlementaires socialistes, que les médias appellent « frondeurs », s’opposent à certaines mesures prises par le gouvernement et notamment la loi El-Khomri : « Il y a dans la gauche de gouvernement deux projets, deux visions du monde et du code du travail, l’une d’inspiration libérale et l’autre réformiste, qui sont aujourd’hui en débat » (Christian Paul, député PS).

Ce groupe se pose donc en défenseur de la ligne « réformiste » face à la dérive « sociale-libérale » du gouvernement incarné par Manuel Valls et Emmanuel Macron, accusés d’être des « tartuffes », de « faux socialistes ». Traditionnellement le PS, en tant que parti social-démocrate, voulait relancer la croissance en soutenant le pouvoir d’achat (la demande) et par ce biais relancer la production (en opposition avec une politique dite de droite qui privilégiait l’offre au détriment du marché). Désormais, face à la crise du capitalisme et à la concurrence acharnée des autres impérialismes, la bourgeoisie française est conduite, pour préserver ses intérêts à pressurer toujours plus le travail. Le gouvernement de Hollande applique donc une politique « libérale » qui vise à perfuser le capital par des aides (CICE, Pacte de responsabilité…) et à réduire les salaires.

C’est cette politique économique, sociale-libérale assumée, que les frondeurs ne peuvent accepter. Ils restent attachés aux vieux ressorts de la social-démocratie, c’est-à-dire de tromper les masses en faisant croire que si le capitalisme n’est pas un système parfait, on peut le rendre supportable, mais sans jamais aborder la question du pouvoir et du renversement du capitalisme. De conserver l’utopie qu’on peut résoudre la crise, en ne remettant pas en cause le système lui-même, mais en l’améliorant.

A cet effet les frondeurs ont proposé un contre-projet à la loi travail. Leurs solutions sont du déjà-vu : aides publiques, emplois aidés, soutien au monde associatif, respect des 35h…etc Seules nouveautés l’accent porté sur le numérique présenté comme le nouvel eldorado à emplois (or le progrès ne résout en rien le conflit entre capital et travail). En revanche, ils partagent en partie les critiques du gouvernement sur la justice prudhommale jugée trop lourde et veulent promouvoir un syndicalisme « responsable », véritable « partenaire social », sur le modèle allemand en excluant les « gauchistes » de la CGT.

Il n’y a rien qui dans ces propositions traduise un progrès pour les travailleurs ou une remise en question du capitalisme. Les frondeurs sont l’expression d’un malaise au sein du PS sur la ligne adoptée par le gouvernement et traduisent les divergences qui peuvent exister au sein de la bourgeoisie française. Ceux qui croient que les frondeurs peuvent constituer un relai à la contestation sociale ou des « alliés » politiques se fourvoieront dans le réformisme le plus plat. Ils continueront de répandre des illusions parmi les masses en prétendant que la solution se trouve au sein du jeu politique bourgeois. La solution ne peut être que dans le développement des luttes et de la conscience anticapitaliste de la classe ouvrière, dans la constitution d’un parti indépendant de la bourgeoisie et de ses illusions réformistes.