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Depuis sa victoire lors de la bataille sur la réforme des retraites de 2010, la bourgeoisie n’a de cesse d’imposer des contre-réformes qui facilitent les licenciements. L’ANI, la loi Rebsamen, la loi El Khomri, les récentes ordonnances. Macron donne un pouvoir plus étendu au patronat pour mettre à la rue des milliers de salariés. Dans le même temps, ces contre-réformes amoindrissent les possibilités des salariés de se défendre. Les premiers effets de ces lois anti-ouvrières pointent déjà le bout de leur nez dans beaucoup d’entreprises (PSA, Pinky, Carrefour…), pour beaucoup de salariés.

 

Des droits qu’il faut imposer par la lutte 

 

Jamais les gouvernements bourgeois n’ont donné de droits aux salariés pour s’opposer aux licenciements. La classe ouvrière a dû se battre, mener des grèves, des mouvements durs pour imposer certains droits. Et puis le rapport de force aidant, la bourgeoisie a cédé quelques droits pour acheter la paix sociale. C’est notamment des recours devant les tribunaux afin de contester les licenciements et leurs motifs. Cependant, si un rapport de force de classe n’est pas constitué en amont, cette justice avantage toujours le capital, et n’a jamais réussi à faire reculer la sacro-sainte propriété bourgeoise. Tout au plus, a-t-elle permis de défendre les droits minimums des salariés, donner des contreparties plus ou moins avantageuses. Aujourd’hui pourtant, même la possibilité de recours en justice est devenue un frein aux plans de la bourgeoisie. C’est en partie à cela que s’attaquent les dernières lois anti-ouvrières. Pour ces raisons, le syndicalisme de conciliation, d’accompagnement avec le capital condamne les salariés à la défaite et à accepter des mesures qui vont accroitre l’exploitation capitaliste. Le devoir de tout militant est de rompre avec le syndicalisme « de dialogue social » et construire partout un syndicalisme qui lutte classe contre classe.

 

Une lutte quotidienne qui renforce l’unité et les solidarités de classe

 

Malgré les échecs successifs sur le terrain national, les luttes n’ont pas cessé et même se développent localement face aux fermetures d’entreprises. Le cas le plus emblématique de cette dernière période est la lutte des salariés de GM&S, qui depuis plus d’un an, luttent sans relâche pour préserver leurs emplois. Et ces salariés qui ne baissent pas les bras et ne se laissent pas berner par les discours des patrons et des politiques bourgeois ont raison. Ils refusent d’accepter que la bourgeoisie détruise leur vie, et les divise par de mauvaises solutions de reprises. Si leur lutte a pu durer aussi longtemps, si les salariés ont pu aussi préserver au moins une année de plus leurs emplois, c’est grâce au bras de fer engagé par les salariés de GM&S qui ont su faire de leur lutte un symbole national du combat contre les licenciements.

Pour pouvoir contester les licenciements dans la durée, il est important de contester la logique du système capitaliste qui sacrifie les salariés sur l’autel des profits. Avoir un rapport de force nécessite d’avoir un syndicat d’entreprise puissant, qui fonctionne et organise les revendications des salariés, sache les mobiliser. C’est une lutte quotidienne de plusieurs années mais la condition préalable pour résister aux plans de licenciements des patrons. La conscience de classe et de lutte des salariés de GM&S leur a permis de contester les motifs de fermeture de l’usine et mobiliser leurs collègues. Pour s’opposer aux plans de licenciements, la première tâche est de chercher les motifs véritables de la fermeture car les équipes patronales masquent les véritables causes. Il est donc possible de créer une commission élue en assemblée générale qui enquête et rende publiques ses conclusions. La seconde tâche est de constituer un rapport de force basé sur la revendication du refus de la fermeture et pour le maintien des emplois. Les salariés qui acceptent la logique du plan de licenciement en acceptant la négociation de primes comme revendication de leur rapport de force se placent sur le terrain de la défaite. Dans tous les cas, ils obtiennent moins que s’ils se battent pour le maintien des emplois.

 

Organiser la lutte de manière autonome face aux partis bourgeois et réformistes

 

Une condition importante pour faire reculer le patronat est l’autonomie de la lutte face au pouvoir politique bourgeois et aux élus. S’il peut être nécessaire d’interpeler les élus municipaux ou nationaux, il est essentiel de garder une autonomie de classe dans la revendication du maintien des emplois. Ce qui importe dans la lutte, est l’organisation de la solidarité au sein des entreprises voisines, la mobilisation de soutiens locaux et régionaux en faisant appel à la population. C’est la construction de ce front de lutte qui renforcera avant tout la lutte contre les licenciements.

Pourquoi faut-il se méfier des partis politiques du capital et des réformistes ? Parce qu’en général, ils sont impuissants face aux lois du capitalisme. Surtout, dans leur politique générale, ils sont de fervents soutiens de ce système. S’ils font mine de soutenir les salariés (même en donnant de l’argent ou en interpelant les patrons ou le gouvernement), ils finissent par se ranger contre eux dès que les travailleurs veulent aller plus loin, ou ne pas accepter les compromis que proposent les patrons. C’est le cas des GM&S qui critiquant l’offre de reprise ont subi des attaques et des pressions du pouvoir politique pour qu’ils cessent leur lutte. Le porte-parole actuel du gouvernement, Benjamin Griveaux, estimait que les syndicalistes de GM&S « ne sont pas dans un travail de coopération (…) Ils mettent en péril la reprise de l’entreprise » (Europe 1, 6/10/17).

Les salariés ne peuvent compter que sur leurs propres luttes pour résister aux exigences patronales. Bien entendu, lutter politiquement contre les licenciements est essentiel : les luttes ouvrières ont besoin d’un parti politique anticapitaliste, un parti communiste qui défende les intérêts politiques immédiats et à long terme des travailleurs. Mais cela nécessité d’écarter tout soutien aux formations politiques pro-capitalistes et anti-ouvrières.

 

L’Etat bourgeois est au service des licenciements

 

L’appareil d’Etat n’est pas un allié dans la lutte contre les licenciements. L’Etat, sous le capitalisme, aide en permanence les patrons. Le cas des GM&S est emblématique et révélateur du rôle que tient l’Etat. Premièrement, il lance des attaques idéologiques en marginalisant les salariés. Tout le monde a en tête les propos de Macron à l’encontre de la lutte des GM&S. Mais il n’est pas le seul, avant lui Jospin avait dit qu’ « il ne faut pas tout attendre de l’Etat », ce qui signifie que l’Etat dans ce système est incapable de répondre aux besoins des salariés. Politiquement, et que les gouvernements soient de droite ou de gauche, l’Etat a mis en place des contre-réformes politiques allant toutes à l’encontre des intérêts des salariés. Depuis plus de 30 ans, aucune mesure n’améliore la condition des salariés dans l’entreprise. Au niveau économique, le fardeau de l’effort pour sortir de la crise repose sur les salariés. Le capital avec l’Etat font peser tout le poids de la crise sur les salariés en facilitant les licenciements et en aidant le patronat à se restructurer avec des simulateurs permettant aux patrons de prévoir combien leur coûtera une restructuration (1). Enfin, l’arme de la répression est utilisée par l’Etat sur les ouvriers en lutte. Souvenez-vous des CRS chargeant le cortège des GM&S.

Enfin, certains prétendus amis de la classe ouvrière peuvent devenir des ennemis. C’est le cas de Syriza en Grèce avec son gouvernement de « gauche radicale »  qui s’attaque au droit de grève. Voici ce qu’en dit le Parti communiste grec (KKE) : « avec ce nouveau paquet de mesures, le gouvernement, entre autre, a l’intention de porter un coup au droit des travailleurs de déclarer une grève. Selon le nouveau projet de loi, pour qu’un syndicat de base puisse déclarer une grève, 50% des membres inscrits devraient être d’accord avec cela. En effet, le gouvernement tente d’adopter cela sous prétexte de «démocratie», alors que dans les lieux de travail domine le terrorisme des employeurs, le risque de licenciement pour participation aux luttes, surtout dans des conditions où le taux de chômage est particulièrement élevé »(2).

 

La solution définitive au problème des licenciements est la sortie du capitalisme

 

La production, dans le système actuel, se réalise en fonction des profits qu’obtiennent ceux qui possèdent les entreprises, c’est-à-dire les capitalistes. Dans le cadre de la concurrence mondiale, les entreprises cherchent à baisser leurs coûts de production. Elles investissent leurs capitaux en fonction du profit qu’elles escomptent obtenir. Si les profits escomptés ne sont pas au niveau de la concurrence, les entreprises délocalisent, restructurent leur production. Ainsi, les plans sociaux, les licenciements sont à l’ordre du jour. L’ouverture ou la fermeture d’entreprise n’a pas pour raison la volonté de répondre aux besoins humains, mais la recherche égoïste du profit. La majorité de la société est à la merci du chômage pour qu’une petite minorité puisse s’enrichir. Ainsi, le capitalisme n’est pas en capacité d’offrir un avenir sans peur du lendemain aux salariés. Il a d’ailleurs de plus en plus tendance à n’offrir que la peur du lendemain. Il faut donc sortir de ce système.

 

Développer la lutte anticapitaliste contre les plans sociaux

 

L’obtention de victoires face au calvaire des licenciements et des restructurations est politique et nationale. Il s’agit de remettre en cause un système d’ensemble, à la fois économique et politique, qui n’a d’autre objectif que l’enrichissement d’un pôle de la société au détriment d’un autre. Après l’application des ordonnances, la bataille de classe prend des allures plus locales où les salariés empêchent l’application des mesures anti-ouvrières entreprise par entreprise. La lutte n’est pas terminée et ne va pas s’arrêter demain. D’ores et déjà, des syndicalistes en lutte nouent des liens de solidarité entre eux. C’est par ce type de développements de la lutte que le mouvement sera en passe de préparer une nouvelle bataille, une nouvelle offensive cette fois nationale, qui devra aussi avoir une portée politique de remise en cause du système que défend le gouvernement.

Durant les luttes dures comme celles des GM&S, les salariés gagnent une expérience précieuse. Ils constatent que ce sont eux qui sont au cœur de la production. Cette expérience démontre un haut degré de conscience et de lutte de la part de certains secteurs. En l’absence d’un mouvement révolutionnaire organisé, ces expériences locales formant une avant-garde syndicale, démontrent concrètement la nécessité d’un dépassement du capitalisme, mais restent malheureusement impuissantes à transformer la situation politique nationale. Elles sont néanmoins un point d’appui essentiel au futur développement d’un parti révolutionnaire en France.

 

(1) Simulateurs sur des sites officiels des ministères et de l’Etat : https://www.service-public.fr/simulateur/calcul/bareme-indemnites-prudhomales    https://www.telerc.travail.gouv.fr/RuptureConventionnellePortailPublic/jsp/site/Portal.jsp?page_id=14

(2) KKE, http://fr.kke.gr/fr/articles/Activite-militante-multiforme-des-syndicats-contre-la-politique-antipopulaire/

Pour s’informer sur la politique syndicale des communistes dans les années 1920-1930,

l’ouvrage de Losovsky, Le programme d’action de l’Internationale Syndicale Rouge offre un condensé des moyens à mettre en œuvre pour vaincre le capital. Un livre que tout syndicaliste devrait avoir sur sa table de chevet.