Pour une histoire du Parti communiste français
I – La scission du Congrès de Tours, 1920
Jaurès et Lénine 

PRÉLIMINAIRE[1]

Pourquoi étudier aujourd’hui l’histoire du PCF

Cette histoire n’est pas seulement celle d’un parti entre les autres ‑ elle nous concerne particulièrement dans la mesure même où notre travail s’effectue en France.

C’est d’ailleurs le seul véritable internationalisme prolétarien que de lutter d’abord pour la Révolution dans son propre pays.

Cette histoire fait également partie de l’histoire du mouvement ouvrier et communiste international, qui est notre histoire.

Les Salves d’Octobre 1917 ne nous parviennent plus qu’assourdies. Comme si la Révolution d’Octobre n’avait été qu’un détail, dont il faudrait aujourd’hui se défaire. Comme si l’implosion, l’émiettement de l’URSS mettait en cause le marxisme, non pas celui des professeurs, mais le marxisme révolutionnaire.

Ce qui est en cause, c’est une dépossession de notre passé. Que la bourgeoisie effectue ce travail n’a rien pour étonner. Ce qui est étonnant par contre, c’est que la propagande de la bourgeoisie contre l’idée même du communisme est, sinon reprise en propres termes, du moins digérée et assimilée par le PCF. L’histoire du communisme au XXe siècle lui brûle les doigts, toute référence à Lénine  ‑ne parlons pas de Staline ‑ est oblitérée. Il y a comme un alignement du PCF sur les valeurs de la bourgeoisie: la violence révolutionnaire lui est devenue obscène. Comme toute mise en avant de la dictature du prolétariat. Le PCF aujourd’hui ‑ mais il ne s’agit pas seulement d’aujourd’hui ‑ se veut en quelque sorte « politiquement correct ».

Dans son Histoire de la Commune Lissagaray avait lancé cette dénonciation qui prend une valeur encore plus forte aujourd’hui:

Celui qui fait au peuple de fausses légendes révolutionnaires, celui qui l’amuse d’histoires chantantes, est aussi criminel que le géographe qui dresserait des cartes menteuses pour les navigateurs[2].

C’est un avertissement qui s’adresse aujourd’hui à ceux qui promènent ce mot « révolutionnaire » dans leurs têtes sans donner de contenu réel à leur discours. Quant aux autres, ils ont même brûlé ces cartes menteuses. Elles pouvaient encore servir à quelque chose.

Il faut donc se réapproprier notre histoire. Et ne pas répéter les erreurs des années 70 où c’est à reculons que l’on envisageait d’étudier le PCF pour savoir à partir de quand, 1956 – 1944 – 1936 il avait cessé d’être un véritable parti communiste. Sans bien savoir ce que l’on entendait par « véritable », par rapport à quoi, à quel modèle. On devrait mieux dire « à quelle mode ».

Revenons donc à 75 ans et quelques jours en arrière, au Congrès de Tours, en décembre 1920. Là où s’opéra la scission du parti socialiste unifié (unifié par référence au congrès de 1905 où Jaurès et Guesde se congratulèrent), Tours où fut votée à une grande majorité l’adhésion à la IIIe Internationale communiste.

Il ne faudra certes pas s’en tenir à cela. En effet ce qui nous importe ‑ ce n’est pas d’une histoire « universitaire » dont il s’agit ‑ c’est de voir comment, de Tours à aujourd’hui, le parti communiste s’est transformé en son contraire et de comprendre pourquoi. Retournement qui ne s’est pas effectué sans heurts, provoqué certes sous la pression des événements extérieurs, mais également grâce au poids de traditions proprement liées à l’histoire du mouvement ouvrier français, traditions sous-jacentes, affleurant par moments, combattues ou exaltées avant de devenir dominantes.

Pour simplifier on peut donner des noms à ces traditions, des visages, bien qu’il ne s’agisse pas des hommes en eux-mêmes, mais de leurs idées et sans séparer celles-ci du contexte dans lequel elles furent exprimées, de la position de classe dont elles étaient le reflet: on citera pêle-mêle et dans des registres différents Descartes, Babeuf, Sylvain Maréchal, Robespierre et ce que l’on a appelé le jacobinisme, Condorcet, Blanqui, Guesde et Jaurès. La liste n’est pas exhaustive! Grossièrement c’est que l’on peut appeler, pour reprendre le titre d’un livre de Roger Garaudy, Les Sources françaises du socialisme scientifique[3], Continuité ou non entre ces sources de chez nous et les sources étrangères ‑ Marx, Engels, Lénine, Staline, ou bien rupture, bond en avant. Synthèse de ces sources, opposition irréductible entre elles, primauté au marxisme, au léninisme? C’est une question essentielle et qui se pose dès 1920. Et qui se posera tout au long de l’histoire du PCF.

De toute façon la Révolution, quelle que soit sa version, est-elle à l’ordre du jour dans cette France de 1920?

C’est la première question à laquelle on essaiera de répondre. Dans la foulée, si je puis dire, on se demandera de quelle nature a été l’aide apportée par la classe ouvrière française et le parti socialiste à la Révolution d’Octobre menacée par l’intervention étrangère, la guerre civile, puis en 1920 même au moment de la guerre avec la Pologne.

Il faudra ensuite voir les notions sur lesquelles s’opposent adversaires et partisans de la IIIe Internationale, que cela soit avant ou après l’exigence posée par le IIe Congrès de l’IC des 21 conditions. Et ceci tout aussi bien dans le cadre du Parti socialiste que dans celui de la CGT.

Dernier point enfin: quelle est la nature du Parti qui sort du Congrès de Tours.

Une courte parenthèse pour définir le sens donné ici à quelques termes.

Il peut arriver que l’on emploie, pour des facilités de langue, prolétariat et classe ouvrière comme synonymes. Bien entendu il ne s’agit pas de la même chose. Et contrairement à certaines idées qui traînent encore ce n’est pas le prolétariat qui contient la classe ouvrière. L’emploi du mot prolétariat dans ce sens est lié au début du XIXe siècle et notamment à Blanqui[4]. Pour Lénine, le prolétariat est l’avant-garde de la classe ouvrière. On ne donnera qu’une courte définition: « La grande production et les machines, base matérielle et psychologique (souligné par Lénine) du prolétariat[5]. »

Il faut également rappeler ‑ contre tout ouvriérisme, qu’une classe ou fraction de classe n’est pas révolutionnaire en soi, par sa propre existence en tant que classe. Il faut qu’elle s’approprie sa mission, qu’elle devienne une classe pour soi.

Il existe beaucoup de définitions pour caractériser ce qu’est une classe sociale. On choisira celle que donnait Lénine en 1919:

On appelle classes de vastes groupes d’hommes qui se distinguent par la place qu’ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale [pour nous le mode de production capitaliste, il n’y a rien de changé], par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par les lois) vis-à-vis des moyens de production, par leur rôle dans l’organisation sociale du travail, donc, par les modes d’obtention et l’importance de la part de richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d’hommes dont l’un peut s’approprier le travail de l’autre, à cause de la place différente qu’il occupe dans une structure déterminée, l’économie sociale[6].

Et puis, il faut être bien clair sur un point: le Parti communiste n’est pas le parti d’une classe, il est le parti de l’avant-garde du prolétariat, et le parti doit entraîner l’ensemble du prolétariat et de la classe. C’est cela le parti selon Lénine. En 1920 Zinoviev est sur les mêmes positions. « Il convient de distinguer avec le plus grand soin entre classe et parti ». Dans la classe ouvrière « de nombreuses tendances réactionnaires peuvent exister ». « La tâche du communisme n’est pas de s’adapter à ces éléments arriérés de la classe ouvrière, mais d’élever toute la classe ouvrière au niveau de l’avant-garde communiste[7]« .

I. LA PRÉHISTOIRE

1. Repères sur la période avant 1914

Par nécessité on sera bref sur la période qui a précédé la Première Guerre mondiale. Encore que, comme l’écrivait Engels en 1887:

Celui qui s’occupe quelque peu profondément du socialisme moderne doit également prendre connaissance des « points de vue dépassés » du mouvement.

Plus d’un siècle après Engels, prendre simplement connaissance des « points de vue dépassés », de ceux qui étaient dépassés à son époque, de ceux qui l’étaient en 1920 et de ceux qui le sont aujourd’hui, demanderait un travail titanesque que seul un « véritable » parti communiste pourrait entreprendre. Toujours ce mot « véritable »… Mais il faudrait qu’il soit « véritable » pour se dépêtrer de ce qui est « dépassé » et de ce qui ne l’est pas.

Pour la période qui précède la guerre de 14 nous nous contenterons d’une référence au livre de Losovsky sur Marx et les syndicats, publié en français en 1933 [8]. Losovsky a été secrétaire d’un syndicat à Paris, avant la guerre de 14, avant de devenir secrétaire de l’Internationale Syndicale Rouge.

On a souvent entendu parler de « léninisme à la française », de « stalinisme français », de « communisme français », de « socialisme à la française » et ceci de part et d’autre. Losovsky, dirigeant de l’ISR, quant à lui, dénonce l´ »exclusivisme » du marxisme français.

Si Losovsky considère que Guesde a été le meilleur marxiste de France, c’est pour ajouter aussitôt que son marxisme ne provenait pas toujours de Marx.

Il y mettait toujours quelque chose de son cru. [ses « balivernes » sur le salaire minimum – rationalisme]. Le marxisme français en la personne de Guesde, de Bracke et de quelques autres, a sanctifié la guerre de rapine comme la dernière guerre, comme la lutte de la démocratie contre le militarisme. […].

Comment expliquer cela? C’est que le marxisme français, de même que tous les courants socialistes et anarchistes en France, était atteint de la maladie de l’exclusivisme. Les socialistes français se considéraient comme les héritiers de la « grande révolution » et voyaient toujours dans la France le nombril du monde. Le marxisme français devenait de plus en plus national, parallèlement à l’accroissement de l’impérialisme français, ce qui revient à dire qu’il a cessé d’être du marxisme. Cette castration de l’esprit révolutionnaire se faisait sous l’influence des mêmes causes qu’en Allemagne. Marxistes français et allemands ont fait faillite, ont trébuché le même jour et sur le même pavé patriotique; le marxisme français est devenu national, mais quand la nation refoule la classe, il n’y a plus de marxisme[9].

2. Une lutte non révolutionnaire contre la guerre

Selon Pierre SEMARD, cheminot syndicaliste qui deviendra secrétaire général du Parti communiste français:

La parole de LÉNINE de 1914 annonçant la faillite de la IIe Internationale et la nécessité de créer une troisième Internationale fidèle à la première fondée par MARX, avait été entendue. En effet, dès le début de la guerre, un certain nombre de militants socialistes et syndicalistes révolutionnaires, isolés ou réunis en petits groupes, comme celui de la Vie ouvrière, s’étaient dressés courageusement contre le social-patriotisme et avaient cherché plus ou moins confusément la voie vers une Internationale nouvelle[10].

Un exemple: la lettre de démission du Comité confédéral de la CGT envoyée par Pierre MONATTE en décembre 1914 [11].

Il ne faut pas confondre ce mouvement avec l’opposition socialiste minoritaire (MAYÉRAS, LONGUET), qui commença à se manifester dans les conférences nationales et les congrès du parti socialiste à partir de mai 1915 (motion de la Haute-Vienne). Cette opposition ne dépassa jamais la simple revendication d’une conduite plus « démocratique » de la guerre et de l’ouverture de négociations en vue d’une paix « juste », « sans vainqueurs ni vaincus ».

En France, le mouvement d’opposition contre la guerre impérialiste fut toujours beaucoup plus pacifiste et sentimental que prolétarien et révolutionnaire[12].

Les deux conférences internationales de Zimmerwald et de Kienthal (1915‑1916), malgré la position anti-révolutionnaire des participants venus de France eurent un certain écho dans la classe ouvrière et au sein du parti socialiste. Elles contribuèrent à la croissance du mouvement minoritaire dans la vieille CGT, comme au renforcement de l’opposition pacifiste au sein du parti socialiste. Et à développer le Comité pour la reprise des relations internationales (août 1915) avec Merrheim, Monatte et Loriot, composée de syndicalistes révolutionnaires et de l’aile gauche du parti socialiste.

Mais ce Comité se borna toujours à une simple propagande à l’intérieur de la CGT et du Parti socialiste. Il voulait éliminer les dirigeants les plus acharnés à la poursuite de la guerre.

Il éditait bien quelques brochures clandestines (lettres aux abonnés de la Vie ouvrière), mais il ne les faisait parvenir qu’aux adhérents et sympathisants connus. Toutefois, la situation était telle que cette propagande sortait du cadre étroit qu’elle s’était fixée et rayonnait sur un assez grand nombre de soldats et de travailleurs.

Il [ce Comité] ne joua aucun rôle dans les mutineries et les mouvements de grève de 1917, il ne s’adressa jamais directement à la masse des soldats et des ouvriers[13].

Ce qu’il ne faut pas oublier à propos de Zimmerwald et de Kienthal c’est que les délégués français qui y participèrent (CGT et Parti socialiste) vont s’opposer à Lénine, qui sera minoritaire en défendant la transformation de la guerre impérialiste en révolution, au prix de la défaite de son propre pays.

En février 1918 la IIe Internationale réunit son Congrès à Berne. Le travailliste Ramsay MacDonald résume ainsi ses positions: « Pour Berne, le socialisme est l’État sous sa forme démocratique. En effet, la démocratie est devenue non seulement un mouvement réformiste, mais une idée constructive et économique[14]. »

La position de Berne par rapport à la Révolution d’Octobre 17 en Russie? « Toute la Deuxième Internationale est anti-bolchéviste. » Ramsay MacDonald précise: « Elle est, en fait, la seule vraie défense contre le bolchévisme ‑ en dehors des exécutions militaires[15]. »

Au Congrès du parti socialiste qui se tient en octobre 1918, les minoritaires de tendance centriste l’emportent par 1544 voix (LONGUET-CACHIN) contre 1172 (RENAUDEL) et 152 voix données à la motion LORIOT, de gauche. FROSSARD devient alors le secrétaire du parti et CACHIN remplace RENAUDEL à la direction de l’Humanité. Ce changement de direction n’impliquait pas une condamnation du socialisme de guerre.

En 1918, le Parti socialiste ne compte plus que 30 000 membres. Il en avait près de 80 000 en 1913.

II. SORTIE DE LA GUERRE – 1919

1. La situation de la classe ouvrière française au lendemain de la guerre

Quelques indications sommaires sur le contexte dans lequel vont se trouver, en 1919, la classe ouvrière et le parti socialiste.

Le coût en hommes de la guerre de 14‑18 s’établit comme suit: environ 1 300 000 morts au combat ou suite de blessures. Trois millions de blessés, plus d’un million d’invalides. On peut déjà signaler que dans les années qui viennent il y aura un recours important aux travailleurs étrangers (comme en 1945) et un rejet de ces travailleurs dès les premières menaces de chômage. Les destructions ont été massives tant eu bâtiments civils qu’industriels (20 000 usines). Sans parler des infrastructures voies ferrées, routes et de la terre (3 millions d’hectares).

Au niveau de la production, les effets sont catastrophiques: par rapport à 1913 l’indice est tombé de 50 %. Quant à la situation financière, elle est également désastreuse: emprunts massifs à l’étranger (les Américains détiennent 90 % de la créance), endettement vis-à-vis des particuliers, diminution des revenus extérieurs.

On compte sur l’Allemagne pour payer. De fait elle paiera peu. On peut également noter que la France a perdu son indépendance de grande puissance: elle ne dépend pas seulement de l’Allemagne pour les réparations, mais aussi de ses Alliés qui vont d’ailleurs cesser tout de suite de l’aider. Les États‑Unis ne signent pas le Traité de Versailles et développent une politique protectionniste. Il lui faut compter de plus sur le désordre monétaire international et la prépondérance que les États‑Unis vont développer.

En 1919, cependant, c’est l’euphorie de la victoire. Mais pas pour tout le monde. Les prix ont monté dès 1915 et les salaires n’ont pas suivi. Et le poids physique de la guerre a pesé principalement sur les paysans et les ouvriers. Dans quelle proportion, plus sur les épaules des paysans. Ce qui expliquera le vote des Fédérations rurales au Congrès de Tours contre le socialisme de guerre.

La part du prolétariat dans la classe ouvrière.

Du fait de la guerre, elle a augmenté, notamment dans la métallurgie, la construction des engins automobiles. Il ne faut pas oublier le rôle des femmes dans l’économie de guerre, leur combativité lors des grèves de 1917 et 1918. Ce qui est le plus étonnant, c’est leur « quasi disparition » en tant qu’actrices de l’histoire après le retour à la normale. De fait le travail des femmes est mal accepté: les conceptions proudhoniennes sont dominantes, les femmes doivent rester au foyer, la promiscuité du travail est mauvaise pour elles, etc. Et fait plus important pour le parti socialiste, elles ne votent pas. Il s’agit d’une population « mineure » dans tous les sens du terme.

Quant au sort de la main d’oeuvre étrangère « importée », par exemple les 100 000 Vietnamiens, les 50 000 Chinois employés soit à nettoyer les tranchées des cadavres, soit plus massivement dans les usines, il n’en est guère question. Il n’y aura guère de références à la situation des étrangers, sinon en 1920, au Congrès de Strasbourg du parti socialiste, de la part de Charles Rappoport. Il suggère que les députés socialistes demandent à la Chambre l’abrogation de

cette loi infâme, en vigueur dans tous les pays capitalistes, d’après laquelle un pays peut chasser de son sol un étranger, comme un chien, parce que ce pays dit: « C’est ma terre! »[16]

Ce prolétariat, cette classe ouvrière sont-elles syndiquées?

La CGT que dirige Léon Jouhaux depuis 1909 a vu ses effectifs diminuer pendant la guerre. Du fait de la mobilisation, du fait aussi de la politique de collaboration menée par les principaux dirigeants syndicaux. Il y a un socialisme de guerre. Il y a aussi un syndicalisme de guerre qui collabore avec le gouvernement sans états d’âme.

2. Réactions après la constitution de la IIIe Internationale, mouvement ouvrier et socialiste

La nécessité d’une IIIe Internationale, Lénine l’a envisagée dès le 1er novembre 1914 dans un article du Social-Démocrate. « À la IIIe Internationale revient la tâche d’organiser les forces du prolétariat en vue de l’assaut révolutionnaire contre les gouvernements capitalistes, de la guerre civile contre la bourgeoisie de tous les pays pour le pouvoir politique, pour la victoire du socialisme[17]! » L’Internationale c’est « le rapprochement (d’abord idéologique, et ensuite, le moment venu, sur le terrain de l’organisation)[18]« .

Lorsque la IIIe Internationale fut effectivement fondée en mars 1919, dix-huit mois après la Révolution d’Octobre il n’existe en France non seulement aucun parti communiste, mais même pas une organisation constituée qui se réclame des principes du bolchévisme[19].

En avril 1919 les syndicalistes révolutionnaires avec Pierre Monatte et Alfred Rosmer font reparaître la Vie Ouvrière pour promouvoir l’alliance du syndicalisme et du bolchévisme. C’est en quelque sorte la réponse politique au Programme minimum de la CGT présenté par Léon Jouhaux fin 1918. Son idée maîtresse est le productivisme dans le cadre de l’État-Nation. Sans qu’il y ait caractérisation de l’État.

Au lendemain de ce Ier congrès constitutif de l’IC, le parti socialiste unifié votait dans son congrès de Paris, du mois d’avril, une résolution par laquelle il maintenait son adhésion « sous condition » à la IIe Internationale.

En mai 1919 se constitue le Comité de la IIIe Internationale (Loriot, Monatte, Rosmer, puis Souvarine) dont la fraction socialiste décide d’oeuvrer dans le Parti. Ce n’est pas la succession directe du Comité pour la reprise des relations internationales. Ses bases idéologiques sont plus que floues. Le nouveau Comité regroupe anarcho-syndicalistes, socialistes de gauche, anarchistes et éléments jeunes nés de la guerre, sans expérience du mouvement ouvrier, sans liaison avec les masses. Ce Comité c’est le lieu de rassemblement des diverses forces résolument hostiles aux hommes de l’Union sacrée. Son objectif n’est pas de construire un parti communiste capable de diriger la révolution en France mais de détacher le parti socialiste de la IIe Internationale, de le lier à la IIIe. Il entend cristalliser l’espoir né de la Révolution d’Octobre pour changer la société en France.

Mouvement social

Face à la création de la IIIe Internationale, à l´ »agitation » sociale qui risque de se politiser, à sa crainte d’un Premier Mai révolutionnaire le gouvernement se résout à promulguer le 23 avril 1919 la loi sur la journée de 8 heures. (Généralement 10 heures.)

Ce geste du gouvernement sur les 8 heures n’est pas suffisant, loin de là. Le 1er mai 1919 donne lieu à des manifestations qui, par leur nombre et leur violence, dépassaient de beaucoup celles d’avant la guerre. En juin et en juillet les luttes grévistes des métallurgistes, des ouvriers des transports et des mineurs effrayaient la bourgeoisie, qui faisait de nouvelles concessions. L’influence de la révolution russe devenait de plus en plus grande, et manifestement la classe ouvrière consciente était pour la IIIe Internationale sinon pour la Révolution.

Il faut souligner que ce 1er Mai est revendicatif. Il demande l’application de la loi sur la journée de huit heures. Il n’y a pas de revendication politique.

Échec de la grève du 21 Juillet 1919

La journée du 21 juillet 1919 devait être une journée internationale d’action contre l’intervention de l’Entente en Russie, contre le soutien des pays capitalistes à la contre-révolution, aux armées blanches. Pour la défense de la Révolution bolchéviste. Il y a de grands meetings en Angleterre, de très fortes grèves et manifestations en Italie. En France, rien. La grève générale a été décommandée par la CGT et le Parti socialiste reste coi. Cette journée manquée, il faut le souligner, va marquer les relations entre les bolchéviks et la France. Lénine, dans ses Notes d’un publiciste (début 1920) évoque en réponse à Jean Longuet « l’échec de la grève du 21 juillet 1919 ». Pourquoi donc Longuet ne chargerait-il pas quelqu’un de constituer un dossier européen sur la question? Une véritable « éducation socialiste » ne serait-elle pas « la divulgation constante des fautes des leaders et des erreurs du mouvement« . De Moscou il ne connaît qu’un extrait du journal l’Avanti ‑ du Parti socialiste italien ‑ « où se trouve divulgué le misérable rôle joué dans cette affaire par un des plus ignobles social-traîtres (ou anarcho-traîtres?), l’ex-braillard syndicaliste et antiparlementaire Jouhaux[20]« .

Élections

Les premières élections législatives de l’après-guerre, le 16 novembre 1919 furent décevantes pour le Parti socialiste qui avait fait une campagne « bolchévisante », ce que la droite du parti reprocha. Ce fut le triomphe de ce que l’on a appelé le Bloc national.

Échec au demeurant relatif puisque le parti socialiste recueille quand même 1 700 000 voix.

Quant aux adhésions elles allaient atteindre un niveau record. Elles n’étaient cependant pas du goût de tout le monde.

Adhésion sentimentale ou intéressée, écrira Frossard ayant quitté le Parti en janvier 1923.

Il parle avec mépris de ces dizaines de milliers de jeunes adhérents. Ils sont « ignorants du parti, de sa doctrine, de son histoire, de sa tradition, de ce qu’il représentait d’efforts patients et pénibles, de dévouements obscurs et de sacrifices, d’influence morale, d’autorité politique ». Ils sont « jetés sans préparation dans nos luttes intérieures. Naturellement, ils prennent tout de suite position et se portent aux extrêmes. »

Mais un révolté n’est pas un révolutionnaire. On ne naît pas socialiste, on le devient.

La génération de l’armistice n’a ni le temps ni le goût de le devenir. […] Elle traite le parti comme un pays conquis, et elle pousse à la scission. Nos réunions de section deviennent de véritables batailles rangées[21].

Trois Internationales

Les luttes intérieures dont parle Frossard, c’est la question des Internationales. Et ce qu’implique l’adhésion à telle ou telle.

Début 1920, il y a trois Internationales en présence. La IIe qui réunit les dirigeants les plus compromis dans la guerre. On pourrait la qualifier de l’extrême droite du mouvement socialiste international.

Celle que l’on va appeler par dérision l’Internationale II et demi. Elle rejette en paroles la IIe Internationale et rêve de se fondre avec l’Internationale de Moscou, si celle-ci change de caractère révolutionnaire. Il faut en effet que les partis qui la composent comptent avec la sympathie qu’inspire la révolution bolchévique à leurs adhérents, et encore plus à leurs électeurs.

Et puis bien sûr il y a la IIIe Internationale.

Ces clivages, ces oppositions se reflètent bien entendu dans le parti socialiste français. Il y a la droite (Deuxième Internationale), au centre les Reconstructeurs, et la gauche du Comité de la IIIe Internationale. C’est le centre, les anciens minoritaires, qui gouvernent le parti.

Les adversaires les plus acharnés du bolchévisme, on peut les compter. Encore qu’il y ait des nuances entre eux. Disons Renaudel.

Pour les Reconstructeurs du Centre (les anciens minoritaires), c’est plus difficile, certains rejoindront la gauche.

En février 1920, au Congrès de Strasbourg du parti socialiste, ce sont encore les Reconstructeurs qui mènent le jeu. Il y aura un vote majoritaire pour quitter la IIe Internationale, mais sans pour autant adhérer à la IIIe. Et une mission d’enquête sera désignée pour aller, sur place, étudier le bolchévisme: sont désignés Longuet et Cachin. En fin de compte, c’est Frossard qui remplacera Longuet. La provocation vis-à-vis de Moscou était trop grande.

De fait, selon certaines analyses, il y aurait eu une majorité pour l’adhésion immédiate si certains délégués avaient respecté leur mandat.

III. MOUVEMENT OUVRIER GRÉVISTE OU RÉVOLUTIONNAIRE
SOUTIEN À LA RÉVOLUTION D’OCTOBRE ET AUX TENTATIVES RÉVOLUTIONNAIRES EN EUROPE[22]

Dans le livre signé par Jacques Duclos, Octobre 17 vu de France[23], il n’est fait mention que d’une seule action contre l’intervention de l’Entente en Russie, pourtant animée par le gouvernement français. Et il ne s’agit même pas d’une action. En octobre 1919, l’Union des Syndicats de la Seine demande aux ouvriers de « rechercher, chacun dans leur rayon d’action corporative quelle est l’aide matérielle apportée par eux dans le ravitaillement de la contre-révolution russe ».

De fait, les actions dont on trouvera mention concernent les dockers et les marins qui s’opposent à l’embarquement d’armes et de munitions pour les troupes de l’Entente et, en 1920, pour la Pologne en guerre avec la Russie, principalement aidée par la France. (On retrouvera à Varsovie Weygand, De Gaulle, et le colonel de La Rocque. 5 divisions polonaises ont été entraînées en France.)

1. Grève des chemins de fer. Arrestation des dirigeants du Comité de la IIIe Internationale.

Le Premier Mai 1920

Violents affrontements entre grévistes (métro, PTT), manifestants et la police: deux morts, de nombreux blessés, 103 arrestations. La Fédération des cheminots (374 000 syndiqués), le soir même, demande à ses adhérents d’entamer une grève générale illimitée. Mais la conduite de la grève sera confiée à Jouhaux qui mettra en avant le mot d’ordre de nationalisation des chemins de fer. Cette faute initiale ‑ confiance à Jouhaux ‑ permettra à ce dernier de la saboter en utilisant notamment la tactique des « vagues successives ».

Le gouvernement et les patrons se sont préparés à la grève. Elle sera qualifiée d’insurrectionnelle et ses dirigeants accusés de complot contre la sûreté de l’État, ce qui permettra de décapiter le mouvement.

Arrestation de Monatte le 3 mai pour complot contre la sûreté de l’État. Arrestation de Loriot le 6 mai. Les principaux dirigeants de la Fédération des cheminots seront arrêtés à leur tour: le 14 mai, Sirolle; le 19, Monmousseau. Puis, peu après, Souvarine, un des principaux animateurs avec Loriot du Comité de la IIIe Internationale. Des milliers de révocations (amnistie en 1925).

L’accusation de complot contre la sûreté de l’État ne sera pas maintenue et, en 1921, les emprisonnés seront acquittés et relâchés.

Cette grève n’était pas insurrectionnelle. Et ce ne fut même pas une grève générale.

La IIIe Internationale reprochera au Parti socialiste et à CGT de n’avoir pas saisi l’occasion de cette répression pour lancer un grand mouvement contre le gouvernement.

2. La question du soutien – Ni soutien actif ni projet révolutionnaire

A. Dénonciation de la passivité de la classe ouvrière française

Les Syndicats russes poseront la question du manque de soutien au prolétariat russe dans une Lettre envoyée tout début octobre 1920 au XVe congrès confédéral de la CGT, à Orléans[24]. Et ils accuseront.

Savez-vous que le drapeau de la réaction internationale, arraché des mains du tsarisme, a été relevé par la France dont les représentants ne se distinguent de ceux de la Russie tsariste que parce qu’en fusillant les travailleurs ils évoquent les principes de la grande Révolution française, tandis que nos généraux noirs et blancs évoquaient Dieu et le Tsar? Savez-vous, enfin, que ce travail « civilisateur » de votre gouvernement coûte à la Russie quelques centaines de milliers de vies de travailleurs?

Évidemment, vous savez tout cela. Mais si vous le savez, qu’avez-vous fait pour maîtriser le nouveau gendarme international et l’assassin de la liberté? Qu’avez-vous fait pour mettre aux fers votre bourgeoisie déchaînée? Qu’avez-vous fait, enfin, pour alléger les terribles souffrances du prolétariat russe, qui lutte seul à seul contre toutes les forces du monde capitaliste? Travailleurs, prolétaires de France, qu’avez-vous fait?

Discours à la Chambre, motions, appels, réunions publiques: de fait l’aide a été faible (principalement légaliste), qu’il s’agisse du Parti socialiste, de sa majorité du centre ou de sa minorité de gauche, de la CGT de Léon Jouhaux, où la ligne de collaboration de classe sera encore majoritaire à ce Congrès d’Orléans, ou qu’il s’agisse des syndicalistes-révolutionnaires. On ne se bouscule pas non plus à Moscou.

La Lettre s’en prend aux calomnies de la presse bourgeoise. Pour dénoncer, « dans ce choeur de voix hostiles au socialisme », « le glapissement de gens qui se disent chefs des Syndicats ouvriers. »

Et puis cette conclusion:

Si la Russie des Soviets était écrasée […] même ceux d’entre vous qui nous ont insultés pendant notre vie voteraient pour nous des résolutions de sympathie et s’indigneraient platoniquement, comme ils le font pour la Hongrie, des atrocités de la réaction triomphante. Nous vous remercions à l’avance d’une telle sympathie. Quand nous serons dans l’autre monde, nous n’aurons plus besoin de votre sympathie. Ce qu’il nous faut, c’est non une sympathie platonique pour l’avenir, mais un secours vivant, actif, énergique, à l’instant même, si du moins dans vos veines coule un sang prolétarien et non pas une eau empoisonnée par le venin de la bourgeoisie.

Mayéras, lors d’une « Controverse » organisée à Lille le 26 septembre 1920, pourra facilement ironiser:

Monter la garde autour de la Révolution Russe! Ah combien de chauds, de brûlants partisans de l’adhésion à la Troisième Internationale ont une étrange façon de monter cette garde.

Honneur, certes, à des dockers, notamment à ceux de Dunkerque, et à ces marins qui refusent de charger et transporter les munitions pour Wrangel et Pilsudski!

Mais que pensez-vous de ces ouvriers d’arsenaux et d’usines de guerre qui viennent de partir pour le Congrès Confédéral d’Orléans avec un mandat bolchéviste en poche mais fabriquent à force, moyennant de hauts salaires, fusils, canons, obus, avions, camions destinés à combattre la Révolution Russe? (Bruits. Protestations.)

Plus que jamais, s’il se trouvait que le Parti adhérât à la Troisième Internationale, faudrait-il qu’il lançât le mot d’ordre de refuser les fabrications de guerre à la Russie et ordonnât aux ouvriers non intéressés à ces fabrications de prélever sur leur salaire pour payer celui des travailleurs des arsenaux et usines de guerre en grève ordonnée par le Parti!

Si vous n’êtes pas décidés à cela, je considère vos votes pour la Troisième Internationale comme de misérables impostures[25].

B. Un soutien tardif… en mots

Le 12 octobre 1920, la Russie et la Pologne signent un Traité de Paix. Le 14 novembre l’armée Wrangel que la France soutient est défaite. Et à la fin du mois l’Armée Rouge attaque Makhno. L’étau se desserre. Non pas grâce à la solidarité internationale, mais par les seules forces de l’Armée Rouge dirigée par le Parti bolchévik.

Il y a eu trahison manifeste des dirigeants syndicaux solidaires de Léon Jouhaux. Et notamment de la part de Merrheim. Au Congrès d’Orléans de la CGT il prétend qu’un questionnaire a été adressé aux ouvriers pour « savoir s’ils étaient prêts à refuser de faire des munitions: sur 480 syndicats, 25 seulement se sont prononcés pour ». « Dans la Seine, des réunions ont été organisées aux portes d’usines où l’on fabriquait des avions: pas un ouvrier n’est venu y assister… »[26].

Cette déclaration de Merrheim est contredite quelques jours plus tard par l’Humanité qui signale que le Syndicats des métaux de la Seine ‑ bien qu’il ait maintes fois fait appel à ses membres pour le renseigner, ‑ ne connaît pas encore toutes les usines où l’on fabrique du matériel de guerre[27].

Et nous sommes en octobre 1920. Il y a deux ans que l’intervention a été déclenchée contre la Russie soviétique, que se développe la guerre civile. Il y a six mois que se déroule la guerre entre la Russie et la Pologne!

Et le syndicat des métaux de la Seine se demande encore s’il va être incapable d’empêcher les « camarades métallurgistes de fabriquer ce qui peut servir à tuer ceux qui luttent pour l’indépendance des travailleurs du monde »[28]:

Les métallurgistes ne feront pas plus longtemps le jeu des réactionnaires. Que chacun fasse son devoir: il est grand temps.

On se prépare toujours à l’action. Sans jamais passer à l’action.

« Un appel des Soviets aux ouvriers français. » sera publié dans L’Humanité du 4 octobre. Il sera moins mis en valeur (publié sur une colonne en deuxième page) que l’éditorial de Cachin du lendemain qui demande « d’examiner le problème d’une action pratique ».

Cette action pratique, les Soviets n’ont pas besoin de se poser mille questions pour la définir.

Pas un seul wagon, pas un seul navire ne doit être envoyé au camp de Wrangel. Cessez le travail dans les usines qui fabriquent des munitions pour Wrangel; organisez le contrôle des ouvriers dans les usines et sur les chemins de fer, afin de sauver vos frères de l’extermination sur les champs de bataille[29]!

Dans une réunion du 10 octobre 1920, la Commission exécutive de l’Union des syndicats de la Seine examine encore « dans quelles conditions s’appliquent, dans la région parisienne, la décision de l’Internationale syndicale interdisant la fabrication et le transport des munitions et du matériel de guerre. » Plus particulièrement avec les syndicats des métaux et de la voiture-aviation « une campagne par affiches et tracts » a été entreprise dans les centres de fabrication qui furent signalés.

Cette campagne va continuer par des réunions faites spécialement aux ouvriers et ouvrières travaillant encore pour la guerre[30]. »

Comme on peut le voir de fin 1918 à la veille du Congrès de Tours la classe ouvrière, si elle a été gréviste, n’a pas été révolutionnaire. Moscou, c’est un espoir. Sans doute. Sans aucun doute. Mais passer du rêve à l’action, c’est autre chose.

Comme l’écrira Losovsky:

Les hostilités finies, la classe ouvrière était pleine de haine et d’énergie, mais elle n’avait pas le désir de la lutte[31].

Pierre Semard lui répond:

Le mouvement de masse révolutionnaire se manifestait alors par les luttes grévistes d’une grande ampleur […][32].

3. Une situation non révolutionnaire

La situation en elle-même était-elle révolutionnaire en France? Elle l’était peut-être en 1917 si, comme l’indique Jean Fréville, au moment des mutineries on imaginait, dans des divisions entières, de marcher sur Paris. Pour passer de la colère, d’actes isolés, à l’action concertée, il manquait un parti et l’implantation de ce parti tant dans l’année que dans les usines.

En novembre 1918, la révolution n’était également pas à l’ordre du jour. L’absence d’un Parti et de son travail préalable.

Pour d’autres raisons également. Contrairement à la Russie où des milliers et des milliers de déserteurs s’étaient répandus sur les routes, nombreux avec leurs armes et à l’Allemagne vaincue où la démobilisation fut chaotique, en France l’immédiat après-guerre fut paisible de ce point de vue. La démobilisation ne fut même pas massive. Elle devait s’accomplir sur plusieurs mois, ce qui permit au gouvernement de limiter les risques. Et la bourgeoisie, celle d’un pays vainqueur, était tout à fait capable de gouverner.

La deuxième raison, c’est un député socialiste de droite, Mayéras, qui la souligne au Congrès de Strasbourg en février 1920, provoquant les partisans de la IIIe Internationale:

Guesde et Vaillant disaient qu’on ne faisait pas de révolution contre l’armée, mais avec l’armée.

La preuve s’en est faite en Russie et en Allemagne notamment. En France, hélas! on s’est hâté de rendre les fusils et les mitrailleuses, de restituer les canons […]. Ils ont lâché le fusil pour la prime de démobilisation. On leur a acheté leur fusil 250 francs, et ils l’ont donné. Ils ont ainsi vendu 250 francs l’arme de leur libération[33].

Cette partie de l’intervention de Mayéras a été violemment attaquée comme méprisante pour la classe ouvrière. Mais, si les armes ont été rendues, qui donc avait demandé de les garder? Ni les dirigeants du Parti socialiste, ni ceux de la CGT bien sûr. Ni la gauche du parti socialiste, ni les anarcho-syndicalistes, syndicalistes révolutionnaires, ni les anarchistes de la CGT.

De toute façon que les conditions objectives d’une situation révolutionnaire aient existé ou n’aient pas existé, ce qui manquait, ce sont les conditions subjectives.

4. Pourquoi le manque de soutien actif à la Révolution russe

Ce qui peut étonner, par contre, c’est le manque de soutien actif à la Révolution russe.

Sur cette question du soutien on a vu se multiplier les appels à son secours de la Révolution russe, et la colère face à un silence répété. Non pas le silence des mots, celui des actes. Fallait-il encore que pour que les mots d’ordre aient un effet quelconque qu’ils soient relayés dans les entreprises par des hommes liés entre eux par un objectif commun. Fallait-il des militants. Surtout, fallait-il que les ouvriers associent leur destin, leur volonté à un projet politique international, un projet politique révolutionnaire qui dépasse effectivement la seule sympathie, une identification vague.

Et il ne faut pas non plus négliger l’importance de la propagande anti-bolchévik. Quant à nombre de ceux qui prétendaient défendre la révolution russe, c’est en soulignant le prix de cette Révolution. Ce prix pourtant aurait été moindre si la classe ouvrière française l’avait concrètement aidée.

IV. PARTI-SYNDICAT

1. Des alliances fortuites

Tout se passe en 1920, et dans les années qui ont immédiatement précédé, comme si deux forces marchaient de conserve sans jamais vouloir se rencontrer pour passer à l’attaque: le mouvement socialiste et le mouvement syndical. Ce sont juste les avant-gardes qui commencent à se rencontrer, à se rapprocher.

Ainsi, au sein du Comité de la IIIe Internationale deux groupes co-existent: les communistes appartenant au parti socialiste et les syndicalistes-révolutionnaires. On remarquera que la question de l’indépendance syndicale n’est pas pour autant remise en cause. Ni par les uns. Ni par les autres.

Dans une perspective réformiste la CGT de Jouhaux, collabore, elle, avec le gouvernement. Elle peut bien collaborer également avec le parti socialiste. On en voit un exemple fin 1920 quand Jouhaux demande au groupe parlementaire socialiste d’appuyer la revendication CGT des nationalisations et de la prendre à son compte. Ce qui provoque l’indignation de certains membres de la gauche du parti, qui attaquent les nationalisations et ce recours à la fraction parlementaire en dehors de la CAP (Commission administrative permanente).

Il est vrai que si les rapports CGT-Parti socialiste ne sont pas bons, chacun campe avec ses troupes, en toute indépendance bien sûr, il y a entraide, division du travail réformiste.

2. Le Parti Socialiste et la classe ouvrière

Que pense le secrétaire du parti socialiste, Frossard, de la classe ouvrière? On peut le déduire de l’analyse qu’il fait du Parti socialiste indépendant d’Allemagne qui est (nous sommes en février 1920) la force politique socialiste la plus importante d’Allemagne. Il compte, au moment où parle Frossard, au Congrès de Strasbourg, environ un million d’adhérents; il a accru son effectif de 750 000 adhésions nouvelles en moins d’un an.

Il recrute presque exclusivement (je tiens à le signaler, car c’est une de ses faiblesses) dans les milieux ouvriers des grandes villes […][34].

Vous avez bien entendu, recruter dans les milieux ouvriers des grandes villes, est une faiblesse.

Ce n’est certes pas celle du Parti socialiste. Cela ne sera pas celle du Parti communiste dans ses premières années d’existence après le Congrès de Tours.

Lors de ce même Congrès de Strasbourg un délégué, Veyren, montrera du doigt cet écart, il emploiera le mot de « rupture » entre le Parti et la classe ouvrière. Tandis que siège le Congrès où se trouvent les dirigeants du parti et ses principaux militants il y a une grève à peu près générale des cheminots (c’est la première grève avant celle de mai), or, s’écrie Veyren « la classe ouvrière ne nous a pas informé officiellement de sa décision »[35]. On pourrait se demander pourquoi le Parti socialiste n’était pas au courant!

3. Ce que pense le Parti Socialiste de ses relations avec la CGT

La position du Parti socialiste par rapport à la CGT a été exprimée officiellement par Frossard lors de son voyage à Moscou (juillet 1920). Il souligne que

le mouvement syndical se développe d’une façon tout à fait autonome, en dehors de l’influence du Parti socialiste. On peut le regretter, mais c’est un fait dont il faut tenir compte. Notre CGT, qui compte plus de deux millions et demi de membres est jalouse de son indépendance. […]

Sans la CGT, le Parti socialiste ne fera pas la révolution en France. La CGT ne le fera pas sans lui. La conquête du pouvoir prolétarien dans notre pays ne se conçoit que par l’accord réalisé sur des bases d’égalité entre la CGT et le Parti. En d’autres termes, l’institution des Soviets de députés ouvriers et paysans serait impossible en dehors des syndicats; elle devrait s’adapter aux conditions de la lutte ouvrière en France[36].

Frossard, au Congrès d’Orléans de la CGT en octobre 1920 est plus clair.

Il considère toujours, même après ce que l’on a appelé sa « conversion », l’autonomie du mouvement syndical comme une nécessité française. Il pense « que la CGT ne peut pas se déterminer sous l’influence d’un parti politique, ce parti fût-il le sien. »

C’est Jaurès et c’est Vaillant, représentant la grosse majorité du Parti socialiste de France, qui ont toujours défendu contre Guesde et ses amis du Nord et du Pas-de-Calais, la thèse de l’indépendance nécessaire du mouvement syndical[37].

Frossard s’aligne ainsi sur la résolution du Congrès CGT d’Amiens en 1906 [38].

Le bout de l’oreille apparaît concernant sa conception de la dictature du prolétariat:

L’exercice du pouvoir prolétarien dans notre pays ne peut se concevoir que par l’accord réalisé sur les mêmes bases d’égalité entre ces deux formes du mouvement ouvrier[39].

Cachin, pourtant favorable à l’indépendance du syndicat, est pratiquement le seul à envisager la période précédant cet « exercice du pouvoir ». Ce qu’il demande au Parti et à la CGT, c’est « de s’entendre sur un programme commun de Révolution, de travailler chacun dans son autonomie à préparer les prolétaires à l’action décisive[40]« .

Pour Frossard le syndiqué socialiste ne doit pas oublier qu’il est socialiste. On est fort loin du point 9 des 21 conditions d’admission qui donne comme objectif de constituer des cellules communistes au sein des syndicats, des coopératives et des autres organisations ouvrières de masse. Le socialiste syndiqué de Frossard semble devoir porter seul son socialisme, comme un viatique, une boussole.

On est fort loin, à la veille du Congrès de Tours des thèses de Lénine et de la IIIe Internationale.

Pour les syndicalistes-révolutionnaires « indépendance » a un sens extrêmement restrictif. C’est ainsi que Gaston Monmousseau faisait adopter au Congrès national des cheminots par 171 037 voix contre 147 282 cet ordre du jour en avril 1920:

[Le syndicalisme] prépare l’émancipation intégrale des travailleurs qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d’action la grève générale, et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera dans l’avenir le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. […]. Tout programme d’action et de réalisation doit contenir en lui les réserves de l’avenir et permettre au syndicalisme de continuer sa mission libératrice sans que la réalisation d’un programme puisse cristalliser son action dans des formules définitives arrêtées à l’avance[41].

On verra Monmousseau défendre l’indépendance du syndicat devant Lénine, en 1922, avant d’adhérer au PCF en 1925 et devenir un dirigeant du PCF et de la CGT‑U, puis de la CGT. À la Libération, il dirigea une assez curieuse publication, Servir la France.

V. LE IIe CONGRES DE L’INTERNATIONALE COMMUNISTE ET LES « MISSIONNAIRES » DU PARTI SOCIALISTE

1. Pourquoi « Fermer la porte »

Une pitrerie de Paul Faure au Congrès de Strasbourg du parti socialiste, mais importante quant à la question des adhésions formelles à la IIIe Internationale, à la nécessité pour celle-ci de « fermer les portes ».

Un militant italien de droite [Modigliani], de passage l’autre jour à Paris, s’étonnait de nos discussions: « Aucun de nous n’a résisté en Italie, ajoutait-il. L’adhésion à la IIIe Internationale a été unanime. Cela consiste à adresser de temps en temps une carte postale à Moscou! » Il ne prétend naturellement pas qu’il en sera longtemps ainsi[42].

On peut déjà indiquer que ce fut la méthode utilisée par Frossard après le Congrès de Tours. Elle dura deux ans!

2. « Fermer la porte »

Parution début mai 1920 d’un article de Louis C. Fraina, secrétaire international du Communist Party of America, rendant compte de la Conférence d’Amsterdam (IIIe IC) des 3‑8 février et posant « les problèmes de l’Internationale ». Il en distingue quatre: « 1) le syndicalisme; 2) les fonctions d’un parti politique révolutionnaire; 3) les communistes resteront-ils dans les vieilles organisations opportunistes, pour « capturer » le parti, ou les scissionneront-ils? 4) la base d’admission dans l’Internationale communiste. »

L’ensemble des thèses adoptées par cette Conférence permet à Fraina de la situer comme « l’aile gauche de l’Internationale », ni sur les positions de l´ »opposition » allemande (quasi négation du parti), ni sur celles des « abstentionnistes » italiens (Bordiga, refus de toute action parlementaire). Par contre Fraina (jusqu’à son arrivée à Moscou et ses discussions avec Lénine) rejette toute action à l’intérieur des vieux syndicats. On verra plus particulièrement les points 3 et 4 qui sont comme une introduction aux « 21 conditions ».

Fraina écrit:

La conférence a catégoriquement rejeté la conception de l´ »unité du parti » ‑ une conception qui dégrade l’initiative et l’audace révolutionnaires, et qui, en ce moment, empêche l’organisation d’un parti communiste en France et en Espagne et retient encore dans le parti des traîtres à la révolution, des indépendants de gauche d’Allemagne. En Espagne et en France, la gauche veut « capturer » le parti socialiste au moyen de sa transformation interne. […]. L’appareil de l’ancien parti ne peut jamais devenir un instrument adéquat pour exprimer nos aspirations et notre tactique communiste; le simple fait d’une scission, d’une rupture définitive avec le vieux parti et la création d’un parti nouveau constituent en eux-mêmes un facteur considérable de développement de l’idéologie et de la pratique révolutionnaires. […]. Notre ennemi le plus dangereux est le centre: la « capture » d’un parti (ou son idéologie) signifie accord et unité avec le centre, tandis que la scission signifie séparation immédiate et rigoureuse d’avec le centre[43].

Le quatrième problème, un des « plus importants » et des « plus immédiats », c’est « la base d’admission dans l’Internationale ».

[…] des partis ou des groupes communistes dans presque tous les pays ont adhéré à l’Internationale; mais la vieille Internationale ayant maintenant volé en éclats, des partis socialistes, dans quelques-uns de ces pays, cherchent à être admis dans l’Internationale communiste ‑ les indépendants de gauche en Allemagne, l’American Socialist Party, la gauche de l’ILP en Angleterre, le parti socialiste d’Espagne et d’autres qui peuvent chercher à être admis comme le parti socialiste français (majoritaires Longuet), etc. Que faudra-t-il en faire? L’esprit des décisions et des thèses de la conférence est qu’il faut fermer à clef la porte de l’Internationale communiste pour l’interdire à ces éléments hésitants du centre, indésirables. Cette réponse au problème est soulignée par deux déclarations publiées récemment par le Comité exécutif de l’Internationale à Moscou, adressée l’une au parti social-démocrate indépendant d’Allemagne[44], l’autre au parti socialiste de France[45], dans laquelle ces organisations sont sévèrement condamnées, et prévenues qu’elles se trompent si elles s’imaginent pouvoir entrer dans l’Internationale communiste sans s’être épurées d’elles-mêmes des social-patriotes et des social-traîtres. Imaginons que le parti socialiste de France soit admis à l’Internationale communiste sans s’être lui-même épuré du centre et de la droite de Jean Longuet aussi bien que de Marcel Cachin[46]!

3. Le 14 mai 1920, c’est Zinoviev qui entre en scène:

Chaque jour, dans un pays, tantôt dans un autre des dizaines de résolutions sont adoptées affirmant l’adhésion de telle ou telle organisation à l’Internationale communiste. […] sous certaines conditions nous disons: Il faut mettre le verrou à la porte de l’Internationale communiste, il faut y mettre une garde sûre! […]. Au dernier moment, le Comité Exécutif de l’Internationale communiste a ajouté une nouvelle question à l’ordre du jour: « De l’attitude envers les tendances du centre qui n’acceptent que verbalement la plate-forme de la IIIe Internationale; et des conditions de leur admission dans la IIIe Internationale[47].

4. Le IIe Congrès de l’IC

Sans entrer dans le détail du IIe Congrès de l’IC et des journées qui précèdent son ouverture, on peut déjà dire que la prestation de Frossard et Cachin devant le Comité Exécutif fut assez mal accueillie. Devant les critiques qui leur étaient formulées, Frossard faillit quitter Moscou. Cachin devait le retenir.

Les points de désaccord étaient nombreux. La conception de la dictature du prolétariat (il y a un abîme, dira Lénine), le manque de travail dans l’armée et chez les paysans, l’attitude à l’égard des syndicats, le manque d’unité de vue dans l’Humanité, le manque de réactions après les arrestations de mai, la question des exclusions.

La mollesse des visiteurs français incita même le Congrès à durcir les conditions d’admission.

Un exemple des réserves de Frossard à propos des exclusions.

II ne s’agit pas de savoir dans quelle mesure une telle condamnation de certains de nos camarades est fondée. C’est là une question de discipline intérieure à notre Parti; son examen lui appartient et exclusivement. […]. Mais le Parti ne peut admettre, sans s’amoindrir, que l’exclusion de certains de ses membres lui soit imposée de l’extérieur[48].

Il faut faire « confiance » au Parti « pour que les engagements pris par lui soient obligatoires pour tous ses membres »[49].

5. L’entrevue avec LÉNINE des visiteurs français

Marcel Cachin rapportera ainsi, par la suite, l’intervention de Lénine:

Il déclara qu’entre la tactique opportuniste de notre Parti socialiste d’alors et les conceptions de la dictature du prolétariat de l’Internationale communiste, il y avait un abîme. Il était nécessaire que le Parti français se rendit clairement compte de cet état de choses. Ce n’est pas, ajouta Lénine, que nous vous demandions de faire la Révolution tout de suite. Il ne peut être question de poser ainsi le problème ni pour les Français, ni pour les Italiens, ni pour les Indépendants d’Allemagne qui postulaient avec nous leur adhésion à l’Internationale communiste. Mais ce qui est essentiel, ce qui est à vrai dire la condition unique d’une action commune avec Moscou, c’est de préparer, sans perdre un jour, les conditions d’une lutte sérieuse et efficace contre le régime impérialiste.

Pour cela il faut rompre d’urgence avec des méthodes vicieuses. Ainsi, dit Lénine, voici l’Humanité que nous lisons ici avec grand soin (il la tenait toute ouverte dans ses deux mains). Eh bien, l’on ne trouve dans le journal aucune unité! Au contraire, des affirmations contradictoires s’y heurtent chaque jour, et souvent dans la même page. Les uns, comme vous, prennent la défense de la Révolution russe; d’autres, la combattent ouvertement et font appel, pour la détruire aux impérialistes de leur pays. Les uns professent l’opportunisme le plus vulgaire; les autres s’efforcent de lutter contre cette néfaste attitude. Comment voulez-vous que les travailleurs s’y reconnaissent à travers ces opinions opposées? L’oeuvre du journal du Parti doit être une oeuvre d’éducation, d’explication, de vulgarisation des idées qui guideront les travailleurs vers leur libération. Mais cette tâche, il faut qu’elle soit formulée nettement. Surtout, il ne faut évidemment la confier qu’à ceux qui la poursuivent par une lutte prolétarienne énergique et bien organisée. […].

Vous devez confier la propagande du journal et aussi la propagande orale à des camarades sûrs, éprouvés, fidèles, à l’avant-garde du prolétariat et instruits de la doctrine marxiste. Bref, si l’Humanité veut remplir sa mission, qu’elle renonce, d’abord, à exposer sur le même plan les thèmes les plus opposés! Qu’elle soit cohérente et logique! L’action du Parti exige les mêmes conditions!

En outre, dans les Partis de l’Internationale communiste, tous les membres doivent obéir à une discipline rigoureuse. La direction doit être confiée à des organismes centralisés, démocratiquement centralisés. Les résolutions de ces organismes centraux doivent être suivies à la lettre, rigoureusement et d’abord par les élus, les journalistes et les militants désignés à tous les postes responsables. L’essentiel est de forger un Parti de classe très fortement uni, éduqué, instruit de la doctrine marxiste. […]. II est oiseux de se demander si la Révolution viendra bientôt ou plus tard. Notre unique affaire est d’éduquer partout l’élite du prolétariat pour qu’il ne soit pas surpris et qu’il puisse prendre, le moment venu, la direction des événements[50].

VI. PRÉPARATION DU CONGRES DE TOURS

1. Situation du léninisme en France

Que sait-on du « bolchévisme », de la pensée de LÉNINE. Ceux qui connaissent le russe et l’allemand. Rôle de la Suisse dans la propagande communiste? Un exemple, impression et diffusion clandestine à Paris de la brochure de LÉNINE, Le Socialisme et la Guerre, en français, par la gauche de Zimmerwald (1915). Elle avait été diffusée en allemand lors de la Conférence.

Que sait-on des autres dirigeants du PC(b)US. Textes de Trotsky, Boukharine, Zinoviev. Depuis la création de la IIIe Internationale, son organe officiel: L’Internationale communiste.

Quelques exemplaires de l’État et la Révolution de Lénine étaient parvenus en France début 1919. Extraits du Rapport de Lénine au Ier Congrès de l’Internationale Communiste dans l’Humanité des 29, 30, 31 juillet 1919.

Publicité dans l’Humanité du 7 janvier 1920 pour les Notes sur la révolution bolchévique (Octobre 1917-Janvier 1919) de Jacques Sadoul (achevé d’imprimer en octobre 1919 avec une préface de Henri Barbusse).

Publicité également pour deux brochures afin « de connaître le régime des Soviets ». La première est une réédition de la Constitution avec une préface d’André Pierre « qui résume fortement la philosophie du système soviétique ». La seconde est consacrée à l’oeuvre économique de la République des Soviets. « Elle est accompagnée de deux courtes biographies de Lénine et de Trotsky. La préface de Daniel Renoult répond avec vigueur aux principaux arguments opposés à la Révolution russe. » On précise que déjà des milliers d’exemplaires ont été vendus.

Documents publiés en France depuis plus de deux ans (Le Programme, de BOUKHARINE[51]; de LÉNINE, Les Problèmes du pouvoir des Soviets[52]).

En 1920, les Notes d’un publiciste de Lénine. Elles seront publiées en français dans le numéro 9, avril, de l’Internationale communiste[53].

Les trois premières concernent la lettre que J. Longuet lui a fait parvenir, avec copie de son article du Populaire (10 janvier) et le manifeste du Comité pour la reconstruction de l’Internationale contenant deux projets de résolutions pour le congrès de Strasbourg du parti socialiste. Lénine critique les deux projets, principalement en ce qui concerne l’interprétation de la dictature du prolétariat. Cette question va jouer en 1920, pour ce qui est du renforcement et du développement de la IIIe Internationale, un rôle capital: dans au moins quatorze textes Lénine va continuer, cette année-là, à approfondir sa pensée sur le sujet[54]. Un rôle capital, devrait-on dire, par l’incompréhension de ce que doit être la dictature du prolétariat.

En 1920 nombreux textes et Appels de l’Internationale. Diffusion au IIe Congrès de La maladie infantile du communisme (le communisme de gauche) de Lénine[55].

2. Positions avant Tours

La publication des 21 conditions en octobre 1920 (L’Humanité du 8) relance les attaques contre la IIIe Internationale, la Révolution bolchévik. Elle avait bien entendu commencé avant la publication des conditions (les 9 rapportées de Moscou par Frossard et Cachin, ils sont partis avant la discussion, puis les 19 de Lénine).

Maintenant le débat a lieu au sein des Fédérations, pour la répartition des mandats au Congrès de Tours. Prises de positions individuelles, débats vont se multiplier. Notamment dans la presse: l’Humanité, le Populaire, etc. De multiples réunions et confrontations se déroulent dans toute la France.

Les principaux thèmes: Les socialistes et la guerre. La question de la défense nationale. La dictature du prolétariat. L’indépendance syndicale. Le mythe de l’unité. Les parlementaires et le parti. Différences entre la Russie et la France du point de vue de la révolution et du sens national. L’autonomie du parti. La question coloniale, etc.

A. Interprétations de la dictature du prolétariat par le Centre et la Droite du Parti socialiste

a) Quand le secrétaire du Parti socialiste, Frossard, intervient au Congrès de Strasbourg, c’est pour affirmer qu’il y a sur cette question de la Dictature du Prolétariat trop d’équivoques et de malentendus. Son homologue suisse, Graber,

a interrogé au Congrès de Bologne les représentants qualifiés du Parti officiel d’Italie. Il doit constater qu’aucun des camarades qu’il a interrogés ne lui a donné de la dictature du prolétariat une définition analogue à celle du camarade précédemment interrogé. C’est donc, selon Graber, une formule équivoque qui prête à des interprétations extrêmement différentes. C’est, en tout cas, une formule de tactique, et l’Internationale ne peut pas être reconstituée sur des formules de tactique[56].

b) Frossard avait sa propre définition, celle élaborée début 1919 pour la plate-forme électorale du Parti.

C’est la transition entre l’ordre aboli et l’ordre nouveau à instaurer qui constitue la dictature du prolétariat. L’ordre nouveau que conçoit le prolétariat sera établi par une classe, mais dans l’intérêt et pour le bien de tous les hommes. De même que la légalité nouvelle qu’elle précède et qu’elle prépare, la dictature impersonnelle du prolétariat s’exerce au nom et dans l’intérêt de l’humanité tout entière. [Signataires, Albert Thomas, Renaudel, Marcel Cachin, Amédée Dunois, Jean Longuet, Marcel Sembat et… Frossard][57].

c) La Résolution pour l’unité internationale, publiée dans l’Humanité du 11 novembre 1920 (dite Motion Blum, Paoli, Bracke, Mayéras)[58] explicite la conception des membres du Parti socialiste parmi les plus hostiles à l’adhésion:

Le Parti reconnaît donc la nécessité de fait de la Dictature du Prolétariat, mais sous les réserves formelles:

qu’elle soit exercée par un Parti dont l’organisation repose effectivement, comme celle du Parti français, sur la souveraineté populaire; que par conséquent la réalité du pouvoir appartienne impersonnellement au Prolétariat lui-même, au lieu de se concentrer dans les mains d’un comité public ou occulte;

qu’une prise de pouvoir impatiente et prématurée ne laisse pas un intervalle de temps démesuré entre la saisie du pouvoir politique et la transformation économique qui est par elle-même la Révolution; que par conséquent, la Dictature du Prolétariat conserve son caractère provisoire de mesure révolutionnaire, au lieu de devenir un système stable de gouvernement;

que le recours à la violence, et à plus forte raison, l’application de la terreur, toujours combattue par la doctrine socialiste, n’apparaissent que comme l’extrême moyen de salut de la Révolution menacée, au lieu d’être affirmée systématiquement comme l’instrument normal et inévitable du pouvoir prolétarien[59].

d) Le Manifeste de Berne

L’Humanité publie dans son numéro du 10 décembre 1920 le Manifeste (7 décembre) du Congrès de Berne (Internationale 2½)[60] signé pour la fraction du Parti socialiste français par Paul FAURE et Jean LONGUET.

Dans son attaque contre la IIIe Internationale, et notamment sur la question de la dictature du prolétariat, le Manifeste de Berne développe des thèses qu’il convient de souligner, en référence à une période plus récente, celle des années 1946‑1948.

L’Internationale Communiste veut imposer aux partis ouvriers des autres pays comme des méthodes stéréotypées, celles que les bolchéviks ont suivies dans la Révolution des prolétaires et paysans russes. Elle ne tient pas compte de la diversité des conditions de la lutte des classes dans le monde, ni du fait que les tactiques doivent dépendre des contingences de temps et de lieux. Elle supprime l’autonomie des partis socialistes qui peuvent seuls juger des conditions dans lesquelles ils doivent combattre dans leur pays. Elle veut les soumettre à un Comité International, muni d’un pouvoir sans limite, leur imposer une forme d’organisation résultant du développement spécial de la civilisation russe[61].

Si dictature il y a besoin, elle prendra des formes différentes. Elle « dépendra dans chaque pays des conditions économiques, politiques et sociales. Si le prolétariat conquiert le pouvoir par des moyens démocratiques, l’exercice de la Dictature sera nécessaire dans le cas de résistance de la bourgeoisie. »

Ce qui revient à dire: « Tirez les premiers, MM. les bourgeois! »

Les Messieurs à redingote de Berne admettent du bout des lèvres que:

Si la démocratie est détruite par l’acuité des antagonismes de classe au cours de la période la plus aiguë des luttes décisives entre les forces en présence, la Dictature pourra être exercée par les organisations prolétariennes qui seront, suivant les conditions de chaque pays, les conseils d’ouvriers et paysans, les syndicats ouvriers, les délégués d’atelier, des organisations communales autonomes ou autres organismes de classe. Non seulement la dictature transitoire, mais encore la structure définitive de la Démocratie prolétarienne dépendront dans chaque nation de conditions particulières. De même que la révolution bourgeoisie prit des formes très différentes de pays à pays, la Révolution Prolétarienne prendra des formes très diverses suivant le degré de développement capitaliste[62].

Dans l’introduction collective du Congrès de Tours[63] on peut lire dans l’étude des motivations à l’adhésion à la IIIe Internationale que certaines apparaissent rarement, par exemple la dictature du prolétariat, et les auteurs ajoutent « mais à Tours tout le monde est pour ». C’est esquiver le problème que de ne mettre l’accent que sur le terme et dissimuler le désaccord fondamental sur le fond.

B. Interprétation de la Dictature du prolétariat par la Gauche

a) Quelle est la conception du Comité de la IIIe Internationale quant à la dictature du prolétariat? Loriot, un de ses dirigeants, intervient à ce sujet au Congrès de Strasbourg:

Nous disons, nous, que les conseils ouvriers sont l’instrument de cette dictature, et qu’en aucun cas, ils ne peuvent se confondre avec les organisations actuelles. Il est impossible de concevoir, en effet, que la dictature pourra être partagée, être exercée sur le domaine de la répartition par les coopératives, sur le domaine politique par le parti socialiste, sur le domaine syndical par la CGT. Il ne faut pas oublier qu’au bas, le Conseil ouvrier a non seulement le pouvoir législatif, mais qu’il aussi et qu’il doit avoir révolutionnairement un pouvoir exécutif[64].

On remarquera que Loriot ne fait aucune mention du parti.

Même si la définition semble à première vue plus correcte la Motion d’adhésion du Comité IIIe IC au Congrès de Tours dissocie de fait la dictature du prolétariat (Thèse I) et le parti (Thèse II) :

I. […] Le prolétariat ne peut faire face aux nécessités de cette lutte [de classes] et la mener victorieusement qu’en exerçant sa dictature sous le mot d’ordre: « Tout le pouvoir aux Conseils des travailleurs ». […].

II. […] Le Parti socialiste ou communiste est nécessaire à la classe ouvrière, non seulement jusqu’à la conquête du pouvoir, mais pendant toute la période de dictature et jusqu’à la disparition totale des classes[65].

Or que disait Lénine au IIe Congrès de l’IC. Dans le Rapport de leur mission Frossard et Cachin le citent ainsi:

Tous les révolutionnaires, constate Lénine conviennent que la dictature du prolétariat est celle d’une minorité consciente et énergique. Or, qu’est-ce que cette minorité? Si elle est consciente, elle est organisée; elle forme donc en réalité, un Parti.[66].

Lénine, dans la Maladie infantile du communisme (distribué à la veille du IIe Congrès de l’IC notamment en français) est clair: « La dictature est exercée par le prolétariat organisé dans les Soviets et dirigé par le Parti communiste bolchévik […][67]« .

C. Le modèle français

C’est un modèle français qui est opposé à la révolution bolchévik. Avant même l’existence des 21 conditions.

a) Ce modèle est bien décrit au Congrès de Strasbourg en février 1920. Il est axé sur une idée essentielle: pas de révolution prématurée. Il ne faut pas que la succession s’ouvre trop vite. Ce serait une bonne chose que tout traîne en longueur. Il faut éduquer la classe ouvrière. C’est créer le milieu qui sera le plus apte à recevoir la révolution quand son heure sera venue. L’état des choses à détruire, le régime capitaliste doit devenir tellement méprisable qu’il n’aura plus de défenseurs.

La Défense nationale est aussi un des grands sujets au Congrès de Strasbourg. Mais elle est intimement liée à ce « gradualisme ».

b) Pour Paul Faure, secrétaire général du parti socialiste après Tours, il faut distinguer la Défense nationale capitaliste et la Défense nationale socialiste. Et ceci dans le cadre du régime. Ce qu’il faut c’est démontrer qu’il n’y a qu’un seul patriotisme, le patriotisme socialiste. Et ce patriotisme recherche la paix pour défendre le pays en sauvant ses fils et ses richesses.

Ce patriotisme empêche donc « le sabotage des intérêts généraux du pays, le sabotage des réformes, le sabotage de la prospérité économique du pays ». L’ouvrier doit aider au développement économique de cette propriété qui n’est pas à lui. Elle est aux capitalistes, comme le pays. Mais l’ouvrier en sera le liquidateur tout indiqué. Quand il le voudra[68].

c) Dans la même mouvance Jean ZYROMSKI[69] défend « l’esprit de synthèse », le « socialisme des institutions », la défense nationale.

Il distingue la Nation de la société capitaliste: « c’est la Nation qui est dépouillée par le Capitalisme des richesses collectives et justement tout l’effort du socialisme consiste dans la revendication incessante de la propriété et de la gestion de ces richesses. »

C’est ainsi que le prolétariat « est directement intéressé à la vitalité économique, au développement industriel de son pays comme à la garantie de ces richesses aujourd’hui propriété des détenteurs du capital, mais demain conquises par son propre effort ».

d) L’ombre de Jaurès. On ne cite que peu Jaurès dans ce Congrès ‑ sinon en tant que personne morale ‑, mais ses thèses imprègnent la pensée de nombre d’orateurs. En effet, que disait Jaurès. Et cette citation vaut d’être méditée et non seulement pour l’année 1920:

[…] si le mouvement de substitution est lent, si c’est peu à peu, par transitions et par degrés, que la nationalité perd son caractère bourgeois pour prendre un caractère prolétarien, si la classe ouvrière ne s’empare que graduellement du pouvoir et ne transforme que graduellement les institutions, il y aura toute une longue période où la nation ne sera pas encore confondue avec le prolétariat, et où pourtant le prolétariat, sous peine de ruiner lui-même sa base d’action, sera obligé de protéger et de fortifier la nation comme telle. Il sera obligé d’en assurer l’autonomie et le libre développement.

Il sera obligé d’y protéger et d’y accroître l’éducation, la richesse, la force de production: il sera ainsi en partage avec la bourgeoisie, et avant d’avoir pu l’éliminer tout à fait, le cogérant du domaine national. La nation, dans cette période intermédiaire et dans cet état mêlé des forces, n’étant ni exclusivement bourgeoisie, ni exclusivement prolétarienne, les prolétaires, en défendant la nation, ne défendront pas seulement le prolétariat. Ils défendront la nation elle‑même[70].

e) Seul Charles Rappoport va se prononcer relativement clairement sur la question de la Défense nationale et ses implications capitalistes:

La « Défense nationale » n’est qu’un aspect d’un problème plus vaste: la propriété nationale, que les socialistes sont tenus à combattre au même titre que la propriété privée que nous ne combattions d’ailleurs qu’accidentellement et assez mollement… […]. Est-ce que vous allez faire renaître, pour une nouvelle guerre, cette comédie de la Défense nationale. Est-ce que vous allez continuer ‑ parce qu’on baptisera toujours de Défense nationale la défense capitaliste et celle de la propriété privée du globe ‑ est-ce que vous allez continuer cette farce sinistre? Nous déclarons pour notre part que nous n’avons rien à perdre et que nous tâcherons, quelles que soient nos forces, de combattre « la Défense nationale » ou plus exactement la défense capitaliste; nous ne défendrons plus ce qu’on appelle la patrie capitaliste, mais nous défendrons ce qu’on appelle, en employant peut-être un terme impropre, « la patrie » communiste[71].

f) Encore un point de divergence, la conception du parti.

Déclaration de Montagnon (partisan de la motion Paoli-Blum):

Suivant la pratique des organisations bolchéviques d’avant la guerre, vous voulez que l’impulsion parte d’en haut. Et cela est d’ailleurs nécessaire pour la mise en oeuvre de cette méthode proprement insurrectionnelle préconisée par Moscou. Au contraire, dans notre Parti, l’impulsion vient d’en bas, et les organes supérieurs ne sont que les exécuteurs de la volonté de la masse[72]. »

Il s’agit certes plus d’une déclaration de principe que d’une réalité. La tentation est trop grande de ne pas se référer aux thèses du PCF lors de son dernier congrès! Et l’abandon, après la dictature du prolétariat du centralisme démocratique. Mais il n’y a rien là que de très normal, de très naturel. Dans Que faire? Lénine écrivait déjà:

Toute institution a sa structure naturellement et inévitablement déterminée par le contenu de son action[73].

VII. LES SOURCES FRANÇAISES DU BOLCHEVISME

Les adversaires de la IIIe Internationale défendaient l’autonomie du parti. Il semble bien que le PCF a toujours revendiqué son autonomie culturelle, le mot culture étant pris dans son sens le plus large, historique.

Pour ne donner qu’un exemple, en 1925, André Marty pouvait écrire dans la revue théorique du PCF que « le parti communiste est le seul continuateur de la doctrine de Guesde et de Lafargue, simplement adaptée par Lénine à la dernière forme du capitalisme: l’impérialisme ». (Cahiers du Bolchévisme, 1er juillet 1925.) Le léninisme comme adaptation du guesdisme!

Dans les années 1920 on met en équivalence Jacobinisme et Bolchévisme. Déjà Trotsky, attaquant Lénine et sa conception du parti en 1903, avait parlé de « caricature de robespierrisme ». (Rapport de la délégation de Sibérie.) L’historien Albert Mathiez, solidaire un temps avec la révolution bolchévique n’a pas le même souci en 1920 quand il écrit:

Jacobinisme et Bolchévisme sont au même titre deux dictatures, nées de la guerre civile et de la guerre étrangère, deux dictature de classe, opérant par les mêmes moyens, la terreur, la réquisition et les taxes, et se proposant en dernier ressort un but semblable, la transformation de la société, et non pas seulement de la société russe ou de la société française, mais de la société universelle[74].

Il n’y a donc rien là qui puisse effrayer les jacobins français de 1920. Mais il est évident qu’il ne saurait être question pour nombre d’entre eux de mettre la question de la Terreur à l’ordre du jour.

Un an plus tard Mathiez écrit encore dans un article intitulé « les Traditions de la Révolution française »:

Jaurès vit bien, avec son clair regard, que la Révolution bourgeoise était une école de grandeur d’âme et qu’à ce titre elle devait être offerte en modèle à la future Révolution prolétarienne[75].

Pour d’autres la source du bolchévisme c’est Babeuf et le babouvisme! Ou encore Blanqui et le blanquisme, d’où la référence à Édouard Vaillant. On se réfère à Guesde et à Vaillant ensemble. C’est le cas de Paul Louis en novembre 1920: Pour lui les thèses de la IIIe Internationale reprennent les idées du vieux socialisme exposées jadis par Guesde ET Vaillant[76].

En novembre 1920 également, Maurice Dommanget, en se référant à Jacques Sadoul qui voit « l’embryon du bolchévisme » dans le Manifeste des Égaux de Sylvain Maréchal, écrit:

En vérité, rien ne ressemble plus au babouvisme que le bolchévisme. Les communistes russes sont dans la pure tradition socialiste française, comme ils sont dans la pure tradition marxiste[77].

S’il intervient dans le débat, c’est pour « empêcher certains socialistes de condamner la dictature du prolétariat et la Révolution russe au nom de la ‟tradition socialiste française”[78]« .

Un peu plus sérieux, l’historien Georges Lefebvre écrit en 1957 dans sa préface au livre de Buonarotti Conspiration pour l’égalité dite de Babeuf[79]:

Si l’on prétendait que les Égaux voulaient établir la dictature du prolétariat, on aurait tort; car les sans-culottes sur lesquels ils comptaient réunissaient aux simples salariés des artisans et des paysans déjà propriétaires; mais il n’est pas défendu de se demander si, comme à Blanqui, le livre de Buonarroti ne présenta pas à Lénine des sujets de méditation.

Pour Marcel Mauss, sociologue-ethnologue distingué qui finira au Collège de France et influencera nombre d’intellectuels socialistes, dont Claude Lévi-Strauss, pour Mauss, en 1920, le bolchévisme, c’est le blanquisme avec des principes marxistes: « constitution clandestine, discipline, centralisation, action violente, puis en cas de succès, dictature terroriste contre la majorité du pays qui se sera laissé dessaisir. Au fond il n’y a rien de nouveau en tout ceci. C’est ‑ avec des principes marxistes ‑ le vieux Comité révolutionnaire central, le blanquisme, moins ce qui fit sa grandeur: la tradition républicaine et nationale[80]. »

Tradition socialiste, le bolchévisme? Tout se passe, on l’a dit, comme s’il ne fallait pas effrayer les délégués au Congrès de Tours face aux calomnies de la bourgeoisie. Et il ne faut surtout pas s’appuyer sur Lénine ou d’autres membres de l’Internationale.

Mais tandis que les uns appellent à l’adhésion au nom de Sylvain Maréchal, Babeuf, Robespierre, Blanqui, d’autres dénoncent le bolchévisme comme une « régression ». Tel le révisionniste Édouard Bernstein au congrès de Lucerne de la IIe Internationale en 1919 [81]: « Malgré son vocabulaire marxiste le bolchévisme est essentiellement utopique et pré-marxiste[82]. »

VIII. LE CONGRES DE TOURS

1. Le congrès de Tours est-il l’aboutissement de la tradition socialiste française ou bien une rupture avec cette tradition

Concrètement, il est vrai, c’est l’issue de la lutte menée entre partisans de l’adhésion à la IIIe Internationale, adhésion qui faisait du Parti une section de cette Internationale, et partisans de l’autonomie du Parti socialiste: autonomie signifiant ici continuité.

De fait cette première contradiction ayant été réglée sur le papier, surgissent une foule de nouvelles contradictions liées au respect des 21 conditions. Elles concernent l’organisation en elle-même du Parti, ses nouveaux terrains de lutte, les rapports parti-syndicat, le parlementarisme, la discipline au sein du Parti et celle de la section de l’IC par rapport à l’IC, le rapport entre travail légal et travail illégal, etc.

Le Parti doit rompre avec les traditions du parti socialiste. Il doit rompre également avec un héritage historique fort lourd du fait même de sa richesse. Il ne s’agit pas de renier cet héritage: il existe. Si référence il y a, elle doit être critique. Cette histoire doit être envisagée non pas comme une continuité par rapport au présent. Il y a eu rupture. Et cette rupture, c’est une pensée nouvelle et peu importe qu’elle soit « étrangère »: allemande, anglaise, française ou russe. Il y a une pré-histoire et une histoire. Et le marxisme est au commencement de cette histoire. Ce qui bien sûr n’enlève rien aux tentatives passées, mais permet de les envisager justement par rapport au marxisme et au léninisme. Non plus des références mythiques, mais des défaites fulgurantes comme leçons.

On a dit qu’il y avait en 1920 hybridation doctrinale du socialisme français et du bolchévisme. Cela n’est pas vrai: il y a superposition. Toute la question est de savoir qui va l’emporter: s’il y aura rejet du bolchévisme ‑ totalement ou partiellement ‑ ou destruction du socialisme français ‑ totale ou partielle. Précisons ce que l’on entend ici par bolchévisme: non pas Lénine seul, mais intégration du marxisme.

2. Concessions et arrière-pensées

Il s’agit bien d’une lutte et qui commence au lendemain même du Congrès de Tours. Une lutte au sein du parti et une lutte entre la majorité du parti et la IIIe Internationale.

Le débat engagé pour ou contre l’adhésion à la IIIe Internationale semblait inégal: face aux principaux dirigeants socialistes pour certains bien armés de réformisme et de révisionnisme, les partisans de la IIIe Internationale n’étaient encore, dans leur grande majorité, par rapport au marxisme et au léninisme, que peu éclairés. Ou bien ne s’agissait-il, pour nombre d’entre eux, que de profiter de l’engouement provoqué par Octobre.

Cette victoire venue d’ailleurs, en 1917, elle sera cependant la leur, malgré une grande confusion théorique et politique. Le ralliement de FROSSARD, secrétaire général du Parti socialiste, et de CACHIN, directeur de l’Humanité, sur les positions du Comité de la IIIe Internationale, fait certes d’arrière-pensées, de calculs (FROSSARD voulait bien une scission mais avec le centre du Parti, avec Longuet et les siens), permit certainement au congrès de Tours l’adhésion largement majoritaire à la IIIe Internationale. Pour Frossard il y avait trois compromis indispensables:

a) Que le Parti issu de Tours continue à s’appeler socialiste pour que la droite exclue (Renaudel, Thomas et compagnie) ne s’empare pas du mot « socialiste » pour tromper la classe ouvrière;

b) Que le Parti ne cherche pas à s’emparer de la direction de la CGT mais se borne à coordonner son action avec la minorité révolutionnaire;

c) Que soient appliquées à Longuet et à ses amis les exceptions prévues à l’article 20 des conditions pour ce qui est de l’expulsion des éléments centristes.

Compromis, arrière-pensées. Mais le prix à payer? On a toujours mis en avant les arrière-pensées de Frossard. Cachin n’en avait pas moins. Tant que cela lui sera possible il campera au centre avec une obstination têtue. Et il n’est pas le seul.

C’est ainsi que le succès de Tours porte en lui les ambiguïtés qui l’ont permis et que se retrouvent côte à côte des hommes qui seront bientôt face à face.

Ces ambiguïtés, on a déjà pu les reconnaître, même chez les partisans sincères de l’adhésion, qu’il s’agisse par exemple de la question de la dictature du prolétariat, de la Défense nationale, du rapport Parti-Syndicat.

La scission de Tours que Pierre Semard qualifiera en 1929 de scission entre l’aile droite et l’aile gauche du Parti socialiste pose effectivement le problème de sa ligne de démarcation.

La thèse d’Annie Kriegel, auteur d’un gros travail universitaire sur les origines du PCF, est que l’Internationale poussait à une scission la plus à droite possible eu égard à la situation internationale des bolchéviks en décembre 1920 [83]. La porte avait été solidement fermée au IIe Congrès de l’IC parce que l’Armée Rouge campait sous les murs de Varsovie. La défaite de l’Armée rouge avait été celle de la Révolution en Europe, particulièrement en Allemagne. Alors, on entr’ouvrait la porte, largement. Il y a plusieurs arguments contre cette thèse. Notamment le « Télégramme Zinoviev » adressé aux délégués du Congrès de Tours (cf. plus loin).

Il est vrai que des concessions ont été faites au parti français, avant le Congrès de Tours.

Lors d’une rencontre en Allemagne avec le socialiste français Daniel Renoult (qui se recommande de Loriot) Zinoviev a même signé un protocole où il est écrit que si Longuet et ses amis restent dans le Parti après avoir accepté les thèses et les conditions de l’Internationale, leur admission sera définitive sous réserve de l’acceptation du CE de l’IC. Il leur sera même réservé un tiers des postes dans les organismes directeurs et à l’Humanité s’ils acceptent « en principe » les thèses et les conditions. Zinoviev et Longuet se sont même rencontrés.

Dans un Appel du 23 octobre 1920, publié dans l’Humanité, Zinoviev affirme que « l’Internationale communiste assure les ouvriers français qu’il ne fut jamais dans ses intentions de priver le Parti socialiste de France ou d’autres pays de son autonomie[84]. » Ceci dit, il s’attaque à Longuet! Il faudra lui mettre le couteau sous la gorge[85]!

Que signifie « autonomie » sinon, entre autres, le droit d’exclure ou de ne pas exclure tel ou tel individu. Et de refuser toute demande d’exclusion venant de la IIIe Internationale.

On peut trouver une confirmation ultérieure de ces compromis dans une déclaration de Trotsky du 19 mai 1922:

C’est pourquoi l’Internationale a agi raisonnablement, très justement, en employant tous ses efforts pour garder dans le nouveau parti communiste les éléments déjà mûrs, éduqués par la Seconde internationale[86].

On doit attirer l’attention sur le fait qu’en novembre 1920 Lénine n’est pas aussi « conciliant ». Entre autres démocrates petits-bourgeois il cite Longuet! Et il cite la Résolution du IIe Congrès de l’IC qui parle du remplacement des anciens dirigeants expérimentés, réformistes ou « centristes’ par des communistes[87].

Dans son journal Le Phare de janvier 1921, le suisse Humbert-Droz (il sera, après Trotsky, responsable quelque temps de la section française) critique le compromis Zinoviev-Renoult et s’en prend, après Lénine, à la hantise de l’unité, dans la préparation et les débats du Congrès, hantise qui n’a pas permis l’effort de clarté nécessaire, la dénonciation de la politique menée par le Centre pendant la Guerre. Il fallait à tout prix arriver à une entente avec Longuet et son groupe pour qu’ils restent dans le Parti. Ce qui peut sembler assez extravagant quand on se souvient que Longuet a participé à la Conférence de Berne de la IIe Internationale et demi.

L’Exécutif a sans doute senti que cette tactique paralysait la gauche et au dernier moment Zinoviev a brusqué la situation par son télégramme au congrès, télégramme qui obligea le centre à se démasquer et à rejoindre Renaudel-Blum[88].

Précisons d’abord que ce que l’on appelle « Télégramme Zinoviev » est signé des membres du Comité Exécutif de la IIIe Internationale, dont Lénine.

Que dit ce Télégramme? Il approuve tout d’abord la résolution signée Loriot, Souvarine, Cachin, Frossard et autres. Pour poursuivre:

Le projet de Résolution signé de Longuet et Paul Faure montre que Longuet et son groupe n’ont aucune envie de faire exception dans le camp des réformistes. Ils ont été et restent des agents déterminés de l’influence bourgeoise sur le prolétariat. […] Vive le Parti communiste de France[89]!

La confusion qui a régné le long du Congrès de Tours ne pouvait cependant déboucher que sur l’adhésion: la majorité des mandats étaient pour cette adhésion, et ils furent respectés.

3. Mais pourquoi voulait-on adhérer à la IIIe Internationale en cette année 1920?

A. Le délégué Veyren, au Congrès de Strasbourg, explique ainsi les raisons de son adhésion:

Face à la tendance parlementariste dans le Parti, il y a une autre tendance pour qui

la transformation complète, radicale de la Société se fera nécessairement, qu’on le veuille ou non et quels que soient les obstacles et les retards qu’on y apporte de part et d’autre, par la révolution sociale. […]. Eh bien citoyens, c’est parce que cette tendance révolutionnaire se trouve définie dans le manifeste de Moscou, que nous voulons aller là-bas. Ce n’est pas parce qu’il y a une révolution russe que nous allons à Moscou; nous n’allons pas adhérer au bolchévisme, comme on veut nous le faire dire; nous allons à Moscou parce que c’est le point d’aboutissement de toute une évolution qui s’est faite pendant la guerre contre la tactique de la IIe Internationale[90].

B. Quelques extraits des déclarations des délégués des Fédérations au Congrès de Tours:

Pour une transformation immédiate de la situation des travailleurs – Contre les parlementaires – Pour une discipline dans le Parti – Pour discuter dans la IIIe Internationale – Contre les préoccupations électorales – Pour ne plus être uniquement des machines à cotiser – Pour un Parti socialiste révolutionnaire – Nos camarades sont anticapitalistes, antimilitaristes, anticléricaux, antiparlementaires – Fourbus du socialisme de guerre, du socialisme grignoteur, du socialisme aux mains rouges – Pour la force de l’idée et pas la force du nombre – Il faut une unité de front, un chef unique, et ce chef unique, c’est Lénine qui poursuit avant tout la révolution mondiale – Sympathie pour la Révolution russe – Unité de front et d’action qui ne peut être réalisée que par la IIIe Internationale – 21 conditions, ce n’est pas suffisant. C’est 21 000 conditions qu’il fallait apporter – Contre le syndicalisme de guerre – Nous sommes avec ceux qui réalisent et pas avec ceux qui promettent – Condamnation du réformisme – Contre la défense nationale – Pour la Dictature du Prolétariat provisoire.

Notes

  1. . Les pages qui suivent ont servi de fil conducteur pour la Conférence du 13 janvier 1996 à l’Université Marxiste de Paris. Il s’agit d’un condensé schématique issu d’un livre en préparation sur le PCF.
  2. . Prosper-Olivier Lissagaray, Histoire de la Commune, Paris, F. Maspero, 2 vol.
  3. . La première édition de ce livre (Paris, 1948, Ed. Hier et Aujourd’hui) ayant été critiquée en URSS, une deuxième édition « remaniée » devait être mise en vente en 1949, comportant de très importantes corrections.
  4. . Voir Patrick Kessel, Le Prolétariat avant Marx, Paris, Plon, 1969. Notamment l’Introduction.
  5. . Lénine, « Plan de discours au Congrès des syndicats »; 25 mai 1921.
  6. La Grande Initiative, Oeuvres, vol. 29, p. 425 – 28 juin 1919.
  7. . Grigori Zinoviev, in: Les Questions les plus pressantes du Mouvement ouvrier international, Petrograd, 1920, Ed. de l’IC, p. 42‑43 (Feltrinelli reprint, 1967.)[Note 321ignition:] Les phrases citées figurent dans le projet de thèses « Du rôle du Parti communiste dans la révolution prolétarienne », présenté au 2e Congrès de l’IC par le Comité exécutif. Ce texte est reproduit également in: Le Parti socialiste et l’Internationale – Rapport sur les négociations conduits à Moscou suivi des thèses présentées au 2e congrès de l’Internationale communiste, [par] Ludovic-Oscar Frossard, Paris, Librairie de l’Humanité́ et du Parti socialiste, 1920, p. 49.
  8. . Bureau d’Éditions. Réimpression en deux fascicules, Paris, 1983, Librairie Internationale.
  9. . Voir lettre d’Engels à Lafargue du 27 juin 1893 in: Friedrich Engels, Paul et Laura Lafargue, Correspondance, Paris, Ed. Sociales, 3 volumes 1956‑1959, vol. 3, p. 290.[Note 321ignition:] Dans cette lettre, Engels commente la publication par le Parti ouvrier dans son journal Le Socialiste du 17 juin 1893, d’un manifeste « Socialisme et Patriotisme – Aux travailleurs de France » (signé notamment par Jules Guesde et Paul Lafargue, en date du 23 janvier 1893). Voici quelques passages de la lettre d’Engels:Mais ni Français, ni Allemands, ni Anglais n’auront, à eux seuls, la gloire d’avoir écrasé le capitalisme; si la France PEUT-ÊTRE donne le signal, ce sera en Allemagne, le pays le plus profondément travaillé par le socialisme et où la théorie a le plus profondément pénétré les masses, que la lutte se décidera, et encore ni la France, ni l’Allemagne n’auront définitivement assuré la victoire tant que l’Angleterre restera aux mains de la bourgeoisie.L’émancipation prolétarienne ne peut être qu’un fait international, si vous tâchez d’en faire un fait simplement français, vous la rendez impossible.[…]Vous parlez de ce que « la France relevait en 1889, dans son immortel Congrès de Paris, le drapeau etc. ». Comme vous ririez, à Paris, si les Belges voulaient dire que la Belgique, dans SON immortel Congrès de Bruxelles de 1891, ou la Suisse dans SON immortel Congrès de Zurich… De plus, les actes de ces congrès sont des actes, non pas français, belges ou suisses, mais internationaux.Le texte de ce manifeste est également reproduit par les Cahiers du Bolchévisme, n° 14, 15 juillet 1935, p. 807. En outre un extrait en est cité par Florimond Bonte dans un article intitulé « Unité d’action – Front Populaire – Union de la nation française », paru dans les Cahiers du Bolchévisme, n° 1, 15 janvier 1937, p. 28. Voici quelques extraits de cet article (p. 28‑30):Le Parti communiste français, dont tous les actes tendent à servir le peuple, est le Parti de l’union de la nation française. […] L’union de la nation française sauve le peuple et la nation en associant, contre une minorité infime de parasites, pour la richesse, la puissance, la prospérité et la gloire du pays, la masse anonyme des ouvriers, des paysans, des artisans, des savants, des artistes et penseurs. Il y eut malgré cela un beau concert de railleries, d’imprécations et d’attaques dirigées contre notre Parti communiste […]. Comment, disait-on, voilà des communistes qui se mettent à parler de la France et de la nation française! […] Lorsque le Parti communiste crie « Vive la France! », il ne fait que répéter les paroles de Jules Guesde et de Paul Lafargue, le 23 janvier 1893: [suivent ici des passages du texte de 1893].
  10. . Toutes les références à Pierre Semard sont extraites de Dix années de lutte pour la Révolution mondiale, Paris, mars 1929, Bureau d’Éditions. Édité par la revue l’Internationale Communiste. La contribution de Semard, p. 265‑274.
  11. . In: Syndicalisme révolutionnaire et communisme – Les archives de Pierre Monatte, Paris, 1968, F. Maspero, 462 p., p. 45‑49.
  12. . P. Semard. Dix années de lutte pour la Révolution mondiale, op. cit.
  13. . P. Semard. Dix années de lutte pour la Révolution mondiale, op. cit.
  14. . Paroles de Ramsey MacDonald citées in: L’Internationale communiste – Organe du Comité exécutif de l’IC, n° 7‑8, novembre-décembre 1919, p. 1177.(D’après La Feuille du 9 août) « Je tiens à dire que le socialisme, pour autant qu’il a été défini à Berne, est l’État sous la forme social-démocratique […] La démocratie est devenue maintenant non seulement un mouvement réformiste, mais une idée constructive et économique. »
  15. . Paroles de Ramsey MacDonald citées in: idem, p. 1178.(D’après le Labour Leader, cité par la Vie Ouvrière du 3 septembre): « Je n’ai pas de craintes au sujet de la Troisième Internationale. Elle n’a pas de racines. Elle est une création de période révolutionnaire. Si elle dure, ce sera notre faute… Toute la deuxième Internationale est antibolchéviste. Elle est, en fait, la seule vraie défense contre le bolchévisme ‑ en dehors des exécutions militaires ».
  16. . Charles Rappoport, in: Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national tenu à Strasbourg, les 25, 26, 27, 28 et 29 février 1920 – compte rendu sténographique, Ed. Parti Socialiste, Paris (sd), 574 p., p. 354.
  17. . Lénine, Oeuvres, Paris, Ed. Sociales, vol. 21, p. 35.
  18. Idem, p. 95.
  19. . P. Semard. Dix années de lutte pour la Révolution mondiale, op. cit.
  20. . Lénine, Oeuvres, op. cit., vol. 30, p. 364‑371. Publié dans L’Internationale Communiste, n° 9, avril 1920. Les explications de Frossard-Cachin lors de leur enquête en Russie (juillet 1920) ne semblent pas avoir été convaincantes. Voir également Jacques Duclos, Octobre 17 vu de France, Paris, Ed. Sociales, 1967, p. 224‑227.
  21. . L.‑O. Frossard, De Jaurès à Lénine, Paris, 1930, Ed. de la Nouvelle Revue Socialiste.
  22. . Il n’est pas question ici de l’aide apportée à la Révolution russe par les Français de Moscou, ni des mutineries de la flotte devant Odessa (Marty, Vuillemin et les autres condamnés). On doit cependant rappeler l’exécution de l’institutrice Jeanne Labourbe.
  23. . Éditions Sociales, Paris, 1967.
  24. . Publiée dans Mouvement Ouvrier international – Bulletin du Conseil International provisoire des Syndicats ouvriers, Moscou, janvier 1921.La Lettre est reproduite également in: La Voix du peuple – organe de la CGT, Paris, n° 37, janvier 1922, p. 25‑29. Ce numéro du journal est entièrement consacré au thème de l´ »Historique de la Scission dans le Mouvement Syndical Français ».
  25. Le problème de l’Internationale – controverse entre les citoyens Cachin-Frossard-Mayéras au Théâtre de l’Union de Lille (26 septembre 1920), Lille, Fédération du Nord du Parti socialiste, 1920.Cf.: L’OURS, supplément au n° 215, décembre 1990.
  26. L’Humanité, 3 octobre 1920.Cf.: XXIe Congrès national corporatif (XVe de la C.G.T.) tenu à Orléans du 27 septembre au 2 octobre 1920 – compte-rendu sténographique des débats.Alphonse Merrheim (p. 362):Dans l’Union des Métaux, nous avons longuement établi le crime qui était commis par nos gouvernants contre la Russie révolutionnaire par le blocus; nous avons adressé un appel et un questionnaire à nos camarades métallurgistes. Ce questionnaire leur demandait ce qu’ils étaient capables de faire contre le blocus de la Russie, dans quelle proportion ils pouvaient nous aider. J’ai eu la douleur, moi ‑ parce que je ressens mon impuissance et que je voudrais créer de la puissance ‑ de recevoir, sur 410 syndicats qui existaient, 72 réponses dont 25 réponses seulement en faveur d’une action sur la Révolution russe.Lettre des membres du syndicat des Établissements de la Guerre de la Seine (Section de Vincennes), 17 septembre 1920 (p. 34):D’autre part ‑ il n’est pas superflu d’appeler votre attention sur ce pointage ‑ notre section, consultée par référendum pour savoir si nous devions, en cas de guerre, cesser la fabrication des munitions, la majorité du personnel intéressé repoussa cette indication. Sur 900 ouvriers et ouvrières environ: 129 votèrent pour la cessation de la fabrication; 318 votèrent pour la fabrication; 378 s’abstinrent; 65 bulletins nuls.
  27. L’Humanité, 7 octobre 1920: « Aux ouvriers métallurgistes – Faites connaître au Syndicat les usines où l’on fabrique du matériel de guerre »:C’est un fait qui étonnera que le Syndicat des métaux de la Seine, ‑ bien qu’il ait maintes fois fait appel à ses membres pour le renseigner, ‑ ne connaît pas encore toutes les usines où l’on fabrique du matériel de guerre. Le syndicat s’adresse à nouveau aux ouvriers métallurgistes, dans les termes suivants: »[…] Le syndicat des métaux de la Seine a déjà, à plusieurs reprises, demandé à nos camarades de lui signaler les maisons où s’accomplit ce travail. Nous espérons qu’ils feront diligence pour nous donner satisfaction; chaque jour écoulé nous rend complices de l’écrasement de la Russie révolutionnaire. […] »
  28. L’Humanité, 7 octobre 1920.
  29. L’Humanité, 4 octobre 1920.
  30. . Communiqué du Bureau de l’Union des syndicats de la Seine: « Ni armes ni munitions contre la Russie? », L’Humanité, 13 octobre 1920.
  31. . Alexandre Losovsky, Le Mouvement Syndical International avant, pendant et après la guerre, Paris, Bureau d’Éditions, 1926, p. 56. Réimpression en 11 fascicules, Paris, NBE, 1980.
  32. . P. Semard. Dix années de lutte pour la Révolution mondiale, op. cit.
  33. . Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national, op. cit., p. 118‑119.
  34. Idem, p. 290.
  35. Idem, p. 378.
  36. Le Parti socialiste et l’Internationale – Rapport sur les négociations conduits à Moscou, op. cit., p. 14.
  37. L’Humanité, 3 octobre 1920.
  38. . Voir Bulletin International, n° 3, octobre 1995, CEMOPI.
  39. L’Humanité, 3 octobre 1920.
  40. Le problème de l’Internationale – controverse entre les citoyens Cachin-Frossard-Mayéras, op. cit.Cf. aussi L’Humanité, 5 octobre 1920.
  41. Le Phare, n° 9‑10, mai‑juin 1920, Chaux-de-Fonds, Suisse. Cette revue, dirigée par Jules Humbert-Droz, devient avec ce numéro l’organe officiel de la IIIe Internationale en Suisse Romande.
  42. . Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national, op. cit., p. 455.
  43. . Louis C. Fraina, in: Du Premier au Deuxième Congrès de l’Internationale Communiste, Paris, 1980, EDI, 510 p., p. 424‑427.
  44. . 5 février 1920.
  45. . 17 janvier 1920.
  46. . L. C. Fraina, in: Du Premier au Deuxième Congrès de l’Internationale Communiste, loc. cit.
  47. . G. Zinoviev, « Le Deuxième Congrès de l’Internationale et ses buts », L’Internationale Communiste, n° 11, 1er juin 1920, p. 1778.
  48. Le Parti socialiste et l’Internationale – Rapport sur les négociations conduits à Moscou, op. cit., p. 14.
  49. Ibidem.
  50. . Marcel Cachin, « Rencontre avec Lénine », Cahiers du Communisme, n° l, janvier 1949, p. 41‑42. Première version Le Parti socialiste et l’Internationale – Rapport sur les négociations conduits à Moscou, op. cit.
  51. . Nikolaï Boukharine, Le Programmé des communistes (bolcheviks), Moscou, 1918, Ed. du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste, 79 p.
  52. . Lénine, Oeuvres, op. cit., vol. 29, sous le titre « La situation actuelle et les tâches immédiates du pouvoir des soviets », p. 460‑473.
  53. Idem, vol. 30, p. 364‑374.
  54. . In: Lénine, Le Prolétariat el sa dictature, Paris, UGE-10/18, 1970, 511 p. Textes choisis et présentés par Patrick Kessel.
  55. . À titre indicatif. Et sans relever les publications anti-bolchevik.
  56. . Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national, op. cit., p. 285‑286.
  57. L’Internationale communiste, n° 2, juin 1919, p. 270.
  58. . Il s’agit de la motion intitulée « Motion du comité de résistance socialiste », signée par Léon Blum, Alexandre Bracke, Barthélemy Mayéras, Dominique Paoli. Elle a finalement été retirée par ses auteurs.
  59. . 18e congrès national tenu à Tours les 25, 26, 27, 28, 29, 30 décembre 1920 – compte-rendu sténographique, Parti socialiste SFIO, 1921, p. 588‑589.
  60. . [Note 321ignition:] Après la Première guerre mondiale, se tient d’abord en février 1919 une conférence de partis socialistes à Berne, suivie d’une autre tenue à Lucerne, du 2 au 9 août 1919; puis en aout 1920 la 2e Internationale est reconstituée à Genève avec la participation d’un nombre réduit de partis. Elle établit son siège à Londres. Du 5 au 7 décembre 1920 a lieu à Berne une Conférence de partis socialistes centristes qui tentent de manoeuvrer entre la 2e Internationale socialiste et la 3e Internationale communiste. La position de Paul Faure et Jean Longuet à cette conférence de Berne préfigure la constitution, en février 1921 à Vienne en Autriche, de la “Communauté internationale de travail de partis socialistes” par un certain nombre partis n’ayant pas suivi la démarche de la 2e Internationale de Londres. Friedrich Adler et Otto Bauer jouent un rôle important dans ce cadre. Officiellement l’organisation est désignée aussi comme Internationale de Vienne, mais elle est couramment nommée “l’Internationale 2 1/2”. En mai 1923 durant un congrès tenu à Hambourg cette Internationale et la 2e Internationale créent en commun l’“Internationale ouvrière socialiste”.
  61. . Manifeste du Congrès de Berne, L’Humanité, 10 décembre 1920.
  62. Ibidem.
  63. . [Note 321ignition:] Référence non identifiée.
  64. . Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national, op. cit., p. 417.
  65. . 18e congrès national tenu à Tours, op. cit., p. 566‑567.
  66. Le Parti socialiste et l’Internationale – Rapport sur les négociations conduits à Moscou, op. cit., p. 22‑23.
  67. . Lénine, Oeuvres, op. cit., vol. 31, p. 42.
  68. . Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national, op. cit., p. 467.[Note 321ignition:] Citation textuelle:Camarades, je veux dire que notre doctrine et notre rôle ne peuvent inspirer le sabotage des intérêts généraux du pays, ni le sabotage des réformes, ni le sabotage de la prospérité économique nationale. Nous défendons le pays toujours. Il ne nous est pas indifférent que la France soit indépendante, prospère et riche. Quand nous sommes dans une usine, nous ne disons pas à l’ouvrier: Il n’y a pas d’intérêt ouvrier au travail dans la société capitaliste. Il y a une Défense nationale économique, c’est-à-dire un intérêt général d’où n’est pas étranger l’intérêt particulier, même celui de l’ouvrier. Nous répétons à l’ouvrier socialiste: […] Il faut que tu sois dans l’atelier technicien émérite autant que tu le pourras, de façon à ce que tu aides, oui, que tu aides au développement économique de cette propriété qui n’est pas à toi, qui est aux capitalistes comme le pays est aux capitalistes, mais dont tu sais bien que, prochainement, quand tu le voudras, tu seras le liquidateur tout indiqué.
  69. L’Humanité, 9 décembre 1920.
  70. . Jean Jaurès, La Petite République, 7 janvier 1902. Reproduit in Oeuvres, Paris, 1931, Ed. Rieder, vol. 1, p. 301‑303.
  71. . Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national, op. cit., p. 346 et 347.
  72. L’Humanité, 22 novembre 1920.
  73. . Lénine, Que faire?, in: Oeuvres, t. 5, Paris-Moscou, p. 451.
  74. . Albert Mathiez, Le bolchévisme et le jacobinisme, Paris, Librairie du Parti Socialiste et de l’Humanité, 1920, p. 3‑4.
  75. L’Humanité, 28 novembre 1921.
  76. L’Humanité, 22 novembre 1920, article « La discussion sur la IIIe Internationale a continué hier au Congrès fédéral de la Seine »:Paul Louis prend la parole […] pour défendre la motion Cachin-Frossard. […] Notre camarade fait alors une analyse succincte des thèses de la IIIe Internationale et montre qu’elles reprennent les idées du vieux socialisme exposé jadis par Guesde et Vaillant.
  77. L’Humanité, 6 novembre 1920.
  78. Ibidem.
  79. . Paris, Ed. Sociales, 2 vol.
  80. L’Humanité, 10 décembre 1920.
  81. . Conférence de la 2e Internationale qui se tient à Lucerne, en Suisse, du 2 au 9 août 1919.
  82. L’Humanité, 7 aout 1919. L’intervention de Bernstein n’est pas rapportée textuellement; c’est dans le résumé de celle-ci qu’on trouve la formulation: « Plus généralement, c’est tout le bolchevisme qui est une régression. Malgré son vocabulaire marxiste, il est essentiellement utopique et prémarxiste ».
  83. . On trouve un résumé de ses thèses dans sa présentation du Congrès de Tours – Naissance du Parti communiste français, Paris, 1964, Ed. Julliard, Collection Archives.
  84. L’Humanité du 18 novembre 1920.
  85. . [Note 321ignition:] La lettre telle que publiée par l’Humanité contient la phrase suivante:Le couteau sur la gorge, il faut exiger une réponse de Longuet et de ses partisans, et selon cette réponse, selon qu’ils accepteront de bonne foi les thèses et les conditions de l’Internationale communiste et consentiront à les appliquer loyalement en fait, et non en paroles seulement, il sera pris une décision définitive à leur égard.L’Humanité insère après la publication de la lettre l’annotation suivante:Le texte en anglais qui a été adressé spécialement à l’Humanité par l’intermédiaire du Daily Herald et qui nous est parvenu hier soir après le précédent, est daté de Moscou 4 novembre. Au lieu de: Le couteau sur la gorge, il faut exiger une réponse de Longuet et de ses partisans, il contient la variante suivante: Les réponses à ces questions doivent être demandées avec insistance (insistently) à Longuet et à ses partisans.
  86. . Léon Trotsky, La Crise du Parti communiste français. Deux discours devant l’Exécutif de l’I.C. (19 mai 1922), Paris, Librairie de l’Humanité, 1922, p. 20.
  87. . Lénine, Oeuvres, op. cit., vol. 31, « À propos de la lutte au sein du Parti socialiste italien », p. 402.
  88. Le Phare, n° 16, janvier 1921, p. 228.
  89. . 18e congrès national tenu à Tours, op. cit., p. 312‑313.
  90. . Parti Socialiste SFIO, 17e Congrès national, op. cit., p. 382.