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Quelques textes émanant du PCF, 1932-1935
concernant le réformisme

Présentation

Nous publions ici quelques documents datant des années 1932-1935, émanant de l’Internationale communiste, plus précisément du PCF [1]. Ces textes ne doivent pas être pris comme exprimant d’office des vérités, mais ils sont utiles pour alimenter des réflexions. En comparant les contextes respectives, de l’époque et d’aujourd’hui, on peut faire ressortir à la fois des similitudes et des différences, qu’il importe d’analyser. Une des tâches essentielles pour les militants marxistes-léninistes, aujourd’hui, est de combattre le réformisme, autant d’un point de vue politique général que dans le domaine de la lutte revendicative syndicale. L’expérience historique doit nous aider à orienter correctement notre action à cet égard.

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Les thèmes abordés sous différents angles sont les suivants.

Le capitalisme d’État. C’était la forme extrême sous laquelle la social-démocratie prétendait fusionner économie capitaliste et économie "socialiste". Au-delà de la question du réformisme, il s’agit d’une problématique liée à l’expérience de la construction du socialisme en Union soviétique. En effet, durant les premières années après la révolution de 1917, des éléments d’économie capitaliste ont existé, mais en étant strictement contrôlés par le pouvoir soviétique. À cet égard, on peut faire remarquer qu’il se trouve ces temps-ci des militants qui se conçoivent comme communistes et qui considèrent qu’en Chine s’applique cette même stratégie de mise en œuvre du "socialisme".

L’économie dirigée. C’est une version moins prétentieuse du capitalisme d’État. Un des promoteurs les plus fervents fut Henri de Man. Au début des années 1930, le Parti Ouvrier Belge (POB) créa un bureau d’études sociales à la tête duquel fut placé Henrik de Man. Celui-ci impulsa l’élaboration du "Plan du travail", adopté au congrès du POB en 1933. Ce dispositif consiste en la constitution d’un régime d’économie mixte avec un secteur socialisé comprenant le crédit, les transports en commun, les industries de base et toutes celles qui n’étaient pas régies directement par les lois de la concurrence, et un secteur privé englobant toutes les autres activités. En France également, ces propositions furent reprises. On voit qu’il y a là certaines idées directrices toujours présentes du côté des forces réformistes.

Il faut préciser que la CGT qui dans les années 1930 préconise la mise en œuvre de l’économie dirigée, c’est celle dirigée par Léon Jouhaux depuis juillet 1909, tandis qu’en 1921 l’accentuation de divergences internes aboutit à l’exclusion d’une partie des adhérents, lesquels en 1922 constituent la CGTU.

Des mesures particulières pour remédier à la situation de crise. Parallèlement à ces projets de portée globale, des mesures particulières sont proposées, toujours dans le même esprit mais de nature plus limitée. C’est le cas de la diminution du temps de travail. Cette question est évidemment d’actualité, puisqu’après l’épisode des 35 heures, arrive maintenant la revendication des 32 heures. Le texte qui traite ce sujet souligne opportunément la place importante que prenaient – et prennent toujours – les organismes internationaux créés à l’issue de la Première guerre mondiale en matière de règlementation du travail: l’Organisation internationale du travail (OIT) et son secrétariat permanent, le Bureau international du travail (BIT).

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Il convient aussi de donner quelques explications au sujet de certains éléments particuliers propres au contexte historique qui sous-tend les textes.

* La notion de social-fascisme

Une thématique est abordée régulièrement, celle du social-fascisme. Ce terme vise le fait qu’il y a des similitudes entre les orientations appliquées par les national-socialistes en Allemagne ainsi que les fascistes en Italie d’une part, et d’autre part les social-démocrates de divers pays, en premier lieu l’Allemagne et l’Autriche. L’analyse de l’expérience historique à ce sujet est complexe, elle implique des questions autant théoriques que de tactique. Le texte de Bela Kun[2] résume quelques aspects.

Le cas des social-démocrates autrichiens exemplifie le degré d’absurdité que peut atteindre la fiction du "socialisme" façon social-démocrate. Le texte de Fogorachy fait référence à un article de leur journal, le Arbeiterzeitung (Journal ouvrier) Dans l’édition du 1er mai 1927, Karl Kautsky écrit sous le titre "La Commune de Paris et celle de Vienne"[3]:

Ce qui à Paris échoua, ce à quoi jusqu’ici aucune ville du monde n’est parvenue, Vienne l’a gagné suite aux bouleversements de 1918. Un degré de liberté de manœuvre qui lui a permis de mettre en œuvre des réformes assez importantes indépendamment du pouvoir d’Etat, voire en opposition à lui. Il faut saluer la commune de Vienne d’aujourd’hui comme le premier véritable pouvoir ouvrier dans le monde, fondée sur des bases démocratiques, qui a été capable de produire des réalisations durables […].

On peut suivre le regard – vers l’URSS – de l’auteur, quand il souligne "fondée sur des bases démocratiques" et "capable de produire des réalisations durables".

* La question du Front populaire

Les textes reproduits critiquent vertement certains aspects du réformisme, tel qu’il était promu notamment par la CGT en France. Pourtant, à la même époque, le PCF entame une orientation politique caractérisée par la volonté d’établir des contacts avec la SFIO. En juin 1934, il propose à celle-ci un pacte d’unité d’action, démarche qui aboutit en juillet par la conclusion d’un tel accord. Le 14 juillet 1935 une manifestation est organisée à Paris, avec parmi les signataires de l’appel: PCF, SFIO, Parti radical, CGT, CGTU. En janvier 1936 est publié le programme électoral du "Rassemblement populaire" formé par PCF, SFIO, Parti radical. Dans le domaine économique sont prévues des mesures en faveur des chômeurs, des agriculteurs, des petits commerçants, des retraités, la réduction de la semaine de travail sans réduction de salaire, ainsi que diverses réformes, dont celle de la Banque de France. Cette coalition obtient une nette victoire aux élections de mai (386 sièges, contre 222 à la droite). Il en résulte la formation du gouvernement sous Léon Blum constitué avec des ministres socialistes et radicaux, auquel les communistes apportent leur soutien sans y participer.

Ces évènements sont propres à la situation en France, mais de façon plus globale, à partir des années 1930 la situation mondiale entre dans une période dont les enjeux ébranlent fortement le développement du mouvement communiste, en URSS et dans le cadre de l’Internationale communiste.

Ce n’est pas le lieu ici d’aborder les problèmes multiples qui se posent à cet égard.

Néanmoins, en ce qui concerne la CGT, il est utile de retracer brièvement l’évolution. En mars 1936 se tient un congrès d’unification entre CGT et CGTU, mais en septembre 1939 le Bureau confédéral déclare l’exclusion de tous ceux qui refusent de désavouer ce qu’on appelle le "Pacte germano-soviétique". Puis, le gouvernement de Vichy dissout les organisations syndicales. À partir de 1943 des militants de la CGT des deux tendances, "ex-confédérée" et "ex-unitaire", se retrouvent dans la même organisation clandestine qui est représentée au sein du Conseil national de la Résistance (CNR). À la fin de la guerre, la CGT est reconstituée, les "ex-unitaires" sont majoritaires, Benoît Frachon devenant secrétaire général aux côtés de Léon Jouhaux. Les ex-confédérés se regroupent dans la tendance Force ouvrière, puis en 1947 opèrent la scission en constituant la CGT-FO.

* La revendication de diminution du temps de travail

C’est une revendication qui traverse toute l’histoire du mouvement ouvrier, depuis ces débuts. Après la crise de 1929, l’objectif affiché par les réformistes était la semaine de 40 heures. Nous avons connu la loi de 1998 introduisant la semaine de 35 heures. Actuellement, il est question de revendiquer la semaine de 32 heures. Cette question doit être traitée sous deux aspects. D’une part, la réalité objective, c’est-à-dire les divers éléments qui correspondent à l’impact effectif de telles mesures: l’évolution des conditions de travail et de salaire, la création – ou destruction – d’emplois, etc.; d’autre part, la signification politique que revêt la revendication selon le contexte, c’est-à-dire en rapport justement avec l’influence nuisible du réformisme, et aussi en fonction du rapport de forces qui influe sur le cours des luttes. Et surtout, il faut toujours garder en vue la relation étroite entre la question du temps de travail – conjointement avec l’intensité du travail – et le mécanisme d’extorsion de plus-value par le capital, à la force de travail. Bref, il s’agit du mécanisme fondamental des rapports de production capitalistes.

 



[1]. A. Fogorachy: Sur le capitalisme d’État
(Cahiers du Bolchévisme, 7e année, n° 12, 15 juin 1932)

Lucien Constant: Les réformistes et la crise – II. La semaine de 40 heures
(Cahiers du Bolchévisme, 10e année, n° 23, 1er décembre 1933)

Lucien Constant: Les réformistes et la crise – III. L’«économie dirigée» et la CGT
(Cahiers du Bolchévisme, 11e année, n° 7, 1er avril 1934)

Lucien Constant: Les nouvelles révélations de Henri de Man
(Cahiers du Bolchévisme, 12e année, n° 4, 15 février 1935)

Maurice Romier: Sur le plan de la C.G.T.
(Cahiers du Bolchévisme, 12e année, n° 4, 15 février 1935)

[2]. Bela Kun: La Social-Démocratie contre le Marxisme, Paris, Bureau d’éditions, 1933.

[3]. Cité d’après: Arbeiterkultur in Österreich 1918–1945
ITH, Tagungsberichte, Band 16
, 1981, p. 172‑173.