LES ELECTIONS DANS LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE BOURGEOISE

Quand ils glissent leur bulletin dans l’urne, les électeurs s’imaginent qu’ils font un libre choix et que ce libre choix entre des candidats, des partis et des programmes est une chance que leur donne la démocratie. Ils acceptent en échange la règle républicaine qui oblige « les minoritaires » à s’incliner devant le « verdict des urnes » et à accepter d’être dirigés par la « majorité » jusqu’aux élections suivantes.

Certes, le suffrage universel est un droit démocratique fondamental, une conquête historique du peuple face à la monarchie, à l’autocratie et aux diverses formes de dictatures terroristes de la bourgeoisie comme le fascisme.

L’expérience de l’exercice de ce droit nous conduit cependant à poser des questions : le choix de l’électeur est-il vraiment libre ? Dans la république démocratique bourgeoise, cette liberté n’est-elle pas qu’apparente ? Le choix n’est-il pas influencé (pour ne pas dire dicté) pour faire élire des représentants de la bourgeoisie ? Par quel mystère la classe ouvrière et les larges couches du peuple, pourtant majoritaires, n’ont-elles jamais porté au pouvoir leurs représentants ? Pourquoi la politique capitaliste se répète-t-elle d’élections en élections ? Pourquoi le libéral Macron, ex conseiller et ministre de l’économie de François Hollande succède-t-il « démocratiquement » au libéral ex président de la République François Hollande ? Comment cela est-il possible ?  Voilà des questions que tout ouvrier conscient doit se poser et auxquelles les communistes marxistes-léninistes doivent répondre.

Ces questions ne sont pas nouvelles. Les dirigeants et penseurs révolutionnaires comme Marx, Engels et Lénine y ont été confrontés. Dans son œuvre L’ETAT ET LA REVOLUTION, Lénine expose la théorie issue de leur expérience. Voilà quelques passages :

La toute puissance de la « richesse » est plus sûre en république bourgeoise, parce qu’elle ne dépend pas des défauts de l’enveloppe politique du capitalisme. La république démocratique est la meilleure forme politique possible du capitalisme. Aussi bien le capital, après s’en être emparé (…) asseoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d’institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise.

 

Cette simple citation contient le noyau de la critique du marxisme-léninisme sur les élections dans la république démocratique bourgeoise. En direction des opportunistes qui attribuent au parlementarisme bourgeois des vertus qu’il n’a pas, Lénine poursuit :

Il faut noter qu’Engels est tout à fait catégorique lorsqu’il qualifie le suffrage universel comme instrument de la bourgeoisie. Le suffrage universel, dit-il, tenant manifestement compte de la longue expérience de la social-démocratie allemande, est…  L’indice qui permet de mesurer la maturité de la classe ouvrière. Il ne peut être rien de plus, il ne sera jamais rien de plus. »

A l’adresse de ceux qui attribuent d’autres vertus à la république démocratique bourgeoise, Lénine poursuit :

Les démocrates petits-bourgeois tels que nos socialistes révolutionnaires et nos menchéviks, de même que leurs frères jumeaux, tous les social-chauvins et opportunistes d’Europe occidentale, attendent précisément quelque chose « de plus » du suffrage universel. Ils partagent eux-mêmes et inculquent au peuple cette idée fausse que le suffrage universel, « dans l’Etat actuel », est capable de traduire réellement la volonté de la majorité des travailleurs et d’en assurer l’accomplissement.

 

Voilà pour la théorie. Certains opportunistes rétorqueront que la référence à la théorie, c’est du dogmatisme, qu’il faut partir de la réalité, du niveau de conscience politique actuel des masses, qu’il ne faut pas heurter des éléments « avancés » du mouvement revendicatif qui croient pouvoir utiliser leur bulletin de vote pour résister à l’offensive anti-ouvrière de la bourgeoisie, ou faire barrage au fascisme…

Les marxistes-léninistes, en aucun cas ne se contentent de réciter la théorie et partent toujours de la situation concrète dans leur analyse de la situation politique. Ils articulent les deux. Ils affirment que l’analyse concrète de la situation concrète doit être éclairée par la théorie, sous peine de sombrer dans l’observation externe des phénomènes et dans leur critique empirique. C’est dans cette logique matérialiste dialectique qu’ils analysent le processus politique actuel, afin d’en tirer la ligne à suivre pour instruire le prolétariat.

Ce qui suit vise à expliquer, aux ouvriers combatifs dans les luttes de classe mais non encore parvenus à une conscience claire de la nécessité de la révolution et du parti du prolétariat, comment il faut comprendre la dernière période électorale, de la démission de Macron du gouvernement Valls Hollande jusqu’à son élection comme président de la république, et son achèvement par l’élection législative de Juin. Il vise à convaincre que tout ce processus a été pensé, planifié et réalisé par les centres dirigeants de la bourgeoisie et que les électeurs ont été manipulés de A à Z pour arriver au résultat final.

Le point de départ de l’opération Macron a été le constat, par les milieux politiques dirigeants que le gouvernement Hollande était cuit et que la traditionnelle alternance droite gauche organisée autour de l’alternance PS-UMP (rebaptisée au passage LR) était discréditée, impossible d’être proposée encore une fois aux électeurs. Il fallait lui trouver un substitut en apparence encore inédit, mais garantissant la continuité de la politique libérale bourgeoise pratiquée par le gouvernement Valls Hollande.  Il fallait trouver quelque chose de « nouveau » à la place, sous peine de donner lieu à un scénario difficile à gérer par les monopoles capitalistes (Mélenchon ou Marine Le Pen) . Ce « nouveau », ce fut Macron et le mouvement « en marche ».

On aurait tort de croire que Macron a démissionné du gouvernement Valls et s’est lancé seul, pour l’amour de la France, dans l’aventure des élections présidentielles. Au départ seul, en apparence, et ne s’appuyant sur aucun parti, il n’avait en théorie aucune chance.   MAIS…

Nous en venons au centre de nos questions : Comment, dans la république démocratique bourgeoise, en cachette de l’opinion publique, se fabrique, se lance et se vend avec succès un « nouveau produit » politique, dans une situation « nouvelle » (le rejet des deux principaux partis de « l’alternance républicaine) capable d’assurer la continuité de la politique des monopoles capitalistes ?

La vérité cachée, c’est que les représentants du patronat et du CAC 40, les dirigeants des banques et des monopoles industriels et commerciaux, les  médias, des délégués des partis « de gouvernements » sont organisés dans des  « think tank» ( boîte à idées ) et que c’est dans ces organismes que se définissent les politiques économiques et sociales intérieures et extérieures à mener, pour faire prospérer les « intérêts de la France », c’est-à dire les intérêts des groupes monopolistes français en France et dans le monde.

Ainsi, c’est l’Institut Montaigne qui a tracé la feuille de route du processus politique qui a lancé, en accord avec François Hollande, la fondation du mouvement En Marche le 6 avril 2016, la démission de Macron en août 2016, l’éclatement du PS et de LR par la tragi-comédie des primaires de la droite et du PS. Sponsorisé financièrement par tous les milieux de la bourgeoisie libérale relayés par une campagne médiatique sans précédent, Macron ne pouvait pas perdre. Il devait être élu président de la république. Il l’a été.

Des preuves de ce scénario planifié ?  C’est Médiapart qui les a éventées. L’express du 7 avril publie :

En Marche n’est peut-être ni de droite ni de gauche, mais il est très proche de l’idéologie libérale de l’Institut Montaigne, lui-même parfaitement compatible avec les idées du MEDEF. Découvert par Médiapart, le lien était à chercher dans les mentions légales du titre du mouvement. Elles ont été modifiées depuis la publication de l’article, mais Médiapart en a conservé une capture d’écran. Celles-ci faisaient apparaître le nom du directeur de publication du site, Véronique Bolhuis, et son éditeur, En Marche, association loi 1901 domiciliée 33 rue Danton 94270 Kremlin Bicêtre. Véronique Bolhuis est la compagne de Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne. Et l’adresse de l’association est le domicile privé du couple… Laurent Bigorgne faisait partie en 2015 de la dizaine de Français invités à participer au très restreint groupe de Bilderberg, qui passe pour être une version top de Davos. De son côté, le président du MEDEF, Pierre Gattaz, a déclaré sur France Inter « bien aimer l’initiative de Macron qu’il juge « rafraîchissante ».

L’Institut Montaigne n’est pas le seul forum existant. Citons encore l’Institut ASPEN, l’IFRI, la Fondation pour l’innovation politique (FONDAPOL)1, En Temps Réel, la République des idées. On y retrouve les grands chefs d’entreprise, des économistes, des dirigeants de médias, des dirigeants politiques. C’est dans ces cercles que sont élaborés les lignes et les programmes économiques, politiques et sociaux que les gouvernements auront pour mission d’appliquer.1

Non, Macron n’est pas l’ange descendu du ciel qu’on présente au bon peuple. C’est tout simplement l’agent du capital créé de toutes pièces pour remplacer le PS et LR devenus inutilisables. Cela, dans le secret des cercles politiques restreints.

Elu président comme prévu, Macron doit maintenant gouverner dans le cadre des institutions de la Vème République.

Après son élection, Il a constitué un conseil des ministres au-dessus des structures des anciens partis de gouvernement.  A côté d’adhérents d’En Marche, on y retrouve pourtant des socialistes, des LR, des centristes, des Verts, et des « novices » de la société civile (pour le décor novateur). Bref, une nébuleuse dont le point commun est la mise en œuvre accélérée des mesures libérales anti-ouvrières et antipopulaires.

 Mais pour clore le processus électoral, il doit encore franchir l’étape des élections législatives. Les candidats d’En Marche auront-ils la majorité des députés à l’Assemblée Nationale ? Rien n’est moins sûr. Contredit sur sa gauche par Les Insoumis, quelques PCF et quelques socialistes « canal historique », sur sa droite par le Front National et une partie des Républicains, il semble cependant assuré, en plus des élus En Marche, d’un large soutien de la gauche libérale, du centre et de la droite modérée. Il fera passer au coup par coup sa politique de cadeaux financiers au capital et de régression sociale aux forces du travail, soit par une majorité au parlement, soit par ordonnances. Voilà le scénario écrit dans les règles de la République démocratique bourgeoise pour les cinq ans à venir. Et ainsi de suite…  Sauf si…

Les seules forces capables de perturber les mécanismes du système électoral bourgeois, ce sont les luttes de classe extra-parlementaires, à condition qu’elles ne soient pas dévoyées de leurs buts dans l’ornière réformiste ou dans l’anarcho-syndicalisme. La Parti « communiste » (PCF) porte une grande responsabilité dans l’illusion que le prolétariat pourrait réaliser ses objectifs par la voie pacifique électorale. Ce parti a abandonné sa mission historique. C’est pourquoi la classe ouvrière (et le prolétariat en général) doit reconstruire son indépendance politique au travers d’un parti révolutionnaire dans le but de renverser le système capitaliste, en commençant par le prise du pouvoir politique par la révolution.

L’accentuation des attaques contre les classes travailleuses exploitées et en premier lieu de la classe ouvrière va conduire à des manifestations de plus en plus dures de la lutte des classes. Dans cette perspective, les communistes seront dans et à la tête des luttes ouvrières au travers de leur syndicat. Mais ils diffuseront en même temps, ouvertement la perspective politique révolutionnaire du renversement du système capitaliste, sans concession à l’égard des illusions encore présentes dans la tête des travailleurs : Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Karl Marx, LE MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE.

1 Les lecteurs qui veulent en savoir plus sur les « Think tank » et leur pouvoir occulte peuvent rechercher sur internet « Le rôle des think tank en France. »

Législatives de juin, journal n°20

ELECTIONS PRESIDENTIELLES ET LEGISLATIVES


LES GOUVERNEMENTS SE SUCCEDENT

LE POUVOIR DE LA BOURGEOISIE DEMEURE

Toutes les luttes historiques ne sont en fait que le reflet plus ou moins net des affrontements de classes conditionnés en dernière analyse par l’évolution de la situation économique de ces classes1 . La détérioration de la situation économique du capitalisme, les difficultés du capital à s’investir productivement2  ont conduit la bourgeoisie en France et dans d’autres pays impérialistes à faire porter le fardeau de sa crise au prolétariat et certaines couches petites bourgeoises. L’objectif de la bourgeoisie et de son pouvoir politique est de rétablir une rentabilité du capital la plus élevée possible.

Le nouveau pouvoir politique continuera d’appliquer la même politique de régression sociale que les partis politiques de l’ex alternance PS-LRUMP discrédités aux yeux des travailleurs.

Il était urgent pour la bourgeoisie de trouver une solution de remplacement. En république démocratique bourgeoise les élections au suffrage universel sont un des moyens pour maintenir la domination politique et économique de la bourgeoisie sur le prolétariat.

L’alternance droite-gauche mise à mal, on la jette provisoirement aux orties et on organise une opération de blanchiment du personnel politique : Faire du neuf avec du vieux : telle est la solution Macron avec EN MARCHE, qui conduit à réaliser une nouvelle alliance Gauche droite au sein d’un même parti pour poursuivre la politique de la bourgeoisie monopoliste !

Tout l’appareil idéologique et politique s’est mobilisé pour faire gagner Macron, des grands médias aux grands patrons du CAC40 et des milieux d’affaires, économiques et financiers.3

L’affaire était entendue, Macron devait être élu et il l’a été. C’est la victoire au sein de la bourgeoise des partisans du « recyclage » de l’ancien personnel politique discrédité.

Les autres prétendants n’ont en fait servi que de caution au pseudo caractère démocratique des élections et seront tenus en réserve de la république. Marine Le Pen a servi comme d’habitude de repoussoir « fasciste ». Mélenchon a pour tâche de reconstituer un pôle réformiste afin de maintenir l’illusion chez les travailleurs qu’il serait possible par les élections de répondre à leurs aspirations et de « réformer le capitalisme ».

Certains s’imaginent que si « les insoumis », le PCF et le parti socialiste (maintenu) obtenaient un nombre important de députés à l’assemblée nationale, cela créerait des difficultés à Macron pour imposer sa politique anti-ouvrière et antisociale. Ces ouvriers ou ces militants politisés sont influencés par ces partis qui font miroiter le rêve qu’une majorité « de gauche » anti- Macron est possible et que si cela se produisait, Macron ne pourrait pas appliquer son programme réactionnaire. Cette illusion a déjà été expérimentée lors des précédents gouvernements. Qu’ont fait les députés de gauche pour s’opposer aux mesures réactionnaires de la bourgeoisie ? Les milieux politiques qui diffusent de telles illusions dévoient les travailleurs de leurs véritables moyens de lutte qui se trouvent sur le terrain extraparlementaire, dans la lutte de classe pour les revendications immédiates, dans la perspective d’un véritable changement de société, et dans la lutte pour la prise du pouvoir politique hors du cadre électoral contrôlé par la bourgeoisie.

Les élections législatives qui suivent l’élection présidentielle vont consolider la « légitimité électorale » de ce nouveau pouvoir. Les travailleurs devront se soumettre au verdict des urnes jusqu’aux prochaines élections présidentielles.

Fort de cette analyse, aux législatives comme aux présidentielles, le ROCML n’appellera à voter pour aucun candidat et combattra les illusions électorales en argumentant ses positions auprès des camarades ouvriers qui ne les ont pas encore rejetées.

Aujourd’hui, l’ illusion que l’on peut améliorer le capitalisme est encore forte chez les travailleurs les plus combatifs et les plus politisés, même si la lutte contre la loi travail a permis chez les syndicalistes de la CGT de faire bouger les lignes et entamé la domination de l’idéologie et de la politique bourgeoise dans les syndicats.

Mais le mode de production capitaliste impérialiste est miné par des contradictions qui l’amènent sûrement et inévitablement vers des crises politiques et économiques de plus en plus graves. Elles obligeront le prolétariat à lutter et à prendre conscience de sa mission historique en tant que classe : renverser le capitalisme et construire une société nouvelle, le socialisme libéré de l’exploitation capitaliste et de toutes ses conséquences qui mettent en péril l’existence de la société humaine et de son environnement.

Les marxistes léninistes partout où ils sont, participeront à l’organisation des luttes, à promouvoir leur convergence au niveau national contre la politique de la bourgeoisie, à l’organisation syndicale des travailleurs pour l’affrontement quotidien capital-travail. Ils aideront les éléments les plus conscients de la classe à édifier leur parti politique indépendant de la bourgeoisie défendant leurs intérêts de classe sans lequel ils ne pourront, le moment venu, s’emparer du pouvoir. Ils défendront la nécessité du soutien actif des travailleurs de France aux travailleurs et des peuples du monde dans leur lutte pour leur émancipation sociale et nationale contre l’impérialisme.

ROCML

04 Juin 2017

 

1 Voir F. Engels – préface au « 18 brumaire de Louis Bonaparte

2 La reproduction élargie du capital avec profit se heurte aux limites que cette reproduction généré inévitablement ( crise de surproduction, concurrence exacerbée, exploitation accrue des travailleurs…)

3 Voir à ce sujet ci-dessous l’article qui décortique cette opération.