LE PEUPLE KURDE ET LES PEUPLES OPPRIMES DU MOYEN ORIENT À LA CONQUÊTE DE LEURS DROITS NATIONAUX ET DÉMOCRATIQUES PAR LEURS PROPRES FORCES !

epa04586503 Members of the Syrian Kurdish People's Defence Units (YPG) celebrate their victory in Kobane, Syria, 26 January 2015. According to reports Kurdish fighters claim to have pushed militants from the group calling themselves Islamic State (IS) out of the whole of Kobane following four months of fighting, supported by airstrikes carried out by an international anti-IS coalition, though a number of the town's surrounding villages, close to the Syrian-Turkish border, remain in the hands of IS.  EPA/STR

Au Moyen-Orient deux évènements importants se sont produits récemment qui touchent le peuple Kurde : La libération de Raqqa, ainsi que la proclamation de l’indépendance du Kurdistan Sud après un référendum.

Raqua a été libéré par les Forces Démocratiques Syriennes dont les YPG (c’est-à-dire les Kurdes et Rojava) font partie.

 

LA FORCE DEMOCRATIQUE

ET SOUVERAINE DE ROJAVA

LIBERE RAQQA

 

La libération de Raqqa est une victoire pour tous les peuples de Syrie, car le front constitué par les Forces démocratiques Syriennes est porteur d’un projet de démocratie sociale et politique pour toute la Syrie. Nous la saluons comme une victoire pour la démocratie et la souveraineté des peuples de la région. Mais elle n’a pas été accueillie partout avec enthousiasme. Depuis le début du conflit en Syrie les États-Unis réclament le départ d’Assad et sur la question kurde ils ont une position ambigüe. Ils considèrent le PKK comme une organisation terroriste mais ils ont conclu une alliance militaire avec les YPG qui ont la même ligne politique que le PKK. Pour le dirigeant des YPG Salih Muslim, la relation des YPG « avec les États-Unis est simplement une alliance contre la terreur de l’EI. C’est le peuple de Raqqa qui décide sous quelle forme et comment gouverner la ville. […] on a des relations diplomatiques dans le cadre des négociations de Genève… Je n’en connais pas tous les détails mais je sais que les États-Unis ont des projets qu’ils ne dévoilent pas » – propos rapportés par l’agence de presse turque ETNA (24 octobre 2017).

Aujourd’hui, Rojava est le fer de lance d’une force démocratique qui permet à toutes les ethnies et minorités nationales et leurs forces politiques de s’organiser et de s’exprimer démocratiquement. La victoire de Raqqa est une épine dans le pied des forces réactionnaires qui se sont mises à unifier leurs efforts pour lutter contre le peuple kurde. La Syrie, l’Iran, l’Irak et la Turquie ont infléchi leurs tactiques et même leurs objectifs stratégiques. On a vu se multiplier les rencontres entre les présidents turc et iranien (et les états-majors respectifs), la visite du président iraquien en Turquie. Quant aux liens entre l’Irak et l’Iran, ils ne sont un secret pour personne. On le voit, la question kurde est un enjeu majeur dans cette partie du Moyen-Orient.

Cela montre que la situation des forces démocratiques et kurdes n’est pas sans danger et demain elles peuvent trouver face à elles toutes les forces réactionnaires et impérialistes coalisées. Ce danger se manifeste déjà au Kurdistan Nord (Nord de la Syrie). Les bonnes relations de Barzani (président du gouvernement Kurdistan Sud) avec les pays impérialistes et les forces réactionnaires (notamment la Turquie et L’Iran) n’a pas empêché la reprise de Kirkouk par les forces irakiennes, la défaite des forces peshmerga qui dépendent du Parti Démocratique du Kurdistan (KPD) et de l’Union Patriotique du Kurdistan (YNK). Les États-Unis ne se sont pas sentis concernés et ont laissé faire leur vassal irakien. La Russie dit « comprendre les Kurdes, mais que la solution doit être trouvée avec le gouvernement central en Irak. » Dans le même temps le ministre des affaires étrangères des États-Unis a entrepris une tournée jusqu’au centre de l’Asie pour rétablir ou consolider son influence. Il ne faut pas oublier que la guerre actuelle est le résultat des conflits impérialistes au Moyen-Orient.

Le peuple Kurde est réparti dans quatre pays différents, et représenté politiquement ou militairement par des organisations divisées entre les PYG (Syrie-Rojaïa) qui sont sur la même ligne politique que le PKK en Turquie, le KPD (de Barzani) et le YNK (de Talabani) au Kurdistan Sud iraquien. Malgré tout, la demande des Kurdes pour la liberté et pour leurs droits nationaux est très grande. Mais après le référendum au Kurdistan Sud, les évènements qui ont suivi démontrent que le peuple kurde ne peut conquérir ses droits nationaux en s’appuyant sur des forces réactionnaires et oppressives. Sur la base des relations économiques avec la Turquie et l’Iran s’est constituée une nouvelle couche bourgeoise totalement dépendante de ce commerce. C’est elle qui domine le gouvernement régional du Kurdistan Sud, et est représentée par deux partis, le KPD et le YNK, lesquels sous le prétexte de manque de moyens, après une négociation humiliante pour le peuple kurde, ont abandonné la ville de Kirkouk. Et sous la pression du peuple kurde Barzani a été contraint de démissionner.

 

 

SOUTENIR LES FORCES DEMOCRATIQUES

QUI LUTTENT DANS LA REGION

 

À l’époque de la domination impérialiste, aucune lutte nationale ne peut atteindre ses objectifs en s’appuyant sur l’impérialisme. Dans cette situation, l’indépendance politique, soit n’existe pas, soit est dérisoire et dépendante des enjeux politiques de l’impérialisme. Mais cette réalité ne doit pas être un prétexte pour s’opposer à l’autodétermination des nations et des peuples opprimés.

 

En France, certains groupes et organisations par « anti-impérialisme » dirigé contre les États-Unis prennent parti pour les autres forces réactionnaires d’Iran et de la Syrie soutenues par la Russie impérialiste. Ils ne comprennent pas que le conflit entre les pays impérialistes laisse un espace de lutte pour les forces démocratiques en Syrie. Mais cette guerre n’est pas terminée. Une fois le danger de l’EI écarté, le conflit peut prendre un autre tournant. L’alliance entre la Turquie, l’Iran et la Syrie dirigée contre les Kurdes, la « prudence » des pays impérialistes vis-à-vis de la situation au Kurdistan Sud après le référendum, laisse présager un tel tournant. Si demain des pays impérialistes reconnaissent l’existence du Kurdistan en tant que pays, ils ne le feront que contraints et forcés par une lutte continue du peuple kurde de plus d’un siècle, et poussés par les contradictions inter-impérialistes à adapter leur tactique à une nouvelle situation. Les pays impérialistes, malgré leur puissance, ne peuvent tout maitriser. Quand les pays impérialistes ont abandonné le colonialisme pour passer au néo-colonialisme, on ne pouvait pas pour autant conclure que la lutte contre le colonialisme avait été inutile simplement parce qu’elle a conduit les forces réactionnaires mondiales à s’adapter à la nouvelle situation créée par la lutte des peuples opprimés.

 

Aujourd’hui, que proposent toutes ces forces « anti-impérialistes » qui doutent de la justesse de la lutte du peuple kurde ? Qu’il arrête de lutter pour ses droits nationaux et démocratiques ?

Notre position est fondamentalement identique que ce soit pour la Palestine, la Catalogne ou pour les Kurdes. La situation est certes différente, mais les communistes ne conditionnent pas leur soutien à un peuple opprimé à la façon dont il doit mener sa lutte pour ses droits nationaux et démocratiques. Cependant « le droit d’autodétermination est une des revendications de la démocratie, qui doit naturellement être subordonnée aux intérêts généraux de la démocratie. » (Lénine – Les questions nationales et coloniales, Éditions de Pékin, p. 11), et Lénine de préciser qu’en 1848 ces intérêts consistaient au premier chef à combattre le tsarisme, aujourd’hui c’est la lutte contre les forces réactionnaires et impérialistes au Moyen-Orient. C’est pour cette raison que l’on ne peut soutenir des marionnettes de l’impérialisme comme Barzani et Cie au Kurdistan Sud.

 

Dans toute situation le rôle fondamental des communistes est d’organiser le prolétariat, là où il existe, sur ses objectifs propres qui ne sont pas ceux de la bourgeoisie, petite ou grande, et ce même pendant la lutte de libération nationale. Seule l’indépendance politique et l’autonomie organisationnelle du prolétariat, là où il existe, peut l’amener à peser sur le mouvement dans le sens de ses objectifs immédiats et stratégiques. La lutte des peuples opprimés devient alors une composante de la révolution prolétarienne. Les communistes marxistes-léninistes, en participant activement à la lutte des peuples opprimés, savent par expérience que pour se débarrasser de l’oppression du capitalisme-impérialisme, une révolution prolétarienne est nécessaire comme nous l’a montré la révolution d’Octobre.

 

Pour conclure, nous réaffirmons avec force notre solidarité avec le peuple kurde. Le peuple kurde au Moyen-Orient est porteur de dynamismes progressistes et démocratiques, et notamment les Kurdes de Rojava et du Kurdistan Nord (Nord de la Syrie.

Nous sommes convaincus que le peuple kurde, avec le soutien international des forces révolutionnaires et communistes, peut par ses propres forces faire triompher le modèle démocratique révolutionnaire dont il est porteur dans la région (pour la Syrie : une fédération syrienne de républiques nationales démocratiques).

 

Vive la lutte du peuple kurde  sur la voie de sa liberté !

Vive la lutte pour la démocratie sociale et politique des peuples de Syrie !

Vive les forces YPG-YPJ à la tête de la lutte pour la démocratie et les droits nationaux !

La libération de Raqqa est une victoire pour la démocratie en Syrie.

LEXIQUE DES ORGANISATIONS

 

Les Forces Démocratiques Syriennes sont une alliance militaire formée de forces armées kurdes, à savoir les YPG et les PYJ (la branche féminine des YPG), et d’autres forces armées. 40% des FDS sont des forces armées arabes.

Le TEVDEM est l’alliance politique qui administre les régions du Nord, libérées de l’EI. Elle est formée principalement du parti kurde PYD (Parti de l’Union Démocratique), du Parti de Gauche de Rojava, du Baris (parti de la Paix) et d’une fraction du KPD (Parti démocratique du Kurdistan qui s’est scindé en deux et dont une partie a la même position que le KPD de Barzani en Irak) et d’autres forces politiques  plus petites.

 

 

 

Extraits «  La Chartre de Rojava »

 

Consultable en intégralité

http://www.kedistan.net/wp-content/uploads/2015/10/charte-tev-dem.pdf

 

(..)  la résistance des YPG/YPJ (Unités de défense du peuple et des femmes) à Kobané est la résultante d’une histoire de trente ans de résistance du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan qui a beaucoup inspiré le mouvement kurde en Syrie. Depuis 1984, le PKK mène une lutte armée contre l’État turc. En parallèle de cette résistance, le PKK a défini un programme politique innovant sous l’impulsion de son leader Abdullah Öcalan, qui depuis son emprisonnement en 1999 travaille à repenser une théorie politique innovante, où il rejette le concept d’État-nation au profit d’une organisation de la société basée sur l’autonomie et la démocratie à toutes ses échelles.

 

La charte du Rojava est très claire en matière d’égalité homme/femme, et la libération des femmes constitue un des axes majeurs du programme social du Rojava. Celle-ci reconnaît les inégalités de genre inhérentes à la société patriarcale existant jusque-là et ayant une influence sur la société. Toutes les institutions adoptent ainsi un système de coprésidence : un homme et une femme. Loin de se limiter à un combat militaire, la lutte des femmes passe aussi par une forte implication dans l’organisation et la vie politique du Rojava. L’Académie des femmes leur permet de recevoir une formation politique et militaire leur donnant les outils qui leur permettent de prendre leur place dans la résistance du Rojava. Ces formations sont dispensées aux femmes de tous âges, dans le but de casser la segmentation de la société en classes d’âge.

 

L’avenir politique du Rojava est incertain. La révolution en cours au Rojava n’en est qu’à ses débuts, et rencontre maintes difficultés. Après avoir commencé à appliquer son programme politique, le Rojava a créé une entité politique plus large, les Forces démocratiques syriennes, afin d’inclure de façon plus large les autres communautés du Nord de la Syrie, et recevoir de l’aide militaire étrangère.

 

Le 17 mars 2016, le conseil constitutif du Rojava a publié une déclaration de fédéralisme, engendrant aussitôt de multiples attaques, dont un nouvel embargo de la part du KRG (Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak), empêchant la circulation des personnes et de l’aide humanitaire à destination du Rojava. Les attaques constantes des jihadistes de Daesh, l’embargo imposé par la Turquie qui ne supporte pas l’idée d’un contrôle territorial kurde à ses frontières, mais aussi par ses pions locaux, notamment le Kurdistan irakien dirigé par Barzani, sont autant d’obstacles rencontrés par les administrations locales. Difficile aussi de prévoir la posture que les alliés de circonstance, États-Unis et Russie, adopteront face à la volonté d’autodétermination du peuple du Rojava. Pour l’instant, pour ne pas froisser la Turquie, les États-Unis ont rejeté en bloc les demandes politiques de l’administration du Rojava, tout en continuant leur aide militaire. Enfin le régime syrien, qui jusque-là adoptait un silence pragmatique pour éviter d’ouvrir un conflit supplémentaire avec les Kurdes, a fait savoir qu’il n’accepterait pas d’autonomie du Rojava au sein de la Syrie. Au sein de la communauté kurde elle-même, il existe toujours des tensions entre une volonté de création d’un État-nation kurde (ce que ne soutient pas l’administration locale), et un fonctionnement fédéral sur un mode libéral (qui n’est pas non plus le programme de la charte du Rojava). Entre les deux, le processus d’autonomie démocratique tente de percer son chemin. Une chose est sûre, ce processus de démocratisation en cours au Rojava est une initiative nouvelle, appelée à s’insérer dans un processus de paix plus global au Moyen-Orient et peut être à lui servir d’inspiration.

 

Solidarité avec les travailleurs de l’usine de TORAY à Lacq-Abidos

Depuis le 11 juillet les ouvriers de l’usine de TORAY CFE, sur le complexe de Lacq (64), sont en grève pour obtenir la réintégration d’un de leur camarade licencié pour « insubordination »[1]. L’usine est quasiment à l’arrêt. La direction préfère perdre des millions d’euros par la paralysie de la production que de céder à la revendication des travailleurs. Voilà qui est révélateur du véritable visage du patronat qui ne tolère pas, au-delà de toute autre considération, que l’on puisse contester son autorité et son pouvoir dans « son » usine. Le travailleur doit rester son esclave salarié !

Mais voilà que contre toute attente de sa part, habitué à mettre les travailleurs en condition de concurrence les uns par rapport aux autres, il voit s’exprimer la solidarité de cette classe de prolétaires qu’il méprise et exploite et sans le travail de laquelle il n’est rien et ne pourrait vivre un seul instant.

Cette lutte vient grossir toutes les luttes et grèves en cours partout en France et que les médias couvrent de leur silence. Viendra le jour où ces luttes iront grossir le fleuve qui emportera cette société malade du capital et grosse d’une société sans exploitation. Société socialiste dans laquelle ce sont les travailleurs qui auront le pouvoir.

Popularisons cette grève exemplaire, soyons prêts à répondre à toute demande de solidarité de leur part. Leur détermination et leur unité dans la lutte sont une garantie d’une issue victorieuse.

ROCML le 16 juillet 2017

 

 

 

 Envoyez vos messages de soutiens et de solidarité à l’adresse mail suivant:

 

cgt.toray@laposte.net

 

 

 

 

Grève dans l’usine Toray CFE (64)

 

Dans les usines TORAY CFE sur le complexe de Lacq qui embauche plus de 400 salariés, la quasi-totalité des ouvriers s’est mise en grève depuis le 11 juillet pour un salarié licencié injustement ! Presque toute l’usine est depuis à l’arrêt, chose qui ne s’était jamais produite dans l’histoire de cette entreprise. C’est environ 200 grévistes qui se mobilisent pour une seule personne sur le principe de « un pour tous, tous pour un ». Ce n’est ni une logique financière, ni un mot d’ordre national qui a conduit tous ces salariés en grève mais la solidarité. Les salariés et la Cgt réclament la réintégration immédiate de notre camarade dont la direction lui reproche une insubordination. Ce que l’ensemble des grévistes conteste. Nous sommes à l’heure actuelle toujours en grève dans une usine qui est quasiment à l’arrêt complet. La Direction ne veut faire aucun geste envers notre camarade alors nous continuons la lutte.

 

La Cgt Toray-CFE

cgt.toray@laposte.net

[1] Voir le communiqué du syndicat de TORAY que nous reproduisons ici.

Sortir de l’Europe ou sortir du capitalisme

SORTIR DE L’EUROPE

OU

SORTIR DU CAPITALISME

 

Le 30 mai dernier a eu lieu à Paris un rassemblement dont le but politique partagé des organisateurs  est  la sortie de l’UE, de l’euro, de l’OTAN, la reconquête de la souveraineté ( ou de l’indépendance ) de la France, prise dans un «  étau politique » par le « broyeur euro-atlantique » qu’est l’UE. (Ce qui est entre guillemets est dans un texte du PRCF adressé à ses «  militants et sympathisants » daté du 25/2/2015). Participaient à ce rassemblement le PRCF, bien sûr, mais aussi  la Coordination Communiste et quelques autres groupes. Ce thème, récurrent chez des groupes issus du PCF dans les années 1990 est rejeté par le ROCML. Pourquoi ?

Pourtant, en 2005, le Collectif Militant Communiste  (collectif qui a participé à la création à du ROCML) avait pris position et milité pour le vote NON au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Avec d’autres organisations (URCF, PCOF) un meeting fut organisé à Paris le 15 mai 2005 sous le mot d’ordre NON au référendum sur le TCE.

Le ROCML  juge que l’appel et les actions unitaires menées par CMC pour faire campagne pour voter non au référendum sur le TCE  étaient justes. Alors pourquoi aujourd’hui le ROCML ne se reconnaît-il pas dans les mots d’ordre de reconquête de l’indépendance nationale, de sortie de l’UE et de l’euro mis en avant à toutes occasions par le PRCF et la CC 59-62 ? Dans le numéro 12 de son bulletin MILITANT COMMUNISTE, le CMC (Collectif Militant Communiste ) avait exposé dans le détail son argumentation pour le vote NON au TCE. Nous écrivions alors :

 « VOTER NON POURQUOI ?

Fondamentalement, il s’agit pour nous de faire obstacle à la réalisation du projet de bloc impérialiste des bourgeoisies monopolistes européennes qui n’est rien d’autre et qui ne peut être rien d’autre qu’un instrument aux mains de ces bourgeoisies pour exploiter davantage les prolétariats et les peuples d’Europe et du monde, un instrument d’oppression et de répression, de reconquête colonialiste et de repartage de la planète, un instrument économique, politique et militaire pour résoudre, y compris par la guerre, les rivalités qui opposent les impérialismes et les blocs impérialistes entre eux.

Au travers de ce combat contre l’Union Européenne, nous voulons affaiblir l’impérialisme français, celui que notre classe et notre peuple sont en mesure de combattre et de renverser pour établir leur propre pouvoir et construire le socialisme.

Notre but est d’ébranler l’édifice européen pour le détruire.

  (…)Par le moyen de l’UE, l’impérialisme français écrase un peu plus la classe ouvrière et le peuple de France. En même temps, il développe ses surprofits en exploitant, au nom du marché libre européen et international, les prolétariats des ex-pays socialistes ruinés par la contre révolution bourgeoise et des pays maintenus dans la pauvreté et le sous-développement. L’UE n’est pas seulement l’ennemi des peuples des nations impérialistes d’Europe, mais aussi des peuples dominés en Europe et à travers le monde. En votant NON, nous exprimerons aussi notre solidarité avec ces derniers. »

 

En bref, l’appel du CMC de voter NON était fondé sur le principe d’affaiblir notre propre impérialisme et sur l’internationalisme prolétarien. Rien à voir avec la défense de l’indépendance nationale et l’amour du drapeau bleu blanc rouge !

 

Avec le PRCF notre désaccord  porte sur deux points d’analyse stratégiques fondamentaux :

Le premier est que la France actuelle (bourgeoise, capitaliste impérialiste) serait «  broyée par l’UE atlantique » et que les reculs économiques, sociaux, et politiques de cette France-là, viennent de là. La reconquête de l’indépendance nationale « broyée » par l’UE atlantiste pilotée par l’Allemagne et vassale des USA  permettrait un renouveau progressiste pour la France.

Le second est que le retour à l’indépendance nationale par la sortie de l’UE est la condition pour ouvrir la possibilité d’une révolution socialiste dans notre pays.

Ces deux points sont étrangers à l’analyse révolutionnaire et à l’idéologie communiste marxiste-léniniste.

Sur le premier point, nous affirmons que dans l’UE, la France n’est pas un pays «  broyé »  par les USA et leur allié allemand. D’abord, il faudrait prouver que l’Allemagne est effectivement l’agent des USA pour imposer leur direction sur l’Europe. Il est clair  que l’Allemagne lutte pour elle-même pour cette direction. Y compris en s’opposant aux USA. Car chaque impérialisme national travaille d’abord pour lui-même avant de s’allier et aussi quand il s’allie avec un autre impérialisme.

Ensuite, c’est oublier que la France actuelle est elle-même un pays impérialiste qui lui aussi vise à faire valoir ses intérêts particuliers au sein de l’UE en alliance et en rivalité avec les autres impérialismes. Faire de la France une victime, c’est tout simplement nier ou oublier que la France est elle-même un pays impérialiste qui «  broie » et vise à broyer d’autres nations en Europe, et dans le monde. Le développement inégal du capitalisme-impérialisme ne fixe d’ailleurs pas éternellement la domination de tel impérialisme sur tel autre.

Faire de la France une victime de l’UE, c’est cultiver tous les réflexes chauvins contraires à l’internationalisme prolétarien. Ainsi, l’attachement réactionnaire au drapeau Bleu Blanc Rouge constitue le symbole de ce chauvinisme, que le PRCF appelle «  patriotisme ». Ce drapeau n’est pas celui  de la classe ouvrière en France et dans le monde car c’est avec ce drapeau que la bourgeoisie française a massacré les peuples et le prolétariat  aux quatre coins du monde pendant des siècles et encore aujourd’hui.

 

Bref, le mot d’ordre de sortir de l’UE sur la base de la reconquête des intérêts nationaux  de la France capitaliste impérialiste d’aujourd’hui est un mot d’ordre qui détourne le prolétariat de son objectif premier : détruire son impérialisme et non simplement le critiquer parce qu’il  serait faible face aux autres impérialismes. Quel serait le discours de nos « communistes patriotes » si la France était la puissance dominante ?

Nous arrivons au deuxième point de désaccord: la sortie de l’Europe comme préalable au progrès social et à la voie de la révolution socialiste.

A en croire le PRCF, la sortie de la France de l’UE permettrait (est la condition ! ) pour sortir de la régression sociale et avancer vers la révolution ( la transformation ? ) socialiste.

Tous les maux économiques et sociaux viendraient donc de la soumission de l’Etat français aux diktats de Bruxelles et de l’Allemagne de Merkel…

Pour échapper à ces diktats, il n’y aurait rien de mieux que de s’y soustraire en sortant de l’Europe. Ils sont bien naïfs, nos camarades du PRCF ! Hors de l’UE,  la bourgeoisie monopoliste française AU POUVOIR serait-elle plus sociale, plus progressiste que les autres bourgeoisies de l’UE ?

Le fait d’avoir une liberté vis-à-vis des «  diktats «  européens a-t-il empêché la bourgeoisie anglaise d’être autant réactionnaire sinon plus que les bourgeoisies de l’UE ?

La réponse est évidente. Et la conséquence aussi.

L’expérience que traverse la classe ouvrière de Grèce est à cet égard édifiante. Il est clair que dans ou hors de l’UE, avec ou sans l’euro, avec la droite ou avec Syriza, c’est le peuple qui paiera la note si la bourgeoisie reste au pouvoir. Seul un pouvoir dirigé par la classe ouvrière peut en effet prendre la décision d’annuler unilatéralement la dette et de prendre en main la reconstruction de l’économie sur une autre base que celle des intérêts du capital financier, c’est-à-dire sur la base des intérêts du peuple. Dans une telle perspective, la question de la sortie de l’UE se résoudra d’elle-même.

 

Ainsi, il appartient aux prolétariats d’Europe de mener la lutte sociale et politique d’abord contre leur propre bourgeoisie, et non d’accuser les bourgeoisies étrangères de leurs malheurs. L’idée selon laquelle la sortie de l’Europe serait la condition d’une avancée vers le socialisme est erronée et trompeuse. Dans ou hors de l’Europe, la voie de la révolution c’est celle de la destruction de l’appareil d’Etat national et la conquête du pouvoir par le prolétariat. C’est cette ligne là que les communistes doivent développer. Fixer un autre objectif à la lutte de classe, c’est en détourner les prolétaires et les travailleurs exploités. C’est se mettre sur le terrain d’une fraction ou d’une autre de la bourgeoisie nationale.

ROCML – Le 10 juillet 2015

LE PEUPLE GREC A LA CROISEE DES CHEMINS IMPASSE REFORMISTE ou VOIE REVOLUTIONNAIRE

A l’initiative du « mouvement social grec »[1], des manifestations se sont déroulées en France et dans toute l’Europe afin de « soutenir le peuple grec » au moment où Syriza négocie une nouvelle fois le paiement de sa dette avec l’Union Européenne.

 

Dans ces manifestations et les dernières positions publiques deux lignes se sont manifestées : celle qui tend à soutenir l’initiative de Syriza qui tend à négocier le prix de la dette, son échéance, celle qui soutient l’action des communistes grecs et qui dénonce l’action du gouvernement, réclamant le non-paiement de la dette par le peuple.

Les organisateurs veulent s’en tenir à la question de la « solidarité avec le peuple grec. Pourtant, au sein de ces rassemblements, la discussion est engagée autour de la lutte des classes aigue qui traverse la Grèce. Soutenir le peuple ne veut rien dire en tant que tel. Derrière ce simple soutien au peuple, le mouvement de solidarité soutient en réalité la politique de Syriza. Il faut clarifier, quelle classe sociale, quel parti politique soutenons-nous en Grèce ? Il est clair que nous ne soutenons pas les capitalistes grecs et les différents partis politiques qui les représentent. Mais cela ne suffit pas. Les communistes sont internationalistes. Ils soutiennent les travailleurs grecs qui refusent l’austérité, mettent en avant la perspective du socialisme. De même, la crise qui secoue la Grèce n’est pas un phénomène isolé mais généralisé. L’ensemble du monde capitaliste est touché par la crise, à divers degrés. La situation politique grecque a donc une portée internationale. Comme

les Grecs, nous nous posons la question en France de savoir ce qu’il faut faire pour contrer l’austérité imposée par les gouvernements de droite comme de gauche. Ainsi, pour développer des solutions à nos situations, nous ne devons pas hésiter à tirer des enseignements politiques de ce qu’il se passe en Grèce. Nous devons nous « nourrir » de l’expérience du mouvement ouvrier international pour lutte contre la classe bourgeoise. C’est en cela que vit l’internationalisme prolétarien : solidarité avec les travailleurs du monde entier, et enseignements/bilan des luttes du mouvement ouvrier international.

Disons-le clairement, la situation en Grèce avec l’arrivée au pouvoir de Syriza est un moment important pour le développement de la conscience politique du mouvement ouvrier des pays impérialistes. Il y a actuellement deux façons de répondre à la crise internationale du système capitaliste :

  • La façon des réformistes : le système changera par réformes graduelles en arrivant au pouvoir par les élections. Les réformistes axent tout leur programme sur la redistribution des richesses sans toucher à la propriété capitaliste des moyens de production. En Europe, cette façon de voir s’exprime, chacun dans leur contexte national par Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, le Front de Gauche en France.

La façon des révolutionnaire, des communistes : il faut changer de système. La réforme est possible avec un rapport de force de classe mais n’est pas un but en soi, peut toujours être remise en cause sous le capitalisme. Il faut donc

  • abattre le capitalisme, transformer la propriété privée en propriété du peuple travailleur (propriété sociale). Les communistes veulent construire une société socialiste.

Jusqu’à présent, la lutte dans le mouvement ouvrier entre réformistes et communistes se faisait sur la base d’arguments idéologiques, théoriques ou historiques. Maintenant, nous sommes à un tournant. Les faits concrets, pratiques, sont en train de montrer en Grèce l’échec du réformisme. Syriza ne tient pas parole, reste enfermé dans la dictature du capital et plie face aux exigences des bourgeoisies européennes. Les propositions de Tsipras aux créanciers le prouvent. Surtout, Syriza n’a pas touché à la cause des inégalités en Grèce. En conséquence, le peuple et plus particulièrement la classe ouvrière continuent de subir la crise du capitalisme et payent la dette de la Grèce. Mais quelle est l’origine de la dette ? Qui a endetté la Grèce ? Qui en profite ? L’UE, ce cartel d’impérialistes et le gouvernement grec Syriza font payer la dette au prolétariat grec. Les communistes ne doivent pas se tromper : les travailleurs ne sont pas responsables de la dette. Ils produisent de la richesse, ce ne sont pas des feignants. D’après l’OCDE, les Grecs travaillaient en moyenne 42 h par semaine alors que la moyenne de l’Union Européenne est de 37 heures par semaines. Et les impérialistes en complicité avec Syriza veulent dégrader toujours plus les conditions de vie du peuple.

Les communistes en France ne peuvent soutenir que les forces qui défendent le non-remboursement de la dette par le peuple. L’ancien président du Burkina Faso, Thomas Sankara, assassiné par l’impérialisme mettait en garde ainsi son peuple : «La dette ne peut pas être remboursée parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également.»

Soyons-en sûr en effet , sans le rejet de la dette et la rupture avec le capitalisme, les travailleurs sont condamnés à verser leurs forces et leur sang pour créer des richesses dont ils ne profiteront pas, dont ils

seront dépouillés par l’impérialisme et la bourgeoisie grecque.

Nous voyons bien tous que la volonté de réforme ne suffit pas concrètement à changer la situation. Il est impossible d’aménager le système capitaliste, le système capitaliste ne se change pas. Il reste toujours inégalitaire car la cause de l’inégalité entre une minorité d’exploiteurs qui possède et une majorité d’exploités qui produit est préservée par le réformisme.  Il faut tirer les enseignements de cette expérience grecque.

Pour changer sa situation, pour mettre fin à l’austérité qui est la tâche immédiate de la classe ouvrière européenne, il est nécessaire de renverser le capitalisme et d’instaurer le socialisme. Il n’y a pas d’autre voie. Il ne suffit pas de contester le capital, d’être contestataire, il faut aussi proposer des perspectives anticapitalistes.

L’échec de Syriza et la capitulation de Tsipras devant les diktats du capital financier international est la démonstration concrète de l’utopie des théories et des politiques réformistes, y compris celles du réformisme dit « radical ». De ce point de vue, l’opposition d’une partie de Syriza au plan d’austérité signé par Tsipras et voté par le parlement sera vaine si ses membres ne rejoignent pas les forces anticapitalistes engagées dans la rue. Même si les conditions n’en sont pas toutes réunies aujourd’hui, la révolution est la question posée et à résoudre.

 

Aujourd’hui les communistes qui partagent cette analyse  doivent agir pour expliquer et défendre  la voie révolutionnaire en Grèce contre les utopies réformistes et opportunistes. Et ce combat en France  ne peut que favoriser l’émergence d’un véritable parti communiste dont le prolétariat a besoin pour lui aussi s’engager dans la voie révolutionnaire.

ROCML – JUILLET 2015

Les communistes et les luttes d’émancipation et de résistance nationale

 

1)   PRINCIPES GENERAUX

Les communistes affirment le droit des nations, des minorités nationales et des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ce principe vaut quand un pays impérialiste opprime ou agresse un Etat nation, et aussi à l’intérieur d’un Etat, quand une minorité nationale est opprimée par une nation dominante.  Il entraîne le droit d’une minorité à se séparer de l’Etat oppresseur, même si les frontières de cet Etat sont affectées par cette séparation. Les références aux frontières héritées  de rapports de forces anciens ne sont pas un principe pour les communistes.

«  En tant que démocrates, nous sommes hostiles  sans restriction à toute oppression, si minime soit-elle, exercée contre une nationalité quelconque, à tout privilège accordé à une nationalité ou à une autre. En tant que démocrates, nous proclamons le droit à la libre disposition, au sens politique du terme, c’est-à-dire la liberté de séparation. » 1

En conséquence, les communistes  soutiennent les luttes d’émancipation, de libération ou de résistance nationale, même quand le prolétariat n’en a pas la direction.

 

«… Parfois, la bourgeoisie réussit à entraîner dans le mouvement national le prolétariat, et alors, la lutte nationale prend, en apparence, un caractère « populaire général », mais rien qu’en apparence. Dans son essence, elle reste toujours bourgeoise, avantageuse et souhaitable principalement pour la bourgeoisie. Mais il ne s’en suit nullement que le prolétariat ne doit pas lutter contre la politique d’oppression des nationalités. Les restrictions à la liberté de déplacement, la privation des droits électoraux, les entraves à l’usage de la langue, la réduction du nombre des écoles et autres mesures répressives atteignent les ouvriers autant que la bourgeoisie, sinon davantage. Une telle situation ne peut que freiner le libre développement des forces spirituelles du prolétariat des nations assujetties.» 2

Suivant le principe du droit des nations et des peuples à disposer d’eux-mêmes, les communistes condamnent et combattent, quel qu’en soit le prétexte, toute ingérence d’un Etat dans les affaires intérieures d’un autre Etat souverain, en particulier contre toute intervention armée d’un Etat impérialiste pour soumettre un pays ou pour le maintenir sous sa domination.

2) CADRE CONCRET DANS LEQUEL S’INSCRIVENT LES LUTTES D’EMANCIPATION, DE LIBERATION

ET DE RESISTANCE NATIONALE.

Au cours de la seconde moitié du XXèmè siècle, les rapports internationaux entre l’impérialisme occidental (et nippon) et les luttes de libération nationale se sont considérablement modifiés.

La dégénérescence, la division, puis la disparition du camp socialiste ont affaibli les mouvements de libération nationale et les a éloignés de la perspective d’une révolution sociale prolétarienne après la décolonisation.

Dans une partie des pays ayant accédé à l’indépendance, le pouvoir a été confisqué par des couches de la moyenne et petite bourgeoisie  qui se sont mises sous la dépendance d’une puissance impérialiste ou d’une autre. Certains de ces pays décolonisés sont restés liés à l’ancienne métropole  et d’autres, qui se sont libérés de l’impérialisme occidental,  se sont liés à une autre grande puissance en apparence socialiste mais en réalité expansionniste, social-impérialisme, comme l’URSS après la contre révolution kroutchévienne ou la Chine. Dans ces pays, malgré la destruction des rapports coloniaux antérieurs et des progrès politiques et sociaux, la perspective du socialisme s’est aussi estompée avant de disparaître pour le moment.

Aujourd’hui, la réalité est que les pays nés de la décolonisation sont des pays dirigés par une classe bourgeoisie, et que cette bourgeoisie autochtone est pieds et mains liés à un impérialisme ou à un autre, quand ce n’est à plusieurs à la fois.

La question nationale s’inscrit aujourd’hui dans les nouvelles contradictions inter-impérialistes nées de la crise systémique mondiale qui s’impose à tous les pays impérialistes et aux pays dominés par l’impérialisme. Toute revendication nationale (à l’intérieur d’un pays ou entre un pays impérialiste et un pays dominé) tombe dans  le cadre des rivalités inter-impérialistes exacerbées par la crise et de leur guerre multiforme (militaire ou non) pour le repartage du monde. L’Irak, la Libye, La Syrie, l’Ukraine… illustrent cette réalité.

Dans chaque conflit, on trouve les agissements  des puissances impérialistes rivales. Les discours de soutien aux peuples tenus par les unes et les autres ne sont que des mensonges destinés à masquer leurs visées prédatrices. La Russie et la Chine partagent avec les impérialismes occidentaux les mêmes objectifs : maintenir ou pousser leur mainmise économique sur les pays qu’ils dominent déjà et sur ceux qu’ils convoitent. Pas plus que les USA et les vieux impérialismes européens et nippons, la Russie et la Chine ne sont des amis des peuples.

Les communistes condamnent et combattent toutes les ambitions dominatrices et tous les actes agressifs d’un impérialisme contre un pays souverain et ils ont pour premier devoir de s’opposer aux menées de leur propre impérialisme national.

 

Ils ne soutiennent pas un impérialisme pour en combattre un autre, même si l’un est plus faible que l’autre ou qu’il parait moins agressif.  Ils dénoncent les véritables visées des nouveaux  impérialismes comme la Russie et la Chine qui avancent masqués au nom de la liberté des peuples.

            Voilà comment Lénine traitait cette question :

« Admettons … Qu’à la place du capital de la période de libération nationale intervienne le capital impérialiste international, le capital réactionnaire financier. L’un des pays possède, disons les trois quarts de l’Afrique et l’autre le quart. Le contenu objectif de leur guerre est un nouveau partage de l’Afrique. Quel est le pays dont il faut souhaiter le succès ? …Ce n’est pas l’affaire de la social-démocratie moderne que d’aider le premier pays à affermir son « droit » sur les trois quarts de l’Afrique ni d’aider le second à s’approprier ces trois quarts (même si son évolution économique est plus rapide que le premier). La démocratie moderne ne sera fidèle à elle-même que si elle ne s’allie à aucune bourgeoisie impérialiste, que si elle déclare que « l’une et l’autre sont les pires », si elle souhaite dans chaque pays la défaite de la bourgeoisie impérialiste. Toute autre solution sera, dans la pratique, nationale libérale, et n’aura rien de commun avec l’internationalisme prolétarien. » 3

            Cela étant clair, les communistes considèrent que les contradictions inter-impérialistes peuvent être utilisées dans une lutte de résistance nationale à condition que cette lutte ne devienne pas inféodée, maintienne ses buts et conserve son indépendance. « Le fait que la lutte contre une puissance impérialiste pour la liberté nationale peut, dans certaines conditions, être exploitée par une autre « grande puissance  » dans ses propres buts également impérialistes, ne peut pas plus obliger la social-démocratie à renoncer au droit des nations à disposer d’elles-mêmes, que les nombreux exemples d’utilisation par la bourgeoisie des mots d’ordre républicains dans un but de tricherie politique et de pillage financier, par exemple dans les pays latins, ne peuvent obliger les social-démocraties à renier leur républicanisme. »4

 

Dans les questionnements que suscitent les politiques concrètes, sur le terrain, des mouvements d’émancipation et de résistance nationale face aux menées contradictoires des facteurs extérieurs et intérieurs,  les communistes défendent le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et se positionnent  en accord avec les intérêts immédiats, mais aussi à moyen et long terme du prolétariat des nations concernées.

 

3) CONCLUSION

– Les communistes affirment et soutiennent le droit des nations, des minorités nationales et des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit de se libérer de la domination d’un impérialisme et, pour les minorités nationales, celui de se séparer de l’Etat oppresseur.

– Conséquemment, dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien, les communistes condamnent et luttent contre toutes les formes d’interventions impérialistes, armées ou « pacifiques », visant à établir ou à maintenir leur domination sur un pays de même qu’ils soutiennent les revendications nationales des minorités nationales opprimées. Ils combattent en priorité leur propre impérialisme.

– Dans la complexité des rapports de rivalité inter-impérialistes provoquée par la disparition du camp socialiste et l’apparition d’impérialismes nouveaux, les communistes doivent, dans chaque conflit, analyser les enjeux multiples et contradictoires des parties en cause. En particulier, ils ne diffusent aucune illusion sur la nature du « soutien » que les nouvelles puissances impérialistes ex « socialistes »  apportent aux victimes de leurs rivaux.  Ils ne soutiennent pas un impérialisme pour en combattre un autre. Mais, parce qu’on ne peut pas combattre tous ses ennemis à la fois,  ils n’excluent pas, dans une lutte de libération ou de résistance nationale, la possibilité d’utiliser tactiquement les contradictions inter-impérialistes pour combattre l’ennemi immédiatement  le plus dangereux.

Notes

  1. Lénine, Projet de plateforme pour le IV ème congrès de la social-démocratie du territoire de Lettonie, 1913.
  2. Staline, Le marxisme et la question nationale, 1913.
  3. Lénine, SOUS UN PAVILLON ETRANGER.
  4. Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Juillet 1916.

 

 

 http://rocml.org/

Un Boulevard pour un marchand d’armes !

Coup de gueule  d’un travailleur sur l’arrogance d’un bourgeois !

Un Boulevard pour un marchand d’armes !

 

Dans la catégorie « faits divers nauséabonds », il en est un qui a retenu particulièrement notre attention. A Corbeil Essonnes, ville de la région parisienne qui fût longtemps un fief du PCF, il y eut un maire qui ne passa pas inaperçu : Serge Dassault. Il est la quatrième fortune française et fût le maire de cette ville de 1995 à 2009. Ce multirécidiviste dans les affaires de corruption et de financement illégal en tout genre fût  le directeur du Groupe Dassault mais aussi, entre autres, du journal Le Figaro.  C’est à ce hideux personnage que veut « rendre hommage » l’actuel maire UMP de Corbeil Essonnes, complice frauduleux de Dassault, en rebaptisant l’artère de la ville le Boulevard Jean Jaurès en Boulevard Serge Dassault.

Loin d’être une plaisanterie, ce fait divers témoigne de la grossièreté de technocrates bourgeois qui viennent rendre hommage à un marchand d’armes de son vivant ! Sans faire l’éloge de Jean Jaurès, le grand écart qui existe entre les deux personnages est néanmoins éléphantesque ! Ainsi, on  substitue au fondateur du journal L’Humanité le propriétaire du Figaro, on remplace un célèbre militant de la paix à l’un des plus gros industriels de l’armement français qui fournit aux quatre coins de la Terre ses avions de chasse à tous les belliqueux qui veulent bien les acheter.

Malheureusement, nous n’aurons pas la chance d’apercevoir tous les tenants de l’anticommunisme parler ici du culte de la personnalité… Non car, face à Staline, se dresse Dassault « un homme respectable qui a tant donné à la France »[1] !

Bourgeois, ne soyez ni étonnés ni apeurés si au lendemain de la révolution, nous autres les communistes, gommons des rues, des boulevards et des usines, tous les noms de vos illustres exploiteurs pour y graver le nom des ouvriers !

[1] Afin de prouver son « humanité » voici quelques citations de cet illustre personnage : « L’ISF est une catastrophe qui a fait fuir des milliers d’industriels» ; « Ces 35 heures, c’est le cancer de la France, ça a cassé l’industrie.”; “Les Chinois ils travaillent 45 heures, ils dorment sur place dans leurs usines, ils font de bons produits pas chers »

 

IMPERIALISME ET ANTI-IMPERIALISME AUJOURD’HUI

Extrait de la VDC n°11

I – LE SYSTEME CAPITALISTE-IMPERIALISTE

 

En ce début du XXIème siècle les conflits armés et agressions impérialistes se sont multipliés. Elles ont donné lieu chez ceux qui se réclament du communisme et dans les milieux anti impérialistes à des analyses et des positionnements politiques – tant en politique intérieure qu’extérieure- totalement erronés concernant le capitalisme ayant atteint son stade suprême, l’impérialisme.

En politique extérieure, partant du constat que ces agressions et conflits sont le fait des impérialistes occidentaux, nord-américain et européens, la Russie et la Chine  sont considérés comme des défenseurs de la paix mondiale et des peuples opprimés que nous devrions soutenir. Certains, lors des événements de Crimée ont même qualifié   Poutine de « Lénine de notre époque ».

            En politique intérieure, le caractère impérialiste de la France et des conséquences que cela implique  dans son organisation économique et politique sont occultés. On entraîne les militants à se battre pour une France capitaliste débarrassée de la domination du capital financier en rêvant d’un retour à une situation révolu à jamais des trente glorieuses et des revendications du  programme du CNR.

            Tous ces positionnements s’appuient sur une connaissance erronée ou superficielle de l’impérialisme, sur des préjugés et une vision du monde  des classes dites « moyennes »  dont la survie est liée à la survie et au développement du mode de production capitaliste.

Cet article est le premier de toute une série d’articles qui devraient éclairer les divers aspects du système capitaliste contemporain  et contribuer à définir la politique des communistes et de tous les anticapitalistes conséquents dans leur lutte contre ce système aujourd’hui historiquement dépassé et décadent.

L’évolution historique inévitable du capitalisme en impérialisme

Marx  et Engels dans le manifeste du parti communiste1  avaient en 1848 avaient magistralement décrit les causes qui ont conduit à cette évolution :

 « Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le monde entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations. Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays »

Et ce « ..au grand désespoir des réactionnaires2  elle a enlevé à l’industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industrie qui n’emploient plus des matières  premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même  mais dans toutes les parties du globe (..)  A la place de l’ancien isolement des provinces  et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations »

Plus tard Lénine, dans son ouvrage «L’impérialisme stade suprême du capitalisme»3  définira cette évolution comme la phase ultime, suprême du capitalisme, l’impérialisme. A ce stade  l’économie mondiale est dominée  par les monopoles, les multinationales. Les monopoles sont la conséquence de l’accumulation du capital et à la nécessité pour continuer à se valoriser avec profit à dépasser les frontières du marché national devenu trop exigu et conquérir des marchés extérieurs, des débouchés financiers par l’exportation des capitaux et s’assurer l’approvisionnement en matières premières.

Si l’on devait définir l’impérialisme aussi brièvement que possible écrit Lénine

« Il faudrait dire qu’il est le stade monopoliste du capitalisme. Cette définition embrasserait l’essentiel, car, d’une part, le capital financier est le résultat de la fusion du capital de groupements monopolistes d’industriels, et, d’autre part, le partage du monde est la transition de la politique coloniale (..) à la politique coloniale de la possession monopolisée de territoires d’un globe entièrement partagé ».4

Et la France est l’une des grandes nations « civilisées » à avoir atteint ce stade. Stade qui le seul mode d’existence possible du capitalisme, aucun retour en arrière n’est possible.

Le capital financier et sa domination

Une caractéristique de cette évolution est la domination du capital financier. Il est selon l’expression de Lénine «  la fusion du capital bancaire et du capital industriel, et la création, sur cette base de ce  ‘ capital financier’,  d’une oligarchie financière »5 . « L’impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s’est affirmé la domination des monopoles et du capital financier »6

On comprend mieux  l’affolement des Etats devant la « faillite des banques » et  leur célérité à les empêcher de sombrer lors de la dernière crise financière.7

 Bref le capitalisme ne serait pas le capitalisme sans le capital financier à la base de son existence et de sa survie. La  politique visant à désigner le capital financier comme responsable des malheurs du capitalisme alors qu’il en est au contraire une des conditions de sa survie et à prôner sa limitation est une politique utopique, irréalisable sous le capitalisme impérialisme et ne fait que détourner les travailleurs de la véritable cible qu’ils doivent abattre : le système capitaliste.

Etats capitalistes et monopoles

            L’internationalisation et l’énorme puissance des trusts et monopoles internationaux -certains ont un chiffre d’affaire supérieur à certains budgets d’Etat dans le monde – ont conduit certains à prédire l’affaiblissement du rôle de l’Etat. Remarquons simplement que la persistance des affrontements politiques, économiques et géo stratégiques entre les grandes puissances impérialistes8  , leurs interventions directes dans les problèmes économiques contredisent cette position et montre tout au contraire leur rôle  essentiel pour la survie de l’économie capitaliste. Tout monopole s’affronte sur le marché international à ses concurrents, il reçoit de la part de l’Etat du ou des  pays dont il est originaire (cf Airbus pour la France et l’Allemagne face aux USA pour Boeing) l’appui politique, militaire, diplomatique et subventions publiques nécessaires.

Dans cette affaire « Au fur et à mesure que s’aggrave les contradictions de l’impérialisme, les monopoles renforcent leur mainmise directe sur l’appareil d’état. Les grands magnats du capital jouent de plus en plus le rôle de dirigeants de l’appareil d’état. »9 C’est ainsi que l’on voit des grands patrons passer des cabinets ministériels à la tête d’entreprises publiques ou privées et vice versa.

« L’intervention de l’Etat en faveur des monopoles, s’exerce sous les formes les plus variées : propriété d’Etat, entreprise d’état, activités d’entreprises mixtes, programmes économiques finalisés, régulation des investissements, stimulation de la demande. Financement de la recherche scientifique, l’éducation…. L’Etat reste le plus grand « patron » de France, il contrôle notamment toute l’industrie de l’armement.

            Cette reconnaissance du rôle de l’Etat en faveur des monopoles n’implique pas pour les communistes de devenir les défenseurs du petit capital opprimé par les monopoles et de préconiser comme solution un « repli nationaliste ». Au contraire les communistes à l’instar de Lénine considèrent le capitalisme impérialiste comme la préparation matérielle la plus achevée pour le passage au socialisme phase inférieure de la société communiste.

Dans les prochains articles nous aborderons d’autres caractéristiques du capitalisme aujourd’hui et ses conséquences pour la lutte anti capitaliste. Citons sans ordre prédéfini : l’impérialisme et la guerre, Impérialisme et crise systémique, Impérialisme et développement inégal du capitalisme et possibilité du socialisme dans un seul pays, les luttes nationales contre l’impérialisme, les blocs impérialistes et les contradictions inter impérialistes aujourd’hui, La domination des monopoles sur l’ensemble de l’économie mondiale, le rôle économique et politique des organisations internationales ( FMI, Banque Mondiale, OMC, ONU…) et régionales ( EU, BRICS, Traité de Shanghai…), le lien entre l’impérialisme le réformisme et le chauvinisme, la division internationale du travail et son organisation , conséquences sur les prolétaires , leur luttes et organisation face au capital…….

Retenons principalement de cette première partie que l’impérialisme est le stade ultime et inévitable du capitalisme, que les monopoles et le  capital financier sont la base économique de sa domination, qu’il est la préparation matérielle le plus aboutie pour passer rapidement au socialisme, que l’Etat capitaliste n’a pas changé de nature et  est toujours plus au service du capital et le garant de sa domination sur la société. Il est illusoire de vouloir l’humaniser en en gommant ses conséquences les plus criardes. Autant vouloir un capitalisme sans capitalisme !

Conclusion provisoire :

Aujourd’hui On ne peut être anti impérialiste sans être anti capitaliste et vice versa. Les communistes des pays impérialistes ont pour tâche de combattre l’impérialiste, pour l’abattre et abolir l’exploitation de l’homme par l’homme en instaurant le socialisme.

Notes

1-Dans le paragraphe « bourgeois et prolétaires». Nous encourageons  le lecteur de lire ou de relire la totalité de ce passage qui montre entre autre la capacité  de prévision  et d’anticipation de l’analyse marxiste.

2 -Souligné par nous

3-Etude fondamentale sur l’Impérialisme que tout militant impérialiste ou communiste se doit d’avoir lu.

4 – «  L’Impérialisme stade suprême » Ch7 $ 2

5-Ibidem ch6 $5

6- idem  ch6 $5

7-Un article plus approfondi  sur cette question du capital financier serait nécessaire, ce que nous ferons dans nos prochaines éditions.

8-Voir l’article sur la présence française en Afrique dans ce journal.

9-Manuel d’Economie Politique – p 284 in « La place historique du capitalisme ».