Les événements du Donbass

Nous publions pour information un appel du journal de camarades marxistes léninistes russes: Proletarskaya gazeta.

APPEL aux progressistes du monde entier

Les événements dans le Donbass

 

Le Comité de rédaction du journal  prolétarien « Proletarskaya gazeta » appelle le public progressiste du monde entier, en particulier le prolétariat et les forces marxistes-léninistes, à porter appui aux masses opprimées du Donbass, qui se sont organisées en une milice populaire armée sur le territoire des républiques populaires proclamées, République Populaire de Donetsk et République Populaire de Luhansk, dans la lutte contre l’agression militaire directe de l’armée ukrainienne et des gangs nationalistes ukrainiens du régime fantoche de Kiev , représentant les intérêts de l’impérialisme des U.S.A et de l’Europe occidentale, et en même temps exposer l’essence de classe réactionnaire égoïste des impérialistes russes et de leurs marionnettes parmi les forces bourgeoises du Donbass, ainsi que des « volontaires » venant des nationalistes russes.

 

Le Comité de rédaction du journal  « Proletarskaya gazeta » invite le public progressiste partout au monde, en particulier le prolétariat et les forces marxistes-léninistes à utiliser toutes les mesures possibles de pression publique sur l’Organisation des Nations Unies et les gouvernements de leurs pays respectifs afin de :

 

1. prendre des mesures décisives d’action pour mettre fin aux hostilités dans le Donbass et pour le retrait de l’armée ukrainienne au-delà des frontières administratives des régions de Donetsk et de Lougansk. Les conditions convenues des accords d’armistice dans la région de Minsk sont seulement des mesures temporaires et instables pour mettre fin à l’effusion de sang dans le territoire du Donbass. L’étape suivante pour assurer la transition entre la trêve et la paix, devrait être le retrait de l’armée ukrainienne et l’expulsion des diverses bandes armées « volontaires » hors des régions de Donetsk et de Lougansk.

 

2. contraindre les instigateurs de la guerre dévastatrice dans le Donbass – les impérialistes des U.S.A et de l’Europe occidentale, les impérialistes russes et leurs marionnettes – le gouvernement ukrainien et la bourgeoisie du Donbass – à restaurer inconditionnellement et entièrement les installations industrielles et agricoles, les logements et les structures communales du Donbass anéanties par la guerre, à réparer les dégâts causés par la guerre et indemniser les familles des citoyens du Donbass tués ou blessés, et leurs semblables.

Le Comité de rédaction du journal  « Proletarskaya gazeta »  recommande que la population du Donbass ré-élise les autorités sous le contrôle de la Milice Populaire sans aucune ingérence extérieure. Nous recommandons, dans ces élections, de priver du droit de voter et d’être élu tous les « volontaires » et ces habitants qui, au moment des élections, sont hors du territoire du Donbass et ne vivent pas là en permanence. Nous recommandons  la conduite des élections selon le principe de la proportion sociale et de classe, c’est-à-dire que les organes du pouvoir doivent inclure la milice ouvrière, l’intelligentsia, la petite bourgeoisie, les fonctionnaires et autres segments de la population au prorata de leur présence quantitative comme ce qui constituerait une véritable démocratisation du pouvoir dans le Donbass.

« La milice est constituée de formations militaires, créées pendant la guerre, de la population civile qui n’est pas dans le service militaire… » – БСЭ,  3e éd. 1974, Vol. 18, p. 430.

Le Comité de rédaction du journal  « Proletarskaya gazeta »  recommande de ne pas dissoudre ni désarmer la milice populaire jusqu’à ce qu’une résolution complète et démocratique du statut de la République Populaire de Donetsk et de la République Populaire de Louhansk soit établie et de former la milice populaire et les autres forces de sécurité sur la base d’une milice populaire armée, ainsi que des troupes pleinement armées pour la protection des frontières des républiques de ces Républiques Populaires.
La décision des affaires administratives et publiques est une affaire intérieure de la population et du gouvernement nouvellement élu du Donbass.

 

Comité de rédaction de  « Proletarian Gazetta »,

Courriel : < proletarskaya.gazeta.leningrad@gmail.com 

Les communistes et les luttes d’émancipation et de résistance nationale

 

1)   PRINCIPES GENERAUX

Les communistes affirment le droit des nations, des minorités nationales et des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ce principe vaut quand un pays impérialiste opprime ou agresse un Etat nation, et aussi à l’intérieur d’un Etat, quand une minorité nationale est opprimée par une nation dominante.  Il entraîne le droit d’une minorité à se séparer de l’Etat oppresseur, même si les frontières de cet Etat sont affectées par cette séparation. Les références aux frontières héritées  de rapports de forces anciens ne sont pas un principe pour les communistes.

«  En tant que démocrates, nous sommes hostiles  sans restriction à toute oppression, si minime soit-elle, exercée contre une nationalité quelconque, à tout privilège accordé à une nationalité ou à une autre. En tant que démocrates, nous proclamons le droit à la libre disposition, au sens politique du terme, c’est-à-dire la liberté de séparation. » 1

En conséquence, les communistes  soutiennent les luttes d’émancipation, de libération ou de résistance nationale, même quand le prolétariat n’en a pas la direction.

 

«… Parfois, la bourgeoisie réussit à entraîner dans le mouvement national le prolétariat, et alors, la lutte nationale prend, en apparence, un caractère « populaire général », mais rien qu’en apparence. Dans son essence, elle reste toujours bourgeoise, avantageuse et souhaitable principalement pour la bourgeoisie. Mais il ne s’en suit nullement que le prolétariat ne doit pas lutter contre la politique d’oppression des nationalités. Les restrictions à la liberté de déplacement, la privation des droits électoraux, les entraves à l’usage de la langue, la réduction du nombre des écoles et autres mesures répressives atteignent les ouvriers autant que la bourgeoisie, sinon davantage. Une telle situation ne peut que freiner le libre développement des forces spirituelles du prolétariat des nations assujetties.» 2

Suivant le principe du droit des nations et des peuples à disposer d’eux-mêmes, les communistes condamnent et combattent, quel qu’en soit le prétexte, toute ingérence d’un Etat dans les affaires intérieures d’un autre Etat souverain, en particulier contre toute intervention armée d’un Etat impérialiste pour soumettre un pays ou pour le maintenir sous sa domination.

2) CADRE CONCRET DANS LEQUEL S’INSCRIVENT LES LUTTES D’EMANCIPATION, DE LIBERATION

ET DE RESISTANCE NATIONALE.

Au cours de la seconde moitié du XXèmè siècle, les rapports internationaux entre l’impérialisme occidental (et nippon) et les luttes de libération nationale se sont considérablement modifiés.

La dégénérescence, la division, puis la disparition du camp socialiste ont affaibli les mouvements de libération nationale et les a éloignés de la perspective d’une révolution sociale prolétarienne après la décolonisation.

Dans une partie des pays ayant accédé à l’indépendance, le pouvoir a été confisqué par des couches de la moyenne et petite bourgeoisie  qui se sont mises sous la dépendance d’une puissance impérialiste ou d’une autre. Certains de ces pays décolonisés sont restés liés à l’ancienne métropole  et d’autres, qui se sont libérés de l’impérialisme occidental,  se sont liés à une autre grande puissance en apparence socialiste mais en réalité expansionniste, social-impérialisme, comme l’URSS après la contre révolution kroutchévienne ou la Chine. Dans ces pays, malgré la destruction des rapports coloniaux antérieurs et des progrès politiques et sociaux, la perspective du socialisme s’est aussi estompée avant de disparaître pour le moment.

Aujourd’hui, la réalité est que les pays nés de la décolonisation sont des pays dirigés par une classe bourgeoisie, et que cette bourgeoisie autochtone est pieds et mains liés à un impérialisme ou à un autre, quand ce n’est à plusieurs à la fois.

La question nationale s’inscrit aujourd’hui dans les nouvelles contradictions inter-impérialistes nées de la crise systémique mondiale qui s’impose à tous les pays impérialistes et aux pays dominés par l’impérialisme. Toute revendication nationale (à l’intérieur d’un pays ou entre un pays impérialiste et un pays dominé) tombe dans  le cadre des rivalités inter-impérialistes exacerbées par la crise et de leur guerre multiforme (militaire ou non) pour le repartage du monde. L’Irak, la Libye, La Syrie, l’Ukraine… illustrent cette réalité.

Dans chaque conflit, on trouve les agissements  des puissances impérialistes rivales. Les discours de soutien aux peuples tenus par les unes et les autres ne sont que des mensonges destinés à masquer leurs visées prédatrices. La Russie et la Chine partagent avec les impérialismes occidentaux les mêmes objectifs : maintenir ou pousser leur mainmise économique sur les pays qu’ils dominent déjà et sur ceux qu’ils convoitent. Pas plus que les USA et les vieux impérialismes européens et nippons, la Russie et la Chine ne sont des amis des peuples.

Les communistes condamnent et combattent toutes les ambitions dominatrices et tous les actes agressifs d’un impérialisme contre un pays souverain et ils ont pour premier devoir de s’opposer aux menées de leur propre impérialisme national.

 

Ils ne soutiennent pas un impérialisme pour en combattre un autre, même si l’un est plus faible que l’autre ou qu’il parait moins agressif.  Ils dénoncent les véritables visées des nouveaux  impérialismes comme la Russie et la Chine qui avancent masqués au nom de la liberté des peuples.

            Voilà comment Lénine traitait cette question :

« Admettons … Qu’à la place du capital de la période de libération nationale intervienne le capital impérialiste international, le capital réactionnaire financier. L’un des pays possède, disons les trois quarts de l’Afrique et l’autre le quart. Le contenu objectif de leur guerre est un nouveau partage de l’Afrique. Quel est le pays dont il faut souhaiter le succès ? …Ce n’est pas l’affaire de la social-démocratie moderne que d’aider le premier pays à affermir son « droit » sur les trois quarts de l’Afrique ni d’aider le second à s’approprier ces trois quarts (même si son évolution économique est plus rapide que le premier). La démocratie moderne ne sera fidèle à elle-même que si elle ne s’allie à aucune bourgeoisie impérialiste, que si elle déclare que « l’une et l’autre sont les pires », si elle souhaite dans chaque pays la défaite de la bourgeoisie impérialiste. Toute autre solution sera, dans la pratique, nationale libérale, et n’aura rien de commun avec l’internationalisme prolétarien. » 3

            Cela étant clair, les communistes considèrent que les contradictions inter-impérialistes peuvent être utilisées dans une lutte de résistance nationale à condition que cette lutte ne devienne pas inféodée, maintienne ses buts et conserve son indépendance. « Le fait que la lutte contre une puissance impérialiste pour la liberté nationale peut, dans certaines conditions, être exploitée par une autre « grande puissance  » dans ses propres buts également impérialistes, ne peut pas plus obliger la social-démocratie à renoncer au droit des nations à disposer d’elles-mêmes, que les nombreux exemples d’utilisation par la bourgeoisie des mots d’ordre républicains dans un but de tricherie politique et de pillage financier, par exemple dans les pays latins, ne peuvent obliger les social-démocraties à renier leur républicanisme. »4

 

Dans les questionnements que suscitent les politiques concrètes, sur le terrain, des mouvements d’émancipation et de résistance nationale face aux menées contradictoires des facteurs extérieurs et intérieurs,  les communistes défendent le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et se positionnent  en accord avec les intérêts immédiats, mais aussi à moyen et long terme du prolétariat des nations concernées.

 

3) CONCLUSION

– Les communistes affirment et soutiennent le droit des nations, des minorités nationales et des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit de se libérer de la domination d’un impérialisme et, pour les minorités nationales, celui de se séparer de l’Etat oppresseur.

– Conséquemment, dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien, les communistes condamnent et luttent contre toutes les formes d’interventions impérialistes, armées ou « pacifiques », visant à établir ou à maintenir leur domination sur un pays de même qu’ils soutiennent les revendications nationales des minorités nationales opprimées. Ils combattent en priorité leur propre impérialisme.

– Dans la complexité des rapports de rivalité inter-impérialistes provoquée par la disparition du camp socialiste et l’apparition d’impérialismes nouveaux, les communistes doivent, dans chaque conflit, analyser les enjeux multiples et contradictoires des parties en cause. En particulier, ils ne diffusent aucune illusion sur la nature du « soutien » que les nouvelles puissances impérialistes ex « socialistes »  apportent aux victimes de leurs rivaux.  Ils ne soutiennent pas un impérialisme pour en combattre un autre. Mais, parce qu’on ne peut pas combattre tous ses ennemis à la fois,  ils n’excluent pas, dans une lutte de libération ou de résistance nationale, la possibilité d’utiliser tactiquement les contradictions inter-impérialistes pour combattre l’ennemi immédiatement  le plus dangereux.

Notes

  1. Lénine, Projet de plateforme pour le IV ème congrès de la social-démocratie du territoire de Lettonie, 1913.
  2. Staline, Le marxisme et la question nationale, 1913.
  3. Lénine, SOUS UN PAVILLON ETRANGER.
  4. Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Juillet 1916.

 

 

 http://rocml.org/