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Aujourd’hui comme hier seul le prolétariat
est capable d’abattre le capitalisme et de construire le socialisme

LA VOIX DES COMMUNISTES, no 5, septembre 2011 – p. 10-14

Aujourd’hui plusieurs groupes et quelques partis politiques se réclament du socialisme ou du communisme au nom de la classe ouvrière. À l’évidence malgré toutes les tentatives de la bourgeoisie pour briser la résistance du prolétariat, la société capitaliste n’est pas en mesure aujourd’hui comme hier de résoudre le conflit qui oppose le capital et le travail. Tous les moyens que la bourgeoisie mobilise pour désarmer le prolétariat quelle que soit la forme plus ou moins violente qu’ils prennent: économique, politique, idéologique, ne peuvent éloigner le danger que ceux-ci font peser sur sa domination. « Seule la dictature d’une classe, celle du prolétariat, peut trancher le problème de lutte contre la bourgeoisie pour la domination[1]. »

En fait la classe bourgeoise ne cherche pas à abolir la lutte de classe. Son but est plutôt de gérer et contrôler la lutte, même si ses idéologues prédisent régulièrement la fin des classes et de la lutte des classes. « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes. » (Manifeste du parti communiste) La société capitaliste est fondée sur deux classes fondamentales aux intérêts contradictoires qui déterminent son développement historique : bourgeoisie et prolétariat.

La bourgeoisie ne peut exister sans le prolétariat, et le prolétariat sans la bourgeoisie. La disparition de l’un, c’est aussi la disparition de l’autre. Le prolétariat est la seule classe qui a intérêt à mettre fin à sa propre existence en mettant fin au salariat. Raison pour laquelle sous le socialisme (premier stade du communisme) on ne parlera plus de prolétariat mais de classe ouvrière. Écoutons Lénine [2] :

« Et qu’est-ce que la "suppression des classes"? Tous ceux qui se disent socialistes reconnaissent ce but final du socialisme, mais tous, loin de là, ne réfléchissent pas à sa signification. On appelle classes, de vastes groupes d’hommes qui se distinguent par la place qu’ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par les lois) vis-à-vis des moyens de production, par leur rôle dans l’organisation sociale du travail, donc, par les modes d’obtention et l’importance de la part de richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d’hommes dont l’un peut s’approprier le travail de l’autre, à cause de la place différente qu’il occupe dans une structure déterminée, l’économie sociale. Il est clair que pour supprimer entièrement les classes, il faut non seulement renverser les exploiteurs – propriétaires fonciers et capitalistes – non seulement abolir leur propriété; il faut encore abolir toute propriété privée des moyens de production; il faut effacer aussi bien la différence entre la ville et la campagne que celle entre les travailleurs manuels et intellectuels. C’est une oeuvre de longue haleine. Pour l’accomplir, il faut faire un grand pas en avant dans le développement des forces productives; il faut vaincre la résistance (souvent passive, singulièrement tenace et singulièrement difficile à briser) des nombreux vestiges de la petite production; il faut vaincre la force énorme de l’habitude et de la routine, attachée à ces vestiges. »

Ici il faut bien souligner que les classes ne sont pas formées par un regroupement volontaire d’individus. Les classes sont une réalité objective de la société capitaliste et ne dépendent pas de la volonté de ses membres. Et sans changer de société et passer à un mode de production supérieur, le communisme, elles ne peuvent être supprimées par la simple volonté des hommes.

« Dans la production sociale de leur existence [c’est-à-dire dans la production des biens matériels nécessaires à la vie des hommes – N.d.R.], les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui corres­pondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles[3]. »

Mais il ne suffit pas de reconnaitre l’existence des classes bourgeoisie et prolétariat et le rôle qu’elles jouent dans le développement historique du capitalisme. L’affrontement entre ces deux classes a toujours été mené par le prolétariat organisé au niveau politique, syndical, associatif, culturel …etc. Parmi toutes ces formes d’organisation collective, de classe, le parti politique a un rôle fondamental, essentiel pour mener la lutte.

Car la lutte politique conduite par le parti est la forme de lutte la plus élevée, celle par laquelle le prolétariat n’existe pas seulement pour le capital (au niveau économique) mais pour lui-même, élevant sa lutte à la remise en cause du système capitaliste. « […] le prolétariat », dit Marx, « dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe […] il s’érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, abolit par la violence les anciens rapports de production […] »[4].

Comme l’affirment avec force Marx et Engels la classe ouvrière qui ne mène pas la lutte politique pour ses propres intérêts, ne peut exister dans la société comme une force politique indépendante des autres classes et en particulier de la bourgeoisie. Elle existe seulement comme une force économique essentielle au capital et à sa reproduction économiquement et politiquement soumise à la bourgeoisie.

Certains vont encore nous dire : vous communistes nous rabâchez toujours la même chose. Eh bien oui car malheureusement la classe ouvrière n’a pas accompli sa tâche historique, elle a même subi des revers dans le premier pays socialiste, elle n’a pas abattu le pouvoir de la bourgeoisie et le salariat par lequel s’exprime l’exploitation de l’homme par l’homme. Tant que l’hégémonie de la bourgeoisie perdure, la lutte du prolétariat ne peut prendre un autre chemin que celui que lui impose l’histoire [5] :

« Ce qui importe, ce n’est pas ce que tel ou tel prolétaire, voire le prolétariat tout entier, se figure comme but aux différents moments. Ce qui importe, c’est ce qu’il est et ce qu’il doit faire historiquement, conformément à sa nature : son but et son action historiques lui sont tracés de manière tangible et irrévocable [donc définitive et non révisable] dans sa situation d’existence comme dans toute l’organisation de l’actuelle société bourgeoise. Le prolétariat exécute le jugement que, par la production du prolétariat, la propriété privée bourgeoise prononce contre elle-même. »

Déjà le Prolétariat a montré la voie, pour mettre fin à la société capitaliste. La Commune de Paris et la révolution d’octobre 1917 en Russie en sont des exemples qui ont marqué l’histoire de son combat. La seule alternative pour éliminer définitivement tous les maux dont souffre l’humanité – la crise économique, la surproduction, les famines, la dégradation de l’environnement, la guerre impérialiste, le fascisme, le racisme -, c’est la prise du pouvoir par le prolétariat. Se présenter comme anticapitaliste n’est pas suffisant pour l’être vraiment. Seuls les communistes le sont. Les intérêts et le but des communistes sont ceux du prolétariat. « Ce qui distingue le communisme n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise » (Manifeste du parti communiste) – et donc l’abolition du capitalisme.

Les forces, quelle que soit leur appellation – communiste, socialiste, anticapitaliste etc. -, dont les professions de foi sont matinées de critiques de tout ou partie des aspects négatifs du capitalisme, mais qui ne se déclarent pas ouvertement pour l’abolition de la propriété bourgeoisie par la prise préalable du pouvoir par le prolétariat, ne sont pas communistes. Les communistes sont la fraction la plus résolue de la classe ouvrière. « Du point de vue théorique, ils ont sur le reste de la masse prolétarienne l’avantage de comprendre les conditions, la marche et les résultats généraux du mouvement ouvrier. » (Manifeste du parti communiste.) Sans la lutte de classe du prolétariat le communisme ne saurait exister.

Aujourd’hui pour certains qui se réclament du communisme, y compris parmi ceux qui reconnaissent la théorie marxiste-léniniste comme un guide pour leur action, il n’y aurait pas de mouvement ouvrier favorable à la création d’un parti communiste pour mener la lutte de classe correctement. Il suffit pourtant de se retourner sur les dernières décennies pour trouver des luttes extraordinaires pour infirmer ces propos. Par contre chacun a pu le constater, en l’absence de l’organisation politique du prolétariat, ces luttes ont été dévoyées, conduites dans des impasses par la petite bourgeoisie qui domine aujourd’hui dans la direction des mouvements de contestation du système capitaliste.

Depuis les premières luttes ouvrières du siècle dernier, bien des choses ont changé dans les formes de la production, dans les formes du pouvoir de la bourgeoisie, dans les formes et les méthodes de la lutte. Mais ces changements ont porté plus sur la forme que sur le fond. La propriété privée bourgeoisie est toujours dominante, seul son mode de gestion s’est modifié dans certains domaines. Et ces changements ne conduisent pas à remettre en cause la nécessité d’une organisation politique d’avant-garde.

Dans les années 90, sous la pression d’une vague anti-communiste qui a accompagné la chute du mur de Berlin, certains anciens partis communistes ont remis en cause leurs normes de fonctionnement et d’organisation. Une campagne contre les normes léninistes d’organisation s’est développée. Et en parallèle, une pratique de direction des luttes sous forme de réseaux s’est répandue à partir de cette période. En 1991 le mouvement des sans-papiers a été coordonné sous la forme de « réseaux des sans-papiers ». Cet esprit s’est retrouvé dans la fondation d’ATTAC.

Cette pratique a continué dans les luttes des dernières années : l’année 2002, les luttes contre les délocalisations et les licenciements ont été importantes. Mais avec quels résultats…? Des mouvements d’une grande ampleur se sont déroulés : en 1995, 2003, 2008, 2010; des luttes des sans-papiers exemplaires par leur ténacité : en 1991, 1997, 2008-2010; un mouvement de solidarité avec les peuples opprimés, notamment avec le peuple palestinien. Au cours de ces années, on a vu l’influence politique grandissante de l’organisation altermondialiste ATTAC puis son déclin. La leçon politique que l’on peut tirer de tous ces évènements est que la bourgeoisie a bien profité de l’absence d’un vrai parti communiste et a réussi ainsi à désorienter la lutte des travailleurs.

La bourgeoisie avec son appareil d’État, sa domination économique, ses forces politiques (qu’elle finance de droite à gauche), est fidèle à sa politique et à ses méthodes de domination et conduit sa lutte de classe avec opiniâtreté. Par contre le prolétariat a été désorganisé, ses organisations de lutte (Parti politique, confédérations syndicales…) sont passées aux mains des agents de la bourgeoisie. Alors, à l’évidence, il ne lui reste qu’une alternative : reconstruire. La tâche la plus urgente est d’organiser les prolétaires contre la bourgeoise sous le drapeau du socialisme. Sans reconquérir son indépendance idéologique-politique, le prolétariat ne pourra pas jouer tant sur le plan des luttes économiques que politiques son rôle historique, comme force principale de la société.

La classe ouvrière a su créer diverses formes d’organisations. Mais la forme supérieure c’est le parti. Le développement et l’orientation révolutionnaire des autres organisations comme les syndicats sont conditionnées par son développement. Et le Parti ne saurait naître d’une transformation révolutionnaire des syndicats. Sans Parti, aucun syndicat ne pourra durablement se tenir sur une position de classe. La lutte anticapitaliste dirigée par la classe ouvrière, ne peut se mener sur la base d’une simple lutte économique. Elle ne peut être engagée que par l’activité politique du Parti du prolétariat. C’est ce que Lénine exprimait avec force [6] :

« Erreur caractéristique, car elle est loin d’être propre au seul Martynov. En réalité, une "élévation de l’activité de la masse ouvrière" n’est possible que si nous ne nous bornons pas à l’"agitation politique sur le terrain économique". Or, l’une des conditions essentielles de l’extension nécessaire de l’agitation politique, c’est d’organiser des révélations politiques dans tous les domaines. Seules ces révélations peuvent former la conscience politique et susciter l’activité révolutionnaire des masses. (Souligné par nous – VDC.) C’est pourquoi cette activité est une des fonctions les plus importantes de la social-démocratie (du communisme aujourd’hui – VDC) internationale tout entière, car la liberté politique ne supprime nullement les révélations mais en modifie seulement un peu la direction. C’est ainsi par exemple que le parti allemand, grâce à sa campagne infatigable de révélations politiques, fortifie particulièrement ses positions et étend son influence. La conscience de la classe ouvrière ne peut être une conscience politique véritable si les ouvriers ne sont pas habitués à réagir contre tous abus, toute manifestation d’arbitraire, d’oppression, de violence, quelles que soient les classes qui en sont victimes, et à réagir justement du point de vue social-démocrate, et non d’un autre. La conscience des masses ouvrières ne peut être une conscience de classe véritable si les ouvriers n’apprennent pas à profiter des faits et événements politiques concrets et actuels pour observer chacune des autres classes sociales dans toutes les manifestations de leur vie intellectuelle, morale et politique, s’ils n’apprennent pas à appliquer pratiquement l’analyse et le critérium matérialistes à toutes les formes de l’activité et de la vie de toutes les classes, catégories et groupes de la population. […] Pour devenir social-démocrate, l’ouvrier doit se représenter clairement la nature économique, la physionomie politique et sociale du gros propriétaire foncier et du pope, du dignitaire et du paysan, de l’étudiant et du vagabond, connaître leurs côtés forts et leurs côtés faibles, savoir démêler le sens des formules courantes et des sophismes de toute sorte, dont chaque classe et chaque couche sociale recouvre ses appétits égoïstes et sa "nature" véritable; savoir distinguer quels intérêts reflètent les institutions et les lois et comment elles les reflètent. Or, ce n’est pas dans les livres que l’ouvrier pourra puiser cette "représentation claire" : il ne la trouvera que dans des exposés vivants, dans des révélations encore toutes chaudes sur ce qui se passe à un moment donné autour de nous, dont tous ou chacun parlent ou chuchotent entre eux, ce qui se manifeste par tels ou tels faits, chiffres, verdicts, etc., etc. Ces révélations politiques embrassant tous les domaines sont la condition nécessaire et fondamentale pour éduquer les masses en vue de leur activité révolutionnaire. (Souligné par nous – VDC.) Pourquoi l’ouvrier russe manifeste-t-il encore si peu son activité révolutionnaire en face des violences. »

Tous ceux qui ont mis en cause la perspective marxiste-léniniste du parti d’avant-garde, regroupant en son sein et autour de lui les éléments les plus conscients, se sont tous retrouvés plus ou moins rapidement à prendre parti pour la bourgeoisie. Depuis plus de 50 ans tous ceux qui ont critiqué le rôle de parti, la dictature du prolétariat, le centralisme démocratique… que sont-ils devenus? Disparus de la scène politique et souvent bien à l’abri dans les rouages de la société bourgeoise et de son État. Ce n’est donc pas un hasard s’ils en sont les fidèles soutiens. Si on recherche une solution dans la société capitaliste elle-même au lieu de la remettre en cause, c’est comme cela que l’on finit inévitablement.

Imaginons deux secondes comme certains que la bourgeoisie voudrait ou pourrait organiser un « juste partage de la richesse » avec le prolétariat. Mais comment pourrait-elle continuer à réaliser les profits nécessaires à l’accumulation et la reproduction du capital? Ce qui caractérise le capitalisme c’est justement d’accumuler des richesses à un pôle de la société par l’exploitation des travailleurs. Il ne peut y avoir aucun « juste partage de la richesse »! Abandonner l’activité révolutionnaire c’est avancer des revendications qui ne pourront jamais se réaliser.

Nombre de luttes économiques qui se sont déroulées ces dernières années se sont terminées par des échecs. Certains désignent les dirigeants syndicaux comme premiers responsables, soit pour fuir leur propre responsabilité politique, soit pour d’autres en s’en tenant à l’analyse étroite et étriquée petite bourgeoise. Ils ne voient pas qu’il en sera ainsi – la « trahison » supposée des dirigeants syndicaux – tant que la direction politique de la lutte sera laissée à ces couches intermédiaires qui ne peuvent pas accepter la suppression de la société de classe. Contrairement au prolétariat, leurs intérêts sont étroitement liés à ceux la bourgeoisie qui les fait vivre avec une partie des profits réalisés par l’exploitation des travailleurs.

Et justement, pour que le prolétariat arrache la direction de la lutte politique à ces couches intermédiaires, il lui faut mener la lutte idéologique. Dans la société capitaliste il n’y a que deux idéologies : l’idéologie bourgeoise et l’idéologie prolétarienne; les couches intermédiaires, la petite bourgeoisie n’ont pas d’idéologie propre et oscillent suivant les circonstances entre ces deux idéologies. Le travail des communistes au sein de la classe s’accomplit dans les domaines idéologique, politique et économique/pratique. Ce travail complexe n’est pas réalisé par une simple lutte économique, la conscience politique de la classe ouvrière ne se forme pas dans la seule lutte quotidienne (économique/pratique). Cette formation lui est apportée de l’extérieur par l’activité du parti communiste dans la société. Cette position défendue par Lénine, est toujours valable. Nous approfondirons cette question dans un autre numéro de la VDC.

Au fond des choses le caractère économique et social du capitalisme n’a pas changé. Qui peut affirmer aujourd’hui que l’exploitation l’homme par l’homme a disparu? Qui peut oser affirmer que la bourgeoisie partage le pouvoir avec la classe opprimée?

Nous avons voulu dans cet article, réaffirmer que le rôle historique de la classe ouvrière n’est pas dépassé. Au contraire, le développement du capitalisme, la concentration de l’économie capitaliste, n’a pas mis fin au prolétariat; au contraire, le passage au capitalisme des pays dits « émergents » – Inde-Chine-Brésil… – a vu grossir les rangs des prolétaires par centaines de millions. Et même dans les pays impérialistes le prolétariat n’a pas disparu, sans le prolétariat, quid de ces pays? Ce serait l’effondrement de toute organisation sociale car c’est le prolétariat qui assure par son travail la continuité de la vie dans tous les domaines : transport, santé, scolarité, construction, énergie, nettoyage….

« Nous touchons de près à cette différence si caractéristique de la grande Révolution française, où la Convention brandissait de grandes mesures sans jouir du soutien nécessaire pour les appliquer, ne savait pas même sur quelle classe s’appuyer pour appliquer telle ou telle disposition[7]. »

Ce rappel sur la révolution française, Lénine l’utilise pour mettre l’accent sur ce qui est fondamental pour avancer dans la voie du socialisme contre la bourgeoisie : sur quelle classe s’appuyer. Comment un parti communiste sans le prolétariat peut-il aller vers le communisme? Insistons sur ce point déjà abordé : la seule classe qui peut à tous les niveaux se battre pour la réalisation du socialisme et conduire la société au communisme, c’est le prolétariat.

Sans comprendre ce rôle clef du prolétariat et sans s’enraciner profondément dans la classe, tout parti dégénèrera en un parti petit-bourgeois ou en un parti bourgeois. Rejeter toute illusion sur le rôle que peut jouer les classes intermédiaires entre la bourgeoisie et le prolétariat préserve de toute dérive vers le socialisme utopiste du petit-bourgeois.

Pour terminer notre réflexion il faut souligner que la lutte de prolétariat est internationale. Aujourd’hui la société capitaliste mondialisée lui a donné plus largement et plus profondément que dans le passé les moyens et les armes pour l’abattre. Ce que Lénine, encore lui, soulignait déjà dans le passage suivant [8] :

« L’organisation du travail social, à l’époque du servage, reposait sur la discipline de la trique, sur l’ignorance et l’abrutissement extrêmes des travailleurs, dépouillés et bafoués par une poignée de propriétaires fonciers. L’organisation capitaliste du travail social reposait sur la discipline de la faim; et la grande masse des travailleurs, malgré tous les progrès réalisés par la culture et la démocratie bourgeoises, demeurait, dans les républiques civilisées et démocratiques les plus avancées, une masse ignorante et abrutie d’esclaves salariés ou de paysans opprimés, dépouillés et bafoués par une poignée de capitalistes. L’organisation communiste du travail social, dont le socialisme constitue le premier pas, repose et reposera de plus en plus sur la discipline consciente et librement consentie des travailleurs eux-mêmes qui ont secoué le joug des propriétaires fonciers et des capitalistes.

Cette nouvelle discipline ne tombe pas du ciel, elle n’est pas le fruit de voeux pieux; elle découle des conditions matérielles de la grande production capitaliste, et uniquement de ces conditions. Elle est impossible sans elles. Or, le porteur de ces conditions matérielles ou leur artisan est une classe historique bien définie, formée, organisée, cimentée, éduquée, instruite, aguerrie par le grand capitalisme. Cette classe est le prolétariat. »

Le 30 juillet 2011

 



[1]. Lénine, VIIIe Congrès du PC(b)R (mars 1919), Rapport sur le travail à la campagne; Oeuvres, tome 29; p. 200.

[2]. Lénine, "La grande initiative" (juin 1919), Œuvres tome 29, p. 413, ici p. 425.

[3]. Marx, Critique de l’économie politique (1859), préface. Cf. Karl Marx, Contribution à la critique de l’économie politique; Paris, Éditions sociales, 1972; p. 18.

[4]. F. Engels – K. Marx, Manifeste du Parti communiste (1848). Traduction française, 1893, Laura Lafargue; Paris, Éditions sociales; p. 24.

[5]. F. Engels – K. Marx, La sainte famille, chap. IV, § 2. Cf. Karl Marx et Friedrich Engels [1843-1850] – Le parti de classe, Tome I – Théorie, activité. Paris, François Maspero, 1973; p. 27.

[6]. Lénine, "Que faire" (1902), section III – Politique trade-unioniste et politique social-démocrate, point "Les révélations politiques et “l’éducation de l’activité révolutionnaire”".

[7]. Lénine, VIIIe Congrès du PC(b)R (mars 1919), Rapport sur le travail à la campagne; Oeuvres, tome 29, p. 206.

[8]. Lénine, "La grande initiative" (juin 1919), Œuvres tome 29, p. 413, ici p. 423.