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État de la lutte de classe
Bilan et perspectives

LA VOIX DES COMMUNISTES, no 24, septembre 2018 – p. 4-8

Aujourd’hui, dans le mouvement ouvrier et communiste, il est souvent mis en avant la faiblesse du mouvement et l’échec des mobilisations revendicatives : si cela continue comme cela « on est mort », entend-on dire.

S’en tenir à ce constat bien réel n’est pourtant pas suffisant si l’on veut trouver les solutions pour sortir de cette situation. La situation dans le camp de la bourgeoisie, les contradictions qui s’aggravent pour elle dans la société capitaliste et qui poussent à mettre en avant la nécessité d’une rupture radicale avec le capitalisme sont à prendre en considération. Le dynamisme de la lutte prolétarienne n’est pas le résultat d’idées préconçues sorties de l’esprit, elle est à découvrir dans la société et le développement de la lutte de classe.

Aujourd’hui, la bourgeoisie n’a pas réussi à vraiment sortir depuis 2008 d’une situation de crise. C’est pourquoi elle n’a d’autre alternative que de s’en prendre aux travailleurs pour assurer la reproduction du capital avec profit avec comme conséquences inévitables l’accentuation de leur exploitation, le chômage, le racisme, la guerre, les conflits ethniques et communautaristes…

Mais en menant cette politique, elle est loin de maîtriser la situation. Les contradictions entre les différentes fractions de la bourgeoisie et leurs partis s’aggravent. En témoignent les « scandales » d’état qui s’enchaînent et qui révèlent ses faiblesses et la difficulté à exercer son pouvoir.

Pour les marxistes-léninistes la question « quelle classe détient le pouvoir? » est au coeur de la compréhension des conflits au sein du capitalisme. Quoi que fasse la bourgeoisie, elle ne peut résoudre les problèmes qui s’imposent à elle. Ce ne sont pas les « mauvaises politiques » de tel ou tel politicien qui sont en cause. C’est pourquoi, quelle que soit la politique menée, le prolétariat et tous les travailleurs sont entraînés à connaître une situation de plus en plus difficile et précaire et à subir des comportements et idées réactionnaires, extrémistes.

La situation internationale intervient dans les difficultés de chaque bourgeoisie dans le monde. Les relations entre les pays impérialistes, leur mode de domination, les alliances et affrontements influent sur la situation intérieure d’un pays. L’affaiblissement du mouvement communiste a aussi des conséquences majeures négatives sur le niveau de combativité des travailleurs et leur mobilisation contre les attaques de la bourgeoisie. Sans comprendre cette situation objective nationale et internationale, les communistes et les travailleurs sont désarmés, incapables de mener une lutte de classe efficace.

Cette lutte ne peut être suscitée par la simple agitation. L’évolution des conditions objectives joue un rôle fondamental et les communistes doivent orienter cette lutte par un travail d’analyse scientifique de la réalité. Une organisation qui ne maîtrise pas la théorie marxiste-léniniste, qui ne fonctionne pas sur la base du centralisme démocratique, qui ne s’investit pas au sein de la classe ouvrière n’a pas d’avenir. Voilà pourquoi les communistes marxistes-léninistes travaillent à la construction d’une organisation politique communiste indépendante de la bourgeoisie dont la tâche fondamentale est de construire la ligne théorique-politique du prolétariat. C’est un vaste programme : analyse du capitalisme, de l’impérialisme (autrement dit le capitalisme aujourd’hui, ses contradictions et difficultés), la composition de la classe ouvrière, l’évolution de la société, des mouvements ouvriers dans les 30-40 dernières années, les formes de la lutte, du type de revendications, avec quelle organisation, les raisons des échecs et des succès…

La situation en France

Depuis quelques années, le pouvoir d’État sous les gouvernements Sarkozy, Hollande et maintenant Macron a entrepris de manière continue une vaste offensive visant à supprimer toutes les conquêtes sociales et les concessions faites aux travailleurs, pour permettre aux capitalistes de renforcer et rationaliser avec profit l’exploitation de la force de travail.

Durant les premiers six mois de cette année, on a vu les travailleurs de la santé, les fonctionnaires et les retraités se mobiliser pour revendiquer et protester contre les mesures prises ou annoncées par le gouvernement. Des milliers de jeunes ont manifesté avec des formes de lutte diverses, occupation de leur fac comprise. Nombre de grèves ont été déclenchées dans divers secteurs.

Mais c’est par la lutte des cheminots que la confrontation entre les travailleurs et le pouvoir de la bourgeoisie a pris un caractère d’un affrontement politique entre les deux classes fondamentales aux intérêts diamétralement opposés de la société capitaliste : le prolétariat et la bourgeoisie.

Voilà pourquoi nous avons encouragé les travailleurs, là où nous étions, à tout faire pour que la lutte des cheminots soit victorieuse, pour l’intérêt de toute la classe et de la lutte contre les autres « réformes » prévues par le gouvernement. Cette lutte, sa durée, quelles qu’en soient les faiblesses et les critiques que l’on peut en faire entraîne chez les syndicalistes et militants politiques une réflexion, une prise de conscience accrue du caractère de classe de l’État bourgeois, de la nécessité de s’organiser pour lutter.

Instruits par les luttes précédentes contre les lois travail, les militants et syndicalistes conscients craignent que cette lutte ne se termine aussi par une défaite des cheminots.

Certains préconisent la grève nationale générale, illimitée ou non. Des initiatives sont prises par certaines UD et UL CGT pour préparer le prochain congrès de la CGT en 2019 et changer la politique syndicale. D’autres regrettent que la solidarité n’ait pas été systématiquement organisée et généralisée pour mobiliser l’ensemble des travailleurs derrière la lutte des cheminots. Ces questions et bien d’autres doivent être discutées librement, ouvertement dans les syndicats CGT. Aux camarades fatalistes qui craignent une démobilisation des travailleurs si la lutte des cheminots n’aboutit pas, nous disons que la lutte de classe est une réalité objective indépendante de la volonté des capitalistes comme des prolétaires. Elle est provoquée par l’aggravation des contradictions du système lui-même, et d’autres affrontements entre le capital et le travail, même plus âpres auront lieu à l’avenir. Les travailleurs font leur propre expérience dans la lutte et sauront tirer les leçons de leurs victoires et surtout de leurs échecs. La propagande et l’agitation des communistes aideront à cette prise conscience. La conscience de classe n’est pas simplement le résultat d’un simple travail d’explication et d’agitation. La prise de conscience est le résultat de l’expérience de la lutte éclairée par l’analyse scientifique de la théorie marxiste-léniniste.

Aujourd’hui chaque lutte et chaque défaite peut conduire à une prise de conscience de classe d’un niveau supérieur. Celle des cheminots entraîne les militants politisés à se poser des questions et à essayer de trouver des solutions pour retrouver le chemin de la lutte victorieuse. Bien que le mouvement n’ait pas gagné, la durée, la ténacité, les diverses formes de lutte inquiètent la bourgeoisie. Elle s’inquiète des dangers provenant des extrémistes et au nom de la lutte contre eux elle s’en prend aux syndicalistes, aux étudiants, aux militants solidaires avec les migrants, aux jeunes des quartiers défavorisés. L’affaire Benalla illustre cette nervosité des milieux dirigeants bourgeois qui les pousse à fermer les yeux sur des méthodes policières « hors la loi ». Ces pratiques sont inhérentes à l’État bourgeois qui a peur du développement de la lutte de classe.

Des causes fondamentales de la faiblesse du mouvement ouvrier

La lutte des cheminots a révélé au grand jour les faiblesses politiques et syndicales des prolétaires. En comprendre les raisons permet d’agir pour les combattre.

L’échec des luttes c’est l’échec du réformisme et des illusions qu’il a propagé chez les travailleurs !

La domination politique et syndicale du réformisme n’est pas récente. Les réformistes ont longtemps entretenu et continuent d’entretenir l’illusion qu’on peut obtenir des concessions de la bourgeoisie par une politique de « dialogue social » et de partenariat. Les syndicalistes sont devenus des co-gestionnaires du capitalisme. Cette politique a eu comme première conséquence l’affaiblissement des syndicats.

Les organisations syndicales se sont éloignées des travailleurs pour plusieurs raisons :

–   La disparition des grandes concentrations et sites industriels (1980 – mines, sidérurgie). La réorganisation du capital : la délocalisation, l’externalisation, etc.

–   L’évolution de la division du travail (sous-traitance, intérim, salariés détachés, salariés prêtés, CDD, stagiaires, apprentis…)

–   L’organisation hiérarchique des travailleurs (division des salariés sur la base de diverses catégories : ouvriers, ETAM et cadres) et parfois sur des critères ethniques.

–   Sans oublier la pression permanente de la bourgeoisie sous toutes ses formes : licenciement, harcèlement, discrimination, corruption ou tentative de corruption.

–   Le comportement corporatiste : les élus des syndicats ne se sont pas considérés comme les élus de la classe dans son ensemble mais de leur corporation, des seuls travailleurs sur leur lieu de travail. Il s’est exprimé par exemple chez les cheminots ou les infirmiers depuis longtemps. On a cru qu’on pouvait défendre l’intérêt des travailleurs et salaries dans le cadre réduit de l’entreprise de façon durable. Cette illusion toujours très vivace dans la conscience de la classe ouvrière doit être combattue.

La classe ouvrière n’a pas aujourd’hui de conscience anticapitaliste même si les affrontements comme celui des cheminots avec le pouvoir d’État ont pris un caractère politique. Elle n’a pas compris la distinction entre les revendications de caractère national de classe et le corporatisme. Pour exemples, la question des retraites (passage de 37 ans à 42,5 ans) et celle des droits de représentativité syndicale. En fait, ce sont des régressions qui touchent toute la classe.

Pour expliquer les défaites, certains militants mettent en cause le rôle négatif des confédérations syndicales actuelles. Loin de nous de prétendre défendre les dirigeants des confédérations ou leur politique. Aucune direction de confédération ne défend une position de classe. La revendication de l’abolition du salariat a été abandonnée depuis longtemps. On peut critiquer telle ou telle tactique ou pratique syndicale menée par une confédération. Mais pour les marxistes-léninistes, ce qui est essentiel, c’est qu’une confédération a des adhérents, elle regroupe des travailleurs. Les luttes se produisent même contre la volonté et l’inertie des confédérations. Celles-ci ne peuvent arrêter la lutte de classe.

L’unité syndicale sur la base de la défense des intérêts de classe et dans la lutte a toujours été la politique fondamentale des communistes. Et cette unité sera d’autant plus solide et forte qu’elle sera dirigée par un véritable parti communiste.

D’autres militants mettent en avant la question de la grève générale. Mais étant donné le niveau actuel de conscience de classe elle n’est pas réalisable. La classe est loin de se mobiliser sur la base de revendications nationales à caractère politique. En témoigne l’initiative de la collecte de solidarité avec les cheminots qui n’a pas été généralisée par les syndicats, seulement 28.000 personnes y ont contribué (c’est peu même si la somme recueillie dépasse le million d’euros).

De même les grandes manifestations sur les Champs-Élysées : cela a conduit à quels résultats? En revanche une vingtaine de syndicats ont demandé pourquoi les grèves n’ont pas été organisées en même temps dans plusieurs entreprises. Cela entraîne une autre question: pourquoi cela n’a pas été fait ne serait-ce que par eux-mêmes?

Aucune des interrogations et propositions ne peuvent à elles seules résoudre la question de la mobilisation des travailleurs dans la lutte.

Elle est à la fois un problème de conscience et un problème organisationnel : par exemple, plus de 130.000 salariés travaillent sur l’aéroport de Roissy. Ils sont éparpillés dans plus d’un millier d’entreprises et dans des centaines de syndicats. Dans d’autres secteurs, comme à Peugeot, les travailleurs sont dispersés sur plusieurs centres; concernant les sous-traitants, l’externalisation et les intérims, on arrive à un nombre considérable de travailleurs qui ne font pas partie de l’entreprise et qui travaillent ensemble. Comment les organiser en commun sur leur lieu de travail et coordonner leurs luttes? La réponse se fait attendre.

Quant à la conscience de classe anticapitaliste, c’est là que l’existence du Parti politique de la classe ouvrière menant une politique indépendante de tous les autres partis bourgeois et petits-bourgeois est fondamentale.

Quelle politique pour les communistes ?

Le rôle des communistes a toujours été comme exprimé dans le Manifeste du parti communiste (Karl Marx) : Aider la classe à acquérir la conscience d’une classe luttant pour ses intérêts immédiats et stratégiques. Ils auront dans la lutte de classe à combattre concrètement l’influence du réformisme au sein de la classe et dans ses organisations.

Ils le feront en luttant contre l’apolitisme, le corporatisme, le communautarisme, et toutes les influences qui divisent de classe, contre le racisme et le FN. La lutte classe contre classe n’a pas une caractéristique nationale mais internationale.

Pour les marxistes léninistes, construire le Parti c’est construire une organisation politique de classe dans la continuité qui permette de diriger toutes les formes de la lutte de la classe ouvrière et de tous les travailleurs (politique, syndicale-économique, culturelle…).

Sans une organisation communiste marxiste-léniniste, les expériences de lutte des travailleurs ne pourront servir pour les luttes à venir. Sans un parti communiste marxiste-léniniste, la lutte du prolétariat ne le conduira pas à renverser le pouvoir de la bourgeoisie.

En résumé voici les tâches qu’impose l’évolution de la société aux communistes :

–   Construire une organisation communiste au niveau national sans se limiter au seul travail syndical.

–   Créer l’unité de la classe qui passe par la lutte idéologique et politique contre tous les partis politiques réactionnaires (bourgeois et petits-bourgeois).

–   Mener une lutte théorique, idéologique et politique constante.

–   Former les militants qui vont travailler au sein de la classe ouvrière.

–   Militer dans les syndicats sur le lieu de travail, mais avec des perspectives nationales.

–   Rechercher et mettre en oeuvre des moyens et une organisation qui permettent de créer l’unité d’action des travailleurs regroupant CDI, Intérimaire, sous-traitant…

–   Dénoncer régulièrement les manoeuvres de la bourgeoisie, la mise en concurrence des travailleurs.

–   Propager la solidarité de classe par tous les moyens. Exemple: la grève de solidarité nationale et régionale.

–   Défendre et propager l’idée qu’il ne peut y avoir de solution aux problèmes que la bourgeoisie pose aux travailleurs dans la société capitaliste.

–   Soutenir et participer aux luttes pour les revendications de classe partielles. Se battre pour les réformes liées aux intérêts de la classe n’est pas contradictoire avec la position précédente. Un communiste et tout travailleur sait très bien et l’actualité le prouve, que toute conquête sociale favorable aux travailleurs est tôt ou tard remise en question par le pouvoir bourgeois et les capitalistes qu’il sert.

Notre tâche fondamentale aujourd’hui c’est de construire une organisation communiste politique de classe, guidée par la théorie marxiste-léniniste.

22 juillet 2018