Quelques indications concernant
les caractéristiques de la classe capitaliste
dans le Venezuela « bolivarien »

Écrit: février 2016

Le régime « bolivarien » instauré au Venezuela suite à l’élection de Hugo Chávez comme président, en 1998, constitue un cas particulier mais significatif, en ce qui concerne les errances qui affectent, un peu partout dans le monde, les mouvements se voulant « anti-impérialistes ». Pour éclaircir la problématique ainsi posé, il faut analyser la réalité à la fois sous l’angle économique que celui politique.

Fractions de la bourgeoisie

En annexe figurent quelques éléments chiffrés au sujet de la structure du système économique. Au vu des chiffres cités, on peut retenir comme élément significatif la situation des industries manufacturières. Globalement, ce secteur occupe une place restreinte. En outre, bien que la production en valeur ait légèrement progressée durant la période examinée, sa part relative dans l’économie nationale a baissé considérablement. Par ailleurs, on note qu’entre les deux pôles que constituent le secteur public comme source de devises d’une part, les acteurs privés comme détenteurs finals de devises d’autre part, les sommes transitent moyennant d’opérations de type divers. Il peut s’agir de mécanismes qui sont ordinaires dans une économie capitaliste; puis il y a une bonne part de corruption et de fraude pure et simple; mais le nœud du problème réside dans l’incapacité du régime, nonobstant la propagande verbale qu’il déploie, de mettre en œuvre des mesures appropriées pour maitriser les relations économiques avec l’extérieur de façon cohérente et dans leur totalité.

Au‑delà des abstractions « macroéconomiques », il faut envisager les événements et la situation en termes politiques. (Pour des considérations complémentaires, cf. ici.)

Au centre des évènements déclenchés par l’élection de Hugo Chávez, se trouvait le secteur pétrolier. Une première phase, mouvementée, se caractérisait par des efforts de déstabilisation organisés par les fractions dominantes de la bourgeoisie. Le point culminant fut la tentative de coup d’état des 11‑13 avril 2002, puis la situation restait instable jusqu’au début de l’année 2003, du fait de mobilisations réactionnaires de protestation et de grève, appuyées fortement sur la société public pétrolière, Petróleos de Venezuela SA (PdVSA). En février 1999 avait été nommé un nouveau président à cette société, trois autres lui succédaient avant que le 19 avril, suite à la tentative de coup d’état, le gouvernement place à la tête de PdVSA un représentant effectif du nouveau régime. L’affrontement avec les milieux hostiles se poursuivait de façon aigue et se matérialisait notamment par des licenciements massifs de personnels d’encadrement de PdVSA. À ce stade, le secteur pétrolier est soumis au remplacement d’un groupe de représentants du capital par un autre. Par la suite le gouvernement modifie les relations avec les sociétés pétrolières à capital étranger: certaines installations sont nationalisées, et globalement les modalités sous lesquels des investissements extérieurs peuvent s’opérer, sont modifiées. Néanmoins, en ce qui concerne le secteur pétrolier et plus largement l’exploitation des ressources du sous‑sol, les transformations de structure suite à l’instauration du nouveau régime restent assez limitées.

Un élément notable de l’élargissement du secteur public fut l’acquisition de Banco de Venezuela, en 2008. En ce qui concerne les banques universelles, un petit nombre de grands établissements dominent, avant comme après 1999. En 2008, cinq banques privées détenaient 93 % du volume global de crédit du secteur (banques publiques 4 %). Parmi ces cinq figurait Banco de Venezuela; en 2015, elle détient 19,7 % du volume global de crédit. Cette même année, en prenant comme échantillon le groupe des dix banques les plus importantes, la partie correspondant au secteur public est de 29,2 % du volume globale, celle du privé de 60,3 % (le 10,5 % restants correspondant à l’ensemble des banques de moindre importance).

Stratégiquement, le régime s’efforce à développer certains leviers considérés comme clés. C’est le cas dans le secteur agroalimentaire, mais les réalisations sont marginales. Des progrès sont obtenus pour la récolte de quelques aliments de base comme le riz et le maïs. L’approvisionnement en aliments élaborés reste dominé par l’importation autant de la part du secteur public que du secteur privé, ainsi que par le conditionnement effectué dans le cadre du secteur privé, à capitaux locaux ou étrangers. L’état tente de maitriser prioritairement les circuits de distribution aboutissant à la population, à travers notamment des organismes rattachés à PdVSA, mais l’efficacité en est considérablement altérée du fait que se greffent dessus les mécanismes frauduleux dont tire avantage la bourgeoisie à la recherche de son enrichissement.

Pour l’industrie manufacturière également le régime tente d’être présent en tant que producteur autonome. Pour des raisons à la fois de nécessité technique et d’opportunité politique, il a recours à des canaux de coopération tournés vers des pays adoptant sur le plan international des positions compatibles avec ses propres orientations.

En 2006 a été inaugurée une usine d’assemblage de voitures, opérée par Venirautos Industrias, une société constituée en commun par le Venezuela et l’Iran, les deux actionnaires étant respectivement Corpivensa et IKCO[1]. Le Venezuela et la Chine ont établi une coopération dans le même domaine, faisant intervenir le constructeur chinois Chery Automobile, par l’intermédiaire d’une société mixte, Chery de Venezuela, dans laquelle l’état détient 51 % du capital, les 49 % restants revenant à une société privée, Mercantil Corporación Automotriz ZGT[2]; en 2011 a été inaugurée une première usine d’assemblage, puis une autre en 2013.

Dans le domaine de la transformation de matières premières, on peut mentionner la société Cemento Cerro Azul, société de propriété publique vénézuélienne exclusive, constituée afin d’opérer une usine de fabrication de ciment. La construction de cette usine fut confiée, en 2005, à l’entreprise publique iranienne Edhasse Sanat. Les travaux ont subi des retards récurrents, de sorte qu’en 2015 encore il est simplement question de « la mise en service prochaine ».

Un aspect particulier est lié à la place importante qui dans le régime revient à l’institution militaire.

En 2013 fut établi au sein du complexe militaire Fuerte Tiuna situé à la périphérie de Caracas, un ensemble d’installations économiques rattachées à la Compañía Anónima Venezolana de Industrias Militares (CAVIM), comprenant une usine de textile ainsi qu’une usine de conditionnement d’eau potable[3]. Les installations sont opérées par la société Grupo Atahualpa, constituée en 2004. C’est le seul cas d’une entité économique privée dans le cadre de l’institution appelée Fuerza Económica Militar[4].

En 2008 fut constituée la Empresa Mixta Socialista de Vehículos Venezolanos (Emsoven), entre la CAVIM détenant 51 % et l’entreprise privée Centro Nacional de Repotenciación (Cenareca) détenant le reste[5]. Emsoven est installée dans le complexe militaire Fuerte Tiuna. Cenareca est chargé entre autre de la fabrication d’une voiture tout-terrain destinée à l’armée et à l’administration publique. La conception de ce véhicule est élaborée en coopération avec l’entreprise espagnole Urovesa ainsi que General Motors; la plupart des composants sont importés, notamment les moteurs fournis par Ford et General Motors. Par ailleurs un accord entre Emsoven et la Chine prévoit l’assemblage d’une voiture commerciale en coopération avec le groupe chinois Chery.

Quelques personnalités

Schématiquement, on peut distinguer quelques composants parmi d’autres, de la bourgeoisie vénézuélienne dans le cadre du régime « bolivarien »: des branches du capital international; des grands capitalistes ayant établi leurs positions dès avant 1998, et qui se sont adaptés de diverses manières au changement de contexte; des entrepreneurs locaux sans envergure au départ, qui ont ensuite développé leurs positions en s’accrochant au secteur public d’extraction pétrolière et minière; des établissements financiers locaux bénéficiant du fait que le régime a besoin d’intermédiaires dans les transactions commerciales et autres; des hommes d’affaires s’enrichissant en combinant des activités réelles et fictives dans des opérations de fraude, escroquerie, malversation.

Parmi les grands capitalistes, on peut citer les suivants.

Gustavo Cisneros

Le père de Gustavo Cisneros, Diego, est né à Cuba et émigra au Venezuela en 1929. Il obtint la franchise de distribution de Pepsi-Cola dans le pays et finit par prendre le dessus par rapport à la concurrence de Coca-Cola, présent avec antériorité. En 1958 est établi la 4e République dominée par le parti Acción Democrática, catalogué comme social-démocrate, sous la direction de Rómulo Betancourt. Diego Cisneros s’allie au régime et crée une chaine de télévision, Venevisión, qui se transforme en un des principaux médias de communication.

La fortune de Gustavo Cisneros est évaluée à plusieurs milliards de dollars. Né au Venezuela, il détient également la nationalité d’Espagne et de la République Dominicaine. Le Groupe Cisneros intervient dans le domaine des médias, de la fabrication de boissons avec Cervecería Regional, des complexes immobiliers de tourisme. Gustavo Cisneros est en relation avec des personnalités qui ont été ou sont impliquées dans les efforts de déstabilisation du régime « bolivarien »; toutefois pour lui-même il a pris soin de ne pas entrer en conflit ouvert avec le gouvernement. En janvier 2016 Nicolás Maduro, successeur de Chávez, institue un organisme intitulé Conseil national de l’économie productive qui doit réunir sous la présidence du ministre de l’économie, des représentants des différents secteurs économiques productifs. Cisneros est intégré à ce conseil en rapport avec le secteur minier.

Lorenzo Alejandro Mendoza Giménez

Lorenzo Mendoza également est multimilliardaire. Il dirige le groupe Empresas Polar. Polar s’est développé à partir d’une entreprise familiale constituée en 1855. En 1940, celle-ci s’engage dans la fabrication de bière, puis de farine de maïs précuite; s’y ajoutent progressivement divers autres produits alimentaires, comme les pâtes et le riz. Polar devient ainsi l’acteur le plus important du secteur agroalimentaire. Voici comment se chiffre en 1999 la présence du groupe dans différents segments: huile de maïs 90 %, bière 87 %, farine de maïs précuite 67 %, glaces 60 %, riz 35 %. À l’époque l’autre principale entreprise du secteur était Mavesa, également détenue à 100 % par du capital vénézuélien. En 2001 Polar acquiert Mavesa. L’effectif du groupe Polar compte environ 28 000 salariés. Le groupe investit également dans d’autres activités localement, notamment la pétrochimie, ainsi qu’à l’étranger. Cette expansion inclut une alliance établie entre Polar et PepsiCo en 2002.

Juan Carlos Escotet Rodriguez

Contrairement aux deux personnages précités, Juan Carlos Escotet n’a pas pu s’appuyer sur une tradition familiale; néanmoins il a réussi à accumuler une fortune estimée à 1,5 milliard de dollars. En 1977 est créée la Banco Agroindustrial Venezolano, entité qui en 1992 est acquise par la maison de Bourse Banesco, propriété de Juan Carlos Escotet (lequel en est actuellement président du comité directeur). La Banco Agroindustrial devient alors Banesco Organización Financiera, et en 1997 se transforme en banque universelle. En 2000 une filiale de Banesco s’unit avec une filiale de Grupo Unión pour constituer Unibanca, et finalement en 2002 Unibanca est absorbée par Banesco. Le holding Banesco Corporación Holding Hispania SL se trouve à Madrid; il contrôle 58,9 % du capital de Banesco au Venezuela, d’autres branches sont situées aux USA, Panama, Porto Rico, République dominicaine et Colombie. Le groupe a également acquis en 2012‑2013 deux banques en Espagne, Etcheverría et Novagalicia (devenu Abanca). Parmi les membres du conseil d’administration d’Abanca se trouve Miguel Ángel Capriles López, qui avait été jusqu’à récemment président du principal groupe de médias de presse au Venezuela, Cadena Capriles, constitué à partir de 1958 par Miguel Ángel Capriles Ayala.

Wilmer José Ruperti González

En 1981 Wilmer Ruperti est embauché à la société Maraven, une filiale de PdVSA; en 1987 il entre au service commercial de PdVSA, puis en 1991 il passe à PdV Marina, la société de transport maritime de PdVSA. En 1994 il quitte son travail, et par la suite il développe des relations avec PdVSA à travers de sociétés indépendantes. Lors de la tentative de coup d’état en 2002 et les grèves de sabotage consécutives touchant PdVSA, il opte pour une position aux côtés du gouvernement. Il n’interrompt pas ses prestations de services; il loue des bateaux en Russie auprès de sociétés gouvernementales[6] et joue ainsi un rôle essentiel dans le maintien des exportations. À partir de là il se construit une position prépondérante en ce qui concerne le transport pétrolier au Venezuela et dans les Caraïbes, à travers une société holding Global Ship Management, incluant entre autre des entreprises domiciliées au Panama. Par la suite, Ruperti a fait l’objet de plaintes de la part des sociétés russes qui l’accusent de fraude dans les transactions effectuées en 2002.

Ricardo Fernández Barrueco

En 2000 Ricardo Barrueco crée la société Industria Venezolana Maizera Proarepa qui opère notamment une grande flotte de transport. En 2002‑2003, il se place du côté du régime et par la suite il renforce ses positions, notamment en lien avec la chaine d’importation et de distribution d’aliments mise en place en par le gouvernement en 2004, appelée Mercal, liée par la suite à une filiale de PdVSA créée en 2008, Productora y Distribuidora Venezolana de Alimentos (PDVAL). En 2009, Barrueco commence à opérer des investissements dans le secteur bancaire, mais il est visé par des mesures d’expropriation, et perd également ses contrats avec PDVAL.

Víctor J. Vargas Irausquín

Víctor Vargas est actionnaire majoritaire de la Banco Occidental de Descuento (BOD). Il a deux filles. L’une est mariée à Luis Alfonso de Borbón, fils de la nièce du Generalissimo Francisco Franco; l’autre, María Victoria Vargas Santaella, est mariée à Francisco D’Agostino. Ce dernier est fils de Franco d’Agostino, entrepreneur vénézuélien qui en 1971 établit une société de construction et qui, à l’époque comme dans la période actuelle, a fait en sorte de figurer en bonne position parmi les bénéficiaires de contrats publics. Francisco D’Agostino fait partie des organismes de direction du groupe BOD, dans lesquels figure également Luis Alfonso De Borbón. Récemment, à travers un montage opaque de changement de propriétaire d’une des principales chaines de médias, Cadena Capriles (cf. plus haut, à propos de Juan Carlos Escotet), Vargas a assuré au régime le contrôle de ce groupe jusque‑là associé à l’opposition politique.

Alejandro Betancourt

En 1981 la société pétrolière Exxon découvre en Colombie le champ pétrolifère de Rubiales[7]. Les activités d’exploitation restent d’abord limitées. En 2002 l’entrepreneur brésilien Germán Efromovich acquiert une concession d’exploitation, en constituant localement la société Meta Petroleum en tant que filiale de Petro Rubiales Energy, cette dernière étant basée au Canada. En 2006 les conditions de la concession sont transformées en association entre Meta Petroleum et la société pétrolière nationale Ecopetrol, avec une participation majoritaire pour cette dernière.

En 2007, la société Pacific Stratus Energy créée en 1987 et basée au Canada, intègre dans son comité directeur un nouveau membre, Ronald Pantin[8]. Celui-ci avait précédemment exercé des fonctions à PdVSA, puis avait été président d’Enron Venezuela; avec lui, d’autres anciens employés de PdVSA impulsent le développement de Pacific Stratus. En particulier celle‑ci acquiert la totalité du capital de Petro Rubiales; le nouvel ensemble se nomme Pacific Rubiales. Le champ de Rubiales atteint progressivement un niveau qui correspond à 25 % de la production pétrolière de Colombie. Pacific Rubiales devient le deuxième plus important producteur de pétrole en Colombie, derrière la société publique Ecopetrol, ainsi que la plus grande société pétrolière privée d’Amérique latine. Elle inclut des activités d’oléoduc, charbon, or, fer, cultures agroindustrielles, ports; elle opère en Colombie, Brésil, Pérou, Guatemala, Guyane, Nouvelle Guinée. Cependant récemment Ecopetrol a annoncé qu’il révoquera la concession relative au champ de Rubiales en juin 2016 et reprendra celui-ci en charge exclusive.

En 2015 se déroule une compétition pour le contrôle de Pacific Rubiales[9]. Le groupe mexicain Alfa SAB qui détient 19 % des actions présente en commun avec un partenaire, une offre pour acquérir la totalité du capital. Mais il se trouve que des investisseurs vénézuéliens, dont Alejandro Betancourt, manœuvrent pour faire échouer l’opération. Finalement en septembre 2015, le fonds O’Hara Administration basé au Panama procède à des achats d’actions et atteint 19,95% du capital, la part d’Alfa étant 18,95 %. Alejandro Betancourt est actionnaire de O’Hara, ainsi que Orlando Alvarado, un consultant financier basé à Caracas, et à leur côtés aussi un grand capitaliste espagnol, Alberto Cortina.

Ce n’est là qu’une des opérations les plus récentes d’Alejandro Betancourt. En 2009 est créée la société Derwick Associates, registrée initialement à Panama, puis à Barbade, Venezuela, Espagne et USA[10]. Parmi les dirigeants se trouvent Alejandro Betancourt, et son partenaire Orlando Alvarado déjà mentionné. Parmi les personnes ayant des proches contacts avec les dirigeants de Derwick, on peut noter Javier Alvarado Pardi, fils de Javier Alvarado qui était vice-ministre d’énergie électrique en 2010 et président de la société Electricidad de Caracas de 2008 à 2010. Un autre proche de Derwick est Francisco D’Agostino, mentionné plus haut.

En 2010 Derwick obtient une série de contrats dans le domaine de l’électricité, avec des sociétés publiques Corpoelec, CVG et PdVSA. En lien avec l’exécution de ces travaux, apparaissent par la suite de multiples litiges, au sujet de problèmes de fonctionnement et de malversations financières. À cette occasion Derwick avait recours à la sous-traitance, faisant intervenir la société ProEnergy Services, registrée aux USA, dont 50 % des actions sont propriété de Majed Khalil Majzoub, citoyen vénézuélien[11]. Précédemment, ProEnergy Services avait exécuté des travaux au Venezuela en 2005, à l’époque en association avec Pacific Rim Energy. Le capital de Pacific Rim Energy est reparti entre Hardwell Technologies et Orbis, avec 50 % pour chacun; Khaled est directeur principal, Majed vice-président. Majed Khalil Majzoub détient 99 % des actions de Hardwell Technologies, tandis que Khalil détient 90 % d’Orbis, dont il est directeur général. Par ailleurs fait partie du lot, Hardwell Computer registré aux USA.

Parmi les sociétés dirigées par les frères Khalil Majzoub, on peut encore mentionner Empaque Venezolano de Bacalao (Eveba), une entreprise de l’industrie du poisson, fondée en 1969 et rachetée par les frères Majzoub en 2003. Par la suite ceux‑ci se sont opportunément associés à la promotion de la campagne « À présent, le Venezuela appartient à tous » (« Venezuela ahora es de todos ») conçue pour faire la promotion du régime « bolivarien ». Eveba s’est développé entre autre en installant une filiale Atunec en Colombie.

Le monde est petit

Lorenzo Alejandro Mendoza Giménez (cf. plus haut) est petit-fils de Lorenzo Alejandro Mendoza Fleury qui était petit-fils de Cristóbal Mendoza; celui‑ci est communément considéré comme le premier président du Venezuela. Plus précisément, au cours du processus menant à l’indépendance du Venezuela par rapport à la monarchie espagnol, le 6 mars 1811 est instauré un triumvirat de gouvernement présidé par Cristóbal Mendoza.

Autre personnage: Leopoldo Eduardo López Mendoza, ou en bref Leopoldo López, est une figure de premier plan de l’opposition politique au régime « bolivarien ». À l’approche des élections présidentielles de 2013 il s’était pour un temps placé comme possible candidat. Il est arrière-petit-fils d’Eugenio Mendoza Cobeña qui était arrière-petit-fils du Cristóbal Mendoza mentionné ci-dessus. Le grand‑père de Leopoldo López, Eduardo Mendoza Goiticoa, était ministre d’Agriculture et Élevage, dans le cadre du régime instauré en 1945 suite à un coup d’état organisé par Rómulo Betancourt et son parti Acción Democrática, évincé en 1948 par un autre coup d’état. Le frère d’Eduardo, Eugenio Mendoza Goiticoa, était ministre du développement entre 1942 et 1943, sous la présidence d’Isaías Medina Angarita. À partir des années 1930, Eduardo et Eugenio développaient et dirigeaient une série d’entreprises, mais celles-ci passèrent ultérieurement entre d’autres mains.

Autre lien entre les affaires actuelles et une branche des Mendoza: la Banco Venezolano de Crédito, une des principales banques du pays. Elle fut fondée en 1925 par Henrique Pérez Dupuy, marié à Luisa M. Velutini, dont le petit-fils était marié à Josefa Antonia Mendoza Páez-Pumar, le couple ayant pour fils Oscar Ignacio García Mendoza et Germán Antonio García Mendoza. Oscar García Mendoza était président de la Banco Venezolano de Crédito à partir de 1983. Il adopta une position ouvertement hostile vis‑à‑vis du régime « bolivarien ». En 2013 il fut remplacé dans sa fonction par son frère Germán García Mendoza-Velutini, tout en restant membre du comité directeur de la banque.

Il a déjà été question plus haut du personnage Francisco D’Agostino, ceci à propos de Víctor Vargas ainsi que d’Alejandro Betancourt. Une autre ramification le rattache au milieu politique proprement dit. La sœur de Francisco, Diana D’Agostino, est mariée avec Henry Lisandro Ramos Allup, une figure de longue date du parti Action démocratique (Acción Democrática). Suite aux élections de 2015, qui ont transformé l’opposition en majorité parlementaire, Allup a été désigné comme président de l’Assemblée nationale.

Bourgeoisie compradore

La constellation des classes présentes correspond de toute évidence à des rapports de production de type capitaliste, dont l’insertion dans le système impérialiste mondial est maintenue intacte. Cependant, il faut noter qu’on rencontre des appréciations qui, tout en rejetant l’idée que le régime « bolivarien » serait anti-impérialiste, ne relèvent pas pour autant d’une analyse matérialiste correcte.

Au Venezuela, les débats au sujet des orientations politiques du régime font intervenir parfois un vocabulaire comprenant le terme de “bourgeoisie compradore”.

Dans un article signé du Département de politique internationale du Parti communiste de Venezuela (PCV) on lit[12]:

« Dans le cas vénézuélien il n’existe pas de secteurs patriotiques dans la bourgeoisie monopoliste, laquelle a refusé de se convertir en bourgeoisie nationale et qui depuis des décennies est compradore et agent de l’impérialisme US. »

Autre citation, de Alfredo Serrano Mancilla, à l’époque membre du conseil exécutif d’une institution dénommée Fundación Centro de Estudios Políticos y Sociales (CEPS)[13]:

« […] la bourgeoisie compradore […] Cette bourgeoisie au Venezuela est active dans l’importation, celle qui ne produit pas, uniquement dédiée à l’achat-vente, important de l’extérieur et vendant à l’intérieur. C’est cela le centre de gravité de tant de problèmes de l’économie vénézuélienne. »

Cette fondation est établie en Espagne, mais se focalise sur des activités de consultant politique, juridique et économique en direction de forces et gouvernements d’Amérique latine, pour autant qu’elle les juge « progressistes ». Le conseil exécutif de la CEPS comprend Íñigo Errejón Galván et Pablo Iglesias Turrión, deux dirigeants du mouvement Podemos en Espagne[14]. Des services de conseil, fortement rémunérés, ont été dispensés notamment en direction du gouvernement de Venezuela. Ultérieurement Serrano a participé avec deux autres membres de Podemos, Sergio Pascual et Auxiliadora Honorato, à la création en 2014, d’une autre institution, le Centro Estratégico Latinoamericano de Geopolítica (Celag) dont le siège se trouve à Quito en Équateur. Le conseil consultatif du Celag comprend Ricardo Menéndez, ministre de la planification de Venezuela depuis juin 2014. Serrano a publié en 2014 un livre intitulé « La pensée économique de Hugo Chávez »[15]; le président Nicolás Maduro commenta ce livre à l’occasion de sa parution[16]: « Cet apport qu’il [Serrano] nous donne est inestimable. J’en appelle à la jeunesse et aux patriotes à ce que nous entamions à construire une nouvelle école de la pensée économique pour le 21e siècle. »

Il existe au Venezuela, plus particulièrement à Caracas, divers groupes de militants organisés sous la forme de ce qu’on appelle « colectivos ». Par exemple le « Colectivo La Piedrita 23 de Enero Caracas ». Voici comment il analyse la situation[17]:

« […] la lutte inévitable entre un ordre impérialiste […] et la volonté des peuples de recouvrer leur souveraineté et de trouver leur propre voie. Le matérialisme historique nous enseigne parfaitement que les processus sociaux de libération nécessitent différents éléments: l’organisation de leur avant-garde et la mobilisation du peuple, la construction d’un État nouveau, le développement de chacun des modes de production (ce que ceux qui nient le matérialisme historique appellent avec mépris « étapisme ») et en outre la combinaison des phases distinctes de la révolution. Il y a encore des revendications bourgeoises que la bourgeoisie compradore bien évidemment se refuse à matérialiser et qu’il revient à la classe ouvrière de réaliser (unité nationale, réforme agraire, indépendance, développement à base mixte, État de type nouveau…) afin de relier la révolution bourgeoise à la révolution socialiste. »

L’origine du terme « bourgeoisie compradore » vient de la présence portugaise en Inde au 16e siècle. Le « comprador » est alors le servant autochtone employé par les européens, chargé d’effectuer les achats pour la maison. En acquérant un sens plus large, le terme désigne, notamment en Chine, le gérant ou autre responsable d’une entreprise commerciale appartenant à des étrangers. Les compradores servaient les intérêts économiques étrangers et entretenaient des relations étroites avec l’impérialisme et le capital étranger; les investisseurs étrangers pouvaient bénéficier d’avantages tributaires, de subsides, de concessions de terres, du soutien de la part de l’état.

Par différents biais, ce vocabulaire s’est transmis dans le temps. Mao Zedong l’utilise, par exemple dans le texte « Analyse des classes de la société chinoise » datant de 1926 [18], et depuis on le rencontre régulièrement chez les mouvements maoïstes, mais aussi plus largement, jusque dans des textes de nature plutôt journalistique. Sous l’effet, entre autre, des écrits de Nicos Poulantzas le concept de « bourgeoisie compradore » s’est aussi retrouvé comme élément d’une catégorisation/schématisation abstraite où il côtoie celui de « bourgeoisie interne » appliqué aux puissances impérialistes dominantes.

La comparaison entre elles de ces multiples nuances d’usages fait ressortir un dilemme. Tel auteur écrit « compradore » pour être concis, ou pour faire comme les autres, mais se sent aussitôt contraint à y ajouter une ou plusieurs phrases explicatives pour le lecteur qui éventuellement serait déconcerté par le vocabulaire étrange[19]. Tel autre assène le simple mot justement dans l’intention de se dispenser de précision, l’important étant à ces yeux d’exprimer du mépris, du rejet, face aux cibles visées de manière subjective.

Au cours du développement du mouvement révolutionnaire en Chine, conduisant à l’établissement de la République de Chine en 1949, les débats au sujet de l’analyse de classe du pays ainsi que des considérations stratégiques étaient complexes. La référence à la bourgeoisie compradore avait pour corolaire l’affirmation qu’il existait une fraction de la bourgeoise, désignée comme nationale, susceptible de former un allié du prolétariat dans la lutte contre la bourgeoisie compradore alliée, elle, à la classe féodale. Ces distinctions avaient une signification concrète et aussi une importance pratique.

Dans le sens historique premier mais transposé par généralisation au contexte du 20e siècle, l’existence d’une « bourgeoisie compradore » s’applique à la situation de pays semi-coloniaux à prédominance féodale ainsi que de néo-colonies « bananières ».

L’histoire de la United Fruit Company au Guatemala constitue un des exemples aux caractéristiques les plus prononcées. Le commerce de bananes en direction des USA en provenance de la zone des Caraïbes se développait à partir des années 1870, parallèlement à la construction de lignes de chemin de fer dans cette région. En 1899 fut constituée la United Fruit Company (UFCo), ayant pour actionnaires principales deux entrepreneurs US, Minor Cooper Keith et Andrew Preston. Au Guatemala était en place de 1898 à 1920 un régime dictatorial dirigé par Manuel Estrada Cabrera. L’UFCo étendit ses activités à ce pays à partir de 1901, lorsque lui fut accordée l’exclusivité pour transporter le courrier aux USA. En 1904 elle obtint une concession pour une durée de 99 ans portant sur la construction, en tant que filiale de l’UFCo, de la principale ligne de chemin de fer du pays reliant Ciudad de Guatemala à Puerto Barrios. En même temps elle fut autorisée à acquérir les terrains de ce port, et elle disposait de l’unique flotte marchande y ayant accès. Elle conclut aussi un contrat pour la construction de la ligne de télégraphe le long du chemin de fer. En 1924 le gouvernement attribua à l’UFCo une concession pour une durée de 25 ans sur des terres le longue du fleuve Montagua. Par ailleurs la production et distribution de énergie électrique se trouvaient sous le monopole de la compagnie US, Electric Bond & Share. De 1931 à 1944 était en place à nouveau un régime dictatorial, dirigé par Jorge Ubico Castañeda. En 1936 l’UFCo obtint encore une concession, pour une durée de 99 ans, sur des terres supplémentaires. Globalement la compagnie était exempte d’impôts, de taxes sur les importations, mais prélevait des taxes sur les marchandises exportées, ce qui frappait en particulier les cultivateurs de café. Un mécanisme utilisé par l’UFCo amplement partout dans la région consistait à acquérir de grandes étendues de terres uniquement pour éviter l’émergence de concurrents, de sorte à préserver son monopole fût‑ce en maintenant des zones sans les cultiver.

En 1945 Juan José Arévalo fut élu président du Guatemala. En 1951 lui succède Jacobo Árbenz Guzmán. En 1950, 70 % des terres appartenaient à 2,2 % des propriétaires; 51 entités agricoles (moins de 0,2 % du nombre total) possédaient 13,78 % des terres. L’UFCo à elle seule détenait 6,38 % du total, tandis que 161 501 agriculteurs (47,33 %) cultivaient 3,46 % des terres. Árbenz entame une réforme agraire. Le 27 juin 1954 est déclenchée une opération militaire dirigée par le général Carlos Castillo Armas, qui part des plantations de l’UFCo au Honduras et est appuyé par le gouvernement de Nicaragua en coopération avec les USA. Árbenz est renversé et s’exile au Mexique.

Pourtant, dans le cadre de l’Internationale communiste, le terme « compradore » dans le sens élargi au‑delà de la signification stricte d’origine, n’est utilisé que rarement; c’est vrai en particulier pour les pays d’Amérique latine. En juin 1929, à Buenos Aires, se déroule la Première Conférence communiste latino-américaine, organisée par le Comité exécutif de l’IC. Parmi les thèmes de l’ordre du jour figure « la lutte anti-impérialiste et les problèmes de tactique des Partis communistes de l’Amérique latine ». Le rapport est présenté par Jacques Humbert-Droz (pseudonyme Luis). Le terme « compradore » n’y apparait pas. En analysant la structure sociale des sociétés visées, il distingue: les ouvriers des grandes entreprises industrielles; les ouvriers industriels des villes; la masses des paysans pauvres; la petite bourgeoisie urbaine et rurale; la bourgeoisie nationale et étrangère. Voici un extrait concernant cette dernière catégorie[20]:

« Enfin, la bourgeoisie nationale et étrangère, formée par ceux qui exploitent les richesses et la main d’œuvre des pays latino-américains, et par ceux qui bénéficient de cette exploitation. Grands propriétaires féodaux autochtones, grands commerçants, exportateurs et importateurs, banquiers, industriels occupés dans les branches secondaires de la production, tous liés aux banques et aux « trusts » étrangers, achetés, vendus, corrompus, prostitués de mille manières par les impérialistes qui se disputent la proie latino-américaine, qui prêtent leur nom pour coller une étiquette nationale aux entreprises étrangères, « parasites » dans tous les sens du terme; cette bourgeoisie est faible économiquement, numériquement et politiquement. Une telle structure sociale est des plus instables. La classe dominante n’a pas de force réelle, ne dispose pas d’une base économique et sociale suffisante; c’est pourquoi les relations sociales se caractérisent par leur grande instabilité. Les « révolutions », les coups d’état militaires sont fréquents au niveau de la superstructure politique et sont quasiment toujours accompagnés de vastes mouvements sociaux de masse: des paysans et ouvriers agricoles pour la terre; des ouvriers industriels contre l’exploitation de leur force de travail, pour améliorer leur salaire et les conditions de vie; de la petite bourgeoisie libérale (étudiants, petits artisans et petits commerçants), contre la tyrannie politique, les dictatures personnelles ou militaires, l’impérialisme, etc. La lutte des impérialismes, la faiblesse de la bourgeoisie nationale, son rôle parasitaire de servante prostituée de l’impérialisme le plus offrant, provoque également l’instabilité des camarillas gouvernementaux, les révolutions de palais, les mille intrigues dans lesquelles interviennent activement les ambassadeurs des grandes puissances, qui font vaciller le pouvoir politique et développent les tendances vers les dictatures militaires ou personnelles, vers la répression brutale et sanglante contre tous les adversaires politiques, et vers le fascisme. Mais ce développement de camarillas gouvernementaux dictatoriaux est une expression de faiblesse, et non de force, de la classe dominante, qui ne possède aucun sens ni de conscience de classe forte, aucun programme de développement indépendant propre.

« […] La bourgeoisie nationale parasitaire, y compris les grands propriétaires terriens, ne peut être autre chose qu’une force contrerévolutionnaire. Nulle part il n’y a une bourgeoisie forte qui s’efforcerait à transformer le régime feudal et colonial en un régime capitaliste indépendant. […] Les luttes entre camarillas politiques et impérialistes au sein de la bourgeoisie nationale provoquent l’instabilité du pouvoir qui peut être mise à profit pour l’action révolutionnaire des masses, mais en aucun cas la bourgeoisie latino-américaine n’est une force révolutionnaire, avec laquelle le prolétariat pourrait s’allier momentanément. Les masses, le prolétariat, peuvent, doivent utiliser les rivalités et les luttes entre les diverses fractions de la bourgeoisie nationale pour intensifier l’action des masses ouvrières et paysannes, et mettre à profit la désorganisation et la faiblesse causées dans l’appareil d’état, pour développer leur action révolutionnaire indépendante. »

Au 6e Congrès de l’Internationale communiste furent adoptées des « Thèses sur le mouvement révolutionnaire dans les colonies et semi-colonies ». Elles contiennent le passage suivant (point 18)[21]:

« La bourgeoisie nationale de ces pays coloniaux n’occupe pas une position uniforme envers l’impérialisme. Une partie de cette bourgeoisie, la bourgeoisie marchande avant tout, sert directement les intérêts du capital impérialiste (la bourgeoisie dite des compradores). Dans l’ensemble, elle défend d’une façon plus ou moins conséquente, comme les alliés féodaux de l’impérialisme et les fonctionnaires indigènes les mieux rétribués, un point de vue antinational, impérialiste, dirigé contre tout le mouvement national. Le reste de la bourgeoisie indigène, en particulier la fraction représentant les intérêts de l’industrie indigène, se place sur le terrain du mouvement national et constitue une tendance particulièrement hésitante et encline aux compromis qu’on peut appeler national-réformisme (ou, d’après la terminologie des thèses du IIe Congrès: orientation « démocratique-bourgeoise »). »

Concrètement, les Thèses sont principalement focalisées sur les régions de l’Asie et de l’Afrique du Nord. Au sujet de l’Amérique latine, le texte n’évoque pas le rôle éventuel d’une « bourgeoisie indigène », mais se préoccupe de la place assumée par la petite bourgeoisie (point 40)[22]:

« En Amérique latine, les communistes doivent prendre partout une part active au mouvement révolutionnaire de masses dirigé contre le régime des gros agrariens et contre l’impérialisme, même là où ce mouvement est encore sous la direction de la petite-bourgeoisie. »

Quoi qu’il en soit, dans le contexte actuel, le vocabulaire « bourgeoisie compradore » s’est transformé en jargon. Certes, l’analyse rétrospective des positions ayant fait débat dans les années 1920‑1930 au sujet du mouvement communiste et révolutionnaire en Chine, continue à être sujet à des controverses. Mais si l’on considère, comme c’est le cas du point de vue du présent texte, que dorénavant dans les pays dits « dominés » la bourgeoisie y compris non « compradore », ne peut plus être en tant que telle un allié du prolétariat dans sa lutte pour la révolution socialiste, alors le concept a perdu sa pertinence.

Les connotations vagues et confuses que véhicule le terme, prédisposent finalement celui‑ci à exprimer des positions erronées. De même que le couple « finance » (mal) et « industrie » (bien), le couple « bourgeoisie compradore » (mal) et « bourgeoisie productive/nationale/patriote » (bien) vient à l’appui de discours masquant la réalité. On rencontre fréquemment des formulations indiquant par des tournures variées que la bourgeoisie compradore incarne la « soumission totale à l’impérialisme étranger ». Le phénomène de la soumission ponctue certes l’histoire de l’impérialisme, comme l’illustre l’exemple du Guatemala, évoqué plus haut. Mais poser d’office et partout le problème en ces termes constitue une approche erronée, du même type que la dénonciation des « élites » qui « trahissent » la nation, formulée de façon récurrente par diverses organisations des pays impérialistes dominants. (D’ailleurs, le terme « bourgeoisie compradore » dans son acception la plus banale, fournit simplement un synonyme à l’idée de soumission.)

Parler d’un grand capitaliste membre de la bourgeoisie monopoliste qui place ses fortunes dans divers paradis fiscaux au lieu de les investir comme capital productif, et l’accuser d’être « soumis à l’impérialisme » ‑ ce serait absurde. Or, dans le cas du Venezuela, les individus qui s’enrichissent par le biais de la fuite de capitaux moyennant des opérations de change dont le contrôle échappe aux autorités, ont simplement ce même type de « comportement », et en bonne partie en dehors de toute implication économique autre qu’une façade commerciale plus ou moins fictive. L’analogie avec les compradores d’autrefois est donc creuse.

La « révolution bolivarienne », une expérience singulière mais nullement exceptionnelle

La description présentée ici, du système économique au Venezuela, et aussi les remarques concernant la dite bourgeoisie compradore, sont à mettre en correspondance également avec d’autres pays, par exemple l’Algérie. On pourrait penser que tout compte fait il soit inutile d’exposer avec un luxe de détails les aspects concrets du caractère capitaliste de l’économie vénézuélienne. Il y a cependant au moins une raison précise de faire une telle analyse, à savoir la particularité politique des orientations dont le régime « bolivarien » fait la promotion. Il est vrai qu’on se laisserait facilement aller à prendre le sujet à la légère, considérant que de toute façon le « socialisme du 21e siècle » n’est que verbiage creux. Or, verbiage ou pas, l’effet de désorientation profonde des travailleurs, individuellement, et du mouvement ouvrier, collectivement, est désastreux. Cela d’autant plus que parmi les militants prétendant agir en faveur d’une révolution socialiste « authentique », se propage une orientation qui, au lieu de dénoncer le caractère du régime quant au fond, adopte des positions bienveillantes, voire de soutien proprement dit. C’est le cas d’un groupement dénommé Marea Socialista qui s’est formé en 2007, à partir d’un courant au sein de la fédération syndicale Unete. Il se place à l’intérieur du parti officiel du régime, le PSUV; cependant aux élections de décembre 2015, il a présenté des candidats propres. Voici un extrait d’un texte datant de février 2015 [23]:

« Il est urgent de récupérer l’esprit rebelle de Chávez qui toujours nous a interpelés au sujet de ce qu’il y avait de socialiste dans chaque mesure, dans chaque décision qui soit prise par le gouvernement. Les riches veulent faire plier le peuple insoumis de Bolívar et Chávez afin de le piétiner et détruire; pour éviter cela il nous reste comme seul moyen, donner beaucoup plus de pouvoir au peuple et embrasser un programme socialiste authentique pour la transition. »

De telles attitudes ajoutent un facteur supplémentaire à la tromperie mise en œuvre par le régime. Il s’agit là d’un trait particulier de la situation au Venezuela: on voit mal à l’heure actuelle des organisations de « gauche » adopter le même procédé par exemple en Algérie. Pourtant, le danger de déformations similaires reste posé pour les luttes à venir. À titre d’exemple on peut se référer à un texte au sujet de l’Algérie qui présente la classe dominante dans ce pays de la manière suivante[24]:

« Cette bourgeoisie compradore ne produit pas, mais consomme plutôt ce qu’elle importe et compromet gravement les services publics essentiels, tels que la santé et l’éducation, qui se dégradent d’année en année. L’oligarchie quasi-mafieuse est néolibérale par religion, et n’a aucun égard pour l’avenir du pays et de sa population. Elle est parasitaire et rapace en tant qu’elle s’attaque à l’économe[25] et maintient une corruption endémique (responsable d’une série récente d’importants scandales de corruption, qui a touché des secteurs importants de l’économie, y compris le plus stratégique de tous: le secteur de l’énergie). Elle est entièrement subordonnée au système international de domination économique, politique et militaire, et représente donc le véritable agent de l’impérialisme et son accessoire utile. »

Mais il considère:

« […] l’Algérie n’est pas encore devenue un simple valet de l’impérialisme comme les pétromonarchies du Golfe, l’Égypte de Hosni Moubarak, ou la monarchie jordanienne, mais elle a renoncé à la logique de la résistance. Elle a embrassé une autre logique, celle de l’abdication, de la soumission et de la collusion, ce qui ne fera que s’aggraver. Le régime algérien ne conteste pas l’ordre international profondément injuste, et cherche au contraire à s’y adapter. Elle est loin de la résistance consciente de certains pays d’Amérique Latine, comme le Venezuela de Chavez, et la Bolivie de Morales. »

Et il conclut:

« Cinquante ans après son indépendance, l’Algérie doit renouer avec ses idéaux révolutionnaires du passé, grâce à l’initiative d’une révolution démocratique pour mettre fin à la tyrannie et l’injustice, démanteler l’État compradore et installer un régime anti-impérialiste audacieux, qui va vraiment libérer le peuple et aussi s’efforcer de construire un ordre mondial multipolaire équitable. Cela peut être fait en transcendant les contraintes nationales et en établissant de solides alliances à travers le monde, en particulier avec le Sud, afin de faire lever, émerger, et accomplir la liberté [à l’égard] de la domination impérialiste. »

Les facteurs qui peuvent conduire à des évolutions du même type que le régime « bolivarien » sont présents ailleurs dans les régions subissant l’oppression et l’exploitation par l’impérialisme mondial. C’est sous cet angle qu’il convient de prêter attention aux caractéristiques des évènements analysés ici.

Notes

  1. http://www.venirauto.com.ve/mision_vision.php
  2. . http://www.cheryvenezuela.com/Chery_Vzla.phphttp://www.eluniversal.com/economia/130802/gobierno-autoriza-creacion-de-la-empresa-mixta-chery-de-venezuela-ca
  3. . http://www.venezueladefensa.com/2013/12/cavim-inauguro-el-complejo-industrial.htmlhttp://www.infodefensa.com/latam/2015/08/11/noticia-venezolana-industrias-militares-construye-complejo-industrial-caracas.html
  4. . http://runrun.es/uncategorized/195222/negocios-potables-con-la-revolucion.htmlLa Fuerza Económica Militar (Force économique militaire) comprend les organismes suivants (« Fanb » signifie « Fuerza Armada Nacional Bolivariana » – Force armée nationale bolivarienne): Banco de la Fanb (Banfanb), Empresa Agropecuaria de la Fanb (Agrofanb), Empresa Militar de Transporte (Emiltra), Empresa de Sistema de Comunicaciones de la Fanb, Canal de Televisión Digital Abierta para la Fanb (TV Fanb), Fondo de Inversión Misión Negro Primero, Constructora de la Fanb C.A. (Construfanb), Empresa Mixta Bolivariana Cancorfanb S.A.
  5. . http://emsoven.blogspot.com/2014/04/que-es-emsoven-es-la-empresa-mixta.html
  6. . Il s’agit de la société Novoship ayant pour maison mère Novorossiysk; dans cette dernière le gouvernement russe détient la majorité du capital.
  7. . http://www.elespectador.com/impreso/nacional/articuloimpreso137969-rubiales-el-pozo-de-los-deseoshttp://www.pacific.energy/es/estructura-corporativa-pacific-ephttp://www.semana.com/100-empresas/articulo/la-joven-petrolera-pacific-rubiales/427907-3http://www.portafolio.co/negocios/empresas/pacific-estrena-socio-miembros-junta-29336
  8. . http://www.newswire.ca/news-releases/petro-rubiales-energy-corp-interim-financial-results-534765671.htmlhttp://www.newswire.ca/news-releases/petro-rubiales-to-acquire-remaining-25-percent-interest-in-rubiales-holdings-limited-534503141.htmlhttp://somostricolor.com/index.php?option=com_content&view=article&id=231:la-historia-de-los-4-venezolanos-que-se-volvieron-millonarios-en-colombia&catid=9&Itemid=114
  9. . http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-04-30/venezuela-investors-open-door-to-building-pacific-rubiales-stakehttp://elcooperante.com/pacific-rubiales-plantea-bloqueo-judicial-a-acciones-de-grupo-vinculado-a-derwick/http://elestimulo.com/elinteres/alejandro-betancourt-de-derwick-entra-a-la-directiva-de-pacific-rubiales/
  10. . http://www.poderopedia.org/ve/personas/Alejandro_Betancourthttp://www.poderopedia.org/ve/empresas/Derwickhttp://enelojodelaguila.blogspot.fr/2011/08/planta-termoelectrica-de-sidor-en-el_11.htmlhttp://www.armando.info/sitio/index.php?id=17&tx_ttnews[tt_news]=135&cHash=bf6a3810efb0e968a7238023fe351715http://www.soberania.org/2013/11/10/derwick-associate-la-empresa-de-maletin-detras-de-la-crisis-energetica-venezolana/
  11. . http://www.noticiascandela.informe25.com/2010/02/policia-politica-busca-al-empresario.html
  12. . http://www.iccr.gr/es/issues/issue2/http://www.iccr.gr/es/news/El-PCV-y-la-construccion-del-socialismo-en-Venezuela/Departamento de Política Internacional. Partido Comunista de Venezuela (PCV), « El PCV y la construcción del socialismo en Venezuela »:« Defendemos una « amplia alianza de fuerzas democráticas, nacionalistas y antiimperialistas » [Punto 107 de la tesis programática aprobada por el XII Congreso Nacional del PCV, Caracas, 21 al 24 de julio 2006] en que la clase obrera consciente se alíe estrechamente con todas « las fuerzas motrices de la revolución en su fase actual de transición »: « amplios sectores de trabajadoras y trabajadores, campesinado, capas medias e intelectualidad progresista, amplia franja de la pequeña y mediana burguesía así como de la burguesía no asociada al capital transnacional » [Punto segundo de la resolución política del XIII Congreso (extraordinario) realizado en 2007]. En el caso venezolano no existen sectores patriotas en la burguesía monopólica, que se ha negado a convertirse en burguesía nacional y desde hace décadas es compradora y agente del imperialismo estadounidense. »Texte publié dans la Revue communiste internationale, édition 2010-2011.La Revue communiste internationale parait depuis 2009, elle est associée aux Rencontres internationales de Partis communistes et ouvriers, dont le premier s’est tenu en 1999, à l’initiative du Parti communiste de Grèce – KKE.
  13. Pagina 12, quotidien, Buenos Aires, 15/10/2013.« […] la burguesía compradora […]. Esta burguesía en Venezuela es la importadora, aquella que no produce, solamente dedicada a la compra-venta, importando afuera y vendiendo adentro. Este es el centro de gravitación de tantos problemas de la economía venezolana. »http://www.pagina12.com.ar/diario/elmundo/4-231247-2013-10-15.html
  14. . http://www.el-nacional.com/siete_dias/Nuevo-asesor-Maduro-devaluar-controles_0_667133442.htmlhttp://www.ceps.es/index.php?option=com_content&view=article&id=45:ique-es-la-fundacion-ceps&catid=35:somos&Itemid=60http://sevilla.abc.es/sevilla/sevi-alfredo-serrano-profesor-olavide-asesor-economico-presidente-venezolano-201601180716_noticia.htmlhttp://www.icndiario.com/2016/01/24/el-asesor-de-economia-de-maduro-el-espanol-alfredo-serrano-es-de-podemos/
  15. . Alfredo Serrano Mancilla: El pensamiento económico de Hugo Chávez, Madrid, Editorial Intervención Cultural, 2014.
  16. . http://www.psuv.org.ve/temas/noticias/maduro-llama-a-romper-dogmas-pensamiento-unico-neoliberal-y-seguir-legado-chavez/
  17. . http://www.lapiedrita951fm.info/hay-que-impedir-la-burguesia-venezolana-que-juegue-la-vez-al-golpe-fascista-y-las-elecciones/
  18. . Mao Zedong: Analyse des classes de la société chinoise – Mars 1926:« Quelle est la situation des différentes classes de la société chinoise? »« La classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie compradore. Dans ce pays économiquement arriéré, semi-colonial, qu’est la Chine, la classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie compradore sont de véritables appendices de la bourgeoisie internationale et dépendent de l’impérialisme quant à leur existence et développement. Ces classes représentent les rapports de production les plus arriérés et les plus réactionnaires de la Chine et font obstacle au développement des forces productives du pays. Leur existence est absolument incompatible avec les buts de la révolution chinoise. Ceci est particulièrement vrai des grands propriétaires fonciers et des grands compradores qui sont toujours du côté de l’impérialisme et qui constituent le groupe contrerévolutionnaire extrême. Leurs représentants politiques sont les étatistes et l’aile droite du Kuomintang. »« La moyenne bourgeoisie. Elle représente les rapports capitalistes de production dans les villes et les campagnes chinoises. Par moyenne bourgeoisie, on entend surtout la bourgeoisie nationale. Elle est inconsistante dans son attitude à l’égard de la révolution chinoise: Quand elle souffre sous les rudes coups que lui porte le capital étranger et le joug que font peser sur elle les seigneurs de guerre, elle sent le besoin d’une révolution et se déclare pour le mouvement révolutionnaire dirigé contre l’impérialisme et les seigneurs de guerre; mais elle se méfie de la révolution quand elle sent qu’avec la participation impétueuse du prolétariat du pays et le soutien actif du prolétariat international cette révolution met en danger la réalisation de son rêve de s’élever au rang de la grande bourgeoisie. Sa plate-forme politique, c’est la création d’un État dominé par une seule classe, la bourgeoisie nationale. »http://www.centremlm.be/Mao-Zedong-Analyse-des-classes-de
  19. . Dans la citation suivante, l’auteur inverse même de façon incongrue le rapport entre le terme lui-même et l’énoncé de sa définition.Samir Amin, « 2011: le printemps arabe? L’Égypte », Journal des anthropologues, n° 128‑129, 2012; p. 277‑298.« En termes sociaux, le bloc réactionnaire est dirigé par la bourgeoisie égyptienne considérée dans son ensemble. […] une bourgeoisie riche, bénéficiaire exclusive de l’inégalité scandaleuse qui a accompagné ce modèle « libéral-mondialisé ». Il s’agit de dizaines de milliers […] de millionnaires et de milliardaires qui tous doivent leur fortune à leur collusion avec l’appareil politique (la « corruption » est une composante organique de ce système). Cette bourgeoisie est compradore (dans la langue politique courante en Égypte le peuple les qualifie de « parasites corrompus »). Elle constitue le soutien actif de l’insertion de l’Égypte dans la mondialisation impérialiste contemporaine, l’allié inconditionnel des États-Unis. »https://jda.revues.org/5946
  20. . S.S.A. de la I.C.: « El Movimiento revolucionario latino americano – Versiones de la Primera Conferencia Comunista Latino Americana, Junio de 1929 », La Correspondencia Sudamericana, Editorial Sudam, Buenos Aires; p. 84, p. 87.« Por fin, la burguesía nacional y extranjera, formada por los quo explotan las riquezas y la mano de obra de los países latinoamericanos y por quienes aprovechan de esta explotación. Grandes terratenientes feudales indígenas, grandes comerciantes, exportadores e importadores, banqueros, industriales ocupados en las ramas secundarias de la producción, ligados todos a los Bancos y a los « trusts » extranjeros, comprados, vendidos, corrompidos, prostituidos de mil maneras, por los imperialistas que se disputan la presa latinoamericana, que prestan su nombre para colocar una etiqueta nacional a las empresas extranjeras, « parásitos » en toda la extensión de la palabra; esta burguesía es económica, numérica y políticamente débil. Tal estructura social es de las más inestables. La clase dominante, no tiene fuerza real, no dispone de una base económica y social suficiente; por ello caracterízanse las relaciones sociales, por su gran inestabilidad. Las « revoluciones », los golpes de Estado militares son frecuentes en la superestructura política y van casi siempre acompañados por vastos movimientos sociales de masas: de los campesinos y obreros agrícolas por la tierra; de los obreros industriales contra la explotación de su fuerza-trabajo, para mejorar su salario y las condiciones de vida; de la pequeña burguesía liberal (estudiantes, pequeños artesanos y pequeños comerciantes), contra la tiranía política, las dictaduras personales o militares, el imperialismo, etc. La lucha de los imperialismos, la debilidad de la burguesía nacional, su papel parasitario de sirviente prostituido del imperialismo que más ofrece, provoca también la inestabilidad de las camarillas gubernamentales, revoluciones de palacio, las mil intrigas en que intervienen activamente los embajadores de las grandes potencias, hacen vacilar el poder político y desarrollan las tendencias hacia las dictaduras militares o personales, a la represión brutal y sangrienta contra todos los adversarios políticos, y al fascismo. Pero ese desarrollo de camarillas gubernamentales dictatoriales es una expresión de debilidad, y no de fuerza, de la clase dominante, que no tiene ningún sentido ni conciencia de clase fuerte, ningún programa de desarrollo independiente propio.« […] La burguesía nacional parasitaria, incluso los grandes terratenientes, no puede ser más que una fuerza contrarrevolucionaria. No hay en ninguna parte una burguesía fuerte que se esfuerce por transformar el régimen feudal y colonial, en un régimen capitalista independiente. […] Las luchas entre las camarillas políticas e imperialistas en el seno de la burguesía nacional, provoca la inestabilidad del poder que puede aprovecharse para la acción revolucionaria de las masas; pero en ningún caso, la burguesía latinoamericana es una fuerza revolucionaria, con la cual el proletariado puede aliarse momentáneamente. Pueden, deben utilizar las rivalidades y las luchas entre las diversas fracciones de la burguesía nacional, para intensificar la acción de las masas obreras y campesinas, y aprovechar la desorganización y la debilidad causada en el aparato estatal, para desarrollar su acción revolucionaria independiente. »memoriavermelha.com/detalhadocumento.php?id=3&pais=América Latina
  21. La Correspondance internationale, n° 149, 11 décembre 1928, Paris; p. 1733.
  22. La Correspondance internationale, n° 149, 11 décembre 1928, Paris; p. 1741.
  23. . Comité Operativo Nacional de Marea Socialista, 13/2/2015.« Es urgente que recuperemos el espíritu rebelde de Chávez que siempre nos interrogaba respecto a qué había de socialista en cada medida, en cada decisión que se tomara desde el gobierno. Los ricos y poderosos, quieren doblegar para pisotear y destruir al pueblo insumiso de Bolívar, Zamora y Chávez; para evitarlo ‑ como lo demuestra el actual intento de golpe de Estado ‑ solo nos queda empoderar mucho más al pueblo y abrazar un auténtico programa socialista para la transición. »http://rebelion.org/noticia.php?id=195441
  24. . Hamza Hamouchene: « L’État algérien est-il anti-impérialiste? », 29/10/2013.http://www.etatdexception.net/letat-algerien-est-il-anti-imperialiste/
  25. Sic dans le texte. Lire « économie »?