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Le profit, but de la production capitaliste

Nous reproduisons ici un article qui a été publié dans un journal de la Fédération CGT du bâtiment. Il a pour objectif d’expliquer le but du système capitaliste, qui est le profit.

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Le but unique du mode de production capitaliste est la réalisation du profit, et non la satisfaction des besoins des travailleurs; la production des biens qui se retrouvent sous forme de marchandises n’est que le passage obligé pour le capitaliste pour réaliser son profit en vendant ces marchandises. C’est pour réaliser un profit que l’on crée des entreprises ou qu’on les ferme. C’est au nom du profit et pour l’augmenter que l’on licencie les travailleurs, que l’on réduit les couts de production en bloquant ou réduisant les salaires et les dépenses de santé des travailleurs ou en augmentant la durée des journées de travail.

Mais d’où vient ce profit? Il semble naturel qu’un chef d’entreprise fasse du profit ‑ sinon il ferme son usine et va investir ailleurs ‑ et ce profit est considéré comme la "juste rémunération" du capitaliste pour le risque qu’il prend ou pour le travail de direction qu’il effectue. Habituellement on peut remettre en cause le capital financier, les actionnaires qui sans travailler vivent des dividendes reçus en rétribution de l’argent qu’ils ont avancé à l’entrepreneur; et on va réclamer une plus juste répartition des profits entre capitalistes et salariés, entre le capital et le travail.

Mais il faut se méfier des évidences! Tout cela peut indiquer tout au plus en quoi dans le mode de production capitaliste le profit est nécessaire, mais ne donne aucune explication sur son origine.

Pour en trouver l’origine il faut aller la chercher au-delà des apparences. C’est la science, et en ce domaine la science économique marxiste, qui permet de résoudre cette énigme. C’est Marx dans son oeuvre monumentale "Le Capital" qui l’a résolue. Sans rentrer dans toute sa démarche ‑ pour cela, il faut étudier directement cette oeuvre ‑ nous allons essayer d’en donner les grandes lignes.

L’élément fondamental apporté par Marx pour déterminer la proportion dans laquelle s’échangent des marchandises est le constat que cette "valeur d’échange" est déterminée par la durée du travail nécessaire pour les produire.

Pour produire, le capitaliste trouve sur le marché du travail (qui porte bien son nom) une marchandise particulière que le travailleur propose à la "vente" au capitaliste : ses capacités physiques et intellectuelles que nous appellerons, avec Marx, la force de travail.

Cette force est achetée par le capitaliste et il va l’utiliser pour un certain nombre d’heures, durée limitée seulement par les lois en vigueur sur la durée du travail et les clauses du contrat de travail librement accepté par les deux parties. Avec l’expérience on s’aperçoit que le capitaliste, par souci de "rentabilité", cherche systématiquement à dépasser ces limitations, ce qui entraine une lutte de classe constante entre les capitalistes et les travailleurs.

Pour que le capitaliste trouve en permanence sur le marché cette marchandise "force de travail", il faut qu’elle puisse se reproduire. Le salaire correspond à la valeur totale des marchandises nécessaires à cet égard, notamment l’alimentation, le logement, etc. Autrement dit, pour "mériter" son salaire, le travailleur doit travailler un  nombre d’heures égal à ce qui a été nécessaire pour produire ces biens et services. Il faut noter que la valeur de la force de travail inclut aussi les frais de santé, d’éducation des enfants, etc., dans une situation donnée de développement historique atteint par la société. Ce qui explique que sa valeur est plus grande dans nos métropoles impérialistes que dans les conditions misérables de certains pays, et explique entre autre que des travailleurs immigrés ou détachés se contentent d’un salaire dégradé par rapport aux travailleurs nationaux.

Le capitaliste va donc exploiter ce mécanisme pour faire produire au travailleur plus de valeur que ce qu’il a investi pour l’acheter. Ainsi par exemple prenons un travailleur qui travaille 8 heures par jour; supposons que le temps de travail équivalent à la part de son salaire journalier (selon ce qui est exposé ci-dessus sur la valeur des biens et services nécessaires à la reproduction de sa force de travail) correspond à 4 heures; pendant le temps restant, de 4 heures, il va donc travailler gratuitement pour le capitaliste. Le travail gratuit réalisé constitue ce que l’on appelle la plus-value ou sur-valeur qui est à l’origine non seulement du profit de l’industriel mais aussi de TOUS les profits. Cette plus-value alimente le profit de l’industriel, le profit du capitaliste du secteur commercial, les intérêts versés pour les crédits contractés, les dividendes aux actionnaires qui a investi dans l’entreprise, la rente foncière payée aux propriétaires des locaux et bâtiments loués par l’entrepreneur, à rémunérer les gestionnaires du capital (directeurs, grands patrons) etc…

Voilà qui rend fausses ou inopérantes un certain nombre d’affirmations telles que :

‑ le profit comme assurance pour le risque que prend l’entrepreneur; qu’il prenne des risques ou pas, le profit se réalise quand l’entreprise marche et disparait quand l’entreprise pour des raisons diverses périclite;

‑ la justification des rémunérations astronomiques des grands patrons par leurs responsabilités dans l’entreprise;

‑ la possibilité d’un partage dit équitable entre profits et salaires; c’est une ineptie profonde. Quel peut être le "niveau" de ce partage, dans la mesure où le profit est du travail gratuit du travailleur accaparé par le capital. Seule la lutte de classe est l’arbitre de la relation patronat-prolétariat et ne peut se stabiliser momentanément à un niveau donné que par la lutte collective politique et syndicale des travailleurs ‑ c’est ce que nous montre la réalité de tous les jours tant au niveau de l’entreprise qu’au niveau national.

Il resterait à développer, par exemple pour le cas VINCI, comment la multinationale optimise la production de profit par le partage du travail entre diverses sous-entreprises, par l’utilisation de moyens comptables pour soustraire le plus de profit possible à l’impôt, ainsi qu’en organisant le partage du travail avec les sous-traitants et les travailleurs détachés et en menant la lutte contre l’organisation collective des travailleurs, seule garante de leur résistance aux attaques du capital.