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Réformisme

Articles publiés dans la Voix des Communistes

VdC 12/2009 (n° 2)

Le Nouveau Statut du Travail Salarié – Un projet illusoire de capitalisme à visage humain

VdC 7/2010 (n° 3)

Le Nouveau Statut du Travail Salarié – Négation de la classe ouvrière et de la lutte de classe

VdC 12/2012 (n° 8)

Réindustrialisation de la France – Solution ou illusion pour sortir de la crise ?

VdC 3-4/2014 (n° 10)

Relancer la consommation pour mettre fin à la crise: Possibilité ou illusion?

VdC 3-4/2014 (n° 10)

Le thème favori de la propagande réformiste: Le partage des richesses

VdC 6/2016

Les 32 heures par semaine – Une revendication à lier à la lutte anticapitaliste

VdC 4/2017 (n° 19)

Le revenu universel – Une entourloupe au service du capitalisme

 

VdC 12/2009 (n° 2)

Le Nouveau Statut du Travail Salarié
Un projet illusoire de capitalisme à visage humain

Mis en chantier en 1997, présenté au 47e Congrès en 2003, adopté par le 48e Congrès en 2006, le NSTS est devenu la revendication phare de la direction actuelle de la CGT, le centre de sa doctrine sociale.

Qu’est‑ce que le NSTS?

Maryse Dumas, l’une des porteuses de cette orientation expose comme suit ses principaux objectifs [1]:

Alors que la plupart des projets portent sur le moment de la rupture [du contrat de travail, ndlr], l’ambition de la CGT est de construire de la continuité, de la progressivité. C’est pourquoi notre ambition première est de conquérir un ensemble de droits qui reconnaissent la place centrale du travail humain, son caractère non marchand [les passages en « gras » sont soulignés par nous, ndlr], qui permettent à chacune et à chacun de trouver sa place dans une société solidaire, d’y construire un projet de vie. Cela ne diminue en rien notre volonté d’intervenir sur les questions économiques et de gestion visant au co-développement. Mais nous voulons compléter cette intervention économique par des conquêtes sociales pour les salariés leur permettant de faire reculer l’exploitation, l’aliénation. Il s’agit d’une vision aussi importante que celle qui a conduit aux conventions collectives ou de la sécurité sociale. […]

Pourquoi cette nouvelle « ambition »? Maryse Dumas l’explique ensuite:

Les conventions collectives […] ne permettent plus aujourd’hui de protéger véritablement les salariés des risques que les politiques managériales visent à transférer du capital sur le travail. Elles peinent à assurer une progression de carrière, de salaires, de protection sociale et de prévoyance à tous les salariés et en particulier aux plus fragiles et aux plus mobiles. De plus, dans le droit social actuel, c’est la nature de l’employeur qui détermine le volume des droits des salariés. La politique des groupes visant à externaliser, filialiser, sous‑traiter leurs activités conduit à ce que la majorité des salariés travaillent aujourd’hui dans des entreprises de moins de 50 salariés avec des droits très inférieurs à ceux des grandes entreprises. Les inégalités se creusent, les mises en concurrence s’exacerbent. La proposition de la CGT vise à construire de la solidarité à la place de la mise en concurrence, à fédérer des attentes revendicatives alors que tout pousse à l’éclatement, à l’atomisation. C’est pourquoi notre proposition ne se limite pas à créer un statut pour les sans statuts. Nous voulons faire reconnaître la place spécifique du travail pour tous les salariés et garantir à chacune et à chacun des droits progressifs, cumulables et transférables et à mesure des mobilités, des évolutions de carrière et de salaires, tout au long de la vie professionnelle. […]

Maryse Dumas précise ensuite ces droits:

Quels sont ces droits? Le droit à l’emploi, le contrat à temps plein à durée indéterminée ou l’emploi statutaire doit être la règle d’embauche. Le droit à une carrière: Tout salarié devrait au moins avoir doublé, à l’âge de la retraite, son salaire d’entrée dans la vie professionnelle. Il devrait être assuré de la progression d’au moins un niveau de qualification en faisant jouer soit la formation continue soit la VAE. Le droit à la formation continue: au moins 10 % du temps (160 heures par an ou 4 ans sur une carrière) pour une formation au choix du salarié rémunérée et considérée comme du temps de travail. Elle sera d’autant plus efficace qu’elle sera mise en œuvre tout au long de la vie et pas seulement au moment de la rupture qui provoque une fragilisation psychologique des salariés. Le droit à une sécurité sociale professionnelle: prolongation du contrat de travail même en cas de fermeture d’entreprise ou de suppression d’emploi. Le droit à la vie privée: maîtrise de leurs horaires de travail par les salariés. Le droit à la santé, à la retraite, à la démocratie sociale. Le but de cette proposition est de permettre la construction de droits sociaux et salariaux qui ne soient plus conditionnés à l’entreprise ou à la branche professionnelle. Elle implique donc une évolution du lien de subordination. Elle offre un cadre pour une mobilité choisie, à l’avantage du salarié, de sa progression professionnelle, de sa liberté d’action.

Bernard Friot, un sociologue de l’IES admirateur du NSTS, complète la perspective [2]:

Les droits à détacher de l’emploi tenu pour en faire des droits attachés à la personne sont donc considérables […] Tout se passe comme si chacun était titulaire d’un contrat de travail général qu’il conservera jusqu’à sa mort. Ce contrat de travail général sera la matrice de ses emplois successifs et des périodes d’études avant le premier emploi, de retraite après le dernier emploi, de formation entre les emplois. La qualification évoluera selon les épreuves passées par le salarié, avec un effet de cliquet: attaché à la personne, le niveau de qualification acquis ne peut pas être réduit par la suite, ni le salaire qui lui est lié. Avec le salaire lié à la qualification à vie, c’est bien le « caractère non marchand » du travail, et donc l’existence d’un « marché du travail » et d’une marchandise « force de travail » qui sont en jeu.

À n’en pas douter, le NSTS constitue un produit miracle présenté aux travailleurs comme la solution à toutes leurs difficultés. On croit rêver! Plus de chômage, une qualification et un salaire lié à cette qualification assurés et en progression durant toute la vie… disparition des rapports capital/travail liés à la nature même du capitalisme…

Ainsi, sans le dire, l’application du NSTS ferait disparaître les fléaux sociaux du capitalisme, ce système se trouvant lui-même métamorphosé voire dépassé sans rupture.

Le NSTS n’est en fait qu’une reprise actualisée de l’utopie ou du mensonge réformiste qui ne résiste pas à l’analyse concrète. Prenons par exemple l’objectif d’un salariat assuré sur toute la vie de l’individu:

Le NSTS est une revendication dans le cadre du maintien du mode production capitaliste (nulle part il n’est dit qu’il fallait en sortir). Or, dans ce système, le capital se valorise par la plus-value qui représente la différence entre la valeur des marchandises produites par l’ouvrier et le salaire qui lui est versé comme prix de sa force de travail. Jamais un capitaliste ne paiera en continu une force de travail (même baptisée « qualification ») si celle‑ci ne se matérialise pas dans la production de marchandises dont la vente réalisera la plus-value!

Quel capitaliste acceptera d’intégrer dans son personnel un jeune sorti de l’école avec une qualification et de lui verser un salaire correspondant à cette qualification, s’il n’a pas de poste de travail à lui donner? À moins que ce salaire improductif ne soit fourni par les travailleurs productifs (sur leurs salaires et l’intensification du travail)?!

On objectera que l’État a les moyens de collecter sous forme d’impôts sur les profits des entreprises les fonds nécessaires pour les redistribuer à chaque « qualifié » sans emploi, en formation ou en attente d’une embauche.

Il faut être sérieux et répondre à la question: Comment la CGT compte‑t‑elle contraindre les capitalistes et l’État bourgeois à accepter cela alors qu’elle a échoué sur tous les plans dans les luttes contre les licenciements, les fermetures d’entreprise, les délocalisations et pour les droits des chômeurs?

Mais peut‑être y a‑t‑il des points du NSTS négociables entre la Confédération et le MEDEF?

La formation, par exemple. Le patronat en effet a besoin de flexibilité et de qualifications prêtes à l’emploi. Thibaut et son équipe auraient grand besoin d’une « victoire » à faire valoir à ses adhérents. Bien que la CGT n’ait pas signé l’accord de janvier 2008 sur la « modernisation du marché du travail », et quoi qu’en pense Bernard Friot, il n’y a pas de fossé infranchissable entre la sécurisation des parcours professionnels, la flexicurité à la française, et la sécurité sociale professionnelle prônée par la CGT. Il est toujours possible de relancer des négociations et de trouver un compromis présenté comme un pas en avant sans que rien ni personne n’empêchera de toute façon les patrons d’utiliser la formation réclamée par la CGT pour dynamiser le marché du travail et satisfaire ses besoins.

Devant son bilan calamiteux, la direction confédérale n’a maintenant plus d’autre recours que de vendre du rêve et des « victoires » en trompe‑l’œil à ses adhérents.

La réalité des rapports sociaux capitalistes continuera, elle, à s’appliquer dans la réalité: la force de travail sera toujours une marchandise, quelle que soit la nature de l’entreprise, et même si les salariés des entreprises et des services publics ont (jusque quand encore?) des statuts protecteurs que n’ont pas ceux du privé. Le salaire restera le prix de la force de travail, le marché du travail et la concurrence sur ce marché demeureront dans les faits.

Si bien que l’orientation du NSTS devient proprement une utopie: elle suppose la fin du capitalisme sans en exiger l’abolition. Elle suppose que sans changer le rapport capital/travail on puisse extraire comme par enchantement le travailleur de sa situation de soumission au capital. Elle entretient donc une grave confusion entre ce qu’il est possible d’arracher au sein même du système et ce qu’il est souhaitable d’obtenir en brisant le système sans d’ailleurs jamais exiger qu’il soit brisé.

C’est pourquoi elle aboutit au mieux à être complètement extérieure aux luttes et aux revendications, et au pire à accompagner les politiques publiques visant à fluidifier le marché du travail, marché qui est bel et bien là, et qui sera toujours là tant qu’existera le capital.

Citons Marx, tout de même! « Cette transaction qui se situe dans la sphère de la circulation ‑ la vente et l’achat de la force de travail ‑ n’inaugure pas seulement le procès de production, mais en détermine implicitement le caractère. » (Le Capital, livre deuxième, troisième section, les conditions réelles du processus de circulation et de reproduction.)

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VdC 7/2010 (n° 3)

Le Nouveau Statut du Travail Salarié
Négation de la classe ouvrière et de la lutte de classe

Dans le numéro 2 de LA VOIX DES COMMUNISTES, nous avons montré que le NSTS (Nouveau Statut du Travail Salarié), concept au centre du projet de la CGT, nest rien dautre quune illusion réformiste destinée à détourner le prolétariat de la révolution socialiste.

Dans ce deuxième article, nous mettons en lumière un autre aspect de ce projet: sa négation du caractère de classe du prolétariat et en conséquence de ses luttes en tant que luttes de classe.

Voici quelques extraits de lintervention de Maryse Dumas, lune des dirigeantes de la confédération CGT, le 5 janvier 2007 au Conseil dOrientation et de lEmploi (COE) [3]:

Notre ambition première est de conquérir un ensemble de droits qui reconnaissent la place centrale du travail humain, son caractère non marchand, qui permettrait à CHACUN et CHACUNE (souligné par nous, ndlr) de trouver sa place dans une société solidaire, d’y construire un projet de vie…

Les conventions collectives ne permettent plus aujourd’hui de protéger véritablement les salariés…

Nous voulons faire reconnaître la place spécifique du travail pour tous les salariés et garantir à CHACUN et CHACUNE (encore souligné par nous; elle y tient! ndlr) des droits progressifs, cumulables et transférables au fur et à mesure des mobilités, des évolutions de carrière, tout au long de la vie professionnelle.

Bernard Friot, un chercheur de lIES se laisse aller à rêver [4]: « Tout se passe comme si CHACUN était titulaire d’un contrat de travail général jusqu’à sa mort. »

Seuls des théoriciens bourgeois ou des renégats du marxisme peuvent tenir un tel discours.

Le marché du travail est en effet un fondement du mode de production capitaliste. Sur ce marché, comme sur tout marché, seffectuent la vente et lachat dune marchandise. Sur le marché du travail, la marchandise cest la force de travail du prolétaire. Le capitaliste achète la force de travail que le prolétaire vend. Le salaire de louvrier est le prix de sa force de travail. Louvrier vend sa force de travail parce quil a besoin dun salaire pour assurer ses moyens dexistence et ceux de sa famille, pour reconstituer sa force de travail.

Le capitaliste, lui, achète la force de travail de louvrier pour que celui‑ci fabrique des marchandises dont la vente lui permettra de réaliser un profit.

La journée de travail de louvrier se divise en deux parties: dans la première, il produit la valeur de son salaire, dans la seconde il produit la plus‑value, le profit empoché par le patron.

Plus le salaire de louvrier est bas et plus le temps de travail est long, plus louvrier est exploité, et plus le profit du patron est important.

Les intérêts de louvrier et ceux du patron sont par nature opposés.

Tous les patrons ont les mêmes intérêts, et tous les ouvriers ont les mêmes intérêts. Leurs intérêts sont objectivement opposés. Cest la base objective de lexistence des classes (classe ouvrière et classe capitaliste) et de la lutte des classes.

Par son expérience quotidienne de lexploitation, chaque ouvrier découvre que ses intérêts personnels sont les mêmes que ceux de ses camarades dexploitation et sont ceux de lensemble des travailleurs.

Cest dans la lutte pour défendre collectivement leurs intérêts face au patronat que les ouvriers se constituent en classe.

La devise « un pour tous, tous pour un! » exprime la nécessité de ce combat collectif autour duquel se construit lesprit de classe qui rend possible la prise de conscience quil est nécessaire et possible de détruire les rapports dexploitation, cest‑à‑dire le système capitaliste lui‑même.

Cest ici que se situe la sale besogne des dirigeants néo-réformistes de la CGT qui ont rejeté lobjectif de détruire le capitalisme et dabolir le salariat. Il leur faut coûte que coûte entraver la formation de la conscience de classe et les luttes frontales et générales contre le patronat et son pouvoir politique qui créent et renforcent cette conscience. Car ils savent, et ils en ont peur: cest de ces luttes et de cette conscience de classe que peut naître, sous laction des communistes, la compréhension de la nécessité de la révolution.

Le « Nouveau Statut du Travail Salarié » fait partie de leur tentative de briser la lutte de classe en orientant les militants syndicaux vers lillusion quil est possible, sous le capitalisme (ou sans le renverser, cest la même chose), que chaque travailleur, individuellement, (CHACUN et CHACUNE!) pourrait se libérer de la nature marchande de sa force de travail et des conséquences de cette nature marchande. En dautres termes, avec le NSTS, comme sen réjouit Bernard Friot, « tout se passe comme si CHACUN était titulaire dun contrat de travail jusquà sa mort. »… et naurait plus de souci à se faire… ni à lutter donc! Finies les luttes de classe, vive la paix sociale!

En agitant cette canaillerie, la direction de la CGT vise à masquer un fondement du système capitaliste (le marché du travail), et à enfermer les travailleurs dans la sphère de lillusion individuelle (la fin du travail-marchandise, du chômage, de la précarité, des baisses de revenus…). Cela revient à nier lexistence même de la lutte de classes et de la classe ouvrière elle‑même.

En niant limportance des conventions collectives qui servent de point dappui aux luttes contre les attaques du patronat, en mettant lindividu au centre de la « démarche syndicale » à la place de la lutte de classe, en détruisant les structures syndicales nécessaires à la lutte de classe, les dirigeants de la CGT installent délibérément la confédération dans lespace social et idéologique de la bourgeoisie.

Les communistes et les syndicalistes de classe anticapitalistes doivent dénoncer le « NSTS » dans leurs syndicats et auprès de leurs camarades de travail.

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VdC 12/2012 (n° 8)

Réindustrialisation de la France
Solution ou illusion pour sortir de la crise ?

Parmi les conceptions qui entravent et dévoient la lutte de classe des travailleurs contre le capital, la réindustrialisation de la France comme solution à la crise a été défendue au cours des dernières campagnes électorales par de nombreuses formations politiques de la gauche, de la « gauche de la gauche », par le PCF, le Front de Gauche et par certaines organisations prétendant à la reconstruction d’un véritable Parti communiste. Les dirigeants de la CGT ont même lancé en janvier 2012 une campagne « pour l’emploi industriel et la réindustrialisation » qui se poursuit encore. Elle est systématiquement mise en avant par la CGT dans tous les conflits où les travailleurs doivent faire face à des restructurations et fermetures d’entreprises.

La condition pour relancer l’emploi industriel serait selon elle de « libérer les entreprises du carcan financier », « de la prédominance de la logique financière dans la gestion des entreprises » [5]. Cette conception présuppose qu’il y aurait un bon capital, le capital industriel et un mauvais, le capital financier et qu’il suffirait d’encadrer ou de limiter la sphère d’activité de ce dernier avec « pour objectif de répondre aux besoins économiques et sociaux » [6].

Nous engageons nos lecteurs à faire l’effort d’étudier l’ouvrage de Lénine paru au siècle dernier, « L’impérialisme stade suprême du capitalisme », qui démontre que la domination du capital financier et sa fusion avec le capital industriel est le résultat inévitable du développement « naturel » du capitalisme.

Le capitalisme tend inévitablement vers l’impérialisme et l’impérialisme c’est entre autre la domination des grands monopoles sur l’économie et la fusion du capital financier avec le capital industriel. « Le monopole est né de la concentration de la production, parvenue à un très haut degré de développement. Ce sont les groupements monopolistes de capitalistes, les cartels, les syndicats patronaux, les trusts » [7]. Le monopole, explique Lénine, est issu des banques qui détiennent aujourd’hui le monopole du capital financier. C’est la « fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création, sur la base de ce “capital financier”, d’une oligarchie financière »[8].

Bref la fameuse « logique financière » qui prédominerait dans la gestion des entreprises est partie constitutive de la formation et de l’existence et de l’activité des monopoles.

Déjà Engels dans le cadre du capitalisme pré-monopoliste a décrit cette évolution en Amérique [9] et conclut:

Ceux qui font commerce de l’argent sont les propriétaires des chemins de fer, des mines, des usines sidérurgiques, etc… Les moyens de production acquièrent un double visage: leur exploitation doit se conformer tantôt aux intérêts de la production directe, mais tantôt aussi aux besoins des actionnaires dans la mesure où ils font commerce de l’argent.

Faire marche arrière, retourner au capitalisme d’avant les monopoles c’est une utopie réformiste. La seule alternative pour les travailleurs c’est d’aller de l’avant, de dépasser ce stade ultime du capitalisme qu’est l’impérialisme parce qu’il a préparé les conditions matérielles pour son abolition et qu’aucune autre étape ne sépare de la société socialiste.

L’argumentaire en faveur de la ré-industrialisation explique qu' »il faut développer l’industrie parce que celle-ci est source d’efficacité, de gains de productivité au sens noble du terme, c’est -à -dire plus de richesse en utilisant moins de capital et moins de travail; parce que son recul (en terme d’emploi et de production) affaibli le potentiel de croissance économique » [10].

Que peut avoir de noble la « productivité » qui permet la création de « plus de de richesse » en utilisant moins de travail (sic) et donc conduit au chômage la masse des travailleurs excédentaires! C’est justement ce que font les capitalistes aujourd’hui! Les travailleurs confrontés à des réductions d’effectifs et aux licenciements dans leur entreprise apprécieront cette déclaration d’un haut responsable de la CGT. Toutes ces positions ne remettent pas en cause le système capitaliste et conduisent inévitablement à le maintenir en vie.

Il est des positions apparemment plus anti-capitalistes d’organisations qui se réclament du communisme sur cette question. Quelques exemples parmi d’autres. Le candidat de l’organisation « Communistes » [11] aux élections présidentielles dénonce les contradictions du système capitaliste et ses effets dévastateurs sur les travailleurs et propose pour s’y opposer de développer une grande industrie en France en prenant dans « le budget de la nation pour le développement économique et social et non pour les intérêts du capital ». Et même si sa profession de foi continue par l’affirmation qu’il veut abattre le capitalisme et construire une société socialiste, il ne dit pas comment réaliser cette réindustrialisation et s’il est possible de le faire avant d’abattre le capitalisme ou après.

D’autres sont plus explicites, comme le PRCF [12] qui dans son programme propose sous le capitalisme de « nationaliser démocratiquement le secteur financier et le CAC 40 pour réindustrialiser notre pays, produire, chercher, créer en France ».

Une autre [13] préconise « les nationalisations » d’entreprises comme riposte aux fermetures d’usine, l’automobile par exemple. Mais même si elle avertit que cela ne changerait rien à leur statut d’entreprises capitalistes, elles auraient l’avantage de faire prendre conscience aux travailleurs par leur propre expérience de leur condition d’esclaves salariés du capital. Nous savons par expérience justement que cela n’a pas été le cas pour les nationalisations passées et même plutôt le contraire.

Concrètement que peut signifier aujourd’hui la réindustrialisation de la France, ou produire français?

Aujourd’hui, les monopoles français du CAC 40 (EDF, Renault, Peugeot, Carrefour, Airbus, Total… pour ne citer que les plus connus) qui dominent l’économie française sont implantés dans le monde entier. Ils ne peuvent exister et résister à la concurrence qu’en conquérant de nouveaux marchés au niveau mondial. Le seul marché national est insuffisant. Et ils ne peuvent le faire qu’en faisant travailler directement ou indirectement des centaines de milliers de travailleurs de par le monde.

Aucune marchandise ni aucun produit n’est réalisé entièrement à partir du seul territoire national. Qu’est‑ce qui différencie, au niveau de la production, les entreprises françaises qui produisent à l’étranger des entreprises étrangères qui produisent en France? [14]

Ainsi Toyota produit la Yaris à Onnaing (Nord), la Smart est fabriquée à Hambach (Moselle) alors qu’une Peugeot 208 vendue en France est produite en Slovaquie et la Renault Twingo en Slovénie. Que peut aussi signifier la réindustrialisation de la France quand aujourd’hui la majorité des entreprises qui suppriment des emplois sont des entreprises d’origine étrangère (Arcelor-Mittal, Molex, Goodyear, Fralib, Ford…). L’italien Ferrero fabrique ses pots de Nutella à Villers-Escalles, l’américain Tupperware ses boites en plastique à Loué-lès-Tours… Il en est de même pour les autres pays: par exemple en Allemagne la « production » d’une « Porsche Cayenne » consiste à 85 % à fabriquer des pièces à Bratislava avant de les assembler à Leipzig et d’y coller l’écusson « Porsche » [15]. Airbus a implanté une chaine de montage d’Airbus A320 en Chine et… exploite des travailleurs chinois. Dans ce cas ce n’est pas la main d’œuvre bon marché qui a motivé l’implantation mais la conquête d’une part plus importante du marché chinois, d’ailleurs avec succès (sa part de marché est passé de 6 % à 49 %).

Dans tous les cas la seule et unique motivation est de faire des profits, le maximum de profits, pas de satisfaire les besoins des travailleurs et cela sera toujours ainsi sous le capitalisme.

Aujourd’hui, prétendre que l’on peut s’en sortir ou améliorer la situation des travailleurs en préconisant des solutions qui conduisent à se replier sur des positions « nationales » sous le capitalisme, c’est purement utopique et c’est encore une fois ne pas comprendre la nature impérialiste irréversible qu’a atteint le capitalisme.

En portant cette revendication de réindustrialisation dans les luttes des travailleurs, les responsables politiques et syndicaux, qui prétendent les diriger, dévoient en fait ces luttes, les affaiblissent et les conduisent à l’échec.

Cette revendication s’oppose à la mobilisation de la classe des prolétaires pour une riposte collective face aux attaques du capital, que cela soit au niveau national ou européen. En réalité ces dirigeants politiques et syndicaux influents dans la classe ne veulent pas déclencher une lutte d’envergure nationale qui affaiblirait d’autres secteurs économiques plus florissants.

On peut aussi mesurer toute l’inconséquence de cette revendication dans les journées d’actions européennes pour l’emploi où participe régulièrement la CGT, journées censées mobiliser aussi des travailleurs européens comme ceux de PSA en Slovaquie ou de Renault en Slovénie… Difficile de revendiquer devant ces travailleurs le rapatriement de la production en France!

C’est aussi une revendication consensuelle qui subordonne les intérêts des travailleurs à ceux des capitalistes dont le pouvoir économique et politique n’est pas remis en cause. D’ailleurs il n’est pas impossible, selon une conjoncture économique et sociale en France devenue plus favorable à leurs intérêts, que les capitalistes puissent « rapatrier » certaines productions en France ou « nationaliser » certains secteurs [16].

La réindustrialisation de la France est une revendication pour laquelle les dirigeants de la CGT sont muets sur les moyens à mettre en œuvre pour la réaliser. Bien entendu on l’aura compris à demi-mot, en période électorale, il faut voter pour les candidats de gauche censés pouvoir réaliser cette revendication. Et en dehors? Les travailleurs n’ont qu’à attendre les prochaines élections et entre temps s’inscrire au chômage ou s’en remettre à l’État « garant de l’intérêt général » et capable d’intervenir en faveur des travailleurs, alors que son rôle fondamental et essentiel est de maintenir la paix sociale nécessaire à la perpétuation des « affaires » du capital.

Aujourd’hui encore plus qu’hier, une lutte n’est efficace et ne peut être victorieuse que si elle porte sur des objectifs propres au prolétariat et que l’on organise toute la classe pour les atteindre. Cela est fondamental plus que la forme ou le degré de violence qu’elle peut prendre. Elle est vouée à l’échec si elle se fonde sur des revendications qui tentent de concilier les intérêts antagonistes du travail et du capital.

Les travailleurs unis sur des revendications communes qui leur sont propres et qui se mobilisent pour les obtenir sont une force immense qui est capable de faire reculer le capital. Rien n’est impossible. Aujourd’hui pour défendre nos emplois, nos salaires, nos conditions de vie, demain pour abattre ce système historiquement dépassé.

Du point de vue idéologique se manifestent dans cette revendication des comportements conscients ou non de social-chauvinisme, de soutien aux intérêts de « la nation », en fait de soutien à notre propre bourgeoisie. Chauvinisme qui a contaminé depuis longtemps les dirigeants ouvriers et qui ont eux-mêmes empoisonné les travailleurs des métropoles impérialistes.

La faiblesse du mouvement ouvrier, ses échecs répétés devant les attaques du capital dont se lamentent certains et qui alimentent leur pessimisme et leur découragement plonge ses racines profondes dans ces conceptions réformistes et de collaboration de classe qui corsettent les consciences des travailleurs et que diffusent comme un poison les dirigeants des organisations politiques et syndicales.

Les syndicalistes, les militants politiques et communistes influencés par ces conceptions et qui pensent ainsi combattre sur des positions de lutte de classe doivent s’arracher au réformisme et au chauvinisme qui les emprisonne. Ils détournent leur énergie de la véritable lutte, la lutte pour le renversement du pouvoir du capital sur la société. En prenant ainsi conscience, ils viendront grossir les rangs des communistes marxistes-léninistes qui seuls mènent cette lutte avec conséquence et détermination.

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VdC 3-4/2014 (n° 10)

Relancer la consommation pour mettre fin à la crise:
Possibilité ou illusion?

Le Front de Gauche prétend qu’en relançant la consommation des travailleurs par l’augmentation des salaires, la baisse des impôts indirects, de la TVA et autres mesures, l’activité économique peut reprendre, la crise prendre fin.

Voici quelques exemples de son argumentation:

Une autre politique à gauche est possible par la relance de la « demande », autrement dit de la consommation des ménages notamment par l’indexation des salaires, pensions et minima sociaux sur l’évolution des prix [17].

L’augmentation du pouvoir d’achat entrainera un soutien de l’activité. Les PME auront de nouveaux débouchés, et bénéficieront d’une politique de crédit à taux réduit. Tout cela crée un contexte extrêmement favorable. Au bout de quelques années, elles seront tout à fait capables d’assumer le nouveau coût du travail [18].

Ces revendications ne sont pas nouvelles dans leur contenu, elles ont toujours sous-tendu la politique des courants réformistes sur la scène politique bourgeoise. Elles sèment des illusions dans les esprits des travailleurs et les détournent de la véritable voie à suivre pour se débarrasser de la crise du système de production capitaliste.

La revendication des salaires

Le Front de gauche revendique donc une augmentation des salaires (Smic à 1700 euros). Revendiquer pour les augmentations de salaires est une revendication juste où elle va dans le sens de l’amélioration des conditions de vie du prolétariat mais aussi parce qu’elle s’attaque aux profits des capitalistes. Il ne peut y avoir sous le capitalisme, satisfaction des deux parties (capital et travail) puisque ce système est basé sur l’antagonisme entre les capitalistes et les salariés.

Ce qui va dans l’intérêt de l’un ne peut qu’aller à l’encontre des intérêts de l’autre. Les travailleurs s’en rendent compte quotidiennement, toute augmentation de salaire demande de leur part de gros efforts pour vaincre la résistance du patronat qui ne cède que contraint et forcé. Quand le capitaliste veut augmenter ses profits il s’attaque aux revenus de la classe ouvrière, et toute augmentation du salaire des travailleurs est prise sur les profits des capitalistes. Les rapports entre le capital et le travail salarié, les intérêts du capital et les intérêts du travail salarié sont donc diamétralement opposés, telle est la réalité.

C’est une véritable lutte de classe qui se déroule. La revendication des salaires, mais aussi celle sur les cadences, les conditions de travail, etc. c’est-à-dire toutes les revendications des travailleurs qui s’attaquent aux profits du capitaliste vont dans le sens du renforcement de la force de la classe ouvrière. Elles sont justes et justifiées. Mais les augmentations de salaires sous le capitalisme ne s’inscrivent pas dans le marbre. Autrement dit ce qu’on arrache à la classe capitaliste, elle peut le reprendre d’une autre manière: en augmentant l’intensité du travail, le nombre d’heures travaillés pour le même salaire, la dévalorisation de la monnaie …. Tant que les capitalistes ont le pouvoir, toute avancée dans l’intérêt des travailleurs reste fragile. Ce qui est imper-tant, c’est qu’à travers ces luttes les travailleurs prennent conscience de leur force, de leur unité et que la seule solution c’est d’abolir le mode de production capitaliste.

Consommation et crise générale du capitalisme

Nous avons déjà, dans nos brochures, communiqués ou dans nos journaux, analysé la crise générale et mondiale que connaît aujourd’hui le capitalisme. Le lecteur pourra s’y reporter. Pour le sujet qui nous intéresse il faut comprendre que cette crise est inscrite dans les « gènes » du système de production capitaliste, qu’elle est la conséquence de son fonctionnement même. Le but du capitaliste est de « produire » du profit [19] et toujours plus de profit sans se soucier de la capacité limitée du marché solvable, c’est‑à‑dire en partie des capacités limitées de consommation des travailleurs. Chaque capital dans le secteur où il est investi entre en concurrence avec d’autres capitaux. Pour survivre il n’a d’autre choix que de produire moins cher que ses concurrents, même si l’avantage ne dure qu’un temps, jusqu’à ce que le concurrent fasse de même. Pour ce faire il doit accroître la productivité des travailleurs productifs et la part de surtravail qu’il leur extorque. Il réalise cela principalement en remplaçant du travail vivant par des machines et des procédés techniques permettant de produire plus dans le même temps de travail. Mais cela a pour conséquence de faire baisser « la rentabilité du capital » qui s’exprime dans la baisse tendancielle du taux de profit. Il essaiera de lutter contre cette tendance en cherchant à réduire ce qu’ils considère comme des « coûts », en limitant toute augmentation de salaires ou en les réduisant, donc en aggravant de manière générale les conditions de travail et de vie du prolétariat sur toute la planète et sa capacité de consommation. D’autre part avec l’augmentation de la production, il jette sur le marché une quantité encore plus grande de marchandises et de moyens de production qui doivent être vendus avec profit. Ces deux phénomènes sont dialectiquement liés et générateurs de crise.

Conclusion: sous le capitalisme, la sous consommation des travailleurs n’est pas une des causes de la crise, elle est permanente et est une conséquence nécessaire du mode de production capitaliste et cela quel que soit le niveau des salaires.

Marx dans son œuvre scientifique majeure « Le Capital » remarquait déjà dans les années 1860 que « … on prétend que la classe ouvrière reçoit une trop faible part de son propre produit et que l’an pourrait remédier à ce mal en lui accordant une plus grande part de ce produit, donc des salaires plus élevés. Mais il suffit de rappeler que les crises sont chaque fois préparées précisément par une période de hausse générale des salaires, où la classe ouvrière obtient effectivement une plus grande part de la fraction du produit annuel qui est destiné à la consommation. Du point de vue de ces chevaliers du “simple”(!) bon sens, cette période devrait au contraire éloigner la crise [20]. »

La crise n’est que le révélateur brutal des contradictions du système de production capitaliste lui-même, qu’aucune mesure de relance par la consommation ne peut régler.

Ainsi s’il est justifié et dans l’intérêt des travailleurs de s’opposer à la politique d’austérité de tous les gouvernements de gauche comme de droite, en France et ailleurs, de revendiquer une augmentation des salaires, de lutter contre l’augmentation des impôts directs ou indirects comme la TVA , présenter ces revendications comme étant de nature à résoudre la crise du système c’est une mystification, de la poudre aux yeux.

Duper les travailleurs

Partant de constatations évidentes pour tous les travailleurs sur la question de l’augmentation des profits et la baisse relative de la part des salaires dans la richesse produite, l’augmentation des inégalités, l’augmentation de la précarité et du chômage, le FDG énonce un certain nombre de mesures qu’il mettrait en œuvre par décrets et des lois s’il était élu. Mais il ne dit pas comment il pourrait faire appliquer ces lois en contradiction flagrantes avec le mode de fonctionnement du système capitaliste comme on l’a vu plus haut. Il reprend l’utopie des réformistes sur la possibilité de résoudre la crise en ne remettant pas en cause le système lui-même mais en l’améliorant.

Sa stratégie: participer aux jeux politiques des partis bourgeois, capter les voix des travailleurs en lançant des slogans qui semblent répondre directement aux craintes des travailleurs face à la crise, à leurs intérêts immédiats et urgents. C’est ainsi que fonctionne Jean‑Luc Mélenchon! Le verbe haut, il se présente comme le défenseur des intérêts de la classe ouvrière sur tous les plateaux télévisés.

Pas de solution à la crise sous le capitaliste

Tirant les leçons des luttes de la classe ouvrière depuis plus d’un siècle et à partir des enseignements marxistes léninistes, Le ROC‑ML affirme que le système capitaliste s’enfonce inexorablement dans une crise profonde qui va de plus en plus aggraver la situation matérielle des travailleurs en France et dans le Monde. Ceci nous pouvons déjà, malheureusement, le constater à travers des mesures ultra-réactionnaires prises par les différents gouvernements. Le ROC‑ML, soutient, et continuera de soutenir, que seule la classe ouvrière sous la direction d’un Parti Communiste portant ses intérêts historiques doit faire la révolution socialiste, mettre fin à la propriété privée des moyens de production et mettre ainsi fin à la crise du capitalisme. La seule issue à la crise du système capitaliste qui sera bénéfique pour la classe ouvrière passe par un changement radical de système de production, par la prise de pouvoir du prolétariat lui-même. Il n’y pas d’issue à la crise sous le capitalisme puisque la crise est la conséquence du système capitaliste. Toutes les promesses, les fausses solutions proposées par les réformistes comme Mélenchon ne sont que poudre aux yeux pour utiliser les travailleurs comme simple clientèle électorale et les maintenir sous la domination politique de la classe dominante, la bourgeoisie.

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VdC 3-4/2014 (n° 10)

Le thème favori de la propagande réformiste:
Le partage des richesses

Aux alentours de 2007 commence à surgir dans les milieux considérés comme étant, du moins partiellement, à gauche du PS (PCF, CGT, Attac etc.) un effort de propagande autour de la question du « partage d la valeur ajoutée ».

Pour l’essentiel, ces considérations puisent leurs références dans un catalogue de constats figurant couramment dans les études et commentaires produits par les économistes bourgeois. À titre d’exemple, voici des extraits d’un article représentatif [21]:

« Cout du travail » : vraiment ?

[…] Première conclusion : la perte de parts de marché de la France n’est pas mécaniquement liée à des couts salariaux « excessifs ». Tout projet de redressement de la performance, effectivement déclinante du pays, axé sur une « baisse du coût du travail » repose sur une analyse erronée.

Cotisations sociales des employeurs : trop lourdes ?

[…] Depuis 1984, du fait des multiples exonérations de cotisations, la part des employeurs (CSE) a diminué assez nettement, de près de 17 % à un peu plus de 15 % avant la crise; depuis 2009 elle est remontée à presque 16 %. On ne peut donc guère accuser les CSE d’être responsables des pertes de compétitivité de l’économie française…

Par contre, la part de valeur ajoutée basculée vers les dividendes des actionnaires a plus que triplé sur la même période (de 1,5 % à 5 % de la VA).

Parmi les pourfendeurs zélés de la « lourdeur des charges sociales », personne ne mentionne ce fait. Sans doute parce qu’il est une manifestation, entre autres, de la déformation du partage de la richesse produite depuis une trentaine d’années ‑ au profit des grandes entreprises et des privilégiés, au détriment des salariés.

Seconde conclusion: les cotisations sociales des employeurs (CSE) ne sont pas à l’origine des pertes de compétitivité.

Compétitivité : d’autres facteurs

[…] Troisième conclusion: une politique de renforcement de la compétitivité devrait s’adresser prioritairement à ces questions clés. Éducation et formation, informatisation et automatisation, recherche et innovation, politique fiscale et ressource financière bon marché pour les PME-ETI [Petites et moyennes entreprises – Entreprises de taille intermédiaire].

Parmi les réflexions formulées d’un point de vue réformiste, on trouve notamment l’idée que le partage de la valeur ajoutée défavorise injustement les salariés, et que pour sortir de la crise il faut relancer l’économie, ce à quoi servirait une augmentation générale des salaires.

Dans ce qui suit, nous nous consacrons à la façon dont la question des salaires est reliée à celle de la « compétitivité ».

Dans un premier temps, cet aspect a été introduit par le biais de l’argument que les employeurs utilisent le « prétexte » de la crise pour baisser le niveau des salaires. Plus récemment, a été lancé le slogan de publicité revendicative « C’est le capital qui coute cher, pas le travail ».

La crise comme « prétexte » à un chantage sur les salaires

Il est vrai qu’en situation de crise, l’amplification de la masse de travailleurs sans emploi est utilisée par les employeurs pour imposer une accentuation de la baisse du niveau de salaires. Cependant, les réformistes introduisent une interprétation faussée de la réalité, quand ils s’efforcent de faire croire que la crise ne serait qu’un artifice fabriqué par les capitalistes pour pouvoir exercer leur chantage en brandissant la menace de licenciements. Les crises naissent de l’anarchie caractérisant le capitalisme en tant que système social (à la différence de l’organisation réfléchie et méthodique instaurée dans le cadre des unités de production). Ainsi les capitalistes eux-mêmes ne sont pas en mesure d’éviter leur éclatement.

Les facteurs de compétitivité

De façon générale, la position des réformistes se caractérise entre autre par le fait qu’ils adoptent la perspective que les entreprises doivent être compétitives, et qu’ils formulent des critiques et des recommandations concernant la façon de procéder pour assurer cette compétitivité. Un des principaux arguments reprend l’analyse selon laquelle la baisse du niveau de salaires n’est pas un facteur pertinent à cet égard. Partant de là, les réformistes conseillent aux employeurs de renoncer à baisser le niveau des salaires et de chercher d’autres voies pour assurer la compétitivité des entreprises.

En acceptant l’idée que le critère de la compétitivité doit être pris en compte, autant du point de vue des capitalistes que de celui des travailleurs, les réformistes se font complices de la tromperie idéologique selon laquelle « employeurs et salariés sont dans le même bateau ». D’autre part, le raisonnement tentant d’écarter simplement la question, est particulièrement vicié. Il passe sous silence le fait que la baisse des salaires ‑ avec l’augmentation de l’intensité du travail ‑ est un facteur essentiel pour l’accroissement du taux d’exploitation. Les réformistes contribuent ainsi à la mystification fondamentale qui s’efforce à maintenir cachée la nature de l’exploitation capitaliste et l’origine de la plus-value. Certes, que les employeurs poursuivent systématiquement l’objectif de baisser les salaires, ne signifie pas qu’ils tiendraient consciemment compte de l’analyse formulé dans Le Capital. Toujours est-il qu’ainsi ils s’agissent ‑ instinctivement ou par intelligence pragmatique ‑ en conformité avec les mécanismes régissant le système capitaliste.

« C’est le capital qui coute cher, pas le travail »

Dernièrement, une affirmation synthétique a fait apparition, qui fusionne les deux aspects que sont: la complainte concernant la part des salaires dans la valeur ajoutée, et le rejet de la mise en avant des salaires comme frein pour la compétitivité. Elle dit: « C’est le capital qui coute cher, pas le travail ». Cette formulation marque un certain changement de perspective. L’accent est mis plus sur le contexte au niveau des entreprises, plutôt que sur l’approche sociale globale. Cependant, on reste dans le cadre de façons connues de poser les problématiques.

La phrase en question provient d’une vidéo réalisée par Jean-Michel Fouque avec la participation de Nasser Mansouri-Guilani [22], diffusé dans le cadre de l’émission « Expression directe » de la CGT sur France 2 et France 3. La vidéo est présentée sous le titre « Et si on parlait cout du capital? » et Mansouri dit notamment: « Ce n’est pas le travail qui coute… c’est le capital ». Depuis, les instances de direction de la confédération s’efforcent à diffuser massivement la vidéo comme « outil » de propagande auprès des syndicats de base. Et les mêmes tournures sont reprises dans les discours émanant de représentants de la CGT. Par exemple, Thierry Lepaon, actuel secrétaire général [23]: « Il n’y a pas de problème de cout du travail. En revanche, il y a un problème du cout du capital. La répartition de la richesse dans l’entreprise a évolué. En vingt ans, la rémunération du travail a perdu 10 % de cette richesse au profit de l’actionnaire. »

L’exposé en question de N. Mansouri est d’une extrême banalité, mais c’est là précisément que réside la nocivité de ce type de discours. Il constate que l’argent tout seul ne se multiplie pas, que la simple présence à ses côtés de machines n’y change rien, et que seulement en y ajoutant l’intervention du travail humain on obtient en résultat la production de richesses nouvelles. Et voilà… Ensuite il enchaine avec des considérations sur la répartition de ces « richesses ». Or avant de parler de « répartition », il faudrait d’abord examiner comment se détermine et se mesure la quantité à répartir. Il n’y a pas la moindre analyse au sujet de la valeur des produits. Ce n’est pas un simple manque qui pourrait se justifier par une volonté de rester terre à terre et d’éviter des développements théoriques indigestes. Il s’agit plutôt de la caractéristique fondamentale d’une entreprise de désinformation idéologique. Le raisonnement en lui‑même ne tient pas debout. En se plaçant au même niveau de simplisme niais, on pourrait aussi bien mener la déduction inverse. En effet, à notre époque moderne un travailleur tout seul ne peut rien produire (au sens de production sociale, c’est‑à‑dire mis à part les bricolages à la maison et autres activités individuelles), même pas s’il récupère quelques machines gracieusement offertes. Pour arriver à mettre en œuvre effectivement le processus de production, il faudra bien du capital sous une certaine forme, que ce soient des actions cotées en bourse ou des fonds réunis pour une coopérative, ou autre. Cependant, la fonction de la nature élémentaire jusqu’au bout, du discours, c’est de recouvrir d’un voile épais l’analyse de Karl Marx au sujet du processus de production capitaliste basé sur l’exploitation de la force du travail par le capital. Nous y reviendrons plus loin.

Mansouri, le personnage

En déployant ses labeurs d’économiste patenté, N. Mansouri se trouve en compagnie, entre autres, de Paul Boccara. Celui‑ci fut longtemps un des principaux responsables avec Philippe Herzog de la section économique du PCF, des années 1970 aux années 1990. Ces deux‑là sont connus pour avoir été à l’origine d’une campagne de promotion prolongée en faveur de l’application de « nouveaux critères de gestion » censés conduire au « dépassement » du capitalisme. Herzog, tout en restant attaché à cette pensée, s’est par la suite placé dans des contextes différents. Il a fondé en 1992 l’association « Confrontations Europe », et participe toujours aux activités de celle‑ci [24]. Il a quitté le PCF en 1996. Depuis avril 2010, dans le cadre de la commission européenne il est Conseiller spécial auprès du Commissaire en charge du marché intérieur et des services, Michel Barnier. Quant à Boccara, lui et Mansouri ont, par exemple, contribué au « Forum pour un autre monde » en 2002 [25].

Effectivement, au‑delà du litige concernant la répartition du PIB en France, N. Mansouri voit plus loin et plus grand, étant donné que nous sommes intégrés dans un cadre économique mondialisé [26]:

On ne peut répondre aux besoins non satisfaits de la population mondiale en nourrissant simplement l’illusion d’un meilleur partage des ressources et des richesses existantes, sans poser la question fondamentale du mode de production de ces richesses. La question de la répartition est fondamentale; c’est un enjeu de luttes politiques et sociales. Mais le défi à relever est beaucoup plus important.

Au sujet de ce défi, il utilise les termes « construction d’un mode de production alternatif ». Mais pour définir cette alternative, il ne ressent nullement besoin de faire référence aux rapports de production capitalistes en tant que tels [27]:

Il s’agit surtout de produire autrement, plus efficacement, en faisant des économies de moyens matériels, en réduisant l’intensité d’usage des ressources naturelles, en évitant la dégradation de l’environnement. Cela requiert en outre, une main d’œuvre qualifiée pour mener la recherche-développement, pour élaborer de nouveaux procédés et produits.

Par ailleurs, il réaffirme son adhésion au point de vue formulé en termes, notamment, de « critères » et de « choix » de gestion [28]:

Pour dépasser le capitalisme, il nous faut des innovations sociales et politiques, fonder une nouvelle conception de la démocratie en reposant la question des critères et des mécanismes de définition, d’élaboration et de mise en œuvre des décisions et des choix de politiques publiques, comme des choix de gestion des entreprises.

La problématique étant posé ainsi, on n’est pas surpris par le fait qu’il cite les orientations officielles de la CGT comme exemplaires [29]:

Il s’agit d’abord d’une nouvelle conception du travail, permettant aux êtres humains de s’épanouir dans le travail et non de le subir comme une torture, une obligation imposée. Le concept de « travail décent » élaboré par l’Organisation internationale du travail constitue un point de départ pour atteindre cet objectif. Les concepts de « sécurité sociale professionnelle » et de « nouveau statut du travail salarié », élaborés par la CGT, s’inscrivent dans cette perspective.

À titre de curiosité, il vaut la peine de citer quelques explications que N. Mansouri énonce pour affirmer la pertinence du concept de « Sécurité d’emploi et de formation » [30]:

Je suis un des acteurs auteurs de la Sécurité d’emploi et de formation dont a parlé Paul Boccara, et, dans certains secteurs de gauche, nous étions critiqués car c’était une proposition « très réformiste » comme la taxe Tobin. Nous avons répondu que l’important n’est pas le caractère prétendument réformiste ou révolutionnaire de la proposition parce que même les augmentations des salaires peuvent être considérées comme réformistes. Ce qui importe, c’est le nombre de celles et ceux qui entrent dans l’action pour réclamer, exiger et obtenir des améliorations des conditions de vie pour la majorité de la population. Si nous sommes capables d’engendrer cette action de masse pour transformer le pouvoir, le pouvoir économique, nous arriverons à une action révolutionnaire.

Voilà que Mansouri reprend à son compte la tactique des « revendications de transition » chère aux trotskistes…

Une vision impérialiste du « partage des richesses »

Du point de vue de l’analyse marxiste, les éléments qui constituent la connexion entre d’une part le mécanisme fondamentale de la production de plus‑value, et d’autre part l’accaparement du profit par les capitalistes individuels, sont multiples. Cette remarque à son importance en rapport avec la question de la « répartition » des richesses produites. En effet, avant même d’arriver à l’étape où les conseils d’administration décident le montant des dividendes à verser aux actionnaires, les valeurs produites par la force de travail, incarnées par les marchandises, ont déjà traversé des mécanismes complexes leur faisant subir des transformations qui transcendent la volonté subjective des capitalistes.

Nous mentionnons ici quelques aspects; le fait est que, face à l’approche faussement naïve de N. Mansouri, l’importance des analyses développées dans Le Capital ne se limite pas au Livre Ier, Tome I.

Toute une première partie du Capital développe des considérations ayant comme présupposé que pour chaque marchandise, sa vente réalise exactement la valeur qu’elle représente de par la quantité de la force de travail qui a été dépensé au cours de la production de cette même marchandise. Mais les choses n’en restent pas là. D’abord, Marx élargit le raisonnement pour tenir compte du fait que dans les différentes sphères de production (textile, sidérurgie, etc., où de façon analogue selon des distinctions à un niveau plus détaillé) la proportion selon laquelle le capital total est réparti entre capital constant et capitale variable, n’est pas identique [31]. À ce stade il maintient toujours le présupposé mentionné et se place par ailleurs dans l’hypothèse que partout les conditions de mise en œuvre de la force de travail (la durée totale de son emploi ainsi que la fraction correspondant au travail nécessaire pour remplacer le salaire) sont les mêmes. Il constate qu’une telle situation a pour résultat des taux de profit différents selon les sphères de production.

Arrivé à ce point, Marx relève qu’au contraire, dans la réalité, sous l’effet de la concurrence, règne un taux de profit moyen qui traverse l’ensemble de l’économie d’un pays. Pour intégrer ce fait dans son analyse, il introduit la notion de prix de production, dont le montant est déterminé par le coût de production augmenté de la portion du profit moyen devant être alloué au capital concerné [32].

Ainsi, l’ensemble des capitalistes s’accaparent globalement le produit de l’exploitation de l’ensemble des ouvriers, en le répartissant entre eux [33]:

En ce qui concerne le profit, les différents capitalistes jouent ici le rôle de simples actionnaires d’une société par actions dans laquelle les parts de profit sont également réparties pour chaque fraction de 100; elles ne diffèrent pour les divers capitalistes que par l’importance du capital que chacun a mis dans l’entreprise commune, c’est-à-dire par la participation proportionnelle de chacun à cette entreprise, suivant le nombre de ses actions.

Cette distorsion entre valeur des marchandises et prix de production s’opère d’ailleurs par un double mécanisme. En effet, à ce qui vient d’être dit, s’ajoute une répercussion indirecte: puisqu’il est possible que le prix de production s’écarte de la valeur de la marchandise, son coût de production renfermant le prix de production d’une autre marchandise peut lui aussi se trouver au-dessus ou au‑dessous de cette fraction de sa valeur globale que constitue la valeur des moyens de production consommés.

Au bout du compte, Marx fait ressortir une distinction entre la valeur des marchandises prises isolément et la valeur ‑ désignée comme leur valeur de marché ‑ qu’elles revêtent en tant qu’élément d’une masse de marchandises de la même catégorie. À cet égard il faut souligner qu’il ne s’agit pas d’une valeur moyenne qu’on obtiendrait mathématiquement en divisant la somme des valeurs individuelles par le volume totale. En considérant une sphère de production particulière, à un moment donné, il prévaut un certain procédé de production selon lequel est fabriquée la grande masse des marchandises; à cela s’ajoutent des quantités de marchandises dont la production nécessite un temps de travail plus court ou plus long que ne l’exprime la valeur de marché [34]. Ceci implique en particulier que les capitaux qui produisent dans les meilleures conditions s’approprient un surprofit.

Les discours habituels au sujet du « partage » évacuent totalement tous ces phénomènes. Ils partent de la « valeur ajoutée » recensée au moyen des statistiques produits fabriquées par les économistes bourgeois. Or ce qui est quantifié ainsi n’est que l’aboutissement d’un processus qui fait que le résultat ne peut être considéré comme « le produit des Français », à répartir « entre les Français ».

Tout en insistant sur les analyses développées dans Le Capital, il faut bien sûr intégrer le fait que le système capitaliste mondial est passé au stade de l’impérialisme. Les mécanismes de la concurrence ne sont pas caducs, mais ils sont recouverts par les caractéristiques propres aux grands groupes réunissant chacun à échelle internationale des masses considérables de capitaux dans un cadre monopolistique. Ainsi, au niveau planétaire, la concurrence ne tend pas à une répartition des profits selon un taux de profit moyen. Bien au contraire, les groupes monopolistiques visent par tous les moyens à s’adjuger une masse de profit la plus grande possible.

Voilà ce qui nous ramène à la question de la « compétitivité ». Les directions syndicales ont tendance à se faire complices des grandes entreprises à base capitalistique française (« notre industrie »): en affirmant cela, on ne fait que répéter un constat pour ainsi dire communément admis. En se référant à N. Mansouri, on peut observer comment ce soutien, bien qu’en général camouflé par des formulations ornementées, saisit les caractéristiques de la « compétition » entre capitaux dans le cadre du capitalisme impérialiste. Ainsi, par exemple, Mansouri expose les arguments suivants [35]:

Il faut distinguer deux aspects de la compétitivité. Il y a la compétitivité coût, qui concerne l’ensemble des coûts nécessaires à la production d’une marchandise, et la compétitivité hors coût. Or, ce qui handicape les produits français à l’exportation, c’est plutôt la compétitivité hors coût. C’est‑à‑dire la qualité des produits qui nous renvoie à l’insuffisance de la recherche-développement, de l’innovation, de la formation des salariés. Mais aussi à la politique d’implantation de nos entreprises à l’étranger. Il est clair, pour prendre un exemple parmi d’autres, que l’Allemagne a été beaucoup plus efficace que nous sur le marché chinois.

La partie et le tout

Ceux qui mettent en avant la question de la compétitivité, visent ainsi à introduire un aspect spécifique dans le cadre des considérations globales sur la répartition des richesses. En effet, puisqu’ils réclament l’attribution aux salariés d’une part plus élevée de la valeur ajoutée, il est aussi dans la logique des choses de veiller à ce que cette valeur ajoutée dans sa totalité soit aussi grande que possible. Venons‑en donc au fond de la thématique.

Les formulations employées sont diverses. Elles peuvent osciller entre, d’une part la version faisant preuve d’une politesse exemplaire: « La hausse des salaires est nécessaire pour rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur des travailleurs [36]« , et d’autre part le refrain d’inspiration anarchiste: « Tout est à nous, rien n’est à eux, tout ce qu’ils ont ils l’ont volé ». Or, l’analyse marxiste établit au contraire que dans le cadre des rapports de production capitalistes, les détenteurs des capitaux constituent tout à fait naturellement le pivot où, sous leur contrôle aboutit et repart la totalité des richesses.

Voici deux citations extraites du Capital.

– [37]:

L’usage de la marchandise appartient à l’acheteur et en donnant son travail, le possesseur de la force de travail ne donne en réalité que la valeur d’usage qu’il a vendue. […] À son point de vue [du capitaliste], le procès de travail n’est que la consommation de la force de travail, de la marchandise qu’il a achetée, mais qu’il ne saurait consommer sans lui ajouter moyens de production. Le procès de travail est une opération entre choses qu’il a achetées, qui lui appartiennent. Le produit de cette opération lui appartient donc au même titre que le produit de la fermentation dans son cellier.

– [38]:

Que l’entretien journalier de cette force ne coûte qu’une demi-journée de travail, bien qu’elle puisse opérer ou travailler pendant la journée entière, c’est-à-dire que la valeur créée par son usage pendant un jour soit le double de sa propre valeur journalière, c’est là une chance particulièrement heureuse pour l’acheteur, mais qui ne lèse en rien le droit du vendeur.

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VdC 6/2016

Les 32 heures par semaine
Une revendication à lier à la lutte anticapitaliste

« Seule la réduction du temps de travail a créé des emplois » a annoncé Philippe Martinez au journal l’Humanité [39]. Les 32 heures par semaine, voilà donc le nouveau cheval de bataille de la direction confédérale CGT. Les communistes sont favorables à la lutte pour la diminution du temps de travail car elle diminue le temps durant lequel le travailleur est exploité [40] et surtout augmente les temps de loisirs et de libertés pour les travailleurs. Cependant, la direction de la CGT met en avant des arguments différents. Par cette mesure, les économistes de la CGT estiment en partie résorber le chômage dans le cadre du capitalisme. Cet argument est en fait issu de forces politiques réformistes (gauche du PS, PCF, NPA…) qui influencent idéologiquement les dirigeants de la CGT.

Qu’en est-il réellement? Est‑ce possible de supprimer le chômage dans le système capitaliste? Qu’est‑ce que les travailleurs doivent revendiquer?

Sans rompre avec les idées réformistes de la Gauche plurielle
on reproduira les mêmes erreurs

L’argument mis en avant pour le passage aux 32 heures est que cette mesure sauverait et créerait 4 millions d’emplois. Cette diminution du temps de travail permettrait ainsi de faire face à la « révolution numérique », qui par l’automatisation, la robotisation des machines… menacerait de détruire d’ici les années 2025 des milliers voire des millions d’emplois. Dans leur analyse, les économistes n’ont pas pris en compte la loi fondamentale du capitalisme: la recherche du profit maximum. Tant que ce système existera, les emplois ne seront créés que parce qu’ils sont utiles pour valoriser les profits des capitalistes. Si le cas contraire se présente, les capitalistes licencient et suppriment des emplois pour rester profitables. Voilà le B‑A‑BA de l’économie politique. Le chômage est permanent sous le capitalisme car le développement technologique de la production, « le développement accéléré du capital social lui permet de se passer d’une partie plus ou moins considérable de ses manœuvriers » et amène donc à une « surpopulation relative » [41]. Cette surpopulation est relative car elle n’existe que par rapport aux besoins de profits des capitalistes. Réfléchissons un petit peu: depuis le 19e siècle, le temps de travail a diminué: en 1936, la semaine des 40 h, en 2000, les 35 heures, le chômage a‑t‑il pour autant disparu grâce à la diminution du temps de travail?

À cette question, l’argumentaire de la CGT répond que la gauche plurielle (1997-2002) qui a mis en place les 35 heures, a permis la création de 350.000 emplois et la mise en place d’un « dialogue social inégalé ». Non seulement, cette analyse falsifie le bilan de la gauche plurielle (gouvernement ayant le plus privatisé dans l’histoire!) mais en plus ne prend pas en compte l’ensemble du contexte. Les 35 heures, sans un rapport de force anticapitaliste de la classe ouvrière, ont été retournées contre les travailleurs par le patronat et les différents gouvernements qui se sont succédés. Le gouvernement PS-PC a diminué les charges sur les bas salaires à hauteur de 22 milliards d’euros pour permettre l’embauche [42]. Depuis 2002, de nombreux assouplissements ont été appliqués (augmentation des heures sup, défiscalisation des heures sup, diminution de la majoration des heures sup notamment avec la loi Khomri).

Au final, les patrons ont repris bien plus qu’ils ne cédaient grâce à l’augmentation de la productivité (augmentation de l’intensité de l’exploitation des travailleurs). Ce que le patronat a donné d’une main, il l’a repris d’une autre. Voilà le bilan des 35 heures. D’autant plus qu’au même moment, la gauche plurielle a créé ces « emplois jeunes » sous-payés et précaires pour 300.000 jeunes, que l’intérim a doublé durant la durée de ce gouvernement augmentant de 350.000. D’ailleurs, c’est le nombre d’emplois « créés » par les 35 heures.

Le passage aux 35 heures a surtout été un moyen de flexibiliser l’organisation du temps de travail, d’avoir recours à des contrats précaires.

La revendication de la diminution du temps de travail à 32 heures sans diminution de salaire et aggravation des conditions de travail est une mesure d’urgence pour le mouvement ouvrier. Il faut être clair, sous le capitalisme, sans rapport de force du mouvement ouvrier, toute mesure progressiste sera récupérée par la bourgeoisie au pouvoir et détournée au détriment des travailleurs. C’est la leçon essentielle du passage aux 35 heures. La diminution du temps de travail a entrainé une aliénation supplémentaire des travailleurs aux nouvelles formes des rapports de production capitalistes (flexibilité, précarité…).

Il ne faut pas non plus rêver de changer le système capitaliste par la réforme. Ce système porte le chômage en lui. Des dirigeants de la CGT croient guérir ce système mieux que les capitalistes eux-mêmes affirmant régler ce problème du chômage par les 32 heures. Rappelons l’aveu de faiblesse de Mitterrand qui disait que « dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé ». Oui, le chômage ne peut être supprimé sous le capitalisme.

Pour diminuer réellement le temps de travail et supprimer le chômage, il n’y a qu’une solution possible, détruire la source du chômage, c’est‑à‑dire le capitalisme. Il est donc nécessaire de lier la diminution du temps de travail avec la rupture de ce système d’exploitation qu’est le capitalisme. Il faut donc rejeter toutes ces idées réformistes qui font croire que l’intérêt des travailleurs pourrait être en harmonie avec le bon fonctionnement du capitalisme et l’intérêt des patrons!

32 heures OUI!

Dans l’intérêt des travailleurs, sans diminution de salaire et aggravation des conditions de travail!

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VdC 4/2017 (n° 19)

Le revenu universel
Une entourloupe au service du capitalisme

Le revenu universel, c’est la proposition qui a permis à Benoit Hamon de sortir vainqueur de la primaire socialiste. Depuis, ce « revenu » occupe une place importante dans le débat et rallie autour de lui des personnalités étonnantes, de Christine Boutin, la championne du mariage pour tous, à EELV et certains militants des Nuits Debout. Le revenu universel de Benoit Hamon, questionne une partie de la société et du mouvement ouvrier et populaire. Pourtant, cette proposition alléchante si elle était appliquée, se retournerait contre les travailleurs, tout au bénéfice du capital.

D’où vient l’idée du revenu universel ?

Cette idée du revenu universel trouve sa source sous diverses formes dans les conceptions de penseurs, de Thomas More à Fourrier, que Marx a caractérisées comme socialisme utopique. Souvent, ces écrivains constataient les injustices du capitalisme et proposaient des solutions idéalistes sans rapport avec les réalités et les fondements du système capitaliste.

Aujourd’hui, réactualiser ces idées du socialisme utopique comme le fait Benoît Hamon ou d’une autre manière, et de façon plus radicale, Bernard Friot est un moyen de dévoyer la lutte de classe sur des illusions. Marx a souligné cet aspect des théories type revenu universel dans le Manifeste du Parti communiste. Elles « veulent remplacer les conditions historiques de l’émancipation par des conditions tirées de leur imagination » (Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du parti communiste).

Ces auteurs utopistes pensent qu’il est possible d’éradiquer la pauvreté, d’émanciper les travailleurs sans abolir les conditions qui créent cette pauvreté, le capitalisme. Les socialistes utopiques du 19e siècle critiquaient tout au plus certains aspects du capitalisme. De ce point de vue, l’idée du revenu universel, même s’il est réactionnaire dans son application porte en lui une critique du capitalisme. Par exemple, Hamon met en avant le fait que son revenu universel permettrait de s’émanciper puisque non lié à un travail salarié. Il « souhaite mettre à profit la transition numérique et écologique en cours pour changer de logiciel, revendique une société “post-croissance” où le travail, se faisant rare, devra être partagé. Et où les gens ne s’en porteront que mieux, libérés de leur asservissement à un travail susceptible de “coloniser des vies et broyer des personnes” [43]. » Cependant, le revenu universel met‑il un terme au travail salarié, c’est‑à‑dire à l’exploitation capitaliste? Non, contrairement à ces illustres prédécesseurs du socialisme utopique qui recherchaient un autre régime économique, Benoit Hamon reste bien dans le cadre du système actuel. Sa mesure n’est pas révolutionnaire. C’est seulement une rustine sur une société qui crève sous le poids du profit. Elle ne vise pas à régler les problèmes à la racine: les causes du chômage et de la pauvreté. Au contraire, elle n’agit que sur les conséquences du chômage, des inégalités induites par le système capitaliste.

Si au départ, au 19e siècle, « les auteurs de ces systèmes étaient encore révolutionnaires, leurs disciples ne forment plus en revanche que des sectes réactionnaires […] Ils cherchent donc obstinément à émousser la lutte des classes et à apaiser les antagonismes » (Marx et Engels, Le Manifeste). L’idée du revenu universel est donc une utopie, un rêve irréaliste dans ce système économique, destiné à faire croire aux travailleurs qu’il est possible d’éradiquer la pauvreté, de s’émanciper sous le capitalisme, sans avoir à lutter pour le renverser. Mais en réalité, nous le verrons, le revenu universel ne peut que renforcer l’exploitation des travailleurs.

Prendre en compte les fondements réels de l’économie

Pour le comprendre il faut partir des lois économiques objectives du système de production capitaliste que Marx a découvertes et analysées.

La loi fondamentale est de produire pour réaliser un profit et non pour satisfaire les besoins fondamentaux de la société. Toute la production est organisée dans ce but. Comme l’explique Engels, le salarié effectue un « double travail: pendant une partie de son temps de travail, il restitue le salaire que lui a avancé le capitaliste, et cette partie de son travail est appelée par Marx le travail nécessaire. Mais ensuite, il doit encore continuer à travailler et produire pendant ce temps la plus‑value pour le capitaliste, dont le profit constitue une partie importante. Cette partie du travail s’appelle le surtravail » (Engels, « Pour comprendre le capital »).

Dans ce système, le profit est une loi essentielle, il sera d’autant plus grand que les salaires seront plus faibles ou que la journée de travail sera plus longue. « Le capitaliste a intérêt à faire la journée de travail aussi longue que possible. […] Le capitaliste lutte pour son profit, l’ouvrier pour sa santé, pour quelques heures de repos quotidien, pour pouvoir, en dehors du travail, du sommeil et du manger, fournir encore une activité humaine [en famille, les loisirs, du sport, des activités intellectuelles et culturelles…] […]. Il ne dépend pas de la bonne volonté des capitalistes pris isolément qu’ils veuillent ou non s’engager dans cette lutte, car la concurrence contraint le plus philanthrope d’entre eux de se rallier à ses collègues et à faire accomplir une aussi longue journée de travail que ceux-ci » (Engels, « Pour comprendre le capital »).

Les lois du capitalisme rendent illusoire la proposition de revenu universel comme moyen de s’émanciper de l’exploitation. Pour maintenir un profit élevé, et continuer à vivre face à la concurrence, les chefs d’entreprises tendent à réduire le salaire par rapport aux profits. Hamon fait abstraction de ses lois qui s’imposent à nous. Ainsi, cette mesure, si elle était appliquée serait un effet d’aubaine pour que le patronat baisse les salaires et que les travailleurs paient le revenu universel par le biais des impôts. Pour augmenter les salaires, il faut se battre dans les entreprises et imposer aux patrons de meilleurs salaires. Cela est un rapport de force: « Le capital ne se soucie donc nullement de la santé, de la vie de l’ouvrier à moins d’y être forcé par la société (Engels).

Le revenu universel est de la poudre aux yeux des travailleurs

Quel est le contenu de ce revenu universel proposé par Benoît Hamon? Il est pour le moins à géométrie variable et sa proposition ne correspond pas à un revenu universel pour tous dès son élection. Il s’échelonne en trois étapes dont la première est l’augmentation du RSA de 10 % et son extension aux 18‑25 ans. Son revenu universel pour tous, il le projette dans plusieurs années (quasiment à la fin de son mandat). Cela ressemble à une promesse électorale comme nous en connaissons tous à chaque élection… Rappelons-nous de la taxation des riches à 75 % de F. Hollande par exemple, qui n’a jamais été appliquée! De plus, ce revenu universel pour tous, qui est de 750 euros par mois, reste en deçà du seuil de pauvreté établi par l’observatoire des inégalités qui se situe entre 840 et 1000 euros (données de 2014).

Ce revenu universel s’attaque‑t‑il au capital ?

Le revenu universel proposé par Hamon, ou par tout autre « politicien », va permettre à la classe dirigeante la mise en place d’une offensive sans précédent sur les salaires ainsi que sur le système de protection collective des salariés (sécurité sociale, chômage et retraite). Lorsque le revenu universel sera versé à une partie de la population (la plus paupérisée et la plus précaire), le gouvernement pourrait instaurer « une loi pour aider les entreprises qui embaucheraient une personne avec le revenu universel. Le gouvernement pourrait même donner des aides supplémentaires aux patrons comme ils en ont l’habitude (Crédit d’impôt, etc.), et même maintenir les droits du salarié pendant une durée déterminée, l’employeur devant faire le complément. » (FNIC CGT). Ainsi, l’employeur qui embaucherait une personne ayant droit au revenu universel n’aurait plus qu’à lui verser un complément pour qu’elle atteigne son salaire au SMIC. Autrement dit l’employeur paierait environ 800 euros par mois pour un salarié SMICard à temps plein! Pire encore, sur les 750 euros de revenu universel, ni le salarié, ni l’employeur ne paieront de cotisations sociales! Imaginons un instant la perte que cela représenterait pour les caisses d’allocations chômage, retraite et la sécurité sociale! Cela sonnerait le glas du système de protection sociale collective pour les salariés! Ceci amenant par la même occasion une nouvelle division au sein de la classe ouvrière entre ceux percevant le revenu universel et ceux n’y ayant pas droit à la première étape de son application, le but recherché étant une nouvelle baisse de ce qu’ils appellent le « coût du travail ». « La bourgeoisie travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle‑même doit le croire. M. Michelin doit faire croire qu’il ne fabrique des pneus que pour donner du travail à des ouvriers qui mourraient sans lui. » (Paul Nizan, Les chiens de garde).

Le revenu universel n’est pas une mauvaise chose pour le capital! Il permettra à la bourgeoisie d’obtenir de nouvelles aides fiscales, et assurera de nouvelles baisses des salaires pour les travailleurs! Mais tout cela dans l’intérêt commun des gens dirait alors Nizan!

En effet, comme le prétendent les politiciens partisans d’un revenu universel, cette aide permettrait aux exploités de pouvoir sortir du système salarié classique. Selon eux, le revenu universel serait alors un matelas de revenus permettant aux salariés de ne plus travailler afin d’avoir du temps pour « innover », « entreprendre », « travailler pour soi »… en fait être toujours exploités sous une autre forme par le capital.

Les travailleurs ne seraient plus liés par un contrat salarié classique tel qu’un CDI, CDD ou autre, dans une grande entreprise. Cela rejoint l’auto-entreprenariat. Un individu se lancera « à son compte », rêvant de devenir vizir à la place du vizir, et se retrouvera face à deux possibilités: soit il échouera et son activité disparaitra, et se conclura par un chômage déguisé, soit il réussira à survivre en trouvant une niche économique délaissée par les grands groupes en raison de faibles taux de profits. Cette situation épargnerait en plus à l’entreprise donneuse d’ordre d’établir des contrats en bonne et due forme, d’éviter les cotisations sociales et de respecter le code du travail. Mieux encore l’entreprise n’aurait à craindre aucune bataille revendicative et collective, ni les syndicats avec un « salariat » divisé, sans contrat, sans lien collectif. C’est exactement dans la philosophie du statut auto entrepreneur ou Uber que ces politiciens bourgeois viennent puiser pour donner l’espoir à des travailleurs d’échapper aux contraintes du travail salarié. Or, ils en sortent pour y revenir sans protection, sans moyen de se battre, sans revenu salarial minimum garanti, sans durée légale de travail, etc.

La réalisation de notre émancipation ne sera pas satisfaite
par une loi favorable au Capital

Le revenu universel, en tant que possibilité de trouver une activité en marge du salariat, permet à tout un chacun de rêver de s’extirper du monde du travail, de toutes ses contraintes. Mais c’est une chimère, il propose finalement aux travailleurs d’être liés à un patron d’une nouvelle manière. « Nouvelle » n’est pas exactement le terme approprié puisqu’être dépendant d’un patron sans garantie de revenu minimum, d’un temps de travail maximum, sans aucune protection ni individuelle, ni collective, sans aucune possibilité de se défendre collectivement, c’est en fait, revenir au capitalisme du 19e siècle.

Il faut au contraire exprimer cette aspiration à sortir de ce système salarial du capitalisme par la voie de la lutte collective qui n’aboutira pas par une loi mise en place par le capital mais par la destruction même de ce dernier, responsable de tous les maux de notre société.

Aucune loi ne pourra répondre aux grandes exigences du prolétariat. Toute loi du Capital ou de la bourgeoisie détournera les travailleurs de leurs revendications initiales.

Le revenu universel n’est autre que de la poudre aux yeux pour les travailleurs et une opportunité pour le capital d’améliorer son exploitation du travail.

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[1]. Audition de la Cgt au Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE) à propos de la sécurisation des parcours professionnels, 5 janvier 2007, Maryse Dumas.
Cf.:
http://www.aruc.rlt.ulaval.ca/sites/aruc.rlt.ulaval.ca/files/ct-2011-04_s-morel_stp_cahier_de_transfert_juin2011.pdf
http://www.ies-salariat.org/IMG/pdf/FriotCGT.pdf

[2]http://www.ies-salariat.org/IMG/pdf/FriotCGT.pdf

[3]. Audition de la Cgt au Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE) à propos de la sécurisation des parcours professionnels, 5 janvier 2007, Maryse Dumas.
Cf.:
http://www.aruc.rlt.ulaval.ca/sites/aruc.rlt.ulaval.ca/files/ct-2011-04_s-morel_stp_cahier_de_transfert_juin2011.pdf
http://www.ies-salariat.org/IMG/pdf/FriotCGT.pdf

[4]http://www.ies-salariat.org/IMG/pdf/FriotCGT.pdf

[5]. Nasser Mansouri, économiste, directeur du centre d’études économiques et sociales de la CGT; propos reportés dans Communistes n° 423 (Supplément à l’Humanité du 9 février 2011). Nous nous baserons sur cette interview pour notre analyse car elle est un condensé représentatif des conceptions réformistes sur le sujet de la réindustrialisation.

[6]Ibidem.

[7]. Lénine: « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », Œuvres, tome 22; Paris, Éditions sociales, 1960; p 322.

[8]Ibidem, p. 287.

[9]. F. Engels: Lettre à Conrad Schmidt, 27 octobre 1890.

[10]. Nasser Mansouri, ibidem.

[11]. Voir sur leur site: http://www.sitecommunistes.org/ch233ricindust.htm.

[12]. Voir sur le site du PRCF – le programme candidat – http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/.

[13]. Voir sur le site de l’URCF – son programme et entre autre: http://www.urcf.net/spip.php?article521.
[Suite à la transformation de l’URCF et la constitution du PCRF-IC:
https://archives.pcrf-ic.fr/spip.php?article267
https://archives.pcrf-ic.fr/spip.php?article521]

[14]. Un salarié sur quatre de l’industrie en France travaille dans une entreprise étrangère. Source: étude « Pour une France plus confiante », avril 2012, cabinet Roland Berger.

Cf. Le Monde, 12 novembre 2012.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2012/11/12/qu-est-ce-que-le-made-in-france_1787275_3234.html

[15]. Sylvain Broyer, de Natixis, à l’AFP.

Cf. Le Monde, 13 décembre 2011.
https://www.lemonde.fr/politique/article/2011/12/13/vouloir-produire-en-france-ne-reglera-pas-les-defauts-du-modele-industriel_1617930_823448.html

[16]. C’est d’ailleurs le cas pour certaines entreprises qui avaient délocalisé en Chine attirés par des « coûts » salariaux, comme ils disent, plus bas qu’en France. Le salaire moyen chinois ayant triplé de 1990 à 2005, le fabricant de mobilier de bureau Majencia et l’opticien Atol ont rapatrié leurs activités de production en France. Source: Le Monde Dossiers et documents, n° 423, octobre 2012.

[17]. Communiqué du Front de Gauche de Côte d’or, novembre 2013.

[18]. Jacques Généreux: « Comment le Front de gauche compte financer sa révolution sociale et écologique », avril 2012.
https://www.bastamag.net/Jacques-Genereux-comment-le-Front

[19]. Le terme scientifique exact est production de plus‑value, la plus‑value étant l’ensemble des profits – industriel, commercial, financier…

[20]. Karl Marx: Le Capital; Œuvres, tome II – Économie (suite); Paris, Gallimard, 1968; p 781.

[21]. « Après les pigeons, voici les vautours » (3 novembre 2012).
http://www.apex.fr/actualites/l-actualite-eco-sociale/172-apres-les-pigeons-voici-les-vautours

[22]. Directeur du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT; Membre, pour la CGT, du Conseil économique, social et environnemental.

[23]. Thierry Lepaon, Entretien publié par L’Usine nouvelle, 21 mars 2013.
http://www.usinenouvelle.com/article/ce-n-est-pas-le-cout-du-travail-qui-est-un-probleme-mais-celui-du-capital-selon-thierry-lepaon.N193696

[24]http://www.confrontations.org

[25]. Atelier sur le thème « Que peut la politique, en liaison avec le mouvement social, face aux marchés financiers et aux multinationales », tenu dans le cadre du « Forum pour un autre monde », 16 février 2002.
http://www.economie-politique.org/sites/default/files/ecopo_2002_03-04_nouvelle_alliance_europe-pays_en_developpement_et_emergents_p._boccara_0.pdf

[26]. Crise de civilisation?, Espaces Marx, mai 2011. Contribution de Nasser Mansouri-Guilani: « Une nouvelle civilisation pour un développement humain durable ».
http://www.espaces-marx.net/IMG/pdf/col_Civ_Mansouri_Guilani.pdf

[27]. N. Mansouri-Guilani: « Une nouvelle civilisation… ».

[28]Ibidem.

[29]Ibidem.

[30]. « Forum pour un autre monde », N. Mansouri-Guilani: « L’ouverture à la concurrence et le droit au développement », 16 février 2002.
http://www.economie-politique.org/sites/default/files/ecopo_2002_03-04_nouvelle_alliance_europe-pays_en_developpement_et_emergents_p._boccara_0.pdf

[31]. Le Capital, Livre 3e, Tome I, 2e section: La transformation du profit en profit moyen – Chapitre 8: Composition différente des capitaux dans des branches de production différentes, d’où diversité des taux de profit.

[32]. Le Capital, Livre 3e, Tome I, 2e section: La transformation du profit en profit moyen – Chapitre 9: Établissement d’un taux général de profit (taux de profit moyen) et transformation des valeurs des marchandises en prix de production.

[33]Ibidem.

[34]. Le Capital, Livre 3e, Tome I, 2e section: La transformation du profit en profit moyen – Chapitre 10: Égalisation du taux général du profit par la concurrence. Prix de marché et valeurs de marché. Surprofit.

[35]. N. Mansouri-Guilani: entretien publié par la Nouvelle Vie Ouvrière (CGT), 12 septembre 2013.
http://nvo.fr/m.article.php?nbr=0&IDssrubrique=81&IDchapitre=2001

[36]. N. Mansouri-Guilani: « Il faut augmenter les salaires pour sortir de la crise ». Publié par la CGT – Centre confédéral d’études économiques et sociales, aout 2010.
http://www.cgt.fr/IMG/pdf/note_salaires.pdf

[37]. Le Capital, Livre 1er, Tome I, 3e section: La production de la plus-value absolue – Chapitre 7: La production de valeurs d’usage et la production de la plus-value. I. La production de valeurs d’usage.

[38]. Le Capital, Livre 1er, Tome I, 3e section: La production de la plus-value absolue – Chapitre 7: La production de valeurs d’usage et la production de la plus-value. II. Production de la plus-value.

[39]L’Humanité, 23/09/2015.

[40]. L’exploitation passe par l’extorsion de la plus‑value, c’est‑à‑dire que le temps durant lequel le capital s’approprie la valeur créé supplémentaire au salaire (le salaire correspond au temps nécessaire à la reproduction de la force de travail du prolétaire). Cette plus‑value peut être absolue (en allongeant le temps de travail) ou relative (en intensifiant la productivité durant un temps de travail donné).

[41]. Karl Marx, Le Capital, in Marx K., Œuvres – Economie, tome 1; Paris, Éditions Gallimard, 1965; p. 1146.

[42]. Eric Hayer, « Le (bon) bilan des 35 heures », Alternatives économiques, Hors série, n° 92, février 2012.

[43]L’Express, 13‑15/1/2017.
https://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/droit-travail/au-programme-social-de-benoit-hamon-le-revenu-universel-mais-pas-seulement_1868821.html