La révolte des travailleurs dévoyée

 

                La crise du système impérialiste mondial accélère les restructurations des appareils productifs et d’échange et des appareils politiques étatiques. Ces restructurations   accroissent  les contradictions entre le prolétariat et la bourgeoisie capitaliste, entre les monopoles entre eux, entre les monopoles et la moyenne et petite bourgeoisie productive, commerçante ou d’Etat. Le mouvement suscité en Bretagne par l’imminence de l’application de la loi sur l’écotaxe marque l’entrée en action d’une partie de la moyenne et petite bourgeoisie des secteurs agricoles et des transports, mais aussi de certains monopoles (les grandes entreprises de transport routier par exemple, les grandes exploitations agricoles…) contre la politique de l’Etat au service des intérêts généraux du capital.

Première victime de la crise, la classe ouvrière cherche de son côté la voie d’une contre offensive générale contre la politique du capital et de son Etat. De nombreuses luttes se succèdent, mais faute d’une organisation syndicale de lutte classe contre classe et faute d’un parti communiste digne de ce nom, capables d’unifier la classe ouvrière sur ses propres objectifs immédiats et historiques, beaucoup d’ouvriers écoutent les mots d’ordre populistes orchestrés par la réaction extrême ou se raccrochent aux mouvements d’autres classes qui ciblent le gouvernement qui les enfonce chaque jour un peu plus dans la pauvreté.

Des voix politiques se font même entendre pour réaliser dès maintenant des alliances, voire des fronts entre la classe ouvrière et les fractions de la bourgeoisie grande, moyenne et petite confrontées à la stratégie politique des monopoles multinationaux.

Le mouvement (des « bonnets rouges ») qui s’est déroulé en Bretagne contre l’écotaxe et dont la manifestation de Quimper a été le point culminant avec les destructions de portiques, de même que la manifestation alternative de Carhaix montée par  la CGT de Bretagne, ont suscité des points de vue contradictoires dans le mouvement communiste qui se réclame du marxisme léninisme.

Le ROCML n’a pas soutenu le mouvement des « bonnets rouges ».

Pourquoi ? Parce que même si des ouvriers (même nombreux)  étaient présents dans la manifestation de quimper, et même s’ils y ont manifesté leur révolte contre leurs conditions de vie et de travail et leur dégoût du gouvernement PS, ils l’ont fait sous la direction des organisations du capital qui, elles, défendaient leurs profits en faisant pression sur le pouvoir politique. Elles sont d’ailleurs parvenues à leur but : Ayrault a reporté l’application de l’écotaxe. En revanche, qu’ont obtenu les ouvriers présents dans ces actions ?

Des organisations d’extrême gauche, des militants syndicalistes et de la mouvance communiste ont soutenu la manifestation de Quimper. Pour les uns parce que les manifestants de Quimper ont utilisé des actions violentes dirigées contre le gouvernement socialiste. Ces organisations gauchistes confondent la forme et le contenu. Pour elles, tout ce qui cogne est révolutionnaire. Ils oublient que la droite la plus réactionnaire, fasciste peut recourir à la violence contre l’Etat bourgeois. L’Histoire l’a montré. Cela ne lui donne pas un caractère révolutionnaire.  Pour d’autres, il était juste d’unir les forces contre le capital monopoliste, l’ennemi principal.

Au  nom du dogme «  tout unir contre l’ennemi principal » ils ont considéré qu’il était juste de s’associer à une offensive d’une partie de la bourgeoisie patronale (PME et certains groupes de la branche agroalimentaire) contre le pouvoir central. Ils appuient leur argumentation sur des passages connus de l’ouvrage de Lénine La Maladie Infantile du Communisme, le Gauchisme.

Dans cet ouvrage, Lénine développe la nécessité des alliances de classes. Pour atteindre ses buts stratégiques, le prolétariat doit en effet rallier ou neutraliser les classes intermédiaires. Mais cette nécessité théorique est indissociable d’une analyse concrète de la situation concrète. C’est-à-dire de l’état actuel  des contradictions de classes, du degré de la crise politique au sein de la bourgeoisie, et surtout du niveau quantitatif et qualitatif de l’organisation du mouvement ouvrier révolutionnaire. Les alliances léninistes sont toujours dictées par la nécessité concrète d’élever le niveau du rapport de forces en faveur du prolétariat.

Aujourd’hui, l’organisation du mouvement ouvrier révolutionnaire est inexistante. Le prolétariat n’a aucun moyen de s’exprimer de manière indépendante des partis bourgeois. Envisager des alliances de classes tactiques avec des fractions de la bourgeoisie ne peut en aucune manière faire avancer la constitution du prolétariat en classe indépendante, consciente de ses intérêts immédiats et historiques et organisée pour faire triompher ces intérêts. Ces alliances fussent-elles ponctuelles, ne peuvent que servir les intérêts des fractions de la bourgeoisie considérées comme alliées. Dans cette configuration, les prolétaires ne peuvent que servir de force d’appoint d’une fraction de la bourgeoisie.

Mais  fallait-il pour autant être dupe des objectifs des dirigeants de la CGT bretonne à l’initiative de la « contre » manifestation de Carhaix : Certes, l’appel à manifester à Carhaix contenait avec raison la nécessité de faire entendre des revendications des travailleurs. Il était juste de se démarquer des buts réactionnaires de la manifestation de Quimper. Mais cette manifestation visait à canaliser la révolte des travailleurs dans la voie syndicale et politique réformiste, pacifiste, électoraliste, derrière le Front de Gauche, et en fait à affaiblir la révolte contre le gouvernement PS.  Mélenchon a très bien joué dans ces circonstances son rôle de garant de la république bourgeoise  en agitant le spectre de la chouannerie. La manifestation syndicale de Carhaix et le positionnement du Front de Gauche n’avaient pas d’objectifs de classe anticapitalistes ancrés dans les luttes de terrain, mais uniquement celui de se poser en alternative à la gauche du gouvernement PS.

Voilà pourquoi le ROCML juge qu’à Carhaix comme à Quimper, les travailleurs ont été dupés et leur révolte dévoyée. A Quimper par la réaction patronale, à Carhaix par les directions syndicales réformistes. Cependant le ROCML estime que c’est à Carhaix que les communistes devaient être. A la fois pour diffuser l’esprit de classe parmi les travailleurs et pour en démasquer les buts politiques.

QUELLES SONT LES TÂCHES DES COMMUNISTES DANS LA SITUATION ACTUELLE ?

Tous les communistes  en sont conscients : sans un Parti Communiste authentique, le prolétariat ne peut exister en tant que classe pour soi et imposer son indépendance politique.  Sans ce parti, les ouvriers seront ballotés d’illusions en illusions, d’un parti bourgeois de gauche à un parti bourgeois de droite ou d’extrême droite.

Sans un tel parti, toute alliance politique tournera à l’avantage de la bourgeoisie. Quand ce parti existera et qu’il dirigera les luttes ouvrières et populaires, alors  la question des alliances se posera sur d’autres bases.

Aujourd’hui, ce parti n’existe pas. Et il n’existera pas tant que la fraction la plus avancée du prolétariat ne sera pas parvenue au niveau de cette exigence, tant que cette fraction ne prendra pas en main sa construction. Le rôle des communistes est de travailler à l’émergence de cette fraction et à son organisation.

                      ROCML

22 novembre 2013