En Guyane: UN MOUVEMENT EXEMPLAIRE POUR LA CLASSE OUVRIERE

guyane_greve-568717Cette analyse publié dans notre journal de septembre 2017 est toujours d’actualité pour les luttes d’aujourd’hui en métropole

Après 5 semaines de grèves, manifestations et blocages, le collectif d’organisations guyanaises qui menait la contestation a signé un accord historique le 21 avril 2017 avec l’État français, portant sur près de 3 milliards d’euros (même si une bonne partie dépendra du bon vouloir du prochain gouvernement). C’est une victoire incontestable qui apporte la satisfaction partielle des revendications de la population dans les domaines de la santé et de l’éducation : l’hôpital de Kourou va devenir public, un CHU va être construit et des services manquants devraient ouvrir en différents points du territoire. De même dans l’éducation, des constructions attendues depuis des années vont enfin trouver des financements, dont le lycée de Maripasoula.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? Quelles sont les causes de contestation ? Quel devenir pour le peuple guyanais ?

La Guyane, entre héritage colonial

et sous-développement

 

Seul territoire français en Amérique du Sud, la Guyane a été colonisée et soumise à l’exploitation esclavagiste dès le XVIIe siècle. Les populations autochtones ont été soit exterminées soit repoussées dans la forêt amazonienne qui couvre la majorité du pays. Encore aujourd’hui les populations amérindiennes (moins de 5% de la population totale) représentent la part de la population la plus pauvre, dépossédée de ses terres (90% du département appartient à l’État) et de sa culture, et en proie à un taux de suicide inquiétant et largement supérieur à la moyenne nationale. Le gouvernement français laisse ces peuples dépérir à petits feux dans l’indifférence générale. La majorité de la population descend des esclaves africains « importés » en Guyane pour travailler dans les plantations de sucre, de café ou de cacao, remplaçant ainsi les populations indigènes décimées par les guerres, les maladies et le travail forcé.

La départementalisation de 1946 n’a fondamentalement pas changé la situation socio-économique de ces territoires coloniaux. L’économie de la Guyane, au même titre que celle des iles des Caraïbes ou de Polynésie, est à la fois dépendante des importations en provenance de la métropole, dominée en majorité par des descendants des anciens maitres esclavagistes (qui de planteurs se sont reconvertis dans le commerce ou l’import-export, le secteur le plus rentable), marquée par la faiblesse de l’activité productive (aucune industrie, agriculture défaillante) et la surreprésentation de la fonction publique (près de la moitié de l’emploi). Au lieu d’apporter une quelconque « libération », la départementalisation et les subventions publiques n’ont fait que renforcer la dépendance de ces territoires à l’égard de la France pour rendre caduque tout velléité de revendication indépendantiste, tout en continuant de nourrir grassement une élite coloniale parasitaire qui vit de la cherté des denrées (les prix des produits alimentaires sont 45% plus élevés qu’en métropole) ou des sur-rémunérations dans la fonction publique (40% de traitement en plus sans compter les primes).

En conséquence la population vit dans une misère qui ressemble à celle d’un pays du dit « Tiers-Monde ». En effet un certain nombre de services élémentaires ne sont pas assurés : 15% des Guyanais n’ont pas accès à l’eau, l’illettrisme est de 20%, le taux de chômage y est de 32,8% selon l’INSEE en 2015 (50% pour les jeunes), 60% des jeunes quittent le système scolaire sans diplômes soit 6 fois plus qu’en métropole, il y a 5 fois moins de médecins généralistes en Guyane qu’en métropole pour un même nombre d’habitants, etc. La vitrine du Centre spatial « guyanais » n’est qu’une façade trompeuse et dorée qui cache en réalité une situation sociale explosive. De plus ce site apporte peu à l’économie locale, il consomme la majorité de l’énergie produite sur place (au détriment de la population locale) et n’emploie en majorité que des métropolitains qui vivent en vase clos, déconnectés de la réalité guyanaise.

Cette situation sociale désastreuse est d’autant plus intolérable que la Guyane dispose de ressources importantes : une forêt primaire très riche en biodiversité, des métaux précieux (or notamment), des potentialités agricoles importantes, des réserves de pétrole offshore… Cependant ces ressources sont pillées selon des logiques prédatrices et destructrices pour l’environnement par les grands monopoles français (comme Total), tandis que l’État français se garde bien de développer les forces productives locales pour éviter toute revendication indépendantiste soutenu par le puissant voisin brésilien.

Aujourd’hui encore, on peut dire que la Guyane reste une colonie française, constat qui s’applique au reste des territoires d’Outre-Mer.

Le mouvement social guyanais

de mars-avril 2017

 

Dans ce contexte de sous-équipement, de couts à la consommation exorbitants pour les produits du quotidien, l’annonce de la vente du centre médico-chirurgical de Kourou (pour un euro symbolique) suscite l’inquiétude de la population et a été l’un des éléments déclencheurs des grèves et des barrages routiers. Les protestations ont commencé le 20 mars avec des barrages de grévistes d’EDF à Kourou. Des groupes se sont rassemblés sous la forme du collectif « pou la Gwiyann Dekolé », qui a formulé des demandes concernant l’éducation, la sécurité (la Guyane est le département de France le plus touché par la violence, le taux d’homicide est 12 fois supérieur à la moyenne nationale) ou la santé. Le 28 mars, plus de 10.000 personnes ont manifesté à Cayenne et ils étaient 4.000 à Saint-Laurent-du-Maroni, la deuxième commune du département. C’est énorme pour un département d’à peine 250.000 personnes. La grève générale a été effective à partir du 28 mars et a totalement bloqué le pays, portant un rude coup au Centre spatial de Kourou, « joyau » de l’État français.

À la pointe de la contestation se trouvait l’UTG (Union des travailleurs guyanais) dont le drapeau indépendantiste s’est imposé comme étendard du mouvement et symbole de l’unité du peuple guyanais dans la lutte contre l’État français. Sa signification est lourde de sens : Le vert et le jaune représentent les richesses du sol et du sous-sol, et l’étoile rouge l’orientation socialiste de la lutte anticoloniale.

Cela montre que le mouvement, malgré ses divisions et ses contradictions internes (comme la présence du MEDEF local, qui s’est très vite désolidarisé du mouvement lorsque celui-ci s’est radicalisé), avait une teinte politique marquée avec des désirs autonomistes ou du moins de prise en compte de la spécificité guyanaise, face à la cécité d’un État français qui ne reconnait aucune diversité sur l’ensemble du territoire « national » selon le principe bourgeois de la République « une et indivisible ». Cependant nous sommes lucides sur le fait qu’il n’y a pas encore à l’heure actuelle une volonté majoritaire de la population à se séparer de la métropole de façon unilatérale. Bien au contraire c’est plus un désir d’intégration qui anime les populations locales qui veulent des équipements et des infrastructures pour rattraper le niveau de vie de métropole. La perspective d’une indépendance peut même effrayer du fait de l’absence de base productive et de la dépendance quasi-totale à l’égard des aides en provenance de France (la majorité de la population survit avec les minimums sociaux). La dépendance créée et renforcée par le système colonial rend la revendication indépendantiste, dans la tête des peuples d’Outre-Mer, illusoire voire même néfaste en ce qui concerne leurs intérêts immédiats.

De même il est vain de projeter sur ces territoires nos recettes toutes faites de métropole. Certaines organisations politiques comme Lutte Ouvrière ont critiqué l’absence de revendications ouvrières notamment en termes d’augmentations salariales :

Il est frappant de constater que le cahier de revendications publié lundi 27 mars par les collectifs et signé du Collectif pour le décollage de la Guyane, le plus important, comporte une série de revendications concernant les agriculteurs, les Amérindiens, les enseignants, les transporteurs et bien d’autres, mais aucune ne concerne les travailleurs des entreprises. Il n’énonce aucune revendication ouvrière. Aucune augmentation de salaire, aucune revendication d’amélioration des conditions de travail n’y figure. (communiqué du 30 mars 2017.)

Cela constitue un exemple parfait d’une vision mécaniste des luttes sociales. Plutôt que de tenir compte des spécificités locales du territoire (et d’essayer de les comprendre), notamment le manque criant d’infrastructures indispensables et vitales pour la vie des sociétés, on plaque dessus nos représentations de métropolitains quitte à commettre des contresens. Si les revendications ouvrières sont absentes, c’est d’une part à cause de la faiblesse numérique de la classe ouvrière (elle n’existe quasiment pas en Guyane du fait de l’absence d’industries), et d’autre part parce que des augmentations de salaires ne règleraient en rien les problèmes du pays. La moindre revalorisation salariale entrainerait un surplus de consommation, donc des importations en hausse, au seul profit de la métropole et des supermarchés ! Elle serait aussi rapidement annulée par l’inflation et n’apportera pas de solution pérenne au manque d’éducation, de santé et de sécurité dont souffre la Guyane, à la différence d’un plan d’investissement dans les services publics qui seul peut apporter des améliorations (même de façon incomplète).

Les travailleurs de Guyane ont eu raison de se mobiliser pour plus d’investissements publics et contre les logiques de privatisation des services publics à l’œuvre au nom de la rigueur budgétaire. Par leur détermination ils ont montré que l’unité des travailleurs (avec le soutien ample de la population) et le blocage de l’économie pouvaient faire reculer l’État et le capital, et permettre d’obtenir, même de façon provisoire, l’amélioration des conditions de vie matérielle des opprimés. Dans une ambiance morose où le mouvement ouvrier français a subi des défaites successives ces dernières années face aux offensives du patronat et du gouvernement, cette lutte est une lueur d’espoir.

Il est aussi notre devoir, en tant que communistes et sincères militants anti-impérialistes, de dénoncer le traitement honteux que réserve l’État français à nos frères et sœurs des territoires ultramarins qui se retrouvent maintenus dans un ordre colonial injuste et inhumain. Nous devons soutenir leurs revendications nationales et autonomistes mais aussi œuvrer en métropole pour la révolution socialiste qui sera à même de les libérer du même coup de l’oppression coloniale et du capitalisme.

Solidarité avec les travailleurs de Guyane dans leur combat ! Seule la lutte paie !

Halte au pillage des ressources de la Guyane par les monopoles français !

À bas la politique coloniale de la France à l’égard de la Guyane !

C’est ensemble, travailleurs français et d’outre-mer, que nous pourrons détruire la bête immonde qu’est l’impérialisme français !

 

FACE AUX ATTAQUES DE LA BOURGEOISIE, LA FRANCE INSOUMISE DIFFUSE DES ILLUSIONS !

Avec l’élection d’Emmanuel Macron à la tête de l’Etat, c’est une nouvelle étape qui est franchie pour mettre en place une nouvelle offensive contre les acquis et les conditions de vie des salariés. Le mouvement ouvrier, qui s’est mobilisé en 2016 contre la loi El Khomri, va encore devoir batailler ferme pour empêcher les ordonnances Macron d’être appliquées. Dominé par les idées réformistes dans les revendications syndicales comme dans la lutte politique, le mouvement ouvrier ne dispose pas actuellement des outils pour vaincre le gouvernement Macron, bien disposé de son côté, à mener la guerre de classe(1).

Mélenchon,  la France Insoumise et le PCF ne sont pas la direction politique qu’il faut au mouvement ouvrier pour vaincre l’offensive du capital. Ce n’est pas pour rien que depuis qu’il n’existe plus de parti communiste digne de ce nom en France, le mouvement ouvrier n’a subi que des défaites. Pourquoi le réformisme mène-t-il les travailleurs à la défaite ?

Du côté économique, il ne se borne qu’à la critique des excès et de certaines politiques du système capitaliste mais ne condamne pas ce système dans son ensemble : « Nous adapterons désormais le système aux êtres humains et non plus l’inverse »(2). Adapter le capitalisme et non pas renverser et détruire ce système qui est basé sur la propriété privé des entreprises ne peut amener qu’à l’enrichissement d’une minorité d’individu au détriment d’une large majorité de la société, voilà le mot d’ordre de la France Insoumise. Bien entendu, ce point de vue ne permet pas de comprendre la crise du capitalisme et son fonctionnement. Pour Mélenchon, la crise n’est pas celle du système capitaliste mais est due à la politique de l’Offre et au pouvoir des actionnaires. Ainsi, une autre politique serait possible. Bien entendu, une alternative est possible mais pas dans le cadre de ce système. Et Mélenchon a faux sur toute la ligne. Le capital français tente de faire face à la crise et à ses concurrents en détruisant les conditions de vie et de travail des salariés afin de les rendre compétitifs face aux salariés chinois, allemands… L’objectif derrière est de maintenir les profits des grandes entreprises françaises. Celles-ci n’agissent pas par méchanceté envers les salariés mais parce que sous le capitalisme, pour qu’une entreprise survive et se développe, il faut qu’elle réalise des profits, les plus élevés possibles face à ses concurrents. Aucune politique ne peut donc empêcher le capitalisme de se restructurer dans ce sens. Au contraire, en faisant croire qu’il existerait une autre politique possible dans le cadre du capitalisme français, la France Insoumise maintient des illusions et empêche l’émergence d’un front anticapitaliste, qui veuille organiser les travailleurs pour contrer l’offensive du patronat par un puissant rapport de force.

Au point de vue international, Mélenchon ne fait pas une critique fondamentale de la politique menée par la France que nous qualifions, nous les communistes, d’impérialiste. Au contraire, la France Insoumise par la voix d’A. Corbières est venue au secours de l’armée et du général De Villiers estimant que « les conséquences de l’austérité sur l’armée sont intolérables. Le « coup de gueule » du général de Villiers est légitime »(3). Ce que ne disent pas nos apprentis militaristes, c’est que ces 850 millions d’économies se font sur des équipements militaires de combat offensif, c’est-à-dire sur du matériel servant aux interventions militaires. De plus, Macron ne renonce pas à porter à 2 % du PIB le budget des armées et de la « Défense ». La question que tout travailleur doit se poser est plutôt à quoi sert ce budget de l’armement ? Bien entendu, à cela le pâle imitateur de Jean Jaurès qu’est JL Mélenchon ne répond pas. Il n’explique pas pour quelle raison l’armée française intervient à l’extérieur. Si dans son programme la FI dit vouloir mettre fin à la Françafrique, elle ne revendique pourtant pas la fin des interventions françaises en Afrique et la fermeture de toutes ses bases sur ce continent(4). Au contraire, A. Corbières apporte son soutien au général De Villiers, ce représentant de tout ce que la France a de réactionnaire et d’impérialiste. Issu d’une famille de la noblesse et frère du politicien raciste et islamophobe Philippe de Villiers, le général de Villiers a commandé les troupes françaises partout où elles sont allées semer la mort pour augmenter leurs précarrés économique et stratégique : le Kosovo, l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Centrafrique, le Mali, les pays du Sahel…(5) Et à l’intérieur du pays ? La FI soutient-elle le maintien de l’état d’urgence et la militarisation de la société ? La vague de répression contre les mouvements ouvriers et démocratiques est aussi à lier à la place de plus en plus centrale qu’occupe l’armée dans la société. Plutôt que de dénoncer le rôle de cet instrument pour l’Etat capitaliste-impérialiste, Mélenchon ne fait que tromper les gens et attiser leur chauvinisme et nationalisme. L’intérêt des travailleurs est pourtant de dénoncer l’utilisation des armées pour l’intérêt économique et stratégiques des grandes entreprises et de l’Etat capitaliste, au détriment des peuples d’Afrique et d’Asie. Plutôt que dénoncer une petite baisse du budget des armées, les communistes dénoncent le manque d’argent pour l’éducation, la santé, la culture. Plus de 4 milliards d’euros d’économie sont prévus sur la santé en 2018 par rapport aux estimations des besoins réels(6).

Enfin, au point de vue politique, La FI fait l’erreur opportuniste classique mais inacceptable sur l’Etat et la prise du pouvoir. En effet, Mélenchon estime que l’Etat est au-dessus des classes sociales et qu’il peut être conquis au moyen des élections afin de mettre en place une politique favorable aux travailleurs. C’est absolument faux et répandre de telles idées, c’est entretenir des illusions sur l’Etat. Comme l’expliquaient K. Marx et Lénine, « L’Etat est un organisme de domination de classe, un organisme d’oppression d’une classe par une autre ; c’est la création d’un « ordre » qui légalise et affermit cette oppression en modérant le conflit des classes »(7). « Nous sommes pour la république démocratique en tant que meilleure forme d’Etat pour le prolétariat en régime capitaliste, mais nous n’avons pas le droit d’oublier que l’esclavage salarié est le lot du peuple, même dans la république bourgeoise la plus démocratique »(8). Il est bien vrai que dès que les salariés se révoltent, ils sont ramenés à la légalité bourgeoise ou réprimés violemment pour avoir osé revendiquer des mesures « plus justes ». Le mouvement contre la loi El Khomri a montré que le pouvoir bourgeois n’avait rien d’autre à proposer que la force aux manifestants. La démocratie n’était pas réelle pour l’immense majorité des salariés mais simplement au service des patrons. Même dans un rapport de force favorable pour les travailleurs, les moments favorables pour obtenir des acquis sous le capitalisme sont faibles et nécessitent une force politique très organisée et souvent révolutionnaire : en 1936, en 45 et en 68. Contrairement à ce qu’affirment les réformistes, la tête de l’Etat ne peut pas être conquise par les élections car la domination économique, politique et militaire de la bourgeoisie est trop forte. Pour instaurer un pouvoir ouvrier et populaire, il faut un parti qui organise les travailleurs et qui lutte pour renverser définitivement le pouvoir économique et politique du capital. Pour cela, la voie électorale est impossible : elle est illusoire.

(1) Il suffit de voir les mesures répressives avec la reprolongation de l’état d’urgence, les répressions de diverses manifestations : à Bure contre l’enfouissement des déchets nucléaires, à Bordeaux contre un local antifasciste, dans les divers rassemblements du front social…

(2) Généreux J., Les bonnes raisons de voter Mélenchon, Les liens qui libèrent, Paris, 2016, 174 p., p. 55.

(3) « Budget des Armées: Le général de Villiers sera reçu vendredi par Emmanuel Macron », 20 minutes, 16 juillet 2017

(4) https://avenirencommun.fr/livret-garde-nationale-defense/

(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Villiers_(militaire)

(6) « Santé : plus de 4 milliards d’économies en 2018 », Les Echos, 27/06/2017.

(7) Lénine, L’Etat et la révolution, Editions sociales, Paris, 1975, p. 12.

(8) Idem, p. 30.

 

Les élections moment important pour la bourgeoisie pas pour les travailleurs

Article du journal la VDC à retrouver ICI

Pour la première fois dans l’histoire récente de la République la campagne électorale ne se déroule pas sans risque pour la domination politique de la bourgeoisie sur les travailleurs et sur la société.

La République démocratique est la « meilleure forme politique possible du capitalisme »« la forme accomplie de la domination de la bourgeoisie » en tant que classe sur les autres classes sociales, pour la domination du capital sur le travail. « Le capital y assoit son pouvoir si solidement, nous dit Lénine, « que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d’institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise ».

Les autres formes d’Etat, autocratique, dictature militaire ou monopolisation du pouvoir par une fraction donnée de la bourgeoise qui réduisent les droits démocratiques se sont révélées un frein à la libre concurrence des capitaux et entrainé la révolte des peuples, le « printemps arabe » en est l’illustration récente.

En même temps, un autre aspect de la République bourgeoise est qu’elle est le  terrain » ou « la lutte de classe se débarrasse de ses dernières entraves et où se prépare son terrain de lutte » . Dans cette République Démocratique la bourgeoise ne peut gouverner sans l’appui des travailleurs  et le système électoral est une pièce maitresse pour assurer à la bourgeoise la domination politique des travailleurs en assurant la direction des affaires de l’Etat.

Ainsi les « citoyens », quelle que soient leur origine de classe sont appelés régulièrement à élire « démocratiquement » (du point de vue bourgeois) leurs représentants et à leur déléguer tout pouvoir pour un certain nombre d’années jusqu’aux prochaines échéances électorales.

 Dans ce système, dans toutes les démocraties modernes bourgeoises sont réalisées les conditions véritables  de la domination de classe bourgeoise toute entière deux partis luttant pour avoir le pouvoir et devenant à tour de rôle gouvernement et opposition. En France c’est le système de l’alternance, deux grands partis dits de gouvernement, l’un à droite de l’échiquier politique, l’autre à gauche. Tous les deux, quelle que soit la politique plus ou moins sociale menée, se partagent le pouvoir et restent des gérants loyaux du capitalisme selon les parole de Léon Blum dirigeant de la SFIO (ancêtre du PS).

Mais l’aggravation des contradictions du système capitaliste, la concurrence internationale, la difficulté de valorisation du capital, surtout depuis la crise de 2008, ont conduit les gouvernements de droite puis de gauche à s’en prendre aux conditions de vie des travailleurs. Conséquence, la lutte de classe s’est radicalisée en témoigne la longue lutte nationale contre la loi travail. Le rejet des politiciens corrompus s’est amplifié, « le parti » de l’abstention est devenu le premier parti de France et les contradictions entre les personnels politiques plus ou moins représentatifs de fractions de la bourgeoisie se sont développées.

On peut en juger sur les divergences de politique internationale, sur l’attitude envers Moscou, Pékin, dans le conflit syrien…, sur la loi travail.  Des regroupements à la droite du Parti républicain et à la gauche du PS ont grandi en influence et menacent le système d’alternance entre le parti LR et le PS. Des tentatives de recomposition de pôles attractifs à droite comme à gauche sont en cours. Et en particulier une opération de revalorisation de la social-démocratie dans le PS ou en dehors se profile (Mélenchon, Hamon). La décomposition des partis de gouvernements conduit à déplacer les frontières entre droite gauche et extrême droite mais en préservant le système d’alternance nécessaire.

Maintenir parmi les travailleurs l’illusion  que c’est par les élections qu’ils peuvent agir politiquement et choisir « démocratiquement », en toute liberté un candidat qui mènera une politique en leur faveur, est vital pour la bourgeoisie. Aussi elle voit avec effroi la machine électorale se gripper, ce qui peut ébranler sa domination politique en dévoilant le caractère fictif de « leur démocratie »

Le système des primaires, inspiré plus ou moins du système américain a été mis en place pour tenter de redonner plus d’intérêt aux élections présidentielles. Il a pu donner l’illusion que le « peuple de droite et de gauche »peuvent choisir librement, démocratiquement leur candidat mais en fait il a révélé toutes les turpitudes des principaux partis de la bourgeoisie.

Mais peu importe pour la classe dominante qu’un grand nombre de travailleurs n’aille plus voter (car contrairement à ce qui est dit ils ne se tournent pas massivement vers le FN, mais s’abstiennent). En effet l’abstention aujourd’hui est une forme de rejet de la politique en général, de passivité politique et ne conduit pas à une prise de conscience anticapitaliste et cela la bourgeoisie s’en accommode parfaitement. Ces abstentionnistes sont mis au banc de la société, ce sont de mauvais citoyens qui ne doivent pas se plaindre puisqu’ils n’ont pas voté !

La situation objective ne joue plus en faveur de la bourgeoisie, les fissures du système électoral en sont le reflet. Il est fini le temps où elle pouvait faire des concessions aux travailleurs en utilisant le courant réformiste social-démocrate pour faire illusion. Elle n’en a plus les moyens et bien au contraire elle n’a d’autre issue que de renforcer l’exploitation des prolétaires, de renforcer la dictature du capital. Quel que soit le candidat qui sera porté aux plus hautes responsabilités de la République, les travailleurs n’auront d’autre choix que de se battre. Et dans cette lutte, ils prendront conscience, qu’ils n’ont d’autre alternative que de prendre le pouvoir en tant que classe et instaurer leur République socialiste. Les véritables communistes en participant à ces luttes ont pour devoir de faire que cette alternative devienne l’objectif des éléments les plus combattifs de la classe.

ROCML

Le profit, but de la production capitaliste

Nous publions un article qui a été publié dans un journal de la Fédération CGT du bâtiment. Il a pour objectif d’expliquer le but du système capitaliste, qui est le profit.

           La réalisation du profit est le but unique du mode de production capitaliste et non la satisfaction des besoins des travailleurs, la production des biens qui  se retrouvent sous forme de marchandises n’est que le passage obligé pour le capitaliste  pour réaliser son profit en vendant ces marchandises. C’est pour réaliser un profit que l’on crée des entreprises ou qu’on les ferme. C’est au nom du profit et pour l’augmenter que l’on licencie les travailleurs que l’on réduit les coûts de production en bloquant ou réduisant les salaires et  les dépenses de santé des travailleurs ou en augmentant la durée des journées de travail.

Mais d’où vient ce profit ? Il parait évident  qu’un chef d’entreprise fasse du profit- sinon il ferme son usine et va investir ailleurs – Et ce profit est considéré comme la « juste rémunération » du capitaliste   par le risque qu’il prend ou par le travail de direction qu’il effectue. On remet en cause  le capital financier, les actionnaires qui sans travailleur vivent de leur dividendes pour l’argent qu’ils ont avancé à l’entrepreneur et on va réclamer une plus juste répartition des profits entre capitalistes et salariés, entre le capital et le travail.

Mais il faut se méfier des évidences ! Tout cela peut justifier tout au plus que dans le mode de production capitaliste pourquoi le profit est nécessaire, mais ne donne aucune explication sur son origine.

Pour en trouver l’origine il faut aller la chercher au-delà des apparences. C’est la science, et en ce domaine la science économique marxiste qui permet de résoudre cette énigme. C’est Marx dans son œuvre monumentale «  le capital »  qui l’a résolue. Sans rentrer dans toute sa démarche – il faut étudier le capital pour cela – nous allons essayer d’en donner les grandes lignes.

Pour produire le capitaliste trouve sur le marché du travail ( il porte bien son nom)  une marchandise particulière que le travailleur propose à la « vente » au capitaliste : ses capacités physiques et intellectuelles nous l’appellerons avec Marx : la   force de travail . Cette force est achetée par le capitaliste à sa valeur et il va l’utiliser  pour un certain  nombre d’heures seulement limitées par les lois en vigueur sur la durée du travail et selon les clauses du contrat de travail librement accepté par les deux parties. Avec l’expérience on s’aperçoit que le capitaliste cherche constamment par soucis de  « rentabilité » de dépasser ces limitations  ce qui entraîne une lutte de classe constante entre les capitalistes et les travailleurs.

Or cette marchandise, la force de travail a la propriété de pouvoir produire plus de valeur que ce qui est nécessaire à son achat (salaire)  et donc à sa production : C’est-à-dire pour assurer la vie du travailleur et sa reproduction. Pour que le capitaliste trouve en permanence sur le marché cette marchandise « force de travail » il faut qu’elle puisse se reproduire – donc la valeur de la force de travail inclue les frais de santé, l’éduction des enfants dans une situation donnée de développement historique atteint par la société. Ce qui explique que sa valeur est plus grande dans nos métropoles impérialistes que dans les conditions misérables de certains pays et explique entre autre que des travailleurs immigrés ou détachés se contentent d’un salaire dégradé par rapport aux travailleurs nationaux.

Le capitaliste va donc exploiter cette propriété pour faire produire au travailleur plus de valeur que ce qu’il a investi pour l’acheter.

Ainsi par exemple prenons un travailleur qui travaille huit heures par jour il va travailler 4 h, temps de travail équivalent à la part de son salaire journalier et 4h gratuitement pour le capitaliste. Le travail gratuit réalisé  constitue ce que  l’on appelle la plus-value ou sur valeur qui est à l’origine non seulement du profit de l’industriel  mais aussi de TOUS les profits. Cette plus-value alimente le profit de l’industriel, le profit du capitaliste du secteur commercial, les intérêts versés pour les crédits contractés, les dividendes aux actionnaires  qui a investi dans l’entreprise, la rente foncière payée aux propriétaires des locaux et  bâtiments loués par l’entrepreneur, à rémunérer les gestionnaires du capital (directeurs, grands patrons) etc…

Voilà qui rend fausses ou inopérantes  un certain nombre d’affirmation  comme :

– le profit comme assurance pour le risque que prend l’entrepreneur. Qu’il prenne des risque ou pas le profit se réalise quand l’entreprise marche et disparait quand l’entreprise pour des raisons diverses  périclite.

– qui explique les rémunérations  astronomiques des grands patrons justifiés par leurs responsabilités dans l’entreprise qui peuvent la forme de – Que la possibilité d’un partage dit équitable entre profits et salaires est une ineptie profonde, quel peut être le « niveau » de ce partage  dans la mesure où le profit est du travail gratuit du travailleur accaparé par le capital. Seule la lutte de classe est l’arbitre de la relation patronat prolétariat et ne peut se stabilise momentanément à un niveau donné que  par la lutte collective politique et syndicale des travailleurs, c’est ce que nous montre la réalité de tous les jours tant au niveau de l’entreprise qu’au niveau national.

Il resterait à développer, par exemple pour le cas VINCI comment la multinationale optimise la production de profit par le partage du travail entre diverses sous entreprises, utilisation de moyens comptables pour soustraire le plus de profit possible à l’impôt, organise le partage du travail avec les sous-traitants et les travailleurs détachés ainsi que la lutte contre l’organisation collective des travailleurs seule garante de leur résistance aux attaques du capital.

VAINCRE LE GOUVERNEMENT PS, UNE NECESSITE DE CLASSE

Le tract en PDF ICI

Le mouvement El Khomri est dans une phase importante : la construction de la grève reconductible et l’amplification de la lutte. Pour retirer la « loi travail », tout le monde a conscience que la solution ne peut venir que de nous, de notre mouvement et de notre capacité à imposer un rapport de force radical, de classe, à ce gouvernement du patronat.

 

CONSTRUIRE UN RAPPORT DE FORCE DE CLASSE

 

TRAVAILLEURS,

 

  • Nous devons continuer de mobiliser à la base, convaincre que cette loi est un retour au XIXème siècle. Pour cela, nous devons lier les revendications d’entreprise et locales à celles contre la loi Khonnerie.
  • Nous sommes la force qui peut faire céder le gouvernement. Pour cela, nous devons construire la grève reconductible, toucher le capital et l’Etat à son service en plein cœur en bloquant économiquement le pays.
  • Nous devons aussi protéger les jeunes qui font face, comme nous, à la répression dans les manifestations. Montrons leur que les syndicats sont avec eux car le gouvernement essaye de nous diviser !

 

ETUDIANTS, LYCEENS,

  • Nous avons été touchés par la répression. Nous avons pris conscience que la police est au service de l’Etat qui défend les intérêts de la bourgeoisie. Notre force de mobilisation et notre radicalité ne peut être que dans la liaison avec les travailleurs qui organisent la reconduction de la grève et le blocage économique.
  • Certains n’ont que le mot « grève générale » à la bouche et s’en prennent aux syndicats Même si les syndicats ne sont pas révolutionnaires, ce sont les seules organisations de masse à mettre massivement les travailleurs dans l’action. La CGT a toujours affirmé le rejet de la loi Khomri, que la violence venait de la police. La reconduction de la grève ne peut que se construire grâce aux syndicats. La division « jeunes » « syndicat » est une arme du gouvernement.
  • Nous ne serons forts que si nous restons unis avec les travailleurs. Pour cela, organisons des caisses de grève en faveurs des secteurs et des boites qui se mobilisent puissamment et dans la durée. Faisons des collectes d’argent sur nos lieux d’études, de travail, dans les quartiers. Allons sur les actions de blocages, aidons les travailleurs à bloquer l’économie, apportons y notre solidarité, invitons les dans les facs et à Nuit Debout.

 

LUTTONS, ORGANISONS NOUS ET BLOQUONS LE PAYS JUSQU’AU RETRAIT

LA SOLUTION POLITIQUE 

N’EST PAS EN 2017

 

Les « pseudo frondeurs » ont montré leur vrai visage lors du vote de la censure au gouvernement. Ils ne sont pas crédibles. Les réformistes, c’est-à-dire les anciennes organisations composant le Front de Gauche, estiment que seule « une majorité législative » peut modifier la donne. Leurs organisations sont tournées vers les élections, non vers la lutte. Ils prétendent possible une autre politique dans le cadre de ce système !

 

Le problème c’est le capitalisme : il faut l’abattre ! Nous devons construire un Parti qui défende les intérêts politiques des travailleurs de manière permanente, qui liera les luttes pour les revendications immédiates à la perspective révolutionnaire du renversement du capitalisme !

Sur le mot d’ordre de sortie de l’Europe

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Un article toujours d’actualité, extrait de la Voix des Communistes n°5.

La profonde crise sociale qui secoue l’ensemble des pays européens a fait apparaître dans ces pays des revendications désignant l’UE comme la source de tous les maux et prônant la sortie de la zone euro et de l’Union Européenne.

Remarquons tout de suite que le retour à une monnaie nationale ne remettrait pas en cause le fondement de la crise, puisqu’il ne s’agit pas d’une crise monétaire mais d’une crise générale du système capitaliste. En France, cette revendication du retour au franc est l’expression d’un sentiment nationaliste chauvin, désignant les « autres » comme cause des difficultés de la société.

Quant au mot d’ordre « Sortir de L’Union Européenne » de portée plus large sur quelle réalité repose-t-il et qu’implique-t-il?

L’UE est un cartel de pays impérialistes, c’est une machine servant à favoriser les impérialistes d’Europe dans leurs rivalités envers les autres impérialistes (US, russes, chinois, etc.). Le mythe de l’Europe Unie s’est brulé les ailes depuis bien longtemps: le « rêve » des fédéralistes tombe devant la réalité matérielle du capitalisme et de l’inégalité de développement du capitalisme qui font que dans le cadre de ce système, aucune union harmonieuse ne peut exister durablement, les bourgeoisies gardant une base nationale et restant en concurrence les unes avec les autres. Malgré les discours, les ententes entre pays capitalistes ne sont possibles que si chacun peut y trouver son compte !

Se retirer de l’Union Européenne est une revendication très naturelle pour les peuples engagés malgré eux dans cette structure. Et nous, communistes sommes pour la destruction de toutes les structures dont la raison d’existence est de permettre la domination de classe de la bourgeoisie, que ces instances soient nationales ou supranationales. Nous sommes donc pour la destruction de l’Union Européenne. Pour autant cette seule revendication n’est absolument pas suffisante. Comme dans la question de l’euro, s’en tenir au retrait de l’UE ce serait revenir à un « capitalisme national » historiquement dépassé, à la fois réactionnaire et utopique. Certains courants politiques en France notamment, adoptent sur cette question une position chauvine: ils voient l’UE comme un outil d’asservissement de la France, alors que c’est le contraire: l’UE est un outil des puissances impérialistes, dont la France. Plutôt que de réduire, elle sert à accroitre sa force (et si ce n’était pas le cas, cela ferait bien longtemps qu’on n’en parlerait plus!). Ces positions chauvines conduisent à entretenir le sentiment national des travailleurs, leur soumission à la bourgeoisie au nom de l’intérêt national, en affaiblissant la conscience de classe. De ce point de vue chauvin, la sortie de l’Union Européenne, de ce cartel des impérialistes, perd donc son caractère progressiste pour devenir un des moyens d’une visée réactionnaire.

Pour que cette revendication de sortie de l’UE ne soit pas marquée de chauvinisme mais soit en accord avec les principes internationalistes, il faudrait la considérer comme une voie pour détruire l’UE et affaiblir les pays impérialistes qui la constituent. Mais pour cela le seul moyen est la révolution socialiste. C’est pourquoi seuls ne versent pas dans le chauvinisme ceux qui considèrent la nécessité de la sortie et de la destruction de l’Union Européenne comme conséquence de la révolution socialiste dans chaque pays!

Cette lutte pour le socialisme, qui entraînera l’éclatement de l’UE dirigée par et pour les pays impérialistes qui la constituent, n’est pas une lutte purement nationale mais internationaliste: elle vise à détruire le capitalisme non seulement dans un pays, mais partout! Elle vise à ce que la classe ouvrière prenne possession du pouvoir et transforme la société dans un pays et partout! C’est une lutte solidaire de la classe ouvrière et des peuples du monde entier.

Cette analyse, qui différencie les communistes des chauvinistes quant à la question de la sortie de l’Union européenne avait été faite dès 1994 par une organisation grecque du nom de S.A.K.E. Dans leur brochure « Hors de l’UE impérialiste, Pour une Grèce socialiste » ils y disent notamment que, si l’adhésion de la Grèce a l’UE a été bénéfique pour la bourgeoisie à qui elle a donné « un parapluie protecteur », cela s’est traduit pour le prolétariat par la restriction des droits, des reculs sociaux et la montée du chômage.

Concernant la lutte pour la sortie de l’Union Européenne il est dit : «La lutte pour le désengagement de la Grèce de l’UE, la lutte pour la victoire de la révolution populaire socialiste n’est pas une lutte purement nationale. C’est une lutte internationaliste, non seulement contre le capitalisme grec mais contre le capitalisme mondial (…). La lutte pour le désengagement de la Grèce de l’UE n’est pas une lutte pour une Grèce capitaliste indépendante, qui ne peut exister, et qui même si elle existait serait aussi anti-ouvrière et antipopulaire qu’une Grèce membre de l’UE (…). Peu avant dans le texte, précédant ces explications, l’idée énoncée était: « Au cours du processus de développement du mouvement révolutionnaire, il se peut qu’un membre de la CEE devienne le maillon faible de la chaîne et que les conditions révolutionnaires y murissent. La classe ouvrière victorieuse, appuyée par les classes ouvrières des autres pays, doit alors sortir le pays de l’UE, ce qui constituera un coup décisif contre la coalition impérialiste et accélèrera le processus de décomposition et de dissolution, en aidant ainsi le développement du climat révolutionnaire dans les autres pays »

Voilà qui rétablit la position de l’internationalisme à l’heure où se développent des discours tentant de remettre au goût du jour la farce du « produisons français » que le PCF révisionniste a déjà essayée dans le passé de vendre vainement aux ouvriers de France.

La croyance en un retour salvateur à un espace national « protégé » participe à la tentation de chercher des « solutions » dans le cadre du capitalisme « national ». Cassant les reins à ces inepties, écartant les freins à la conscience révolutionnaire, la tâche actuelle des communistes est la formation de partis communistes marxistes- léninistes véritables et la préparation de la classe ouvrière, du prolétariat et des masses populaires en général à la révolution socialiste.

Abattre le système capitaliste pourrissant ou supporter des souffrances encore plus grandes dans l’implosion du système (guerres, famines, destructions de la force de travail…) – capitalisme ou socialisme – tel est, en définitive, le seul choix qui est posé aux prolétaires.

Voilà pourquoi les communistes rejettent ce mot d’ordre « sortir de l’Union Européenne » : Parce qu’il sème des illusions chauvines parmi travailleurs et parce que sa réalisation ne constituerait en rien un pas en avant vers la révolution socialiste.

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Crise de la Dette

Extrait de la VDC N°5

CRISE DE LA DETTE
Manifestation de l’aggravation des contradictions
du mode de production capitaliste

Toutes les places boursières s’affolent. La bourse est à la baisse jusqu’à entrevoir un nouveau krach boursier. La note attribuée à la dette américaine a été abaissée d’un cran (de AAA, meilleure note, à AA+) par l’agence Standard and Poor’s, une première. Cela signifie que cette agence de notation (la première à avoir, il y a deux ans, dévalué la note grecque) considère que les Etats-Unis présentent des risques quant à leur capacité à honorer leur dette, provoquant une perte de confiance des milieux financiers et les réactions erratiques du marché financier : c’est l’aspect visible d’une crise plus profonde qui affecte le monde capitaliste mondialisé.
En 2008 déjà, la crise frappait. La crise de la dette n’est que l’aspect superficiel de cette crise. Non pas que la situation soit inédite, elle est aujourd’hui a un niveau de gravité supérieure: les contradictions inhérentes au capitalisme font leur œuvre: le cancer se généralise, après la Grèce, l’ensemble des pays d’Europe et d’Amérique sont touchés.
Ce n’est pas du côté de la bourgeoisie que nous aurons une explication claire et scientifique des évènements en cours. La bourgeoisie n’a pas intérêt à dévoiler les conséquences du système qui est le sien. Elle tente d’en rester à une fixation de l’attention des masses sur les cours de bourse et les problèmes financiers, comme si le fond du problème était la hausse ou la baisse, et que cette hausse ou baisse, venant d’on ne sait où, était la clé des problèmes économiques.
Or pour comprendre ce qu’est la crise et la place qu’occupe la dette publique dans ses mécanismes il faut comprendre d’où vient cette crise, qu’elle en est la source fondamentale.

De la crise de surproduction à la crise financière et boursière.

La crise, qui frappe également à des degrés divers les pays en Europe et aux Etats-Unis, est avant tout une crise de surproduction. Le capitalisme est agité par des contradictions insolubles. D’une part, il faut produire toujours plus de marchandises, avec des coûts de production (dont les salaires) toujours plus faibles que ses concurrents pour générer un profit plus important. Or cette baisse des coûts de production se traduit par une baisse des salaires et par conséquent, une baisse du niveau de vie des masses. Ce qui a pour conséquence de freiner l’écoulement des marchandises produites, que les masses ne peuvent pas acheter et qui s’entassent dans les entrepôts. A l’échelle de la société cela se traduit par des faillites en chaîne et par la montée du chômage.. Nous avons donc cette situation absurde avec d’un côté une masse de marchandises produites et de l’autre des masses qui ne peuvent se les procurer et qui manquent de tout. « La logique du profit capitaliste conduit immanquablement à la crise de surproduction, à cette contradiction scandaleuse de la capacité matérielle de produire des biens d’usage qui permettraient aux masses de vivre aisément, et de l’autre, de l’impossibilité de ces masses d’acheter et de consommer ces biens dont elles ont besoin. »

Dans la production, le recours au crédit est indispensable pour les capitalistes: pour écouler les produits, de même que pour continuer à produire alors que la production précédente n’est pas encore écoulée. Avec la baisse de la production consécutive au ralentissement de la consommation, les crédits deviennent de plus en plus vitaux pour maintenir la production de plus-value2. Or, la récession, conséquence logique de la mévente des marchandises et de la baisse de la production qui s’en suit, creuse le fossé entre les besoins de crédit du capital et ses capacités à en rembourser les intérêts. Quand se manifeste l’écroulement de productions financées à crédit, les établissements qui font commerce du crédit (les banques) voient leurs créances fondre comme neige au soleil, entrainant leurs propres difficultés. Les banques qui ont prêté de l’argent, suite à la banqueroute de leurs créanciers, voient fondre leurs réserves. La crise de surproduction prend alors la forme de crise financière. L’interdépendance des capitaux entrainant une réaction en chaîne, la faillite des uns provoquant celle des autres. Les Etats, acteurs politiques de domination du capital sur les travailleurs mais également acteurs économiques, se chargent de supporter une grosse partie de la crise, en épongeant les dettes privées et en ayant recours au crédit pour éviter l’implosion sociale et de la société: les charges de l’Etat augmentent pendant que les ressources stagnent ou diminuent (la masse des impôts diminue), aboutissant sur une situation où l’Etat lui-même ne peut plus satisfaire le remboursement des intérêts de la dette qu’il a contracté, est menacé de faillite comme en Grèce, fragilisant considérablement les pays et banques créditrices et entrainant des mouvements imprévisibles d’affolement des bourses.
Il arrive une situation où l’Etat n’a plus, du fait de la crise profonde du capital, les moyens de « payer » les intérêts de la dette en cours – il est en situation de « faillite », d’où la méfiance des « marchés » , des investisseurs qui demandent des taux d’intérêts plus élevés pour tout nouvel emprunt (c’est ce qui est arrivé à la Grèce) et provoque le sauve qui peut du capital financier et des bourses. La crise de la dette est une partie du problème de la faillite du système capitaliste, de sa nature sénile, de son incapacité à diriger la société et l’entrainant à sa perte.
La crise boursière est donc une manifestation d’une crise déjà présente. Les baisses des cours d’une société signifient qu’un nombre plus important de porteurs vendent leurs actions (c’est à dire des part dans le capital de la société), du fait de la situation de difficulté économique de l’entreprise (soit immédiate: l’entreprise a diminué son profit, soit anticipée: on anticipe une perte de profit dans l’avenir proche). Quand la surproduction est générale alors les cours s’effondrent jusqu’au krach boursier.
Notons que cette surproduction ne reste que relative car cette surproduction existe par rapport aux possibilités de valorisation du capital (c’est à dire de sa possibilité de s’investir pour croître avec un profit), mais n’est pas surproduction par rapport aux besoins de consommation des masses, qui par millions n’ont pas les ressources pour se procurer des moyens de subsistance et sont frappées par le dénuement et la famine qui en résulte.
La crise et les étapes qu’elle traverse, ne sont pas la conséquence d’une mauvaise gestion, de l’incapacité de tel ou tel dirigeant, mais la conséquence inévitable des contradictions du mode de production capitaliste.

Le rôle de la dette dans l’économie.

L’argent de la dette sert, avec les impôts, et l’émission de titres (par exemple les bons du trésor aux Etats Unis) à alimenter le budget de l’Etat. Ce budget que Marx considérait déjà comme « un budget de la bourgeoisie » sert à aider directement les capitalistes notamment par des subventions, exonérations d’impôts, marchés publics, mais aussi indirectement, en jouant le rôle de « capitaliste collectif » en intervenant dans l’économie, en aménageant le territoire, en créant des infrastructures utiles à la production et au commerce, en entretenant des forces de répression et de maintien de la domination de classe, en entretenant la force de travail (aide à l’embauche, retraites, hôpitaux, sécurité sociale, transports ….). D’ailleurs c’est sur ce dernier aspect que se nourrit l’illusion de « l’Etat providence » entretenue par le personnel politique pour culpabiliser les travailleurs en les désignant comme responsables de la dette, s’attachant à masquer la nature de classe de l’Etat, le présentant comme au service de tous. Or, l’Etat, dans toute société de classe n’est autre qu’un appareil de domination de la classe qui dirige, la classe dominante. Dans toutes ses actions, l’Etat sert soit directement soit indirectement les intérêts du capital, car c’est précisément la fonction de l’Etat dans une société capitaliste.
La dette n’est pas seulement une conséquence de la nécessité d’emprunter. Elle joue aussi un rôle essentiel pour le capital financier par l’intermédiaire de l’Etat pour extorquer la plus-value. L’argent servant à payer les intérêts de la dette provient en effet des impôts, qui sont en définitive une partie des revenus des travailleurs, qui est prélevée chaque année et à chaque achat (notamment par la TVA). En somme, les capitalistes qui se sont déjà servi une fois en plus-value lors de la réalisation des marchandises, se servent une deuxième fois, par l’intermédiaire de l’Etat, grâce au mécanisme de la dette.
La dette renforce également la dépendance des pays empruntant vis à vis des préteurs. Les grands groupes impérialistes en prêtant de l’argent resserrent leur domination et le contrôle sur les pays et ses matières premières- auxquels ils prêtent.

La réaction de la bourgeoisie à la crise: le plan d’austérité

L’Etat ne peut maitriser l’accroissement de la dette publique, qui augmente inexorablement au fur et à mesure de l’accumulation du capital. Et il doit absolument l’entretenir pour éviter l’écroulement. Les discours la main sur le cœur, tendant à rééquilibrer les finances publiques ne doivent pas nous tromper. En réalité, la dette est nécessaire au fonctionnement du système.
Aussi l’ objectif des plans d’austérité prenant prétexte de la dette vise en réalité à « réamorcer » la pompe à profits en réduisant les frais « improductifs » destinés à la reproduction de la force de travail et donc à baisser son « coût » pour le capital: gel et baisse des salaires dans le public comme dans le privé, plan de privatisations massifs, recul de l’âge de la retraite, hausse des taxes et des impôts directs, etc. Voilà la réponse sur le plan intérieur. Sur le plan extérieur, la réponse de la bourgeoisie est la fuite en avant dans les rivalités inter-impérialistes pour la lutte contre les concurrents, la conquête de marchés et des matières premières, pour diminuer le coût de fabrication des produits et tenter de les écouler. Ces rivalités se manifestent tant dans la lutte économique – la lutte « pacifique » pour la domination économique que dans la guerre déclarée, guerre à laquelle ne peuvent que nécessairement aboutir les rivalités entre impérialismes. La guerre est une solution pour détruire les forces productives en surplus et résorber la crise, relancer la machine productive, relancer les profits. A ce titre, l’impérialisme français compte bien faire valoir ses intérêts sur le pétrole libyen et la reconstruction du pays suite à l’agression de ce pays et la mise en place, par la guerre, d’un régime politique plus avantageux pour l’impérialisme français.

La lutte des prolétaires contre la crise et les politiques de la bourgeoisie

Les prolétaires grecs, les premiers, ont répondu avec une force et une détermination que nous ne pouvons que saluer et encourager. Depuis un an et demi, de nombreuses journées de grève avec un caractère massif et très combatives ont eu lieu pour refuser de payer les pots cassés de la crise du capital. Des mots d’ordre anticapitalistes, dénonçant le capitalisme comme système, sont apparus et ont été repris dans les cortèges de grévistes et de manifestants.
L’intervention de L’UE sur le prétendu « plan de sauvetage de la Grèce » n’est rien d’autre qu’un plan de soutien aux investisseurs en Grèce, et notamment de grandes banques françaises, affolées de perdre une partie de leurs créances. La déclaration de Nicolas Sarkozy « ce que nous ferons pour la Grèce, nous ne le ferons pour aucun autre pays. » montre la peur des gouvernants d’une contagion de la contestation du prolétariat dans d’autres pays que la Grèce ainsi que la faiblesse avouée de la bourgeoisie qui montre son incapacité à maitriser la situation économique internationale.
Tous les prolétaires dans les autres pays frappés également par la crise économique ont intérêt à soutenir le combat des travailleurs de Grèce, et ont, eux-mêmes pour leur propre situation à se préparer à la lutte.
Les travailleurs n’ont aucun intérêt à sauver le capitalisme en crise, mais à l’abattre !

Voir la brochure du ROC ML expliquant les mécanismes de la crise: «ELEMENTS GENERAUX D’ANALYSE POUR COMPRENDRE LA CRISE ACTUELLE ET OUVRIR UNE PERSPECTIVE
1 Terme scientifique somme de tous les profits réalisés (du capitaliste production,du financier, du grossiste, distributeur final…)