Recep Tayyip Erdoğan
Déclaration sur le projet "Une Turquie sans terrorisme"[1]
12 juillet 2025

Le président du parti AKP et président de la République, Recep Tayyip Erdoğan, s’est exprimé aujourd’hui lors de la 32e réunion de consultation et d’évaluation de son parti à Kizilcahamam, près d’Ankara.

Alors que l’on s’interrogeait sur la réponse qu’il apporterait à la cérémonie symbolique de dépôt des armes organisée hier (11 juillet) par le PKK dans les limites de Souleimaniye, M. Erdoğan a annoncé la création d’une commission au sein de l’Assemblée nationale turque dans le cadre du nouveau processus de paix.

M. Erdoğan a également annoncé que l’AKP, le MHP et le DEM Parti agiraient de concert dans ce processus.

Selon l’agence de presse Firat Haber Ajansi (ANF), le message d’un groupe de membres du PKK appelé "Groupe pour la paix et la société démocratique" concernant la cérémonie est le suivant.

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Hier, le fléau du terrorisme qui dure depuis 47 ans[2] a, Dieu merci, commencé à prendre fin. Nous suivons de près toutes les initiatives visant à mettre fin au sang versé, à sécher les larmes des mères, à apaiser les souffrances et à renforcer la fraternité. Le projet "Une Turquie sans terrorisme" que nous avons suivi ces derniers temps n’est pas, je le dis clairement, le résultat d’une négociation, d’un marchandage ou d’un processus de concessions mutuelles. Aujourd’hui est un nouveau jour, une nouvelle page de l’histoire s’est ouverte. Aujourd’hui, les portes d’une Turquie grande et puissante, du siècle de la Turquie, se sont ouvertes en grand. Que tout le monde en soit sûr : nous ne laisserons pas bafouer l’honneur de la République de Turquie, nous ne laisserons jamais baisser la tête. C’est dans cet esprit que nous suivons notre projet "Une Turquie sans terrorisme".

Après la première action menée en 1984, le terrorisme n’a malheureusement pas cessé de s’intensifier en Turquie. Depuis lors, plusieurs gouvernements se sont succédé. Chacun d’entre eux a déclaré vouloir éradiquer le terrorisme. Mais le terrorisme n’a pu être éliminé ni sur notre territoire, ni sur les territoires d’autres pays qu’il avait conquis. Certaines pratiques erronées de l’État ont bien sûr contribué à cette situation. Les "Beyaz Toros"[3] en faisaient partie, les meurtres non élucidés en faisaient partie, la prison de Diyarbakır en faisait partie. Les villages incendiés, les personnes contraintes de fuir du jour au lendemain, les mères qui ne pouvaient pas parler kurde avec leur enfant en prison, tout cela faisait partie de ces mauvaises pratiques. Les méthodes de lutte illégales et illégitimes, loin de mettre fin au terrorisme, l’ont au contraire attisé, amplifié et ont offert un terrain fertile à l’organisation terroriste.

[…]

[Au sujet du dépôt des armes par le PKK] La Turquie a gagné, mon peuple a gagné. Les Turcs, les Kurdes, les Arabes, chacun de nos 86 millions de citoyens a gagné. La République de Turquie est debout, elle est même aujourd’hui beaucoup plus puissante et majestueuse qu’hier, et surtout, elle est beaucoup plus optimiste quant à son avenir. Cessez d’être inquiets, chaque membre de notre nation devrait se réjouir de cette situation, faire la fête, chaque foyer turc devrait être décoré de notre drapeau étoilé.

Aujourd’hui, l’aube d’une Turquie grande et puissante se lève. Lorsque les cœurs s’unissent, les frontières disparaissent. Dans un premier temps, nous allons créer une commission au sein de l’Assemblée nationale turque[4] et commencer à discuter des exigences juridiques du processus. Pendant 41 ans[5], les barons du terrorisme, ceux qui se nourrissent du sang, ont gagné. Ceux qui ont des comptes à régler avec les Turcs, les Kurdes et les Arabes ont gagné. Aujourd’hui, nous mettons fin à ce jeu sordide, nous le bouleversons. La cause de nos frères kurdes en Irak et en Syrie est aussi la nôtre, tout comme celle de nos citoyens kurdes. Nous discutons de ce processus avec eux, et ils en sont très heureux.

Chaque citoyen de ce pays, qu’il soit turc, kurde, arabe, sunnite, alévi, de droite, de gauche, riche ou pauvre, est un citoyen de première classe aux yeux de l’État. La République de Turquie est notre foyer commun, notre toit. Nous sommes 86 millions, nous sommes unis, nous sommes frères depuis toujours et pour toujours. Malgré toutes nos différences, nous formons ensemble la Turquie. Mon frère kurde, si tu as un problème, nous nous assoirons pour en discuter. Mon frère alévi, si tu as un problème, nous le résoudrons par le dialogue. Crois-moi, notre table sera abondante.

[…]

En tant qu’Alliance de la République, nous allons mener à bien ce processus avec la délégation DEM et le porter vers l’avenir. La contribution de notre Assemblée nationale à ce processus est d’une importance cruciale. Dans le cadre de ce processus, nous avons rencontré cette semaine notre défunt frère Sırrı Süreyya, puis Pervin Buldan et Mithat Sancar. Ensemble, nous avons discuté de ce que nous pouvions faire pour cette marche. Il semble donc que des choses plus belles vont se produire. Je souhaite que notre Assemblée soutienne également ce processus positif. La question de nos frères kurdes en Irak et en Syrie est aussi la nôtre. Nous discutons et dialoguons avec eux à ce sujet, et ils en sont très heureux. Les mesures prises hier ont eu un grand retentissement en Irak. Je crois que l’unité et la cohésion l’emporteront également en Syrie.

L’AKP, le MHP et le DEM ont décidé de s’engager ensemble dans cette voie, au moins à trois. Nous avons des soucis, nous sommes préoccupés. Mais puisque nous avons des soucis et que nous nous sommes donné la main, avec la permission d’Allah, nous surmonterons ces obstacles. Il n’est plus nécessaire de serrer les poings. Nous discuterons, main dans la main, cœur à cœur, et nous construirons ensemble le siècle de la Turquie. La Turquie se renforcera grâce à la démocratie et grandira grâce à la fraternité. Nous parviendrons à une Turquie très différente. Nous faciliterons la tâche à tous ceux qui feront un pas vers nous. Que personne ne s’inquiète. Les Turcs, les Kurdes et les Arabes sont beaucoup plus forts qu’hier.

 



[1]https://bianet.org/haber/erdogan-dan-surec-aciklamasi-akp-mhp-dem-olarak-beraber-yurumeye-karar-verdik-309417
Traduit du turc par nous [ROCML].

[2]. La mention de 47 ans renvoie à l’année 1978. Fin 1978-début 1979 un tract circule à travers tout le Kurdistan, annonçant la création du PKK.

[3]. "Beyaz Toros".

Durant les années 1970-1990, Renault fabriquait en Turquie une version du modèle Renault 12, baptisé Renault Toros. "Beyaz" signifie "blanc". En Turquie, dans les années 1990, ce modèle était considéré comme le symbole des disparitions forcées et des meurtres non élucidés, en particulier dans l’est et le sud-est de l’Anatolie. En effet, certaines de ces affaires ont été commises par des personnes circulant à bord de Renault 12 Toros de couleur blanche.

[4]. Grande Assemblée nationale de Turquie (en turc : Türkiye Büyük Millet Meclisi abrégé TBMM), chambre unique du Parlement.

[5]. La mention de 41 ans renvoie à l’année 1984. Cette année-là le PKK à engagé ses actions de lutte armée.