Andrei Gromyko
Intervention à la séance plénière de l’ONU
Discussion sur la question palestinienne
(29 novembre 1947) [1]
La délégation de l’URSS estimait qu’il aurait fallu prendre des hier une décision sur la recommandation de la Commission ad hoc. Malheureusement, a la séance d’hier, il a été décidé, sur une proposition de la délégation française, d’ajourner le vote de vingt-quatre heures. A notre avis, cette proposition française était sans objet et i1 semblerait que la délégation française elle-même s’en rend compte, si 1’on en juge d’après les déclarations que les représentants de la France ont faites hier, après la séance de l’Assemblée générale.
Rien n’a changé depuis notre séance d’hier. D’ailleurs, il était clair d’avance que rien ne pourrait changer en vingt-quatre heures, et ceci pour la simple raison que cette question a fait l’objet de pourparlers et de discussions pendant vingt-cinq ans et que l’Organisation des Nations Unies elle-même s’en occupe depuis au moins six mois. Comment pouvait-on espérer résoudre cette question en vingt-quatre heures? C’est précisément pour cela qu’aujourd’hui la situation est exactement la même qu’il y a vingt-quatre heures.
Les déclarations qu’ont faites ici les représentants du Liban ct de la Syrie n’ont apporte rien de nouveau, ni rien qui puisse modifier la situation dans quelque mesure que ce soit; leurs déclarations ne contiennent rien de nouveau, ni rien qui modifie la situation. Ils ont mentionne la création d’un État fédéral. Mais nous l’avons envisagé dès le début de l’examen de cette question comme l’une des solutions possibles. A cette époque, les représentants arabes n’ont pas voulu en discuter. C’est leur affaire. Ils sont libres d’adopter à cet égard l’attitude qu’ils jugent utile.
Mais si nous reprenions l’étude de cette question conformément a la proposition du représentant de l’Iran, par exemple, cela nous ramènerait en arrière d’au moins six mois. Depuis que cette question a été soumise a l’Assemblée générale, celle-ci a étudié toutes sortes de solutions. A la suite d’un examen complet et minutieux de toutes ces solutions et de toutes ces propositions, la majorité de la Commission ad hoc a conclu à la nécessité de partager la Palestine en deux États libres, indépendants et démocratiques, dont l’un serait arabe et l’autre juif. Cette décision est le résultat d’un examen complet et minutieux de la question.
La délégation de l’URSS estime qu’il serait erroné de faire revenir I ’Assemblée générale au point ou elle se trouvait il y a six mois et de lui faire tout recommencer. Ceci d’autant plus qu’en acceptant cette proposition, nous compromettrions la solution de la question palestinienne. On peut comprendre certaines manoeuvres qui se font a l’Assemblée générale, mais on ne saurait les justifier. Ccs manoeuvres peuvent compliquer et embrouiller la question, mais elles ne sauraient nous conduire à une solution de la question palestinienne. L’Organisation des Nations Unies qui a entrepris l’examen de cette question, doit prendre une décision sur l’avenir de la Palestine. C’est précisément pour cela qu’à notre avis 1’AssembIee générale doit prendre sans nouveaux délais une décision sur la recommandation de la Commission ad hoc, et la mettre aux voix. Quant à la délégation de 1’URSS, elle appuiera cette proposition à 1’Assemblee générale comme elle 1’a appuyée à la Commission.
[1]. https://digitallibrary.un.org/record/712148/files/A_PV-128-EN.pdf
Voir la base documentaire de l’UNSCOP : https://www.un.org/unispal/documents/
Document A/PV.128 – p. 1422
