L’année écoulée et le "processus de paix" . . . [1]
Hasan Ozan İltemur
17 octobre 2025
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ROCML : Documents associés au contenu de ce texte :
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Abdullah Öçalan ‑ Appel à la paix et à une société démocratique |
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12e Congrès du PKK ‑ décisions |
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Groupe pour la paix et la société démocratique ‑ Déclaration au nom du PKK |
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Recep Tayyip Erdoğan ‑ Déclaration sur le projet "Une Turquie sans terrorisme" |
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En Turquie, la formation d’une alliance réactionnaire : |
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I
Le "processus" lancé par les déclarations de Devlet Bahçeli (dirigeant du parti MHP[2]) en octobre 2024 [3], puis par la déclaration et l’appel d’Abdullah Öçalan (dirigeant du parti PKK[4]) le 27 février 2025 [5], se poursuit. Un an s’est écoulé depuis. Mais rien de concret n’en est ressorti. Même s’il s’agissait d’une manoeuvre tactique, les décisions de la CEDH[6] et de la Cour constitutionnelle n’ont pas été appliquées. Pas un seul prisonnier condamné à mort n’a été libéré… Les manoeuvres dilatoires, les atermoiements, les gains de temps, etc. ont été la réalité de cette période. Le pouvoir présidentiel a délibérément mené une politique visant à restreindre le "processus" à Imrali[7], au palais présidentiel, à la commission, aux spectacles et aux discours creux de Bahçeli, empêchant ainsi tout débat démocratique devant l’opinion publique et empêchant le peuple turc de s’engager dans le processus sur un axe démocratique.
La déclaration de Bahçeli du 21 juillet 2025 selon laquelle "les possibilités politiques et juridiques du système de gouvernement présidentiel, avec les principes théoriques et institutionnels qu’il englobe, rendent possible et certaine la consolidation de l’unité nationale et de la fraternité" montre comment le Palais[8] perçoit le processus. L’alliance du Palais avance dans le sens de la protection et de la pérennisation du pouvoir du Palais. Il ne faut pas s’attendre à ce que le Palais engage un "processus de paix et de résolution" qui viendrait contrecarrer ses plans. Nous verrons tous ensemble si les calculs du Palais se réaliseront ou non. Nous savons que sans la lutte des peuples, il n’est pas possible de faire bouger le fascisme et le capital en quoi que ce soit.
II
Nous avons écrit à plusieurs reprises que la dictature fasciste religieuse accordait une grande importance à la crédibilité de son plan d’action afin d’atteindre ses objectifs. C’est dans ce but que Bahçeli occupe le devant de la scène. Le 12 septembre 2025, la déclaration de Bahçeli selon laquelle il fallait absolument se conformer aux "décisions" et aux "instructions" d’Öçalan en tant que "dirigeant fondateur" est "intéressante". Lisons-le ensemble
"Partout où se trouvent le PKK et ses composantes, il est obligatoire de se soumettre à Öçalan, de le respecter et d’agir conformément à ses instructions. Se démarquer est considéré comme une prise de contrôle par certains cercles extérieurs à Öçalan. Dans ce cas, nous maintenons notre détermination à appliquer les décisions prises par Öçalan."
Il est "intéressant" que Bahçeli ait insisté a la fois sur "Öçalan", "les décisions d’Öçalan", "le dirigeant fondateur" et "tout le monde doit se conformer au dirigeant fondateur" dans un contexte marqué par la montée des menaces d’invasion contre le Rojava et les Forces démocratiques syriennes (HSD[9]). La déclaration ci-dessus reflète la déception de l’État et du Palais, qui n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient en Syrie, ainsi que leur guerre psychologique. Selon Bahçeli, l’État et le Palais, les déclarations d’Öçalan impliquent également que l’administration autonome et les HSD en Syrie se dissolvent et se soumettent au HTŞ[10]. Bahçeli le dit donc clairement : "Il n’écoutera pas Öçalan" et toutes les structures civiles et militaires patriotiques kurdes seront écrasées et traitées comme des terroristes. Nous soulignons que la propagande trompeuse et élogieuse de Bahçeli à propos d’Öçalan est liée à des calculs multiples.
Les déclarations menaçantes de Bahçeli se poursuivent, accompagnées d’éloges sur le "dirigeant fondateur". Cependant, nous savons qu’aucune mesure sérieuse n’a été prise en pratique depuis un an. Les déclarations de Duran Kalkan, "Malgré tout ce qui a été fait, il n’y a aucun changement sur le front occidental"[11] et "Bahçeli pense qu’il peut nous tromper en nous parlant de “dirigeant fondateur”"[12], reflètent également la situation actuelle[13].
L’isolement d’Öçalan se poursuit de manière systématique. Les visites de la délégation HDP[14] à İmralı sont autorisées de manière extrêmement contrôlée.
Écoutons D. Kalkan[15]
"… Il existe certains partis d’opposition. Ils ont une approche partiellement positive. Mais le pouvoir en place n’a pas renoncé à sa mentalité et à sa politique de déni et d’extermination des Kurdes. Il ne reconnait pas l’existence des Kurdes. Il ne les appelle pas "Kurdes". Il ne parle pas des droits des Kurdes. Il ne reconnait pas l’existence du problème kurde. Il ne cherche pas de solution. Il n’y a rien de positif en réponse à ce que nous faisons. Ils font trainer la commission, ils font trainer les discussions. On ne sait pas du tout ce qui va se passer. La montagne accouchera d’une souris. Au final, ils adopteront une nouvelle loi de repentance. Disons dès maintenant que si c’est le cas, allez-vous l’accepter ? Allez-vous vous en prendre à vous-mêmes ? Faites ce que vous voulez. Cela n’aura aucun effet sur une seule personne. Dans cette montagne, personne ne peut faire descendre les combattants, sauf si c’est pour la liberté du dirigeant Apo[16]. Même s’ils attendent 40 ans, ils n’y arriveront pas. Même s’ils disent tout ce qu’ils veulent, ils n’y arriveront pas. Personne ne le fera, personne ne le fera faire. Que personne n’attende cela de nous. Nous ne pouvons pas faire une telle chose."
Il y a quelques jours, Bahçeli a déclaré dans un communiqué que tout le monde devait se conformer à la déclaration d’Öçalan du 27 février 2025, que tous ceux qui agissaient contrairement à celle-ci étaient insensés et seraient écrasés. Dans cette déclaration, il a particulièrement visé les HSD. Il est constamment répété que les HSD agit à l’encontre des déclarations et des décisions d’Öçalan, alors que les HSD et la région autonome devraient se dissoudre et se rendre immédiatement au HTŞ, au MSO[17] et au MİT[18].
Une propagande systématique est également menée pour affirmer que les HSD ont agi en violation de l’accord signé le 10 mars 2025 [19] avec le HTŞ . Or, il s’agit là d’un mensonge éhonté. Ce n’est pas les HSD qui ont agi en violation de l’accord du 10 octobre 2025 [20], mais bien le HTŞ, l’État turc et le palais présidentiel. C’est HTŞ qui a violé l’accord signé le 10 mars 2025 [21] entre le général Kobani[22] et le soi-disant "président" al‑Joulani[23] devant l’opinion publique mondiale et qui n’a pris aucune mesure, bien au contraire. Nous tenons ici à souligner le rôle déterminant de la Turquie et du fascisme d’Erdoğan. Rappelons-nous que, immédiatement après l’accord, Al‑Joulani a proclamé une soi-disant "Constitution" sous les ordres du palais et du MİT. Cette "Constitution" est une constitution raciste, chauvine, islamiste, fondée sur le pouvoir d’un seul homme et ne représentant que al‑Joulani et Erdoğan. De même, récemment, des soi-disant "élections" sans aucune valeur ont été organisées grâce à l’alliance entre Erdoğan et al‑Joulani. En outre, les quartiers kurdes (Eşrefiye et Şeyh Maksut) et les positions kurdes ont été attaqués, en particulier à Alep. Avec le soutien et les conseils d’Erdoğan, du Palais et de la Turquie, le HTŞ et ses gangs ont perpétré des génocides contre les Alevis et les Druzes. Le chef du HTŞ, al‑Joulani, qui n’a aucune légitimité auprès des peuples syriens et qui, tout comme Erdoğan, tire sa légitimité de l’administration Trump aux USA, rejette de bout en bout la volonté des peuples syriens, ainsi que celle de la région autonome et des HSD, qui constituent la force la plus organisée. Telle est la situation, mais on déclare effrontément que les HSD ne respectent pas l’accord signé. De plus, cet accord était essentiellement un accord de la Turquie contre le HTŞ. Le HTŞ et le pouvoir d’Erdoğan ont été contraints de signer l’accord sous la pression des USA, mais pas pour le mettre en oeuvre. La vie l’a prouvé. En revanche, les HSD ont mené une lutte acharnée pour que l’accord soit mis en oeuvre. Malgré cela, le fascisme d’Erdoğan et al‑Joulani manipulent l’opinion publique en déformant la réalité.
Les représentants du fascisme et du capital appliquent, comme dans tous les domaines, la politique suivante : si vous répétez un mensonge mille fois, jour et nuit, il finit par devenir crédible (accord du 10 mars 2025).
Dans ce processus complexe, nous voyons Bahçeli, présenté comme "le plus grand démocrate, le combattant de la démocratie", ajouter une "ouverture aux Alevis" à son "ouverture aux Kurdes". Bahçeli, qui déclare "Les Kurdes sont les nôtres, les Alevis sont les nôtres, nous sommes la Turquie", concrétise ainsi l’essence et le résumé de ce "nous", de ce "nous tous" : "Le nationalisme turc est la garantie de l’indépendance du noble et sacré peuple turc, la garantie de l’existence de sa personnalité historique et de son identité nationale." Les propos sont clairs! Bahçeli est un loup déguisé en agneau, il serait stupide de l’oublier. Ces "ouvertures" sont liées à la dictature, au palais, à l’impasse dans laquelle se trouve la "coalition républicaine" et à ses calculs sordides à multiples facettes. Mais comme dans le cas de la question kurde, nous savons également que dans le cas de la question alévi, l’État capitaliste et le régime politique ont échoué et ont besoin de nouvelles manoeuvres…
Il est peut-être inutile de le rappeler, mais rappelons tout de même que Erdoğan, formé par les USA et la CIA, s’est récemment rendu à la Maison Blanche, son lieu de pèlerinage, pour obtenir de Trump la "légitimité" qu’il souhaitait. Il a donné beaucoup en échange de cette "légitimité", nous n’entrerons pas dans les détails, mais il est apparu clairement qu’il s’était vendu comme un ami des USA et d’Israël afin de mettre en oeuvre le plan colonialiste impérialiste et sioniste pour la Palestine…
Nous ne pouvons pas oublier non plus l’accent mis par Erdoğan sur le fait que "alors que les cartes sont à nouveau dessinées dans le sang, qu’Israël rapproche ses frontières de guerre de Gaza au Liban, nous essayons de renforcer notre front intérieur". L’accent mis sur le "renforcement du front intérieur" n’a d’autre signification que celle de garantir la stabilité et la continuité du fascisme religieux d’Erdoğan, de remodeler toutes les forces d’opposition considérées comme une menace en les équilibrant ou en les écrasant directement, et de les soumettre à la dictature. Cette politique n’apporte ni paix ni démocratie.
III
Comme on peut clairement le voir, les acteurs nationaux et internationaux impliqués dans le processus en cours cherchent à orienter celui-ci et à en définir l’agenda en fonction de leurs intérêts de classe, stratégiques et tactiques. Au sens strict et au sens large, le front contrerévolutionnaire n’est pas à l’oeuvre pour démocratiser la Turquie, mais pour la modeler en fonction de ses propres intérêts. La question kurde au Moyen-Orient et en Turquie est également abordée dans cette optique… Dans ce contexte, Öçalan aspire, de son point de vue, à une transformation fondée sur la démocratie bourgeoise et les réformes sociales. Il fait pression dans le sens de sa propre position.
Le principal motif du lancement de ce processus est la refonte du Moyen-Orient sous l’égide des USA et d’Israël. Cette "restructuration" est liée aux nouveaux développements qui ont eu lieu depuis les années 90, et en particulier depuis les années 2000, dans le cadre d’un processus international en général et régional (GMO[24] ) en particulier, aux luttes pour l’hégémonie et la concurrence impérialistes, et à la redéfinition de l’équilibre des pouvoirs à chaque étape de ce processus. Nous assistons tous ensemble aux développements qui se produisent à nos portes, en Syrie, au Liban, en Palestine, au Yémen, en Iran, en Irak… ainsi qu’à l’influence croissante d’Israël…
La chute du "monde bipolaire"; la défaite cuisante de la révolution mondiale; la proclamation par les USA du XXIe siècle comme "siècle de l’américanisme"; la chute de l’URSS et le partage effréné de ses zones d’influence par les USA, l’OTAN et les États impérialistes occidentaux; le déclin de l’impérialisme américain; l’ascension de l’État chinois; la transition rapide vers le multipolarisme et son essor; l’intensification des stratégies "Eurasie" et "Asie-Pacifique" dans le cadre de la lutte pour l’hégémonie entre les États impérialistes; l’importance vitale, sur le plan géoéconomique, géostratégique et géopolitique, de la zone "GMO" dans les luttes stratégiques, le poids spécifique de la concurrence dans la lutte pour l’établissement de l’hégémonie américaine, la montée en puissance d’Israël; les revers cuisants subis par l’Iran et l’"axe de la résistance"; les graves problèmes créés par l’effondrement du régime syrien; l’opération en cours visant à mettre l’Iran et l’Irak à genoux; la réalité nationale du peuple kurde divisé en quatre parties, en particulier la résistance menée par le PKK, la révolution du Rojava et la création d’un État kurde local, ainsi que la question de la "survie" du palais pour les classes dominantes turques et la nécessité de consolider le "front intérieur"…
Ce résumé rapide et incomplet montre que le "processus" ne peut et ne doit pas être abordé dans des limites étroites, mais qu’il s’inscrit dans un contexte plus large. En d’autres termes, le problème est assez complexe et, à première vue, une solution démocratique à la question kurde, vieille de 100 à 200 ans, ne semble pas envisageable pour l’instant. Cependant, le moindre gain démocratique kurde pouvant être obtenu au cours de ce processus est très précieux.
Le recul de l’Iran dans l’équilibre des pouvoirs et la montée en puissance des USA et d’Israël; la stratégie expansionniste néo-ottomane et les prétentions impériales de la Turquie qui se heurtent à l’alliance entre les USA, l’Occident, Israël et les pays du Golfe; la crise et l’impasse créées par les politiques coloniales à l’encontre des Kurdes, lesquelles ont échoué dans tout le Moyen-Orient sur le front de la Turquie; la montée de l’opposition sociale et politique; le tableau qui se dessine avec la perte de pouvoir et le recul substantiels du régime politique fondé sur la dictature d’un seul homme, le pouvoir du palais; Dans ce contexte, l’opération menée par la dictature fasciste religieuse pour assurer son pouvoir en concevant, en fragmentant et en écrasant l’opposition politique et sociale par le terrorisme fasciste; le CHP[25], contraint de dépasser les limites de "l’opposition de Sa Majesté"; le CHP, allié au Palais, "l’homme du palais" Kılıçdaroğlu poussé vers une crise interne (opération "Mutlak Butan", nomination d’administrateurs provisoires à la direction provinciale et dans les municipalités du CHP), et même la division du CHP; Kılıçdaroğlu (comme pendant son mandat à la présidence du CHP) continue de soutenir Erdoğan en le présentant comme une personnalité fiable; la politique visant à garantir la "présidence éternelle" d’Erdoğan; les manoeuvres visant à manipuler le processus de "paix" en cours afin d’en faire un moyen de garantir la continuité du régime politique…
Öçalan, quant à lui, affirme que le peuple kurde a renoncé à ses revendications d’indépendance nationale, de fédération, d’autonomie, voire de "culturalisme", et qu’il se contentera désormais de passer à la politique légale, exigeant pour cela que le processus soit encadré par des garanties juridiques et légales appropriées. Cette régression trouve son origine dans la ligne politique d’Imrali (c’est-à-dire la ligne politique développée par Öçalan). Nous voyons ici que le paradigme d’Imrali a également évolué pour revenir à son niveau le plus bas. Dans ce contexte, contrairement aux expériences de paix et de résolution des conflits dans le monde, Öçalan souhaite contraindre la dictature fasciste colonialiste à accepter une "paix démocratique", une "solution démocratique" et une "république démocratique" en dissolvant d’emblée le PKK, en mettant fin à la lutte armée et en renonçant à la revendication de la reconnaissance des droits collectifs du peuple kurde comme condition préalable. Öçalan souligne que la méthode fondamentale pour y parvenir est la "négociation démocratique". Il affirme en outre que la "négociation démocratique" est la méthode et la ligne fondamentale pour résoudre les problèmes de notre époque.
Dans ce contexte, Öçalan estime que, si elle se concrétise, la nouvelle étape (étape de lutte politique démocratique légale) s’appuiera sur le riche héritage historique et la puissance matérielle et politique accumulés, et que les droits nationaux finiront par être obtenus d’une manière ou d’une autre, formulant ainsi la question comme une ligne d’existence politique. Öçalan pense que son nouveau paradigme et son nouveau style politique serviront également à préserver la position/les acquis du Rojava en Syrie. Les déclarations d’Öçalan, notamment son "Manifeste" du 27 février, ne semblent pas avoir d’autre signification.
Les discours sur le renouvèlement de l’alliance turco-kurde au Moyen-Orient visant à faire de la Turquie la superpuissance de la région reflètent la politique impériale néo-ottomane du pouvoir présidentiel, de l’État et des classes dominantes turques. Nous tenons à souligner que la bourgeoisie nationale kurde, en se soumettant au capital turc, reflète une politique visant à "changer de classe" et à devenir influente en s’enrichissant tant au Kurdistan du Nord qu’à l’échelle régionale. Nous tenons à ajouter que ce que l’on dit à propos de "l’alliance et la fraternité millénaires entre Turcs et Kurdes" est en réalité une alliance historique réactionnaire entre l’État féodal ottoman et les féodaux kurdes locaux. Le fait de présenter ces réalités au peuple en les occultant traduit une attitude libérale réactionnaire. Évaluer les avantages objectifs que le fait que les peuples kurde et turc aient vécu "sous le même toit" pendant une longue période historique a apportés et pourrait apporter est une chose, sanctifier l’alliance historique réactionnaire en est une autre. Il est juste d’évaluer la première, mais il est erroné de sanctifier la seconde (l’alliance réactionnaire)…
IV
La dictature fasciste colonialiste et le régime fasciste religieux du Palais ne reconnaissent pas les droits démocratiques nationaux du peuple kurde, et ne cherchent pas à instaurer une paix et une solution démocratiques dignes. Au contraire, ils cherchent à gagner du temps en éliminant le mouvement de guérilla du Rojava ("Une Turquie sans terrorisme"); diviser le mouvement national de l’intérieur, empêcher le mouvement démocratique du peuple kurde de s’unir au mouvement antifasciste de masse qui se développe en Occident, en utilisant des tactiques dilatoires conformes aux calculs politiques de la dictature et du Palais [note ROCML : symbole du pouvoir d’ Erdoğan); neutraliser le peuple kurde en utilisant le prétexte des "négociations"; attirer les "Kurdes conservateurs" dans ses rangs afin de pérenniser le régime politique d’Erdoğan. Le caractère dilatoire du processus vise également à consolider l’influence de la Turquie en Syrie, à renforcer le pouvoir du HTŞ et, par conséquent, à affaiblir et à éliminer la position du Rojava. En d’autres termes, la politique de "solution" du pouvoir présidentiel et de ses alliés repose sur la préservation et le renforcement de leur hégémonie en fonction des objectifs principaux qu’ils se sont fixés. Le processus présenté par le fascisme et le capitalisme sous les slogans "Une Turquie sans terrorisme", "Dialogue, négociation, paix, solution" vise, loin de créer une "société démocratique", à utiliser le processus dans leur propre intérêt, à renforcer un pouvoir de plus en plus centralisé. D’un côté, on fait de la propagande sur la "paix" et la "démocratisation", tandis que de l’autre, comme cela a été rapporté par les médias, on tente, par le biais de nouvelles règlementations légales, de s’emparer des pouvoirs importants des municipalités et de les rattacher au palais et à son cabinet.
Notons tout de suite que la dictature fasciste colonialiste utilisera tous les moyens à sa disposition pour éliminer la position du Rojava. Elle souhaite également utiliser le "processus de paix" à cette fin… Nous sommes confrontés à un processus d’une "Turquie Nouvelle" encore plus arrogant, qui vise à écraser l’opposition politique et sociale et les dynamiques de résistance à l’intérieur du pays, et à éliminer Rojava à l’extérieur, afin de pouvoir agir sans entrave à l’intérieur et à l’extérieur.
Mis à part les déclarations incohérentes de Thomas Barrak, ambassadeur US en Turquie et représentant spécial de Trump pour le Moyen-Orient et la Syrie, les réactions croissantes des Druzes et des Alevis, mais aussi des populations arabes sunnites laïques et sécularisées, les revendications d’autonomie et, dans une moindre mesure, d’indépendance des deux premières catégories, ainsi que la résistance déterminée du gouvernement du Rojava face aux plans et à la pression de la Turquie et du HTŞ ont conduit, en particulier ces derniers temps, à une intensification des menaces d’intervention militaire contre le Rojava de la part des dirigeants fascistes turcs. Le fait que les déclarations menaçantes d’Erdoğan après sa visite aux USA aient pris une forme relativement "modérée" et que le commandant des HSD, Mazlum Abdi, ait déclaré lors de ses dernières réunions avec al‑Joulani et Damas qu’"un accord de principe avait été trouvé" ne doit pas être trompeur. La situation politique en Syrie est très sensible et fragile; tout développement politique important pourrait perturber les équilibres existants et déclencher de nouvelles crises. Il est un fait que la Turquie occupe une partie importante du Kurdistan syrien (Rojava). Elle ne se retirera pas facilement des régions qu’elle occupe. Le MSO et l’EI (DAECH), composés de tueurs à gages du HTŞ et de la Turquie, ainsi que certaines tribus, ne réduiront pas la pression et le siège exercés par le pouvoir du palais sur le Rojava. Elle continuera également à maintenir la menace d’occupation… Les négociations menées par Erdoğan à la Maison Blanche, où il s’est rendu pour obtenir une "légitimité", concernant les Kurdes et le Rojava, apparaitront plus clairement dans les prochains mois, en particulier dans le contexte syrien.
Notons au passage que même si la Turquie le souhaitait, elle ne pourrait pas envahir le Rojava avec son armée dans un avenir proche, non seulement parce que le Rojava résisterait, mais surtout parce que les USA (et Israël) s’opposent à une telle intervention pour défendre leurs propres intérêts, ce qui empêche la Turquie d’agir… La dictature fasciste colonialiste se bat pour devenir le maitre absolu de la Syrie. Cela est lié à la stratégie expansionniste et néo-ottomane de la Turquie dans la région, ainsi qu’à ses plans funestes à l’égard du mouvement kurde et à sa stratégie visant à étouffer la révolution du Rojava. Et la question du Rojava est une question fondamentale et primordiale qui déterminera le sort du processus engagé en Turquie. Il ne fait aucun doute que la situation objective est différente en Syrie, où la Turquie aspire à la "domination absolue", et qu’une série de forces empêcheront la Turquie de s’emparer de la Syrie…
V
Nous avons évoqué le processus qui a été lancé, mais jusqu’à présent, ni l’État ni le Palais présidentiel n’ont pris la moindre mesure concrète requise par ce processus. Tout d’abord, l’isolement contrôlé d’Öçalan se poursuit. Or, la première mesure à prendre aurait dû être de permettre à Öçalan de communiquer et d’interagir librement avec l’opinion publique dans des conditions favorables. Le mouvement patriotique souligne à juste titre que la question la plus importante et prioritaire est la liberté de mouvement d’Öçalan et demande la fin immédiate de son isolement. Si nous acceptons la commission créée sans même avoir obtenu de garantie légale au sein de l’Assemblée nationale turque comme une avancée, il est nécessaire de rappeler les points suivants
La commission a été créée dans le but de "libérer la Turquie du terrorisme". Le mot "paix" n’apparait même pas dans le nom de la commission ("Commission nationale de solidarité, de fraternité et de démocratie"). La participation de l’état-major général, du MSB[26] et du MİT à la réunion de la commission, ainsi que les présentations qu’ils ont faites et les limites et la décision de confidentialité qu’ils ont fixées, montrent clairement que la commission est uniquement axée sur le désarmement du PKK et des guérilleros, et qu’elle est dès le départ axée sur la survie et la domination du palais et de l’État. Les mères kurdes convoquées devant la commission censée servir à la résolution du soi-disant problème kurde n’ont même pas été autorisées à s’exprimer en kurde, et leurs déclarations en kurde n’ont pas été consignées dans les procès-verbaux. La commission n’a aucune autorité sur le "processus". Elle fonctionne comme une commission du Palais.
Quant au Parlement, présenté comme la solution, il n’a que de nom, il est sans autorité, sans influence, simple exécutant des ordres du Palais et de la "Coalition de la République". Le fait que le Parlement turc soit appelé "Parlement" ne signifie pas qu’il existe un véritable Parlement. Tout dépend désormais d’Erdoğan.. Avec le "système de gouvernement présidentiel", le rôle de feuille de vigne du capital joué par la Grande Assemblée nationale turque a également été supprimé. La Constitution, la loi, le droit, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire, le pouvoir exécutif ne sont que le fascisme d’Erdoğan. Dans le "régime de l’homme unique", la Grande Assemblée nationale turque n’a plus aucun sens. Cependant, afin de préserver l’apparence d’"élections démocratiques" et d’un "parlement démocratique" en Turquie, cette aberration appelée "parlement" est maintenue. Le pouvoir et l’opposition bourgeoise continuent de jouer ce jeu de manière déplorable. Par conséquent, si quelque chose doit émerger au nom de la "paix et de la solution", ce ne sera pas au sein du parlement central…
La création d’une commission au sein de l’Assemblée nationale turque était une proposition d’Öçalan. En effet, une commission illégale et sans autorité a été créée. Cependant, il ne faut pas occulter la réalité que nous avons soulignée : cette commission est le reflet de l’opération "Turquie sans terrorisme" menée par le régime du palais et ses alliés. Le rôle que le HDP, les libéraux et les démocrates petits-bourgeois ont attribué de manière assez exagérée à cette commission est trompeur et sert les intérêts du palais. Il est bien sûr impossible de s’opposer à ce que la commission, même si elle a été créée de manière formelle, soit utilisée comme un champ de lutte; mais dans ce contexte, il est plus important que le HDP, qui siège à la commission et qui est le principal interlocuteur du processus sur le front politique légal, puisse utiliser cette tribune comme un moyen de s’adresser à l’opinion publique nationale et internationale avec une position antifasciste cohérente. Le HDP tente de le faire dans une certaine mesure.
Cependant, dans ce domaine, le HDP doit faire très attention à ses limites, et pour ne pas tomber dans l’éloge excessif des chefs fascistes, il doit modifier son discours qui suscite des rêves, engendre des attentes excessives et va au-delà de la courtoisie diplomatique et du langage diplomatique. Car il est clair que ce discours, qui crée des attentes exagérées, affaiblit la position antifasciste du HDP au sein de la commission… Il est juste d’utiliser tous les fronts, y compris cette commission intermédiaire, comme un moyen de s’adresser et d’atteindre un large public. En fin de compte, la commission est aussi un champ de lutte et l’important est de savoir utiliser habilement cette plateforme pour les revendications démocratiques, notamment les revendications démocratiques nationales des Kurdes, contre la dictature fasciste religieuse et la junte putschiste qui la dirige. Agir avec timidité et passivité sous prétexte de "ne pas compromettre le processus" est exactement ce que souhaitent l’État capitaliste et le palais présidentiel, et c’est ce qui est imposé au peuple kurde et au HDP. Comme dans tous les domaines, dans le cadre des travaux de la commission il faut lutter en restant dans les limites de la légitimité; mais il n’est pas correct de vouloir montrer que nous sommes hautement pacifiques. Une courtoisie diplomatique est également nécessaire sur cette plateforme, mais les limites de cette "courtoisie" diplomatique doivent être clairement définies. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas le pouvoir qu’il faut convaincre et dont il faut gagner la confiance, mais les peuples. Les classes dominantes savent très bien ce que fait le palais… Si le processus et les travaux de la commission ne dépassent pas les limites fixées par le pouvoir fasciste, il est clair que cette situation sera préjudiciable aux peuples, en particulier au peuple kurde.
La commission achèvera bientôt ses auditions. Le MIT, l’état-major et le ministère des Affaires étrangères participeront à la réunion de clôture et une évaluation de la situation sera effectuée. Un rapport sera ensuite présenté au Parlement.
La commission ne pourra jouer un rôle plus ou moins positif au nom de la "paix" que grâce à la force de la lutte antifasciste unifiée des peuples de Turquie, qui lui ouvrira la voie. Dans ce contexte, le peuple kurde est en mesure de jouer un rôle de premier plan. La voie peut être ouverte par l’émergence du mouvement patriotique kurde, le HDP, au nom de la "négociation", en collaboration avec le mouvement antifasciste légitime, puissant et massif qui se développe en Occident. Mais il est clair que les acteurs restent en retrait sur cette question en adoptant une attitude passive, ce qui est extrêmement dangereux et revient à se mettre dans une position inefficace pour contrecarrer le plan fasciste religieux. Bien sûr, cette orientation suscite des critiques justifiées dans l’opinion publique progressiste et révolutionnaire. Il est évident que le front diplomatique doit être complété par une action massive et stable, et que cette ligne doit être suivie. C’est entre autres cela qui renforcera le "front diplomatique". Ne pas s’engager dans cette voie pour diverses raisons et adopter une attitude laxiste n’est dans l’intérêt ni du peuple kurde ni des autres peuples. Tout en formulant ces critiques, nous savons que le mouvement patriotique et le HDP sont confrontés à des difficultés particulières. Malgré tout, le mouvement patriotique et le HDP luttent contre le racisme, le chauvinisme, le militarisme et l’oppression, et font face à des difficultés considérables. Cette résistance antifasciste est précieuse; elle doit être soutenue et nous devons lutter côte à côte. Les critiques adressées au HDP ne peuvent constituer un obstacle au développement de la lutte sur la base commune des revendications antifascistes…
VI
"Une parole" sera également prononcée sur la position des forces patriotiques et du HDP face à la campagne de dénigrement et aux attaques menées par le régime fasciste et religieux du palais contre le CHP.
Le CHP est la cible d’un terrorisme fasciste ouvertement religieux. L’opération visant à faire du CHP, sous la direction d’Erdoğan[27], le pilier d’Erdoğan et du régime politique, grâce à l’alliance entre Ergenekon, les nationalistes, le Palais et la clique de Kılıçdaroğlu, dépasse largement le cadre d’un simple problème interne au CHP. Cette vague d’attaques est, par essence, dirigée contre le prolétariat et les peuples. Le jeu mis en place est également lié à ce calcul. La politique d’affaiblissement du CHP vise à supprimer les droits et libertés démocratiques, le droit de vote et d’éligibilité, et à mettre tous les secteurs en rang derrière le palais. Oui, cette opération et cette attaque visent à éliminer le CHP en tant que rival d’Erdoğan, mais elles sont aussi l’expression d’une politique visant par le biais du CHP à intimider et à réprimer toutes les couches opprimées, et à étouffer tout mouvement de masse susceptible de se développer indépendamment de l’État et du palais. Il est clair que la psychologie sociale doit être modelée en conséquence. Le terrorisme fasciste religieux et la guerre psychologique sale développés grâce à l’instrumentalisation du CHP visent à empêcher les peuples de s’unir dans la lutte, à neutraliser les forces patriotiques, à isoler et à diviser le peuple kurde, et, le moment venu, à écraser facilement la lutte kurde dans l’arène de l’isolement. Cette vague d’attaques est également une opération visant à préparer le "front intérieur" en vue d’une éventuelle occupation destinée à écraser la révolution du Rojava et l’autonomie kurde. La seule chose qui permettra de contrecarrer les plans funestes que le pouvoir en place au palais souhaite mettre en oeuvre à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et d’ouvrir la voie à un changement, c’est la lutte des peuples. Il est évident que l’on ne peut attendre une telle lutte de la part du CHP. Il est indispensable que cette lutte soit menée par des forces politiques patriotiques et révolutionnaires.
Le mouvement kurde s’est retiré au nom de la "paix" et des "négociations". Le droit, la justice, la loi doivent prévaloir; le succès de l’opération visant à terroriser, discréditer et diviser le CHP va de pair avec la politique visant à faire reculer la lutte du peuple kurde, à la rendre contrôlable, tout en réprimant la contestation sociale croissante, la lutte des travailleurs, des femmes et des jeunes. Le capital est favorable à la continuité du régime politique, accompagné d’ajustements de l’équilibre. L’"Alliance du peuple"[28] est déterminée à poursuivre sa route avec Erdoğan, qui a récemment obtenu l’autorisation ("légitimité") des USA. L’un des moyens les plus importants pour y parvenir, et le plus important d’entre eux, est de mettre le peuple kurde sous contrôle, de le contrôler, etc. au nom de la "paix". En d’autres termes, le problème ne concerne pas uniquement le front occidental. Au contraire, dans ce contexte, les attaques, les provocations et la politique d’effondrement sont un problème commun à l’Orient et à l’Occident. Les attitudes telles que "cela ne nous concerne pas, où était le CHP alors que nous subissions une répression féroce", etc. sont erronées. Une telle attitude et une telle position reviennent à laisser au CHP les masses qui doivent être gagnées à la cause progressiste, révolutionnaire et patriotique. Il ne faut pas se laisser mettre sur la touche par le CHP. La réaction sociale antifasciste et la lutte des masses ne peuvent être abandonnées au CHP. Les réalités politiques concernant les lignes rouges entre le CHP et le pouvoir doivent être constamment expliquées aux masses, mais cela ne doit pas empêcher, et ne doit pas empêcher, de s’opposer à la terreur fasciste du pouvoir fasciste et religieux du Palais qui vise également le CHP. C’est également un moyen très important et urgent de s’adresser à la base ouvrière du CHP.
Le mouvement kurde et le HDP doivent persévérer dans leur politique de "troisième voie". Ils doivent s’opposer avec cohérence à l’attaque visant à éliminer l’opposition politique et sociale par le biais du CHP. En se retirant (essentiellement) de cette politique, en se contentant de déclarations écrites ou verbales limitées, de soutiens symboliques et d’une attitude passive, il est impossible d’adopter une position antifasciste active contre le terrorisme qui vise le CHP et de s’unir au mouvement populaire antifasciste qui a dépassé le CHP. Cette faiblesse se manifeste clairement dans l’indifférence de la presse patriotique (que l’on observe également au sujet du conflit israélo-palestinien, notamment dans le cadre du génocide palestinien) à l’égard des développements qui visent le CHP et, à travers lui, la lutte des peuples. De même, on s’éloigne sérieusement de la mise en place d’un mouvement populaire légitime, massif et généralisé, qui s’unirait autour des revendications de paix et de démocratie à l’Est et à l’Ouest. Cette attitude aura un cout élevé. Si ce n’est pas aujourd’hui, cela se verra demain. Si le processus lancé au nom d’une "Turquie sans terrorisme" venait à échouer, le mouvement kurde serait confronté à une vague d’attaques violentes et perdrait, ou pourrait perdre, une grande partie de sa capacité à riposter grâce à une large alliance progressiste et combattive.
Erdoğan, qui respire la méchanceté dans tout ce qu’il fait, a publié certaines photos au grand public le jour de l’ouverture de l’Assemblée nationale turque, à partir d’un stratagème qu’il a mis en place avec des intentions malhonnêtes. Le CHP et Özgür Özel ont été exposés pour avoir suivi une "politique de tension". Les photos partagées avec le grand public visaient à exposer Özer et le CHP, qui n’avaient pas participé à l’ouverture. D’autre part, ces mêmes photos donnaient l’image d’un Erdoğan "unificateur, opposé à la politique de tension, sensé, mature et constructif", alors qu’il se nourrit en permanence de la politique de tension la plus ignoble. À son retour des USA, où il s’était rendu pour obtenir une autorisation, Erdoğan a déclaré dans un discours prononcé dans l’avion : "Cette photo est la véritable image de la Turquie. Certains essaient de présenter la Turquie comme un pays divisé en camps, en lambeaux, mais la vérité, c’est l’unité et la cohésion qui règnent là-bas. Ceux qui ne font pas partie de ce tableau doivent s’assoir et faire leur introspection", a-t-il menacé. Après la sale opération d’Erdoğan, un article du chroniqueur Abdulkadir Selvi a été publié dans le journal Hürriyet. Dans son article intitulé "Le nouveau plan d’Erdoğan et la politique de tension d’Özgür Özel", publié le 9 octobre 2025, Selvi écrit : "Erdoğan va lutter pour isoler le CHP dans la nouvelle période. Il frappera le CHP sans relâche. Il prendra pour cible Özgür Özel. Il a qualifié Özgür Özel de “président fantoche”. Il s’efforcera de semer la discorde entre le CHP et les autres partis d’opposition. Il s’efforcera de laisser le CHP seul dans l’opposition."
Il est clair que le processus amorcé par la déclaration de Bahçeli, qui consiste pour le palais et ses alliés à neutraliser le CHP, à le soumettre et à l’aligner sur sa politique, va se poursuivre de manière intensive.
Dans la période à venir, il sera essentiel d’accorder toute l’importance nécessaire à la politique de la "troisième voie", qui ne se limitera pas à de belles paroles, mais se traduira par une véritable position politique. Il est impératif de mobiliser toutes les énergies et toutes les ressources disponibles dans le cadre d’une lutte collective unifiée, et de ne pas laisser au CHP le soin de mener la lutte et la réaction antifascistes sur le plan social et politique.
Où qu’elle se manifeste, la mentalité étroite et l’apolitisme qui consistent à dire "qu’ils s’entredéchirent" lorsque Israël attaque l’Iran, ou "qu’ils s’entredéchirent" lorsque le fascisme du Palais attaque le CHP, ou encore à rester indifférent face au génocide impitoyable perpétré par Israël en Palestine, sont tout simplement réactionnaires. Nous concluons notre article en affirmant que cette indifférence et cette primitivité sont incompatibles avec la cohérence antifasciste et même avec un démocratisme bourgeois cohérent.
[1]. https://hasanozan62.blogspot.com/2025/10/geride-kalan-1-yil-ve-baris-sureci.html
Traduit du turc par nous [ROCML].
[2]. Milliyetçi Hareket Partisi – MHP (Parti d’action nationaliste).
[3]. Anka Haber Ajansı, diffusée en direct le 22 octobre. 2024.
https://www.youtube.com/watch?v=8wEVj_uRxAw
51:14 – 52:20 :
"Şayet teröristbaşının tecridi kaldırılırsa; gelsin DEM Parti TBMM Grup Toplantısı’nda konuşsun, terörün tamamen bittiğini ve örgütün lağvedildiğini haykırsın"
"Si l’isolement du chef terroriste est levé, qu’il vienne s’exprimer lors de la réunion du groupe parlementaire du DEM à l’Assemblée nationale turque et qu’il proclame haut et fort que le terrorisme a complètement pris fin et que l’organisation a été dissoute."
[4]. Partiya Karkerên Kurdistanê – PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
[5]. Appel d’Öçalan, 27 février 2025.
https://www.demparti.org.tr/tr/baris-ve-demokratik-toplum-cagrisi/20769/
[6]. Le 18 mars 2014, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a statué que la condamnation d’Abdullah Öçalan à la réclusion à perpétuité aggravée sans possibilité de libération conditionnelle violait la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH),
[7]. L’ile d’Imrali, où Öçalan est retenue en isolement.
[8]. "Le Palais" est utilisé comme terme désignant symboliquement "le Pouvoir" politique exercé par Erdoğan.
Sur l’ordre du sultan Mehmet le Conquérant (1432-1481), avait été construit le Palais de Topkapi. Chaque sultan ottoman y apportait sa contribution par des agrandissements, des rénovations ou des transformations. Finalement en 1853 le sultan Abdülmeçid Ier a déplacé sa cour au palais de Dolmabahçe. Erdoğan a fait construire à Istanbul un nouveau palais, inauguré en 2014, désigné comme "Ak Saray" ("Palais blanc"). L’édifice est emprunt de démesure.
[9]. Hêzên Sûriya Demokratîk – HSD (Forces démocratiques syriennes – FDS).
[10]. Hayat Tahrir al-Sham – HTS (orthographe turc : HTŞ).
[11]. 14 octobre 2025, Mezopotamya Haber.
https://www.cumhuriyet.com.tr/siyaset/teror-orgutu-yoneticisinden-sert-surec-ve-bahceli-tepkisi-kimse-bize-yaptiramaz-2443814
[12]. https://nupel.tv/kalkan-bahceli-sadece-kurucu-onder-diyerek-bizi-kandiracagini-saniyor/
[13]. Voir aussi
https://x.com/MaximeAzadi/status/1922187938172895609
[14]. Halkların Demokratik Partisi – HDP (Parti démocratique des peuples, ou Parti de l’Égalité et de la Démocratie des Peuples – DEM). Pour des explications concernant les difficultés rencontrés par les partis politiques associer au mouvement kurde, voir :
https://rojinfo.com/le-hedep-change-de-sigle-et-devient-le-parti-dem/
https://kurdistan-au-feminin.fr/2023/11/23/turquie-hadep-hedep-les-partis-kurdes-dans-les-limbes-de-la-justice-turque/
https://serhildan.org/du-hdp-au-dem-parti-interview-avec-gulistan-atasoy/
[15]. https://haber.sol.org.tr/haber/duran-kalkan-bahceliye-ve-erdogana-cikisti-dananin-kuyrugu-kibrista-kopacak-o-zaman-gorecegiz
[16]. Öçalan, surnommé "Apo" ("oncle", en kurde).
[17]. Milli Süriye Ordusu – MSO (Armée nationale syrienne – ANS)
[18]. Milli İstihbarat Teşkilatı – MIT (Service des renseignements turcs)
[19]. Il s’agit d’un accord passé lundi 10 mars 2025 à Damas entre Ahmed el-Charaa, président par intérim de la Syrie, et Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (HSD).
Voir par exemple :
https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/11/en-syrie-un-accord-historique-entre-damas-et-les-forces-kurdes_6578805_3210.html
Général Mazloum Abdi :
“En cette période sensible, nous travaillons tous ensemble pour assurer un processus de transition qui reflète les aspirations de notre peuple à la justice et à la stabilité. Nous sommes déterminés à construire un avenir meilleur qui garantisse les droits de tous les Syriens et réponde à leurs aspirations à la paix et à la dignité. Nous considérons cet accord comme une réelle opportunité de construire une nouvelle Syrie qui inclut toutes les composantes et assure des relations de bon voisinage.”
https://x.com/Vedat_Bingol/status/1899239171199529362
[20]. Hassaké (Syrie), 13 octobre 2025 (AFP) – Le dirigeant des Kurdes de Syrie, Mazloum Abdi, a annoncé dans un entretien à l’AFP être parvenu à un "accord de principe" avec le pouvoir central à Damas sur l’intégration de ses troupes au sein des forces de sécurité syriennes.
https://www.institutkurde.org/info/depeches/syrie-accord-de-principe-pour-integrer-les-forces-kurdes-l-039-armee-selon-18361/
[21]. Le texte original indique par erreur "2024".
[22]. général Kobani : il s’agit de Mazloum Abdi.
[23]. Abou Mohammed al-Joulani est le nom adopté par Ahmed Hussein al-Sharaa durant ses activités liés à DAECH ("État islamique"). En janvier 2012, il fonde Al-Nosra aux côtés d’Abou Bakr al-Baghdadi, le dirigeant de l’État islamique; en 2017, il fusionne Al-Nosra avec une organisation islamiste plus large appelée Hayat Tahrir al-Cham (HTC). Après la chute du régime de Bachar al-Assad, il reprend son nom d’origine.
[24]. L’"Initiative pour le Grand Moyen-Orient" (GMO, "Greater Middle East Initiative") lancée par le gouvernement US de George Bush au début de l’année 2004 propose la création rapide d’une zone de libre-échange entre les USA et le Moyen-Orient
[25]. Cumhuriyet Halk Partisi – CHP (Parti républicain du peuple)
[26]. Millî Savunma Bakanlığı – MSB (Ministère de la Défense nationale).
[27]. l’alliance entre "Ergenekon", les nationalistes, le Palais et la clique de Kılıçdaroğlu
À première vue, la composition de cette "alliance" parait incongrue. "Ergenekon" était le nom utilisé par une opération de déstabilisation de généraux contre la domination exercé par l’AKP (en 2010 est venu s’ajouter dans le même sens une autre affaire, le plan "Balyöz"). En 2007 a débuté la répression contre les acteurs associés à ces supposées conspirations, et plus largement contre les adversaires du pouvoir en place. À l’époque intervenaient aussi, associés à l’AKP, des partisans du religieux exilé Fethullah Gülen. Cependant, en 2013, à la suite d’une enquête ouverte contre Erdoğan, accusé de corruption, celui-ci s’est retourné contre Gülen. L’affaire "Ergenekon" a été clôture par un abandon des démarches judiciaires, et un rapprochement entre l’AKP et les généraux a pu s’opérer.
Kemal Kılıçdaroğlu était dirigeant du parti CHP depuis 2010 lorsqu’il s’est présenté aux élections présidentielles en 2023. Sa défaite face à Erdoğan a entrainé son remplacement à la direction du CHP par Özgür Özel. Depuis, le pouvoir tente de bloquer l’action du CHP en intervenant contre ses représentants, notamment Ekrem İmamoğlu, qui en 2019 avait été élu maire d’Istanbul, contre le candidat de l’AKP. Ddans ce contexte, Kılıçdaroğlu assume une position qui sabote l’orientation adoptée par le CHP.
[28]. L’"Alliance du Peuple" (Cumhur İttifakı) est une coalition électorale composée de l’AKP, du MHP et du Büyük Birlik Partisi (Parti de la grande unité).
