12e Congrès du PKK – décisions[1]
12 mai 2025
Le PKK a publié aujourd’hui la déclaration finale de son 12e congrès, qui s’est tenu du 5 au 7 mai. La déclaration contient les décisions suivantes.
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Notre parti, le PKK, est apparu sur la scène historique en tant que mouvement de libération de notre peuple, contre la politique de négation et d’extermination des Kurdes qui trouve son origine dans le traité de Lausanne et la Constitution de 1924. À sa naissance, il a subi les influences du socialisme réel et, adoptant le principe du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, il a mené une lutte légitime et juste fondée sur une stratégie de lutte armée. Le PKK s’est formé dans un contexte dominé par le déni radical des Kurdes, la politique d’extermination qui en découle, le génocide et les politiques d’assimilation. À partir de 1978, il a mené une lutte pour la liberté visant à faire reconnaitre l’existence kurde et à faire considérer la question kurde comme une réalité fondamentale de la Turquie. Grâce à cette lutte menée avec succès, il a réalisé la révolution de la renaissance au nom de notre peuple et est devenu le symbole de l’espoir de liberté et de la quête d’une vie digne des peuples de la région.
Dans les années 1990, alors que notre révolution de renaissance entrainait des changements majeurs pour notre peuple, le président de la République turque Turgut Özal cherchait à résoudre la question kurde par la voie politique. Le dirigeant Apo a répondu à cette initiative en déclarant un cessez-le-feu le 17 mars 1993, marquant ainsi le début d’un nouveau processus. Cependant ce processus a été saboté par les effets néfastes du socialisme réel, par l’élimination de Turgut Özal et de son équipe par l’État profond, par les conceptions mafieuses que ce dernier a opposé à notre ligne de conduite, persistant dans sa politique de dénégation et d’extermination des Kurdes et intensifiant la guerre. Des milliers de villages ont été évacués et incendiés. Des millions de Kurdes ont été déplacés, des dizaines de milliers ont été torturés et jetés en prison, et des milliers ont été assassinés de manière inconnue. En revanche, le Mouvement de libération s’est développé tant sur le plan quantitatif que qualitatif, et la guérilla s’est étendue au Kurdistan et à la Turquie. Sous l’influence de la guerre menée par la guérilla, le peuple kurde s’est soulevé. Ainsi, la guerre est devenue l’option fondamentale pour les deux parties. L’escalade réciproque de la guerre a créé une situation insurmontable. Les efforts du dirigeant Apo pour résoudre la question kurde par des moyens démocratiques et pacifiques sont donc restés vains.
Le processus a franchi une nouvelle étape avec le complot international du 15 février 1999. Au cours de ce processus, la guerre entre Kurdes et Turcs, qui était l’un des principaux objectifs du complot, a été empêchée grâce aux grands sacrifices et aux efforts du dirigeant Apo. Bien qu’il ait été détenu dans le système de torture et de génocide d’Imrali, il a continué à insister pour résoudre la question kurde par des moyens démocratiques et pacifiques. Le dirigeant Apo, détenu depuis 27 ans dans des conditions d’isolement total à Imrali, a déjoué le complot international en luttant contre le système de génocide. Dans sa lutte contre le complot international, il a analysé le système étatique autoritaire et patriarcal et développé un paradigme de société démocratique, écologique et féministe. Il a ainsi concrétisé un système de liberté alternatif pour notre peuple, les femmes et les opprimés.
Le dirigeant Apo, se référant à la période antérieure au traité de Lausanne et à la Constitution de 1924, qui ont rendu problématiques les relations entre Kurdes et Turcs, a adopté comme cadre de résolution de la question kurde la perspective d’une République démocratique turque dont les peuples kurde et turc seraient les éléments fondateurs, ainsi que la conception d’une nation démocratique. Les soulèvements kurdes qui ont eu lieu tout au long de l’histoire de la République, la dialectique millénaire des relations kurdes-turques et les 52 ans de lutte du dirigeant ont montré que la question kurde ne pouvait être résolue que sur la base d’une patrie commune et d’une citoyenneté égale. Les développements actuels au Moyen-Orient dans le contexte de la troisième guerre mondiale rendent également inévitable la réorganisation des relations entre Kurdes et Turques.
Depuis 52 ans, notre peuple honorable, qui a participé au mouvement du PKK et de sa direction au prix de lourds sacrifices, résistant à la politique de déni et de destruction, au génocide et aux politiques d’assimilation, s’appropriera le processus de paix et de société démocratique de manière plus consciente et organisée. Nous sommes convaincus que notre peuple comprendra mieux que quiconque la décision de dissoudre le PKK et de mettre fin à la lutte armée, et qu’il assumera les tâches de la période de lutte démocratique sur la base de la construction d’une société démocratique. Il est essentiel que notre peuple, sous la houlette des femmes et des jeunes, crée ses propres organisations dans tous les domaines de la vie, s’organise sur la base de l’autosuffisance grâce à sa langue, son identité et sa culture, soit en mesure de se défendre face aux attaques et construise une société démocratique communale dans un esprit de mobilisation. Sur cette base, nous croyons que les partis politiques kurdes, les organisations démocratiques et les leaders d’opinion assumeront leurs responsabilités en matière de développement de la démocratie kurde et de réalisation de la nation démocratique kurde.
L’héritage de notre histoire de lutte et de résistance pour la liberté se renforcera grâce aux décisions du 12e congrès du PKK et à la politique démocratique, et l’avenir de nos peuples se développera sur la base de la liberté et de l’égalité. Nos populations pauvres et travailleuses, tous les groupes confessionnels, les femmes et les jeunes, les ouvriers, les paysans et toutes les couches de la population exclues du pouvoir défendront leurs droits dans le cadre du processus de paix et de démocratisation de la société et développeront une coexistence dans un environnement démocratique et équitable.
La décision prise par notre congrès de dissoudre le PKK et de mettre fin à la lutte armée offre une base solide pour une paix durable et une solution démocratique. La mise en œuvre de ces décisions nécessite que le dirigeant Apo dirige et guide le processus, que le droit à la politique démocratique soit reconnu et qu’une garantie juridique solide et cohérente soit mise en place. À ce stade, il est important que le Grand Parlement turc joue son rôle avec une responsabilité historique. De même, nous appelons le gouvernement et le principal parti d’opposition, ainsi que tous les partis politiques représentés au Parlement, les organisations de la société civile, les communautés religieuses et confessionnelles, les médias démocratiques, les leaders d’opinion, les intellectuels, les universitaires, les artistes, les syndicats , les organisations de femmes et de jeunes, les mouvements écologistes à prendre leurs responsabilités et à participer au processus de paix et de démocratisation de la société.
Avec les forces socialistes de gauche, les structures, organisations et personnalités révolutionnaires de Turquie s’appropriant le processus de paix et de société démocratique, la lutte des peuples, des femmes et des opprimés atteindra un nouveau niveau. Cela signifiera la réalisation des objectifs des grands révolutionnaires dont les derniers mots ont été "Vive la fraternité des peuples turc et kurde et une Turquie pleinement indépendante!".
Le processus de paix et de société démocratique, ainsi que le socialisme démocratique, qui représentent une nouvelle étape dans la lutte pour le socialisme, permettront le développement d’un mouvement démocratique mondial et la création d’un monde juste et égalitaire. Sur cette base, nous appelons l’opinion publique démocratique, en particulier nos amis de la campagne mondiale pour la liberté, à renforcer la solidarité internationale dans le cadre de la théorie de la modernité démocratique.
Nous invitons les forces internationales à reconnaitre leur responsabilité dans les politiques génocidaires menées depuis des siècles à l’encontre de notre peuple, à ne pas faire obstacle à une solution démocratique et à apporter leur contribution constructive au processus.
[…]
Le socialisme nationaliste est voué à l’échec; le socialisme démocratique mène à la victoire!
Insister sur l’humanité, c’est insister sur le socialisme!
[1]. https://bianet.org/haber/baris-ve-demokratik-toplum-grubu-silahlarimizi-ozgur-irademizle-imha-ediyoruz-309370
