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Relancer la consommation pour mettre fin à la crise :

Possibilité ou illusion?

LA VOIX DES COMMUNISTES, no 10, avril 2014 – p. 9-11

Le Front de Gauche prétend qu’en relançant la consommation des travailleurs par l’augmentation des salaires, la baisse des impôts indirects, de la TVA et autres mesures, l’activité économique peut reprendre, la crise prendre fin.

Voici quelques exemples de son argumentation :

Une autre politique à gauche est possible par la relance de la « demande », autrement dit de la consommation des ménages notamment par l’indexation des salaires, pensions et minima sociaux sur l’évolution des prix [1].

L’augmentation du pouvoir d’achat entrainera un soutien de l’activité. Les PME auront de nouveaux débouchés, et bénéficieront d’une politique de crédit à taux réduit. Tout cela crée un contexte extrêmement favorable. Au bout de quelques années, elles seront tout à fait capables d’assumer le nouveau coût du travail [2].

Ces revendications ne sont pas nouvelles dans leur contenu, elles ont toujours sous-tendu la politique des courants réformistes sur la scène politique bourgeoise. Elles sèment des illusions dans les esprits des travailleurs et les détournent de la véritable voie à suivre pour se débarrasser de la crise du système de production capitaliste.

La revendication des salaires

Le Front de gauche revendique donc une augmentation des salaires (Smic à 1700 euros). Revendiquer pour les augmentations de salaires est une revendication juste où elle va dans le sens de l’amélioration des conditions de vie du prolétariat mais aussi parce qu’elle s’attaque aux profits des capitalistes. Il ne peut y avoir sous le capitalisme, satisfaction des deux parties (capital et travail) puisque ce système est basé sur l’antagonisme entre les capitalistes et les salariés.

Ce qui va dans l’intérêt de l’un ne peut qu’aller à l’encontre des intérêts de l’autre. Les travailleurs s’en rendent compte quotidiennement, toute augmentation de salaire demande de leur part de gros efforts pour vaincre la résistance du patronat qui ne cède que contraint et forcé. Quand le capitaliste veut augmenter ses profits il s’attaque aux revenus de la classe ouvrière, et toute augmentation du salaire des travailleurs est prise sur les profits des capitalistes. Les rapports entre le capital et le travail salarié, les intérêts du capital et les intérêts du travail salarié sont donc diamétralement opposés, telle est la réalité.

C’est une véritable lutte de classe qui se déroule. La revendication des salaires, mais aussi celle sur les cadences, les conditions de travail, etc. c’est-à-dire toutes les revendications des travailleurs qui s’attaquent aux profits du capitaliste vont dans le sens du renforcement de la force de la classe ouvrière. Elles sont justes et justifiées. Mais les augmentations de salaires sous le capitalisme ne s’inscrivent pas dans le marbre. Autrement dit ce qu’on arrache à la classe capitaliste, elle peut le reprendre d’une autre manière : en augmentant l’intensité du travail, le nombre d’heures travaillés pour le même salaire, la dévalorisation de la monnaie…. Tant que les capitalistes ont le pouvoir, toute avancée dans l’intérêt des travailleurs reste fragile. Ce qui est imper-tant, c’est qu’à travers ces luttes les travailleurs prennent conscience de leur force, de leur unité et que la seule solution c’est d’abolir le mode de production capitaliste.

Consommation et crise générale du capitalisme

Nous avons déjà, dans nos brochures, communiqués ou dans nos journaux, analysé la crise générale et mondiale que connait aujourd’hui le capitalisme. Le lecteur pourra s’y reporter. Pour le sujet qui nous intéresse il faut comprendre que cette crise est inscrite dans les « gènes » du système de production capitaliste, qu’elle est la conséquence de son fonctionnement même. Le but du capitaliste est de « produire » du profit [3] et toujours plus de profit sans se soucier de la capacité limitée du marché solvable, c’est‑à‑dire en partie des capacités limitées de consommation des travailleurs. Chaque capital dans le secteur où il est investi entre en concurrence avec d’autres capitaux. Pour survivre il n’a d’autre choix que de produire moins cher que ses concurrents, même si l’avantage ne dure qu’un temps, jusqu’à ce que le concurrent fasse de même. Pour ce faire il doit accroitre la productivité des travailleurs productifs et la part de surtravail qu’il leur extorque. Il réalise cela principalement en remplaçant du travail vivant par des machines et des procédés techniques permettant de produire plus dans le même temps de travail. Mais cela a pour conséquence de faire baisser « la rentabilité du capital » qui s’exprime dans la baisse tendancielle du taux de profit. Il essaiera de lutter contre cette tendance en cherchant à réduire ce qu’ils considère comme des « couts », en limitant toute augmentation de salaires ou en les réduisant, donc en aggravant de manière générale les conditions de travail et de vie du prolétariat sur toute la planète et sa capacité de consommation. D’autre part avec l’augmentation de la production, il jette sur le marché une quantité encore plus grande de marchandises et de moyens de production qui doivent être vendus avec profit. Ces deux phénomènes sont dialectiquement liés et générateurs de crise.

Conclusion : sous le capitalisme, la sous consommation des travailleurs n’est pas une des causes de la crise, elle est permanente et est une conséquence nécessaire du mode de production capitaliste et cela quel que soit le niveau des salaires.

Marx dans son oeuvre scientifique majeure « Le Capital » remarquait déjà dans les années 1860 que « … on prétend que la classe ouvrière reçoit une trop faible part de son propre produit et que l’an pourrait remédier à ce mal en lui accordant une plus grande part de ce produit, donc des salaires plus élevés. Mais il suffit de rappeler que les crises sont chaque fois préparées précisément par une période de hausse générale des salaires, où la classe ouvrière obtient effectivement une plus grande part de la fraction du produit annuel qui est destiné à la consommation. Du point de vue de ces chevaliers du “simple”(!) bon sens, cette période devrait au contraire éloigner la crise [4]. »

La crise n’est que le révélateur brutal des contradictions du système de production capitaliste lui-même, qu’aucune mesure de relance par la consommation ne peut régler.

Ainsi s’il est justifié et dans l’intérêt des travailleurs de s’opposer à la politique d’austérité de tous les gouvernements de gauche comme de droite, en France et ailleurs, de revendiquer une augmentation des salaires, de lutter contre l’augmentation des impôts directs ou indirects comme la TVA, présenter ces revendications comme étant de nature à résoudre la crise du système c’est une mystification, de la poudre aux yeux.

Duper les travailleurs

Partant de constatations évidentes pour tous les travailleurs sur la question de l’augmentation des profits et la baisse relative de la part des salaires dans la richesse produite, l’augmentation des inégalités, l’augmentation de la précarité et du chômage, le FDG énonce un certain nombre de mesures qu’il mettrait en oeuvre par décrets et des lois s’il était élu. Mais il ne dit pas comment il pourrait faire appliquer ces lois en contradiction flagrantes avec le mode de fonctionnement du système capitaliste comme on l’a vu plus haut. Il reprend l’utopie des réformistes sur la possibilité de résoudre la crise en ne remettant pas en cause le système lui-même mais en l’améliorant.

Sa stratégie : participer aux jeux politiques des partis bourgeois, capter les voix des travailleurs en lançant des slogans qui semblent répondre directement aux craintes des travailleurs face à la crise, à leurs intérêts immédiats et urgents. C’est ainsi que fonctionne Jean‑Luc Mélenchon! Le verbe haut, il se présente comme le défenseur des intérêts de la classe ouvrière sur tous les plateaux télévisés.

Pas de solution à la crise sous le capitaliste

Tirant les leçons des luttes de la classe ouvrière depuis plus d’un siècle et à partir des enseignements marxistes léninistes, Le ROC‑ML affirme que le système capitaliste s’enfonce inexorablement dans une crise profonde qui va de plus en plus aggraver la situation matérielle des travailleurs en France et dans le Monde. Ceci nous pouvons déjà, malheureusement, le constater à travers des mesures ultra-réactionnaires prises par les différents gouvernements. Le ROC‑ML, soutient, et continuera de soutenir, que seule la classe ouvrière sous la direction d’un Parti Communiste portant ses intérêts historiques doit faire la révolution socialiste, mettre fin à la propriété privée des moyens de production et mettre ainsi fin à la crise du capitalisme. La seule issue à la crise du système capitaliste qui sera bénéfique pour la classe ouvrière passe par un changement radical de système de production, par la prise de pouvoir du prolétariat lui-même. Il n’y pas d’issue à la crise sous le capitalisme puisque la crise est la conséquence du système capitaliste. Toutes les promesses, les fausses solutions proposées par les réformistes comme Mélenchon ne sont que poudre aux yeux pour utiliser les travailleurs comme simple clientèle électorale et les maintenir sous la domination politique de la classe dominante, la bourgeoisie.

 

 


[1]. Communiqué du Front de Gauche de Côte d’or, novembre 2013.

[2]. Jacques Généreux : « Comment le Front de gauche compte financer sa révolution sociale et écologique », avril 2012.
https://www.bastamag.net/Jacques-Genereux-comment-le-Front

[3]. Le terme scientifique exact est production de plus‑value, la plus‑value étant l’ensemble des profits – industriel, commercial, financier…

[4]. Karl Marx : Le Capital; Oeuvres, tome II – Économie (suite); Paris, Gallimard, 1968; p 781.