Le 25 janvier dernier, Syriza, le parti grec de gauche qui allie des sociaux-démocrates issus du PS Grec (PASOK) aux eurocommunistes ayant quitté le PCG (KKE), voire des groupes trotskistes, a remporté les élections législatives et a formé un gouvernement en s’alliant avec un parti de droite nationaliste.

En France, la victoire de ce mouvement a suscité des éloges, des partis la gauche. Il s’agirait d’une « bonne nouvelle pour le peuple grec » (PS), d’un « moment historique » (Mélenchon), de l’ouverture de « la voie au changement en Europe » (PCF), d’une « opportunité colossale » (Besancenot).

De la droite au FN, du gouvernement à l’extrême gauche, tous saluent la victoire de ce mouvement politique. Faut-il que les travailleurs et les communistes saluent eux aussi la victoire de Syriza ? Syriza est-elle une force qui permet de faire avancer en Grèce la lutte de classe en faveur de la classe ouvrière ?

A notre avis non. Le peuple grec a voté pour Syriza après avoir fait l’expérience de la droite et de la gauche classiques. Il est vrai qu’en Grèce le délabrement économique et social est très avancé. L’Etat s’est endetté auprès d’autres puissances impérialistes. Il fait payer la crise aux travailleurs par le biais de mesures d’austérité colossales : les chaînes TV d’Etat ont même été fermées, l’extrême pauvreté s’est considérablement développée, le chômage est de plus de 25 %.

         Au sein du système impérialiste, la Grèce est un des maillons faibles de la chaîne économique. Les conditions pour le développement de la lutte du prolétariat sont favorables. La bourgeoisie grecque a donc dû trouver de nouvelles armes et « solutions » pour empêcher à la majorité du peuple de se radicaliser et de se tourner vers une alternative réelle au capitalisme. Syriza est cette solution. Elle est d’après nous et le Parti communiste grec (KKE) « la force de réserve de gauche du capitalisme».

Pourquoi ? Parce que Syriza ne remet pas réellement en cause le capitalisme et ce pour plusieurs raisons.

Syriza n’envisage qu’une politique réformiste visant à réduire la dette nationale grecque et diminuer les inégalités les plus criantes. A cette intention, Syriza mène une politique de solidarité articulée avec les partis de la gauche bourgeoise européenne dont le front de gauche et le PCF afin de renégocier la dette au sein de l’Union Européenne.

Actuellement, l’Union Européenne utilise deux leviers afin de tenter une sortie de la crise de surproduction actuelle. D’abord, la politique d’austérité a été appliquée afin de réduire sur le dos des travailleurs l’endettement de l’Etat auprès des banques. Maintenant, l’UE et Draghi, le dirigeant de la Banque Centrale Européenne mettent en œuvre la politique du « quantitative easing ». Il s’agit pour la BCE de racheter la dette de l’Etat grec auprès des banques afin d’inciter les entreprises (banques et assurances) à se tourner vers les investissements privées plutôt que sur les obligations d’Etat. Syriza espère trouver un compromis avec l’UE. il s’agit là, non pas d’une alternative au capitalisme mais d’une autre politique du capital, avec des effets tout aussi destructeurs pour les travailleurs.

L’actuelle négociation européenne menée par la Grèce est donc un débat entre les partisans de la continuité de la politique d’austérité (Allemagne) et ceux qui veulent appliquer cette politique économique appelée « quantitative easing » (Italie, Grèce voire la France). C’est un débat entre pays capitalistes-impérialistes. La classe ouvrière n’a rien à voir avec ces débats pour savoir laquelle de ces politiques permettra aux capitalistes de se faire de nouveau le plus de profits possibles. Dans cette lutte, le FDG et la gauche européenne sont la force d’appoint et idéologique de la politique du capital.

Le programme de Syriza montre bien l’absence de rupture avec le capitalisme. Il s’agit en vérité de masquer aux yeux des travailleurs les abus les plus visibles du capitalisme  . Ainsi en annonçant lutter contre la corruption, Syriza prétend pouvoir financer l’augmentation du SMIC et la réouverture de la chaîne publique de télévision.

Le capitalisme grec n’est même pas égratigné car Syriza par la voix de son premier ministre Tsipras a lancé un appel aux investissements étrangers et un programme d’investissement public afin de relancer l’économie grecque. Syriza est donc le médecin venant au chevet du capitalisme agonisant. Et ce sont les banques et les actionnaires qui vont en profiter car l’Etat veut « pleinement exercer ses droits dans le cadre du fonctionnement des banques systémiques recapitalisées avec l’argent du peuple grec, tout en prenant en compte les droits des actionnaires privées »(Tsipras).  Que dire encore de la politique internationale de Syriza si ce n’est la poursuite de son implication dans la politique impérialiste occidentale. Il n’est  pas prévu la sortie ou la dénonciation de l’OTAN et de l’UE en tant qu’instrument d’oppression et d’asservissement de l’impérialisme sur le monde. Enfin, l’alliance entre Syriza et la droite nationaliste grecque montre bien que ce nouveau gouvernement n’a pas en vue la défense des intérêts de la classe ouvrière de Grèce mais plutôt le redressement de la bourgeoisie grecque.

Syriza maintient chez les travailleurs l’illusion  que le changement est possible par les élections bourgeoises pour mener une politique dans l’intérêt du prolétariat au sein de l’Union Européenne et de l’Etat bourgeois. Seule la révolution ouvrant la voie au socialisme est une alternative face au capitalisme. Seule la socialisation des moyens de production par le pouvoir ouvrier peut remettre en cause la domination du capital. Le reste n’est qu’utopie mais pire encore mène les travailleurs à aider le capitalisme à échapper à la faillite.

Il appartient aux forces communistes grecques d’éclairer les travailleurs sur la véritable nature de Syriza et d’entrainer, par une ligne politique marxiste-léniniste, les travailleurs grecs vers le socialisme.

Dénoncer la nature de Syriza ou de son partenaire espagnol Podemos en France, c’est combattre le réformisme du Front de Gauche et les illusions qu’il entretient auprès des travailleurs. C’est lutter pour construire  l’unité idéologique et politique des communistes marxistes léninistes en France.