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L’impérialisme, ses composantes actuelles
leurs contradictions et la politique des communistes

LA VOIX DES COMMUNISTES, no 15, mars 2016 – p. 23-24

Ces questions agitent depuis de nombreuses années le mouvement communiste qui se réclame du marxisme léninisme. Concrètement, les désaccords portent sur les questions : la Russie et la Chine sont-elles des pays impérialistes? Faut-il les soutenir dans leurs conflits avec les impérialismes occidentaux US et européens? Quelle est la nature de leur soutien à certaines luttes de résistance nationale aux impérialismes occidentaux?

En septembre 2008, le COLLECTIF MILITANT COMMUNISTE[1] (1) a publié dans son bulletin MILITANT COMMUNISTE n° 23-livret 2, une analyse sur cette problématique. En voilà un extrait :

Pour la plupart des organisations qui s’étiquètent communistes, l’impérialisme étasunien et ses alliés actuels européens sont caractérisés comme « L’impérialisme » (c’ est-à-dire le seul!). Et tout pays qui s’y oppose se voit gratifié de toutes les vertus anti-impérialistes. Il y a d’un côté l’impérialisme (l’impérialisme US et l’UE) et de l’autre, les anti-impérialistes (la Russie, la Chine en particulier) (…) Le couple Medvedev-Poutine est du coup considéré comme un défenseur de la paix mondiale qu’il faut soutenir inconditionnellement. Et la Chine, quant à elle, se voit même décerner des diplômes de socialisme! (…) Ceux-là refusent de voir la réalité en face, de regarder derrière les apparences et d’analyser scientifiquement l’essence des phénomènes.

Dans le no 12 de la VOIX DES COMMUNISTES, nous précisions :

Dans chaque conflit, on trouve les agissements des puissances impérialistes rivales. Les discours de soutien aux peuples tenus par les unes et les autres ne sont que des mensonges destinés à masquer leurs visées prédatrices. La Russie et la Chine partagent avec les impérialismes occidentaux les mêmes objectifs : maintenir ou pousser leur mainmise économique sur les pays qu’ils dominent déjà et sur ceux qu’ils convoitent. Pas plus que les USA et les vieux impérialismes européens et nippon, la Russie et la Chine ne sont des amis des peuples.

Les communistes condamnent et combattent toutes les ambitions dominatrices et tous les actes agressifs d’un impérialisme contre un pays souverain et ils ont pour premier devoir de s’opposer aux menées de leur propre impérialisme national. Ils ne soutiennent pas un impérialisme pour en combattre un autre, même si l’un est plus faible que l’autre ou qu’il parait moins agressif….

En développant ces positions, nous nous opposions à celles d’organisations comme le Cercle Henri Barbusse[2] (2) qui titrait un paragraphe, dans une de ses brochures : « DU MONDE UNIPOLAIRE À UN MONDE MULTIPOLAIRE, ÉTAPE VERS LA RÉVOLUTION SOCIALISTE »

Le débat est toujours présent. Récemment, le Parti Communiste de Grèce (KKE) a publié un document d’un grand intérêt[3] (3). En voici quelques extraits :

5.5. La solution du « monde multipolaire » Certaines forces politiques voient l’impérialisme seulement chez « l’empire » des États-Unis et en ayant ce point de départ, ils saluent l’apparition des nouvelles forces capitalistes émergentes dans les affaires mondiales, ainsi que l’apparition des nouvelles unions interétatiques, comme les BRICS, l’organisation de collaboration de Shanghai, l’organisation du traité de sécurité collective, ALBA etc., qui sont constituées par des pays capitalistes et ont un contenu économique-politique et militaire. Ces développements sont interprétés comme la naissance d’un monde « multipolaire », qui va redéfinir l’ONU et les organismes internationaux en leur donnant un « nouveaux souffle » et en leur permettant de sortir de « l’hégémonie » des États-Unis.  Ces positions concluent que c’est ainsi que la paix soit assurée dans le monde. En réalité, les forces politiques des diverses couleurs idéologiques reconnaissent les nouvelles contradictions intraimpérialistes et les modifications apparentes dans le système mondiale. Ils se réfèrent à la tendance de changement dans le rapport de force après le renversement des pays socialistes, et à l’expansion et l’intensification de l’activité de l’OTAN et l’UE comme une « démocratisation » des relations internationales, comme un « monde multipolaire ». Ce nouveau rapport de force comprend le renforcement entre autres de l’Allemagne, de la Russie, de la Chine, du Brésil.

Ses diverses propositions, comme par ex. l’élargissement du Conseil de Sécurité de l’ONU, le renforcement du rôle mondial de l’UE ou de la Russie et de la Chine, ne peuvent pas réorienter l’évolution des événements. Ceci parce qu’elles ne peuvent pas empêcher les contradictions intraimpérialistes qui s’expriment dans les matières premières, l’énergie et les voies de transport, la lutte pour dominer les marchés. C’est la concurrence entre les monopoles qui mène à des interventions militaires ou des guerres tant locales que généralisées. Cette concurrence s’effectue par tous les moyens qui sont à la disposition des monopoles et des pays capitalistes exprimant leurs intérêts, se reflète dans les accords interétatiques, qui sont constamment contestés à cause du développement inégal. C’est cela la nature de l’impérialisme, la source des petites et grandes attaques guerrières. Les positions des opportunistes et des sociaux-démocrates sur « la nouvelle gouvernance démocratique mondiale » avec (plus) de « transparence » et de « solidarité sociale », ne visent que l’embellissement idéologique de nouveaux rapports de force dans la barbarie capitaliste et impérialiste, pour tromper les travailleurs. Ceux-ci n’ont aucun intérêt à croire à la soi-disant « démocratisation » du capitalisme et des relations internationales, à choisir un impérialiste qui prétendument réalisera cela.

Il est utile de nous référer à Lénine et comment il traitait le sujet en partant d’un exemple très précis [4] :

« […] le premier des pays dominants détient, supposons, 3/4 de l’Afrique et le deuxième 1/4. Le contenu objectif de leur guerre est la redistribution de l’Afrique. Dans quel camp nous nous situerons? La manière dont le problème s’exprimait au passé, a changé et est désormais illogique: il ne s’agit pas ni d’un développement pluriannuelle d’un mouvement bourgeois de libération, ni du processus pluriannuel d’effondrement du féodalisme. Ce n ‘est pas la tâche de la démocratie contemporaine ni d’aider le premier pays à consolider son "droit" au 3/4 de l’Afrique, ni d’aider le deuxième (même si ce dernier se développe économiquement plus rapidement que le premier) à gagner ce 3/4. La démocratie contemporaine sera fidèle à elle-même dans la mesure où elle n’adhèrera à aucune classe bourgeoise impérialiste; dans la mesure où elle affirmera que "toutes les deux sont l’une pire que l’autre" et dans la mesure que dans chaque pays, elle souhaitera l’échec de la classe bourgeoise impérialiste. Toute autre solution, sera un acte national-libéral et n’aura rien de commun avec le vrai internationalisme ».

La VOIX DES COMMUNISTES verse ce document dans le débat sur l’impérialisme aujourd’hui.

 



[1] 1) Le Collectif Militant Communiste est une des organisations fondatrice du ROCML.

[2] Le cercle Henri Barbusse est la noyau théorique de la Coordination Communiste du Nord-Pas de Calais

[3] "L’aggravation des antagonismes impérialistes dans la région de la Méditerranée du Sud-Est et des Balkans. La position du KKE sur la possibilité d’un engagement de la Grèce dans une guerre impérialiste" (6 novembre 2014).

https://inter.kke.gr/fr/articles/Laggravation-des-antagonismes-imperialistes-dans-la-region-de-la-Mediterranee-du-Sud-Est-et-des-Balkans-La-position-du-KKE-sur-la-possibilite-dun-engagement-de-la-Grece-dans-une-guerre-imperialiste/

Le ROCML n’a pas de relations d’organisations avec le KKE. Nous constatons que sur certaines questions, ses positions convergent avec celles du ROCML. Par endroits, la traduction du grec en français est peut-être approximative.

[4] [Note du ROCML]

Lénine, "Sous un pavillon étranger" (Rédigé au plus tôt en février 1915, publié pour la première fois en 1917).

Oeuvres, tome 21; Paris, Éditions Sociales, 1960; p. 133-156.

Voici quelques extraits correspondant à la citation exposée par le KKE (p. 141-143).

Potressov *, comme du reste tous les social-chauvins, rétrograde par rapport à son époque, celle de la démocratie moderne, en reprenant le point de vue depuis longtemps périmé, mort, et par là même foncièrement faux, de la démocratie ancienne (bourgeoise). […] A. Potressov n’a pas réfléchi à la portée de la vérité qu’il a exprimée en tenant ce langage. Admettons que deux pays se fassent la guerre à l’époque des mouvements bourgeois de libération nationale. Quel est le pays dont on doit préférer le succès, du point de vue de la démocratie moderne? Évidemment, celui dont la victoire impulsera au maximum et développera le plus impétueusement le mouvement d’émancipation de la bourgeoisie et affaiblira le plus le système féodal. Admettons ensuite que le facteur déterminant de la situation historique objective ait changé, et qu’à la place du capital de la période de libération nationale intervienne le capital impérialiste international, le capital réactionnaire, financier. L’un des pays possède, disons, les trois quarts de l’Afrique et l’autre, le quart. Le contenu objectif de leur guerre est un nouveau partage de l’Afrique. Quel est le pays dont il faut souhaiter le succès? Posée sous sa forme première, cette question est absurde, car les anciens critères font défaut : le long développement du mouvement d’émancipation bourgeois, aussi bien que le long déclin de la société féodale. Ce n’est pas l’affaire de la démocratie moderne que d’aider le premier pays à affermir son « droit » sur les trois quarts de l’Afrique, ni d’aider le second à s’approprier ces trois quarts (même si son évolution économique est plus rapide que celle du premier). La démocratie moderne ne sera fidèle à elle-même que si elle ne s’allie à aucune bourgeoisie impérialiste, si elle déclare que « l’une et l’autre sont les pires », si elle souhaite dans chaque pays la défaite de la bourgeoisie impérialiste. Toute autre solution sera, dans la pratique, national-libérale, et n’aura rien de commun avec l’internationalisme authentique.

* Alexandre Nikolaïevitch Potressov : Social-démocrate dès les années 1890. Participe à la fondation de l’Iskra. Menchevik après 1902. Défensiste pendant la guerre. Opposé à la révolution d’Octobre.

Cf. un extrait plus large du texte de Lénine :

http://rocml.org/wp-content/uploads/2015/01/Lenine_Sous_un_pavillon_etranger.pdf