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Parti Communiste du Venezuela 16e Congrès national du PCV |
Source :
https ://prensapcv.wordpress.com/wp-content/uploads/2022/10/programa.pdf
"Nous, communistes, concevons la politique comme une action fructueuse au service des travailleurs et non comme une activité visant à servir nos propres intérêts, individuels ou partiaux. Nous, communistes, sommes la volonté active de la classe ouvrière et de tout le peuple."
Programme (1980), 6e Congrès du PCV.
Introduction
1. Le Parti communiste vénézuélien est le parti politique de la classe ouvrière, son avant-garde, sa forme d’organisation supérieure, qui défend avec cohérence et ténacité ses intérêts et ceux du peuple, qui se confondent avec ceux de la nation vénézuélienne, et dont l’idéologie est le marxisme-léninisme, théorie scientifique éprouvée pour guider l’ensemble du peuple travailleur dans la prise du pouvoir politique en vue de la construction d’une nouvelle société, socialiste, l’organisation consciente du travail social, dans la juste répartition de la richesse sociale et dans laquelle existent la démocratie authentique, la liberté et le progrès social.
2. Pour parvenir à cette nouvelle société, il est nécessaire d’abolir le système d’exploitation de l’homme par l’homme, système fondé sur la propriété privée des moyens de production et, dans la pratique, basé sur la violence exercée par une minorité de la population (la bourgeoisie) contre les droits de l’immense majorité aliénée, asservie et exploitée.
3. L’État socialiste gère les moyens de production comme une propriété sociale avec la participation active de la classe ouvrière et des autres secteurs populaires, et protège la propriété personnelle, fruit du travail.
4. La construction d’une société socialiste n’est possible qu’à travers un processus de luttes dans lesquelles la classe ouvrière et les autres exploités, qui constituent la majorité, affrontent leurs exploiteurs, la bourgeoisie. Ce processus est celui de la révolution visant à exproprier les expropriateurs et ne peut être le fruit de la spontanéité et de l’improvisation.
5. La transformation révolutionnaire de la société est l’oeuvre de la classe ouvrière, qui agit en étroite collaboration avec les paysans pauvres et les autres alliés afin de remporter la lutte des classes contre ses ennemis. Mais le triomphe des forces révolutionnaires de la société ne sera possible que si celles-ci disposent de trois éléments fondamentaux : un parti d’avant-garde qui exprime les intérêts des exploités, une idéologie capable d’interpréter scientifiquement la réalité et une théorie révolutionnaire (politique) qui conduise les masses vers les objectifs successifs du processus et permette de remporter la victoire définitive. De même, la victoire exige de combiner dialectiquement les conditions objectives de la révolution avec les conditions subjectives de l’avant-garde et des masses populaires.
6. Depuis plus de quatre-vingt-dix ans, les communistes ont lutté au prix de grands sacrifices pour jouer pleinement leur rôle d’avant-garde de la classe ouvrière dans les villes et les campagnes, sans arrogance, mais avec fermeté, sans exclure les autres forces démocratiques, progressistes et révolutionnaires qui, comme nous, aspirent également à un profond changement social.
7. Nous nous sommes également efforcés d’étudier la réalité nationale, d’assimiler les enseignements tirés du processus révolutionnaire et les expériences des autres peuples, afin de pouvoir tracer une voie sûre pour la révolution dans notre pays et la proposer comme issue à notre peuple.
8. Un programme révolutionnaire pour toutes et tous ceux qui partagent l’idée de la nécessité urgente d’entreprendre des transformations anticapitalistes, libératrices et démocratiques, qui ouvrent la voie à la construction du socialisme, qui est la société des travailleurs et travailleuses de la ville et de la campagne, tant manuels qu’intellectuels.
9. Nous, communistes vénézuéliens, nous inspirons de l’exemple des luttes acharnées et des grands héros de notre peuple. Nous avons assimilé les glorieuses traditions de sacrifice et d’abnégation dans les combats pour la libération du colonialisme, de l’esclavage, de la servitude et en faveur de l’égalité sociale, avant et après la guerre d’indépendance. Nous pensons que ce passé est riche d’expériences inestimables pour les forces populaires, révolutionnaires et progressistes, et qu’il s’incarne dans les personnalités robustes de Francisco de Miranda et Simón Bolívar, Luisa Cáceres de Arismendi, Juana "la Avanzadora" et bien d’autres figures héroïques.
10. Nous avons à l’esprit les mouvements populaires qui ont suivi l’oeuvre d’émancipation, tels que les insurrections symbolisées par Ezequiel Zamora, les grandes journées de lutte de la classe ouvrière depuis les premières années de sa formation, les soulèvements civils et militaires et l’insurrection armée des années 50 et 60, ainsi que les grandes actions de masse menées par le peuple vénézuélien en quête de véritable démocratie, de justice, d’égalité et de liberté.
11. D’où notre caractère résolument patriotique, anticapitaliste et, par conséquent, antiimpérialiste, qui se traduit aujourd’hui par la lutte pour la libération sociale et économique, pour une véritable démocratie, qui n’est autre que la démocratie populaire face à la démocratie bourgeoise, et pour la future instauration du socialisme, dont les ennemis sont l’impérialisme et la bourgeoisie, en particulier la bourgeoisie monopolistique, associés dans des conditions de dépendance au capital étranger intéressé à maintenir et à approfondir la dépendance de notre pays et à empêcher son développement souverain et indépendant.
12. Dans le même temps, les communistes vénézuéliens combinent leur patriotisme révolutionnaire avec les principes de l’internationalisme prolétarien, drapeau inaliénable des marxistes-léninistes qui luttent pour la résolution de nos problèmes nationaux et pour l’émergence définitive d’un nouveau monde sans exploiteurs ni exploités, sans crainte de nouvelles guerres d’agression et de pillage, dans une harmonie universelle pleine et amicale, avec une nouvelle formation socioéconomique : le socialisme-communisme. C’est pourquoi nous entretenons des relations fraternelles et solidaires avec les autres partis communistes et ouvriers, avec l’ensemble du mouvement anticapitaliste et, par conséquent, antiimpérialiste et révolutionnaire mondial; nous défendons le socialisme-communisme et tirons parti de ses succès et de ses échecs, de ses expériences et de ses enseignements dans un esprit d’égalité et d’indépendance.
13. Nous sommes de fervents partisans des idées bolivariennes concernant une future unification des pays d’Amérique latine et des Caraïbes et la lutte pour une meilleure entente avec les autres peuples du monde. Nous savons que l’unité de l’Amérique latine et des Caraïbes, tant souhaitée par nos libérateurs, a aujourd’hui une connotation de classe différente et ne sera possible que dans un contexte continental socialiste, où la classe ouvrière, et non les bourgeoisies transnationalisées, exercera le pouvoir politique. Mais dès à présent, nous apportons notre soutien à tout effort visant à rassembler nos peuples sur la base de l’égalité, de la solidarité et du respect mutuel, ainsi que de la défense commune contre le capital impérialiste et ses diverses formes de domination politique, militaire et culturelle.
14. Nous, communistes vénézuéliens, sommes des internationalistes convaincus. C’est pourquoi nous savons que notre révolution ne pourra jamais être un évènement purement national, isolé des luttes des peuples du reste du monde. Nous encourageons une solidarité totale avec leurs luttes et sommes convaincus que les autres peuples nous accordent, à leur tour, la même solidarité. C’est pourquoi nous concevons notre activité politique générale dans le cadre de la lutte des classes, comme une synthèse dialectique du patriotisme révolutionnaire et de l’internationalisme prolétarien. C’est ainsi que nous comprenons et orientons notre pratique politique et notre réflexion théorique aux niveaux national et international, dans un effort où se distinguent des hommes de l’envergure de Gustavo Machado et Carlos Aponte.
15. Dans le contexte actuel, nous présentons ces thèses de mise à jour programmatique, qui vont de la définition du nouvel État que nous préconisons à l’indication des modalités et des réalisations indispensables à la transformation d’une société injuste et anarchisée, comme celle du Venezuela actuel, en une nouvelle société composée de véritables producteurs libres et associés; la transformation de cette société d’exploitation en une société où prévaut le progrès social souverain et indépendant, où chacun est sollicité selon ses capacités et rémunéré en fonction de son travail.
16. La société socialiste est nouvelle; elle est le prélude à la société supérieure où l’humanité pourra satisfaire tous ses besoins, la société communiste, objectif fondamental de notre Parti, dans laquelle chacun reçoit selon ses besoins et contribue selon ses capacités.
Thèse I :
Crise structurelle du système capitaliste dans sa phase impérialiste
"Tout au long de son histoire, le PCV n’a jamais dévié de son combat intransigeant pour les droits des ouvriers, des paysans, des femmes, des étudiants, des enfants abandonnés, des jeunes et des autres secteurs opprimés et exploités de la société vénézuélienne. Nous avons mené et continuons de mener une lutte constante contre la domination des monopoles étrangers et nous diffusons sans relâche les idées immortelles du marxisme-léninisme. Les erreurs et les échecs de notre politique révolutionnaire n’ont jamais entaché notre loyauté envers les principes, la classe ouvrière et le peuple travailleur. Le PCV fonde son action pratique sur la classe ouvrière, l’alliance entre ouvriers et paysans et l’unité populaire."
Programme (1980), 6e Congrès du PCV.
a) La nécessité et la pertinence du socialisme
17. La victoire de la Révolution d’octobre 1917 en Russie, la création de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) le 30 décembre 1922 et le développement qu’elle a connu pendant plus de sept décennies confirment, par des faits concrets, la supériorité du projet socialiste, lorsque le prolétariat guide le développement des sociétés en garantissant des progrès dans des domaines tels que la production, la science, la technologie et l’innovation, la santé, l’éducation, la protection des droits civils, sociaux, politiques, ethniques et de genre, dont beaucoup sont aujourd’hui des objectifs à atteindre dans les pays impérialistes et impensables dans les sociétés peu développées sur le plan capitaliste. L’URSS reste un véritable guide pour la construction d’une société socialiste, d’un monde meilleur. La contribution de l’URSS aux mouvements de libération nationale et aux processus anticolonialistes en Afrique et en Asie n’a pas été négligeable, tout comme sa solidarité avec les luttes de la classe ouvrière, des partis communistes et des organisations révolutionnaires à l’échelle mondiale.
18. Le triomphe de la contrerévolution en URSS et dans les pays socialistes d’Europe, suivi du démantèlement du camp socialiste, a permis au capitalisme de progresser dans ces pays, faisant ainsi prévaloir les relations sociales de production capitaliste à l’échelle mondiale.
19. Malgré les succès de la stratégie contrerévolutionnaire dans la dissolution de l’URSS, le rôle joué dans son exécution par les opportunistes, les révisionnistes et les traitres, et les erreurs du PCUS (Parti communiste de l’Union soviétique); malgré les différentes variantes utilisées pour attaquer les peuples qui ont assumé la tâche historique de construire le socialisme, dont la phase finale a vu la désintégration de la Yougoslavie par une intervention militaire accompagnée de pratiques d’extermination, de politiques d’étranglement financier visant à affaiblir leurs économies, d’incitation au terrorisme et, plus récemment, l’institutionnalisation du nazisme-fascisme pour garantir la domination du grand capital, afin d’effacer toute trace soviétique en Europe de l’Est et d’élargir ainsi les sphères de domination du capital, il n’a pas été et ne sera pas possible de surmonter la crise capitaliste mondiale profonde et prolongée dans sa phase impérialiste.
20. Avec la disparition de l’URSS et du camp socialiste européen à partir des années 90 du XXe siècle, le rôle progressiste et modérateur que leur existence jouait sur la scène mondiale face à la voracité et à l’expansion du grand capital monopolistique transnational et multinational impérialiste disparait, créant ainsi les conditions propices à l’intensification de la monopolisation du capital, déjà annoncée par Marx lorsqu’il analysait les tendances du mode de production capitaliste à la centralisation et à la concentration du capital, renforcées par les processus de fusions et d’acquisitions via principalement des privatisations, qui sont l’une des modalités d’investissement et qui permettent d’avoir un accès immédiat aux capacités technologiques, aux positions sur le marché, à la production d’énergie et aux ressources naturelles ou aux infrastructures, consolidant ainsi la domination politique croissante sur les relations internationales et l’économie mondiale par le biais d’organisations multilatérales (telles que l’Organisation mondiale du commerce – OMC]), où les États impérialistes imposent leurs politiques commerciales au reste des pays du monde. Dans le même temps, l’exploitation de la classe ouvrière s’intensifie et génère une vague de chômage, condamnant des millions de travailleurs à des conditions de vie précaires et à supporter tout le poids de la crise générale du mode de production capitaliste au niveau mondial.
21. Le triomphe contrerévolutionnaire en URSS et dans les pays socialistes d’Europe de l’Est a accéléré ce processus : de grands marchés, d’énormes gisements énergétiques, une main-d’oeuvre hautement qualifiée, disciplinée et organisée, dont la valeur avait diminué en raison des crises politiques, faisaient de l’Europe de l’Est un butin trop convoité par les multinationales, dont les processus de privatisation des économies ont fait émerger une puissante oligarchie et des groupes économiques capitalistes, dont les multinationales désormais intégrées au niveau mondial ne parviennent pas à inverser la tendance à la baisse du taux de profit, ce qui révèle l’épuisement de la formation économique et sociale capitaliste, reflété dans son incapacité croissante à résoudre les problèmes pressants de l’humanité.
22. Le rôle de la Chine est aujourd’hui absolument décisif dans l’avenir du système capitaliste mondial. Dans le contexte de la crise ouverte entre l’oligarchie financière mondiale et le rôle du développement industriel qui prend racine en Chine, cette réalité nous oblige à étudier plus en profondeur l’expérience chinoise, du point de vue du matérialisme historique et des besoins du projet stratégique socialiste-communiste de la classe ouvrière vénézuélienne.
23. Le PCV estime nécessaire de reconnaitre et d’étudier les expériences menées par les partis communistes et ouvriers au pouvoir en Chine, en Corée, au Vietnam, au Laos et à Cuba, où la justesse du projet historique socialiste a été maintenue et réaffirmée, sur la base de leurs particularités nationales respectives, et où le marxisme-léninisme a été ratifié comme source idéologique pour avancer vers le triomphe futur de la révolution socialiste-communiste, dans un monde post-URSS, actuellement déterminé par la mondialisation des relations capitalistes de production.
24. Pour le PCV, il est nécessaire de continuer à tenir compte du fait qu’une grande partie de l’humanité est touchée par le problème de l’énergie. Il faut dire que la responsabilité principale en incombe aux pays capitalistes développés, à leurs monopoles et à leurs entreprises transnationales. Il s’agit d’un problème qui doit être analysé dans le cadre de tous les problèmes de développement, étroitement lié à la nécessité d’établir un nouvel ordre économique international et de rejeter les tentatives visant à diviser les pays en développement à cet égard. Le Venezuela a joué un rôle important tout au long du 20e siècle et continue d’être un fournisseur d’énergie considérable grâce à ses réserves prouvées d’hydrocarbures.
25. Malgré cela, nous, communistes, avons le devoir d’alerter le peuple vénézuélien afin qu’il ne s’attende pas à une amélioration substantielle de la situation économique à court et moyen terme dans le cadre des structures économiques capitalistes actuelles. Les espoirs que le gouvernement actuel a placés dans une éventuelle reprise des prix du pétrole ou dans le développement de la production dans la « ceinture pétrolière de l’Orénoque » sont peu réalistes, compte tenu des changements profonds que connait la structure du marché mondial de l’énergie, avec des sources d’énergie alternatives au pétrole conventionnel de plus en plus rentables et abondantes, avec de plus en plus de concurrents sur un marché déjà très bien approvisionné, et avec de plus en plus d’incitations au développement de matrices énergétiques indépendantes des hydrocarbures fossiles. En bref, le monde s’oriente progressivement vers de nouveaux modèles énergétiques, dans lesquels le pétrole perdra progressivement le rôle prédominant qu’il a joué au cours du 20e siècle.
26. Nous, communistes, comprenons que le socialisme possède les conditions objectives et subjectives nécessaires à son développement; que le socialisme n’est pas une chimère mais une possibilité à la portée du prolétariat en tant que seul sujet de transformation révolutionnaire dans les sociétés capitalistes et que la forme politique qu’il doit prendre pour se développer pleinement est la dictature du prolétariat qui, comme l’a défini Lénine dans la brochure L’économie et la politique de la dictature du prolétariat :
"[… ]il ne fait aucun doute qu’il existe une certaine période de transition entre le capitalisme et le communisme. Cette période ne peut manquer de réunir les caractéristiques ou les propriétés des deux formations de l’économie sociale, elle ne peut manquer d’être une période de lutte entre le capitalisme agonisant et le communisme naissant; ou, en d’autres termes, entre le capitalisme vaincu, mais pas anéanti, et le communisme déjà né, mais encore très faible."
27. Le socialisme, compris comme la période où le pouvoir politique appartient aux ouvriers et aux paysans révolutionnaires, est la forme supérieure de la démocratie et la seule garantie pour éradiquer l’analphabétisme, garantir le travail, l’éducation et la santé aux masses laborieuses, élever massivement les niveaux d’éducation et de professionnalisation des peuples, de faire progresser le développement scientifique et technique, ainsi que le respect et la promotion des relations entre les peuples dans la réalisation des objectifs communs aux travailleurs, et d’élever, comme aucune autre forme de production dans l’histoire ne l’avait fait auparavant, le bienêtre matériel et spirituel des majorités.
28. Le socialisme ne peut être considéré comme une formation économique et sociale indépendante. Le socialisme est la première phase de la construction de la formation économique et sociale communiste, c’est une phase du communisme immature et son développement dépendra du développement des forces productives, de la maturité idéologique ou de la conscience de classe du prolétariat et des classes alliées, de leur état d’esprit et de la capacité de l’avant-garde à surmonter les difficultés d’une oeuvre aussi historique dans le contexte d’une lutte des classes qui restera vivante. Ne pas prendre conscience de ce caractère transitoire du socialisme a conduit, et conduit encore, à des erreurs tactiques et stratégiques que nous, communistes, devons surmonter..
29. En résumé, nous pouvons affirmer qu’après 30 ans de l’ère post-URSS, le capitalisme, qui s’est présenté avec arrogance en 1991 comme le vainqueur du socialisme, s’est révélé sans l’ombre d’un doute, au cours de ces trois décennies, un système barbare, inhumain et criminel, fondé sur l’égoïsme, qui conduit l’humanité à sa destruction, anéantissant les modes de vie au sein de la nature et mettant en péril l’existence même de la planète; d’où la nécessité historique de le dépasser.
b) La décomposition du système capitaliste mondial et l’agressivité impérialiste belliciste
30. De son côté, le capitalisme, dans sa phase impérialiste, est confronté à une crise qui affecte gravement son système monétaire international; son industrie stagne et enregistre des millions de chômeurs; les dépenses militaires ont atteint des niveaux sans précédent; il exerce des pressions sur les pays de l’OPEP et d’autres pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine contre les réajustements des prix du pétrole et d’autres matières premières exportées par les pays en développement, tout en leur transférant une partie de sa propre inflation.
31. Le comportement de l’impérialisme confirme pleinement la thèse léniniste selon laquelle il constitue la phase supérieure et ultime du développement capitaliste, dans laquelle continuent de prédominer : 1) la concentration de la production et du capital, dont le degré de développement est soutenu à l’échelle planétaire par les monopoles; 2) la fusion du capital bancaire et du capital industriel et la création, sur la base de ce capital financier, de l’oligarchie financière; 3) l’exportation de capitaux, contrairement à l’exportation de marchandises, qui revêt une importance particulièrement grande; 4) la formation d’associations monopolistiques internationales de capitalistes, qui se disputent entre elles le partage du monde, et 5) l’achèvement du partage territorial du monde entre les plus grandes puissances capitalistes.
32. L’impérialisme actuel a accentué son caractère monopolistique, à la lumière des changements qui se sont produits en son sein. La concentration croissante du capital résultant de l’accumulation à l’échelle mondiale, ainsi que les processus de fusion qui ont eu lieu au cours de la dernière décennie dans les secteurs les plus importants de l’économie, confirment la tendance croissante à la monopolisation transnationale du capitalisme à l’échelle mondiale. Cette expansion de l’impérialisme à l’échelle planétaire s’accompagne de politiques d’agression et de harcèlement mises en oeuvre par les États impérialistes, résultant d’une stratégie au service des intérêts des sociétés transnationales, dont beaucoup font partie de puissants conglomérats et structures au service d’activités illégales ayant un impact mondial, telles que le trafic de drogue, le blanchiment d’argent, la traite des êtres humains, entre autres, qui servent et font partie de la structure économique et financière de l’impérialisme.
33. Une guerre mondiale aujourd’hui, avec la terrible puissance des armes nucléaires, bactériologiques et autres armes de destruction massive, serait une tragédie d’une telle ampleur que la lutte pour le socialisme, le désarmement et la paix devient un sujet d’intérêt majeur pour tous les hommes et toutes les femmes de la planète, indépendamment de leur idéologie ou de leur religion. La lutte mondiale contre la course aux armements et pour le désarmement sont impératifs, non seulement pour progresser vers une paix juste et durable, mais aussi pour que les ressources considérables dépensées en armements et en guerres puissent contribuer à soulager la faim et les calamités de millions de personnes qui souffrent de l’impact de la crise générale du capitalisme, en particulier dans les pays les plus pauvres et les plus exploités d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes.
34. Les forces productives ont atteint un degré de développement colossal dans le cadre de la phase actuelle de la révolution scientifique et technique. Grâce aux technologies appliquées massivement à l’activité économique, les échanges commerciaux ont pu être accélérés, les appareils productifs nationaux ont été étroitement liés et une intégration intense des marchés financiers internationaux et une concentration croissante du capital financier ont été générées, ce qui s’est traduit par un processus de mondialisation économique sans précédent jusqu’à présent..
35. Le potentiel technologique et productif existant, capable de résoudre les grands problèmes sociaux, économiques et environnementaux de l’humanité, est au service des intérêts des sociétés transnationales, qui étendent sans limite leurs filiales grâce à l’exportation de capitaux, encouragent à l’extrême la spéculation financière et dominent presque totalement les flux commerciaux internationaux.
36. Cette situation se traduit, entre autres, par un fossé croissant entre les secteurs sociaux exploités du monde et les magnats de l’économie mondiale.
37. À ce processus d’exclusion sociale croissante s’ajoute la détérioration accélérée des conditions environnementales, résultat de l’irrationalité typique du capitalisme dans l’exploitation des forces productives existantes, la nature étant la principale source de richesse.
38. La mondialisation entraine une perte croissante d’autonomie des États nationaux. L’influence grandissante des multinationales, ainsi que les compétences attribuées à des organismes multilatéraux tels que le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), entre autres, réduisent la marge de manoeuvre des institutions nationales. La tendance à la concentration et à la centralisation du capital à l’étape actuelle se manifeste dans des réalités telles que l’Union européenne, qui dispose d’un gouvernement et d’un parlement communautaires; à l’avenir, de nouveaux blocs de pays pourraient se former et céder leur souveraineté, en s’inspirant de l’expérience de l’UE.
39. L’une des caractéristiques fondamentales de ce processus réside dans l’expansion des multinationales dans le domaine de la culture et de l’idéologie. Profitant des progrès réalisés dans le domaine des télécommunications, un processus colossal d’aliénation se déploie dans le cadre de stratégies visant à garantir l’établissement d’idéologies, de modèles de consommation, de valeurs éthiques, de modèles politiques et de schémas culturels pleinement adaptés aux mécanismes d’exploitation impérialiste. Cela crée une contradiction flagrante entre, d’une part, les forces productives développées dans le cadre de la socialisation du processus de production à l’échelle planétaire et, d’autre part, les relations de production de plus en plus rigoureusement dominées par les stratégies corporatives des multinationales, ce qui garantit leur concentration monopolistique incessante.
40. Comme l’a démontré Marx, cette contradiction, qui exprime clairement la crise systémique du capitalisme dans sa phase de développement impérialiste, doit être surmontée de manière révolutionnaire par les peuples exploités du monde, sous la direction politique et idéologique de la classe ouvrière organisée autour des partis communistes et ouvriers.
41. Les tendances à la centralisation et à la concentration du capital, étudiées et analysées par Marx, finissent par s’exprimer sous la forme d’un capital monopolistique transnational dirigé par sa fraction financière spéculative, qui fait peser sur les épaules des peuples le poids de la crise générée par son propre système d’exploitation, dans le contexte des politiques du capitalisme néolibéral-impérialiste qui leur servent à légitimer leurs politiques de surexploitation des masses laborieuses.
42. Face à la nécessité de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste et de poursuivre le processus de reproduction élargie du capital, l’impérialisme a déclenché à cette fin des formes autoritaires dans les États nationaux (recours à la coercition et à la violence, financement et apologie du terrorisme, guerre contre les peuples et les nations); Afin de garantir le taux de profit par tous les moyens, il recourt à la destruction des ressources non renouvelables, à l’accélération des modes de production polluants qui augmentent l’effet de serre, à la désertification des sols agricoles et à l’épuisement accéléré des sources d’alimentation. Ces phénomènes sont directement liés au mode de production capitaliste dans sa phase impérialiste actuelle de développement et constituent certains des effets directs d’un système capitaliste mondial qui domine actuellement notre planète, montrant des signes indéniables de déclin, d’épuisement et de crise structurelle.
43. Dans le contexte de cette crise structurelle du capitalisme dans sa phase impérialiste, les tendances historiques à la centralisation et à la concentration du capital ont intensifié le rôle et la présence du capital monopolistique. En son sein, la concurrence s’intensifie pour les marchés et les voies de commercialisation, pour le contrôle des sources d’énergie, pour la domination des progrès scientifiques et technologiques, ce qui finit par produire une aggravation accélérée des contradictions entre les principales puissances capitalistes et impérialistes, qui prétendent les résoudre par des guerres ciblées, le pillage, la destruction de la terre et, en général, des forces productives.
44. L’existence de minéraux stratégiques, d’eau et de biodiversité, ainsi que la possession de ressources naturelles et énergétiques vitales dans le domaine de l’énergie, telles que le pétrole, le gaz et désormais le thorium, font de l’Amérique latine un territoire disputé par le grand capital transnational impérialiste et les investissements croissants des pays membres du BRICS (+ Iran), menés par la Chine.
45. L’impérialisme approfondit et réorganise ses politiques et ses plans interventionnistes envers notre continent, déployant différentes initiatives d’agression systématique, soutenue et multiforme, qui comprennent le déploiement, la projection et l’utilisation potentielle de la force militaire dans la région, afin de faire pression et de renverser les gouvernements qui ne lui sont pas inconditionnellement soumis et qui construisent des alliances politiques et commerciales avec des blocs de puissances émergentes qui disputent l’hégémonie mondiale à l’impérialisme américain.
46. Dans leur offensive, les sociétés transnationales qui contrôlent la puissance impérialiste américaine et considèrent l’Amérique latine et les Caraïbes comme leur arrière-garde stratégique peuvent compter sur les bourgeoisies latino-américaines historiques qui leur sont subordonnées et associées dans des conditions de dépendance; celles-ci ont à leur tour coopté d’importants segments des classes moyennes et des secteurs de la classe ouvrière pour les positions pro-impérialistes. Ce processus est facilité par la faiblesse persistante depuis des décennies des mouvements révolutionnaires, y compris des partis communistes, et du mouvement ouvrier et populaire de classe, principalement en raison de l’enracinement des courants opportunistes en leur sein; qui n’ont pas réussi, au cours des quinze premières années du 21e siècle, où des conditions favorables à la résistance antiimpérialiste ont été créées, à progresser dans leur recomposition et dans l’accumulation révolutionnaire des forces ouvrières, paysannes et populaires qui les auraient placées en position de force insurrectionnelle, capable de disputer le pouvoir à la bourgeoisie progressiste-réformiste et à la grande bourgeoisie pro-impérialiste, entre autres raisons en raison de l’impact subi après le triomphe de la contrerévolution en URSS et de l’incapacité à surmonter le cadre général de faiblesse et de désarticulation organisationnelle de leurs avant-gardes, entre autres causes d’ordre politique et idéologique qui ont affecté la viabilité de leur développement.
47. La limite du progressisme réformiste est une condition inhérente à la crise qui affecte ces expériences, qui n’ont pas brisé les mécanismes de domination et de subordination imposés par le système mondial de l’impérialisme dans le contexte de la division internationale du travail, scénario qui offre de grandes possibilités pour le développement organique des partis communistes dans la lutte pour remplir leur rôle d’avant-garde de la classe ouvrière dans la dispute pour le pouvoir avec la bourgeoisie dans leurs pays respectifs.
48. Le PCV observe les changements qui se produisent dans le système capitaliste en raison du développement scientifique et technologique et leur impact sur les processus de production et de distribution, auxquels s’ajoute la crise qui, depuis 2008, ébranle ses structures et oblige à accélérer les processus de reconfiguration du modèle de domination bourgeoise. La nécessité de survie du système avec des cadres minimaux de légitimation, la nécessité de surmonter les contradictions interimpérialistes et intercapitalistes au sein des États nationaux et de rendre viables les contradictions entre la bourgeoisie et la petite bourgeoisie, explique l’émergence de nouveaux acteurs politiques qui agissent sur les fronts où la bourgeoisie voit sa domination menacée, en raison de son incapacité à dégager un consensus face aux graves crises sociales et de l’absence d’un mouvement ouvrier organisé et offensif sous l’influence et la direction politico-idéologique des partis communistes et ouvriers.
49. Dans cette dynamique complexe, de nouveaux acteurs ont émergé qui soutiennent des projets politiques, des discours et des récits révisionnistes, promus, financés et organisés par le monde universitaire anglo-saxon avec deux objectifs essentiels : "faire disparaitre" le prolétariat en tant que sujet historique de la révolution socialiste en atomisant encore plus les masses populaires en "identités" (de genre, d’ethnie, de nationalité, de religion, etc.); et promouvoir une sorte de capitalisme bienveillant qui réédite l’État-providence dans des conditions objectives qui ne le permettent pas. Cependant, et parallèlement, on assiste également à la montée en puissance de secteurs d’extrême droite qui placent leurs espoirs de sortie de crise dans le nationalisme bourgeois, favorisent l’émergence d’organisations pronazies, fascistes, comme en Ukraine, et franquistes en Europe, tandis qu’aux USA se consolident les néoconservateurs qui prônent la suprématie blanche et qu’en Amérique latine émergent des projets politiques issus du monde entrepreneurial de la bourgeoisie.
50. C’est pourquoi lutter contre l’opportunisme de droite et de gauche, développer des stratégies qui empêchent l’avancée et le renforcement du réformisme, de l’opportunisme et du révisionnisme, sont des tâches urgentes pour les partis communistes et ouvriers du monde entier, qui doivent dépasser leur niveau actuel de fragmentation s’ils veulent faire face avec succès à l’internationalisation du capital.
Thèse II :
Le capitalisme au Venezuela
"Les richesses du Venezuela n’ont pas permis de créer une économie développée, forte et techniquement performante, capable de satisfaire les besoins élémentaires de ses habitants, car elles ont été appropriées par l’impérialisme et les groupes monopolistiques qui lui sont alliés et dépendants."
Programme (1980), 6e Congrès du PCV.
a) Origines et développement du capitalisme vénézuélien
51. Le Venezuela entre dans le 21e siècle avec peu de progrès dans sa production industrielle et agricole et des lacunes importantes dans le développement de la technologie, la recherche et la création de connaissances. À cela s’ajoute le fait que, dans le cadre de la division internationale du travail, l’impérialisme lui a assigné le rôle de se spécialiser dans la production-extraction de matières premières, en particulier le pétrole brut.
52. Actuellement, la classe dominante est constituée d’une bourgeoisie subordonnée, généralement parasitaire et dépendante de l’impérialisme, dont le rôle essentiel est d’importer des produits manufacturés qu’elle revend à des prix élevés, réalisant ainsi d’importants profits grâce à la spéculation et à la volatilité de l’économie nationale. Un appareil productif caractérisé par l’afflux de capitaux transnationaux et générateur de peu d’emplois, de profonds déséquilibres intersectoriels, d’une présence accrue du capital monopolistique transnational dans les secteurs les plus dynamiques et productifs, et qui survit grâce à l’accumulation du chômage structurel, avec un développement important du secteur financier interne.
53. La dynamique économique du Venezuela au cours du 20e siècle, dans le contexte de ses faiblesses structurelles et de l’empreinte laissée par la division internationale du travail, laisse apparaitre un scénario où l’on peut observer la présence :
a) Une économie essentiellement agraire et paysanne de subsistance, qui influe sur la permanence des relations commerciales au sein de la société, subsumée dans une tendance à la disparition due à la nature du capitalisme parasitaire existant, aux processus migratoires (internes et vers l’extérieur) et à une politique nationale parasitaire en faveur du renforcement des propriétaires terriens et de l’agro-industrie transnationale.
b) Une petite production marchande, frappée par les tendances à la centralisation et à la concentration du capital qui la conduisent à une tendance prononcée à la faillite.
c) Un capitalisme privé, qui passe de formes de production à faible niveau de productivité et de rentabilité à des secteurs spéculatifs, financiers et commerciaux.
d) Une économie capitaliste liée aux secteurs les plus dynamiques qui s’articulent avec le système capitaliste mondial, avec une prédominance ces dernières années du commerce d’importation et des services (en particulier les télécommunications).
e) Un capitalisme d’État dérivé de l’appropriation des revenus pétroliers par l’État vénézuélien, qui s’oriente désormais vers la recherche de revenus dans d’autres domaines de l’extraction minière.
54. Le contexte historique et socioéconomique dans lequel s’inscrit le processus bolivarien actuel peut être qualifié de capitalisme dépendant de type périphérique régi par la rente, non pas simplement du capitalisme, mais d’un type de capitalisme propre aux nations sous-développées, qui est le sous-produit de la phase impérialiste du développement capitaliste et qui détermine la nature de la confrontation entre les classes, son approfondissement et la stagnation ou le triomphe des classes ouvrières.
55. Nous devons rappeler que le capitalisme qui s’est constitué au Venezuela comme un modèle de domination impérialiste était caractérisé par des relations de subordination des entrepreneurs vénézuéliens, issus pour la plupart de l’oligarchie, aux entreprises transnationales d’origine essentiellement nord-américaine, qui ont mené le processus d’industrialisation par substitution des importations.
56. Cette politique de développement par substitution des importations, lancée en 1960, a créé les conditions pour que la reproduction du capital des entreprises de la "bourgeoisie vénézuélienne" soit déterminée par les stratégies et les politiques de reproduction élargie du capital des entreprises transnationales, auxquelles elles se sont soumises sur le plan technologique, devenant ainsi le pôle passif dans les relations soumises au capital international. Cette stratégie représente la véritable forme du capitalisme périphérique, l’une des formes typiques que prend le capitalisme mondial dans sa phase de développement impérialiste.
57. L’exportation de machines, d’équipements et de matières premières par les multinationales implantées dans les pays impérialistes se traduit au Venezuela par des importations destinées au parc industriel, privé et public. Les relations de production capitalistes vénézuéliennes, et par conséquent celles de sa bourgeoisie, sont devenues subordonnées et dépendantes des relations de production capitalistes des pays du capitalisme développé et mature, c’est-à-dire des bourgeoisies des États impérialistes, en particulier de l’impérialisme dans sa version la plus développée, qui déploient des politiques impérialistes poussées à l’extrême dans le monde, par le gouvernement des USA et l’Union européenne. Pour mieux comprendre cet aspect, nous tirons de l’étude sur le sujet la citation suivante :
" … En termes très généraux, le processus de développement technologique vénézuélien a abouti à une industrie dotée d’une faible capacité technologique… Une autre caractéristique de l’industrie a été sa forte dépendance vis-à-vis des intrants étrangers. On peut affirmer que (…), la technologie était considérée comme une marchandise, toujours disponible sur le marché, qui était acquise sous forme de machines et d’équipements, ainsi que de divers services d’assistance technique. En d’autres termes, elle était considérée comme une matière première que l’on pouvait acheter afin de fabriquer un produit donné et dont la sélection, l’acquisition et l’utilisation ne nécessitaient pas un niveau de formation particulièrement élevé."
(H. Viana – M. A. Cervilla – I. Avalos – A. Balaguer. 1992)
58. Le remplacement des importations, en tant que politique, est donc la nouvelle forme prise par l’expansion de l’impérialisme au Venezuela, et cela parce que Rómulo Betancourt, lors de son premier mandat (45‑47), avait déjà créé les conditions institutionnelles et commerciales, par le biais de la Corporación de Economía Básica, pour que Nelson Rockefeller et Standard Oil étendent leur plateforme commerciale à travers la structure économique nationale. Cette nouvelle forme d’activité commerciale a été mise en oeuvre grâce à la politique de développement par substitution des importations, une politique parrainée par la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL, 1948), un organisme des Nations unies, en accord avec la nécessité de renouveler le parc technologique des grandes multinationales dans leurs sièges sociaux. Cette politique a pris fin dans les années 80 du 20e siècle, et son échec a été publiquement reconnu par ceux qui en avaient été les promoteurs et les réalisateurs nationaux.
59. En conséquence, le processus d’industrialisation tardive par substitution des importations, mené par la bourgeoisie subalterne vénézuélienne au service des intérêts des transnationales impérialistes pendant trente ans, s’est soldé par un échec retentissant, car il a permis de consolider un appareil productif dépendant de l’industrie des biens d’équipement des pays impérialistes, déterminé par les importations nationales pour son accumulation; en résumé, une industrie fortement importatrice de matières premières pour son fonctionnement, dont le résultat final a été un pays mono-exportateur et multi-importateur dont la dynamique anachronique a engendré et accumulé une dette considérable dans le secteur privé (Miguel Rodríguez, 1984), que l’État vénézuélien a ensuite assumée comme sienne, ce qui a finalement provoqué une crise précipitée par la chute des revenus pétroliers à partir de 1983, la fuite des capitaux à l’étranger et la suspension du crédit extérieur au secteur privé et public par les banques privées internationales. Cela a provoqué une crise dans le secteur extérieur qui a entrainé l’épuisement définitif du système capitaliste dépendant, révélant l’incapacité des entreprises de la bourgeoisie subalterne à générer leurs propres sources d’épargne extérieure par le biais des exportations.
60. Le Venezuela continue d’avoir un appareil productif marqué par un secteur précapitaliste composé de petites économies agricoles, commerciales et artisanales, et un secteur capitaliste fortement dépendant du capital monopolistique transnational, ce qui empêche tout développement plus ou moins stable et progressif.
61. Le financement de cet échec a été rendu possible grâce aux recettes en dollars provenant de la valeur des exportations pétrolières du secteur public. En d’autres termes, la bourgeoisie a pillé, et continue de piller, la source de revenus de la nation, par le biais du budget national. L’échec de la politique de développement de la bourgeoisie vénézuélienne a entraîné les déséquilibres macrosociaux qui ont caractérisé les décennies 80 et 90.
62. Ce sont ces maisons qui ont provoqué la crise politique de 1989, moment où la forme despotique de la démocratie bourgeoise de l’État capitaliste vénézuélien s’est clairement manifestée, avec la chute cette année-là (1989) du taux de profit, qui a atteint un minimum historique de (5 %), mettant en péril la stabilité même du système d’accumulation capitaliste vénézuélien et, avec elle, la bourgeoisie elle-même. C’est pourquoi le rétablissement du taux de profit passait par le rétablissement des lignes de crédit qui avaient été fermées au Venezuela par les banques privées internationales. Il fallait donc conclure un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) afin de mettre en place une politique d’ajustements économiques dans l’intérêt du capital et de garantir les engagements de paiement de la dette envers les banques privées internationales.
63. Cette politique d’ajustements du FMI visant à préserver l’accumulation du capital privé et à sauver la bourgeoisie qui s’était endettée et ne pouvait honorer ses obligations internationales exigeait du gouvernement : la privatisation de la santé et de l’éducation, une réforme fiscale comprenant la réduction de l’impôt sur le revenu des entreprises, dont le taux maximal est passé de 54 % sur les gros bénéfices à 34 %, libérant ainsi les entreprises privées de leurs obligations en matière de financement du budget de l’État. À la suite de cette réforme, la TVA a été introduite afin de transférer la charge de ces obligations aux travailleurs, transformant le système fiscal national en un système régressif et impopulaire qui redistribue les revenus des plus pauvres vers les plus riches. En outre, le régime du travail a été transformé, ce qui a permis de libérer la bourgeoisie de l’obligation de payer les prestations accumulées au cours de la période pendant laquelle les travailleurs ont vendu leur force de travail aux capitalistes, s’appropriant ainsi des ressources considérables qui appartenaient à la classe ouvrière en tant que droits acquis du fait de la vente de leur force de travail tout au long de leur vie, en rendant les licenciements moins couteux grâce à la nouvelle politique connue historiquement sous le nom de "Tripartita", augmentant ainsi le taux de profit et le chômage. La libéralisation des taux d’intérêt, des prix des marchandises et des services publics contribue à la contraction des salaires réels et à la perte croissante du pouvoir d’achat des travailleurs et travailleuses qui ne sont pas propriétaires des moyens de production. L’augmentation du prix de l’essence a finalement provoqué la révolte populaire des 27 et 28 février, connue sous le nom de "El Carazazo", réponse populaire aux mesures du FMI, à laquelle a répondu la répression brutale de l’État bourgeois par le recours aux forces armées au service de la bourgeoisie pro-impérialiste et de ses représentants politiques, les partis Acción Democrática et social-chrétien COPEI, qui assuraient les fonctions de gouvernement et de contrôle institutionnel de l’État vénézuélien par le biais du pacte historique de Punto Fijo.
b) Principaux déséquilibres macroéconomiques et macrosociaux générés par l’appareil productif national
64. Une caractéristique permanente de notre économie est le déficit de son secteur extérieur, causé par le déficit du secteur privé dans sa balance des paiements, car les entreprises privées vénézuéliennes sont dépendantes en matière de science, de technologie et de brevets, ce qui les empêche d’être compétitives sur le marché international, car elles fonctionnent avec des technologies dépendantes et obsolètes, à faible productivité relative, qui ne génèrent que des marchandises de mauvaise qualité et à des prix élevés, qui ne sont pas adaptées à la commercialisation sur le marché international. Cela signifie que le financement de leurs importations pour la production, et par conséquent pour leur accumulation de capital, repose uniquement sur la valeur des recettes des exportations pétrolières, c’est-à-dire sur le financement permanent de l’État, qui provient toujours de l’excédent généré par l’activité pétrolière de l’État vénézuélien. Cette situation objective de la structure économique dépendante du Venezuela est la principale cause des déséquilibres macrosociaux et macroéconomiques que nous pouvons résumer ainsi :
a) déséquilibre du secteur extérieur : le déficit croissant du secteur extérieur (augmentation des importations et diminution des exportations) du secteur privé exerce une pression à la baisse sur l’excédent du secteur public qui finance le déficit extérieur du secteur privé, en utilisant l’excédent du secteur public, ce qui entraine un déficit des transactions extérieures de la balance des paiements consolidée et un endettement extérieur;
b) déséquilibre du secteur financier et monétaire : taux d’intérêt négatifs, c’est-à-dire inférieurs à l’inflation, résultant d’une augmentation des prix causée par un appareil productif inefficace, avec des couts croissants à grande échelle, ce qui incite l’État à augmenter l’émission de monnaie « inorganique » afin de permettre la circulation des marchandises au nouveau niveau de prix. Cela se produit alors qu’il se propose de poursuivre la politique sociale consacrée dans la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela, pour laquelle il doit augmenter le salaire minimum à hauteur de l’indice des prix à la consommation, comme le prévoit son article 91, augmentation qu’il doit réaliser en raison de la baisse des salaires réels en dessous du cout des marchandises dont le travailleur a besoin pour reconstituer son énergie. Il s’agit là d’une tendance permanente du système capitaliste dépendant en période d’épuisement.
c) déséquilibre budgétaire du secteur public : augmentation nécessaire des dépenses pour financer les politiques sociales, afin de remédier aux déséquilibres macrosociaux que le système capitaliste dépendant a générés et continue de générer, créant une pression sur le déficit budgétaire, étant donné que les entreprises de la bourgeoisie ne paient pas suffisamment d’impôts pour financer les activités de l’État, faisant porter toute la charge sur la valeur de retour des exportations pétrolières et sur les travailleurs par le biais de la TVA;
d) déséquilibre monétaire : conséquence de l’augmentation constante des prix et de l’inflation, renforcée par une augmentation de la demande, qui se résout par une augmentation des prix et non par une augmentation de la productivité de la main-d’oeuvre, ce qui donne l’impression d’un bolivar surévalué dans un contexte d’ancrage monétaire, alors que l’origine du problème réside dans un appareil productif inefficace, à faible productivité par rapport aux autres pays développés dont nous importons, ce qui est corrigé par des dévaluations successives. Il est donc nécessaire de souligner que la dévaluation permanente du bolivar résulte du développement insuffisant du système industriel privé et public.
65. Ces déséquilibres génèrent le cycle bien connu inflation-dévaluation-endettement-inflation-dévaluation-endettement, qui s’est concrétisé à la suite de l’échec du capitalisme dépendant et périphérique, dont la réalité ne peut être transcendée par des politiques économiques conçues à partir de la théorie néoclassique, comme l’a montré l’expérience historique des 30 dernières années. Depuis l’effondrement de ce modèle au milieu des années 80, on assiste à une aggravation de la misère et, par conséquent, à une intensification de la lutte des classes dans notre pays.
66. Les facteurs négatifs développés par le capitalisme au Venezuela ne sont pas seulement dus au poids objectif du système capitaliste mondial sur notre économie, ou à son caractère contradictoire et spoliateur qui lui est implicitement et naturellement propre; l’incapacité productive et idéologique de la bourgeoisie locale contribue à un processus dans lequel se présentent comme des limites fondamentales :
e) Le poids énorme des excédents générés par les revenus de l’industrie pétrolière dans l’économie;
f) Le retard de l’agriculture en termes de production, de productivité et de poids marginal
dans l’économie nationale;
g) La croissance vertigineuse du secteur tertiaire : commerce, finance, spéculation immobilière et services en général.
67. L’impérialisme et les fractions et nouvelles couches de la bourgeoisie autochtone qui lui sont subordonnées ont limité le développement des technologies et des sciences propres qui permettraient de construire la base matérielle nécessaire à un développement indépendant et souverain. En conséquence, le maintien du capitalisme dans le pays repose sur la valeur de retour des exportations pétrolières ou des revenus pétroliers, dont la redistribution par l’État, par le biais de l’attribution de devises aux entrepreneurs (bourgeoisie), leur permet de développer leur processus d’accumulation de capital grâce à l’importation de machines, d’équipements et de fournitures nécessaires à la production et à l’exploitation de la main-d’oeuvre, et, d’autre part, l’assistanat à une partie importante de la population, ce qui finit par être un mécanisme de transfert aux propriétaires de ces moyens de production, la bourgeoisie, par le biais de la consommation de cette population, dans les secteurs du commerce et des services.
68. Dans le contexte actuel de crise ou d’effondrement majeur du capitalisme dépendant et rentier vénézuélien, l’activité productive industrielle et agricole, déjà précaire, s’effondre encore davantage, la dépendance à l’égard des importations massives s’accroit, mais comme les ressources provenant du taux de rendement des exportations de pétrole brut ont été réduites à l’extrême, on assiste à une situation d’hypertrophie économique, de pénurie chronique et d’inflation élevée.
69. De même, l’exploitation minière, qui se développe dans la région dite "Arco Minero del Orinoco", dans l’État de Bolívar, ou l’exploitation charbonnière dans la Sierra de Perijá, dans l’État de Zulia, sont contraires à l’intérêt national et populaire. Bien que ces projets aient attiré des investissements étrangers, il faut tenir compte de leurs effets dévastateurs en termes d’impact écologique et humain, mais aussi sur la souveraineté nationale, ainsi que de ce qu’ils représentent pour la structure économique du pays : un nouveau cycle de rente et d’instabilité sous la volatilité intrinsèque des marchés des matières premières, et la réaffirmation de la position du Venezuela dans la division internationale du travail en tant que pays dépendant exportateur de matières premières minières. Le contrôle exercé sur cette activité par de puissantes sociétés étrangères sur certaines parties du territoire national, en collusion avec des mafias et des organisations irrégulières qui agissent en toute impunité dans notre pays, est particulièrement préoccupant, car il crée un scénario plus dangereux pour la souveraineté du pays.
70. Tous ces faits ont renforcé, amplifié et aggravé la situation de dépendance, de rentiers, d’improductivité et de retard du capitalisme au Venezuela, où les profits les plus élevés se concentrent dans les secteurs spéculatifs et improductifs, notamment dans le secteur bancaire et le commerce d’importation. En conséquence, la main-d’oeuvre professionnelle et technique du pays a diminué, les petits et moyens producteurs agricoles et industriels font faillite ou s’appauvrissent à l’extrême, le nombre de personnes occupées dans des activités non productives et indépendantes augmente, l’informalité et les autres formes de travail précaires connaissent une croissance accélérée, tout comme l’occupation dans des activités illicites et la lumpénisation croissante d’importants secteurs des masses travailleuses et des classes moyennes, ce qui est renforcé par l’essor du trafic de drogue, la prolifération des méga-bandes criminelles et du "pranato", qui renforcent leur présence et leur domination territoriale dans les quartiers populaires et les zones rurales, certaines au service de l’extrême droite, d’autres s’articulant avec des tendances présentes à différents niveaux gouvernementaux, d’autres agissant de leur propre chef, mais toutes profitant généralement de la corruption existant dans les corps policiers et les secteurs de l’appareil répressif de l’État et de son appareil policier-militaire, en particulier la GNB; Tout cela crée les conditions objectives d’une plus grande fragmentation de la classe ouvrière et des travailleurs en général, ainsi que de leurs organisations, réduisant ainsi leurs capacités créatives et les transformant progressivement en simples ouvriers sans lien entre eux, dans un processus « naturel » du capitalisme visant à garantir la « transition du prolétariat au semi-prolétariat » (Lénine. La maladie infantile du communisme, 1920).
71. Les effets de cette nouvelle crise qui touche profondément les travailleurs et travailleuses vénézuéliens se produisent dans le cadre des limites étroites du projet progressiste-réformiste mené par les élites aujourd’hui transformées en bourgeoisie en pleine conversion et involution réactionnaire, ce qui crée des conditions favorables au plan de déstabilisation mené par les forces économiques et politiques impérialistes, dans un contexte où les inégalités sociales s’aggravent, où la vie des majorités se précarise et où s’accélère la lumpénisation de la société, dont l’origine est structurelle et qui est renforcée par les conditions mentionnées. Lorsque nous parlons de lumpénisation de la société, nous ne faisons pas seulement référence à l’augmentation du lumpenprolétariat et aux effets sociaux déjà mentionnés, mais aussi à l’existence croissante d’un secteur parasitaire et corrompu de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie. Comme on peut s’y attendre, le système capitaliste en crise ne se contente pas des plans et des bonnes intentions des gouvernements, il pointe toute son artillerie contre les droits des travailleurs afin de préserver les intérêts du capital. Malgré les efforts déployés par certains secteurs du gouvernement national pour apporter des palliatifs, la crise capitaliste engloutit et détruit naturellement et inévitablement les acquis sociaux obtenus après des décennies de luttes et de sacrifices de notre peuple, dont beaucoup se sont concrétisés au cours du processus politique autoproclamé « bolivarien ».
72. Il en résulte un nouveau pacte entre les élites, assumé par les courants sociaux-démocrates traditionnels et complaisants à l’égard du processus de réforme sociale actuel, qui s’inscrit dans une logique de démantèlement des acquis sociaux, politiques et culturels obtenus grâce aux luttes historiques des masses ouvrières et populaires vénézuéliennes au cours du 20e siècle et au début du 21e siècle, afin de recomposer une alliance économique et sociopolitique qui tend à s’exprimer dans un nouvel accord politique au niveau national avec l’accord de la communauté internationale, avec son corolaire correspondant d’exclusion, de ségrégation, de persécutions et de renforcement de la dépendance et de l’affaiblissement de la souveraineté nationale.
73. Cette politique, qui sert les objectifs de recomposition de la domination hégémonique de l’impérialisme sur le continent latino-américain et dans les Caraïbes, est facilitée par la portée limitée des transformations socioéconomiques, politiques et culturelles, profondément réformistes dans leur contenu et leur forme, mises en oeuvre par les gouvernements réformistes progressistes qui ont dirigé d’importants pays de la région au cours des quinze dernières années, y compris le Venezuela, en correspondance avec le caractère bourgeois et petit-bourgeois des classes dirigeantes de ces processus.
74. Au Venezuela, nous traversons une période complexe marquée par une intensification de la lutte des classes et des affrontements pour le pouvoir politique. Des fractions de la bourgeoisie monopolistique transnationalisée, devenues de nouveaux groupes économiques, ainsi que des secteurs enrichis par la corruption, jouent un rôle de premier plan dans la lutte pour le contrôle de l’appareil gouvernemental et de l’État, afin d’exercer un contrôle et d’accéder à l’exploitation des revenus pétroliers et des autres richesses naturelles considérables qui se trouvent sur le territoire national. À cette fin, elles construisent des alliances stratégiques avec de grands monopoles mondiaux, tout en subordonnant à leurs intérêts d’importants noyaux de travailleurs et d’autres couches exploitées de la société vénézuélienne.
75. Telle est l’essence du réformisme social-démocrate, démocrate-chrétien et pseudo-socialiste au pouvoir, qui, en ne proposant pas de rompre la dépendance vis-à-vis de l’impérialisme pour s’engager sur la voie de la libération nationale et, encore moins, de liquider la formation économique et sociale capitaliste et de construire le véritable socialisme, qui doit être régi par la théorie et la pratique du socialisme scientifique, finit par configurer le tableau réactionnaire de trahison, de capitulation, d’appauvrissement et de paupérisation générale que nous, Vénézuéliens et Vénézuéliennes, vivons aujourd’hui.
b) Tendances actuelles : de la crise à la tragédie
76. C’est sur ces tendances (aujourd’hui une réalité) que les communistes alertent depuis plus d’une décennie, ce qui confirme l’exactitude et la justesse du marxisme-léninisme lorsqu’il s’agit d’analyser et de comprendre le développement historique des sociétés. Depuis 2009, et avec une force particulière depuis notre 14e Congrès national en 2011, nous avons lancé des appels répétés pour que les mesures correctives nécessaires soient prises afin d’éviter les difficultés qui s’annonçaient et de progresser efficacement vers la libération nationale, pour laquelle il est indispensable de parvenir à la consolidation de la souveraineté économique.
77. Les évènements observés dans le domaine économique au cours des cinq années qui se sont écoulées depuis le XVe Congrès (2017) confirment la caractérisation que nous avions alors faite de la structure de l’économie nationale et les tendances qui se manifestaient déjà à l’époque. Nous disions que :
[…] le modèle capitaliste dépendant, rentier et improductif qui a dominé notre pays pendant la majeure partie du XXe siècle reste en vigueur et, à certains égards, se renforce même. Nous n’avons pas réussi à diversifier notre économie, essentiellement pétrolière, ce qui nous oblige à rester un pays mono-producteur, multi-importateur et fortement dépendant sur le plan technologique. Aujourd’hui, nous dépendons plus que jamais des revenus pétroliers et de l’achat à l’étranger d’une grande partie de ce que nous consommons, y compris une part importante de notre alimentation.
(14e Congrès national du PCV, Ligne politique, § 22)
78. Nous avons également constaté à cette époque, et à plusieurs autres occasions, que cette situation, loin de s’améliorer ou du moins de s’atténuer au cours des années du "processus bolivarien", s’est aggravée, en grande partie à cause de quatre facteurs fondamentaux :
a) l’absence au pouvoir d’un parti représentant la classe ouvrière et les travailleurs des villes et des campagnes, avec une direction révolutionnaire collective, capable d’unir les courants sociaux et politiques les plus avancés de la société, de dépasser les conceptions utopiques et idéalistes du développement social qui ont imprégné et/ou affaibli le processus, et de garantir la mise en oeuvre cohérente d’un plan de développement national souverain et indépendant, qui consoliderait la voie nationale de libération et ouvrirait véritablement des perspectives pour la construction du socialisme au Venezuela;
b) l’action soutenue de sabotage, d’agression systématique et multiforme menée contre l’économie nationale et l’ensemble du peuple vénézuélien par les couches oligarchiques de la bourgeoisie monopolistique locale, associées dans des conditions de dépendance et de subordination à l’impérialisme, en particulier américain, telles que les secteurs du capital bancaire et financier spéculatif, commercial et industriel, médiatique, agricole et agro-industrie "national" et transnational, qui se sont traduites par des grèves déstabilisatrices, des fermetures frauduleuses d’entreprises, des désinvestissements et des baisses programmées de la production, le financement de complots et de groupes paramilitaires, la promotion de la corruption, l’accaparement, la pénurie et la spéculation sur les produits de base, la manipulation des taux de change, parmi de nombreuses autres modalités appliquées;
c) l’hésitation et la décomposition précoce d’une partie importante de la direction politique au pouvoir, qui a choisi de promouvoir, d’encourager et de faciliter la politique d’importation indiscriminée de produits étrangers, en accompagnant dans la pratique ou en favorisant le sabotage des initiatives lancées par le président Hugo Chávez pour le développement productif du pays et en frappant/affaiblissant le petit et moyen capital national directement lié à la production interne, dans le but de s’enrichir rapidement grâce aux importations en dollars bon marché, action antinationale à laquelle se sont associés et ont favorisé les secteurs du grand capital oligarchique et transnational; à cette pratique s’est ajoutée la corruption comme mécanisme d’accumulation des élites et des groupes qui maintiennent le contrôle du pouvoir politique et économique national.
d) la disparition prématurée du leader du processus bolivarien, le président Hugo Chávez Frías, dont le leadership, l’autorité morale et politique, (malgré l’existence de conceptions éclectiques et d’approches utopiques et idéalistes qui imprégnaient sa pensée mythico-religieuse dans sa connexion avec les larges masses), lui ont permis de créer le cadre nécessaire aux transformations et aux purges profondes qu’exigeait et exige encore le processus économique, social, politique et culturel vénézuélien.
79. C’est pourquoi il est nécessaire pour le PCV de comprendre dans toute sa complexité et sa totalité dialectique, ainsi que dans ses contradictions de classe, le processus sociopolitique vénézuélien, de l’aborder dans une perspective dialectique matérialiste, sans unilatéralisme ni approches purement économiques, scientistes ou techniques, mais aussi avec celles-ci, afin de tirer de cette expérience particulière les enseignements qui nous aideront à continuer d’avancer sur la voie de la lutte des classes et du triomphe de la révolution prolétarienne dans notre pays.
80. Les conditions décrites ci-dessus, sur lesquelles le Parti communiste vénézuélien a insisté, comme en témoignent son journal "Tribuna Popular", les multiples déclarations de ses porte-parole et les diverses actions de masse menées, ont été signalées en temps opportun aux masses et aux dirigeants du gouvernement, sans que des espaces efficaces aient été créés pour l’analyse critique et autocritique, et encore moins pour la correction des politiques ou des pratiques remises en question; c’est dans cette perspective que nous assumons devant le peuple vénézuélien notre responsabilité historique accomplie pendant cette période d’accompagnement du projet alors dirigé par le président Hugo Rafael Chávez Frías.
81. Presque tous les secteurs de l’économie nationale ont connu une contraction au cours de la dernière décennie. Les principales exceptions sont le secteur financier, dont la taille a plus que quadruplé depuis le début du siècle, et le secteur des télécommunications, qui n’a cessé de croitre à un rythme soutenu; jusqu’en 2013, le secteur du commerce (principalement l’importation) figurait également parmi les exceptions, ayant presque doublé depuis 2000, mais il s’est contracté au cours des quatre dernières années.
82. Pour leur part, les secteurs proprement dits de la production sont généralement en déclin : le secteur manufacturier est retombé dans la tendance historique à la baisse qui a commencé vers 1987; la contribution de la production agricole au PIB reste, comme depuis des décennies, minime; et même le secteur pétrolier, coeur de l’économie, connaît depuis deux décennies un déclin continu.
83. Au Venezuela, des facteurs externes et internes se combinent pour consolider historiquement la dépendance de notre appareil productif vis-à-vis du capital monopolistique transnational (l’impérialisme), à laquelle s’ajoute le fait qu’il s’agit d’une économie mono-productive (et multi-importatrice), dépendante des revenus pétroliers. C’est pourquoi son appareil productif obéit historiquement aux exigences de la division internationale du travail, qui stimule le développement de secteurs garantissant cette dépendance structurelle et historique de notre société. À cela s’ajoute l’incapacité tout aussi historique de la bourgeoisie à surmonter sa condition parasitaire, qui l’a empêchée, tout au long de son existence, de produire un plan de développement national adapté aux énormes possibilités qu’offre la nation vénézuélienne dans le cadre du capitalisme lui-même.
84. D’où la nécessité de propositions qui constituent des mesures orientées vers l’industrialisation du pays et fondées sur la nécessaire participation des travailleurs. Il est urgent d’adopter un ensemble de politiques, de plans et de mesures qui touchent des intérêts économiques et politiques puissants, mais nécessaires pour frapper la bourgeoisie parasitaire du commerce et de l’importation, qui vit et a historiquement profité des investissements extraordinaires réalisés par l’État vénézuélien dans les importations, dans un pays où, rien qu’en 2012, l’État vénézuélien, par l’intermédiaire du CADIVI, a fourni plus de 78 % des devises pour les importations. Sur ce montant, 56 % ont été consommés par des entreprises du secteur privé, augmentant ainsi les gains spéculatifs de la bourgeoisie associée à ce secteur de l’économie.
85. Selon les estimations de la bourgeoisie elle-même, le tissu industriel national est passé de 13 000 industries à un peu plus de 2 600 cette année; un secteur qui employait environ 700.000 personnes directement et qui n’en emploie plus aujourd’hui qu’entre 250.000 et 300.000. En revanche, le secteur financier (malgré les mesures punitives de l’impérialisme, la pandémie et la contraction économique actuelle) affiche une variation interannuelle de +29 % et une augmentation de 4,6 % de ses actifs. Ces dernières années, la moyenne des revenus financiers bruts et des bénéfices bruts totaux du secteur bancaire correspond à plus de 70 % à la banque privée, tandis que ses contributions (du secteur bancaire) au titre de l’impôt sur le revenu (ISLR) sont marginales dans les recettes publiques. Ce phénomène est représentatif des contradictions qui secouent aujourd’hui le système capitaliste mondial et qui trouvent leur reflet au Venezuela.
86. La situation économique, dans les grandes lignes, face à la crise du système capitaliste mondial, l’incapacité historique de la bourgeoisie vénézuélienne à élaborer un plan de développement et sa forte dépendance vis-à-vis du capital transnational, ainsi que la politique monétariste du gouvernement national, se traduisent par une économie totalement déstabilisée, anarchisée, qui, si elle se maintient, nous conduira directement à une catastrophe aux dimensions et aux répercussions encore plus importantes.
87. Au début du 21e siècle, le contexte était propice, tant sur le plan objectif que subjectif, à la mise en oeuvre d’un processus de libération nationale permettant d’atteindre trois objectifs essentiels : le premier était de garantir des avancées dans la lutte antiimpérialiste et antimonopolistique qui se traduiraient par le renforcement (politique, idéologique et économique) des larges masses laborieuses des villes et des campagnes; le deuxième était d’approfondir la démocratisation de la société vénézuélienne en garantissant aux masses laborieuses une plus grande capacité de décision, non seulement en termes politiques, mais aussi en ouvrant des voies à la prise de décision dans le domaine de la production et de la distribution sociale; et le troisième était que, dans la transition vers la réalisation des objectifs précédents, les conditions nécessaires à l’ouverture de la voie à la révolution socialiste-communiste se mettent en place.
88. C’est sur la base de ces attentes et perspectives, et en raison du programme du Parti communiste vénézuélien (6e Congrès, 1980) et des contenus et objectifs proposés dans l’Agenda alternatif bolivarien, que le PCV décide de s’intégrer dans une large alliance qui répondait, dans les grandes lignes, à nos analyses et perspectives. Ce document expose :
Notre pays envisage une révolution qui garantisse un développement indépendant et mette fin à l’influence des monopoles étrangers, qui démocratise l’économie et élimine les monopoles, qui prépare les bases des transformations socialistes, en mettant le secteur public au service de la collectivité, en plaçant de manière appropriée les petites et moyennes propriétés dans l’ensemble de l’économie, une révolution de véritable indépendance et de démocratie, antiimpérialiste, antimonopolistique et en marche vers le socialisme.
(Programme du PCV, 6e Congrès, 1980)
89. Cependant, l’objectif est que les processus sociaux se définissent dans la mesure où la lutte des classes se résout en faveur ou contre les forces idéologiques et politiques les plus cohérentes de la Révolution.
Thèse III :
Points programmatiques
Vers un nouvel État populaire démocratique et révolutionnaire
– pour surmonter la crise –
"Le PCV s’efforcera de faire en sorte que les transformations antiimpérialistes, anti-monopolistiques, anti-oligarchiques, démocratiques et populaires, ainsi que la transition du Venezuela vers le socialisme, se déroulent avec le moins de sacrifices possible. Pour cela, nous nous appuierons sur l’organisation des travailleurs, en réunissant toutes les forces possibles pour que la volonté de notre peuple s’exprime, en réduisant l’ennemi à l’impuissance, en évitant les provocations, mais nous n’hésiterons pas à utiliser les formes les plus élevées de lutte pour obtenir la victoire des travailleurs et du peuple, pour défendre les conquêtes sociales et politiques, si les classes dominantes recourent à la fraude ou à la violence contrerévolutionnaires et fascistes dans leur intérêt égoïste de violer la volonté populaire."
Programme du 6e Congrès (1980)
a) L’État populaire démocratique et révolutionnaire (est le pouvoir)
90. Notre pays envisage une révolution qui garantisse un développement indépendant et mette fin à l’influence des monopoles étrangers, qui démocratise l’économie et élimine les monopoles, qui prépare les bases des transformations socialistes, en mettant le secteur public au service de la collectivité, en plaçant de manière appropriée les petites et moyennes propriétés dans l’ensemble de l’économie, une révolution véritablement indépendante et démocratique, antiimpérialiste, antimonopolistique et en marche vers le socialisme.
91. Le PCV maintient historiquement sa position à cet égard, comme l’établit le programme du 6e Congrès (1980) :
Le PCV est conscient que le remplacement de l’État bourgeois par un État socialiste démocratique est une tâche de grande envergure, car il ne s’agit plus du simple remplacement d’une équipe gouvernementale, mais du remplacement radical des classes sociales réactionnaires par d’autres classes progressistes aux postes dirigeants de la société. Cela signifiera mettre fin à la domination qu’exerce aujourd’hui dans notre pays la couche monopolistique de la bourgeoisie, absolument minoritaire, sur la classe ouvrière et les autres classes et couches de la société. La construction de la société socialiste pose la nécessité de mettre en place, à titre transitoire et en remplacement de la dictature de classe de la bourgeoisie, la dictature du prolétariat, nouvelle et véritable démocratie, car elle vise à défendre les conquêtes et le pouvoir du peuple contre les agressions impérialistes et la classe évincée des positions de commandement de l’État. La dictature du prolétariat signifie lier les mains criminelles des exploiteurs désespérés par la perte du pouvoir et élargir les libertés du peuple.
92. C’est pourquoi nous avons proposé une feuille de route révolutionnaire en 10 points stratégiques sur le plan économique, destinée à lancer un processus d’accumulation primitive qui permette de reprendre le contrôle de la direction et de la gestion de l’économie nationale. Ces 8 points sont les suivants :
1. Planification centrale participative de l’économie.
2. Plan national d’industrialisation et de développement productif.
3. Nationalisation du secteur bancaire.
4. Nationalisation du commerce extérieur.
5. Nouveau système fiscal progressiste.
6. Lutte contre la corruption.
7. Lutte contre les monopoles.
8. Relance et transformation des entreprises publiques improductives.
9. Nouveau modèle de gestion des entreprises publiques.
10. Plan national d’épargne et de rationalité fiscale.
93. C’est pourquoi la proposition initiale des communistes vénézuéliens, une fois le pouvoir pris, est de lutter et d’organiser l’État populaire et démocratique "constitué par les forces révolutionnaires, populaires, démocratiques et progressistes, dont la tâche centrale sera d’établir des relations sociales, économiques et politiques plus libres et plus justes, fondées sur l’indépendance nationale, au service du peuple travailleur, ce qui nécessitera de mettre fin à la soumission à l’impérialisme et aux monopoles" (Programme du PCV).
94. Sous l’autorité de ces entités étatiques, résistantes à l’influence des secteurs privés intéressés à prospérer à l’ombre du gouvernement, guidées par les objectifs stratégiques de la pleine souveraineté et de la satisfaction croissante des besoins matériels et immatériels du peuple, et dans le respect des critères d’efficacité, d’économie d’échelle et de qualité de production, la reconstruction de l’économie nationale peut connaitre un succès durable dans des délais relativement courts. Mais pour cela, il est indispensable que les travailleurs et le peuple contrôlent les processus de direction, d’administration, de planification, de suivi et de contrôle de ces entreprises publiques et des entreprises qui se développent sous leur tutelle, afin de garantir leur imperméabilité aux influences des entreprises privées et à la corruption des fonctionnaires, ainsi que leur strict respect des critères requis et des plans nationaux généraux.
95. Malgré et en raison de l’échec de la soi-disant « révolution bolivarienne », il est évident que la révolution prolétarienne dont le Venezuela a besoin doit avoir un triple caractère : elle doit être nationale libératrice, antiimpérialiste et anti-monopolistique à son point de départ, afin d’accumuler les forces qui lui permettront de créer les conditions qui donneront une perspective réelle à la base matérielle et économique pour construire le socialisme comme « phase immature » du communisme.
96. Pour cela, le « mouvement général des masses » et le rapport de forces de la lutte des classes devront produire en leur sein une réponse capable d’écraser jusqu’à détruire les appareils et la structure institutionnelle de l’ancien État bourgeois : les forces armées (militaires et policières), l’appareil bureaucratique, les tribunaux et les lois qui « administrent » et gèrent les relations sociales, les prisons, etc. afin que ceux-ci commencent à fonctionner dans l’intérêt des masses laborieuses et non de la bourgeoisie.
97. Nous, communistes, savons qu’il existe actuellement dans l’État une tendance rétrograde et réactionnaire visant à faire revivre et à consolider des piliers importants de la structure étatique bourgeoise oligarchique et parasitaire qui constituent en soi les principaux obstacles à surmonter pour le développement ultérieur de la nouvelle institutionnalité de l’État démocratique populaire révolutionnaire en cours de construction.
98. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire proposé par le PCV prend forme grâce à trois processus :
a) Insertion du processus révolutionnaire dans le contexte d’une phase ou d’une période qui englobe le cycle des contradictions intercapitalistes et interimpérialistes qui se développe dans le monde actuel;
b) Émergence de scénarios caractérisés par la dualité des formes et des contenus, dans lesquels coexistent en contradiction permanente les structures de l’ancien État, qui répond à la classe politiquement dominante du passé, c’est-à-dire à la bourgeoisie, et les structures qui obéissent aux intérêts du développement indépendant et souverain sous la direction et le contrôle de la classe ouvrière;
c) Développement de la lutte des classes dans tous les domaines, en particulier le domaine politique, en fonction de la possibilité pour l’une des classes en confrontation d’atteindre l’hégémonie du pouvoir et d’y imprimer son caractère de classe, ce qui implique au moins : un équilibre très instable au sein d’une classe dominante dépourvue de programme hégémonique entre ses fractions; et une petite bourgeoisie atomisée en raison de ses intérêts, qui perd progressivement sa capacité de leadership au sein de l’ancienne alliance.
99. Les réformistes sociaux-démocrates refusent de comprendre que la rapidité et la radicalité des changements sociaux à court terme ne dépendent pas exclusivement du caractère de l’État. La mise en oeuvre de transformations abruptes et profondes obéit à la nécessité d’un ensemble de conditions objectives et subjectives, de rapports de forces, de conditions externes, etc., qui échappent au contrôle de l’État, même lorsque celui-ci affiche une hégémonie claire de la classe ouvrière. C’est pourquoi les communistes se démarquent des conceptions réformistes qui partent de conceptions gradualistes où prédomine la conciliation des classes.
100. L’analyse de l’expérience issue de l’État démocratique et social de droit et de justice en tant que slogan petit-bourgeois de rang constitutionnel on constate qu’elle n’a servi qu’à masquer le véritable caractère de l’État bourgeois, dont la gestion politique acquiert dans sa pratique concrète le vieux populisme et ses formes les plus déformées de clientélisme politique, détournant le prolétariat de la réalisation de ses objectifs et maintenant dans l’illusion de larges secteurs populaires autrefois engagés dans la construction du socialisme.
101. Le soi-disant "processus bolivarien" a également proclamé la célèbre démocratie participative et protagoniste, qui s’est finalement soldée par un échec dans la construction d’une démocratie populaire révolutionnaire (basée sur une alliance nationaliste et antiimpérialiste), principalement en raison des facteurs suivants :
a) Malgré le contrôle politique obtenu par la direction sociale-réformiste du PSUV-Gouvernement, celle-ci n’a pas réussi à rompre avec la domination et l’hégémonie tant de la fraction commerciale importatrice que de la fraction financière (fractions hégémoniques traditionnelles du bloc au pouvoir), malgré la mise en place de lignes directrices timides pour un développement autochtone basé sur l’industrialisation. Ces fractions ont progressivement coopté les cadres et les structures de cette petite bourgeoisie radicalisée de la fin du 20e siècle et, aujourd’hui, elles ne sont plus que les représentantes et les expressions de ces fractions devenues bourgeoisie.
b) Le concept et la politique défendus par la social-démocratie réduisent le pouvoir populaire à une instance circonscrite au niveau inférieur de l’organigramme de la République, le transformant dans la pratique en une nouvelle instance de l’État avec des possibilités très limitées d’influencer la direction, l’administration et l’évaluation du reste de l’appareil étatique, et, en le subordonnant à celui-ci, le prive de son potentiel véritablement révolutionnaire et de sa capacité à transformer l’État bourgeois en un État démocratique populaire avancé.
c) Cette conception petite-bourgeoise, idéaliste, aventuriste et réactionnaire a conduit à la bureaucratisation et au parasitisme de ce qui, à ses débuts, avait les conditions pour devenir un germe de pouvoir double, capable de lutter contre les structures existantes de l’État bourgeois.
d) L’alliance établie pour le développement de la démocratie populaire révolutionnaire, refusant une plus grande participation du prolétariat révolutionnaire, de la paysannerie mobilisée et organisée selon des critères de classe, et même de secteurs de l’intelligentsia révolutionnaire critique, a fini par être accaparée par le réformisme social capitulard et la logique du capital.
102. Dans le contexte actuel, la gestation de l’État populaire, démocratique et révolutionnaire proposé par le PCV soulève la nécessité d’établir et d’approfondir les traits distinctifs d’une dictature de caractère démocratique-populaire révolutionnaire qui permette, pendant un certain temps, de faire face aux graves phénomènes qui affectent la production et la distribution (accaparement, paralysie de l’appareil productif, spéculation, inflation, entre autres problèmes) et sociaux (corruption, insécurité, etc.) qui atteignent aujourd’hui un niveau de gravité sans précédent. D’où la nécessité d’enseigner aux masses les différences (conceptuelles, structurelles et politiques) entre une révolution démocratique bourgeoise et une révolution prolétarienne qui propose dès le départ la construction d’un État populaire, démocratique et révolutionnaire puissant.
103. C’est pourquoi la proposition du PCV concernant l’État populaire, démocratique et révolutionnaire repose sur un programme minimum qui permet de faire face à la gravité de la crise, dont la gravité et les effets non seulement perdureront, mais suivront dans de nombreux cas une tendance à se complexifier, touchant de plus en plus de segments importants et larges de la population ouvrière des villes et des campagnes.
104. Notre parti est appelé à élaborer un plan d’action qui, à court terme, permette de dépasser le cadre du projet démobourgeois[1] (rentier, dépendant, improductif et parasitaire) de la petite bourgeoisie et garantisse un changement qualitatif dans le rapport de forces afin d’inaugurer un nouveau cycle dans notre pays, avec le prolétariat révolutionnaire à la tête d’une nouvelle alliance de classes. Pour cela, le PCV doit convaincre les différentes fractions, couches et secteurs sociaux du bien-fondé, de la viabilité et de la nécessité de ce plan, et du fait que seuls le Parti communiste et la classe ouvrière sont en mesure de le mettre en oeuvre.
b) Propositions pour construire le nouvel État populaire démocratique et révolutionnaire
105. L’Unité populaire est pour les communistes une conception stratégique du pouvoir.
106. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire commencera son parcours en assumant les valeurs et les principes les plus progressistes établis dans la Constitution nationale sous la direction des intérêts du prolétariat. il dépendra de l’état d’esprit des masses laborieuses et de leur avant-garde révolutionnaire, d’épuiser le plus rapidement possible les possibilités d’appliquer cette légalité bourgeoise et de convaincre les masses laborieuses de construire une dictature démocratique révolutionnaire qui orientera la construction de la dictature du prolétariat, la construction du socialisme et le cours définitif vers la construction de la société communiste.
107. Cette voie révolutionnaire doit toujours tenir compte de l’existence de la lutte des classes, même dans la construction du socialisme. C’est pourquoi le nouvel État populaire, démocratique et révolutionnaire doit naître sous l’avertissement de Lénine : "Dans un pays comme la Russie, la prédominance énorme de l’élément petit-bourgeois et la ruine, l’appauvrissement, les épidémies et les mauvaises récoltes, l’aggravation extrême de la misère et des calamités du peuple, conséquence inévitable de la guerre, engendrent des hésitations particulièrement marquées dans l’esprit des masses petites-bourgeoises et semi-prolétariennes. Ces hésitations conduisent parfois ces masses à renforcer leur alliance avec le prolétariat, et parfois à la restauration bourgeoise." (Lénine, 1921 : Sur la déviation syndicaliste et anarchiste dans notre Parti, 10e Congrès du PC.)
L’État populaire, démocratique et révolutionnaire et les organes du pouvoir.
108. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire est constitué par l’alliance des forces révolutionnaires, démocratiques et progressistes, et aura pour tâche centrale de créer une société plus libre et plus juste, fondée sur une économie démocratique et indépendante au service du peuple travailleur, ce qui nécessitera de mettre fin au pouvoir de l’impérialisme, des monopoles locaux et des grandes propriétés foncières.
109. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire garantira le respect des normes constitutionnelles en vigueur qui ordonnent la démocratisation de l’économie, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, l’attention préférentielle accordée à la famille, à la maternité et à l’enfance, la lutte contre la discrimination à l’égard des femmes, des jeunes et des personnes âgées, et toutes les normes favorables au peuple, et favorisera la modification des dispositions qui entravent de quelque manière que ce soit la réalisation du présent programme.
110. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire s’appuiera sur le pouvoir direct du peuple. L’exercice d’instruments de participation directe à la prise de décision fera partie intégrante de l’esprit de l’exercice du pouvoir politique, en tant que base pour la mobilisation permanente des masses laborieuses dans la reconstruction du pays. La participation active des collectifs professionnels, productifs et communautaires à la prise de décision sera encouragée.
111. Les Forces armées nationales bolivariennes seront au service du peuple et des transformations économiques et sociales de l’État populaire, démocratique et révolutionnaire.
112. Les militaires auront le droit de participer aux organes de délibération politique fondamentaux du pays, en assumant les devoirs et les droits qui correspondent à tout citoyen.
113. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire garantira la jouissance des droits et exigera l’accomplissement des devoirs de tous les citoyens. La critique populaire sera encouragée par le biais des organisations de masse, afin de corriger les erreurs. La torture et les abus policiers seront éradiqués. Les travailleurs seront intégrés de manière effective à la direction de l’État, de l’économie et des services publics.
114. Des mesures radicales seront prises contre la corruption administrative afin de garantir la punition des coupables et la récupération des biens volés à la nation. La participation populaire à cette lutte sera encouragée.
115. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire introduira les mesures correctives nécessaires pour mettre fin au développement inégal des différentes régions du Venezuela, tendance générée par la croissance capitaliste.
Le capital impérialiste et les monopoles locaux associés.
116. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire nationalisera et interdira le capital impérialiste et celui des monopoles qui lui sont associés, à l’exception des industries et des branches de production expressément désignées.
117. Le camouflage du capital étranger, ainsi que toute forme de pratique monopolistique, seront considérés comme des délits économiques.
118. Les petits actionnaires des entreprises nationalisées seront dûment indemnisés lorsque la planification étatique le permettra.
119. Un recensement du capital impérialiste et des monopoles locaux associés sera effectué.
120. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire fondera son orientation économique sur la promotion de trois domaines de l’économie : l’économie d’État, essentiellement pour les industries de base, l’économie mixte avec des capitaux publics et privés, et l’économie privée, dont le champ d’action sera délimité et respecté.
Les industries de base.
121. Depuis la fondation de notre parti, nous, communistes, avons insisté à maintes reprises sur le fait que la seule solution réelle et durable consiste à promouvoir, avec le plus grand sérieux et la plus grande rigueur, un plan national d’industrialisation visant à stimuler l’économie productive, en mettant particulièrement l’accent sur la production manufacturière et agricole massive et à grande échelle. Nous proposons en particulier la création de sociétés publiques de développement sous l’égide desquelles seraient créées, dans le strict respect des priorités de la planification nationale, de grandes entreprises publiques sans exclure la participation de capitaux privés dans les domaines déterminés, dans le cadre d’un programme visant l’industrialisation et la souveraineté agroalimentaire, en accordant la plus grande priorité aux industries de base de grande envergure, à celles qui ont un caractère stratégique et à celles qui répondent aux besoins vitaux de la population.
122. L’activité pétrolière sera réorientée afin d’atteindre de véritables niveaux de souveraineté et d’indépendance dans ce domaine, limité par la dépendance établie par les contrats d’assistance technologique et par la politique actuelle de commercialisation et de transport. Les modes de raffinage du pétrole seront diversifiés. L’utilisation du pétrole sera orientée vers la fabrication croissante de dérivés pétrochimiques, en le remplaçant dans le domaine énergétique par d’autres sources d’énergie existantes dans le pays.
123. L’exploitation de la ceinture pétrolière de l’Orénoque et les études et recherches nécessaires pour maitriser une technologie propre seront encouragées. Nous agirons conformément aux intérêts du pays et sans nous laisser contraindre par les exigences des monopoles internationaux.
124. La nationalisation du fer sera achevée et des mesures seront prises pour que le minerai soit traité au Venezuela et pour que les entreprises publiques contrôlent directement le transport et la commercialisation du fer et de l’acier, ainsi que des dérivés industriels de base, afin de faciliter l’installation par l’État d’usines de machines lourdes.
125. L’industrie de l’aluminium sera nationalisée à tous les stades de l’extraction ou de l’importation de la bauxite, du traitement du minerai, de la fabrication de l’aluminium métallique et des laminés, en garantissant l’acquisition ou la création de technologies appropriées de toute origine.
126. L’État élaborera des plans d’exploitation des richesses charbonnières afin d’utiliser le charbon comme source d’énergie et comme complément à l’industrie sidérurgique et à d’autres industries.
127. L’État intensifiera et réorganisera, sans intervention de capitaux privés, l’exploitation des autres richesses naturelles telles que l’or, les diamants, le cuivre, le nickel, les matières radioactives et les matières premières pour l’industrie chimique.
128. Les entreprises de production et de distribution d’énergie électrique seront nationalisées et un plan global sera mis en oeuvre pour l’utilisation progressive du potentiel thermique et hydroélectrique du pays et pour le développement d’autres sources d’énergie telles que l’énergie marine, éolienne, solaire et atomique.
129. L’augmentation des niveaux de productivité sera une tâche commune entre l’État populaire et démocratique et les travailleurs. Le développement scientifique et technologique associé aux industries de base sera une priorité afin de garantir la transition vers des niveaux de dépendance moindres.
130. Le développement de l’industrie lourde sera planifié afin de produire des camions, des tracteurs, des machines, des outils, etc. Cette production répondra dans un premier temps aux exigences du développement national, dans le but de garantir l’exportation des excédents qui contribueront à la diversification des revenus.
Institutions financières et grandes entreprises industrielles de transport et de commerce.
131. Une politique monétaire adaptée aux besoins de défense des masses laborieuses sera immédiatement mise en place. Les banques, les compagnies d’assurance, les sociétés de financement, les établissements hypothécaires et les établissements de crédit seront nationalisés. La politique de contrôle des changes s’accompagnera d’un ensemble de mesures visant à garantir la souveraineté nationale et à renforcer l’appareil productif.
132. Un organisme sera créé pour centraliser les achats extérieurs du pays, ce qui permettra de réduire progressivement les volumes d’importations de biens superflus ou somptuaires; il mettra fin aux pratiques de corruption administrative dans les processus d’acquisition de devises tout en maximisant l’efficacité de leur utilisation; il assurera un contrôle douanier et fiscal rigoureux, rendant plus difficile la fraude fiscale et les importations frauduleuses ou fictives; en outre, il garantira à l’État la capacité de superviser la structure des coûts de tous les biens importés depuis leur origine, afin d’établir de manière rigoureuse les prix maximaux de vente au public.
133. La nécessité urgente de surmonter la crise actuelle nous conduit à la nécessité de promouvoir et d’adopter des politiques visant à compenser les 31 % du budget que représente actuellement la TVA, ce qui sera réalisé grâce à la promotion d’une réforme fiscale progressive et globale, applicable aux banques commerciales et au secteur financier général dominé par les capitaux privés; une réforme qui taxera les bénéfices bruts annuels et les transactions financières, c’est‑à‑dire le grand capital financier spéculatif et non les travailleurs et travailleuses comme c’est actuellement le cas avec la TVA.
134. L’aviation commerciale sera nationalisée afin de promouvoir le développement des liaisons nationales et internationales, d’élargir les accords réciproques avec les compagnies aériennes d’autres pays et d’offrir un service de qualité au public.
135. Des plans permettant réellement le remplacement des importations seront élaborés. Pour cela, il est indispensable de disposer dans un premier temps de grands centres, l’un pour le développement agricole et l’autre pour le développement industriel, conformément aux priorités de la planification nationale, en créant de grandes entreprises à capitaux publics ou mixtes, guidées par des critères d’efficacité, d’économies d’échelle et de qualité de production.
136. Mais, prévient le PCV, "on ne peut industrialiser le pays sans le rôle concret des travailleurs et travailleuses organisés dans les processus d’administration, de planification, de suivi et de contrôle", d’où l’importance de l’adoption du projet de loi sur les conseils socialistes des travailleurs et travailleuses.
137. L’industrie navale et aéronautique sera renforcée afin de produire les unités nécessaires à la flotte marchande nationale, à la flotte de pêche nationale et aux besoins du transport pétrolier et aérien.
138. La construction d’un réseau ferroviaire national électrifié sera encouragée dans la mesure du possible, afin de relier les principales villes et les principaux centres industriels et agricoles du pays. Ce plan ferroviaire est présenté comme l’axe du développement économique national dans une première phase, contribuant au développement des forces productives en général, à une intégration territoriale plus conforme à nos capacités productives, ouvrant de nouveaux espaces territoriaux à la production, stimulant le commerce national et international, dynamisant une articulation plus efficace et satisfaisante pour les intérêts nationaux avec les capitaux étrangers.
139. Le réseau routier national sera étendu et amélioré afin de relier le plus grand nombre possible de villes et de villages.
140. Le transport fluvial et lacustre sera largement développé, grâce au contrôle progressif des cours d’eau, à l’élargissement des chenaux et à la construction de canaux.
141. Les transports collectifs, basés sur le métro et les autobus, seront développés dans les grandes villes.
142. Les monopoles de commercialisation des produits de grande consommation seront nationalisés afin de garantir l’approvisionnement de la population et le contrôle des prix.
143. Le commerce extérieur sera nationalisé.
Le territoire, les transformations agricoles, les ressources naturelles renouvelables et la défense de l’environnement.
144. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire réalisera de profondes transformations dans le domaine agricole afin de mettre fin au monopole foncier, de résoudre les problèmes économiques et sociaux du monde rural vénézuélien et de réorganiser la production agricole sur de nouvelles bases afin d’assurer en premier lieu un approvisionnement adéquat de la population.
145. Les grandes étendues de terres détenues par les propriétaires fonciers ou les grands bourgeois agraires seront expropriées sans indemnisation. Le droit de propriété foncière sera limité en fonction des conditions géographiques et naturelles et les propriétés des petits et moyens producteurs capitalistes seront respectées.
146. Des domaines, des troupeaux et des complexes agroindustriels d’État seront organisés lorsque les besoins économiques et sociaux l’exigeront afin de donner une base stable au futur développement socialiste de l’agriculture. De la même manière, des organisations paysannes de nature collective et des colonies seront développées afin de distribuer les terres de manière individuelle à ceux qui en font la demande et parmi les paysans qui les travaillent.
147. Le problème agricole repose sur un secteur agroindustriel fortement monopolisé, tant au niveau de la production que de la commercialisation, et sur la prédominance de la monoculture intensive. Ces caractéristiques définissent un champ vénézuélien où les monopoles "s’approprient tous les efforts logistiques, financiers, les subventions et les intrants de l’État", générant un modèle de production agricole fortement dépendant des intrants importés des monopoles transnationaux, peu productif, peu rentable et peu durable; d’où la proposition révolutionnaire du PCV visant à autonomiser les travailleurs et travailleuses agricoles grâce à une technologie agroécologique capable de briser les lourdes chaines de la dépendance, en garantissant des niveaux élevés de productivité et de rendement dans la production d’aliments exempts de contaminants, de pesticides et d’engrais chimiques, garantie essentielle d’une bonne santé pour notre peuple..
148. Afin de mettre en place une agriculture intensive, technicisée et hautement productive, l’État populaire, démocratique et révolutionnaire encouragera la mise en oeuvre de vastes programmes de recherche agricole visant à former massivement les paysans aux techniques agricoles, à la construction et à l’extension des ouvrages d’irrigation, à l’organisation de stations de machines, au développement d’un système de crédit efficace, de construction d’un réseau de silos et de création de centres de stockage, de construction d’un vaste réseau de routes locales, d’organisation d’un système de commercialisation et de construction de villages ruraux avec des écoles, des services médicaux, des centres culturels et sportifs et des services d’eau, d’électricité et d’évacuation des eaux usées et des déchets.
149. Les forêts et les eaux privées seront nationalisées afin que l’exploitation du bois et d’autres produits sauvages soit assurée uniquement par des entreprises publiques gérées de manière technique et que les ressources naturelles renouvelables puissent être protégées, en rationalisant leur utilisation.
150. Une flotte nationale de pêche sera créée afin de contrôler la pêche hauturière et la pêche au chalut dans des conditions techniques garantissant une bonne gestion et une bonne conservation. Une aide technique et financière sera apportée aux pêcheurs pauvres afin de les encourager à s’organiser en coopératives et à créer des fermes marines. La création d’entreprises, de laboratoires et la formation de personnel technique seront encouragées pour le développement général de la pêche et des industries maritimes.
151. Le pays se dotera d’une législation complète garantissant une bonne exploitation et une bonne gestion des ressources naturelles renouvelables, ainsi que leur conservation et leur défense. Le territoire sera aménagé afin de déterminer les zones agricoles, les zones de développement industriel, les zones de loisirs et les zones de vie sauvage, ainsi que leur zonage correspondant. Les zones touchées par la dégradation et la pollution seront restaurées et des mesures seront prises pour que les industries ne polluent pas l’environnement. L’amélioration et la défense de l’environnement seront une priorité pour l’État et l’ensemble de la société.
152. Une réorganisation du pays sera entreprise afin d’adapter la division politico-territoriale aux besoins de la population, à l’économie et au développement d’axes et de pôles d’attraction rationnellement situés sur le territoire national.
Conditions de vie des travailleurs, des femmes, des enfants, des jeunes, des personnes âgées et des séniors.
153. L’État démocratique, populaire et révolutionnaire favorisera des améliorations substantielles du niveau de vie des travailleurs des villes et des campagnes. Le plein emploi sera garanti, ainsi qu’un salaire suffisant pour vivre dignement. Des mesures seront prises pour défendre l’environnement de travail et rendre les soins médicaux et l’assistance aux travailleurs complets et efficaces.
154. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire procèdera aux réformes nécessaires pour répondre aux aspirations légitimes des femmes à l’égalité juridique et les concrétiser. L’égalité entre les femmes et les hommes en matière d’enfants et de biens sera reconnue. Les différences existant dans les lois pénales seront éliminées. L’éradication de toute discrimination fondée sur le sexe ou l’état civil sera mise en oeuvre. Les conditions seront créées pour que les femmes puissent participer pleinement à la direction de l’État et à la planification de l’économie.
155. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire prendra toutes les mesures juridiques et pratiques nécessaires pour que les droits de l’enfant soient respectés et appliqués.
156. Les droits des jeunes à l’éducation, au travail, au sport et à la culture seront garantis. Leur droit à participer à la direction de l’État et à la planification de l’économie sera également garanti. Des mesures énergiques seront prises pour éliminer les influences néfastes sur la formation des enfants et des jeunes.
157. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire garantira à tous les travailleurs et travailleuses la possibilité de profiter d’une vieillesse sure et tranquille grâce à la retraite et à la création de conditions de travail et de vie spéciales pour les personnes âgées et les séniors.
158. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire garantira aux autochtones le statut de communautés nationales autonomes jouissant de droits spéciaux dans le cadre de la Constitution et en tant que citoyens vénézuéliens. Les minorités autochtones jouiront du droit à la liberté de culte, à leur propre langue et à la promotion de leurs propres économies, en empêchant l’invasion de leurs territoires par des agents étrangers.
L’éducation, la santé, le logement, le sport, les loisirs et la culture.
159. L’éducation sera nationalisée à tous les niveaux et dispensée gratuitement à l’ensemble de la population, cette gratuité étant garantie par un système de bourses, de transport, de cantines, de bibliothèques, de soins médicaux et de fourniture de manuels et de matériel. L’éducation aura pour objectif le développement intégral (physique, intellectuel, moral et esthétique) de l’être humain, afin que les Vénézuéliens puissent construire une vie toujours plus libre et plus juste. L’éducation aura une orientation laïque, antidogmatique et scientifique, liée à la recherche, à la pratique sociale et à l’activité productive.
160. Le système éducatif sera structuré de manière à coordonner l’éducation des jeunes et celle des adultes; à unifier la qualité de l’enseignement dans tout le pays et à tous les niveaux; à couvrir l’ensemble de la population scolaire, y compris celle qui nécessite une attention particulière; à assurer la formation optimale, le développement continu et l’épanouissement complet des éducateurs, ainsi que la mise à jour périodique des programmes et des méthodes; éradique l’analphabétisme; élève progressivement le niveau minimum d’instruction; garantit l’orientation professionnelle des jeunes et la formation complète des travailleurs, et crée les conditions nécessaires à l’éducation continue des citoyens.
161. Afin que le système éducatif puisse atteindre ces objectifs, il bénéficiera de l’aide organisée et permanente des médias, des organisations sociales et de l’ensemble de la société.
162. La recherche scientifique et technologique sera encouragée par la création d’instituts spécialisés, dans le cadre de la planification sociale approuvée, afin que le pays puisse résoudre ses propres problèmes et parvenir progressivement à son indépendance dans ce domaine où la domination impérialiste est forte.
163. Le fonctionnement du Service national de santé médicale et dentaire sera garanti, sans délais, afin d’assurer une assistance gratuite et efficace à l’ensemble de la population. La médecine préventive sera intensifiée. L’exercice de la médecine privée sera contrôlé afin de garantir des couts abordables, jusqu’à sa socialisation totale. L’industrie et la commercialisation des équipements et instruments médicaux seront nationalisées.
164. Le problème du logement sera abordé en tenant compte de la pénurie de terrains urbains et des prix des loyers. Les masses seront organisées pour mener à bien des projets de construction, de relocalisation et de rénovation de logements dans tous les quartiers des grandes villes et des zones urbaines. Les recensements de logements seront unifiés afin de disposer d’informations fiables sur les demandes existantes.
165. Des plans seront élaborés afin de concrétiser le mandat constitutionnel selon lequel toute famille doit disposer d’un logement confortable et hygiénique.
166. Le sport et les loisirs recevront toute l’attention qu’ils méritent afin de garantir le développement sain et harmonieux de l’être humain. Des efforts seront faits pour promouvoir le sport de masse.
167. Tous les moyens nécessaires à la création artistique et littéraire seront encouragés, libérant ainsi la culture vénézuélienne des influences néfastes que les intérêts impérialistes exercent sur elle. Des facilités seront créées pour que les travailleurs de la culture puissent se consacrer à leur métier et en vivre. La culture pour les masses deviendra une réalité. Les moyens et les mécanismes nécessaires pour que la population participe à la vie culturelle du pays seront étudiés et conçus.
168. Les moyens de communication sociale seront mis au service de la formation culturelle du peuple, de l’éducation et du développement indépendant du pays.
La politique étrangère.
169. L’État populaire, démocratique et révolutionnaire s’efforcera de maintenir des relations avec tous les pays et tous les peuples du monde, sur la base de la coexistence pacifique, du respect mutuel et de l’autodétermination des peuples.
170. Une politique active en faveur de la paix mondiale, du désarmement et de la détente internationale sera menée.
171. Une position ferme sera adoptée en faveur d’un contrôle efficace de tout développement de l’énergie nucléaire afin d’assurer son utilisation pacifique et l’interdiction de tout type d’armes nucléaires.
172. Les processus d’intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes seront approfondis, sur la base de la défense efficace des intérêts nationaux communs de nos peuples face à la puissance des transnationales et des diverses agences économiques de l’impérialisme, telles que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement et autres.
173. Nous nous efforcerons de parvenir à un règlement pacifique des différends avec la Colombie, dans un esprit bolivarien, et renoncerons à toute politique de force contre le Guyana et à toute pression sur les autres peuples de la région des Caraïbes.
174. Une politique active de solidarité avec les mouvements de libération nationale sera menée.
[1] SOLIS , ABELARDO . " De los tres pasados " . Horario . No. 1. pág . 7-8 . Existen tres formas de pasadismo , tres manifestaciones de espíritu reaccionario , en el arte , en la literatura y en la política peruana : el in- dienista de los tahuantisuyólogos , el colonialista feudal y el republica- no demoburgés".
