Industrie et lutte de classe
Annexe
Karl Marx, lettre à L. Kugelmann [1]
Si tu relis le dernier chapitre de mon 18 Brumaire* tu verras que j’y exprime l’idée suivante : la prochaine tentative révolutionnaire en France ne devra pas, comme cela s’est produit jusqu’ici, faire changer de main l’appareil bureaucratico‑militaire, mais le briser. Et c’est la condition préalable de toute véritable révolution populaire sur le continent.
[* Voir ci-après.]
Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte [2]
"C’est le triomphe complet et définitif du socialisme!" C’est ainsi que Guizot[3] caractérisa le Deux-Décembre. Mais si le renversement de la République parlementaire contient en germe le triomphe de la révolution prolétarienne, son premier résultat tangible n’en fut pas moins la victoire de Bonaparte sur le Parlement, du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif, de la violence sans phrase sur la violence de la phrase. Au Parlement, la nation élevait sa volonté générale à la hauteur d’une loi, c’est-à-dire qu’elle faisait de la loi de la classe dominante sa volonté générale. Devant le pouvoir exécutif, elle abdique toute volonté propre et se soumet aux ordres d’une volonté étrangère, l’autorité. Le pouvoir exécutif, contrairement au pouvoir législatif, exprime l’hétéronomie de la nation, en opposition à son autonomie. Ainsi, la France ne sembla avoir échappé au despotisme d’une classe que pour retomber sous le despotisme d’un individu, et encore sous l’autorité d’un individu sans autorité. La lutte parut apaisée en ce sens que toutes les classes s’agenouillèrent, également impuissantes et muettes, devant les crosses de fusils.
Mais la révolution va jusqu’au fond des choses. Elle ne traverse encore que le purgatoire. Elle mène son affaire avec méthode. Jusqu’au 2 décembre 1851, elle n’avait accompli que la moitié de ses préparatifs, et maintenant elle accomplit l’autre moitié. Elle perfectionne d’abord le pouvoir parlementaire, pour le renverser ensuite. Ce but une fois atteint, elle perfectionne le pouvoir exécutif, le réduit à sa plus simple expression, l’isole, dirige contre lui tous les reproches pour pouvoir concentrer sur lui toutes ses forces de destruction, et, quand elle aura accompli la seconde moitié de son travail de préparation, l’Europe sautera de sa place et jubilera : "Bien creusé, vieille taupe!"
Ce pouvoir exécutif, avec son immense organisation bureaucratique et militaire, avec son mécanisme étatique complexe et artificiel, son armée de fonctionnaires d’un demi-million d’hommes et son autre armée d’un demi-million de soldats, effroyable corps parasite, qui recouvre comme d’une membrane le corps de la société française et en bouche tous les pores, se constitua à l’époque de la monarchie absolue, au déclin de la féodalité, qu’il aida à renverser. Les privilèges seigneuriaux des grands propriétaires fonciers et des villes se transformèrent en autant d’attributs du pouvoir d’État, les dignitaires féodaux en fonctionnaires appointés, et la carté bigarrée des droits souverains médiévaux contradictoires devint le plan bien réglé d’un pouvoir d’État, dont le travail est divisé et centralisé comme dans une usine. La première Révolution française, qui se donna pour tâche de briser tous les pouvoirs indépendants, locaux, territoriaux, municipaux et provinciaux, pour créer l’unité civique de la nation, devait nécessairement développer l’œuvre commencée par la monarchie absolue : la centralisation, mais, en même temps aussi, l’étendue, les attributs et l’appareil du pouvoir gouvernemental. Napoléon acheva de perfectionner ce mécanisme d’État. La monarchie légitime et la monarchie de Juillet[4] ne firent qu’y ajouter une plus grande division du travail, croissant au fur et à mesure que la division du travail, à l’intérieur de la société bourgeoise, créait de nouveaux groupes d’intérêts, et. par conséquent, un nouveau matériel pour l’administration d’État. Chaque intérêt commun fut immédiatement détaché de la société, opposé à elle à titre d’intérêt supérieur, général, enlevé à l’initiative des membres de la société, transformé en objet de l’activité gouvernementale, depuis le pont, la maison d’école et la propriété communale du plus petit hameau jusqu’aux chemins de fer, aux biens nationaux et aux universités. La République parlementaire, enfin, se vit contrainte, dans sa lutte contre la révolution, de renforcer par ses mesures de répression les moyens d’action et la centralisation du pouvoir gouvernemental. Toutes les révolutions politiques n’ont fait que perfectionner cette machine, au lieu de la briser. Les partis qui luttèrent à tour de rôle pour le pouvoir considérèrent la conquête de cet immense édifice d’État comme la principale proie du vainqueur.
Mais, sous la monarchie absolue, pendant la première Révolution et sous Napoléon, la bureaucratie n’était que le moyen de préparer la domination de classe de la bourgeoisie. Sous la Restauration, sous Louis-Philippe, sous la République parlementaire, elle était l’instrument de la classe dominante, quels que fussent d’ailleurs ses efforts pour se constituer en puissance indépendante.
Ce n’est que sous le second Bonaparte que l’État semble être devenu complètement indépendant. La machine d’État s’est si bien renforcée en face de la société qu’il lui suffit d’avoir à sa tête le chef de la société du Dix-Décembre[5], chevalier de fortune venu de l’étranger[6], élevé sur le pavois par une soldatesque ivre, achetée avec de l’eau-de-vie et du saucisson, et à laquelle il lui faut constamment en jeter à nouveau. C’est ce qui explique le morne désespoir, l’effroyable sentiment de découragement et d’humiliation qui oppresse la poitrine de la France et entrave sa respiration. Elle se sent comme déshonorée.
V. I. Lénine, Les Bolchéviks garderont-ils le pouvoir? [7]
Par appareil d’État, on entend avant tout l’armée permanente, la police et le corps des fonctionnaires. […]
[…] Or Marx enseigne, en s’appuyant sur l’expérience de la Commune de Paris, que le prolétariat ne peut pas s’emparer tout simplement de la machine d’État toute prête et la mettre en marche pour atteindre ses buts mais que le prolétariat doit briser cette machine et la remplacer par une nouvelle. Cette nouvelle machine d’État a été créée par la Commune de Paris et en Russie les Soviets de députés ouvriers, soldats et paysans constituent un "appareil d’État" du même genre. […]
Le prolétariat ne peut pas "s’emparer" de l’"appareil d’État" et "le faire fonctionner". Mais il peut briser tout ce qu’il y a d’oppresseur, de routinier, d’irrémédiablement bourgeois dans l’ancien appareil d’État et le remplacer par un nouvel appareil, le sien. Cet appareil, ce sont les Soviets de députés ouvriers, soldats et paysans.
V. I. Lénine, L’État et la Révolution [8]
Mais jetons un regard d’ensemble sur l’histoire des pays avancés à la fin du 19e siècle et au début du 20e. Nous verrons que le même processus s’est opéré plus lentement, sous des formes plus variées, dans une arène beaucoup plus vaste; d’une part, élaboration d’un "pouvoir parlementaire" aussi bien dans les pays républicains (France, Amérique, Suisse) que dans les pays monarchiques (Angleterre, Allemagne jusqu’à un certain point, Italie, pays Scandinaves, etc.); d’autre part, lutte pour le pouvoir entre les différents partis bourgeois et petits-bourgeois qui se sont partagé et repartagé comme "butin" les sinécures administratives, les fondements de l’ordre bourgeois restant inchangés; enfin, perfectionnement et consolidation du "pouvoir exécutif", de son appareil bureaucratique et militaire.
Nul doute que ce soient là les traits communs à toute l’évolution moderne des États capitalistes en général. En trois années, de 1848 à 1851, la France a montré sous une forme nette et ramassée, dans leur succession rapide, ces mêmes processus de développement, propres à l’ensemble du monde capitaliste.
Plus particulièrement, l’impérialisme ‑ époque du capital bancaire, époque des gigantesques monopoles capitalistes, époque où le capitalisme monopoliste se transforme par voie de croissance en capitalisme monopoliste d’État ‑ montre le renforcement extraordinaire de la "machine d’État", l’extension inouïe de son appareil bureaucratique et militaire en liaison avec une répression accrue du prolétariat, aussi bien dans les pays monarchiques que dans les républiques les plus libres. Aujourd’hui, l’histoire universelle conduit sans nul doute, sur une échelle infiniment plus vaste qu’en 1852, à la "concentration de toutes les forces" de la révolution prolétarienne en vue de la "destruction" de la machine d’État. Par quoi le prolétariat la remplacera‑t-il? La Commune de Paris fournit à ce sujet une documentation des plus instructives.
V. I. Lénine,
Contribution à l’histoire de la dictature (20 octobre 1920) [9]
Vous voyez, M. Blank et M. Kisewetter, quand Avramov et ses cosaques martyrisent Spiridonova, c’est la dictature militaire et policière qui s’exerce sur le peuple. Quand le peuple révolutionnaire (capable de lutter contre les oppresseurs, et pas seulement d’exhorter et de prôner, d’exprimer des regrets, de réprouver, de pleurnicher et de se lamenter, non pas petit-bourgeois borné, mais révolutionnaire) use de violence contre Avramov et ses pairs, il y a dictature du peuple révolutionnaire. C’est bien la dictature, car c’est le pouvoir du peuple sur Avramov, pouvoir que ne limite aucune loi (un petit bourgeois serait peut-être contre le fait d’arracher par la force Spiridonova à Avramov : car, enfin, c’est "illégal", cela! Et y a-t-il une "loi" qui autorise à tuer Avramov? Certains idéologues petits-bourgeois n’ont-ils pas inventé une théorie de non-résistance au mal par la violence?). La notion scientifique de dictature s’applique à un pouvoir que rien ne limite, qu’aucune loi, qu’aucune règle absolument ne bride et qui se fonde directement sur la violence. La notion de dictature n’est rien d’autre que cela; retenez-le bien, Messieurs les cadets. Ensuite, nous voyons, par l’exemple que nous avons pris, qu’il s’agit bien de la dictature du peuple, car le peuple, la masse de la population, qui n’a pas encore pris corps et qui est rassemblée "par hasard" en un endroit déterminé, entre en lice d’elle-même et de plain-pied, rend justice, châtie, exerce le pouvoir, fonde un nouveau droit révolutionnaire. Enfin, il s’agit bien de la dictature du peuple révolutionnaire. Pourquoi du peuple révolutionnaire, et non pas de tout le peuple? Parce que dans la masse du peuple, qui souffre constamment et de la façon la plus cruelle des exploits des Avramov, il en est qui sont brisés physiquement, terrorisés, déprimés moralement, par exemple par la théorie de la non-résistance au mal par la violence, ou tout simplement déprimés, non par une théorie, mais par les préjugés, les coutumes, la routine : des gens indifférents, ceux qu’on appelle les esprits vulgaires, les petits-bourgeois, qui préfèrent s’écarter de la lutte aigüe, passer outre ou même se cacher (un mauvais coup est vite arrivé!). Voilà pourquoi ce n’est pas tout le peuple qui exerce la dictature, mais seulement le peuple révolutionnaire, qui n’a pourtant nullement peur de l’ensemble du peuple, qui lui fait connaitre les mobiles et les détails de ses actes, qui invite volontiers tout le peuple à participer non seulement à la gestion de l’État, mais au pouvoir lui-même et à l’organisation même de l’État.
2e congrès de l’Internationale communiste (23 juillet – 7 aout 1920)
Thèse concernant les soviets de députés ouvriers [10]
Quand et dans quelles conditions peut-on créer des soviets de députés ouvriers?
1. En Russie, les soviets des députés ouvriers naquirent pour la première fois en 1905, au moment du grand enthousiasme du mouvement révolutionnaire des ouvriers russes. Déjà en 1905, le soviet pétersbourgeois des députés ouvriers fit d’instinct ses premiers pas vers la conquête du pouvoir. À cette époque, le soviet de la ville de Pétrograd était aussi fort que le lui permettaient les chances qu’il avait de parvenir au pouvoir politique. Mais, dès que la contrerévolution tsariste se fut raffermie et que le mouvement ouvrier eut diminué d’intensité, après une végétation de courte durée, le soviet cessa complètement d’exister.
2. Lorsqu’en 1916, au début d’un nouvel et puissant effort révolutionnaire, l’idée naquit en Russie de créer promptement des soviets de députés ouvriers, le parti bolchévik prévint les ouvriers du danger que présentait la formation immédiate des soviets en leur faisant remarquer qu’ils ne seraient opportuns que le jour, où la révolution aurait commencé, l’heure venue de livrer combat pour le pouvoir.
3. Au début de la révolution de février 1917, en Russie, les soviets des députés ouvriers se transformèrent en soviets de députés ouvriers et soldats. Bientôt ils entrainèrent dans la sphère de leur influence les plus vastes milieux des masses populaires, obtenant ainsi une autorité prépondérante, car la force réelle était de leur côté et entre leurs mains. Mais, lorsque la bourgeoisie libérale se remit de la surprise du premier choc de la révolution, et que les traitres socialistes-révolutionnaires el menchéviks facilitèrent à la bourgeoisie russe l’obtention du pouvoir, l’importance des soviets ne tarda pas à baisser. Ce n’est qu’après les journées de juillet et l’insuccès de l’attentat contre-révolutionnaire de Korniloff[11], que les grandes masses populaires se mirent en branle et que se produisit le krach du gouvernement contre-révolutionnaire des bourgeois-conciliateurs, que les soviets des députés ouvriers s’épanouirent à nouveau et gagnèrent dans le pays une influence exclusive.
4. L’histoire des révolutions allemande el autrichienne l’a prouvé de même. Lorsque les masses de la population se soulevèrent et que le flot de la révolution ébranla les remparts de la monarchie des Hohenzollern et des Habsbourg, des soviets de députés ouvriers et soldats se formèrent spontanément en Allemagne et en Autriche. Les premiers temps, la force fut de leur côté, et ils furent à la veille de prendre le pouvoir en fait. Mais, à peine le pouvoir eut-il penché, grâce à un enchainement de circonstances historiques, vers la bourgeoisie et les social-démocrates contre-révolutionnaires que l’on vit les soviets dépérir et peu à peu disparaitre. Lors de l’infructueuse tentative contrerévolutionnaire de Kapp-Lutwitz[12], en Allemagne, des soviets se reformèrent pour quelques jours; mais sitôt la lutte terminée par une nouvelle victoire de la bourgeoisie et des traitres-socialistes, ces soviets qui venaient de dresser la tête, disparurent à nouveau.
5. Les faits précités prouvent que des prémices déterminées sont nécessaires pour créer les soviets. On ne pourra donc organiser des soviets de députés ouvriers, et les transformer en soviets de députés ouvriers et soldats, que lorsque seront réunies trois conditions précises, à savoir:
a) enthousiasme révolutionnaire général dans les milieux les plus vastes composés d’ouvriers et d’ouvrières, de soldats et de toute la population laborieuse;
b) crise économique et politique poussée au point où le pouvoir échappe peu à peu des mains du gouvernement précédent;
c) lorsque dans les rangs des masses de travailleurs et, avant tout, dans ceux du parti communiste a muri la ferme résolution d’engager une lutte décisive, systématique et d’après un plan arrêté, pour la conquête du pouvoir.
6. Au cas où ces conditions ne sont pas remplies, les communistes peuvent et doivent propager systématiquement et opiniâtrement l’idée des soviets, la vulgariser dans les masses, démontrer aux plus profondes couches de la population que les soviets constituent la seule forme gouvernementale correspondant aux besoins de la période de transition au communisme intégral. Mais, les conditions mentionnées n’étant pas remplies, il est impossible de procéder à l’organisation immédiate des soviets.
7. Les tentatives des social-traitres allemands de faire entrer les soviets dans l’engrenage constitutionnel démocrate-bourgeois constituent, au point de vue objectif, une trahison de la cause ouvrière. Les soviets ne sont possibles que comme des organisations gouvernementales, qui se substituent à la démocratie bourgeoise, la brisent el la remplacent par la dictature ouvrière.
8. La propagande dirigée par les chefs Indépendants de la droite, tels que Hilferding, Kautsky et autres, en vue de prouver la compatibilité du système des soviets avec l’Assemblée Constituante bourgeoise, témoigne d’une incompréhension totale des principes du développement de la révolution prolétarienne, ou bien du désir de tromper sciemment la classe laborieuse. Les soviets signifient la dictature du prolétariat, et l’Assemblée Constituante, celle de la bourgeoisie. Accorder et concilier la dictature des ouvriers avec celle des bourgeois est une chose impossible.
9. La propagande de quelques militants isolés de la gauche des indépendants allemands, proposant aux travailleurs un plan livresque et prématuré de "Système Soviétiste" non rattaché au cours réel de la guerre civile, est le fait de doctrinaires qui ne font que distraire les travailleurs de la lutte authentique pour le pouvoir.
10. Les tentatives de groupes communistes isolés en France, en Italie, en Amérique et en Angleterre, pour fonder des soviets n’embrassant pas les grandes masses ouvrières et ne pouvant pas les embrasser dans une lutte immédiate pour le pouvoir, ne font que nuire à la préparation efficace de la révolution soviétiste. Ces soviets artificiels, ces "pleurs de serre"[13] se transforment, tout au plus, en petites sociétés; au pis aller, ils ne peuvent que compromettre, aux yeux des vastes cercles de la population, l’autorité des soviets.
11. Une situation spéciale s’est créée en Autriche, où la classe ouvrière a réussi à conserver des soviets embrassant des grandes masses ouvrières. Cette situation rappelle celle de la Russie de février à octobre 1917. Les soviets autrichiens constituent un facteur politique important et l’embryon d’un pouvoir nouveau.
Il va de soi que, dans cette situation, les communistes doivent participer au travail des soviets. les aider à s’intéresser à toute la vie économique et politique du pays, y créer des fractions communistes et concourir de toutes façons à leur développement.
12. Sans révolution, les soviets ne sont pas possibles. Sans révolution prolétarienne, les soviets dégénèrent en parodie.
Les soviets authentiques des masses constituent une forme de dictature prolétarienne indiquée par l’histoire même. Tous les partisans sérieux el sincères du pouvoir soviétiste doivent appliquer prudemment l’idée soviétiste; en la propageant parmi les masses, ils ne devront procéder à la création immédiate des soviets que lorsque les conditions mentionnées plus haut seront réunies.
[1]. Lettre de Marx à Ludwig Kugelmann, 12 avril 1871.
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18710412.htm
[2].. Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1851).
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.pdf
"18 Brumaire" : Il s’agit du coup d’État effectué par Napoléon Bonaparte les 9 et 10 novembre 1799 (18 et 19 brumaire an VIII selon le calendrier en vigueur à l’époque), avec l’aide de ses frères Joseph et Lucien, et de membres du Directoire (l’organe de gouvernement instauré par la Constitution de 1795 – an III), dont Emmanuel-Joseph Sieyès, et du prince Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ministre des relations extérieures. (Ce furent la chute de la monarchie le 10 aout 1792 et l’exécution de Louis XVI en janvier 1793 qui marquèrent l’an I.)
Le 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte (fils d’un des frères de Napoléon Ier), président de la IIe République, annonce la dissolution de l’Assemblée législative. Celle-ci a refusé de modifier la Constitution de 1848 et empêché ainsi Louis Napoléon Bonaparte de solliciter un nouveau mandat présidentiel en 1852.
[3]. François Guizot, ministre des Affaires étrangères de 1840 à 1848.
[4]. La Monarchie de Juillet tire son nom de l’émeute parisienne qui se transforme en révolution, les 27, 28 et 29 juillet 1830, dite les "Trois Glorieuses". Louis-Philippe règne de juillet 1830 à février 1848.
[5]. La Société du Dix-Décembre a été créée en septembre 1849. L’association tire son nom du "Dix-Décembre, journal de l’ordre", fondé en avril 1849 puis renommé "Le Pouvoir, journal du dix décembre" en juin 1850. Le titre du journal et celui de la société font référence à l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, le 10 décembre 1848.
[6]. Louis-Napoléon Bonaparte, né en 1808, est l’un des fils de Louis Bonaparte (roi de Hollande, frère de Napoléon Ier).
En 1815, Napoléon Ier est vaincu et doit renoncer au pouvoir, il est exilé et sa famille ne peut plus vivre en France. Louis-Napoléon et sa mère s’installent en Suisse. En 1836 Louis-Napoléon tente d’organiser un coup d’État pour prendre le pouvoir et mettre fin au règne du roi Louis-Philippe. Il est arrêté et condamné à la prison à vie, mais réussit à s’échapper de prison en 1846 et se réfugie à Londres, où il reste deux ans. En France un mouvement se développe en février 1848 en faveur d’une réforme. Louis-Philippe abdique, un gouvernement provisoire est formé. Au terme d’une période de confrontations, le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon (couramment désigné aussi sous le nom de Louis Bonaparte) est élu à la présidence de la République. Le 2 décembre 1851 il organise un coup d’État, puis le 2 décembre 1852 il met fin à la République et devient l’empereur Napoléon III.
[7]. V. I. Lénine, Les Bolchéviks garderont-ils le pouvoir? (septembre-octobre 1917); Œuvres, tome 26, Paris, Éditions sociales, 1967; p. 96-97.
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er2.htm
[8]. V. I. Lénine, L’État et la révolution (aout-septembre 1917); Chapitre II : L’État et la révolution. L’expérience des années 1848‑1851, 2. Le bilan d’une révolution.
Œuvres, tome 25, Paris, Éditions sociales, 1971; p. 443.
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er2.htm
[9]. V. I. Lénine, Contribution à l’histoire de la dictature (20 octobre 1920); Œuvres, tome 31, Paris, Éditions sociales, 1961; p. 365.
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/10/vil19201020.htm
[10]. L’Internationale communiste, Organe du Comité exécutif de l’IC, No 13, 2e année, septembre 1920; p. 2417-2420 (p. 53-54 sur 172).
[11]. Le général Lavr Kornilov a entrepris une tentative de putsch de forces réactionnaires en aout/septembre 1917, pendant la révolution russe.
[12]. En Allemagne le putsch Kapp-Lüttwitz était une tentative de coup d’État menée en mars 1920 par le groupe d’extrême droite dirigé par Wolfgang Kapp et Walter von Lüttwitz. Il a été entrepris en réaction aux exigences des États Alliés en matière de désarmement et de dissolution des corps francs (Freikorps).
[13]. "Ces soviets artificiels, ces “pleurs de serre”" : la traduction est défectueuse. Dans l’édition allemande : "Derartige künstliche, treibhausartige „Sowjets“". "Treibhaus" : serre; "Art" : sorte, genre. Donc, traduction : "Des “Sowjets” à caractère artificiel, comme sortie d’une serre". D’ailleurs, en allemand aussi, la formulation "treibhausartig" est maladroite.


