L’histoire du président que la Cour suprême a imposé
au Parti communiste vénézuélien

La justice du régime a retiré la personnalité juridique
à la direction du PCV et a désigné Henry Armando Parra.

 

Source :
https://www.infobae.com/venezuela/2023/08/20/la-historia-del-presidente-que-el-tsj-le-impuso-al-partido-comunista-de-venezuela/

 

Henry Armando Parra, surnommé "El Gallo" (le Coq) ou "El Anémico" (l’Anémique) dans la région frontalière du Táchira, se caractérise par son élocution saccadée et ses gestes exagérés. "Je l’ai connu à l’université de Los Andes (ULA), où il était un redoublant infatigable; c’est là qu’il a passé toute sa jeunesse. C’était un très mauvais étudiant, de ceux qui n’ont aucun respect ni pour l’institution, ni pour les enseignants, et encore moins pour leurs camarades. Il vivait pour la politique, toujours à la recherche d’un moyen de gagner un peu d’argent, comme on dit", raconte le professeur J.A. Chacón dans une conversation avec Infobae, en référence à celui que le régime Maduro a imposé comme président du Parti communiste vénézuélien.

Après que le régime vénézuélien, par l’intermédiaire de la Cour suprême de justice (TSJ), dans un exposé de la magistrate Michel Adriana Velásquez Grillet, ait approuvé la sentence 1160 le 11 aout 2023, retirant la personnalité juridique à la direction que le PCV avait en la personne de son secrétaire général Oscar Figuera, il a désigné Henry Armando Parra (66 ans); la première chose qu’a faite El Gallo a été de se rallier au Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) en rejoignant le Pôle patriotique.

"Tu sais que lorsque El Gallo s’est présenté aux élections législatives [au niveau de l’État de Táchira], le 23 novembre 2008, le PCV, le parti qu’il dirigeait, n’a obtenu que 15 voix, car il (Parra) n’a aucune qualité de leadership et est dans l’ombre de Diosdado Cabello [personnage associé étroitement au régime “bolivarien” depuis le début]. À l’époque, le PSUV lui a apporté un peu plus de 800 voix pour qu’il puisse se présenter sur la liste."

"Depuis mon arrivée au coeur de l’ULA, El Gallo était une référence, il a toujours appartenu au PCV et a toujours vécu grâce à ce parti. C’était un personnage plus folklorique qu’autre chose. Tout le monde le saluait, certains avec sympathie, d’autres moins, car il lui arrivait souvent d’inventer une grève, d’arriver avec son petit groupe dans les salles de classe pour faire cesser les activités et empêcher la tenue d’un examen prévu, d’un exposé ou la remise d’un devoir écrit ou oral. Il prônait toujours la “probité” alors que, au Centre des étudiants, qu’il contrôlait, on commettait plus d’un acte assez contraire à ce mot."

"Loquace, bruyant et direct, mais avec un vocabulaire très limité, il se vantait des livres de Karl Marx, Ilitch Lénine ou autres. Je me souviens, non sans une certaine honte, qu’au début de ma carrière, dans les années 90, j’éprouvais une certaine admiration pour “le leader”, toujours accompagné d’une paire de jeunes qui répétaient des slogans; mon cousin et moi avons assisté à quelques réunions, avec des jeunes idéalistes comme nous, au siège du PCV à San Cristóbal, où nous nous sentions presque comme les planificateurs de la révolution bolchevique. Aujourd’hui, il ne me reste que le souvenir de notre naïveté et de la manipulation du discours idéologique. Bon, cela a toujours existé, avant avec le communisme, maintenant avec l’idéologie du genre."

À la question de savoir ce qui s’est passé lors de ces réunions dans sa jeunesse, il décrit le lieu. "Cela ressemblait plutôt à une grotte, située dans l’une des principales avenues du centre de San Cristóbal. Eh bien, lors de la deuxième réunion, au milieu de la propagande rouge, mon cousin m’a murmuré “c’est n’importe quoi”, “on ferait mieux de partir parce que j’ai un examen de géographie”. Comme je refusais de partir, il m’a averti : “Je ne vais pas pouvoir mentir à tante quand elle me demandera où tu es”; je n’avais pas le choix, alors nous nous sommes éclipsés sous le regard réprobateur de la poignée de participants."

Il raconte qu’une fois dans la rue, très indigné, il s’est confronté à son cousin : "Je l’ai accusé d’être révisionniste, de ne pas être engagé envers le peuple vénézuélien, d’être égoïste et je ne sais combien d’autres choses encore. Jusqu’à la fin de nos études, nous avons continué à attendre, moi plus que mon cousin en réalité, la révolution tant espérée et à rêver du paradis cubain auquel nous aspirions pour le Venezuela", raconte Chacón.

Les sujets du pouvoir

Dans un reportage de la journaliste Mariana Duque, publié en mai 2016 dans le quotidien Los Andes, on peut lire : "Au sein du parti du “coq” [symbole graphique utilisé par le PCV], il y en a un autre qui semble bénéficier de la faveur du gouverneur (Vielma Mora) [gouverneur du Táchira de 2012 à 2017], précisément celui connu justement sous ce pseudonyme : Henry Parra, “qui en chantant clair” [“el gallo que canta claro” est le slogan identificateur utilisé par le PCV] depuis plus de 15 ans au Conseil législatif de l’État (CLEF) est devenu directeur de l’éducation depuis l’installation de l’actuel exécutif régional. A‑t‑il su comprendre les besoins des enseignants en quatre ans? De plus, son rôle est prépondérant dans le “tableau de bord régional” en tant que chef du plus ancien parti du bloc du Grand Pôle patriotique."

Pour le professeur Chacón, Parra a bénéficié de tout le pouvoir avec Vielma et n’est pas disposé à perdre ce que cela signifie dans le gouvernement de Freddy Bernal [gouverneur de Táchira depuis 2021]. "Parfois, lorsque nous nous asseyons pour discuter le weekend, mon cousin se moque en racontant des anecdotes de notre jeunesse communiste. Quand on pense que tout ce rêve de révolution s’est transformé en cauchemar; la faim et les maladies nous ont soudainement envahis, la détérioration du système médical va de pair avec la destruction de l’éducation, notre trésor le plus précieux", dit le professeur Chacón.

"Toutes ces décennies de travail réduites à une retraite misérable dont le montant mensuel ne suffit même pas à acheter les courses pour une semaine, sans parler des médicaments et encore moins des loisirs. Tout ce qui a été versé à la sécurité sociale, à l’IPASME [Institut de prévoyance sociale du ministère de l’Éducation] et aux prestations sociales, la révolution l’a jeté à la poubelle, tandis que d’autres, comme El Gallo, ont mené une vie confortable, assurant leur vieillesse et celle de leurs enfants."

Il ajoute que "lorsque Henry Parra et sa femme occupaient des postes de direction dans le gouvernement de Táchira, mon cousin m’a accompagné, malgré son mécontentement, à la Direction de l’éducation, où on nous a laissé faire la queue dans un escalier, où les éducateurs parlaient comme d’habitude de ce qu’il fallait payer pour être inscrit sur certaines listes ou avoir accès à telle ou telle chose. Lorsque nous sommes sortis de là, mon cousin a dit : “Allons plutôt boire un verre” et nous n’avons plus reparlé de ce qui s’était passé. La conclusion est que tout fonctionnait comme d’habitude, de manière corrompue; la seule fois où cela n’a pas été le cas, c’est lorsque Zoraida Parra a dirigé la Direction régionale [la zone éducative de Táchira]."

"Pour El Gallo Parra, la politique n’a jamais eu quoi que ce soit à voir avec des idéaux, mais plutôt avec le pragmatisme de ceux qui s’assurent d’être une référence pour accéder à des avantages. L’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez lui a donné, ainsi qu’à d’autres comme lui, l’occasion de résoudre leur problème économique, même si c’était en faisant partie d’un gouvernement aussi corrompu que celui de José Gregorio Vielma Mora et de sa femme Karla de Vielma, car elle avait plus de pouvoir que lui. Sais-tu que l’une des choses qui s’est produite après qu’ils ont quitté le gouvernement et changé leurs réseaux sociaux, c’est que tout ce qui concernait ce gouvernement a disparu des plateformes d’information ?"

Il ajoute que "le PCV s’est éloigné du Polo Patriótico, peut-être parce qu’il était intenable de continuer à défendre une révolution aussi corrompue qui a généralisé la pauvreté et parce qu’ils ont compris qu’ils n’étaient qu’un tremplin pour que les principaux dirigeants restent au pouvoir, y compris Nicolás Maduro, Diosdado Cabello, Tareck El Aissami, les frères Rodríguez et toute la petite vermine, principalement militaire, qui grouille autour de l’Assemblée nationale et des ministères."

Face à cela, il affirme que Henry Armano Parra "a préféré quitter le PCV et l’a dit publiquement, non pas pour des raisons idéologiques, mais parce qu’il a préféré soutenir Freddy Bernal comme candidat au poste de gouverneur de Táchira et ainsi assurer sa sécurité financière. Après avoir gouté aux avantages des fonctions gouvernementales, il est très difficile pour quelqu’un qui a un passé comme le sien de vouloir retourner à l’anonymat public et économique."

Il reconnait finalement : " Je n’aurais jamais pensé qu’El Gallo Parra irait aussi loin, trahissant ses compagnons de toujours, car c’est une chose de se coller à l’ombre de Bernal, mais c’en est une autre de trahir ceux qui ont toujours été communistes comme lui, avec leurs réussites et leurs nombreuses erreurs. Quand j’ai demandé à mon cousin, le pragmatique, ce qu’il pensait de l’invitation à parler à Infobae et que je lui ai fait part de mes réserves concernant les groupes de "collectifs" malhonnêtes qui s’en prennent à moi, il m’a répondu : “Fais-le, cela vous permettra peut-être de sortir du deuil que vous n’avez pas surmonté pour les années perdues, pour l’admiration que vous portiez à celui qui a toujours été un imposteur et même pour les réprimandes de ma tante lorsque vous ne faisiez pas vos études parce que vous croyiez en la révolution.” Il n’a pas eu à insister beaucoup", sourit-il.