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The Palestine Communist Party, 1919-1948 Arab & Jew in the Struggle for Internationalism Musa Budeiri Ithaca Press, 1979 – Haymarket Books, 2010 © 1979 Musa K. Budeiri |
Extraits. Traduction à partir de l’anglais par nous [ROCML]
Chapitre 4
Le PCP et la révolte arabe, 1936-1939
La position du Parti à la veille de la rébellion
La politique du front populaire lancée lors du 7e Congrès de l’IC légitima l’implication croissante du Parti dans le mouvement national arabe, et celui-ci se sentit libre de reconnaitre le rôle positif joué par le mouvement national arabe palestinien, bien que dirigé par des éléments féodaux et cléricaux, dans la poursuite de la lutte pour l’indépendance nationale, désormais considérablement renforcée.
Le Parti ne tarda pas à affirmer son adhésion à la nouvelle politique et aux tâches concrètes que celle-ci impliquait dans le contexte alors en vigueur en Palestine. Lors d’une réunion tenue en octobre 1935 à Tel‑Aviv, peu après le retour de Radwan al‑Hilou de Moscou, le secrétaire du Parti exposa la nouvelle ligne[1]. Sans nier l’importance du travail auprès des Juifs et en affirmant qu’il était impératif de poursuivre le recrutement de Juifs au sein du Parti, l’aspect marquant de son discours résidait dans l’accent mis sur l’action au sein de la population arabe et le passage d’une agitation de classe à une agitation nationale. Le secrétaire du Parti expliqua que le front populaire avec les partis arabes était une nécessité vitale, et souligna que le fondement de celui-ci n’était pas le programme social du Parti mais sur les aspects de celui-ci qui constituaient un terrain d’entente avec les nationalistes arabes, tels que la lutte contre le sionisme et l’impérialisme britannique. Les membres du Parti arabe chargés d’établir ce lien avec les partis arabes ont été avertis qu’il ne fallait pas évoquer les objectifs communistes et qu’ils devaient limiter leur agitation aux questions qui relevaient à la fois du Parti et des nationalistes. C’était là le seul moyen, a déclaré le secrétaire du Parti, d’assurer la transformation du PCP en une organisation de masse. L’activité dans la “rue juive” devait se limiter à la sphère économique avec la mise en place de blocs d’opposition au sein de l’Histadrut. L’objectif était d’expliquer aux travailleurs juifs la nécessité de former un front uni avec le mouvement national arabe, ce qui indiquait clairement que alors que la politique du front populaire devait se traduire concrètement par une alliance avec le mouvement national arabe pour l’indépendance, du côté juif, il ne devait y avoir aucun changement dans la perception du camp sioniste comme un tout indifférencié.
Afin d’expliquer sa nouvelle ligne à la population arabe tout en déclarant ouvertement son soutien à la lutte pour l’indépendance des Arabes en Palestine et dans les pays arabes voisins, le Parti publia une brochure exposant sa nouvelle politique et proposant la formation d’un front populaire[2]. Dans une section consacrée aux affaires étrangères, cette brochure exhortait les Arabes palestiniens à manifester leur solidarité avec les Éthiopiens luttant contre le fascisme, tout en appelant les Arabes sous domination française à lutter contre la poursuite de l’occupation française et, en cas de guerre impérialiste, à lutter contre les impérialistes belligérants et à transformer cette guerre en "une révolution de libération nationale"[3].
Concernant la Palestine, la brochure affirmait l’opposition totale du Parti tant à l’impérialisme britannique qu’au sionisme, et soulignait que la lutte contre ces deux mouvements était, par nécessité, une lutte unique. L’action immédiate du Parti devait être orientée vers la "destruction du sionisme, la cessation immédiate de l’immigration et le désarmement de tous les sionistes"[4]. Il expliquait que le Parti n’était pas motivé par l’animosité envers le peuple juif, mais affirmait voir dans le grand nombre d’immigrants amenés en Palestine et dans leur armement un complot impérialiste visant à contrecarrer la lutte pour l’indépendance arabe tant en Palestine que dans les pays arabes voisins, et à la mise en place d’un "front réactionnaire dans cette zone stratégique du monde contre l’ URSS". Le Parti percevait le Yishouv comme jouant un "rôle fasciste" et les travailleurs juifs étaient qualifiés d’"aristocratie ouvrière"[5]. Bien que le Parti ait activement tenté de contrecarrer la manipulation sioniste de la communauté juive, la brochure concédait que les résultats avaient été maigres, et attribuait cela aux "conditions objectives qui la poussent [la minorité juive] à jouer ce rôle impérialiste". En conséquence de cela, le Parti, sans le dire ouvertement, appelait à une lutte contre l’ ensemble de la communauté juive du pays en tant que minorité privilégiée et oppressive.
La brochure appelait les Arabes palestiniens à créer "des comités et des associations pour lutter contre les privilèges accordés au sionisme" dans l’attribution des postes de la fonction publique et dans le monde des affaires, et à mener une lutte contre la politique de conquête des terres et de la main-d’oeuvre[6]. Le Parti adressait son appel à tous les groupes patriotiques et précisait qu’il s’adressait à toutes les classes d’Arabes, qu’ils soient "commerçants ou artisans, boutiquiers ou propriétaires d’usines, banquiers ou professionnels", pour qu’ils se rassemblent au sein d’un front uni[7]. Il condamna en outre les dissensions et les querelles entre les différents groupes nationalistes et mit en garde le peuple contre ses dirigeants, dont le bilan était marqué par des compromis avec les Britanniques et qui s’étaient montrés par le passé incapables de remplir leurs devoirs et de servir la patrie[8]. Le Parti mit également en garde contre le danger des provocations des fascistes et des agents de l’impérialisme italien et allemand, qui voulaient que le mouvement arabe se livre à des actes terroristes et qui déclaraient que le moment était venu pour un soulèvement général[9]. Un soulèvement ne pouvait être que la dernière étape d’une lutte couronnée de succès, à n’entreprendre que s’il existait des dirigeants responsables et honnêtes, prêts à persévérer jusqu’au bout. Sinon, le soulèvement envisagé serait avorté, ce qui retarderait la libération du pays pour longtemps.
Le Parti a profité de cette déclaration de sa nouvelle ligne pour "tendre la main à tous ceux qui l’acceptent", demandant en échange seulement que ses futurs alliés fassent preuve d’honnêteté et de sincérité dans leur volonté de lutter pour l’indépendance du pays. S’alignant fermement dans les rangs du mouvement national arabe, le Parti appelait "les ouvriers et les paysans juifs" à lutter contre l’immigration et la militarisation du Yishouv, ainsi que contre la politique de conquête de la terre et de la main-d’oeuvre[10], reprenant en fait les slogans des nationalistes arabes et les présentant comme "les conditions nécessaires pour rapprocher les deux peuples".
Le Parti poursuivit dans la même ligne dans ses tracts en hébreu destinés au Yishouv et, à l’occasion d’une grève le 13 novembre 1935 contre l’arrivée du haut-commissaire en Palestine, il appela les masses ouvrières juives à se joindre aux grèves et aux manifestations, et expliqua que le sionisme avait transformé la minorité juive du pays en "un rempart impérialiste réactionnaire et persécuteur"[11], et que la seule façon de garantir les droits des Juifs en tant que minorité nationale était de participer au "front uni qui se forme […] pour la lutte contre l’impérialisme et le sionisme, et pour l’indépendance de la Palestine". À nouveau, à la veille de la grève arabe de 1936, le Parti s’adressa au Yishouv, appelant les ouvriers juifs à "tendre la main en signe d’amitié aux ouvriers arabes, pour une lutte unie contre l’oppression" et déclara que l’émancipation des Juifs était subordonnée au mouvement de libération des Arabes eux-mêmes[12].
La découverte d’une cargaison d’armes de contrebande [au profit de l’organisation militaire sioniste Haganah, voir Glossaire ►] dans le port de Jaffa en octobre 1935 [13] fut l’occasion pour le Parti d’entrer en contact avec les dirigeants du mouvement national arabe. Une délégation du Parti remit un mémorandum, adressé aux partis arabes et au Conseil suprême musulman, au Grand Mufti lui-même[14]. Dans ce document, le Parti condamnait les activités des sionistes en matière d’importation d’armes et appelait les dirigeants arabes à armer et à organiser les Arabes en vue de la lutte imminente contre l’immigration, la vente des terres et le mandat. Ce premier contact avec les dirigeants officiels du mouvement arabe constituait une reconnaissance implicite par le Parti de cette direction nationale et annonçait la nouvelle voie qu’il allait tracer en tant que groupe autonome dans le cadre du mouvement national arabe. Il est né de la reconnaissance, non seulement de la nécessité de former un front populaire, comme l’avait demandé le 7e Congrès de l’IC, mais aussi de la prise de conscience que le Parti lui-même ne pouvait pas diriger le mouvement national, et que son rôle se limitait à faire pression sur les dirigeants pour qu’ils adoptent des objectifs et des méthodes plus radicaux.
Au départ, la ligne politique du Parti restait distincte et indépendante. Bien qu’il entretenait secrètement des contacts avec certains groupes terroristes[15], il restait néanmoins opposé au terrorisme[16] et mettait en garde contre ses dangers. Il se démarquait également sur un certain nombre d’autres questions, notamment l’approche du problème foncier. Alors que les dirigeants arabes cherchaient à collecter des fonds pour acheter des terres arabes qui risquaient de tomber entre les mains d’institutions sionistes, le Parti estimait que cette politique aboutirait à un échec. Il considérait que les sionistes ne pouvaient être vaincus qu’en renforçant la conscience nationale de la population arabe afin de s’assurer qu’elle-même refuserait de céder aux offres alléchantes des sionistes et conserverait ses terres. Mais cette position indépendante fut bientôt submergée par l’enthousiasme suscité par la longue grève nationale, par l’identification de plus en plus étroite avec les politiques de la direction du Mufti, et par la scission du Parti en deux factions. Cela immergea complètement la direction dans la lutte arabe, et elle s’éloigna encore davantage du Yishouv et de ses problèmes internes.
Le Parti a saisi l’occasion du décès d’al‑Qassam, survenu peu après la découverte d’armes juives introduites clandestinement, et a profité de l’atmosphère d’intense agitation politique qui régnait alors pour organiser un rassemblement public visant à lancer sa nouvelle politique de front national. Tenu à Jaffa en décembre 1935, ce rassemblement a attiré un large public[17] et était présidé par Mohammed Nimr Odeh[18], un nouveau membre du Parti. Lors de ce rassemblement, le Parti a déclaré son adhésion aux slogans qui allaient devenir les revendications officielles de la grève arabe et de la rébellion qui s’ensuivit : la cessation de l’immigration et des ventes de terres, ainsi que la mise en place d’un gouvernement démocratique dans le pays. En outre, il a appelé le mouvement national arabe à pratiquer la désobéissance civile en refusant de payer les impôts, sous le slogan "pas d’imposition sans représentation". Afin d’exercer une pression supplémentaire sur le gouvernement, le président communiste de la réunion a appelé à la démission de tous les fonctionnaires arabes, une exigence qui, compte tenu du statut officiel du mufti, visait clairement à faire pression sur les dirigeants arabes pour qu’ils s’opposent ouvertement à l’ administration britannique et rompent complètement leurs liens avec la puissance mandataire.
Ainsi, à la veille de la grève générale arabe et de la longue rébellion arabe qui allait suivre, le Parti tenta de se débarrasser de l’étiquette de Parti juif. Le revirement de la politique de l’IC lors du 7e Congrès n’aurait pas pu mieux convenir au développement futur du Parti. L’arabisation avait été initialement associée à une politique d’extrême gauche marquée par une hostilité persistante envers le mouvement national arabe, et par la primauté de la lutte de classe sur la lutte nationale. L’introduction de la ligne du front populaire a levé le dernier obstacle séparant le Parti du mouvement national arabe. Bien qu’il continuât à compter un grand nombre de membres juifs et que les sympathisants arabes issus de l’intelligentsia continuassent à hésiter à s’associer ouvertement à lui, le Parti ne pouvait plus être accusé, de sa direction ou de sa ligne politique d’être étranger aux luttes du mouvement arabe dans le pays, lequel, après une longue période d’hésitation, se préparait à se lancer dans une lutte contre le mandat britannique, l’ennemi que le Parti avait depuis longtemps proclamé indissociable du projet de colonisation sioniste en cours, et de loin l’adversaire le plus important et le plus dangereux.
Le Parti pendant la rébellion
A. La réaction face à la rébellion
Le déclenchement de la grève générale et la rébellion qui s’ensuivit prirent le Parti par surprise. Bien qu’il eût appelé à plusieurs reprises les Arabes à cesser de coopérer avec les Britanniques[19] et qu’il eût indiqué la voie tracée par al‑Qassam, le Parti avait simultanément mis en garde contre les dangers d’un soulèvement prématuré et contre les tentatives provocatrices visant à faire échouer le mouvement de masse. Cependant, une fois la grève générale déclarée et respectée à l’unanimité, le Parti apporta son soutien sans réserve à ce qu’il considérait comme "un maillon de la chaine des soulèvements spontanés qui ont eu lieu de temps à autre au cours des dix-huit années de la politique sioniste de conquête"[20].
Lorsque la rébellion éclata, le Parti était encore divisé quant à l’interprétation et à l’application correctes de la ligne du front populaire, ainsi qu’à l’attitude qui en découlait envers les sionistes et le mouvement national arabe. Selon la direction du Parti[21], le front populaire impliquait un soutien au mouvement arabe et à la primauté de la lutte pour l’indépendance. Simultanément, cela signifiait le maintien d’une position d’hostilité envers le mouvement sioniste dans son ensemble. Sans être aveugle aux différenciations existant au sein du camp sioniste, la direction du Parti rejetait toute idée d’activité conjointe avec les groupes sionistes plus “modérés”, niant la validité de toute coexistence possible avec la “modération” fondée sur les principes et les politiques sionistes. Ainsi, le mouvement sioniste était traité comme une entité hostile, ce qui réduisait l’activité du Parti à la seule partie de la population qui présentait un potentiel d’action dans la lutte pour l’indépendance. L’activité du Parti dans le milieu juif se limitait à répondre aux revendications économiques immédiates et à faire de la propagande en faveur du mouvement arabe, en lançant des appels répétés aux travailleurs juifs pour qu’ils renoncent au sionisme et rejoignent la lutte pour l’indépendance arabe.
Il existait deux autres points de vue, qui n’étaient pas encore clairement définis, parmi les cadres juifs du Parti. Le premier présentait les Juifs du pays comme "chauvins et réactionnaires", tout en ayant tendance à considérer les Arabes comme "progressistes et révolutionnaires"[22]. Il en découlait logiquement que le rôle du Parti se situait entièrement au sein du mouvement arabe. Jusqu’au déclenchement de la rébellion, ce point de vue était considéré comme une déviation. Plus tard cependant, il devint la politique officielle du Parti, bien que cela n’ait jamais été explicitement admis.
Le deuxième courant qui s’est cristallisé parmi les cadres juifs constituait une poursuite plus orthodoxe des orientations politiques passées du Parti. Il s’opposait aux méthodes et aux tactiques du mouvement arabe et ne considérait pas que le rôle du Parti communiste fût de contribuer à la "libération nationale", mais plutôt d’unir Arabes et Juifs pour réaliser les objectifs de la "révolution sociale"[23]. Ce point de vue devait servir de base à la politique de la Section juive créée par le Parti en 1937 et qui, plus tard, se scinda pour s’établir en tant que groupe indépendant[24].
Avec le déclenchement de la révolte, la direction du Parti avança la thèse des "deux camps de lutte". Le camp arabe était présenté comme progressiste, tandis que les sionistes étaient relégués au camp impérialiste[25]. La lutte armée dans la “rue arabe” était caractérisée comme une lutte de masse résultant des conditions politiques objectives dans lesquelles se trouvaient les masses arabes. Il était considéré comme juste que la tâche des membres juifs du Parti fût d’aider le mouvement arabe, y compris en participant à la lutte armée. Considérant le camp sioniste comme un front homogène, le Parti n’a pas lancé de slogans dans la “rue juive” qui soient spécifiques aux conflits internes existant au sein du mouvement sioniste. Le Yishouv était considéré comme "un corps réactionnaire unique opposé au peuple arabe, considéré comme un corps progressiste unique"[26]. Le rôle du Parti au sein de la communauté juive se limitait à diffuser les slogans du mouvement national arabe et à apporter son soutien à la rébellion armée.
Le Parti a immédiatement apporté son soutien à la rébellion, bien qu’il eût d’abord pensé que la grève générale ne durerait pas longtemps, et qu’il considérât ces évènements comme une répétition et une continuation, bien qu’avec une orientation sans doute différente, des troubles antérieurs de 1929 et 1933 [27]. Dans un appel appelant à soutenir la grève, le Parti qualifia la lutte arabe de "légitime défense" contre deux puissants ennemis[28], et salua le haut degré d’unité dont faisaient preuve "toutes les catégories de la population… tous les partis, toutes les confessions, dans un front uni contre l’ennemi commun". Il considérait la lutte en Palestine comme une lutte pour le droit à l’ autodétermination et "pour la libération nationale du joug des oppresseurs étrangers". Le Parti a vigoureusement réfuté les "fausses allégations" selon lesquelles Hitler et Mussolini soutenaient les insurgés et leur fournissaient de l’argent et des armes[29] et a décrit la lutte comme celle d’une "petite nation opprimée" offrant, malgré toutes les épreuves et les souffrances qui en découlaient, "un exemple rare". La bataille que le mouvement arabe semblait mener était présentée comme constituant un "tournant" dont l’issue serait "décisive… la liberté ou l’esclavage, la vie ou la mort"[30].
On considérait que la rébellion avait deux objectifs : face aux Britanniques, il s’agissait d’obtenir l’indépendance, tandis que face au sionisme, le Parti reconnaissait et apportait son soutien implicite aux "efforts visant à rendre impossible la poursuite de la colonisation sioniste, par le biais de sabotages et d’attaques de partisans"[31]. Dans ses tracts destinés à la population juive, le Parti n’hésita pas à se prononcer ouvertement en faveur de la rébellion et appela les Juifs à se joindre aux Arabes dans la lutte contre le sionisme et l’impérialisme[32]. Son message aux Juifs était clair et sans compromis. Il les mettait en garde contre le risque de tomber dans le piège consistant à devenir le moyen par lequel la Grande-Bretagne, pour ses propres intérêts, réprimerait la rébellion[33], et les appelait à lutter contre l’immigration juive, non seulement parce qu’elle visait à construire un État juif et réduirait les Arabes à une minorité, mais aussi en raison des difficultés économiques qu’ils subissaient et de celles qui s’abattraient sur les nouveaux immigrants[34]. Faisant référence aux attaques contre les colonies juives par des groupes armés arabes, le Parti en attribuait l’entière responsabilité au mouvement sioniste, qui "creusait le fossé de la haine nationale entre Juifs et Arabes et conduisait les Juifs dans une impasse"[35]. C’étaient les sionistes qui "jouaient avec le sang juif" et c’était à eux qu’incombait la responsabilité de toutes les calamités qui frappaient les Juifs en Palestine. Le Parti appelait les travailleurs juifs à refuser de soutenir l’Histadrut dans ses activités de briseurs de grève contre les Arabes. Ces activités ont été considérées comme des "actes provocateurs" susceptibles "d’attiser la haine des masses arabes envers les Juifs du pays" et de contribuer à la terreur antisémite[36].
Les tracts que le Parti adressait à la population juive décrivaient la rébellion comme "pleinement justifiée" et allaient jusqu’à la considérer comme "une lutte pour tous les opprimés du pays… pour votre libération également du joug de vos oppresseurs"[37]. Jusqu’alors, les Arabes avaient mené cette lutte seuls, et le devoir des Juifs était de les soutenir et de ne pas faire obstacle à leur libération. Tant pour préserver la communauté juive du pays de nouveaux bains de sang que pour libérer le pays du joug impérialiste oppressif, il était nécessaire que les Juifs forment un front uni avec les Arabes. Bien que le Parti n’ait pas précisé comment cela devait se faire, il continua à défendre ce slogan comme le seul moyen possible d’éviter de nouveaux conflits intercommunautaires et de priver les Britanniques de l’un de leurs principaux appuis dans le pays.
Le Parti avait correctement perçu que la rébellion visait principalement les Britanniques, ce qui justifiait à bien des égards son appel à soutenir le mouvement national arabe et sa qualification d’antiimpérialiste. Cependant, le Parti n’était pas aveugle à la terreur qui accompagnait la rébellion ni aux attaques contre la communauté juive. Le Parti considérait cette terreur anti-juive comme un effet secondaire de la lutte armée[38] et non, comme lors des troubles précédents, comme la caractéristique prédominante du mouvement arabe. Tout en condamnant la terreur sans ambigüité[39], il tentait également d’expliquer son apparition par la prédominance, au sein des groupes armés, de paysans qui avaient ressenti plus directement la pression de la colonisation sioniste[40]. Il soulignait que dans les villes, où la population urbaine était politiquement plus mure, la lutte était principalement menée contre les Britanniques. Bien qu’il ne fasse pas état d’actes de terreur antisémites dans la presse du Parti[41], la réaction la plus fréquente du Parti face à ce phénomène était de l’expliquer comme étant la conséquence de la politique sioniste, de l’immigration et des campagnes de conquête de terres et d’emplois.
Le Parti a également reproché à l’Histadrut le fait que la grève arabe n’ait pas été totale. Il a expliqué que la non-participation de certains travailleurs arabes à la grève, tels que les cheminots, était due à la crainte des "briseurs de grève juifs"[42]. La réticence des Arabes était considérée comme la conséquence directe de l’appel lancé par l’Histadrut aux travailleurs juifs "pour qu’ils s’imposent de force dans les entreprises où les Arabes sont en grève". Ainsi, les travailleurs arabes, bien que solidaires de la grève, se sont sentis contraints de rester à leur poste, mais le Parti a affirmé qu’ils avaient manifesté leur solidarité en "versant leur salaire au fonds de grève".
La presse clandestine du Parti s’était donné pour mission de faire connaitre les activités des groupes armés rebelles et les épreuves que le pays subissait en raison de "l’oppression britannique". Un hebdomadaire rendait compte des actions armées contre les commissariats et de divers autres incidents, et s’attardait sur les "atrocités militaires" infligées aux Arabes, condamnant l’incendie de maisons par les troupes, les fouilles de villages, les "agressions contre les femmes et les pillages"[43], et se faisait l’écho du mouvement national dans sa dénonciation de l’immigration juive. Mais lorsque le Haut Commandement arabe (HCA) appela à la fin de la grève en octobre 1936, le Parti refusa d’accepter ce qu’il considérait comme un recul dans la lutte contre les Britanniques et une volonté de la part des dirigeants arabes de transiger avec le gouvernement mandataire. Il perçut à juste titre l’intervention des rois arabes comme un stratagème destiné à sauver la face, suggéré par les dirigeants arabes palestiniens afin de mettre fin à la grève, et appela les Arabes à ignorer cette "trahison honteuse"[44] de leurs dirigeants et à poursuivre leur grève jusqu’à ce que les revendications formulées au début de la grève soient satisfaites.
B. Participation à la lutte armée
La participation effective du Parti à la rébellion, au sens de la conduite d’ activités armées, fut modeste et plutôt insignifiante, et elle ne constitua pas un élément déterminant dans le déroulement de la rébellion elle-même. Cependant, le soutien apporté par le Parti, tant sur le plan politique que symbolisé par les quelques actes commis par des membres du Parti, fut important. À l’époque, ces quelques actes que l’on pouvait considérer comme une participation à des activités armées revêtaient une importance sans aucune proportion par rapport à leur effet réel. La raison en tenait au fait que le Parti, malgré son arabisation, continuait d’être considéré tant par les Arabes que par les Juifs comme un Parti juif, et, en effet, les Juifs continuaient de constituer la majorité des cadres du Parti.
Les politiques du Parti ont contribué à changer son image au sein de la communauté arabe : son influence auprès de la jeunesse arabe s’est accrue et il a fini par être considéré comme résolument pro-arabe[45]. Dans le même temps, les Arabes avaient une vision exagérée de la force et des capacités du Parti[46]. Le Parti avait travaillé d’arrachepied pour opérer cette transformation et avait acquis une certaine notoriété grâce à sa participation à plusieurs rassemblements nationalistes. En avril-mai 1936, des membres du Parti ont pris part aux activités du Congrès national de la jeunesse étudiante[47], tandis qu’en 1937, deux membres du Parti[48] ont été envoyés au Congrès de Bludan[49]. Là, ils distribuèrent une déclaration affirmant le soutien du Parti à la rébellion, et à l’issue du congrès, le Parti publia une nouvelle déclaration condamnant l’expulsion du mufti de Palestine et soutenant les résolutions et les déclarations du congrès dans ses revendications d’indépendance nationale et de poursuite de la rébellion[50].
Au sein du Yishouv, le soutien du Parti à la rébellion prit deux formes : la première[51] consistait en une propagande orale et écrite expliquant la situation dans le pays, et mettant en évidence les intérêts communs du Yishouv et des Arabes dans la lutte contre "l’impérialisme britannique et ses serviteurs sionistes"; la seconde consistait en des actions armées et en une collaboration avec les groupes de partisans[52]. Cette dernière visait à accroitre la confusion au sein du Yishouv[53] et à démontrer le soutien ouvert du Parti au mouvement arabe. Parallèlement, la littérature du Parti s’en prenait de plus en plus à l’immigration juive, ce qui, à une époque où la pression sur les Juifs d’Europe s’intensifiait, lui valut inévitablement une grande hostilité au sein du Yishouv.
L’évènement qui a provoqué la colère du Yishouv et semé la discorde au sein du Parti fut le pose d’une bombe dans un club ouvrier géré par l’Histadrut à Haïfa, pendant la grève de 1936 [54]. Même à l’époque, cet acte du Parti fut critiqué dans les pages du journal procommuniste Haor[55]. Une réponse au nom du Parti ne niait pas cette implication, mais s’opposait à sa publication au motif qu’elle durcissait la position du Yishouv à l’égard du Parti en servant de stratagème de propagande entre les mains des sionistes[56]. Bien que cela semble avoir été un incident isolé, le Parti s’est cependant livré à d’autres actes[57], tant de son propre chef qu’en collaboration avec les groupes de partisans, et ses membres qui s’étaient enrôlés dans ces groupes armés menaient des activités telles que faire sauter des trains, couper des fils télégraphiques et déraciner des arbres dans les plantations juives[58]. La direction du Parti a maintenu le contact avec les chefs de la rébellion dans les montagnes[59] et, à quelques occasions, avec le mufti lui-même[60], assurant des services de renseignement[61] et fournissant une aide technique que les cadres juifs et arméniens du Parti étaient en mesure d’apporter. Parallèlement, le Parti a pris en charge l’impression de tracts pour certains groupes de partisans[62] et espérait ainsi pouvoir influencer l’orientation politique de la rébellion. Le seul succès notable fut la publication par Aref Abdul Razik, le deuxième chef rebelle le plus important, à l’instigation du Parti, d’un tract destiné à la population juive[63]. Ce tract réfutait toute motivation religieuse ou raciale à l’origine de la lutte arabe et rejetait les accusations selon lesquelles le mouvement arabe voudrait "vous jeter à la mer… ou vous traiter comme on vous traite en Europe", et engageait les Arabes de garantir la sécurité et la liberté des Juifs à condition qu’ils ne prennent pas le Parti de la Grande-Bretagne dans la lutte pour l’indépendance en cours. C’est ce que le Parti qualifiait de capacité à "influencer l’orientation politique des évènements", et justifiait ainsi son soutien à la rébellion.
Au moment où la deuxième phase de la rébellion a commencé, le Parti avait subi de lourds revers. La période d’anarchie qui a suivi la grève générale a permis aux cadres du Parti de refaire surface et d’opérer dans un climat de semi-légalité, mais au cours de la seconde moitié de 1938, l’armée britannique est passée à l’offensive. Les cadres du Parti furent à nouveau contraints de passer dans la clandestinité et subirent des pertes parmi leurs membres actifs, dont certains avaient été tués ou emprisonnés, en particulier parmi les jeunes[64]. D’autres, notamment parmi les cadres juifs, s’étaient éloignés du Parti et préféraient, en raison de désaccords avec la ligne pro-nationaliste du Parti, rester inactifs. Très tôt dans la grève, les autorités avaient pris des "mesures préventives" contre les communistes connus et les sympathisants du Parti. À la fin de la grève, 46 communistes avaient été déportés, tandis qu’un total de 264 personnes avaient été placées en détention[65] pour suspicion d’activité communiste. Parmi eux figuraient le secrétaire du Parti, Radwan al‑Hilou, et la plupart des autres cadres dirigeants. Bien que cela ait considérablement entravé l’activité du Parti, il s’agissait, contrairement aux expulsions, d’un inconvénient mineur, car la durée de la détention ne dépassait généralement pas quelques mois, après quoi les membres du Parti pouvaient reprendre leurs activités politiques.
L’adhésion totale du Parti au mouvement arabe et le soutien qu’il apportait aux groupes armés arabes eurent également un effet négatif : cela entraina de vives divergences au sein des cadres juifs du Parti. Dès mai 1936, le secrétaire du comité local du Parti à Tel‑Aviv avait rédigé un tract qui, tout en soutenant la révolte arabe, appelait les Arabes et les Juifs à s’abstenir de tout effusion de sang[66]. Le Parti, estimant qu’il fallait apporter un soutien total à la révolte, et que la terreur n’était qu’une manifestation mineure et un sous-produit de la lutte armée générale, rejeta cette prise de position et, dans ses propres tracts, appela les Juifs à jouer un rôle actif. À la suite de cette dissension, le comité de Tel‑Aviv fut dissous et ses membres furent exclus du Parti. Bien que cet incident fût exceptionnel, la majorité des cadres juifs se sont progressivement retrouvés en opposition à ce qu’ ils considéraient comme un "suivisme" pur et simple du Parti vis-à-vis du mouvement national. Un certain nombre de cadres ont trouvé une issue à cette impasse en se portant volontaires pour aller combattre aux côtés des loyalistes pendant la guerre civile espagnole[67]. Cependant, en 1937, le Parti fut contraint de scinder son action entre les milieux arabes et juifs, une formule dont on espérait qu’elle préserverait la loyauté des cadres juifs, tout en leur permettant de poursuivre leurs propres activités politiques au sein du Yishouv.
C. La création de la Section juive
La création par le Comité central de la Section juive au début de l’année 1937, afin de mener des actions au sein de la “rue juive”, a été simplement expliquée comme une réorganisation tactique découlant de l’évolution de la situation en Palestine à la suite de la révolte de 1936 [68]. Un document du Parti évoquait ces troubles comme un obstacle à la "liaison permanente et active entre la “rue juive” et la “rue arabe”"[69] et soulignait l’existence de conditions particulières dans ces deux milieux qui exigeaient une attention particulière et des tactiques différentes. La création de la Section ne visait pas à consacrer la poursuite de deux politiques différentes, mais consistait plutôt à utiliser deux méthodes adaptées aux divisions nationales existantes et à surmonter la difficulté pour les communistes arabes et juifs de se réunir dans le climat dominant d’animosité et de boycott[70].
En réalité, la décision de créer la Section ne s’expliquait pas uniquement par le fait que les conditions engendrées par la rébellion rendaient toute activité commune impossible. Bien que le précédent de sections nationales distinctes existât déjà parmi les partis communistes[71], le fait que le Parti fût présent en Palestine depuis plus de douze ans au sein d’un cadre organisationnel unifié, malgré une répression policière sévère et l’hostilité des deux communautés juive et arabe, renforce l’hypothèse selon laquelle cette décision marquait un changement de stratégie concernant le rôle des cadres juifs au sein du Parti face à la rébellion arabe. Elle signifiait peut‑être que la direction du Parti avait pris conscience que l’insistance antérieure pour que les communistes juifs jouent un rôle actif dans la rébellion armée n’était pas réaliste. La création de la Section visait à orienter l’activité des cadres juifs au sein même du Yishouv, en les impliquant dans les problèmes et les activités propres à la communauté juive. Il s’agissait, en effet, d’un aveu de la part de la direction du Parti que la voie pro-rébellion suivie par le CC était, au mieux, incompréhensible et, au pire, inacceptable pour les cadres juifs.
La Section a été créée lors d’une réunion des délégués des comités juifs locaux de Jérusalem, Haïfa et Tel‑Aviv[72]. Le Comité central a nommé Hanoch Brozaza[73] secrétaire de la Section[74]. Il ne s’était pas opposé à la ligne du Parti en 1936 et a été nommé à la tête de la Section précisément parce qu’il n’avait mené aucune activité d’opposition. Il s’avéra qu’il allait bientôt introduire des changements dans l’orientation politique des activités de la Section, ce qui conduisit celle‑ci à réviser et à réinterpréter le slogan du "front populaire", à reconnaitre l’existence de "cercles progressistes au sein du sionisme" et à s’engager dans une politique d’"entrisme" au sein des organisations sionistes[75]. Cet écart par rapport à la ligne décrétée par le CC a creusé le fossé entre le CC et la Section. Un an après la création de la Section, sa trajectoire s’était tellement écartée de celle de la direction du Parti que le lien organisationnel entre les deux a été rompu[76], pour n’être renoué qu’après la fin de la rébellion. Ce qui avait commencé comme une tentative d’adapter la ligne générale du Parti aux conditions particulières de la “rue arabe” et a “rue juive” a conduit à l’adoption de deux politiques distinctes et hétérogènes, chacune en phase avec les aspirations nationales de la partie de la population au sein de laquelle la Section respective était active.
D. La réaction face au projet de partition
Le Parti a immédiatement rejeté la proposition de partition de 1937 présentée par la Commission Peel, la qualifiant de tentative visant à renforcer l’emprise de la Grande-Bretagne sur la Palestine sous prétexte de "satisfaire les deux parties"[77]. Le plan de partition était présenté comme offrant une base politique au sionisme dans les régions les plus importantes du pays en transférant les Arabes de l’État juif proposé vers des régions économiquement secondaires, en maintenant un fossé séparant les deux peuples et en les réduisant tous deux à une dépendance totale vis‑à‑vis de la Grande-Bretagne[78]. En mettant en oeuvre la partition sous la "façade d’un État juif et d’une armée juive", le Parti voyait dans la politique britannique la mise en place d’une force armée pour elle-même et d’une base pour ses forces militaires afin de sauvegarder les intérêts britanniques dans toute la région arabe, tout en détournant l’hostilité des nationalistes arabes de la Grande-Bretagne vers l’État juif indépendant[79].
Le Parti s’est élevé contre la partition dans ses tracts en arabe et en hébreu ainsi que dans sa presse clandestine, appelant à lutter contre la partition par des moyens politiques[80]. Du côté des Arabes, son appel a trouvé un écho favorable, puisque le mouvement national lui-même s’opposait unanimement à la partition, tandis que dans le Yishouv, les sionistes étaient divisés. Les dirigeants dominants du Yishouv étaient d’accord avec le principe de la partition, tandis que les révisionnistes [ce terme désigne certains courants du mouvement sioniste, voir Glossaire ►] s’y opposaient fermement. Le Parti qualifiait l’acceptation de cet "État juif nain" par Weitzman et Ben Gourion comme reposant sur le rêve d’une expansion future, tandis que les révisionnistes étaient attaqués pour s’opposer à la partition parce qu’ils aspiraient à un État "des deux côtés du Jourdain"[81] et adoptaient une position maximaliste qui n’accepterait rien de moins qu’un contrôle juif total.
Se tournant vers le Yishouv, le Parti attaqua les dirigeants sionistes pour avoir accepté la partition après avoir attiré des milliers de Juifs dans le pays avec de fausses promesses d’indépendance juive et les avoir exposés à des difficultés économiques et aux souffrances dans un contexte où leur vie était constamment menacée. Il avertit le Yishouv que l’adhésion de ses dirigeants au plan de partition allait à l’encontre des intérêts des deux peuples de Palestine et souligna que les Arabes "n’accepteraient pas le démembrement de leur pays"[82] mais lutteraient contre la partition de toutes leurs forces. Il chercha en outre à leur faire prendre conscience de sa propre interprétation de l’État juif proposé comme une façade pour la domination britannique qui renforcerait l’impérialisme britannique au détriment des Juifs eux-mêmes et placerait le Yishouv dans un danger permanent et exacerberait la haine raciale dans la région. Cela ne ferait que créer un climat favorable à la propagande fasciste parmi les Arabes et garantirait que même les Arabes modérés seraient ralliés au fascisme[83]. Le Parti avertit en outre les habitants juifs que le seul moyen d’éviter le déclenchement d’une vague de terreur anti-juive résidait dans une “entente” entre Arabes et Juifs sur la base du rejet de la partition. Ce plan d’“entente” devait reposer sur les clauses en vigueur entre Arabes et Juifs dans le pays, ainsi que sur la mise en place d’un gouvernement démocratique élu garantissant l’égalité des droits au Yishouv, à condition que ce dernier renonce à sa politique d’occupation à l’égard des Arabes[84].
Les divergences entre le Comité central du Parti et la Section juive ont commencé à apparaitre peu après la création de cette dernière et se sont manifestées ouvertement à propos de la question de la partition. Tous deux s’appuyaient, dans leurs appels au Yishouv, sur un discours essentiellement de classe et mettaient en avant les difficultés économiques des immigrants, le chômage, les mauvaises conditions de vie et de travail, ainsi que l’insécurité qui accompagnait la rébellion arabe et qui était encore exacerbée par le soutien sioniste à la partition[85]. Le CC, bien qu’il s’efforçât de renforcer l’opposition à la partition au sein du Yishouv, rejetait toute forme de coopération avec les sionistes et insistait pour maintenir sa politique consistant à traiter le camp sioniste comme un bloc hostile. La Section, en revanche, cherchait à mettre en oeuvre une politique de front populaire s’opposant à la partition depuis l’intérieur du Yishouv[86], et se plaçait ainsi dans le même camp que les révisionnistes. Elle les a d’ailleurs défendus dans ses tracts contre les efforts des partisans de la partition visant à réduire au silence toute opposition au sein de la communauté juive, et elle a appelé tous ceux qui s’opposaient à la partition, quelles que soient leurs convictions politiques, à s’unir dans la lutte contre la partition[87]. Alors que le CC appelait les Arabes à boycotter les audiences de la Commission technique et posait comme conditions à toute coopération la levée de la loi martiale, l’arrêt des opérations militaires dans les campagnes, le retour des exilés politiques, la libération de tous les prisonniers politiques, ainsi que le rétablissement des droits et libertés démocratiques, y compris la reconstitution du HCA[88], la Section appelait les Juifs à se présenter devant la commission et à s’opposer à la partition[89]. Une fois encore, en ce qui l’immigration juive dans le pays, le CC et la Section se sont retrouvés à suivre des politiques divergentes. Alors que le CC fondait son appel à l’“entente” sur le rapport numérique existant dans le pays et se joignait à l’appel du mouvement national en faveur de la cessation immédiate de l’immigration, la Section définissait l’“entente” avec les Arabes comme garantissant un accord permettant la poursuite de l’immigration en Palestine, et allait même jusqu’à proclamer que l’“entente” conduirait les Arabes "à ouvrir les portes des États arabes aux réfugiés juifs"[90].
L’abandon du plan de partition en 1938 a été présenté par le Parti comme une conséquence de la forte résistance opposée par les Arabes de Palestine et des pays voisins, dont il saluait l’intervention et qu’il considérait comme une concession de la part de la Grande-Bretagne. Tout en se félicitant de l’invitation à la Conférence de Londres, le Parti a appelé les Arabes à insister sur le droit de choisir leurs propres représentants[91] et a déclaré que les négociations devaient avoir pour fondement l’annulation de la déclaration Balfour et du mandat, ainsi que la mise en place d’un gouvernement constitutionnel dans le pays avec une représentation proportionnelle pour les Arabes et les Juifs, et le retour à la normale en Palestine grâce à l’abolition des règlements d’urgence.
E. La reprise de la rébellion et le Livre blanc de 1939
Au départ, le Parti s’opposait à la reprise des combats et qualifiait les nouveaux troubles de contraires aux intérêts du mouvement de libération arabe ainsi que du Yishouv[92]. Il avertissait les Arabes que la reprise de la rébellion ne ferait que nuire à leur lutte politique contre la partition, tandis qu’il mettait en garde le Yishouv contre de nouvelles victimes et une aggravation de la crise économique. Dans ses tracts, le Parti appelait les Arabes à maintenir la paix et à consacrer toute leur énergie à la lutte politique et à la recherche d’une "entente" avec les Juifs, tandis que le Yishouv était invité à réaffirmer sa politique de "Havlaga" (maitrise de soi) et à s’abstenir de tout acte de vengeance contre les Arabes[93].
Le Parti considérait la reprise de la rébellion comme la réponse directe des Arabes à la partition et comme le désespoir des dirigeants arabes de parvenir à un compromis avec les Britanniques[94]. Il déclarait que les conditions en Palestine n’étaient pas mures et que la situation économique ne permettait pas le lancement d’une nouvelle lutte armée. Il privilégiait plutôt une politique visant à améliorer les conditions économiques des habitants et à les organiser pour une lutte politique contre la partition[95], "dans l’espoir que, de cette manière, il serait en mesure de montrer à la minorité juive que la possibilité d’une coexistence commune existait bel et bien dans le pays. Il affirmait que la reprise des affrontements armés, en particulier entre Arabes et Juifs, ne pouvait que conduire à la partition et renforcer la position de ceux qui soutenaient l’impossibilité de la paix et de la prospérité du Yishouv au sein d’un État arabe indépendant.
Le Parti se prononça avec beaucoup plus de fermeté contre le terrorisme individuel, en particulier après l’assassinat d’Andrews, un fonctionnaire du gouvernement en Galilée, et fit valoir, par l’intermédiaire de ses contacts avec le mouvement national, que la situation dans le pays n’était pas mure pour une action armée, que la poursuite d’une telle voie était vaine et suicidaire[96] et ne ferait qu’entrainer une contre-répression de la part des Britanniques et renforcer la position de ceux qui, au sein du Yishouv, étaient favorables à la partition. Il était cependant trop faible en nombre et trop profondément engagé dans le mouvement national pour exercer une quelconque influence modératrice et provoquer un changement de cap dans le déroulement de la rébellion. Luttant seul contre le courant, le Parti se laissa emporter et reprit sa collaboration avec le mouvement national, tout en tentant de conserver une certaine indépendance. qui s’exprimait dans ses condamnations des actes de terrorisme et son opposition aux attaques contre la communauté juive[97]. Le Parti estimait qu’il ne pouvait influencer le mouvement arabe qu’à partir de l’intérieur de ses rangs. En rejoignant le mouvement, il cherchait, à défaut de changer le cours de la rébellion, au moins à conserver le soutien qu’il avait gagné grâce à son appui à la rébellion lors de sa première phase. De plus, cela était justifié par le fait que la rébellion continuait d’être qualifiée de soulèvement progressiste et antiimpérialiste.
Le Parti ne put persévérer dans cette politique. La Section avait pris son indépendance et s’était opposée à la reprise de la rébellion, invoquant l’"orientation de plus en plus fasciste" qu’elle prenait, ainsi que les contacts de ses dirigeants en exil avec les puissances fascistes, se rapprochant ainsi de la communauté juive et de ce qu’elle présentait comme l’aile “modérée” du sionisme. Le Parti lui-même ne put, après l’échec du projet de partition en 1938, continuer à soutenir la rébellion et appela les Arabes à déposer les armes[98], soulignant que la raison pour laquelle la rébellion avait été déclenchée au départ n’existait plus.
Le Parti considéra la publication du Livre blanc en mars 1939 comme une "victoire de la rébellion arabe" et exhorta ses contacts au sein des groupes armés à quitter le terrain[99]. Selon son analyse de la situation, la rébellion avait fait son temps et le Livre blanc offrait aux dirigeants arabes une issue à cette impasse. Il les appela à accepter le Livre blanc comme un premier pas dans la lutte pour la "libération absolue de la Palestine", et tout en reconnaissant que ses termes ne répondaient pas entièrement aux aspirations nationales arabes[100], il invoqua la lassitude des masses et l’impossibilité de maintenir le rythme de la rébellion comme arguments supplémentaires en faveur de son acceptation[101]. Dans sa propagande auprès de la “rue arabe”, le Parti soulignait que le Livre blanc constituait "un document impérialiste de retraite" face au mouvement arabe à un moment où le danger d’une guerre européenne s’intensifiait[102], et l’accueillait comme fournissant une base contraignante par laquelle les Arabes et les Juifs de Palestine seraient contraints de rechercher la coopération, en dissipant la crainte qu’avaient les uns et les autres d’être dominés par le camp adverse. En offrant aux Arabes des conditions conciliantes, le Livre blanc offrait une issue à la poursuite de la rébellion, qui avait atteint un stade où sa poursuite ne pouvait servir que les "intérêts du fascisme".
Considérant le Livre blanc comme une base pour une “entente” entre Arabes et Juifs, le Parti se retrouva une nouvelle fois en opposition à la Section. Les tracts de cette dernière, destinés à la population juive partaient du principe que l’acceptation du Livre blanc isolerait davantage le Parti au sein du Yishouv, et il réfutait avec véhémence le pronostic du CC selon lequel une formule non sioniste pourrait servir de base à une “entente”. La Section estimait que la place centrale accordée aux questions de l’immigration et de l’ indépendance dans le Livre blanc annulait toute validité qu’il aurait pu avoir aux yeux du Yishouv[103]. Elle le condamna comme "un document impérialiste" conduisant à "aggraver la haine entre Juifs et Arabes". De plus, la Section choisit de voir dans la publication du Livre blanc et l’opposition du Yishouv une divergence de voies entre la Grande-Bretagne et le Yishouv. Elle espérait que cela fournirait une base plus significative pour la compréhension entre Juifs et Arabes. Elle s’adressa ainsi au Yishouv, dans l’espoir d’établir une alliance avec les groupes sionistes en son sein sur la base de cette hostilité perçue envers la Grande-Bretagne.
Les conséquences de la rébellion
La pénétration du Parti dans la “rue arabe” fut grandement facilitée par son soutien à la rébellion et par son adoption des slogans du mouvement national arabe comme les siens. Le soutien sans réserve du Parti était le résultat naturel de la poussée continue vers l’arabisation, et constituait la mise en oeuvre des résolutions du septième congrès de l’IC en faveur d’un front populaire et du soutien à la lutte pour l’indépendance dans les colonies.
La participation à la révolte arabe et l’adhésion ouverte à ses slogans ont attiré l’attention de la population arabe sur le Parti et lui ont permis, dans les conditions quasi anarchiques qui régnaient dans le pays pendant les deux premières années de la révolte, de sortir de la clandestinité et d’opérer dans des conditions de semi-légalité. Pour la première fois, le Parti réussit à gagner une certaine respectabilité aux yeux des Arabes[104] et à se débarrasser du stigmate d’être considéré comme un Parti juif.
En termes d’expansion numérique et d’attrait exercé par le Parti sur les membres de l’intelligentsia arabe, ce fut en effet l’âge d’or du Parti. Auparavant, son appel n’avait trouvé d’écho que parmi les éléments prolétariens arabes, et très rarement auprès de la jeunesse arabe instruite; les années de la révolte ont été marquées par une transformation spectaculaire, qui s’est encore accentuée durant les dernières phases de la Seconde Guerre mondiale et lors de la création d’organisations communistes arabes et juives distinctes. Même au début des années 1930, il existait à Jérusalem un groupe de jeunes Arabes instruits qui sympathisaient avec le Parti mais qui s’abstenaient d’y adhérer[105]. Avec le déclenchement de la rébellion et le soutien ouvert manifesté par le Parti, la plupart d’entre eux furent amenés à participer activement. Il est significatif que ce qui attirait ces jeunes instruits, c’était l’idéologie communiste du Parti, mais qu’ils n’ont été poussés à prendre part à ses activités que lorsque celui-ci s’est ouvertement prononcé en faveur de la lutte nationale et antiimpérialiste. On observe le même phénomène chez ceux qui sont arrivés sans aucune connaissance préalable de la doctrine communiste. Les quelques Arabes qui avaient adhéré au Parti dans les années 1920 et même au début des années 1930 le considéraient comme le vecteur de leur lutte économique quotidienne et ne s’intéressaient guère à la dimension nationale du conflit dans le pays; les adhérents du milieu des années 1930 ont adhéré en réponse à son appel antiimpérialiste et parce qu’ils l’identifiaient à une activité antiimpérialiste radicale[106]. Bien que le Parti ait perdu une partie de ses partisans en raison de son opposition initiale à la reprise de la rébellion, puis de son acceptation ultérieure du Livre blanc, il ne fait guère de doute que l’afflux de membres arabes et les contacts noués au sein de la population arabe entre 1936 et 1939 ont fourni au Parti les cadres qui, plus tard dans les années 40, allaient diriger un mouvement communiste arabe indépendant[107].
Une conséquence importante de la rébellion fut la rupture des relations avec l’IC[108] et la divergence croissante entre les politiques du Parti en Palestine et celles prônées dans les revues de l’IC à l’étranger. Outre la difficulté de maintenir le contact entre la Palestine et Moscou en raison de la situation chaotique dans le pays, Moscou elle-même était accaparée par les purges, et la Section moyen-orientale de l’IC était incapable de donner une orientation ferme en l’absence de toute politique formulée à un niveau supérieur.
Les revues de l’IC, cependant, tout en rendant compte de l’évolution de la situation en Palestine, exprimaient parfois des opinions qui semblaient sans rapport avec les pratiques réelles du Parti. Peu après la proclamation de la grève générale arabe, un article non signé parut, louant les efforts "constructivistes" des jeunes pionniers juifs et admirant le "splendide idéalisme" dont faisaient preuve les immigrants en construisant le pays et en établissant un puissant mouvement syndical[109]. Ignorant le slogan d’indépendance brandi par le mouvement national arabe et soutenu par le Parti, l’article recommandait uniquement un arrêt temporaire de l’immigration juive et la création d’une assemblée législative "fondée sur la représentation proportionnelle", une reconnaissance claire de ce que la Section juive allait plus tard qualifier de "droits nationaux légitimes du Yishouv".
Un an plus tard, un autre article appelait à la "reconnaissance des Juifs en tant que minorité nationale jouissant de l’égalité des droits"[110], tandis qu’un autre encore exigeait des Arabes "une compréhension bienveillante des aspirations à la création d’un État national au sein du Yishouv"[111]. En Palestine, le Parti exigeait la création d’un État arabe indépendant et la reconnaissance des seuls droits individuels des Juifs, tout en appelant les Arabes à insister sur le droit de désigner les dirigeants de leur choix (c’est-à-dire le mufti) à la Conférence de Londres. La presse de l’IC, quant à elle, condamnait le mufti pour ses contacts avec le fascisme et accusait les rebelles de recevoir des armes ainsi qu’une aide financière et technique de Berlin et de Rome[112]. Elle déclarait que la lutte en Palestine avait cessé d’être une lutte purement arabe contre l’impérialisme britannique, et était "devenue compliquée et influencée par les objectifs de guerre de l’axe fasciste contre les démocraties"[113]. Les Arabes, qualifiés de "pions dans le jeu du fascisme"[114], furent appelés à lutter contre le mufti, tandis que l’appel de la Section juive en faveur d’un "front uni des sionistes et des non-sionistes" fut approuvé, tout comme la nécessité de soutenir activement la direction “modérée” de Weitzman au sein du Yishouv[115].
En 1939, la direction du PCP fut contrainte de réévaluer sa position et les causes de l’échec de la rébellion arabe. Depuis l’abandon de la proposition de partition, elle s’était opposée à la poursuite de la rébellion armée et, en approuvant les termes du Livre blanc de 1939, s’était irrévocablement opposée à la direction du mouvement national arabe. Une combinaison de pressions exercées par la Section juive et de sa nouvelle indépendance conduisit le Parti, au cours des deux années suivantes, à réexaminer ses positions antérieures et à se livrer à une certaine autocritique interne[116].
A. Réévaluation de la ligne du Parti
Le Parti a avancé plusieurs raisons qui, selon son analyse, se sont combinées pour provoquer le déclin de la rébellion. Tout en soulignant le chaos économique qui avait engendré des difficultés et des souffrances et suscité le désir d’un retour à des conditions plus stables, ainsi que l’intensification de la campagne menée par le gouvernement contre les rebelles, qui a finalement conduit à leur défaite militaire[117], le Parti estimait que les principales raisons de cet échec résidaient ailleurs. Le plus important était l’absence d’une direction centralisée ainsi que l’égoïsme et l’égocentrisme des dirigeants arabes qui préféraient s’appuyer sur des aventuriers militaires qui leur étaient personnellement fidèles, plutôt que sur des hommes dotés de solides connaissances militaires et d’objectifs politiques clairs[118]. Cette décentralisation du commandement avait conduit à l’entrée de "bandes de criminels et de voyous" dans les rangs des rebelles, qui utilisaient la rébellion, surtout dans ses dernières phases, comme un moyen d’extorquer des tributs aux paysans. La terreur que ces éléments avaient déchainée avait aliéné la majorité de la population arabe. Le recours à la terreur fut imputé au mufti lui-même, qui l’utilisait contre ses adversaires politiques et comme moyen de poursuivre la rébellion alors que la sympathie populaire à son égard était en déclin. La terreur antisémite exercée par les groupes armés arabes s’est avérée contreproductive, car elle "n’a pas atténué la haine du Yishouv envers le mouvement révolutionnaire arabe", et a également permis aux dirigeants sionistes de mobiliser les ouvriers juifs pour qu’ils jouent un rôle réactionnaire au service des Britanniques, tout en leur faisant croire qu’ils accomplissaient une importante mission antifasciste.
Un autre facteur tout aussi important, considéré comme ayant conduit au déclin de la rébellion, était ce que le Parti appelait "l’implication du facteur extérieur"[119]. Cela faisait référence au rôle joué dans la rébellion par le fascisme italien et par l’Allemagne, qui avaient tout intérêt à ce que le chaos règne en Palestine. Les agents fascistes ont porté une responsabilité directe dans l’introduction de la terreur au sein de la rébellion et, vers la fin, avaient réussi à s’infiltrer au coeur même du mouvement. Il en a résulté une perte de sympathie de la part de la communauté démocratique mondiale pour la rébellion, ce qui, conjugué aux autres facteurs, a entrainé le désenchantement des masses arabes.
La défaite de la rébellion a également conduit le Comité central à réexaminer la ligne favorable à la rébellion qu’il avait suivie. Tout en continuant à affirmer la justesse de sa ligne générale de soutien à la révolte, et en la qualifiant de lutte progressiste antiimpérialiste[120], il a reconnu que certaines de ses mesures avaient été erronées et que certaines de ses évaluations politiques avaient été erronées. Dès 1937, le Parti avait admis ses erreurs concernant l’activité armée dans la “rue juive”[121] et avait, en créant la Section juive, apparemment reconnu l’impossibilité de contraindre les cadres juifs à se livrer au même type d’activité que celle qui se déroulait dans la “rue arabe”[122]. En ce qui concerne la rébellion, le CC a souligné qu’il s’était opposé à son renouvèlement, qu’en 1937 il s’était opposé au projet de partition[123], et qu’il avait refusé de collaborer avec les groupes armés. Cependant, le CC a admis que cette "politique correcte" du Parti n’avait pas duré longtemps, et que le Parti, en raison de sa faiblesse numérique, avait été incapable d’ influencer l’orientation du mouvement national. En conséquence, il s’était retrouvé isolé des masses arabes et avait perdu le peu d’influence qu’il avait acquis auprès d’elles. L’abandon de cette "politique correcte" a été expliqué par l’incapacité du Parti à s’opposer au Mufti au sein du mouvement national, et par l’absence d’un cadre solide qui lui aurait permis de diffuser son appel en faveur d’une lutte politique plutôt que militaire contre la partition. Il espérait manifestement pouvoir, en changeant de position et en soutenant la reprise des combats, influencer le mouvement et provoquer un changement de l’intérieur.
Concernant la question de l’influence fasciste dans la rébellion, le CC, tout en admettant qu’il était possible que des intérêts fascistes exploitent la lutte pour l’indépendance dans les colonies, a nié que la situation objective dans ces pays offrait la base politique et sociale nécessaire pour que le mouvement se transforme en un mouvement fasciste[124]. Ce n’est qu’ en mai 1939 que le CC a admis l’existence de contacts entre certains des dirigeants arabes et les pays fascistes[125]. Il expliqua cela par le désespoir des dirigeants arabes face au front uni du sionisme et de l’impérialisme, mais admit plus tard qu’il n’avait "pas suffisamment pris la mesure du danger fasciste dans le mouvement arabe"[126]. Dans ses évaluations ultérieures, le CC reconnut que la direction de la révolte était, vers la fin, tombée sous l’influence fasciste et utilisait des slogans et des méthodes fascistes[127].
Le CC a donné 1938 comme l’année où "les Husseini sont devenus des agents ouverts du fascisme"[128], et cela à une époque où le Parti soutenait encore la direction du mufti au sein du mouvement arabe, appelait à son retour en Palestine et à la légalisation du HCA, et insistait sur le droit des Arabes à le désigner comme leur représentant à la Conférence de Londres. Dans cette évaluation ultérieure, le CC considérait que le mufti facilitait l’entrée de la propagande fasciste non seulement en Palestine, mais dans tout le Proche-Orient, en popularisant l’idée que les Allemands aideraient la lutte pour l’indépendance des Arabes.
Abordant les premières activités de la Section juive, le Comité central déclara en 1939 qu’il avait suivi une politique erronée en cherchant des alliés au sein du camp sioniste[129]. Le rôle des cadres juifs aurait dû se limiter à expliquer à la communauté juive que les responsables de la révolte arabe étaient "les sionistes et les impérialistes avec leur politique d’occupation" et que la terreur était "un phénomène secondaire"[130]. En cherchant à exploiter les voix de la “rue juive” qui s’étaient élevées contre la partition, le Parti avait espéré rallier les masses juives. Cette tentative de former un front avec certains groupes au sein du sionisme en jouant sur les conflits internes au sein du Yishouv fut condamnée comme une politique erronée[131]. Le CC déclara qu’il n’y avait "aucun progressiste dans le mouvement sioniste", que les démocrates juifs devaient manifester leur antiimpérialisme en soutenant les Arabes, et qu’il n’y avait aucune possibilité de mener une activité politique au sein du mouvement sioniste[132]. Tout en critiquant ses appels répétés à la compréhension entre Arabes et Juifs sans proposer aucune formule pour y parvenir pendant la rébellion, le CC a déclaré que la "compréhension" ne pouvait être atteinte que sur une base non sioniste[133] et a qualifié le Livre blanc de 1939 de base appropriée pour une telle "compréhension". Il a vu dans le rejet par le mouvement sioniste des dispositions du Livre blanc la preuve de la justesse de sa propre position en condamnant une politique de front au sein du Yishouv[134].
B. La scission avec la Section juive
Les divergences entre le Comité central du Parti et la Section juive ont commencé à apparaitre peu après la création de cette dernière en 1937, et se sont traduites par une rupture des contacts entre les deux entités un an après la fondation de la Section[135]. Les deux organisations suivaient déjà des voies distinctes lorsque la Section publia, en juin 1938, un tract condamnant l’exécution d’un révisionniste accusé d’activités terroristes[136]. Ce tract, qui révélait la conviction de la Section selon laquelle l’alliance sioniste-britannique n’était pas nécessairement permanente, comme en témoignait la volonté des Britanniques d’exécuter un sioniste, mit au grand jour le fossé profond qui séparait la Section du CC. Les divergences portaient sur trois questions principales : la caractérisation de la rébellion arabe, la reconnaissance des "droits nationaux" du Yishouv et la politique du front populaire au sein du Yishouv. Après la fin de la rébellion, les contacts entre les deux parties furent rétablis, mais aucun accord ne fut conclu et le CC décréta officiellement la dissolution de la Section en décembre 1939 [137]. La direction de la Section refusa de se plier à la décision du CC et, bien que la majorité des cadres juifs soit restée fidèle au CC[138], la direction de la Section réussit à tenir un "congrès du Parti" en aout 1940 au cours duquel elle déclara sa scission du Parti. Ce groupe fut par la suite connu sous le nom de "groupe Emet"[139].
L’évaluation du mouvement national arabe par la Section était fondamentalement hostile. Elle qualifiait la deuxième phase de la rébellion de "révolte organisée par des agents fascistes"[140] et condamnait les slogans en faveur de l’indépendance et de l’interdiction de l’immigration juive, estimant qu’ils contribuaient à la domination fasciste du mouvement[141]. La Section considérait que le slogan de l’indépendance, brandi au cours de ce qu’elle appelait la "période fasciste", ne faisait que jouer en faveur du fascisme dans sa lutte contre les démocraties. Elle percevait le slogan sur l’immigration comme étant encore plus préjudiciable, car il était à tort présenté comme une question centrale, au lieu d’être laissé en suspens pour être tranché par le futur gouvernement du pays.
Le CC a été condamné pour plusieurs erreurs : ne pas avoir évalué le danger fasciste, avoir soutenu le mot d’ordre de l’indépendance et s’être abstenu de mener une lutte ouverte contre le terrorisme anti-juif et interarabe. Il avait ignoré la lutte pour l’“entente” dans la “rue juive”, se limitant à débiter des slogans bien intentionnés[142] et n’avait pas lutté contre le boycott juif déclaré par les groupes armés, et enfin s’était engagé dans une activité armée contre le Yishouv. Ces erreurs ont été attribuées à une évaluation erronée de la scène internationale[143] et au fait de ne pas avoir saisi les contradictions qui existaient entre les États fascistes et les démocraties, ce qui a encouragé les premiers à exploiter le slogan de l’indépendance dans l’espoir de prendre pied en Palestine. En raison de son incapacité à condamner la reprise de la rébellion et de son ignorance des liens entre les dirigeants de la rébellion et le fascisme, le CC fut accusé d’avoir affaibli le Parti tant dans la “rue arabe” que la “rue juive”[144]. Dans cette dernière, le Yishouv avait perdu confiance dans l’appel du Parti à l’“entente”, et les cadres juifs en étaient venus à se méfier de leurs dirigeants. Dans la “rue arabe”, le CC, en identifiant complètement le Parti au mouvement national arabe, avait perdu ses cadres arabes au profit des nationalistes et était incapable de rassembler autour de lui les "forces arabes progressistes".
La Section proposait un ensemble de mesures alternatives à celles mises en oeuvre par le Comité central. À ses yeux, le Parti aurait dû se concentrer sur l’élargissement des droits démocratiques des habitants et lutter contre la terreur et contre le danger du fascisme en Palestine[145]. Une telle politique aurait constitué la base d’une "formule d’“entente”" qui aurait pu gagner le soutien de la population juive. La Section elle-même avait tenté de le faire en ce qui concernait la lutte contre la terreur, en s’y opposant dans ses tracts et en revendiquant le droit des habitants juifs à se défendre[146]. La Section considérait que la terreur anti-juive aidait le fascisme dans la “rue arabe” à détourner la lutte, initialement dirigée contre les Britanniques, vers le Yishouv, et à creuser ainsi le fossé entre les deux peuples. Elle rejetait l’avis du CC selon lequel la terreur était un sous-produit de la rébellion et proposait de s’y opposer dans ses tracts et d’appeler la jeunesse juive à se défendre contre les Arabes.
Cependant, le CC ne s’opposerait pas à la terreur, même en cas de légitime défense, y voyant une acceptation tacite de la pratique sioniste de "l’occupation armée", qui s’ajoute à leur "occupation pacifique" du pays[147]. En dissolvant la Section et en expulsant un certain nombre de dirigeants qu’il tenait pour responsables de ses politiques divergentes, le CC rejeta ses arguments sur la nature de la révolte et nia l’existence d’une base sociale et politique pour le fascisme dans les pays coloniaux. Il attribua cette conviction à l’incapacité de la Section à comprendre la "nature objectivement progressiste d’une rébellion coloniale antiimpérialiste", indépendamment du fait qu’elle était menée par des "éléments féodaux et cléricaux"[148]. Tout en admettant qu’il avait minimisé le danger de l’influence fasciste dans la révolte, il rejeta l’accusation d’avoir manqué à son devoir face à la terreur, et maintint la justesse du slogan d’indépendance, accusant la direction de la Section d’être tombée sous l’"influence nationaliste sioniste"[149].
La contradiction fondamentale entre le CC et la Section portait sur la définition de la nature du Yishouv. L’évaluation novatrice et positive de la Section, qui rejetait l’hostilité traditionnelle du Parti envers le Yishouv dans son ensemble, a entrainé une divergence de voies entre les deux groupes et la scission qui en a résulté. La Section affirmait que le CC n’avait pas su saisir les changements et les évolutions qui avaient conduit à une différenciation sociale accrue au sein de la communauté juive[150]. Alors que le Yishouv semblait uni pendant la "période de prospérité" de 1933-1935 et avait réussi à "masquer ses conflits internes"[151], le déclenchement de la crise économique à la fin de 1935 et l’influence de la grève arabe au début de 1936 avaient amorcé la désintégration du front sioniste et intensifié les conflits internes. Le CC fut accusé d’ignorer ces changements et de maintenir sa vision d’un front sioniste uniforme englobant à la fois "les révisionnistes fascistes et la gauche socialiste sioniste". Le CC avait continué à considérer l’ensemble du Yishouv comme "un groupe parasitaire"[152] et à l’identifier aux politiques sionistes et impérialistes. Il n’introduisit ainsi aucun slogan spécifique dans la “rue juive” fondé sur les conflits réels et existants en son sein, et sa propagande se limita au soutien à la rébellion arabe. C’était là une erreur supplémentaire dans la mesure où cela ne tenait pas compte du niveau de maturité politique des habitants juifs. La Section rejeta la position du CC niant "l’existence d’éléments progressistes au sein du sionisme"[153] et déclara que l’activité du Parti aurait dû être fondée sur la différenciation interne au sein du sionisme et aurait dû adapter ses méthodes à la maturité du Yishouv.
La Section interpréta le slogan de l’“entente” lancé par le Parti en 1937 comme signifiant une acceptation implicite des "intérêts nationaux progressistes" du Yishouv et d’une solution fondée sur un accord entre les deux peuples[154]. Sur cette base, elle rejeta les dispositions du Livre blanc de 1939, les jugeant incompatibles avec la lutte pour l’“entente” et inacceptables pour la gauche au sein du Yishouv [155]. La Section affirmait avec force que les Juifs de Palestine constituaient une "nation" ayant des revendications nationales progressistes qui n’étaient toutefois pas en conflit avec les intérêts des Arabes[156] et s’appuyait sur plusieurs articles parus dans la presse de l’IC pour étayer sa position[157].
Le Comité central a critiqué ce passage sur la question de l’évolution du Yishouv vers une "nation", le qualifiant d’"absolument erroné"[158], et l’a tourné en dérision en affirmant que la seule façon de déduire des "revendications nationales" pour les Juifs de Palestine consistait à "accepter la thèse sioniste selon laquelle le Yishouv en Palestine est la véritable nation juive". Le CC s’est appuyé sur l’autorité de Staline pour nier que les Juifs constituaient une nation, soulignant l’absence d’"unité territoriale", "condition principale" à la formation d’une nation. Le CC n’a pas nié que le peuple juif avait des revendications nationales pour lesquelles il luttait où qu’il se trouve, mais a souligné que le problème juif ne pouvait être résolu que par la "révolution sociale". Il réitéra sa condamnation traditionnelle du Yishouv en affirmant qu’en Palestine, celui-ci était "un instrument de l’impérialisme britannique contraire aux intérêts des masses juives et servant à l’oppression nationale du peuple arabe"[159]. Il déclara que reconnaitre les revendications nationales de la "nation juive" sur la base territoriale de la Palestine revenait à soutenir le sionisme, qui menait une politique d’occupation et "d’expulsion des Arabes de leur propre pays"[160]. Sur cette base, le CC a soutenu la politique du gouvernement contre l’immigration clandestine et a condamné les tracts de la Section qui dénonçaient la brutalité avec laquelle le gouvernement traitait les immigrants en leur refusant le droit de débarquer une fois qu’ils avaient atteint les côtes de la Palestine[161].
Jusqu’en 1937, la seule activité du Parti dans la “rue juive” s’était limitée à l’Histadrut et à l’"Antifa"[162]. La poursuite de politiques antisionistes au sein du Yishouv était considérée par la Section comme la raison du manque de croissance du Parti, et de son isolement par rapport aux "éléments progressistes au sein du sionisme"[163]. Ces politiques ont conduit une grande partie des cadres juifs à désespérer de pouvoir un jour progresser au sein du Yishouv et, par conséquent, à l’inaction. Elles étaient également responsables de la montée en puissance de la théorie selon laquelle "les travailleurs juifs en Palestine sont réactionnaires", de la croyance aveugle en la possibilité d’un succès dans la “rue arabe”, et du désir de quitter le pays : une tendance liquidationniste en ce qui concernait la présence du Parti au sein du Yishouv[164].
La création de la Section avait modifié les orientations du Parti, à commencer par la reconnaissance de l’existence de "forces progressistes au sein du sionisme"[165]. La Section divisait le mouvement sioniste en deux courants, l’un progressiste, l’autre réactionnaire, et s’efforçait d’organiser les progressistes en un front de lutte économique au sein du Yishouv. Ses principaux slogans étaient la lutte pour l’ élargissement de l’“entente” démocratique. La Section s’appuyait sur les directives de Dimitrov concernant le front populaire, formulées lors du septième congrès de l’IC, pour proposer une politique parallèle à celle menée dans la “rue arabe”. Connue sous le nom de méthode du "cheval de Troie", la Section cherchait à infiltrer les "forces progressistes au sein du sionisme" et enjoignait à ses cadres d’"utiliser les arguments et le langage sionistes", d’aspirer à occuper des postes de direction importants au sein de ces organisations, et de "transférer l’essence de l’activité du Parti" vers les organisations légales, dans l’espoir de provoquer un changement de politique de l’intérieur. En outre, elle apportait son soutien aux "modérés" dans la lutte entre la direction du Yishouv et les révisionnistes[166]. Tout en admettant que son plaidoyer en faveur d’un "front populaire" au sein du Yishouv n’était "apparemment pas dirigé contre le sionisme", la Section insistait néanmoins sur le fait qu’il était antisioniste "par nature" en ce qu’il "exacerbait les conflits au sein du camp sioniste"[167]. Les seules réserves que la Section avait émises concernant la ligne qu’elle avait suivie au sein du Yishouv jusqu’à la fin de 1939 prenaient la forme d’une autocritique de sa propre "attitude sectaire", qui ne lui avait pas permis d’exploiter plus pleinement les conflits au sein du camp sioniste et qui avait brouillé les différences entre la gauche et la droite dans ses attaques contre un "front uni de la droite"[168].
De son côté, le CC s’opposa à la méthode du "cheval de Troie" et souligna l’impossibilité d’une politique de front populaire dans la “rue juive”[169]. Il refusa d’autoriser la publication d’articles prônant la formation d’un front populaire dans les organes du Parti[170] et ne reconnut l’existence que d’un petit nombre de progressistes au sein du Yishouv, déterminés par le degré d’antisionisme ou de non-sionisme dont ils faisaient preuve. L’appel de la Section en faveur d’un front fut condamné comme une mauvaise interprétation de la tactique de Dimitrov et comme une tentative "d’imiter ce que d’autres partis, dans des conditions différentes, avaient fait dans d’autres pays"[171]. Cette politique était considérée comme une méthode pour "se faufiler par la petite porte" du sionisme, ce qui avait conduit la Section à abandonner une "politique indépendante et révolutionnaire" dans la “rue juive”, et à accepter la thèse sioniste d’une "nation juive et revendications nationales juives en Palestine". La formulation de la Section en faveur de l’“entente” fut également rejetée car les soi-disant "forces progressistes au sein du sionisme" n’étaient favorables à l’“entente” que dans la mesure où celle-ci leur permettait "de réaliser la colonisation sioniste dans la paix". Leur opposition au Livre blanc avait révélé la véritable nature de leur "progressisme". Le CC était sans équivoque : il ne pouvait y avoir d’alliance d’aucune forme avec aucun groupe du Yishouv si ce n’est sur une base non sioniste. Même les tentatives de la Section visant à établir une distinction entre les “modérés” et les “extrémistes”, ainsi que le soutien qu’elle a apporté aux premiers, ont été jugés inappropriés.
La scission du Parti en 1939 fut une répétition générale de la rupture définitive entre les communistes arabes et juifs qui allait avoir lieu quatre ans plus tard. En 1939, la rupture n’était que temporaire[172], mais les enjeux qui conduisirent à la scission de 1943 étaient les mêmes que ceux qui avaient conduit à la dissolution de la Section et à sa défection. L’arabisation avait été mal accueillie par les cadres juifs; elle avait sévèrement restreint leur rôle au sein du Yishouv en refusant tout rôle révolutionnaire à la communauté juive et avait orienté toute l’attention du Parti vers les Arabes, considérés comme la partie de la population capable de mener à bien les tâches de la révolution anticoloniale.
L’afflux d’immigrants juifs, en particulier après la montée du nazisme, et la menace grandissante du fascisme, entrainèrent des changements tant dans la composition du Yishouv que dans l’orientation de la rébellion arabe. Pour une partie de plus en plus importante des cadres juifs, la politique menée par le Parti pendant la rébellion semblait consister à suivre aveuglément les nationalistes et signifiait une "liquidation" du rôle indépendant du Parti. Dans le même temps, grâce à leur implication étroite au sein du Yishouv, ils ont pris conscience du caractère fallacieux de la vision orthodoxe de la communauté juive comme un tout indifférencié. La vieille question se posait à nouveau : quel devait être le rôle du Yishouv? Alors qu’au début des années 1920, la question était sans doute sans fondement dans la mesure où les immigrants juifs constituaient une minorité insignifiante de la population, l’évolution tant en nombre qu’en composition qui s’était produite au cours des vingt dernières années rendait la question plus pertinente et, en effet, plus pressante. Les cadres juifs ne pouvaient manquer d’être affectés par l’atmosphère nationaliste qui régnait au sein du Yishouv, tout comme les cadres arabes étaient influencés par l’atmosphère nationaliste de leur propre communauté. Le fait que le Parti ait suivi une ligne nationaliste pro-arabe pendant la rébellion a résolu le problème pour les cadres arabes et a même contribué à renforcer l’influence du Parti dans la “rue arabe”. Le problème a été résolu par la solution provisoire consistant à créer la Section juive, mais cela n’a fait que confirmer la distance entre les deux composantes nationales et a conduit à la poursuite de politiques mutuellement inconciliables. Alors que par le passé, les troubles communautaires avaient entrainé de petites défections dans ses rangs, en 1939, ce phénomène se répéta à une échelle bien plus grande. La rupture fut à nouveau temporairement comblée, mais le Parti se révéla incapable de survivre aux divisions croissantes dans le pays. Une nouvelle source de tension vint s’ajouter aux tensions internes existantes en raison du rôle de plus en plus agressif que devait jouer le nouveau groupe de membres arabes, fruit des politiques pro-arabes menées par le Parti entre 1936 et 1939. La crise de 1939 s’avéra être une répétition à plus grande échelle des ruptures passées et un avant-gout révélateur de ce qui allait suivre.

