La libération nationale du peuple palestinien :
L’Internationale communiste, l’URSS, les errements des années 1940

Sur notre site Internet, nous reproduisons divers documents concernant l’activité de l’IC et du Parti communiste palestinien au cours de la période 1920-1940 face à la domination impérialiste dans la région de la Palestine. Les remarques qui suivent visent à éclairer la perspective dans laquelle nous situons notre analyse de cette question, plus particulièrement au sujet de la création de l’État d’Israël.

Abordant la problématique en toute généralité, nous assumons le constat sommaire suivant à l’égard du choix de la part de la direction de l’URSS, consistant à soutenir le plan d’une partition attribuant deux territoires séparés respectivement à la population palestinienne et celle juive, puis à reconnaitre l’État d’Israël : c’était une erreur substantielle sous deux aspects. En premier lieu cela exprimait une interprétation défectueuse de ce que devaient être les fondements des droits nationaux du peuple palestinien. Par ailleurs les jugements sur les conséquences politiques aux niveaux aussi bien régional que mondial manquaient de pertinence.

Depuis, les évènements ont suivi un cours conflictuel d’extrême gravité, sans qu’on puisse entrevoir un tournant dans le sens qui de notre point de vue devra s’imposer : la réalisation authentique des droits nationaux du peuple palestinien, en lutte contre la domination impérialiste et sioniste. Toutefois, à la différence d’autres cas ‑ nombreux dans le monde ‑ de populations subissant une oppression nationale, la Palestine continue à faire l’objet de commentaires, controverses, analyses, recherches plus ou moins sérieuses. On se trouve en face aussi bien de faits avérés que de contrevérités évidentes, en passant par tous les degrés d’interprétations plus ou moins fondées ou hypothétiques.

En ce qui concerne les "faits avérés" il est quasiment impossible de s’en tenir sans la moindre référence à des éléments n’étant pas certifiés comme tels. Néanmoins, en délimitant certains aspects partiels des vastes problématiques globales, nous pensons pouvoir présenter utilement des éléments de la réalité que nous considérons comme véridiques. C’est que nous faisons en abordant l’évolution de l’activité en Palestine, durant la période 1923‑1948, du Parti communiste de Palestine. En ce sens nous publions sur notre site des reproductions ‑ partielles mais presque exhaustives en ce concerne le sujet visé ‑ de trois livres qui traitent de l’activité du PCP, sous des aspects complémentaires :

a) le développement du PCP durant la période : sa constitution en 1923; la scission en 1943 résultant en l’existence de deux organisations, l’une purement juive, l’autre purement arabe; le contexte modifié par l’intervention de l’ONU et la création de l’État d’Israël.

b) la conversion de l’organisation purement juive, après la scission de 1943, en allié de l’occupation sioniste en Palestine.

c) un examen des relations entre les travailleurs des deux populations ‑ arabes et juives ‑ en rapport avec les organisations économiques et politiques respectives des deux côtés.

Cela étant dit, au-delà de ces aspects circonscrits, est posée aussi toute la problématique de la situation et des évènements concernant la Palestine de la période de la fin de la 2e guerre mondiale jusqu’à 1952. Dans ce contexte, les analyses, orientations, actions de la part des organes et responsables dirigeants respectivement de l’URSS et de l’Internationale communiste comportent des aspects multiples. On peut, certes, faire valoir toute une série de faits avérés ‑ tels que les discours et les votes à l’ONU ‑ mais le poids des facteurs sujets à controverse et des éléments inconnus est considérable. Ainsi, nous considérons être dans l’impossibilité de formuler un jugement d’ensemble précis concernant l’attitude de l’URSS en l’occurrence.

Pour consulter les documents

Musa Budeiri

Le Parti communiste de Palestine, 1919-1948
Arabes & Juifs dans la lutte pour l’internationalisme

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Zachary Lockman

Camarades et ennemis
 Les travailleurs arabes et juifs en Palestine, 1906-1948

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Mahmoud Mouhareb

Le Parti communiste israélien et la Nakba
Attitude et rôle

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Palestine 1937 – 1953

Quelques repères documentaires

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Toutefois, malgré le constat formulé ci-dessus, il peut être utile de préciser certains détails ponctuels ‑ qui n’expliquent pas tout mais fournissent des points de repère. Parmi les divers aspects controversés, figurent les livraisons d’armes aux forces sionistes, effectuées par la Tchécoslovaquie dans le contexte du plan de partition puis de la création de l’État d’Israël. Les détails concernant ces transactions ne sont pas connus de façon certaine et exhaustive et la confusion règne quant aux circonstances politiques qui les ont entourées au long de leur mise en oeuvre. Toutefois nous considérons que leur initiation et leur terminaison sont identifiables. Voici quelques éléments d’information en ce sens.

Le contexte

Une description courante de la dite "guerre d’indépendance" d’Israël distingue quatre phases : la première, du 29 novembre 1947 au 1er avril 1948, caractérisée par l’offensive des Arabes palestiniens avec l’aide de volontaires des pays voisins; la seconde phase, du 1er avril au 15 mai, marquée par de nombreuses initiatives de la Haganah qui ont permis aux forces sionistes de contrôler les secteurs arabes de Tibériade, Haïfa, Safed et Acre ainsi qu’une grande partie du territoire qui, selon la résolution de partage, serait destiné au futur État d’Israël; la troisième phase, du 15 mai au 19 juillet, initiée par l’attaque conjointe des armées arabes; la quatrième phase, du 19 juillet 1948 au 20 juillet 1949, celle de l’offensive israélienne et d’une série d’opérations qui délimitent les frontières de l’État.

L’évolution politique en Tchécoslovaquie

Entre la libération du pays de l’occupation national-socialiste, en mai 1945, et la mise en place d’un gouvernement communiste en 1948, la Tchécoslovaquie a connu une constellation politique particulière. Une structure de "Front national" comprenait les représentants des divers partis[1]. Les élections prévues ont eu lieu en mai 1946. Cinq Partis ont été autorisés à y participer : le Parti communiste avec sa section tchèque et sa section slovaque, le Parti social-démocrate, le Parti socialiste-national très lié au président Edvard Beneš, le Parti populiste tchèque de Mgr Sramek, de tendance démocrate-chrétienne, le Parti démocrate slovaque. Le Parti communiste obtenait 38 % des voix, davantage dans les pays tchèques (où il frôlait les 40 %) qu’en Slovaquie, où il atteignait à peine 30 % des voix. Les sociaux-démocrates de leur côté obtenaient 13 % des suffrages, ce qui donnait la majorité absolue à la coalition socialo-communiste. Klement Gottwald en tant que chef du plus grand parti politique du pays était chargé de former le nouveau cabinet.

Par la suite un élément important est intervenu, concernant les rapports du gouvernement avec les USA. Alors que le gouvernement de Prague avait, dans un premier temps, accepté l’offre US de la participation tchécoslovaque au "plan Marshall", l’URSS a imposé l’annulation de cette décision.

Le 24 février 1948 Gottwald soumet au président Beneš la liste d’un nouveau cabinet entièrement dominé par les communistes et dont sont exclus treize ministres du gouvernement précédent. Le 14 juin il est élu président de la République.

La période de fournitures d’armement à Israël par la Tchécoslovaquie

En septembre 1947 Ben Gourion prend contact avec l’avocat Uriel Otto Felix (plus tard Uriel Doron), qui connait des personnes à Prague occupant des postes de direction importants dans l’administration de l’État. Il lui demande de partir pour la Tchécoslovaquie en tant que son représentant pour l’acquisition d’armements dans ce pays. Felix arrive à Prague le 29 octobre 1947. En novembre 1947, Ben Gourion (alors président de l’Agence juive et président de l’Organisation sioniste, et qui occupait le poste de ministre de la Sécurité au sein de l’Agence juive depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale) s’adresse à George A. Uiberall (plus tard Ehud Avriel)). Il lui présente une liste des armes nécessaires à l’armée permanente. L’Agence juive mandate Uiberall ainsi que Otto Felix-Doron ‑ un homme d’affaires ayant des contacts fréquents en Tchécoslovaquie et s’y rendant régulièrement ‑ pour la représenter auprès du gouvernement tchécoslovaque. Ils rencontrent le président Jan Masaryk en novembre 1947, juste après la session de l’Assemblée générale des Nations Unies du 29 novembre qui a approuvé le partage. À Prague, le 17 décembre, ils sont accueillis par un représentant d’une entreprise d’armement tchécoslovaque ainsi que Uriel Otto Felix.

En janvier 1948, les négociations commerciales impliquent Zdeněk Toman, qui a joué un rôle important en tant qu’homme puissant auprès des instances gouvernementales (leurs hauts fonctionnaires) et de l’industrie d’armement nationalisée (sa haute direction) dans le processus décisionnel concernant la demande d’armement de l’Agence juive pour la Palestine à l’automne/hiver 1947. Peu après la guerre, Toman, membre du Parti communiste, a été nommé à la tête du service de renseignement tchèque.

Le premier contrat a été négocié le 14 janvier 1948 et a été officiellement conclu six jours plus tard. Les armes ont été achetées en Tchécoslovaquie à la mi-janvier, mais livrés en Palestine seulement fin mars.

[Rappel : Durant une première phase les négociations commerciales étaient menées du côté tchèque par un gouvernement reflétant la constellation électoral de 1946-1947. Le 17 février 1948 est constitué un gouvernement dominé par les communistes, ce qui modifie le contexte.]

Les transactions se poursuivent, puis en début de 1951 Citron, qui coordonnait à Prague les contacts dans le domaine des armements, quitte la Tchécoslovaquie. On peut supposer que ce fait marque la fin des contrats portant sur des armements[2].

 



[1]. https://shs.cairn.info/histoire-des-pays-de-l-est–9782262029425-page-435

[2]. Uri Bialer, Between East and West – Israel’s Foreign Policy Orientation 1948-1956; New York, Cambridge University Press, 1990; p. 179.