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| The Palestine Communist Party, 1919-1948 Arab & Jew in the Struggle for Internationalism Musa Budeiri Ithaca Press, 1979 – Haymarket Books, 2010 © 1979 Musa K. Budeiri |
Extraits. Traduction à partir de l’anglais par nous [ROCML]
Chapitre 6
La scission nationale au sein du mouvement communiste
La dissolution du PCP multinational en 1943 laissait présager la partition imminente du pays. Déjà, avec le renversement de la situation et la remontée en puissance des Alliés, l’avenir de la Palestine après la fin de la guerre faisait l’objet de discussions incessantes et passionnées au sein du Yishouv. Le Parti ne pouvait échapper aux divisions nationales qui régnaient dans le pays, et son incapacité à résoudre le conflit national s’est traduite par la résurgence d’un antagonisme national au sein même du Parti, montrant que les questions soulevées pour la première fois par la section juive pendant la rébellion arabe n’avaient pas été résolues de manière adéquate. Simultanément, le Parti prit conscience que, outre l’opposition d’une partie des cadres juifs aux politiques menées par la direction, une opposition arabe complémentaire s’était manifestée, qui tentait d’orienter le Parti dans le cadre du mouvement national arabe. La scission qui eut lieu à l’été 1943 fut l’aboutissement de la seule expérience de coopération arabo-juive en Palestine mandataire, et marqua l’échec du mouvement communiste, malgré son adhésion à une “idéologie internationaliste”, à faire face et à surmonter l’antagonisme national entre Arabes et Juifs.
Dissensions au sein du Parti
Le rôle joué par le Parti dans la rébellion arabe et son évaluation positive du mouvement national arabe continuaient d’irriter les cadres juifs, qui persistaient dans leurs demandes d’une révision complète et critique de ses politiques durant cette période. Les tentatives du Parti pour échapper à la contamination par le conflit national en créant une section juive pendant la rébellion elle-même se sont avérées contreproductives. Même en tant que solution à court terme visant à maintenir l’unité du Parti, cela s’est révélé être une mascarade. La poursuite de deux lignes politiques différentes a conduit à une identification plus étroite de la section juive aux luttes et aux aspirations de la communauté juive, ainsi qu’à son incapacité à se réconcilier avec les politiques nationalistes pro-arabes de la direction du Parti lorsque les deux sections se sont réunies à nouveau à la fin de la rébellion. Il en a résulté la dissolution de la section juive et l’expulsion de ses dirigeants du Parti. La faction Emet, créée par les anciens membres de la section, avait mené une politique fondée sur la reconnaissance des divergences au sein du camp sioniste et avait tenté de former une alliance de travail avec ce qu’on appelait “les éléments progressistes du sionisme”. On ne saurait minimiser l’importance de ce fait. Pour la première fois depuis l’admission du PCP au sein du IC, et depuis la décision de s’engager aux côtés du mouvement national arabe dans les années 1930, reconnaissant son rôle de premier plan dans la lutte antibritannique, un groupe de communistes juifs en vint à reconnaitre que les Juifs, tout comme les Arabes, avaient des “intérêts nationaux légitimes” en Palestine.
En juin 1942, le groupe Emet décréta son autodissolution et réintégra les rangs du Parti[1]. Cette réunification n’impliquait toutefois aucun revirement de la ligne politique du groupe. Elle résultait plutôt de la reconnaissance d’un objectif commun : la lutte pour la victoire dans la guerre antifasciste aux côtés de l’Union soviétique. Elle n’impliquait pas non plus un accord avec les politiques internes du Parti sur le conflit national ni l’acceptation par le groupe des critiques formulées par la direction du Parti. Elle portait en elle les germes de la future scission et d’innombrables désaccords, et introduisit dans le Parti de nouveaux membres qui ne souscrivaient pas aux positions précédemment défendues par le Parti, mais qui avaient rejoint les rangs du groupe Emet alors qu’il fonctionnait en tant qu’organisation indépendante, et qui allaient bientôt se retrouver étrangers dans les rangs du Parti.
Les positions politiques des membres de l’ancienne section et leur exigence de mener des politiques “axées sur le Yishouv” allaient se généraliser parmi les membres juifs du Parti. La direction fut critiquée pour le soutien qu’elle avait apporté au mufti et pour avoir accepté aveuglément la direction des nationalistes arabes dans la lutte antibritannique. Dans le même temps, on réclama une révision de l’attitude du Parti envers le Yishouv. On évoqua la nécessité de reconnaitre que la concentration des Juifs en Palestine avait donné naissance aux prémices d’une “nationalité juive” distincte, et que le Parti devait reconnaitre le Yishouv comme un “groupe national”. Le Parti ne devait plus considérer les Juifs de Palestine comme une “masse indifférenciée” et militer pour leurs droits démocratiques, religieux et sociaux en tant qu’individus, mais devait les considérer comme constituant une “nation en devenir” et, par conséquent, aborder le conflit entre Arabes et Juifs d’une manière tout à fait différente[2]. Les implications de ce revirement par rapport à la ligne orthodoxe défendue par le Parti depuis 1924 étaient considérables, tant dans l’appel à la poursuite de la politique du front populaire au sein du Yishouv que dans l’abandon du slogan de “l’indépendance arabe” en Palestine[3]. L’opposition juive faisait valoir que les slogans du Parti devaient s’adapter aux réalités de la situation. La Palestine n’était plus un pays purement arabe : la taille de la minorité juive avait considérablement augmenté depuis l’arabisation du Parti en 1930, lorsqu’il s’était engagé à soutenir la lutte du mouvement national arabe pour l’indépendance. L’importance et la diversité de la minorité juive dans le pays rendaient impératif de reconnaitre que l’ancien slogan d’une “Palestine arabe indépendante” n’était plus d’actualité. Même le slogan alternatif d’une “Palestine démocratique” était jugé insuffisant, car il refusait toute reconnaissance nationale aux masses juives du pays..
La direction du Parti s’opposait farouchement à ce qu’elle considérait comme une “déviation nationale juive” au sein des rangs des communistes juifs[4]. Pourtant, l’apparition de cette “déviation” était elle-même une conséquence inévitable des politiques menées par la direction au cours de la période qui suivit l’attaque nazie contre l’Union soviétique. Dans ses tentatives pour obtenir le soutien de la communauté juive à la guerre, le Parti avait eu recours à des appels à la “conscience nationale juive”. S’inspirant de la création du “Comité antifasciste juif” en Union soviétique, le Parti, s’écartant de sa politique antérieure vis-à-vis des organisations sionistes au sein du Yishouv, appela à la formation d’un front populaire pour poursuivre l’objectif commun de la lutte contre le nazisme. À cet effet, l’opposition affirmait percevoir une distinction nette au sein du camp sioniste entre “une aile progressiste et une aile réactionnaire”, faisant écho à l’analyse de la Section juive, qui avait contribué à l’expulsion de cette dernière du Parti peu de temps auparavant. Il était désormais non seulement possible, mais nécessaire de former un front avec les “groupes progressistes au sein du sionisme” pour soutenir la guerre[5]. À cette fin, le Parti était prêt à abandonner la revendication d’indépendance, déclarant que la tâche immédiate était de remporter la victoire[6], après quoi le monde serait nécessairement remodelé selon un modèle nouveau et démocratique.
Pour la première fois, le Parti formula une théorie des “étapes” et refusa de présenter des objectifs définitifs comme buts de la lutte immédiate. Le seul slogan qu’il était prêt à brandir était “tous les efforts pour la victoire dans la guerre”[7]. Implicitement, cela était considéré comme une garantie suffisante pour résoudre les problèmes de la Palestine, mais le Parti resta délibérément vague sur la manière dont le problème devait être résolu dans la pratique. L’importance que le Parti accordait à la mise en place d’un front populaire au sein du Yishouv peut être déduite de son refus de toute répétition de la stratégie des “deux voies” adoptée pendant la rébellion, et de l’idée que la même lutte devait être menée tant dans la “rue arabe” que la “rue juive”, quelles que soient leurs conditions particulières. Pourtant, lorsque cette politique fut mise en pratique, notamment en ce qui concerne le problème du recrutement dans l’armée et la position que le Parti devait adopter à cet égard tant dans la “rue juive” que la “rue arabe”, il s’avéra impossible de maintenir la ligne définie dans ses propres formulations. Le Parti poursuivit plutôt une politique contradictoire qui, bien que plus conforme aux réalités, donna aux membres juifs du Parti un motif de mécontentement supplémentaire à l’égard de la direction.
Avant l’attaque contre l’Union soviétique, le Parti s’était opposé à l’enrôlement dans l’armée britannique, tant des Juifs que des Arabes. L’attaque contre l’Union soviétique avait changé la donne. Le Parti se prononça désormais sans réserve en faveur du recrutement et déclara qu’il n’était plus possible d’appeler au recrutement tout en luttant contre les appels sionistes à la mobilisation, comme le Parti avait continué à le faire pendant quelques mois après juin 1941. Dans le contexte de la guerre antifasciste, la mobilisation, déclara-t-on, présentait un aspect positif indépendamment des différences politiques séparant les communistes des partis sionistes[8]. De même, le Parti réfuta les accusations selon lesquelles son soutien à l’enrôlement rendrait sa position insoutenable auprès de la population arabe[9]. Il était pourtant conscient que la majorité de l’opinion publique arabe sympathisait avec l’Axe et qu’il n’était pas possible de mener une propagande ouverte en faveur de la guerre ou de l’enrôlement tout en espérant conserver le soutien de la rue arabe. Il fut décidé de réorienter l’activité du Parti parmi les Arabes vers la relance des organisations syndicales en sommeil, et de présenter la question de l’enrôlement depuis l’intérieur de celles-ci, grâce à l’influence des cadres communistes sur le reste des membres[10].
Cette ligne politique ne devait pas être suivie longtemps par le Parti. Lors d’une session plénière élargie tenue en janvier 1943, Musa, le secrétaire du Parti, se prononça en faveur d’une révision des tactiques antérieures du Parti[11]. Il fit valoir qu’il était nécessaire de modifier la ligne du Parti tant vis‑à‑vis du gouvernement britannique que du mouvement sioniste. La trêve que le Parti avait déclarée n’avait suscité aucune réponse positive de la part de l’un ou de l’autre, et il était nécessaire de relancer la lutte contre l’administration britannique et de mettre fin à la tentative de collaboration avec les sionistes. Pour la mise en oeuvre pratique de cette ligne, il proposa, premièrement, d’abandonner la propagande en faveur du recrutement dans la “rue arabe”, et deuxièmement, de dissoudre la Fraction prolétarienne, le groupe syndical du Parti au sein du mouvement ouvrier juif. Cela a suscité une vague de protestations de la part de la majorité des cadres juifs, en particulier des membres de la faction Emet et des recrues de l’armée, et même de certains membres arabes[12]. Les membres juifs avaient espéré un renforcement supplémentaire du front populaire au sein du Yishouv et avaient plaidé lors de la séance plénière en faveur de l’armement des habitants de la Palestine en prévision d’une éventuelle occupation nazie[13]. Dans le même temps, des voix se sont élevées pour réclamer que la Brigade juive [une unité de la 8e armée britannique composée de volontaires juifs recrutés principalement en Palestine mandataire] dispose de son propre drapeau et pour demander l’abandon de la propagande du Parti contre l’immigration, argüant que la première renforcerait l’enthousiasme pour la guerre, tandis que la question de l’immigration était devenue obsolète, estimant, à tort comme les évènements allaient le montrer, que l’immigration s’éteindrait après la fin de la guerre et la création d’un nouvel ordre mondial[14]. Musa insista pour que la propagande en faveur du recrutement dans la “rue arabe” soit interrompue et fit remarquer que le souvenir de la répression de la rébellion par l’armée britannique était encore frais dans les mémoires des Arabes, et que le plus que le Parti puisse demander dans ces circonstances était un soutien général à l’effort de guerre. Le Parti ne pouvait espérer améliorer sa position parmi les Arabes en les appelant à rejoindre la même armée contre laquelle ils avaient combattu jusqu’à récemment. Musa rejeta également la demande de distribution d’armes, estimant qu’elle ferait le jeu des sionistes qui seuls disposaient d’une organisation, la Haganah, capable de les utiliser. Il en résulterait l’armement des sionistes, alors que la politique du Parti était d’éviter tout nouveau bain de sang et de désarmer la population pour y parvenir. Musa attaqua à la fois la Histadrut et les dirigeants sionistes pour leurs tentatives "d’isoler le Yishouv du mouvement antifasciste"[15], dénonça le programme de Biltmore (voir Glossaire ►)et appela à l’abolition du front populaire dans la “rue juive”.
Les divergences d’opinion au sein de la séance plénière étaient toutefois telles qu’il n’était pas possible de parvenir à une décision; pour éviter une scission, les participants renvoyèrent la question au Comité central afin qu’il agisse comme il le jugeait bon. Cette décision convenait à Musa, et ses recommandations devinrent bientôt la nouvelle ligne politique du Parti[16]. La Fraction prolétarienne fut dissoute[17], la campagne de recrutement dans la rue arabe fut tempérée, et le Parti reprit ses attaques contre le mouvement sioniste et les dirigeants du Yishouv. En ce qui concernait les membres juifs du Parti, la question n’avait pas été résolue de manière satisfaisante et ils s’opposèrent à cette imposition de la ligne politique du secrétaire du Parti. D’autres objections ont été formulées, notamment sur le fait que cette décision avait été prise sans congrès général, tandis que certaines sections régionales déploraient l’absence de procédures démocratiques et refusaient de se conformer à une ligne politique qui, selon elles, leur avait été "imposée d’en haut"[18]. Bientôt, de vieilles blessures allaient être rouvertes par la remise sur le tapis de la question de la rébellion et du soutien du Parti au mouvement national arabe à un moment où il était devenu évident que le mufti était en contact avec les puissances de l’Axe. Alors que des tentatives avaient été faites pendant la session plénière pour lancer une discussion à ce sujet, Musa avait réussi à empêcher qu’une telle discussion ait lieu. La question a toutefois été remise au gout du jour par la nouvelle ligne politique adoptée par le Parti dans la “rue arabe”. Alors que dans la “rue juive”, l’accent était désormais mis sur la revendication d’un deuxième front en Europe, dans la “rue arabe”, le Parti a lancé le slogan de la libération des prisonniers politiques de la rébellion[19], et cela a été réitéré dans la presse arabe du Parti et lors de ses réunions publiques[20]. Cela a donné lieu à des accusations de “déviation nationale” contre le secrétaire du Parti et a encore davantage perturbé le fragile cadre du Parti qui existait depuis la session plénière de janvier. Un certain nombre de facteurs ont contribué conjointement à la cristallisation parmi les cadres juifs d’un climat d’opinion hostile à Musa et à la ligne politique malvenue qu’il avait imposée au Parti. Il y avait la proximité des membres juifs avec le Yishouv, due à la poursuite de la politique du front populaire, associée à un accueil plus favorable réservé aux idées des membres de l’ancienne section juive, désormais actifs au sein du Parti. Cela a fourni le cadre idéologique au sein du Parti qui, combiné à l’hostilité d’une partie des membres arabes envers la direction de Musa, allait provoquer la scission.
Le sentiment de malaise qui régnait parmi les cadres juifs et le ressentiment à l’égard de la ligne politique imposée par Musa trouvaient un écho très similaire chez les cadres arabes. Tout comme les membres juifs s’orientaient vers la reconnaissance de la transformation du Yishouv en un groupe national et souhaitaient y jouer un rôle plus actif, les cadres arabes s’orientaient eux aussi vers une identification plus étroite avec le mouvement national arabe. Leur principal grief concernait la composition arabo-juive du Parti. Ils en voulaient aux membres juifs, estimant que leur présence empêchait le développement du Parti parmi les Arabes. Ils considéraient que leur association avec les Juifs, quelle que soit leur orientation politique, s’exposait à des accusations au sein du mouvement national arabe et croyaient fermement que leur tâche auprès de la population arabe serait grandement facilitée par l’affirmation d’une indépendance politique et la création d’une organisation communiste strictement arabe.
Les politiques menées par le Parti pendant les années de guerre ont largement contribué à l’émergence de cette “déviation nationale” parmi les membres arabes. Il avait mené des politiques parallèles au sein des communautés juive et arabe, faisant appel à leur conscience nationale pour tenter de rallier des soutiens à la guerre. Dans la “rue arabe”, la tâche du Parti était particulièrement difficile, car il devait faire face à un public hostile, dont la majorité des sympathies allaient résolument aux puissances de l’Axe. Dans le même temps, il devait contrer la propagande allemande et italienne qui insistait sur le désir d’indépendance des Arabes et tentait de maintenir vivants les souvenirs de la rébellion et du rôle de l’armée britannique dans sa répression. Le Parti tenta de gagner le soutien des Arabes aux Alliés en s’efforçant de montrer que la lutte contre le fascisme affaiblirait en même temps le sionisme, et qu’une “solution juste” aux problèmes de la Palestine (et pour les Arabes, il ne pouvait y avoir qu’une seule solution juste : celle d’un État arabe indépendant) découlerait nécessairement de la “guerre juste” et de la nouvelle ère qui, selon les promesses, suivrait sa conclusion. L’atténuation de la lutte contre la Grande-Bretagne dans la propagande écrite et orale du Parti après l’ attaque allemande contre l’Union soviétique a conduit la lutte contre le sionisme à occuper une place plus centrale, et à cela le Parti a ajouté une agitation insistante en faveur des prisonniers de la rébellion. Cela a conduit à une situation, déjà observée dans le cas de la “rue juive”, où le Parti s’adressait à chaque communauté dans son propre langage politique et faisait appel à ses sentiments nationaux.
L’opposition politique à la direction du Parti était aggravée par des divergences personnelles et des ambitions. Boulous Farah, qui avait été exclu du Parti dès 1940, ne se résigna pas à l’inaction politique, mais s’attacha à rassembler autour de lui un groupe de jeunes instruits, dont quelques-uns faisaient déjà partie du Parti, mais dont la plupart en restaient en dehors. Bien qu’ils se considéraient comme faisant partie du mouvement communiste du pays, et qu’ils étaient effectivement perçus comme tels par les personnes extérieures, ces militants n’acceptaient pas l’autorité de Musa. L’opposition de Farah à Musa était motivée par l’ambition personnelle, bien qu’inévitablement combinée à des désaccords politiques. Il s’était opposé à la politique de Musa concernant la rébellion arabe et l’avait accusé de conduire le Parti vers une “déviation nationale” en soutenant le leadership du mufti[21], ce qui avait fait perdre au Parti son identité indépendante et sa ligne politique[22]. En même temps, il tenait Musa pour responsable de son indécision face à la “déviation nationale” de la section juive, et avait exigé dès 1938 l’expulsion de son secrétaire Brozaza du Parti. Il était également en désaccord avec la politique du Parti concernant le mouvement ouvrier arabe pendant la guerre. Alors que la politique de Musa reposait sur la volonté de redynamiser les organisations syndicales existantes et de collaborer avec l’association PAWS, basée à Haïfa, Farah estimait nécessaire la création de syndicats indépendants et rejetait la direction de l’association de Haïfa, qu’il jugeait conservatrice et politiquement subordonnée aux dirigeants arabes traditionnels. Sur le plan personnel, Farah aspirait lui-même à la direction du Parti et en voulait à Musa, qu’il considérait comme “analphabète”, intellectuellement inférieur à lui, incapable de diriger un Parti communiste, et plus précisément incapable de séduire la jeunesse arabe instruite du pays. Sous la direction de Musa, le Parti n’avait pas réussi à gagner le soutien au-delà des limites étroites de la classe ouvrière arabe, et la qualité de ses membres ne répondait pas à la conception qu’avait Farah du type de membres qu’il devait compter et de la place qui en découlait au sein du mouvement national arabe.
Le groupe formé autour de Farah à Haïfa a d’abord vu le jour comme un rassemblement d’intellectuels qui n’étaient pas prêts à franchir le pas et à s’identifier au Parti, mais qui hésitaient en marge de celui-ci. La plupart de ses membres étaient des jeunes instruits issus de familles aisées, dont beaucoup étaient chrétiens. Ils étaient à la fois déçus par les politiques de la direction traditionnelle du mouvement national arabe et, en raison de la structure familiale qui caractérisait la politique arabe palestinienne et de l’absence de structures modernes de partis politiques, incapables de jouer un rôle politique actif. L’ activité de ces jeunes s’articulait initialement autour de la revue Al-Ghad[23] et du Mouvement pour la réforme du village arabe[24]. En 1942, une organisation plus formelle, les Rayons d’espoir, fut créée, suivie plus tard par le FALT. S’étant assuré une base parmi les jeunes et les ouvriers, Farah parvint à éclipser Musa, qui ne contrôlait désormais plus la section juive du Parti et dont les partisans arabes se réduisaient à un groupe d’ouvriers concentrés à Jaffa. Farah a profité des difficultés de Musa pour étendre ses contacts avec les membres juifs du Parti[25] et semblait partager avec eux un certain nombre de griefs communs à l’encontre du secrétaire général, notamment le rôle du Parti pendant la rébellion, la question du recrutement dans la “rue arabe” et celle du soutien à la grève de la Histadrut[26]. En effet, aux yeux de nombreux membres juifs, Farah semblait adhérer davantage à une “position internationaliste” et paraissait exempt de la “dérive nationaliste” de Musa[27]. Il est rapidement apparu, peu après la scission, qu’il ne s’agissait là que d’une tactique opportuniste. Le groupe de Farah s’est attaché à créer un Parti exclusivement arabe, qui, au départ, semblait impossible à distinguer des autres groupes nationaux arabes et qui a persisté jusqu’à la partition dans ses efforts pour obtenir la reconnaissance officielle de la direction traditionnelle du mouvement arabe. Il est toutefois plus constructif de considérer l’opposition du groupe de Farah, par opposition aux ambitions strictement personnelles de Farah lui-même, comme représentant une divergence bien plus fondamentale au sein des rangs des communistes arabes, selon une dichotomie ouvriers/intellectuels. La génération plus âgée d’Arabes qui avait rejoint le Parti à la fin des années 1920 et au début des années 1930 était principalement composée d’ouvriers sans instruction formelle, qui avaient été attirés par le Parti en premier lieu en raison de la lutte des classes et dans une tentative consciente d’améliorer la situation de leur classe. Plusieurs d’entre eux, dont Musa, avaient suivi leur formation à Moscou et, à leur retour, tentèrent de mettre en pratique en Palestine ce qu’ils avaient appris à l’école du IC, mais ils ne prétendaient guère à une grande sophistication théorique. Ils se contentaient de suivre les directives du IC et, tout en apportant leur soutien au mouvement arabe dans sa lutte antibritannique et antisioniste, restaient ancrés dans les luttes quotidiennes de la classe ouvrière arabe, et considéraient que leur premier devoir consistait avant tout à s’organiser et à gagner des adhérents au sein de cette classe. Cela devint de plus en plus facile à réaliser pendant les années de guerre, lorsque les conditions permettaient le développement d’un mouvement ouvrier arabe. Plus important encore, ils ne considéraient pas leur association avec les communistes juifs comme un obstacle qu’ils devaient surmonter dans leur approche de la société arabe, mais l’acceptaient comme l’un des principes fondamentaux de l’“internationalisme” auquel, en tant que travailleurs conscients de leur appartenance de classe et adhérant à la doctrine communiste, ils adhéraient.
La jeune génération de communistes arabes qui gravitait autour du groupe de Farah avait été attirée par le Parti à la suite de la rébellion de 1936 et du vide créé par l’absence des dirigeants traditionnels du pays et par leur incapacité manifeste à les intégrer au sein du mouvement national. Dans l’ensemble, ils possédaient un niveau d’études supérieur à celui du premier groupe : tous avaient terminé le lycée, et quelques-uns avaient fait des études universitaires. Ils avaient une vision anticolonialiste et fondamentalement nationaliste, ce qui les avait attirés vers le Parti au départ. Grâce à leur maitrise d’une langue étrangère, ils étaient également familiarisés avec les idées socialistes et admiraient les réalisations nationales de l’Union soviétique. Leur adhésion au socialisme, en particulier à son contenu antiimpérialiste, était une réaction contre l’ordre économique qu’ils associaient à l’impérialisme britannique. Non seulement la composition de classe de ce groupe différait de celle de la première génération de communistes, mais, se percevant comme des “intellectuels”, leur intérêt pour l’organisation syndicale visait simplement à se doter d’une base de pouvoir et n’était pas la seule ambition de leur activité. Ils espéraient séduire une partie bien plus large de la population, en particulier la jeunesse instruite et tous ceux qui s’opposaient au mandat et aspiraient à l’indépendance. Ils ont donc compris la nécessité de conclure une alliance avec les dirigeants du mouvement national et de rendre le Parti attrayant pour la plus large partie possible de l’opinion arabe. Cela impliquait non seulement d’atténuer l’orientation de classe du Parti, mais aussi de se débarrasser de tout lien avec la communauté juive.
La scission et la création de la Ligue de libération nationale
L’étincelle qui a fait déborder le vase et qui a constitué la cause immédiate de la scission fut le désaccord sur l’opportunité pour le Parti de soutenir une grève appelée par la Histadrut dans les camps de travail gérés par l’armée en mai 1943 [28]. La question n’était manifestement pas d’une grande importance, et la décision de soutenir la grève et d’appeler les travailleurs arabes et juifs à y participer fut prise par le secrétariat du Parti en l’absence de Musa. Ce dernier n’était toutefois pas d’accord avec cette décision et l’a par la suite annulée[29]. Il estimait que le Parti ne pouvait pas coopérer avec l’Histadrut, car celle-ci n’avait pas consulté les Arabes au sujet de la grève[30]; il considérait que la manière dont la Histadrut avait mené la grève montrait qu’il ne s’agissait pas simplement d’une lutte pour des revendications économiques, mais qu’elle visait à affirmer la direction de la Histadrut sur le mouvement ouvrier arabe. Le succès de la grève aurait non seulement conduit la Histadrut à prétendre qu’elle jouissait de la confiance des travailleurs arabes dans les camps[31], mais lui aurait également permis d’exploiter ce succès en recrutant des travailleurs arabes dans ses rangs[32]. Les membres juifs, quant à eux, y voyaient une nouvelle manoeuvre de la part du secrétaire général visant à restreindre leur marge de manoeuvre au sein de la communauté juive[33]. Ils insistaient sur la nécessité de participer à la grève et considéraient cette question comme relevant uniquement des droits économiques des travailleurs, que le Parti ne pouvait se permettre d’ignorer[34]. De plus, ils faisaient valoir que leur absence les isolerait davantage au sein du mouvement ouvrier juif. Ils ajoutèrent que, tout comme le Parti ne devait pas confondre les habitants juifs du comté avec le sionisme, il ne devait pas confondre les travailleurs juifs de base avec la direction de la Histadrut. Ils furent rejoints en cela par le groupe de Haïfa de Farah, qui soutenait également la participation à la grève et accusait Musa de vouloir diviser davantage le mouvement ouvrier arabe et juif et d’empêcher leur rapprochement[35]. La force de l’opposition à la ligne de Musa était telle qu’il fut contraint de faire marche arrière; il proposa à la place un compromis selon lequel les Arabes recevaient pour instruction de ne pas participer à la grève, tandis que les membres juifs du Parti étaient autorisés à faire leur propre choix[36]. Ce compromis ne s’est pas avéré viable et s’est traduit par la poursuite de deux lignes distinctes visant à satisfaire les deux factions opposées de la population. Ce désaccord a eu pour conséquence immédiate le refus de la grande majorité des membres juifs et de certains membres du secrétariat de se conformer aux directives du secrétaire général, ainsi que la désintégration du Parti qui s’en est suivie. Ce processus a été accéléré par un évènement imprévu : la décision de Moscou de dissoudre l’IC.
La décision de dissoudre l’Internationale communiste fut une surprise et un choc pour la direction du PCP. Bien qu’elle fût considérée comme une simple formalité[37], elle entraina un affaiblissement de la position déjà précaire de Musa et vint s’ajouter à la confusion et à la désunion considérables qui régnaient déjà. Alors que le Parti n’avait eu aucun contact direct avec l’IC depuis plusieurs années[38], sa dissolution priva le secrétaire général de toute prétention à être le dépositaire ultime de l’orthodoxie et à jouer le rôle de médiateur entre l’Exécutif du IC et la base du Parti. La force de Musa résidait dans la sanction de sa position par l’IC et dans le contrôle de l’appareil du Parti dont il jouissait de ce fait. Jusqu’ au moment de la dissolution du IC, Musa disposait d’un droit de véto de facto sur toutes les décisions importantes et l’a exercé à plusieurs reprises en passant outre les décisions des autres membres du secrétariat. La dissolution du IC le priva de son autorité[39] et ouvrit la voie à des contestations de son leadership, tant de la part de ceux qui désapprouvaient sa politique et y voyaient un écart par rapport à la “bonne” voie communiste, comme ce fut le cas avec l’opposition juive, que de la part de ceux comme Farah, dont l’opposition était de nature plus personnelle.
Avec la suppression du contrôle central de Moscou, plusieurs partis communistes ont mis en avant leur identité nationale, affirmant défendre un communisme national libre de toute ingérence extérieure. Cela s’est traduit dans le comportement tant des communautés arabes que juives. Les premiers prônaient un engagement accru auprès du mouvement national arabe et l’abandon de leur “handicap juif” afin de mieux séduire leur communauté nationale, tandis que les seconds, reconnaissant qu’il était difficile d’ignorer la “conscience nationale” de près d’un demi-million de Juifs dans le pays, souhaitaient réviser les principes fondamentaux du Parti. Ces principes avaient été établis à une époque où la présence juive dans le pays était encore insignifiante et où le mouvement arabe semblait promettre de mener une lutte déterminée contre les Britanniques.
Cette nouvelle de la dissolution du IC, survenue peu après le conflit lié à la grève de la Histadrut, offrit au groupe de Farah l’occasion dont il avait besoin pour priver Musa du reste de sa base arabe et prendre la tête du mouvement communiste arabe. En mai 1943, Musa avait déjà perdu le soutien des membres juifs du Parti. Les suites de la grève entrainèrent une période d’anarchie et de confusion totales. À ce stade, le groupe d’opposition arabe prit une mesure qui scella la scission et rendit extrêmement improbable toute réunion future entre communistes arabes et juifs. Immédiatement après une réunion du CC tenue la dernière semaine de mai pour tenter de combler la fracture au sein du Parti[40], un tract en arabe parut sous le nom du CC, qui fut rapidement saisi par l’opposition juive pour officialiser la scission déjà existante[41]. Bien que le tract fût l’oeuvre de membres arabes individuels, dont tous n’étaient pas membres du CC[42], et bien qu’il ait été désavoué par Musa, qui a nié que le CC en ait autorisé la publication[43], le mal était fait. Le tract présentait le PCP comme "un Parti arabe national comptant dans ses rangs des Juifs qui adhèrent à son programme national"[44]. Il salua la dissolution du IC comme ouvrant la voie à l’entrée d’éléments nationaux dans ses rangs, et déclara que le Comité central avait purgé le Parti des “déviationnistes sionistes” et procédait à l’expulsion des membres des sections de Tel-Aviv et de Hadar (Haïfa). Ce qui s’ensuivit ne peut être décrit que comme une quasi-anarchie, avec l’expulsion par Musa de membres de l’opposition juive[45] et les contre-expulsions d’Arabes par un groupe d’opposition juif sous la direction de S. Mikunis[46]. Les mois qui suivirent furent marqués par une confusion totale, avec l’apparition d’un certain nombre de CC autoproclamés prétendant chacun représenter le Parti; les contacts entre les groupes rivaux furent maintenus pendant un certain temps dans l’espoir de trouver un cadre acceptable de coopération, mais une proposition de plénum auquel devaient participer des Juifs et des Arabes de tous les groupes fut sans cesse reportée, et ne vit finalement jamais le jour[47]. Le fossé séparant les groupes, qui étaient désormais au nombre de deux du côté arabe et de trois du côté juif, ainsi que les divergences entre eux, se sont avérés trop importants pour être surmontés. Bien que Musa lui-même et son petit groupe de partisans arabes fussent opposés à la scission et favorables au maintien d’un Parti communiste uni, ils ne parvinrent pas à maintenir la cohésion du Parti, qui cessa par la suite d’ exister en tant qu’organisation centralisée et disciplinée[48].
La désintégration du Parti a propulsé le groupe de Farah sur le devant de la scène en tant que seul groupe discipliné et cohérent parmi les communistes arabes. Parallèlement, certains partisans de Musa ont commencé à le déserter pour rejoindre l’opposition[49]. Musa lui-même, bien que soutenu par un certain nombre de communistes de premier plan[50], ne fut pas en mesure de rassembler un soutien suffisant pour maintenir un Parti arabo-juif significatif, et, conscient de sa faiblesse, choisit de se retirer de la vie politique, démissionnant en novembre de son poste désormais fictif de secrétaire général. L’été 1943 fut consacré à une série de réunions organisées par le groupe de Haïfa afin de mettre en place un mouvement communiste national à travers tout le pays. En l’absence de tout contact avec Moscou, les communistes arabes et juifs se tournèrent vers le Parti communiste syrien et vers son dirigeant, K. Bakdash[51], pour obtenir des conseils. En raison de la situation au sein du parti désormais inexistant, les membres qui allèrent consulter Bakdash le firent nécessairement à l’initiative de leur propre groupe et non en tant que représentants du parti dans son ensemble[52]. Bakdash semble avoir toléré la scission existante et conseillé aux communistes arabes de se constituer en une organisation communiste nationale indépendante sans lui donner un nom explicitement communiste[53], et un membre du CC du parti syrien fut envoyé en Palestine pour enquêter sur les affaires du parti[54]. Ses recommandations allaient dans le sens de celles de Bakdash, fondées sur l’idée qu’il était impossible de maintenir une organisation mixte arabo-juive dans le climat national tendu qui régnait alors dans le pays.
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La confusion qui régnait dans les rangs des communistes arabes prit fin avec la création de la NLL. En septembre 1943, une réunion eut lieu à Haïfa, à laquelle participèrent le groupe de Farah et plusieurs membres arabes du parti, et au cours de laquelle il fut décidé de fonder un parti communiste arabe[56]. À la suite de cette réunion, tous les efforts se concentrèrent sur la nécessité de convaincre les cadres arabes du parti, y compris Musa, de la nécessité de rejoindre cette nouvelle organisation[57], et l’idée d’organisations arabes et juives distinctes fut désormais officiellement acceptée et propagée[58]. Pendant un certain temps, les communistes arabes continuèrent à se présenter sous le nom du PCP[59], mais au début de l’année 1944, le nom de Ligue de libération nationale (Usbat al‑Taharrur al‑Watani, désignée par l’acronyme NLL), indiquant l’image non communiste que les communistes arabes souhaitaient projeter, fut adopté. Le premier bulletin contenant le programme de la NLL fut publié le 1er février 1944 [60]. La formation de la NLL n’était pas, au départ, considérée par son fondateur comme une continuation du PCP, pas plus qu’elle n’était perçue ainsi par ses amis ou ses ennemis. Son programme ne faisait aucune référence aux principes du socialisme ou de la révolution, mais se limitait à la lutte du mouvement arabe pour l’indépendance nationale. En effet, le nom choisi pour le groupe parlait de lui-même; il indiquait la composition et l’orientation “nationales” du groupe et limitait ses objectifs à ceux de la “libération” de la domination étrangère. La NLL a précisé davantage ses orientations initiales de deux manières : d’une part, en exigeant des dirigeants arabes traditionnels qu’ils reconnaissent la ligue comme faisant partie intégrante du mouvement national arabe[61] et, d’autre part, en choisissant délibérément un musulman comme président d’une organisation dont la direction était majoritairement chrétienne[62].
Le mouvement communiste dans la communauté juive
La situation au sein des rangs des communistes juifs était plus confuse et chaotique que du côté arabe, en raison de l’existence de nombreux petits groupes qui, bien qu’unis dans leur hostilité envers Musa, ne parvenaient à s’entendre sur pratiquement rien d’autre[63]. Le reste de l’année 1943 fut marqué par une activité réduite, l’essentiel de l’énergie des groupes étant absorbé par leurs tentatives de trouver un terrain d’entente. Une préoccupation majeure était la lutte contre certaines tendances défaitistes qui circulaient parmi les membres juifs : l’idée qu’ il n’y avait pas de place pour un parti communiste organisé dans le pays, comme l’avait montré l’échec du PCP unifié, et que les communistes juifs devaient se contenter de la mise en place d’un mouvement antifasciste plus large et plus souple[64]. Le début de l’année 1944 vit l’émergence d’un semblant d’unité et la cristallisation de trois groupes distincts. Le plus petit d’entre eux, qui n’allait pas avoir de présence durable sur la scène politique, était composé d’une partie des anciens membres de la section juive et du groupe Emet, qui refusaient de coopérer avec d’autres groupes communistes juifs et s’étaient constitués en une organisation distincte[65]. Le deuxième était composé d’un certain nombre de dirigeants importants du parti qui étaient restés fidèles à Musa et ne sympathisaient ni avec l’opposition arabe ni avec l’opposition juive dirigée par Mikunis, ainsi que de certaines sections du mouvement de jeunesse du parti. Des discussions ont été engagées avec le groupe Mikunis en vue de faire renaitre le parti, une fois qu’il fut clair que la scission était définitive et que Musa s’était retiré de la vie politique active; les documents politiques devant être présentés à un congrès prévu en 1944 furent alors approuvés[66]. Cependant, seule une partie de ce groupe finit par fusionner avec le groupe Mikunis pour fonder un nouveau parti communiste[67]. Les membres restants se sont regroupés au sein de l’Union éducative communiste[68] et ont continué à exister séparément jusqu’après la création de l’État en 1948. Le troisième groupe était le plus important et le plus influent. Dirigé par S. Mikunis et P. Feinhaus, qui avaient tous deux joué un rôle de premier plan dans l’opposition à la direction de Musa avant et pendant la scission, il réussit à attirer dans ses rangs une partie de l’ancien groupe Emet et une section du groupe autour de Slonim et Tzabari. En mars 1944, un accord-cadre de réunification fut conclu et le groupe tint son premier congrès, appelé “huitième congrès du parti”, en mai 1944 [69], revendiquant le statut de continuité légitime du PCP d’avant la scission[70].
Le Syndicat éducatif communiste a tenu son congrès fondateur en avril 1945; à cette occasion, il s’est fermement prononcé en faveur du “foyer national juif” et a déclaré accepter l’objectif de l’indépendance politique du Yishouv, appelant à la poursuite de son développement économique et politique[71]. Le groupe estimait que la Palestine n’avait pas besoin d’un parti communiste et considérait que son rôle consistait à "diffuser l’idéologie communiste parmi les travailleurs du Yishouv"[72]. Il s’est structuré en conséquence. Son cadre organisationnel était extrêmement souple, et il proclamait que ses portes étaient ouvertes à tous ceux qui acceptaient ses objectifs éducatifs et de propagande, tout en soulignant que les membres n’étaient pas tenus de se conformer aux décisions de la direction, et que la constitution du groupe pouvait être modifiée par un simple vote à la majorité[73]. Tout en continuant à attaquer la direction de la Histadrut et le mouvement sioniste pour leurs politiques “erronées”, et tout en prônant du bout des lèvres la nécessité d’une coopération avec les Arabes pour garantir l’égalité des droits des deux communautés dans le pays, il adopta les slogans du mouvement sioniste comme siens, au point de devenir indiscernable de ce dernier. C’est ainsi qu’il se fit l’écho de la demande d’entrée immédiate en Palestine de cent mille réfugiés juifs provenant des camps de personnes déplacées en Europe, et proclama le droit du Yishouv à l’autodéfense[74]. Le point culminant de cette prise de position fut l’attitude élogieuse qui en découla à l’égard de la Haganah et l’appel lancé à la jeunesse juive pour qu’elle rejoigne ses rangs[75]. Bien que le groupe n’ait pas été reconnu par le mouvement communiste international[76], il considérait que son rôle consistait à "abattre les murs de la méfiance et de l’éloignement entre le Yishouv" et les communistes de l’étranger[77], et affirmait dès 1946 que l’Union soviétique soutenait une solution au problème palestinien fondée sur "le droit à l’autodétermination des deux nations présentes dans le pays"[78]. Une conférence tenue en octobre 1947 vit la transformation du groupe en Parti communiste hébreu, dont l’objectif était désormais décrit comme "la fusion de la théorie du communisme avec la libération nationale et sociale de la nation hébraïque en Palestine" et qui "aspirait à être une force motrice au sein du Yishouv pour l’indépendance nationale"[79]. Ce groupe, contrairement à ce qui est habituel pour un parti se proclamant communiste, développa la thèse selon laquelle les Juifs de Palestine constituaient un "peuple colonial opprimé" et proclama que leur lutte était celle de la "libération nationale du Yishouv"[80]. Mais la partition fut rejetée comme solution au problème et le groupe proposa un projet de "fédéralisme territorial", comprenant des divisions complexes et des garanties destinées à apaiser les craintes des deux communautés d’être dominées par l’autre camp, tout en préservant le cadre d’un "État uni, démocratique et indépendant". Il va sans dire que le groupe a soutenu la création de l’État d’Israël lorsque la partition a été décrétée, tout en restant en contact avec l’un des groupes terroristes juifs les plus extrêmes[81], mais il a rapidement fusionné [en décembre 1948] avec le Parti communiste israélien[82]. Le groupe Mikunis tint son premier congrès en mai 1944, un évènement qui devait, selon les déclarations, mettre fin à la scission survenue au sein du parti l’été précédent[83]. On expliqua alors que la raison de cette scission résidait dans l’"existence de divergences politiques" non précisées, et l’on imputa à Musa la responsabilité de l’absence de démocratie au sein du parti, qui aurait permis de résoudre ces problèmes dans le cadre d’un parti uni[84]. Les orientations politiques du nouveau parti, telles que formulées par les décisions du congrès, reposaient sur l’opposition au Livre blanc et aux règlements sur le transfert de terres, considérés comme créant les conditions du partage du pays[85]. Dans le même temps, le parti se déclara favorable à l’entrée en Palestine des réfugiés juifs provenant des camps de personnes déplacées en Europe, s’ils le souhaitaient, mais refusa de se rallier aux revendications en faveur d’une immigration illimitée. Le parti affirmait sa conviction quant à la communauté d’intérêts entre les colons juifs et les Arabes du pays et appelait à la création d’un "État démocratique indépendant" qui garantirait "l’égalité totale des droits à la minorité nationale juive". Une disposition spéciale était demandée pour assurer l’octroi d’une large autonomie aux autorités locales afin de permettre à la communauté juive de développer sa culture nationale[86].
Le parti issu du “huitième congrès” n’était en aucun cas la continuation de l’ancien PCP, bien qu’il s’efforçât de se présenter comme tel. La nouvelle direction s’était contentée de passer sous silence et d’ignorer la division du parti sur des lignes nationales; pourtant, il était frappant de constater qu’aucun message de salutations n’avait été reçu de la part d’un parti communiste frère des États arabes voisins[87]. Le conflit national arabo-juif n’a pas été abordé lors de ce congrès, pas plus qu’il ne devait l’être lors d’aucune des réunions futures; il a simplement été ignoré et le parti, qui avait pour la première fois obtenu l’autorisation légale de publier son journal Kol Haam en décembre 1944 [88], produisait ses publications dans de nombreuses langues européennes, mais pas un seul tract n’a été publié en arabe. Le nouveau parti s’est encore davantage éloigné du PCP d’avant la scission : dans sa tentative d’entrer à la Histadrut, il a procédé à la toute première autocritique publique des erreurs passées de l’ancienne direction du parti[89]. Dans un esprit qu’il qualifiait lui-même d’"autocritique bolchevique", il tenta de se dissocier des politiques adoptées lors de la rébellion de 1936 en affirmant que les membres du parti n’avaient pas été consultés à l’époque par la direction, et que la lutte qui s’ensuivit, menée par les cadres juifs du parti, avait réussi à évincer cette ancienne direction. Il poursuivit en expliquant que la politique du parti à cette époque avait été erronée en ce qu’elle soutenait la rébellion et n’avait pas lutté contre la direction du mufti, qui avait été en contact avec les fascistes et était "devenu leur agent". Le parti avait également adopté une vision erronée de la communauté juive, la considérant "comme un corps réactionnaire unique opposé au peuple arabe, considéré comme un corps progressiste unique", et n’avait par conséquent pas élaboré de programme pour l’avenir de la communauté juive[90].
Le nouveau parti se distinguait également par le climat général de légalité dans lequel il était désormais autorisé à fonctionner. Pour la première fois, les communistes appelaient ouvertement à la participation aux réunions du parti et en faisaient la publicité publiquement. La première tentative d’entrer dans l’arène politique eut lieu lors des élections de la Histadrut organisées en aout 1944. Alors que l’opposition juive au sein du parti s’était opposée aux tentatives de Musa de dissoudre la Fraction prolétarienne en 1943, ce groupe ne fut pas réorganisé maintenant que Musa n’était plus aux commandes, mais le parti continua à mettre en oeuvre sa politique en faisant pression pour que ses membres adhèrent à titre individuel à la Histadrut. Cependant, malgré des réunions avec les représentants des dirigeants ouvriers juifs et l’autocritique à laquelle le parti s’était livré, il fut incapable de satisfaire aux exigences qui lui étaient imposées par la Histadrut, à savoir un soutien ouvert et total à l’immigration juive, et le développement du “foyer national” sous toutes ses facettes, et il ne parvint donc pas à obtenir son admission[91]. Au cours des années suivantes, le parti a poursuivi ses tentatives pour faire pression sur le comité exécutif de la Histadrut afin qu’il se réunisse pour discuter du problème de l’adhésion de ses cadres et a considéré cette question comme une "priorité absolue"[92], mais ne parvint à obtenir son admission qu’au début de l’année 1947[93]. Le parti connut davantage de succès en se présentant sous le nom de Liste démocratique populaire : il remporta 3.948 voix aux élections à l’assemblée élue du Yishouv et obtint trois sièges[94]. Son programme reposait sur un appel à une participation accrue du Yishouv à l’effort de guerre et sur la garantie des droits nationaux du Yishouv, se présentant comme le porte-parole de nombreux groupes au sein de la communauté juive, parmi lesquels figuraient "les ouvriers, les employés de bureau, les artisans, les commerçants, les intellectuels, les petits agriculteurs et les petits commerçants"[95]. Lors de sa première intervention officielle devant les conseils du Yishouv, le parti se déclara favorable à l’ abolition du Livre blanc de 1939, mais resta vague sur la question de l’immigration[96]. Il rejeta avec véhémence la création d’un État juif, qu’il qualifiait de simple prélude à la partition. À la place, il a avancé la revendication de l’indépendance d’une "Palestine unifiée" avec des dispositions vagues sur "l’égalité des droits pour les colons juifs"[97]. Cette entrée réussie dans la politique du Yishouv signifiait que le parti s’était imposé de limiter son activité à la partie juive de la population, ce qui le différenciait encore davantage du PCP d’avant la scission[98].
La position du parti sur la nature du Yishouv et ses droits a évolué progressivement et n’était pas clairement formulée lors du congrès fondateur de mai 1944. Dans une large mesure, cela était dû à l’absence de contacts étroits avec Moscou et à l’absence de toute indication de la part de cette dernière quant à ce que devait être la position “communiste orthodoxe” et à la manière dont le mouvement communiste international considérait la question juive, en particulier en ce qui concerne la création du “foyer national”[99]. Pourtant, dès le 8e congrès, le nouveau parti avait souligné l’importance de la question de la position du Yishouv en Palestine, en proclamant que "la marque des forces progressistes en Palestine réside dans l’attitude adoptée envers l’égalité des droits pour la population juive"[100]. Une indication de la ligne adoptée par le mouvement communiste international est apparue à l’occasion du Congrès international des travailleurs à Londres en 1945, lorsqu’une résolution, au ton pro-sioniste et exprimant son soutien au “foyer national”, fut appuyée par l’Union soviétique. Le parti y vit un signe de l’approbation de Moscou pour une identification plus étroite avec les luttes et les aspirations du Yishouv[101]. Le parti adapta donc son action et sa propagande à cette nouvelle situation, proclamant que les "forces progressistes du monde" soutenaient le "libre développement du foyer national" et la "juste guerre du Yishouv contre le Livre blanc"[102]. Dès mai 1945, le parti lançait le slogan "luttons pour le développement du foyer national"[103]. En juin 1946, lorsque les autorités britanniques placèrent le Yishouv "sous un violent siège militaire" et arrêtèrent près de trois mille personnes, parmi lesquelles des dirigeants du mouvement sioniste et de la Histadrut, dans le but de réprimer le terrorisme juif[104], le parti se prononça pour la première fois de son histoire en faveur d’un soutien ouvert à la direction sioniste. Qualifiant l’action britannique d’"outrage" et de "nouvelle expression de l’oppression coloniale"[105], il décrivait les personnes arrêtées comme "les fils et les filles du Yishouv" et leur arrestation comme une grave atteinte "aux droits élémentaires de tous les habitants de Palestine". Appelant à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées, il proposa de déposer une plainte au nom du Yishouv auprès de l’ONU[106]. Par la suite, les publications du parti regorgeaient d’appels à la "reconnaissance de la communauté juive existante et de ses droits à un libre développement national"[107], et elles demandaient que l’on admette que le "foyer national" était désormais une "réalité" et que l’existence de "deux peuples en Palestine ne pouvait plus être niée". Les délégués du parti à l’étranger expliquaient désormais le terrorisme juif en l’attribuant à "l’amertume justifiée des masses du Yishouv face à la domination coloniale"[108] et prétendaient voir dans la résistance juive aux Britanniques "objectivement parlant, quelque chose qui s’apparente à une protestation contre la domination coloniale", le Yishouv étant de plus en plus présenté comme un "groupe national opprimé dans un pays colonial"[109].
La question de la “entente” avec les Arabes et la nécessité de trouver un terrain d’entente avec ceux dont le parti affirmait qu’"il nous faudra vivre ensemble pour toujours"[110] occupaient une place prépondérante dans les délibérations et la propagande des communistes juifs, mais le résultat concret de cette intense activité verbale fut pratiquement nul. Les congrès du parti réaffirmaient la nécessité de l’unité avec les "forces progressistes" de la communauté arabe, soulignant que c’était le seul moyen de convaincre les Juifs et les Arabes que la coopération dans le pays était possible[111]. Pourtant, à l’exception de quelques tracts communs à l’occasion de grèves, aucune autre forme de coopération entre les communistes arabes et juifs ne fut établie avant la fin du mandat. Malgré la pression exercée sur les communistes juifs depuis l’étranger[112], la coopération souhaitée ne se concrétisa tout simplement pas. En public, les communistes juifs affirmaient que les communistes arabes et juifs partageaient les mêmes opinions sur toutes les questions majeures concernant la Palestine, et que la scission était "une question d’organisation interne"[113]. Pourtant, le porte-parole du parti, Mikunis, refusa de se prononcer sur l’existence d’une "divergence de principe" entre les deux groupes quant à la forme de gouvernement que chacun préconisait pour le futur État indépendant de Palestine[114]. En privé, cependant, les communistes juifs attribuaient ce manque de coopération à la "position opportuniste" des communistes arabes, qui refusaient de coopérer au motif que cela les "isolerait du mouvement national arabe" et à leur volonté de se présenter comme un "groupe purement arabe"[115]. La vérité était que le fossé entre les deux groupes était trop large pour être comblé et ne cessait de se creuser à chaque mesure prise par les communistes juifs en faveur du “foyer national”. Les communistes arabes n’ont à aucun moment reconnu les "droits nationaux égaux" du Yishouv et ont persisté dans leur soutien au Livre blanc et dans leur opposition à l’immigration juive, voire à l’entrée de réfugiés juifs. En réclamant un État arabe indépendant en Palestine, où les Juifs jouiraient de droits civils mais pas de droits nationaux en tant que minorité, ils s’éloignaient davantage des communistes juifs qu’ils ne l’avaient fait même au moment de la scission de 1943.
Avant la scission de mai 1943, le mouvement communiste en Palestine avait déclaré son soutien aux revendications du mouvement national arabe, sa seule réserve étant la nécessité de garantir une égalité totale et les droits civils aux habitants juifs. Lors de son premier congrès en mai 1944 [116], le nouveau parti juif s’est prononcé en faveur d’un État démocratique indépendant, qui n’était pas qualifié d’arabe ou de juif mais délibérément laissé dans l’ambigüité. Cette position insatisfaisante fut rapidement abandonnée, et lors de son 10e congrès, le parti, tout en condamnant "toute forme de partition ou de fédération", lança le slogan d’un "État arabe-juif uni … démocratique et indépendant [avec] une pleine égalité des droits"[117]. Dans le même temps, il lança le slogan de la nécessité de porter le problème palestinien devant le Conseil de sécurité de l’ONU, où l’on espérait que l’influence des forces démocratiques et progressistes serait mise à profit pour parvenir à un règlement juste du problème[118]. L’objectif principal du parti était de soustraire la question de l’avenir de la Palestine "aux mains de l’impérialisme anglo-américain" et, sur cette base, il s’opposa à la visite de la commission d’enquête anglo-américaine en Palestine en mars 1946, la qualifiant de tentative visant à tenir l’Union soviétique à l’écart de la région et la jugeant "illégale"[119].
En 1947, le parti avait encore progressé sur la voie de la reconnaissance de "deux groupes nationaux distincts" dans le pays, et défendait le droit des deux peuples à "l’indépendance au sein d’une Palestine unique, libre et démocratique … sur le principe de l’égalité totale des droits civils et politiques nationaux"[120]. Niant que l’immigration constituât en quoi que ce soit un problème grave, et maintenant sa distinction entre le problème palestinien et celui des réfugiés juifs en Europe, le parti a présenté sa proposition d’une "solution unitaire binationale"[121], allant même jusqu’à accepter la "solution fédérale" qu’il avait précédemment rejetée si cela s’avérait être le souhait des habitants du pays. Rejetant à la fois un État arabe et un État juif car cela impliquait la domination d’un peuple par un autre, l’État proposé par le parti était fondé sur la représentation proportionnelle; condamnant l’"approche arithmétique" et niant la nécessité de la parité, il affirmait qu’une fois l’élément étranger retiré de la Palestine, les deux peuples s’installeraient et résoudraient leurs problèmes à l’amiable. Telle fut la décision des communistes juifs à un moment où l’Union soviétique elle-même venait de décider de clarifier sa propre position sur la question et de se rallier à l’idée, jusqu’alors totalement inacceptable, de la partition.
La position officielle de l’Union soviétique sur la question palestinienne ne commença à se dessiner qu’au cours des débats de l’ONU en avril-mai 1947. Le discours du représentant soviétique contenait un soutien implicite à la partition. Pour la toute première fois, un porte-parole communiste admettait la possibilité d’une solution de partition et approuvait "les aspirations des Juifs à établir leur propre État"[122]. Cette solution fut toutefois déclarée comme un second choix, à mettre en oeuvre uniquement en cas d’échec de la création d’"un État indépendant, binational, démocratique et homogène, à la fois arabe et juif". L’ambigüité de cette nouvelle approche soviétique permit au parti de conserver sa position initiale, et sa propagande politique continua d’exiger la création d’un État binational et de condamner la partition. Ainsi, en septembre 1947, le parti condamna le rapport majoritaire de l’UNSCOP, qui était en faveur de la partition, et le critiqua pour avoir attribué à l’État juif projeté une taille "au-delà des rêves" des dirigeants sionistes, le déclarant "irréalisable et impossible à mettre en oeuvre"[123]. Il se prononça en faveur du rapport minoritaire appelant à la création d’un "État fédéral". Un mois plus tard, lorsque le représentant soviétique déclara le soutien de son pays au rapport minoritaire "en principe", tout en appelant à la mise en oeuvre de la proposition majoritaire qu’il qualifia de "mauvaise solution", mais de seule solution possible compte tenu de la détérioration des relations entre Juifs et Arabes, le parti reprit son discours dans son journal, mais s’abstint d’indiquer sa propre position[124]. Le changement ne tarda toutefois pas à survenir, et quelques jours plus tard, il se prononça en faveur de la partition et du plan à deux États[125]. Sans attendre la résolution du problème à l’ONU ni s’assurer du camp que l’Union soviétique finirait par soutenir[126], le parti a révisé son opposition antérieure à la partition dans sa propagande politique et s’est déclaré sans réserve en faveur d’une lutte "pour l’établissement de deux États indépendants et démocratiques" dans le pays[127].
Le soutien des communistes juifs à la création de l’État juif et à la guerre qui s’ensuivit fut total. Se retrouvant pour la première fois de leur histoire en parfaite harmonie avec le reste du Yishouv, ils s’efforcèrent de former un front uni avec l’"aile progressiste" du mouvement sioniste[128]. En appelant à cela, le parti n’oublia pas de mentionner que le succès de la lutte du Yishouv contre le mandat était en partie dû à l’aide de l’Union soviétique et de "toutes les forces progressistes" du monde[129]. Avec la proclamation de l’État d’Israël en mai 1948, les communistes juifs saluèrent l’avènement de ce "grand jour" et appelèrent à la mobilisation totale du Yishouv pour prendre part à "la lutte pour notre liberté", dans laquelle les seuls alliés de l’État juif étaient "l’ensemble du peuple juif" et l’Union soviétique. Les membres du parti prirent une part active à la guerre en cours contre les armées arabes envahissantes, tandis que certains de ses dirigeants furent envoyés à l’étranger pour solliciter de l’aide pour l’État nouvellement établi[130]. Pendant les opérations militaires elles-mêmes, le parti adopta une ligne dure, appelant à la levée de l’embargo sur les armes, critiquant le gouvernement provisoire pour avoir accepté un cessez-le-feu avec les États arabes, et justifiant l’occupation des zones arabes situées en dehors des frontières de l’État juif proposé en invoquant des raisons de "nécessité stratégique"[131].
Avec la signature par le parti de la Déclaration d’indépendance d’Israël et l’entrée de son secrétaire général parmi les trente et un membres du Conseil provisoire du gouvernement, les communistes juifs avaient bouclé la boucle et étaient finalement revenus à la position qu’ils occupaient en 1919, avant la rupture entre eux et le reste du mouvement sioniste. Pendant près d’un quart de siècle, ils avaient mené une lutte acharnée contre la création du "foyer national" et le partage de la Palestine. En fin de compte, les considérations de politique étrangère soviétique se sont avérées être le facteur décisif dans leurs décisions politiques, et c’est cela plutôt qu’une quelconque révision idéologique interne qui les a amenés à tourner le dos à leurs années d’hostilité envers le sionisme, et à accepter finalement la "solution nationale" au problème juif.
[1] “In the Communist Camp, 1943.” Jewish Intelligence Report, p. 1. CZA S 25/7533. Musa, the party secretary, was not very enthusiastic about the reunification of the party, fearing rightly, as events were to demonstrate, that the Emet members political line would “infect” other Jewish members of the party. He was, however, unable to stand in opposition to the demand for reunification. Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 1,1974. See also, Y Porath, “The National Liberation League 1943-48,” Asian and African Studies, Vol. 4,1968, p. 3.
[2] It was only after the split that these demands were reflected in the written materials of the Jewish PCP. According to Fahmi Salfiti (interview, Amman, March 26,1974) they were previously debated between the Arab and Jewish members of the CC.
[3] This was not reflected in the party s literature, but remained confined to internal discussions. According to Emil Tuma (interview, Haifa, April 3,1974), Mikunis was in the forefront of the opposition to Musa’s leadership and was in favor of the slogan of “democratic Palestine,” and insisting that areas of Jewish concentration should be able to exercise self-government. See also, Assorted News. Jewish Intelligence Report, February 24,1942. CZAS 25/48.
[4] In the period preceding the split, the secretariat was made up of four Jewish members, S Mikunis, S Tzabari, M Slonim, P Feinhaus, and one Arab, Radwan al Hilou, the party secretary. The CC had a larger proportion of Arabs. Decision making, however, was in the hands of Musa himself. Thus opposition to the leadership implied opposition to Musa and his supporters (both Jews and Arabs) and not to, the party leadership as a whole.
[5] Theses of Secretariat; loc. cit.
[6] Ibid.
[7] Ibid., p. 162.
[8] Theses of Secretariat; loc. cit., p. 161.
[9] In an interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 16,1974, he stated that the decision to support recruitment in the Arab street, was taken while he was in jail and that he was not consulted. The leadership of the party was then in the hands of P Feinhaus and K Shannir.
[10] The Role of the Party and the Communist Youth, op. cit., p. 51.
[11] Musa’s speech, “Political and Organizational Tasks of the Party in the Present Time.” Reproduced in “The Communist Camp 1943,” op. cit., pp. 2-3.
[12] The opposition of the Arab members was more in the nature of a personal opposition to Musa himself and an effort to weaken his position rather than a principled disagreement with his political line, as will become clear when discussing the Arab opposition.
[13] Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 16,1974.
[14] Interviews with Mufid Nashashibi, Beirut, March 11,1974; Said Kabalan, Jericho, March 2,1974; Radwan al Hilou, Jericho, February 16,1974, all of whom attended the January Plenum.
[15] “In the Communist Camp, 1943," op. cit., p. 8.
[16] In an interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 16,1974, he stated that referring the matter to the CC was exactly what he had hoped for as this meant that the decision rested with the secretariat. i\s an interesting illustration of how the party was internally run, he explained that decisions were never taken by majority vote. It was the party secretariat himself who had the final word irrespective of the wishes of either the CC or the secretariat. As was stated earlier, the secretariat was made up of four Jewish members in addition to Musa himself. S Mikunis and P Feinhaud led the opposition to Musa, while M Slonim and S Tzabari, generally considered to be in Musa’s camp, remained neutral.
[17] “In the Communist Camp, 1943," op. cit., p. 5.
[18] “In the Communist Camp, 1943,” loc. cit.
[19] Ibid., p. 3.
[20] See articles and references to public meetings in Nidalal Shaab, the party’s Arabic organ, during 1942-43. It is significant that while a call was made for “self-determination for the Arabs of Palestine” after the war, there was no mention of the Yishuv. (Nidal al Shaab, March 1943, p. 6.) In a public meeting in Jaffa, Musa delivered a speech which called on the Arabs to support the war in order to defeat the Zionists, but he was silent as regards the British presence itself (Nidal al Shaab, op. cit., pp. 4-5).
[21] Interview with Boulous Farah, Haifa, April 4,1974.
[22] This he ascribed to the presence of Muhammad Nimr Odeh in the leadership of the party, which he opposed, and who he regarded as the Mufti’s agent. This belief he shared with other members among the Jewish cadres of the party.
[23] Al Ghad (The Morrow), was published by A Bandak on behalf of the Arab Students League from May 1938 until October 1941.
[24] Also called the “Village Welfare Service,” this movement was begun in April 1940, and aimed at “the enlightenment of the fellah.”
[25] Survey of Arab communists, 1946, op. cit., p. 1. Both Mikunis and Feinhaus had opposed his expulsion from the party and maintained contact with him despite a CC ban.
[26] For Histadrut strike, see supra, p. 162.
[27] Interview with P Feinhaus, Haifa, April 3,1974.
[28] The strike, in favor of higher wages, was called for May 10 by the Histadrut alone without consulting the Arab labor organizations. The majority of workers in the camps were Arabs.
[29] The four Jewish members of the secretariat had taken their decision during Musa’s absence. He immediately canceled it and forbade the distribution of a leaflet which had been prepared and called on Arab workers to support the strike. Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 1,1974.
[30] Survey of Arab Communists, 1946, loc. cit.
[31] In the Communist Camp, 1943, op. cit., p. 3.
[32] Histadrut membership was restricted to Jewish workers, but it possessed a front organization, the Palestine Labor League, which tried to organize Arab workers.
[33] Previous to the strike issue, Musa had reportedly opposed participation in the May Day activities organized by the Histadrut. This had resulted in the expulsion of members of the Haifa and the Tel Aviv local committees who had ignored the party’s instructions. See Porath, op. cit., p. 3.
[34] Survey of Arab Communists, 1946, loc. cit.
[35] Ibid. This was a blatandy opportunistic tactic, generated by opposition to Musa rather than any concern for the unity of Arab and Jewish workers. Not only did this group object to the formation of joint Arab-Jewish demonstrations to press for a second front in Europe on the grounds that this would damage the part/s image in the Arab street, but after the formation of the NLL, there is no record (with one notable exception) of any such support for joint activity.
[36] The Arab labor organizations came out against the strike and government reports indicate that communist members of these organizations were in the forefront of agitation for nonparticipation. In the event, the Arab workers did not support the strike. See memo by A Yassin, “Arab Workers and Non-Participation in the Strike Declared by the Histadrut. Labor Department Report, May 9,1943, ISA File 1440. See also FO 371/35030/1922. War Office Situation Report, May 26,1943.
[37] Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 1,1974.
[38] “In the Communist Camp, 1943,” op. cit., p. 3. In an interview, Radwan al Hilou, Jericho, February 9 and 16,1974, stated that contact with the Comintern had been nonexistent since 1936-37. The CC established a committee whose sole purpose was to monitor Moscow radio and report on Soviet news and views to the CC.
[39] It is interesting to note that Radwan al Hilou himself dated the beginning of the erosion of his authority from the time of his arrest in June 1941. This he claimed brought to the surface a lot of internal discussion which he would not have allowed had he been in control of the party. After his release he was unable to put a stop to this discussion, and his position was further weakened by the disappearance of the Comintern. Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 16,1974.
[40] “In the Communist Camp, 1943,” loc. cit.
[41] Ibid., p. 4; Mikunis and Feinhaus circulated a Hebrew translation of the leaflet.
[42] This leaflet, dated May 29, was signed by A Bandak, Y Garabadian, and E Habibi (the latter was not a member of the CC), on behalf of the CC.TToubi, a party member and one of Far ah’s group, also had a hand in its formulation. Interviews with E Habibi and TToubi, Haifa, April 3 and 5,1974, and A Bandak, Amman, March 6,1974. See also, Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., p. 2.
[43] Survey of Arab Communists, 1946, loc. cit.; Porath, op. cit., p. 4. Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 9,1974.
[44] A translation of the leaflet is reproduced in “In the Communist Camp 1943,1* op. cit., p. 4. Also in Survey of Arab Communists, 1946, loc. cit. In the Frankel Collection, op. cit., p. 171, two items from KoIHaam, June 10,1943 labeled CC communiques Nos 1 and 2, appear. The first is the 29 May leaflet while the second, signed by a “Temporary CC,** declares the previous statement, “total fabrication of the principles of the PCP” and affirms the party’s internationalism.
[45] “In the Communist Camp, 1943,” op. cit., p. 3.
[46] Ibid., pp. 5-6. Musa was accused of being an “Arab nationalist,” and of deception concerning the existence of an Arab communist cadre which the Jewish communists now denied had ever existed. A number of Arab ex-members of the party stated that Mikunis himself had expelled all Arabs from the CC. Interviews with F Salfiti, Amman, March 26,1974, M Nashashibi, Beirut, March 11,1974, and A Bandak, Bethlehem, July 23, 1973. A War Office document reported that Jewish members of the CC met towards the end of May 1943 and “declared to set up a Jewish communist party purged of all Arabs.” WO 169/8310. PICME Report N 5. Political and General Intelligence Summary, July 13,1943. Shmuel Mikunis, an engineer, had joined the party during the years of the rebellion. He rose to prominence as a supporter of the party leadership in its attempts to discipline the Jewish Section. After the split of 1943 he played a prominent role in the Jewish PCP and in the Israeli Communist Party until the split in 1965, when he again led a wholly Jewish group out of the party.
[47] “In the Communist Camp: Review of 1944,” Jewish Intelligence Report, p. 1. CZA S 25/7533.
[48] Owing to the fact that the split did not come about as the result of a “legal divorce” but took the form of gradual disintegration, it is difficult to give a specific date as to when the party actually ceased to exist. There is general agreement however that May 1943 is the most appropriate date. This is subscribed to by the Jewish PCP in “Statement of PCP, March 1944.” Quoted in “In the Communist Camp: Review of 1944,” loc. cit.
[49] Of those who were with Musa, some refused to join the NLL on its formation but joined up later, while others restricted their activity to the labor movement.
[50] M Slonim and S Tzabari. Soon after the split, however, both were to adopt very manifestly pro-Zionist stands. See “Communist Movement: Review of 1946,” Jewish Intelligence Report, December 29,1946, CZA S 25/7533. Also, WO 169/15703. PICME Report N 7, September 8,1944.
[51] Khaled Bakdash, a member of the Syrian Communist Party since 1931, received his training in Moscow and participated in the Seventh Comintern Congress as the representative of the Arab countries. He achieved prominence as a result of the legality conferred on the Syrian party during the popular front government in France. In the forties he emerged as the “official spokesman” of the Arab communist parties.
[52] A Bandak, E Habibi, Y Armani, and K Shannir traveled to Damascus to meet Bakdash (interviews with A Bandak, Amman, March 6,1974; E Habibi and T Toubi, Haifa, April 3 and 5,1974). Two Jewish communists, O Preminger and H Gesis also travelled separately to Damascus (interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 22,1974). E Habibi mentions another Jewish communist, Eleazer Langer, later a member of the Slonim-Tzabari group, as having also traveled to meet Bakdash.
[53] In an interview with A Bandak, Jerusalem, July23,1973, he claimed that while this was the opinion of Bakdash, Farajallah al Hilou, the second man in the party, was opposed to the split.
[54] Meer Mas’ad, a brother-in-law of A Bandak. Interviews with F Salfiti, Amman, March 26,1974, A Bandak, Jerusalem, July 23,1973, and E Habibi, Haifa, April 3,1974.
[55] In the light of the above, it is interesting that the organ of the Syrian communists, Sawt al Shaab, did not make any reference to the establishment of the NLL and its activities until August 8,1946, when a prominent front-page article introduced the NLL and reproduced one of its statements. Up to that date there had only been three mentions of the NLL in the paper, the first on April 2,1945, a full year after its establishment.
[56] AlJamahir (The Masses), organ of the Jordanian Communist Party. Year 28, N 9, September 1976. Interviews with ETuma, E Habibi, andTToubi, Haifa, April 3,4, and 5,1974.
[57] In an interview with E Tuma, he stated that as late as January 1944, attempts were still being made to convince Musa and his supporters to join the NLL, and a meeting attended by twenty-five people was held in Haifa to this effect.
[58] A typewritten document entided, “Internal Document of the Arab Preparatory CC of PCP,” and dated November 1943 (in the possession of T Toubi, one of the founders of the NLL) is the earliest I have found where the suggestion for the setting-up of independent Arab and Jewish communist parties is made. Toubi himself is of the opinion that this document was the first step taken towards the establishment of the NLL. It is important to note that B Farah, who had maintained contacts with the Jewish opposition to Musa previous to the split, now refused suggestions made by Jewish communists to establish a joint Arab-Jewish organization. See, Survey of Arab Communists, 1946; loc. cit.
[59] As late as January 17,1944, an Arabic leaflet entided “Statement to the Noble Arab Nation” was issued under the name of CC/PCP. The “nationalist” line of this leaflet clearly indicates that it was the work of the NLL group.
[60] The issue of the first internal bulletin of the NLL, containing its program and a call to Arabs to enroll in its ranks, is taken by most sources as its foundation date. The call was signed by E Tuma, its secretary and most well-known member, and by B Farah, Sami Habibi, and Musa Dajani. In it, the NLL described itself as a “socialist democratic part/* whose main aim was “the national independence of Palestine.” See Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., p. 3, and also, “League of National Liberation, 1944.” Jewish Intelligence Report, March 1,1944, loc. cit.
[61] Second internal bulletin of NLL, February 14,1944. Quoted in “League of National Liberation, 1944,” loc. cit.
[62] Musa Dajani was named president. He was a teacher who had been a member of Farah1 s Rays of Hope society, but never a member of the party. He did not remain in this office for long and was replaced later in 1944 by another Muslim, Khaled Zagmouri, a railway worker and a member of the PCP since 1936.
[63] “In the Communist Camp, 1943,” op. cit., p. 4.
[64] Report on Communist Activity. Jewish Intelligence Report, December 3,1943, CZA S 25/48.
[65] This group was known as Socialists opposed to National Policy and was led by H Brozaza. See “In the Communist Camp: Review of 1944,” op. cit., p. 8.
[66] “In the Communist Camp, 1943,” op. cit., p. 11.
[67] “In the Communist Camp: Review of 1944,” loc. cit.. The report states that members of this group withdrew during the congress in May 1944 as a result of disagreements over organizational matters.
[68] This was led by S Tzabari and M Slonim, both ex-members of the secretariat, who had received their training in Moscow in the early thirties.
[69] Tn the Communist Camp: Review of1944,” op. cit., p. 2. The leaders of this group were to continue to lead the party until well after the establishment of the state of Israel. Goshanski was killed in a plane crash in 1948; Vilner is currendy general secretary of the predominandy Arab Israeli Communist Party (Rakah); Feinhaus is still active in the ranks of Rakah; Mikunis became the secretary of the Israeli Communist Party in 1948, and in 1965 led a split which established a new Jewish communist party; Vilenska was a member of the CC of the Israeli Communist Party until 1965 and then joined the Mikunis faction; W Erlich is currendy a member of the Central Control Commission of Rakah.
[70] The new party kept the old name, PCP, and continued to date its congresses and journals as if no split had taken place.
[71] Tn the Communist Camp.” Jewish Intelligence Report, December 29,1946. CZA S 25/7533.
[72] “Information on the Communist Party.” Jewish Intelligence Report, May 4,1945. CZA S 25/7532.
[73] Ibid., p. 2.
[74] Tn the Communist Camp, December 1946,” loc. cit.
[75] Hebrew leaflet of Jerusalem Committee of the Communist Union of Eretz Yisrael, April 21,1947. The group had adopted this name sometime in 1946.
[76] Jewish Clarion (published by the Jewish Committee of the Communist Party of Great Britain) N 6, March 1974. The group was refused participation in the Congress of the Communist Parties of the British Empire, held in London in 1947, on the grounds that “its programme and rules showed that it is not a communist movement.”
[77] “On the Founding Conference of the Hebrew Communist Party,Tel Aviv, October 3-6, 1947, ” Hebrew leaflet of the Center of the Communist Union of Eretz Yisrae
[78] “Pravda Supports National Independence of the Yishuv.” Editorial in Achdut (Unity) > the organ of the group, October 1946.
[79] “On the Founding Conference of the Hebrew Communists,” loc. cit.
[80] Statement of the Communist Union to UNSCOP, May 1947. Frankel Collection, op. cit., p. 224.
[81] Laqueur, op. cit., p. 302. See also, Porath, op. cit., p. 6.
[82] “The Full Unity of the Communist Camp Has Been Established,” Hebrew leaflet of CCs of Israeli Communist Party and the Hebrew Communists, Achdut, December 9, 1948.
[83] “Decisions of Eighth Congress of PCP, Tel Aviv, 26-28 May 1944,” Jewish Intelligence Report, CZA S 25/7533.
[84] Tn the Communist Camp: Review of 1944,” op. cit., p. 2.
[85] “Decisions of Eighth Congress,” op. cit., p. 15.
[86] Ibid., p. 16.
[87] Tn the Communist Camp: Review of 1944,” op. cit., p. 4.
[88] Ibid.
[89] The Interchange of Correspondence Between the Executive Committee of the His- tadrut and the PCP as Regards the Submission of a Communist List for the Elections to the Sixth Convention of the Histadrut. Supplement N.XV to Digest of Press and Events, September 20,1944. Issued by the Jewish Agency for Palestine, Information Service, Jerusalem.
[90] Ibid. Letter from CC/PCP to Executive Comrqittee of Histadrut, July 29,1944.
[91] Ibid. Letter from D Remez on Behalf of Executive Committee of Histadrut to CC/PCP, August 4,1944.
[92] “Information on the Communist Party,” Jewish Intelligence Report, June 1,1945, p. 2. CZAS 25/7532.
[93] Supplement to Survey of "Palestine. Report prepared by the British government for the benefit of the Anglo-US Investigation Committee (Jerusalem, June 1947), p. 150.
[94] CO 733/459/75510 Elections to the Assiphat Hanivharim, August 1,1944. The three communist members were Mikunis, E Novak, and Goshanski. They were also endded to have one seat in the General Council (Vaad Leumi), which was occupied by Mikunis.
[95] WO 169/15702 PICME Report N 7 (revised), September 8,1944.
[96] “In the Communist Camp: Review of 1944,” op. cit., p. 2.
[97] Ibid., p. 3. Political Program Submitted by PCP to the Second Meeting of the Elected Assembly, December 1944.
[98] The Jewish Clarion, which gave prominence to the activity and political statements of the PCP, always referred to it, correctly, as “the Jewish Communist Party in Palestine.”
[99] “The Communist Party in Eretz Yisrael,” Jewish Intelligence Report, February 1,1948, CZA S 25/7533. It is probable that there was some contact with the Soviet Union such as took place during the visit of Sultanov, the Soviet Counsellor in Egypt to Palestine, during May 1944. Both Arab and Jewish communists held meetings with him. See FO 371/41049/4496. Visit of Sultanov to Palestine. It seems however that the British Communist Party was the main channel of contacts as far as both Arab and Jewish communists were concerned.
[100] “Decisions of Eighth Congress,” loc. cit.
[101] “Information on the Communist Party, June 1945,” op. cit., p. l.The report states that the British communists contacted the PCP after the congress and instructed it to modify its anti-Zionist line in accordance with the support shown by the “progressive forces” for this resolution and suggested that the party should “support the national home.”
[102] Ibid.
[103] “Information on the Communist Party, May 1945,” op. dtM p. 1.
[104] Hurewitz, op. cit., p. 254.
[105] “Statement of CC/PCP submitted to the Executive Committee of the Histadrut.” KH July 2,1946. Reproduced in Jewish Clarion, July 1946.
[106] “Statement of CC/PCP submitted to the Executive Committee of the Histadrut.” KH July 2,1946. Reproduced in Jewish Clarion, July 1946.
[107] “Speech of M Vilner at the Tenth Congress of PCP: The Political Situation in Palestine. November 1946.” KH December 5,1946.
[108] Speech of Mikunis at Congress of Communist Parties of the British Empire held in London, Februarjr-March 1947. We Speak of Freedom (London 1947), p. 66.
[109] S Mikunis, “Set Palestine Free” Jewish Clarion, December 1946.
[110] E Vilenska (editor of KolHaam) “Who Are Our Friends?” Jewish Clarion, February 1946.
[111] “Statement of CC of Israeli Communist Party, 6 October 1948.” Al Ittihad N1, October 18,1948. The statement reproduces statements made at the Eighth, Ninth, and Tenth Congresses of the Jewish PCP emphasizing the importance and the desirability of unity.
[112] “Information on the Communist Party, June 1945,” loc. cit. In 1946, the British Communists came out publicly with a demand for the unity of the communist movement in Palestine. See, Palme Dutt, “For a Democratic Palestine,” World News and Views, January 5,1946, Nl, p. 6.
[113] Statement of S Mikunis to UNSCOP, May 1947. Frankel Collection, op. cit., p. 216.
[114] Ibid., p. 216.
[115] M Vilner, “The Road to Liberation,” October 1946. See Porath, op. cit.,pp. 18-19.
[116] “In the Communist Camp: Review of 194,” op. cit., p. 10.
[117] “Speech of Vilner at Tenth Party Congress, November 1946,” loc. cit.
[118] Mikunis, “Set Palestine Free,” loc. cit.
[119] “Statement of M Vilner to the Anglo-US Investigation Committee.” KHMaxch 26,1946.
[120] Statement of M Vilner to UNSCOP. Frankel Collection, op. tit., p. 213.
[121] In an Interview with C Abramsky, London, July 5,1973, he stated that Mikunis had put forward the idea of a binational state or partition at the time of the London Congress of the Communist Parties in 1947. The congress’s resolutions, however, expressed support for a united independent democratic state guaranteeing equal rights to Arabs and Jews and specifically rejected partition. See, “Declaration on Palestine,” World News and Views, March 15,1947, N 9, pp. 101-02.
[122] Speech of Gromyko, May 14,1947. Quoted in Hurewitz, op. cit., p. 288.
[123] “Statement of PCP on the Recommendations of UNSCOP.” KHt September 1,3, and 8, 1947. Frankel Collection, op. cit., p. 22
[124] “Statement of PCP on Speech ofTsarapkin, 13 October 1947.” KH, October 14,1947.
[125] “Statement of PCP on Independence.” KH, October 17,1947.
[126] Tsarapkin had declared in a speech delivered in mid-November the Soviet Union’s intention of voting in favor of partition. The actual vote took place on November 25. The whole of the Soviet bloc with the exception of Yugoslavia voted in favor.
[127] “Workers, Youth, Sons of the Yishuv,” Hebrew leaflet of CC/PCP, November 1947.
[128] S Mikunis, “The Peoples of Palestine Struggle for National Independence,” For a Lasting Peace, For a People’s Democracy (organ of Comintern), N 8, April 5,1948.
[129] Statement of CC of Israeli Communist Party on the Proclamation of the State of Israel, May 1948. Quoted in M Ebbon, “Communist Tactics in Palestine,” Middle East Journal N 3, July 1948, p.259.
[130] Both E Goshanski (the party secretary) and Mikunis traveled to Eastern Europe to negotiate aid. The former was killed in a plane crash on a return trip from Poland, January 21,1948.
[131] S Mikunis, “We Shall Cpntinue to Fight until No Foreign Solider Treads our Fair Land.” Jewish Clarion N 33, August 1948.

