|
| The Palestine Communist Party, 1919-1948 Arab & Jew in the Struggle for Internationalism Musa Budeiri Ithaca Press, 1979 – Haymarket Books, 2010 © 1979 Musa K. Budeiri |
Extraits. Traduction à partir de l’anglais par nous [ROCML]
Chapitre 5
Le Parti pendant la guerre
La position à l’égard de la guerre
Avant aout 1939, le PCP avait suivi une ligne résolument antifasciste, conformément aux résolutions du IC et aux diktats de la politique étrangère soviétique. Il avait attaqué à maintes reprises le fascisme et mis en garde contre la menace que l’Allemagne et l’Italie faisaient peser sur l’Union soviétique et la lutte pour l’indépendance dans les colonies, appelant à la formation d’un front populaire international de communistes et de démocrates pour barrer la route à l’expansion fasciste. La signature du pacte nazi-soviétique en aout 1939, qui fut un choc inattendu pour les partis communistes du monde entier, plaça le PCP dans une position particulièrement difficile. Non seulement la majorité des cadres du parti étaient juifs, mais une partie de son activité politique se déroulait au sein de la population juive du pays, dont l’hostilité sans compromis envers les nazis était une question faisant l’objet d’un consensus unanime de l’ensemble du Yishouv. Pourtant, le parti n’hésita pas à expliquer et à justifier la décision de l’Union soviétique, et, bien plus que lors de toute autre occasion précédente, fit preuve d’une soumission totale aux revirements de la politique étrangère de Moscou.
Presque immédiatement après la conclusion du pacte germano-soviétique, le parti tenta un tour de force en expliquant que ce pacte visait à faire avancer la cause de la paix, et que le régime nazi lui-même avait subi une transformation à la suite de son "détachement du camp impérialiste anglo-français" et de son rapprochement avec Moscou. La littérature du parti dépeignait l’Allemagne comme ayant été "contrainte de se tourner vers Moscou" et, paradoxalement, le résultat du pacte germano-soviétique était présenté comme ayant "placé la bande hitlérienne dans une situation d’isolement total"[1]. Dans le même temps, on affirmait que le pacte était le résultat de la "crainte de l’Allemagne face à la puissance de l’Armée rouge"[2], et il était salué comme un coup de génie de la part de Staline, qui, en concluant cet accord avec les nazis, avait déjoué les plans des États capitalistes visant à diriger l’agression d’Hitler contre l’Union soviétique, et "refusé de tirer les marrons du feu pour Chamberlain"[3]. L’entrée de l’Armée rouge en Pologne plus tard en 1939 fut saluée par le parti comme un pas supplémentaire vers l’écartement du danger de guerre à l’Est, et comme "garantissant la sécurité de la Roumanie … et stoppant les avancées d’Hitler contre la Hongrie"[4]. Miraculeusement, Hitler était désormais un homme changé; il avait cessé d’être "le gendarme de Chamberlain et Daladier et devait faire ce que Moscou lui disait"[5]; ainsi, il ne pouvait plus mener de campagne contre l’Union soviétique et ne constituait plus une menace pour le mouvement communiste.
Pourtant, lorsque la guerre éclata en septembre 1939, le parti ne savait pas vraiment quelle position adopter, et sa tendance naturelle était de soutenir la guerre contre le fascisme. Dans un tract publié juste après le déclenchement des hostilités, il qualifiait la guerre de résultat de l’"agression fasciste" et l’attribuait à la politique d’apaisement de Chamberlain, qui avait auparavant sacrifié "l’Éthiopie, l’Autriche, l’Espagne et la Tchécoslovaquie", et aiguisé l’appétit d’Hitler pour de nouvelles conquêtes faciles. Bien que la guerre fût considérée comme ayant été imposée à Chamberlain et Daladier par la résistance polonaise à l’invasion allemande, et non par une volonté de la part de la Grande-Bretagne ou de la France de tenir tête à Hitler, le parti offrit néanmoins le soutien conditionnel de "toutes les forces progressistes du monde" à la guerre, à condition que Chamberlain et Daladier "mènent la guerre contre Hitler de manière cohérente"[6]. Le parti déclara que les masses s’étaient "rendues sur le champ de bataille pour exterminer le fascisme dans le monde" et que les communistes se plaçaient en première ligne de la bataille. Cependant, le parti revint rapidement sur sa position lorsqu’il devint évident que le soutien à la guerre n’était pas compatible avec les termes du pacte germano-soviétique. Il se lança alors dans une campagne de propagande contre ce qu’il rebaptisa "la guerre impérialiste" et contre la politique britannique en Palestine, campagne qui devait durer jusqu’après l’attaque allemande contre l’Union soviétique en juin 1941.
L’attitude du parti a ensuite connu deux phases nettement distinctes : la première, qui s’étend de 1939 à 1941, était marquée par une hostilité et une opposition sans équivoque; la seconde, qui débuta en juin 1941 avec l’attaque allemande contre l’Union soviétique, passa rapidement d’un simple soutien à l’Union soviétique et de condamnations incessantes des "visées impérialistes britanniques" à un soutien enthousiaste aux "alliés démocratiques" dans la lutte contre le fascisme, ainsi qu’à l’effort de guerre britannique en Palestine.
Durant la première période, le parti qualifiait la lutte opposant la Grande-Bretagne et la France, d’une part, à l’Allemagne et à l’Italie, d’autre part, de "guerre impérialiste" visant à "se partager le monde entre les puissances capitalistes"[7]. En ce qui concernait les habitants de la Palestine, cette guerre qui avait été "déclarée au nom des peuples colonisés sans leur avis et contre leur gré"[8] visait à assurer "la domination mondiale britannique et à établir son gouvernement colonial terroriste en Palestine"[9]. C’était "une guerre de colonisation" dans laquelle la Grande-Bretagne voulait entrainer la Palestine contre sa volonté, mais le parti était convaincu que "le peuple juif et les Arabes ne sont pas intéressés par cette guerre"[10] dont ils réalisaient qu’elle ne les concernait pas et qui, de surcroit, allait à l’encontre de leurs objectifs de libération et d’indépendance. Le parti tenta d’adopter une position similaire à celle de Lénine vis‑à‑vis de la 1re Guerre mondiale, considérée comme une lutte pour le maintien des colonies et le redécoupage du monde. Il rejeta ainsi le slogan avancé par les sionistes pour la "défense de la patrie" et y opposa son propre slogan : "paix et pain"[11]. Dans sa propagande, le parti s’efforçait de montrer qu’il n’y avait aucune différence entre les deux camps opposés en ce qui concernait les habitants de la Palestine, soulignant qu’il n’y avait pas de lutte de principes entre les deux camps et que "les impérialistes anglais et français soutenaient depuis longtemps le fascisme en Allemagne et tentaient de le diriger contre l’Union soviétique"[12]. Le régime britannique en Palestine était décrit comme étant "identique à celui d’Hitler ou de Mussolini" et la guerre était présentée comme portant uniquement sur le "monopole de l’exploitation des pays capitalistes et des nations opprimées des colonies"[13]. Le parti répondit aux avertissements des sionistes selon lesquels le pays courait un danger imminent face à l’avancée des armées fascistes qui s’approchaient du canal de Suez, en expliquant que s’il "est vrai que les armées d’Hitler et de Mussolini sont aux portes … et que celles de Churchill sont en Palestine, notre premier devoir est de lutter contre l’ennemi intérieur"[14]. Cette tentative démagogique visant à détourner l’attention des habitants de la Palestine contre la Grande-Bretagne s’accompagnait d’une interprétation fallacieuse que le parti donnait de l’opposition arabe à l’effort de guerre et à la lutte contre la conscription. Ainsi, le parti attaquait la politique britannique à l’égard des Arabes et énumérait le "long passé d’oppression et de destruction" depuis l’arrivée de la Grande-Bretagne en Palestine[15] et accordait une attention particulière aux actions de l’armée britannique pendant la révolte de 1936. Le parti proclamait fièrement que les Arabes de Palestine étaient "opposés à la guerre impérialiste" et que cela se voyait clairement au faible nombre de recrues arabes dans l’armée, ainsi qu’aux maigres contributions financières qu’ils apportaient à l’effort de guerre. Pourtant, le parti choisissait d’ oublier que cette opposition était due au soutien et à la sympathie envers les puissances de l’Axe, et non à une prise de conscience de la "nature impérialiste" de la guerre. Même le faible nombre de volontaires arabes dans l’armée s’expliquait par la politique économique du gouvernement de "paupérisation délibérée" qui contraignait les Arabes, incapables de trouver un emploi, à s’enrôler[16]. En d’autres termes, ces quelques Arabes qui s’étaient enrôlés dans l’armée et avaient pris les armes contre le fascisme étaient poussés "non pas par l’idéalisme, mais par leur situation matérielle".
Dans le même temps, le parti s’efforçait de plus en plus de saper le soutien et la sympathie des Arabes envers les puissances de l’Axe en soulignant le caractère illusoire de leurs espoirs de voir leur libération venir des armées allemandes en marche. Le parti s’opposait aux appels fréquents lancés par le mufti aux Arabes pour qu’ils reprennent la rébellion. Non seulement il proclamait que "le moment n’était pas venu", mais il choisissait de voir dans ces appels un "complot italien visant à asservir les Arabes" et à les mettre au service d’objectifs étrangers à leurs propres intérêts[17]. Les Allemands et les Italiens, bien qu’ ils fussent engagés dans une guerre contre l’Angleterre, étaient "également les ennemis de la lutte de libération arabe", et le parti reprochait aux "dirigeants arabes traitres"[18] qui conspiraient avec les fascistes pour déclencher un soulèvement prématuré dans le pays, d’avoir mis en danger le mouvement national et avertit les masses arabes de ne pas leur accorder leur confiance. Ainsi, lorsque le soulèvement de Rachid Ali eut lieu en Irak, le parti appela tant les Allemands que les Britanniques à "ne pas s’ingérer". Il expliqua que les Allemands avaient réussi à "ouvrir la voie à la colonisation allemande" dans ce pays et avertit que les États fascistes avaient des visées colonialistes et aspiraient à contrôler "le pétrole irakien … la potasse en Palestine … le canal de Suez et le coton en Égypte"[19] et qu’ils tentaient "de tromper les Arabes comme la Grande-Bretagne l’avait fait pendant la 1re Guerre mondiale" Pourtant, paradoxalement, lorsque les Britanniques sont intervenus en Irak et ont renversé le gouvernement de Rachid Ali, le parti s’est opposé à cette intervention et l’a condamnée[20].
Peu après le déclenchement de la guerre en 1939, le parti lança une campagne contre le recrutement dans l’armée britannique en Palestine. Celle-ci se poursuivit bien au-delà de l’attaque allemande contre l’Union soviétique et continua d’occuper le parti jusqu’à la scission définitive de 1943. Cette campagne visait à la fois l’Agence juive et le gouvernement britannique. La première fut attaqué pour sa politique visant à encourager le recrutement de jeunes Juifs dans l’armée et donc à "les envoyer sur la ligne Maginot comme chair à canon"[21]. Le parti affirmait que, bien que l’Agence juive prétendît que son soutien au recrutement reposait sur la volonté de défendre le pays contre le fascisme, la conscription dans l’armée ne pouvait être rien d’autre qu’"un outil de l’impérialisme et du sionisme"[22] et devait donc être combattue. Il attaquait les dirigeants sionistes en les qualifiant de "bellicistes" et appelait les Juifs de Palestine à manifester leur "opposition à l’effort de guerre" et à "ne pas donner à l’impérialisme un seul soldat … un seul sou"[23], soulignant qu’il était contraire aux intérêts des masses juives elles-mêmes d’avoir "une armée juive sous le commandement des bandes sionistes traitresses et de l’impérialisme britannique".
Dans la “rue arabe”, la tâche du parti était facilitée par le fait que la guerre bénéficiait de peu de soutien et que le recrutement était négligeable. À la “rue juive”, il faisait valoir que le recrutement augmenterait le "risque de transformer la Palestine en champ de bataille"[24] et continua d’affirmer jusqu’au milieu de l’année 1941 que la raison pour laquelle la Palestine n’avait pas été engloutie par la guerre était due à son "opposition à la guerre et tant à la Grande-Bretagne qu’à l’Allemagne"[25]. Il appelait sans cesse les Arabes et les Juifs à faire pression sur le gouvernement "pour qu’il retire ses bases militaires de Palestine"[26]. Condamnant la sauvagerie des bombardements italiens sur Haïfa en aout 1940, il les a présentés comme une "riposte aux attaques britanniques contre des cibles civiles en Libye"[27]. Il a également tenu la Grande-Bretagne pour responsable de mettre en danger la vie et les biens des habitants de la Palestine en "transformant les villages et les villes palestiniens en camps militaires" et a appelé au retrait de l’armée britannique du pays[28] et à la déclaration de la Palestine comme zone non combattante. Cette position, qui a certainement été bien accueillie par la “rue arabe”, était un anathème pour le Yishouv; mais le parti n’a pas laissé cela influencer son opposition totale à la "guerre impérialiste" et ses tentatives persistantes d’utiliser tous les arguments possibles pour retourner le Yishouv contre la guerre, dans la fidèle poursuite de la ligne de Moscou.
La nouvelle de l’attaque allemande contre l’Union soviétique en juin 1941 prit le parti au dépourvu. Cet évènement inattendu, du moins pour le parti lui-même, semait la confusion et donna lieu à une tentative d’expliquer l’attaque nazie comme le fruit d’un complot capitaliste, avec la complicité de la Grande-Bretagne, visant à renverser le régime socialiste en Union soviétique. Au lendemain de l’attaque, le parti a appelé les habitants de la Palestine à défendre l’Union soviétique et à manifester leur solidarité en déclarant des grèves et en organisant des manifestations dans tout le pays[29], tout en continuant à lutter contre la conscription et en transformant la "guerre impérialiste" en cours en une guerre de libération, pour la liberté et l’indépendance de la Palestine. Incapable d’expliquer la guerre entre l’Allemagne et l’Union soviétique dans le cadre de ses déclarations et analyses passées, le parti est revenu à sa vieille ligne consistant à accuser "la bourgeoisie réactionnaire aux USA et en Grande-Bretagne" d’avoir incité les nazis[30]. Il était expliqué dans les tracts arabes du parti que l’attaque d’Hitler contre l’Union soviétique était "soutenue par les capitalistes allemands et leurs amis en Grande-Bretagne" et qu’Hitler "n’aurait pas pu déclencher la guerre sans l’accord des capitalistes britanniques et américains"[31].
Le parti a critiqué l’offre d’aide de Churchill à l’Union soviétique, la qualifiant de "visant à endormir les masses et à tirer profit de leur soutien à l’ Union soviétique"[32]. En Palestine, le parti considérait cette stratégie comme visant à s’assurer le soutien des habitants au profit des intérêts britanniques et "à accroitre le recrutement et le travail forcé pour de maigres salaires dans les camps militaires", mais ce recrutement, déclarait-il, "n’aidait pas l’Union soviétique … [il] visait à renforcer l’occupation britannique et à mettre en oeuvre l’occupation sioniste contre le mouvement de libération arabe"[33]. Le parti appelait au recrutement direct dans l’Armée rouge comme le meilleur moyen d’aider l’Union soviétique et, pendant une courte période, a même préconisé la formation de brigades internationales pour aller combattre sur le front russe[34]. Cela était jugé préférable à se conformer à l’appel au recrutement des sionistes qui "avait un caractère sioniste et anti-arabe" et entravait le développement de relations amicales entre Arabes et Juifs.
Le parti s’était opposé à la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne depuis près de deux ans; celle-ci était et continuait d’être condamnée comme une "guerre impérialiste" où la perspective d’une victoire de l’Angleterre signifiait un monde dans lequel une race de maitres sanguinaires parasitait les peuples coloniaux dans un monde capitaliste en proie à la crise et au chômage[35]. Alors que Churchill s’était "abstenu" de déclarer ses objectifs de guerre, Staline, en revanche, avait annoncé que l’Union soviétique n’avait aucune ambition de conquête et ne visait rien d’autre que "la destruction du fascisme une fois pour toutes". Ainsi, même après juin 1941, le parti continua à distinguer les forces engagées dans la guerre contre l’Allemagne en "impérialistes" et "socialistes" et continua à considérer les USA et la Grande-Bretagne comme "les alliés secrets d’Hitler"[36]. Son analyse de la situation internationale l’amena à conclure, juste avant la conclusion de l’alliance anglo-soviétique, que l’affaiblissement des contradictions interimpérialistes entrainerait un danger accru de guerre générale d’intervention contre l’Union soviétique. L’entrée en guerre de l’Union soviétique n’a pas, dans un premier temps, conduit le parti à abandonner sa ligne traditionnelle. Il a persisté dans sa propagande contre la mobilisation et a nié que "les bandes de brigands britanniques, exploiteurs du peuple … soient des alliés de l’Armée rouge"[37], déclarant que l’ennemi du parti restait la présence britannique en Palestine. Il appelait les habitants à lutter contre les politiques de l’impérialisme et du sionisme, à réclamer l’instauration de larges droits démocratiques, la légalisation du Parti communiste, comme preuve de la bonne foi de la Grande-Bretagne dans ses affirmations de volonté de coopérer avec tous les antifascistes, et à accélérer le rythme de la lutte des classes contre "l’exploitation de la bourgeoisie et des dirigeants de l’Histadrut"[38]. Les Arabes, en particulier, étaient appelés à lutter pour la libération des prisonniers de la rébellion, pour l’expulsion de l’impérialisme britannique du pays et pour l’instauration d’un "gouvernement populaire"[39]. La Grande-Bretagne était appelée à prouver la sincérité de son désir, souvent affirmé, d’aider l’Union soviétique "en mettant fin à sa domination dans les colonies" et en accordant la liberté et l’indépendance au peuple palestinien.
Il fallut plus de quatre mois au parti pour se défaire de son attachement à l’ancienne ligne et élaborer une nouvelle politique adaptée à la situation créée par l’entrée en guerre de l’Union soviétique. Il a été freiné lorsque la quasi-totalité de ses dirigeants ont été arrêtés en juillet 1941, peu après l’attaque nazie, et il était encore sous le choc de cet évènement inattendu, ne sachant pas quelle position adopter[40]. Il a fallu un certain temps avant que la nouvelle direction, constatant la coopération étroite qui se développait entre Grande-Bretagne et l’Union soviétique, finisse par apporter un soutien sans équivoque à tous les participants à la guerre contre le fascisme et se déclare en faveur de l’effort de guerre britannique en Palestine. Il relégua au second plan les conflits internes et la lutte contre le sionisme, affirmant qu’il était nécessaire de tout subordonner à la tâche de vaincre le fascisme. En annonçant la formation d’un front antifasciste regroupant la Grande-Bretagne, l’Union soviétique et les USA[41], le parti se prononça en faveur du recrutement d’Arabes et de Juifs dans l’armée[42] et les exhorta à rejoindre les rangs de l’armée britannique, "les frères d’armes de l’ héroïque Armée rouge".
Le changement d’attitude le plus profond du parti concernait le gouvernement britannique lui-même, qui avait été perçu comme l’ennemi immédiat contre lequel les habitants de la Palestine avaient été exhortés à lutter et dont la "répression brutale" de la rébellion de 1936 était souvent présentée comme reflétant la véritable nature des motivations de la Grande-Bretagne dans la "guerre impérialiste" en cours. Cependant, vers la fin de 1941, le parti reconnut qu’il ne pouvait maintenir cette attitude tout en appelant à la formation d’un large front populaire pour la poursuite de la guerre antifasciste et alors que l’Union soviétique elle-même coopérait très étroitement avec la Grande-Bretagne. Ainsi, le parti déclara bientôt que l’entrée en guerre de l’Union soviétique avait "changé son caractère et influencé la Grande-Bretagne" dans la lutte contre le fascisme[43]; il n’était plus possible de faire la distinction entre une "guerre de libération soviétique" et une "guerre impérialiste britannique". On souligna que la Grande-Bretagne avait déclaré sa volonté "de faire de grands sacrifices pour la guerre antifasciste menée par l’Union soviétique"[44].
La nouvelle attitude du parti se traduisait par un appel enthousiaste et constant au recrutement, mais surtout, dans sa campagne en faveur d’un soutien sans réserve à l’effort de guerre, il s’opposa pendant un certain temps aux grèves[45], les condamnant comme un "sabotage de l’effort de guerre". Le parti cherchait à obtenir du gouvernement une contrepartie pour son soutien et l’appelait sans relâche à le légaliser et à lui permettre de mener ses activités au grand jour[46]. Cet appel était fréquemment répété lors des réunions publiques que le parti organisait ouvertement pour la première fois dans le but apparent de susciter un soutien à la guerre, et que le gouvernement, à partir de 1942, autorisa le parti à convoquer[47]. L’adhésion du gouvernement au "large front populaire" ne s’étendait toutefois pas à l’octroi de la légalité aux communistes, mais les rapports gouvernementaux indiquent qu’il n’était pas indifférent au rôle précieux qu’ils jouaient pour rallier le soutien à l’ effort de guerre. Dès 1941, le gouvernement avait noté les "modifications considérables" que la politique du parti avait subies et son appel aux travailleurs juifs "à remplir leur devoir sacré … au sein du grand front antifasciste de l’alliance anglo-soviétique"[48]. Au bout de deux ans d’une telle activité, le gouvernement reconnut qu’en ce qui concernait l’effort de guerre, "l’attitude générale du PCP et de ses membres était irréprochablement pro-britannique"[49], et que sa propagande "entretenait un esprit propice à la poursuite efficace de la guerre"[50]. Bien que cela n’ait pas valu au parti le droit à la légalité, une certaine liberté lui fut accordée, ce qui se traduisit par un renforcement de ses rangs et par l’extension de ses activités.
La promotion par le parti d’un effort de guerre commun contre le fascisme entraina naturellement un assouplissement de la lutte contre le sionisme. Le parti se déclara prêt à reconnaitre certaines des "organisations nationales" du Yishouv[51] et tenta d’étendre sa politique de front populaire aux partis sionistes disposés à coopérer avec lui et prêts à subordonner leurs divergences à l’objectif principal de la lutte contre le fascisme. La "Victory League"[52] est née d’une tentative de mettre en place une telle collaboration, mais l’influence du parti en son sein est restée relativement faible. Le parti a également revu sa position sur l’enrôlement des jeunes Juifs dans l’armée britannique. Alors qu’il s’était auparavant opposé à la campagne de recrutement menée par l’Agence juive, il critiquait désormais sa propre adhésion persistante à cette ligne alors que l’Union soviétique subissait l’attaque. Il reconnut que son opposition persistante à ce qu’il avait qualifié de "mobilisation sioniste impérialiste"[53], alors qu’il avait lui-même appelé à une mobilisation antifasciste, était une erreur. Cela avait constitué une double erreur dans la mesure où cela avait servi d’"arme contre la mobilisation antifasciste" et avait également laissé l’initiative, et donc le contrôle du Yishouv, aux sionistes. Rectifiant sa politique, la nouvelle ligne du parti consistait à appeler "tous ceux qui peuvent porter les armes à rejoindre l’armée"[54].
De plus en plus, la propagande du parti s’articulait autour de la revendication de l’ ouverture d’un deuxième front en Europe. Parmi les nombreux arguments avancés pour soutenir cette revendication, le plus radical, et celui qui allait s’avérer avoir des conséquences considérables, était l’appel à la "conscience nationale" du Yishouv, à ses sentiments de colère et d’horreur face au sort qui frappait les communautés juives dans l’Europe occupée, ainsi qu’au désir de vengeance[55]. Cet argument fut utilisé à maintes reprises pour interpeler le Yishouv dans un langage qui ne différait guère de celui employé par les sionistes, insistant sur le thème des "intérêts nationaux" et appelant les Juifs "à organiser des réunions et des manifestations afin de faire pression sur le gouvernement, par le biais d’une action de masse"[56], pour l’ouverture immédiate d’un deuxième front. La guerre était diversement décrite comme "la guerre du peuple juif" et "la grande guerre nationale de tout le peuple juif"[57], et la nécessité de s’engager dans l’armée était soulignée en insistant sur le fait qu’"en ce moment, notre sort en tant que travailleurs et en tant que Juifs est en train de se décider"[58]. Les tracts du parti évoquaient la "vengeance du sang versé de milliers de Juifs en Europe"[59] et appelaient le Yishouv à tenir compte des "intérêts nationaux du peuple juif" et à empêcher "l’extermination totale de nos frères" en ouvrant immédiatement un deuxième front afin de mettre rapidement un terme à la guerre. Le motif de la vengeance revenait sans cesse dans la littérature hébraïque du parti, et la jeunesse juive était appelée à "rejoindre sans condition les rangs […] pour venger le sang de leurs frères et soeurs tués en Europe"[60].
Malgré l’adoption de cette nouvelle ligne, le parti continuait de sentir que les partis sionistes "n’acceptaient pas [sa] sincérité déclarée […] dans la lutte contre le fascisme"[61]. L’opposition à la direction sioniste du Yishouv, qui s’était manifestée pendant la période considérée comme la "guerre impérialiste", s’est poursuivie bien après l’attaque allemande contre l’Union soviétique. Même pendant l’avance allemande dans le désert occidental et alors que la Palestine elle-même était menacée, les dirigeants sionistes avaient été attaqués pour "semer la panique … [et] de la propagande de désespoir"[62], et le parti avait continué à s’opposer au recrutement de jeunes Juifs pendant plusieurs mois après juin 1941 [63]. La trêve que le parti déclara en 1941 signifiait un revirement de cette politique, et il alla jusqu’à déclarer dans sa propagande en arabe que "le sionisme n’est pas l’ennemi principal à ce stade"[64]. Même pendant cette trêve de courte durée, le parti continua à s’opposer à certaines politiques des sionistes. En particulier, il critiqua sévèrement les efforts persistants de l’Agence juive pour organiser une immigration illégale au mépris des termes du Livre blanc de 1939 [65]. De même, il s’opposa à l’appel à la formation d’une armée juive[66], y voyant une préparation à "la conquête du pays" après la fin de la guerre. Une attention particulière fut accordée à la Haganah, qui fut attaquée pour "persécuter les combattants antifascistes" et mener des "activités policières" à l’encontre du parti et de ses cadres[67].
Au début de l’année 1943, cependant, cette trêve unilatérale prit fin. Bien que le parti n’ait pas réussi à acquérir la respectabilité souhaitée au sein du Yishouv, cette période fut néanmoins marquée par une intensification de l’activité et vit une augmentation du nombre de ses adhérents. Il avait adopté au sein du Yishouv la posture du défenseur le plus militant de la lutte antifasciste, ce qui lui permit à la fois de mener ses activités pour la première fois ouvertement et de se faire apprécier par certaines franges du Yishouv qui étaient favorablement disposées envers l’Union soviétique et jugeaient le parti à l’aune de ses tentatives de promouvoir la lutte antifasciste, en restant indifférentes au reste de ses politiques. La fin de la trêve fut en grande partie causée par la lutte "nationale" croissante au sein même du parti, qui allait bientôt conduire à sa dissolution définitive.
La nouvelle ligne du parti en faveur de la guerre s’est avérée bien plus difficile à mettre en oeuvre au sein de la population arabe. La répression de la rébellion par l’armée britannique étant encore fraiche dans leurs mémoires, le parti hésita dans un premier temps à appeler les Arabes à s’enrôler dans l’armée, mais appela à soutenir l’effort de guerre par tous les autres moyens possibles. Dans sa propagande, il s’efforça de maintenir une distinction entre la Grande-Bretagne et l’administration coloniale en Palestine, appelant les Arabes à lutter contre cette dernière tout en "soutenant la lutte du peuple britannique contre le fascisme"[68]. Conscient qu’il "nageait à contrecourant", le parti considérait néanmoins que sa tâche consistait à forger la conscience des Arabes "quant à la place du mouvement de libération nationale dans la guerre antifasciste"[69], et à expliquer aux habitants arabes que "c’était en premier lieu leur guerre"[70].
Au cours de cette période d’activité relativement libre, le parti a tenu de nombreuses réunions au cours desquelles les dirigeants du parti ont évoqué la nécessité de soutenir la guerre. À cela s’ajoutaient invariablement des revendications plus générales pour la libération des prisonniers de la rébellion, pour l’élargissement des libertés démocratiques et pour la légalisation du parti[71]. Les revendications concernant l’organisation de la main-d’oeuvre arabe et la lutte économique quotidienne n’ont jamais été absentes de la littérature du parti ou de ses réunions publiques. Celles-ci étaient constamment liées à la guerre en cours contre le fascisme et à l’ importance de prendre part à cette lutte[72].
Tout au long des années de guerre, le parti est resté conscient des sympathies pro-Axe d’une grande partie de la population arabe, ainsi que de son incapacité à organiser "la moindre manifestation arabe en faveur du deuxième front"[73]. Reconnaissant qu’ il n’y avait pas, dans la “rue arabe”, de "vaste mouvement d’enrôlement volontaire dans l’armée ni de confiance envers la Grande-Bretagne"[74], et que le peu d’enrôlements qui avaient lieu était dû aux conditions économiques difficiles et ne revêtait aucun caractère antifasciste, le parti tenta d’éduquer le public arabe sur les implications de la guerre pour sa propre lutte d’indépendance. C’est pourquoi il créa la "Ligue pour la lutte contre le nazisme et le fascisme en Palestine"[75]. Dans sa déclaration liminaire, la Ligue appelait les Arabes à ne pas se laisser tromper par les promesses de l’axe Rome-Berlin, dont la victoire n’apporterait pas l’indépendance souhaitée de la Palestine, mais conduirait à son asservissement[76]. La condition de l’indépendance était le soutien aux "nations unies", dont la victoire était "la seule garantie du succès de notre lutte nationale". Le parti tenta de gagner le soutien des Arabes à la guerre en expliquant que "la destruction du fascisme mettra inévitablement fin au sionisme"[77]. Il estimait que le leadership de l’Union soviétique au sein du bloc antifasciste établissait sans aucun doute possible que "la guerre pour détruire le fascisme est une guerre juste" et que "tous les mouvements réactionnaires, y compris le sionisme, seront détruits"[78]. S’adressant aux Arabes qui doutaient de la nature de la guerre, le parti en a déduit la nécessité d’un soutien inconditionnel à l’effort de guerre et de reléguer au second plan la lutte contre le sionisme, en prétendant mettre en évidence le lien entre la montée du nazisme en Europe et la persécution des Juifs, d’une part, et l’intensification de l’immigration sioniste en Palestine, d’autre part[79]. Par conséquent, la destruction du fascisme conduirait automatiquement à l’assèchement des sources de l’immigration juive, et "sans immigration, il n’y a pas de sionisme". Dans un appel aux "intérêts nationaux" des Arabes qui ressemblait fortement à des appels similaires lancés à la population juive, on déclarait que le moyen le plus sûr de vaincre le sionisme résidait dans un soutien indéfectible à la guerre "en coopération avec tous les antifascistes".
Pourtant, le parti ne parvint pas à résoudre la question de savoir comment aborder le problème du recrutement parmi les Arabes. Après une hostilité initiale, le parti a par la suite critiqué l’absence de position positive sur ce problème[80]. Le parti avait eu tort à la fois de s’être opposé au recrutement dans la “rue juive”, y voyant un grand danger pour le parti au sein de la communauté arabe, et d’avoir laissé l’initiative entre les mains des "agents Nashashibi du régime", ce qui n’a eu pour conséquence que de "retarder le développement d’une conscience antifasciste parmi les Arabes". La décision de soutenir le recrutement avait été prise alors que les dirigeants du parti étaient en prison et sans que leur avis soit pris en compte[81]. À leur libération, le parti fut incapable de parvenir à une décision unanime[82] sur la manière de traiter le problème, et il revint au CC de décider de la ligne de conduite la plus appropriée à suivre. Ce problème a finalement contribué à provoquer la scission finale du parti, mais à court terme, il a conduit le parti à mener une politique ambigüe consistant à soutenir le recrutement dans la “rue juive”, tout en s’abstenant de tout appel similaire dans la “rue arabe”, se limitant à combattre la propagande fasciste, à appeler au soutien de l’effort allié et à l’intensification de la production de guerre.
L’activité du parti pendant les années de guerre s’est avérée globalement bénéfique malgré les confusions et les hésitations manifestées au début. Au cours des deux premières années de la guerre, le parti s’est vu contraint de suivre une ligne politique qui ne découlait en aucune manière de ses convictions antérieures et qui l’isolait au sein du Yishouv. Il n’en a pas moins adhéré scrupuleusement à la ligne du IC et subordonné ses politiques aux exigences immédiates de la diplomatie soviétique. Il va sans dire que la politique d’"abstentionnisme" menée par le parti pendant cette période ne correspondait pas à son caractère et qu’il saisit avec empressement le déclenchement de la guerre entre l’Allemagne et l’Union soviétique pour reprendre là où il s’était arrêté en aout 1939, à savoir la poursuite d’une lutte résolue contre le fascisme. Pourtant, comme l’a montré l’autocritique ultérieure du parti[83], au cours des premiers mois de l’attaque allemande, il fut incapable d’abandonner sa vieille politique d’opposition à la Grande-Bretagne et aux sionistes, et dut attendre de voir comment les relations entre la Grande-Bretagne et l’Union soviétique allaient évoluer. Une fois que le parti eut décidé de se prononcer en faveur d’un soutien total à la guerre et à tous ceux qui étaient engagés dans la lutte contre le fascisme, il s’en tint fidèlement à cette politique et y subordonna tous les autres conflits. Ainsi, la lutte contre la Grande-Bretagne et les sionistes fut suspendue, bien qu’au début de l’année 1943 et peu avant la scission du parti, la politique à l’égard des sionistes ait été inversée. Mais en ce qui concernait la Grande-Bretagne et les "objectifs démocratiques" de la guerre, il n’y eut aucun revirement. Le parti alla jusqu’à critiquer les "éléments de gauche" au sein du Yishouv, qui appelaient à l’établissement d’une "charte socialiste" pour remplacer la Charte de l’Atlantique et qui plaidaient pour la transformation de la guerre en une lutte révolutionnaire afin d’atteindre les "objectifs finaux" du socialisme[84]. Le parti s’y opposa, estimant que cela visait à "diviser le front uni", et déclara que le "but principal" pendant la "guerre antifasciste" était d’unir toutes les forces disposées à lutter contre les puissances de l’Axe. La sincérité et l’enthousiasme de sa propagande en faveur de la poursuite sans entrave de la guerre ne restaient pas inaperçus par l’administration palestinienne, et le parti fut autorisé à sortir de l’ombre et à poursuivre ses activités publiquement. Cela facilita à son tour sa progression, et même dans la “rue arabe”, où il nageait à contrecourant, lui permit d’apparaitre publiquement pour la première fois et de dissiper les mythes persistants, tant par ses politiques pro-arabes que par la présence de ses cadres arabes, selon lesquels les communistes n’étaient qu’"un autre parti juif". Son succès auprès des Arabes s’avéra être une arme à double tranchant, car il contribua largement à la scission qui s’ensuivit.
L’activité au sein du mouvement ouvrier arabe
Le PCP a joué un rôle important dans la formation du mouvement ouvrier arabe à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Dès 1925, il avait publié Haïfa, un hebdomadaire consacré aux affaires syndicales et à la mobilisation, tandis qu’en 1926, il avait réussi à mettre sur pied le mouvement Ihud, le seul exemple réussi d’une organisation syndicale arabo-juive conjointe pendant toutes les années du mandat. En 1930, le parti a joué un rôle déterminant dans l’organisation du premier congrès des travailleurs arabes à Haïfa, et ses cadres arabes ont joué un rôle de premier plan dans ses travaux. Il est resté actif au cours des années suivantes jusqu’à ce que la grève générale et la rébellion de 1936 mettent fin à toute activité syndicale, et que la lutte des classes cède nécessairement la place à la lutte nationale pour l’indépendance. Ce mouvement syndical arabe dans son ensemble, qui était centré sur Haïfa et avait lentement commencé à s’étendre à toute la Palestine, était confronté à une tâche extrêmement difficile. Dans la “rue arabe”, il n’y avait pas de classe ouvrière à proprement parler et la majorité de la population était ancrée dans une économie paysanne où le travail salarié dans les villes était le plus souvent considéré comme accessoire à l’agriculture. À mesure que la rébellion s’éternisait, le mouvement ouvrier, qui avait déjà réussi à gagner du terrain et à s’implanter dans les quelques centres urbains du pays, commença à se rétrécir et finit par se limiter au fief d’origine du mouvement, à Haïfa. Même là, le mouvement était en sommeil et n’existait plus que de nom.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et la coupure de la Palestine par rapport à la métropole et aux autres parties de l’empire eurent un effet immédiat. Elle a stimulé le développement industriel et créé de nouveaux emplois dans les camps de travail militaires mis en place pour répondre aux besoins de l’armée britannique, coupée de sa base en Angleterre, ainsi qu’à ceux de la population civile palestinienne. Dans la “rue arabe”, les effets de cette situation étaient facilement observables dans l’augmentation des effectifs de main-d’oeuvre arabe. Au milieu de l’année 1941, le gouvernement et l’armée britannique étaient devenus les plus grands employeurs de main-d’oeuvre arabe du pays[85]. Auparavant, les possibilités étaient très limitées. Les employeurs juifs refusaient d’employer de la main-d’oeuvre arabe pour des raisons politiques[86] et il n’existait aucune entreprise industrielle dans le secteur arabe capable d’employer un grand nombre de personnes. La petite classe ouvrière arabe était répartie entre plusieurs secteurs d’activité, dont les plus importantes étant les chemins de fer, les ports de Jaffa et de Haïfa, le secteur du bâtiment, le département des travaux publics du gouvernement, les compagnies pétrolières internationales, et, jusqu’au déclenchement de la guerre, ils avaient également trouvé des emplois saisonniers dans l’industrie des agrumes. Les salaires des Arabes étaient extrêmement bas et ne soutenaient pas la comparaison avec ceux de la main-d’oeuvre juive[87], et en l’absence totale d’organisation syndicale[88] les travailleurs arabes étaient à la merci de leurs employeurs[89].
L’initiative visant à relancer le mouvement syndical est venue du PCP. Parallèlement, le gouvernement palestinien a adopté une politique visant à favoriser le développement d’un "syndicalisme responsable" parmi les Arabes. En septembre 1940, un conseiller syndical auprès du gouvernement a été nommé[90] et, en juillet 1942, un Département du travail a officiellement vu le jour[91], composé d’un directeur et de trois inspecteurs du travail chargés respectivement de Jérusalem, de la région nord et de la région sud. La simple existence du département du travail a été perçue comme un signe d’approbation par les citoyens arabes favorables à la création d’un mouvement syndical fort, et, sans aucun doute, en donnant l’impression de bénéficier de l’aval du gouvernement pour une telle entreprise, cela a contribué à la rendre plus acceptable aux yeux des indécis.
Les tentatives du PCP pour redonner vie au cadre existant du mouvement ouvrier ont été favorisées par un certain nombre de facteurs. La guerre elle-même avait conduit à la création de conditions favorables. Coïncidant avec l’entrée en guerre de l’Union soviétique, le parti bénéficia, pour la première fois, d’une tolérance croissante de la part du gouvernement, tandis que la mise en place des camps militaires conduisit à l’émergence d’un nouveau type de travailleur arabe dépendant d’un salaire pour subvenir aux besoins de sa famille[92], et à la concentration d’un grand nombre de travailleurs dans un même établissement. À cela s’ajoute le soutien apporté par le ministère du Travail à la création de nouveaux syndicats, ainsi que l’exemple toujours présent des travailleurs juifs organisés et le succès de l’Histadrut. La création de clubs culturels dans les quartiers arabes, qui exprimaient l’effervescence politique et culturelle de la jeunesse arabe pendant la guerre et la rébellion contre ses dirigeants traditionnels, allait contribuer directement à l’enthousiasme croissant des travailleurs arabes pour l’organisation, et un certain nombre de futurs dirigeants du mouvement ouvrier arabe allaient émerger des rangs de ces associations.
Le regain d’intérêt manifesté par le parti pour le mouvement ouvrier arabe marquait un changement important par rapport à sa politique syndicale antérieure. Jusqu’alors, il s’était concentré sur la poursuite de ses activités au sein de l’Histadrut, sans toutefois remporter de succès notable. Malgré son expulsion de l’organisation au début des années 1920, il persista à mettre en place des organisations de façade au sein de l’Histadrut et continua à réclamer sa transformation en un organisme véritablement professionnel réunissant dans ses rangs tant les travailleurs juifs qu’arabes. L’échec manifeste de cette tactique et la croissance des cadres arabes du parti, conséquence de sa ligne nationaliste pro-arabe pendant la rébellion, l’ont conduit à réorienter sa politique et à oeuvrer pour la formation de syndicats purement arabes, une entreprise rendue d’autant plus réaliste par la forte augmentation du nombre de travailleurs arabes due aux conditions de guerre.
L’attitude du parti envers l’organisation syndicale au sein de la population arabe de base était similaire à sa politique antérieure vis-à-vis de l’Histadrut. Il ne visait pas à créer des organisations syndicales communistes distinctes, mais préférait infiltrer les structures syndicales arabes existantes et y travailler[93]. En 1942, trois associations syndicales furent créées à Jérusalem, Jaffa et Nazareth, dont les postes de direction étaient tous occupés par des membres du parti[94]. Le gouvernement nota que le mouvement syndical arabe avait connu une "progression constante" au cours de cette année-là[95] et estima le nombre de travailleurs arabes syndiqués à environ neuf mille[96].
Alors que le parti poursuivait sa politique consistant à oeuvrer dans le cadre de la PAWS, un groupe au sein du parti prônait une ligne indépendante. Il s’opposait à la coopération avec le syndicat basé à Haïfa et préconisait la création d’une organisation syndicale distincte. Les divergences de ce groupe d’opposition basé à Haïfa allaient bien au-delà de la question de l’organisation syndicale indépendante. Son animateur était Boulous Farah[97], un ancien membre du CC qui, avec un certain nombre d’adhérents, créa un club culturel appelé "Rays of Hope" en octobre 1942 [98]. Après des discussions au sein du "comité des affaires du travail" du club, il fut décidé de mettre en place un mouvement syndical affilié au club. La raison apparente en était le mécontentement face à ce qui était qualifié de "politique conservatrice" de la PAWS et à son obsession pour la création de coopératives et son désir de calquer son modèle sur celui de l’Histadrut, tout en négligeant l’organisation des travailleurs arabes dans les nouvelles entreprises industrielles[99]. En novembre 1942, la "Fédération des syndicats et associations ouvrières arabes" (FATULS) vit le jour[100], comprenant, outre des membres individuels, l’Association des travailleurs arabes de Nazareth, les syndicats des travailleurs arabes des Raffineries consolidées, de l’Iraq Petroleum Company, de la Shell Oil Company, du Département des travaux publics et des ateliers navals de Haïfa[101]. Cette initiative a été mal accueillie par le parti, qui a continué à appeler les travailleurs arabes à adhérer à l’organisation PAWS[102] basée à Haïfa et a condamné les "manoeuvres de division" du groupe de Haïfa. Pourtant, cette répartition des efforts entre le parti et ses partisans a introduit un élément de saine concurrence au sein du mouvement syndical, dans la perspective d’augmenter le nombre d’adhérents et de s’imposer comme le meilleur représentant des intérêts des travailleurs arabes[103].
Au début de l’année 1943, après une interruption de douze ans, se tint la deuxième Conférence générale des travailleurs arabes [organisée par le PAWS]. Quarante délégués se réunirent à Jaffa le 22 janvier, représentant les trois principales organisations syndicales de Haïfa, Jaffa et Jérusalem, ainsi qu’une multitude de groupes plus modestes[104]. Parmi les principaux orateurs, un grand nombre étaient des membres du parti, dont certains étaient actifs dans le mouvement syndical depuis l’époque du premier Congrès des travailleurs arabes. C’est grâce à leurs efforts que la conférence a pu avoir lieu, et ce sont leurs discours qui ont donné le ton aux résolutions qui ont ensuite été adoptées par les délégués. Était également présent le secrétaire du "Club des gens" de Haïfa[105], une organisation de façade du parti, qui assistait en tant qu’observateur, tandis que l’absence de la fédération rivale [la FATULS] était flagrante. Les discussions de la conférence ont porté sur les revendications visant à égaliser les salaires des travailleurs arabes et juifs, la nécessité de créer des bourses de l’emploi publiques, l’organisation de la main-d’oeuvre arabe et la demande de mise en place d’un régime public d’assurance sociale. Parallèlement, une résolution a été adoptée condamnant le mouvement séparatiste de la fédération, l’appelant à rejoindre la société et protestant contre les recommandations qu’elle avait transmises à la Commission des salaires concernant la fixation d’un salaire fixe pour la main-d’oeuvre non qualifiée[106]. Peu après, une troisième Conférence des travailleurs arabes s’est tenue. Cet évènement, d’une ampleur bien plus grande, eut lieu en juillet 1943. Trois cents délégués participèrent à la réunion à Haïfa, affirmant représenter trente mille travailleurs[107]. Une fois encore, les principaux discours furent prononcés par des membres du parti[108] et des résolutions furent adoptées, demandant la fixation périodique d’un salaire minimum, l’égalisation des salaires des travailleurs arabes et juifs dans les camps militaires, et appelant le gouvernement à accorder à la PAWS l’autorisation de publier un journal syndical[109].
C’est au cours de cette même période qu’eut lieu une troisième réunion syndicale, qui allait revêtir une importance bien plus grande. Le premier congrès des travailleurs arabes des camps militaires se tint le 4 avril 1943 et rassembla plus d’une centaine de participants. Les quarante-quatre délégués qui prirent part à la réunion affirmaient représenter vingt-huit mille des quarante-cinq mille travailleurs arabes employés dans les camps[110]. Parmi les principaux orateurs du congrès, sept étaient membres du parti. Un certain Bandak prononça le discours phare, qui fut accueilli par une approbation unanime, et ses revendications furent reprises par presque tous les autres orateurs. Les orateurs communistes soulignèrent que les travailleurs arabes des camps constituaient "l’épine dorsale de l’effort de guerre qui détruira le fascisme"[111] et déclarèrent le soutien total des travailleurs arabes à la guerre contre le fascisme. Ils ont attaqué l’Histadrut et qualifié ses tentatives d’organiser les travailleurs arabes de sources de division[112], tout en se déclarant favorables à une action commune avec les "travailleurs juifs honnêtes" et à la mise en place de comités mixtes de travailleurs arabes et juifs dans les camps afin de défendre leurs intérêts communs. Les résolutions de la conférence ont lancé l’appel habituel à l’égalisation des salaires dans les camps et formulé une multitude d’autres revendications économiques. Plus important encore, la conférence a appelé le gouvernement à autoriser la réédition de Al Ghad[113] en tant qu’ organe du mouvement ouvrier, tout en exhortant tous les travailleurs arabes, dans un rejet direct des activités de la FALT basée à Haïfa et de l’Histadrut, à rejoindre les rangs de la PAWS, et en déclarant que cette dernière était "la seule habilitée à représenter les travailleurs des camps et à négocier en leur nom"[114]. Les évènements allaient bientôt montrer que cette affirmation était fondée. Une grève déclarée par l’Histadrut dans les camps militaires en mai 1943 fut contestée par la PAWS[115] et, en fin de compte, les travailleurs arabes obéirent à l’appel de la PAWS et restèrent à leur poste[116].
La fédération [la FATULS] connaissait également un succès rapide dans ses efforts pour syndiquer les travailleurs arabes. Le nombre de ses adhérents augmentait[117] et elle réussissait à obtenir la reconnaissance syndicale là où d’autres syndicats avaient échoué auparavant[118]. La fédération affirmait ne s’intéresser qu’à la main-d’oeuvre arabe non syndiquée et déclarait, dans un geste visant à apaiser la PAWS rivale, qu’elle n’interviendrait pas dans les zones déjà couvertes par cette dernière[119]. Bien que les deux organisations aient convenu de ne pas empiéter sur le territoire de l’autre[120], cet accord s’est avéré de courte durée et a volé en éclats à la suite des tentatives de la PAWS de rallier certains membres de la fédération[121]. La PAWS continuait de voir d’un mauvais oeil l’activité de la fédération et cherchait à absorber les membres de cette dernière dans ses propres rangs, tandis que l’objectif déclaré de la fédération restait celui d’une confédération entre les deux organismes, un projet qui restait inacceptable pour la PAWS[122].
Tout en partageant avec la PAWS les revendications économiques générales avancées, telles que la reconnaissance syndicale, la création de bourses de l’emploi financées par le gouvernement, l’égalisation des salaires entre Arabes et Juifs, l’amélioration des salaires et des conditions de travail dans les camps, ainsi que le soutien public à l’effort de guerre, y compris la dissuasion des grèves[123], la fédération est allée plus loin en concentrant son attention sur des domaines qu’elle jugeait d’une importance fondamentale pour la vie des travailleurs arabes. Elle a appelé le gouvernement à abroger les lois interdisant les grèves, à mettre en place un régime d’assurance sociale pour les travailleurs, à instaurer la négociation collective entre travailleurs et employeurs, à lancer des projets de construction pour absorber les travailleurs qui se retrouveraient au chômage après la fin de la guerre et la fermeture des camps militaires, et à aider les travailleurs arabes à retourner à l’agriculture en subventionnant les petits agriculteurs[124]. La fédération combinait les fonctions de syndicat et de mouvement politique, une dimension politique qui était totalement absente de l’activité de la PAWS[125]. Bien que décrite par un fonctionnaire bienveillant du ministère du Travail comme "politiquement socialiste"[126], la fédération choisit de s’identifier aux revendications du mouvement national arabe formulées au début de la grève générale de 1936 et a appelé à l’autodétermination en tant que "droit fondamental de tous les peuples … comme le garantissent tous les pays démocratiques"[127]. Elle reprochait au gouvernement britannique d’avoir autorisé l’immigration sioniste et appelait à l’instauration d’une interdiction effective de l’immigration et de la vente de terres, établissant un lien entre la lutte du gouvernement contre le fascisme et la nécessité de combattre le danger d’une éventuelle "majorité sioniste dans un pays arabe". Tout en déclarant son soutien au Livre blanc de 1939, la fédération exigeait des mesures plus ambitieuses. Elle avertissait le gouvernement que ce n’est qu’en mettant en oeuvre les revendications du mouvement national arabe pendant la guerre elle-même que le soutien à la lutte antifasciste et aux démocraties occidentales serait préservé[128]. Elle appelait à la suppression immédiate de la censure politique, à la garantie de la liberté de pensée, de publication et d’organisation, au retrait de la surveillance policière du mouvement ouvrier arabe, à l’instauration de l’enseignement obligatoire, à l’amélioration des services de santé et à l’établissement d’un régime véritablement démocratique dans le pays en "permettant au public de participer à la résolution de tous les problèmes affectant sa vie quotidienne"[129].
Les efforts déployés par le parti pour relancer le mouvement ouvrier arabe se sont soldés par un succès retentissant. Favorisé par les conditions qui prévalaient alors en Palestine ‑ conditions qui n’existaient pas dans les années 1930 lors de la première tentative ‑, le mouvement ouvrier arabe a pris une ampleur considérable et a fini par rassembler un large soutien dans les années qui ont précédé la fin du mandat. L’implication dans le mouvement ouvrier arabe a absorbé toutes les énergies du parti dans le secteur arabe au cours des années qui ont suivi la fin de la rébellion et a marqué, parallèlement à son implication dans la rébellion, un nouveau glissement vers une identification aux problèmes de la population arabe et à ses aspirations. Cela a encore renforcé la position du parti dans la “rue arabe” et attiré un nouveau type d’adhérents issus de l’ intelligentsia arabe. Ceux-ci, désabusés par les dirigeants traditionnels, ont été attirés non pas tant par le communisme prôné par le parti que par son soutien à la lutte pour l’indépendance arabe, sa modernité et ses méthodes d’organisation, et surtout en raison d’une identification mal définie du parti avec l’Union soviétique dont les prouesses croissantes dans la guerre attiraient des admirateurs enthousiastes parmi la jeunesse instruite. Cette montée en puissance de la “rue arabe” allait donner naissance à deux problèmes internes : le premier vis‑à‑vis des membres juifs, et le second concernant une "opposition nationale" croissante aux politiques de la direction, émanant des nouveaux membres arabes et même de certains anciens cadres, ce qui tendait à apparaitre comme un conflit opposant les intellectuels aux ouvriers. Ces deux problèmes allaient s’avérer être des facteurs importants dans la scission du parti qui allait bientôt avoir lieu.
[1] Article in KolHaam, August 1939. Quoted in Israeli, op. cit., p. 155.
[2] "To the Workers and Masses of the People,” Hebrew leaflet of CC/PCP, September 1939.
[3] "To the Workers and Masses of the People,” Hebrew leaflet of CC/PCP, September
1939. See also, "In the Communist Camp: July 1941 – March 1942.” Jewish Intelligence Report, p. 1. CZA S 25/48.
[4] Hebrew leaflet of CC/PCP. Qupted in Israeli, loc. cit.
[5] Hebrew leaflet of CC/PCP. Quoted in N Weinstock, Le Sionisme Contre Israel (Paris
1969), p. 218.
[6] “To the Workers and Masses of the People,” loc. cit.
[7] Communist Affairs, January-June 1941. Jewish Intelligence Report, p. 5. CZA S 25/48.
[8] "To all Workers in the Country: On the Fall of France,” Hebrew leaflet of CC/PCP, June 1940.
[9] "Let us Beware of Colonial Conspiracies,” Hebrew leaflet of CC/PCP, May 5,1941.
[10] “To all Workers in the Country,” loc. cit.
[11] Article in KolHaam, May 1941. Quoted in Israeli, op. cit., p. 168.
[12] "To all Workers in the Country,” loc. cit.
[13] Hebrew leaflet of CC/PCP, July 1940. Quoted in Weinstock, loc. cit.
[14] Article in Kol Haam, May 1941. Quoted in Israeli, op. cit., p. 169.
[15] Sawt al Sbaab, October 1940. Quoted in Jewish Intelligence Report, CZA S 25/7532.
[16] Ibid.
[17] Sawt al Sbaab, August 1940. Quoted in Jewish Intelligence Report, CZA S 25/7532.
[18] “Let us Beware of Colonial Conspiracies,” loc. cit.
[19] Ibid.
[20] Arabic leaflet of CC/PCP, June 1941.
[21] Hebrew leaflet of CC/PCP, February 1940. Quoted in Israeli, op. cit., p. 162.
[22] The CC/PCP to the Active Members, op. cit., p. 50. The party also condemned the Jewish Agency s call for the establishment of a Jewish Army. See Ntdal al Sbaab, October 1940, loc. cit.
[23] Hebrew leaflet of CC/PCP, July 1940. Quoted in Israeli, op. cit., p. 164.
[24] “An Outline of Communist Activity,” 8 October-8 November 1940. Jewish Intelligence Report, CZAS 25/7532.
[25] “Let us Beware of Colonial Conspiracies,” loc. cit.
[26] “To All Workers in the Country,” loc. cit.
[27] “The Communist Movement in Jaffa "Jewish Intelligence Report, September 10,1940. CZAS 25/7532.
[28] “Statement After Third Italian Air Raid on Haifa,” Hebrew leaflet of CC/PCP, August 1940.
[29] "To the Masses on the Occasion of the German Attack on the USSR,” Hebrew leaflet of CC/PCP, June 26,1941.
[30] “Long Live the Wide Popular Front for the Defence of the USSR,” Hebrew leaflet of CC/PCP, June 29,1941.
[31] Arabic leaflet of CC/PCP. Quoted in “Communist Affairs: January-June 1941.” Jewish Intelligence Report, p. 6. CZA S 25/48.
[32] “Long Live the Wide Popular Front,” loc. cit.
[33] “Long Live the Wide Popular Front,” loc. cit.
[34] “In the Communist Camp: July 1941-March 1942.” Jewish Intelligence Report, p. 1. CZAS 25/48.
[35] Leaflet of CC/PCP. Quoted in “Information on the Communist Movement.” Jewish Intelligence Report, July 12,1941. CZA S 25/48.
[36] Theses of the Secretariat: Document of PCP, April 1942. Frankel Collection, op. cit.,
p. 161.
[37] Leaflet of CC/PCP, July 8,1941.
[38] “Long Live the Wide Popular Front,” loc. cit.
[39] Arabic leaflet of CC/PCP. Quoted in “Communist Affairs, January-June 1941,” loc. cit.
[40] Musa and his two Jewish lieutenants, S Tzabari and S Mikunis, were arrested a week after the German attack on the Soviet Union. They were all released towards the end of the year. During their imprisonment, the party was led by Pneina Feinhaus, Khalil Shan- nir, and Hassan Yehia abu Aysha.
[41] “Long Live the Anti-Fascist Front from Leningrad to Torbruk,” Hebrew leaflet of CC/PCP, October 1941.
[42] WO 169/8310 Communist Activity in Palestine, May 30,1943.
[43] Theses of Secretariat, loc. cit.
[44] “Long Live the Anti-Fascist Front,” loc. cit.
[45] “In the Communist Camp: July 1941-March 1942,” loc. cit.
[46] “Statement to the High Commissioner and Every Honest Citizen of the Country: A Call to Abolish All Limitations on the Party in Pursuit of the Joint Anti-Fascist Struggle,” Leaflet of CC/PCP, reproduced in Assorted News, Jewish Intelligence Report, April 24,1942. CZA S 25/48.
[47] The party held its first-ever public meetings during the war years, e.g. in Haifa, May 16, 1942 (attended by 150 Jews and 50 Arabs). See Communist Affairs, Jewish Intelligence Report May 29,1942. The June 22,1942, was designated Day of Mass Recruitment and party members were instructed to join the army on that day. The party also took the opportunity of the relative freedom it enjoyed to hold meetings on “socialist occasions,” e.g. the Anniversary of the Red Army, meetings held in Jerusalem, February 20,1943, in Haifa, February 23, and in Jaffa, February 26. See Nidal al Sbaab N 4, March 1943, pp. 6-7; The Anniversary of the October Revolution, meetings in Haifa, November 6,1942 (attended by 600 people), and in Jerusalem (attended by 1,000 people). See Nidal al Shaab N 5, November 1942.
[48] CO 733/457/75162 Annual Report, 1941, p. 45.
[49] WO 169/8310 PICME Paper N 7. Communism in Palestine, July 1,1943.
[50] Communist Activity in Palestine, May 30,1943, loc. cit.
[51] Speech of Musa: "Political and Organizational Tasks of the PCP in the Present Time,” delivered at Enlarged Plenum held on January 8,1943. See "In the Communicat Camp, 1943.” Jewish Intelligence Report. CZA S 25/7532.
[52] The Council to Aid the USSR in the War Against Fascism was set up early in 1942; later its name was changed to Victory League. See WO 167/15702 PICME N 64, Russian Influence in the Levant, August 31,1943.
[53] Theses of Secretariat, op. cit., p. 162.
[54] Assorted News, Jewish Intelligence Report, April 24,1942. CZA S 25/48.
[55] Speech of David Fry, “World Jewry in the Struggle Against Fascism,” in Hebrew pamphlet, Speeches at Anti-Fascist Farewell Partyfor Mobilised Cadres Held by the Party in Tel Aviv, 30 May 1942.
[56] “Long Live the 7 November, the 25th Anniversary of the Soviet Union, Land of Socialism and Freedom of All People,” Hebrew leaflet of CC/PCP, November 1942.
[57] Ibid.
[58] “Long Live the Anti-Fascist Front,” loc. cit.
[59] “To the Citizens of Jerusalem: Let us Revenge the Blood of our Brethren in Europe,” Hebrew leaflet of Jerusalem Committee of PCP, December 1942.
[60] “Long Live the 7 November,” loc. cit.
[61] Musa’s Speech at Enlarged Plenum, January 8,1943, op. cit., p. 2.
[62] KolHaam, April 1941. Quoted in Israeli, op. cit., p. 160.
[63] Theses of Secretariat, loc. cit.
[64] Nidal al Shaab N 4, March 1943.Speech of Musa at meeting held in Jaffa, February 26, 1943 on the anniversary of th^Red Army.
[65] “On the Struma Incident,” Jdebrew leaflet of CC/PCP, March 1941. Quoted in Assorted News. Jewish Intelligence Report, March 18,1942. CZA S 25/7532. The Jewish immigrants on board the/ship were characterized as the “victims of Gestapo agents and Zionist contrabandists.”/
[66] Communism in Palestine, 1943, PICME N 7, loc. cit.
[67] KolHaam} February 1942. Quoted in Assorted News. Jewish Intelligence Report, March 27,1942. CZA S 25/7532.
[68] “In the Communist Camp: July 1941-March 1942,” op. cit., p. 2.
[69] “The Role of the Party and the Communist Youth,” op. cit., p. 166.
[70] Theses of Secretariat, loc. cit.
[71] Example, meeting held in Jerusalem, February 20,1943. The hall was adorned with red flags and pictures of Lenin and Stalin. At such meetings Arab leaders of the party such as Musa, Abdullah Bandak, and Emil Habibi spoke. Less frequently Jewish communists also appeared on the platform.
[72] “Let the Government Guarantee Bread for the People,” Arabic leaflet of CC/PCP, November 1942. The party warned the government that “a hungry people cannot pull its weight in the war effort… [and] cannot be depended upon to support the government.”
[73] Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February23,1974. He further stated that profascist elements were openly preparing lists of people to be liquidated in the expected event of a fascist victory, and the he himself was stabbed soon after his release from jail early in 1942.
[74] The Role of the Party and the Communist Youth, loc. cit.
[75] “Usbat Mukafahat al Naziya wa al Fashiya fi Falastin.” It brought out its first statement on November 12,1942, and held its first meeting in Jerusalem, November 15,1942. It was headed by a fellow traveller, the lawyer Jaafer Hashem, and its meetings were attended by educated Arab youth, who though not members of the party, felt admiration for the prowess of the Soviet Union, and were disenchanted with the Arab leadership.
[76] “Statement to the Noble Arab People 12 November 1942.” Al Tank N 19,1942.
[77] Speech of Musa at Jaffa meeting, February 26,1943, loc. cit.
[78] Speech of Musa at meeting in Jerusalem attended by 1,000 people on November 6, 1942, Nidal al Shaab N 5/1, November 1942.
[79] Speech of Musa at Jaffa, February 26,1942, ibid.
[80] Theses of Secretariat, loc. cit.
[81] Interview with Radwan al Hilou, Jericho, February 1,1974.
[82] “In the Communist Camp 1943,” op. cit., p. 2. Interviews with Radwan al Hilou, February 1 and 26,1974.
[83] Theses of Secretariat, op. cit., pp. 161-62
[84] Theses of Secretariat, op. cit., pp. 161-62
[85] CO 733/441/75430/2 Survey of Labor in Palestine: Report by RM Graves, June 1941, p.3.
[86] There were a few exceptions to this such as the Palestine Electric Corporation and the Palestine Potash Company.
[87] The ratio between Arab and Jewish workers’ wages was in proportion of 5:3. An unskilled Arab laborer received from 80 to 160 mills a day, while a skilled Arab laborer received a maximum of 350 mills a day. See Survey of Labor in Palestine, 1941, op. dt., p. 7.
[88] Ibid., p. 9. The PAWS daimed in June 1940 a membership of seven hundred workers, but not all of those were fully paid-up members.
[89] FO 371/39988/2768 Hankey in a memo dated November 29,1944, commenting on a draft paper on Arab nationalism by Professor Gibb had this to say on the conditions of workers in the Middle East: “the untrammelled and outrageous exploitation of the workers by the capitalists throughout the Middle East area makes anyone from Europe astonished that the whole working dass is not communist, or at least actively revolutionary…”
[90] CO 733/423/75430 R Graves, who was previously director of the Labor Office in Egypt.
[91] Graves became the director of the department, which began its regular work in October 1942. See Department of Labor Annual Report, 1942, p. 5.
[92] Ibid. The report estimated the number of Arab workers in 1942 as between 85,000 and 100,000.
[93] WO 169/8311 Communism in Pdestine: January-June 1943. PICME August 24,1943. Interviews with Said Kabalan, Jericho, March 2, 1974 and Fahmi Salfiti, Amman, March 26,1974.
[94] “Survey of Arab Communists.” Jewish Intelligence Report, May 15,1946. CZA S 25/48. The Arab Workers’ Sodety in Jaffa was established October 2,1942; in Jerusalem, October 1942, and in Nazareth, November 1942.
[95] A Survey of Palestine (Jerusalem 1946), Vol. 2, p. 764.
[96] Department of Labor, Annual Report, 1942, op. dt., pp. 27-28.
[97] Boulous Farah, an ex-railway worker who had taken part in the First Arab Workers’ Congress in 1930. In 1934, he traveled to Moscow to the Comintern school where he stayed till 1938. On his return he was appointed to the CC of the party but came into conflict with Musa. In 1940 he was accused of attempting to lead the police to the party’s secret printing press whereupon he was expelled and party members were forbidden to associate with him. Nevertheless, he gathered round him a group of educated youth in Haifa who continued to identify him with the party. He played an important role in bringing about the party split in 1943 and was instrumental in creating the NLL. During the forties he played a prominent role in the Arab labor movement. In 1948 he opposed partition and was expelled from the NLL.
[98] Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., p. 2. Nadi Shu’a al Amal described itself as “anti-fascist” and called for greater democracy in the country and the organization of Arab workers. Among its members were two future leaders of the NLL, Emil Tuma andTouficToubi. It ceased to exist soon after the formation of the FALT.
[99] Notes on the Federation of Arab Trade Unions, by Y Chudleigh (Inspector of Labor), July 15,1943, ISA 31/42-258.
[100] Illihad Nakabat wa Jamiyat al Umal al Arabiya (FALT)
[101] Memo Submitted by the Federation to the Wages Committee in Jerusalem (Haifa 1942), p. 2-3 (Arabic pamphlet).
[102] Memo Submitted by the Federation to the Wages Committee in Jerusalem (Haifa 1942), p. 2-3 (Arabic pamphlet).
[103] The Histadrut also fielded an Arab labor organization, The Palestine Labor League. A Labor Department report credited it with five hundred members. See Department of Labor Annual Report 1942, op. cit., p. 27.
[104] Memo of A Yassin (Labor Department) January 25,1943, on First PAWS Conference held in Jaffa, January 22, ISA 1440. A report by Chudleigh, “Progress of the Palestine Arab Trade Union Movement, during 1943,” dated September 13,1943, gave the following membership figures: Haifa, 4,000; Jaffa, 1,700; Jerusalem, 1,234.
[105] Nadi al Shaab was organized by Said Kabalan and Emil Habibi, two of Musa s supporters in the struggle against the Haifa grimp of B Farah, in October 1942. It was taken over by the latter’s group in May 1943/when the Party was undergoing a process of dissolution.
[106] In its memo submitted to the Wages Committee in November 1942, the FAIT had asked for the fixing of a minimum wage for unskilled Arab labor of250 mills a day. See Memo of Federation, op. cit., pp. 10-11.
[107] Falastin, July 26,1943.
[108] The most active members were Abdullah Bandak, Khalil Shannir, and Khaled Zagmouri. Bandak, a party member since 1933, was active in the student movement during the war years and in publishing. He was later to play an important role in the NLL and in the LAI. The other two, both workers, were active in the party since the mid-thirties.
[109] AlDifatJ\Ay 26,1943.
[110] Conference of Arab Workers in the Military Camp$, Jaffa, April 4,1943 (Arab pamphlet), p. 5
[111] Nidal al Shaab N 5/26, April 1943. Special issue on the First Conference of Civilian Arab Workers in the Military Camps. Speech of D Turujman, p. 3.
[112] Ibid., p. 4. Speech of Emil Habibi.
[113] Al Ghad (The Morrow) was first brought out in 1938 as the organ of the Arab Students’ League, by Abdullah Bandak, and ceased publication in 1941. It was open to all shades of opinion and many of the future leaders of the NLL served their apprenticeship on its pages. When it was republished in 1945, it was as the organ of the League of Arab Intellectuals.
[114] “Minutes of Decisions of Congress held in Jaffa, 4 April 1943 by Civilian Arab Workers in the Military Camps.” Memo in English submitted by the PAWS to the Labor Department, April 20,1943.
[115] Leaflet of CC of Arab Workers in the Camps, and of Jaffa AWS, quoted in memo of A Yassin, May 9,1943. “The AWS and Non-Participation in the Strike Declared by the Histadrut,w ISA 1440.
[116] FO 371/35030/1922 War Office Report, May 1943.
[117] A government source gave the figure of 1,600 paid-up members in 1942. See Department of Labor Annual Report, 1942, op. cit., p. 28. In 1943, the FAIT claimed a membership of2,300. See Progress of Palestine Arab Trade Union Movement during 1943, op. cit. p. 2. A government labor inspector estimated that it spoke for 4,000-5,000 workers. See Notes on the Federation of Arab Trade Unions, by Y Chudleigh, July 15,1943. ISA 1/31/42-258, p. 2.
[118] Notes on the Federation, loc. cit.
[119] Ibid.
[120] Progress of Palestine Arab Trade Union Movement, op. cit., p. 3.
[121] Ibid. The PAWS succeeded in winning over the Nazareth AWS early in 1943.
[122] Notes on the Federation, loc. cit.
[123] Ibid., and Memo of Federation, op. cit., p. 20.
[124] Memo of the Federation of Arab Trade Unions to the Chief Secretary, September 1943. ISA 65/1574.
[125] Although the PAWS did not engage in political activities, party members who were active in the labor movement seized every suitable occasion to call for support for the war effort, e.g. Odeh al Ashab (a party member) addressing a First of May meeting in Jaffa, 1943, admonished the workers that “the first duty of Arab workers is to struggle against Nazism.” His speech was full of pro-Soviet propaganda, but there was no mention of independence for Palestine, while socialism was prescribed as the cure-all for every existing problem in an indefinite future. See Speeches of Odeh al Ashab, ISA 65/3048.
[126] Notes on the Federation; loc. cit.
[127] Memo of Federation of Arab Trade Unions to Mr. Boyd (an offical of the Middle East Section of the CO who was on a visit to Palestine), July 9,1943, p. 1. ISA 65/348.
[128] Ibid.
[129] Ibid., p. 2.

