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| The Palestine Communist Party, 1919-1948 Arab & Jew in the Struggle for Internationalism Musa Budeiri Ithaca Press, 1979 – Haymarket Books, 2010 © 1979 Musa K. Budeiri |
Extraits. Traduction à partir de l’anglais par nous [ROCML]
Chapitre 7
Le Mouvement national communiste arabe
Le Congrès des travailleurs arabes
A. Les communistes et le mouvement ouvrier arabe
Avant la scission du PCP en 1943, les communistes arabes militaient au sein des deux organisations ouvrières arabes rivales, la FALT et les différentes branches de la PAWS[1]. La création de la NLL au début de l’année 1944 fut un triomphe pour le groupe d’opposition de Haïfa qui avait lui-même lancé la FALT lors de sa lutte contre la direction du parti. Cependant, avec la création de la NLL, un nouveau cadre organisationnel fut mis en place, rendant la FALT superflue. Parallèlement, la disparition du PCP unifié avait affaibli les partisans de Musa au sein du mouvement ouvrier, qui étaient actifs dans les rangs de la PAWS, et les avait réconciliés avec leurs ennemis de Haïfa, désormais à la tête du seul groupe communiste arabe organisé. Cette convergence s’est traduite par un changement de ligne au sein de la FALT. Bien qu’ elle ait continué d’exister pendant un certain temps, ses dirigeants, qui étaient désormais également à la tête de la NLL, privilégiaient une action dans le cadre de la PAWS. Cela a contribué à combler davantage le fossé entre le groupe de Haïfa et les anciens partisans de Musa à Jaffa et Jérusalem. Cette nouvelle ligne se traduisit par l’abandon des tentatives visant à recruter de nouveaux membres et par une attitude plus positive envers la PAWS. Les nouvelles candidatures étaient désormais rejetées et les candidats invités à rejoindre les sections existantes de la PAWS[2], tandis qu’Al Ittihad, l’organe de la FALT, appelait sans cesse à la collaboration entre toutes les sections du mouvement ouvrier arabe et à la création d’ un nouveau cadre qui réunirait la FALT et la PAWS,
La FALT est restée numériquement plus faible que son rival et n’a pas réussi à se faire accepter comme partenaire légitime au sein du mouvement syndical. Il remporta néanmoins un succès majeur en lançant un hebdomadaire, Al Ittihad[3] Un éditorial du premier numéro soulignait la contribution de la classe ouvrière arabe et du peuple arabe de Palestine à la lutte pour vaincre le nazisme. Il déclarait, parmi ses objectifs, de familiariser ses lecteurs avec les luttes ouvrières à travers le monde, afin de permettre aux travailleurs arabes de tirer parti des expériences des autres dans la lutte commune pour la création d’"un monde libre et heureux"[4]. Son deuxième objectif majeur était de poursuivre la lutte économique quotidienne des travailleurs arabes pour améliorer leurs conditions économiques, sociales et culturelles et d’unir leurs efforts au sein d’un mouvement fort. L’éditorial poursuivait en expliquant qu’en défendant les droits des "masses laborieuses du peuple", il servait les intérêts de la Palestine arabe dans son ensemble et montrait au monde le visage progressiste du mouvement national arabe.
Dès le début, Al Ittihad a bénéficié du soutien des branches de gauche de la PAWS. En réponse à une lettre adressée par le rédacteur en chef du journal à toutes les organisations syndicales arabes les appelant "à participer à la rédaction du journal des travailleurs" en envoyant des représentants pour prendre part à des réunions périodiques visant à définir sa ligne directrice[5], quatre organisations affiliées à la PAWS ont répondu favorablement. Les associations ouvrières arabes de Jérusalem, Ramallah, Bethléem et Beitjala ont accepté d’envoyer leurs représentants et ont proposé la formation d’un conseil administratif central, appelant toutes les autres organisations syndicales arabes à soutenir Al Ittihad en tant que porte-parole légitime de la classe ouvrière arabe en Palestine[6].
Au cours des deux premières années de son existence, Al Ittihad a consacré une attention considérable aux questions syndicales et à l’activité des organisations syndicales arabes. Il est important de considérer les points de vue exposés par le journal non pas comme représentant uniquement les opinions d’un certain nombre de syndicalistes, mais comme constituant une composante idéologique importante de l’ arsenal des communistes arabes. Al Ittihad servait d’organe à la fois du mouvement ouvrier arabe et de la NLL, et ses rédacteurs en chef ainsi que ses contributeurs les plus assidus étaient les dirigeants politiques de la NLL. La plupart des articles relatifs aux affaires du mouvement ouvrier étaient rédigés par Farah, lui-même l’un des fondateurs de la NLL[7].
Les communistes arabes considéraient que leur rôle au sein du mouvement ouvrier consistait à défendre et à protéger les intérêts des travailleurs arabes en exigeant la fin de la politique de "discrimination salariale" menée par le gouvernement, et en dénonçant les disparités existantes en matière de salaires et de conditions de travail entre les travailleurs arabes et juifs[8]. Le gouvernement fut appelé à accorder une reconnaissance officielle aux organisations syndicales arabes[9] et critiqué pour "ne pas créer les conditions nécessaires" au développement du syndicalisme[10], avec l’instauration de la négociation collective par l’adoption de la législation du travail pertinente[11]. Les syndicats d’entreprise furent dénoncés comme une tentative des entreprises étrangères de contrecarrer l’organisation syndicale indépendante, tout comme les bourses de l’emploi privées qui faisaient payer des frais aux travailleurs pour leur trouver un emploi[12], et le gouvernement fut appelé à créer des bourses publiques et à interdire les bourses privées[13]. L’attitude envers le ministère du Travail était ambivalente. Au départ, celui-ci fut salué pour avoir donné l’impulsion à l’organisation syndicale et pour avoir conféré une légalité à l’activité organisationnelle spontanée des travailleurs[14]. Cette défense de l’activité du ministère s’explique par le soutien et la coopération que la FALT avait reçus de la part du ministère du Travail lors de sa création, et en particulier de la part d’un des inspecteurs du travail, Y. Chudleigh[15]. Les défaillances du ministère ont été attribuées à « l’opposition d’éléments réactionnaires au sein de l’administration » à ses activités[16]. Mais après avoir sans cesse insisté sur le fait que le rôle du département consistait "non seulement à recenser les conditions de travail des ouvriers, mais aussi à les transformer", Al Ittihad a critiqué le département pour être devenu "un instrument docile entre les mains du gouvernement"[17]. Le devoir du mouvement ouvrier arabe était de faire pression sur le gouvernement pour qu’il se conforme à un certain nombre de revendications : la mise en place d’un régime d’assurance sociale et de retraite, la fixation d’un salaire minimum et d’une durée minimale de travail, l’égalisation des salaires des travailleurs arabes avec ceux des non-Arabes[18], la mise en place de conseils de surveillance avec la participation des travailleurs, la révision des lois interdisant les grèves, la mise en oeuvre d’un enseignement primaire obligatoire et gratuit, et le lancement de programmes de construction d’écoles, d’hôpitaux et de routes afin d’absorber les travailleurs menacés par un chômage imminent à la fin de la guerre[19].
Une série d’articles expliquant l’importance de l’organisation "comme fondement de la réussite" dans la lutte entre travailleurs et employeurs soulignait également la nécessité d’un mouvement syndical fort pour attirer l’attention des dirigeants traditionnels du mouvement national et pour jouer son rôle "dans la lutte nationale et dans la création d’une nouvelle société sans exploitation"[20]. Afin de pouvoir montrer le visage progressiste du mouvement syndical à l’étranger, de démentir les affirmations de l’Histadrut selon lesquelles ses opposants en Palestine étaient des "effendis féodaux réactionnaires", et d’ avoir voix au chapitre au sein des conseils nationaux et dans les décisions politiques concernant l’avenir de la Palestine et les affaires des travailleurs, il était nécessaire d’unir toutes les organisations syndicales arabes au sein d’un "conseil syndical arabe supérieur"[21]. Tout en rejetant la prétention de la PAW à la direction du mouvement ouvrier, les communistes arabes indiquèrent qu’ils étaient disposés à collaborer avec les dirigeants de la PAWS. La nouvelle direction qu’ils proposaient s’appuierait sur l’expérience des organisations plus anciennes comme la PAWS, et sur la conscience et la vision progressiste de nouvelles organisations comme la FALT[22].
Peu après sa création, Al Ittihad fut contraint de se défendre contre des accusations, formulées sous le prétexte de "l’intérêt national", selon lesquelles il portait atteinte à l’unité nationale en appelant à la création d’une organisation syndicale indépendante et à une lutte économique contre les employeurs. F. Nassar[23] répondit à ces attaques en affirmant le rôle politique du mouvement ouvrier, qui consistait à montrer "le visage progressiste de notre lutte aux forces démocratiques populaires du monde entier", et nia que le HCA, formé à la demande de la Ligue arabe, fût représentatif des habitants arabes de la Palestine[24]. Malgré cela, le mouvement ouvrier était prêt à coopérer avec d’autres classes en Palestine, "les paysans, les petits capitalistes et les propriétaires fonciers", sur la base d’un "intérêt commun contre l’impérialisme"[25]. Il le faisait néanmoins en sachant que son devoir consistait à détourner les deux autres classes de la concentration de leurs efforts sur la lutte contre le sionisme, et à les orienter contre le "principal ennemi" du mouvement national arabe, l’impérialisme britannique.
Les communistes arabes prenaient soin d’expliquer que leur principale préoccupation était la lutte nationale pour l’indépendance et que le devoir du mouvement ouvrier était de "soutenir l’économie nationale au stade actuel de la lutte de libération nationale"[26]. Les employeurs arabes devaient être traités différemment des employeurs étrangers; alors que ces derniers constituaient des "obstacles sur la voie de l’indépendance"[27], les travailleurs arabes étaient conscients de la nécessité de renforcer l’unité nationale et ne voulaient "pas mettre en difficulté l’économie nationale"[28]. La coopération et le sacrifice mutuel des deux côtés étaient nécessaires pour que les travailleurs ne soient pas exploités sous le prétexte de “slogans nationalistes”; on fit valoir aux employeurs que l’octroi de salaires plus élevés était dans leur propre intérêt, car cela conduirait à une productivité accrue et à une augmentation des ventes de leurs produits grâce à l’amélioration du pouvoir d’achat d’une large partie de la population[29]. Farah rejeta les attaques "patriotiques" contre le mouvement ouvrier arabe, les qualifiant de fondées sur l’assimilation de "l’intérêt national" à une petite partie de la population qui se tenait à la tête du mouvement national et qui "craignait de perdre une partie de ses profits", et souligna que la lutte des travailleurs constituait un élément fondamental du mouvement national[30]. La classe ouvrière était présentée comme constituant "un tiers de la population arabe" et comme la seule classe qui "s’agrandissait de jour en jour grâce au développement de l’industrie". Il était donc tout à fait légitime que le mouvement ouvrier participe à la lutte en fonction de ses propres intérêts, d’autant plus que la lutte nationale n’était "pas l’apanage d’une classe particulière"[31]. Allant encore plus loin, il déclara que la classe ouvrière était "la classe la plus importante de la société" et celle qui avait le plus à gagner à "libérer l’humanité du régime actuel d’exploitation et d’ esclavage national"[32]. Dans le cas spécifique de la Palestine, les travailleurs arabes étaient directement menacés par l’afflux d’immigration juive et les transferts de terres à des sociétés juives, ce qui entrainait inévitablement une hausse du chômage et la migration d’un grand nombre de paysans vers les villes à la recherche d’emplois rares. La classe ouvrière avait un intérêt direct à s’engager dans la lutte politique pour défendre ses propres droits menacés, et à influencer les évènements de manière à garantir que le régime économique et politique existant dans le pays soit démocratique, afin de lui permettre de réaliser ses objectifs[33].
Les divergences entre les sections de gauche du PAWS et la direction centrale de l’organisation à Haïfa se sont manifestées plus clairement avec la montée en puissance de la NLL qui, grâce à la large diffusion de son organe Al Ittihad, a pu atteindre les simples membres du PAWS[34]. Les communistes contrôlaient désormais les organisations syndicales de Jérusalem, Jaffa et Gaza, ainsi qu’un certain nombre de sections plus modestes, ce qui ne laissait à la direction du PAWS que le contrôle de Haïfa et de nombreuses sections rurales comptant un nombre insignifiant d’adhérents. La fracture entre les deux factions du mouvement se fit sentir sur un certain nombre de questions. Surtout, la direction de la PAWS s’opposait à la participation des travailleurs aux affaires politiques, tandis que la gauche profitait de chaque rassemblement syndical pour faire valoir ses revendications politiques auprès du gouvernement et de la direction nationale[35]. Dans le même temps, les sections de gauche ont ouvertement déclaré leur affiliation au mouvement communiste. Plusieurs dirigeants éminents des organisations syndicales de Jérusalem, Jaffa et Nazareth écrivaient régulièrement pour Al Ittihad, tandis que certains responsables des sections de la PAWS occupaient des postes officiels au sein de la NLL[36]. Les rassemblements des branches de gauche adoptaient de plus en plus de résolutions politiques exigeant l’élargissement des libertés démocratiques dans le pays, et se prononçaient ouvertement en faveur de l’Armée rouge et de l’URSS[37]. À Haïfa, en revanche, les célébrations organisées à l’occasion du 1er mai se caractérisaient par des attaques contre les communistes arabes, accusés de "tromper les travailleurs", et contre l’Union soviétique[38]. Une autre divergence portait sur l’attitude à l’égard des travailleurs juifs en Palestine. Alors que tous condamnaient à l’unanimité l’Histadrut, en particulier ses tentatives de recrutement de travailleurs arabes, la gauche affirmait que les travailleurs arabes étaient prêts à collaborer avec les travailleurs juifs, et les divergences qui existaient étaient qualifiées de "contradictions superficielles" pouvant être résolues de manière satisfaisante[39]. Les membres des branches de gauche prirent l’initiative d’organiser des réunions entre ouvriers arabes et juifs afin de mettre en place des comités d’action conjoints sur les lieux de travail, tout en soulignant que ces organisations devaient rester à l’abri de toute ingérence de l’Histadrut[40].
La montée en puissance de la gauche au sein de la PAWS ne se reflétait toutefois pas dans ses instances décisionnelles. Bien que la gauche contrôlât les principales organisations syndicales du pays, à l’exception du centre de Haïfa, Sami Taha, le dirigeant de la PAWS, conservait le contrôle des sections rurales, qui lui assuraient toujours la majorité chaque fois qu’une question importante était soumise au vote. La gauche concentra ses efforts sur deux fronts. Le premier consistait à faire pression sur la direction pour qu’elle coopère avec la FALT, et le second concernait la démocratie au sein du mouvement syndical. Elle réclamait des modifications des règles organisationnelles afin d’accorder le même poids électoral aux grandes et aux petites organisations, ainsi que la tenue d’élections au comité exécutif de la PAWS. Pourtant, malgré la force évidente des sections de gauche, Taha continuait de les ignorer. Son contrôle de l’organisation centrale et sa majorité acquise menaçaient les dirigeants communistes des sections de gauche de liquidation. Cette crainte, associée à la politique autoritaire de Taha, coïncidait avec le désespoir de la NLL de pouvoir apporter le moindre changement au sein de la direction de la PAWS, et les poussa à oeuvrer activement à la scission de l’organisation[41].
B. La scission du mouvement ouvrier et la création du Congrès des travailleurs arabes
Les origines immédiates de la scission survenue en aout 1945 remontent aux divergences entre les branches de gauche de la PAWS et sa direction concernant la composition de la délégation ouvrière arabe à la Conférence de Londres du Mouvement syndical mondial, qui s’est tenue en février 1945. [La Conférence syndicale mondiale réunie à Londres du 6 au 17 février 1945 préparait la fondation de la Fédération syndicale mondiale – F.S.M., réalisée lors du Premier Congrès syndical mondial, tenu à Paris du 3 au 8 octobre 1945.] La gauche insistait pour que la délégation soit représentative des différentes nuances d’opinion au sein du mouvement ouvrier, et pour utiliser cette tribune internationale afin de montrer que les travailleurs arabes "faisaient la distinction entre Juifs et sionistes" et que l’objectif du mouvement national arabe était "de libérer les masses arabes et juives de l’exploitation et du sionisme"[42]. Finalement, Taha parvint à contrecarrer les tentatives de la gauche visant à bloquer la candidature de son propre candidat, l’avocat Hana Asfour, en acceptant un compromis prévoyant qu’un représentant de la FALT soit également inclus dans la délégation[43]. L’affaire ne fut toutefois pas résolue à la satisfaction de la gauche. Le gouvernement britannique, tout en accordant des visas à Taha et à Asfour, en a refusé un au délégué de la FALT, Farah[44], et lorsqu’il a finalement autorisé ce dernier à se rendre à Londres[45], il est arrivé en retard à la conférence et n’a obtenu qu’un statut d’observateur[46].
L’incapacité de la délégation arabe à la Conférence de Londres à empêcher l’adoption d’une résolution soutenant la création d’un “foyer national”[47] a conduit à de nouveaux désaccords entre la gauche et la direction du PAWS. Alors que ces derniers critiquaient l’URSS pour son soutien à la résolution pro-sioniste, la gauche défendait la position soviétique et l’expliquait par la nécessité de maintenir l’unité du mouvement ouvrier international face aux "tentatives des forces réactionnaires" de le diviser[48]. De plus, la gauche attribuait l’échec des Arabes à la structure interne de la PAWS et à son incapacité à faire appel aux "forces progressistes" du mouvement ouvrier international[49].
L’étincelle qui a déclenché la scission au sein de la PAWS a été la décision d’une conférence syndicale[50] de nommer une nouvelle fois Taha et Asfour comme délégués à la Conférence syndicale mondiale qui devait se tenir à Paris. Au cours de la réunion, Taha avait passé outre les objections des sections de gauche à la nomination d’Asfour et aurait menacé "de dissoudre toute organisation" qui s’opposerait à ses décisions[51]. Les représentants des sections de Jérusalem, Jaffa et Gaza se sont retirés de la réunion en signe de protestation et, quelques jours plus tard, ont publié une déclaration annonçant leur retrait de la PAWS et leur intention d’organiser un congrès syndical pour élire une délégation syndicale à Paris et formuler "un cadre constitutionnel et organisationnel pour le mouvement syndical"[52].
Les branches de gauche ont justifié leur retrait de la PAWS en invoquant un certain nombre d’abus qui, selon elles, avaient entrainé une "stagnation" dans le développement du mouvement ouvrier arabe et son isolement sur la scène internationale. Elles ont souligné l’absence de démocratie au sein de la PAWS, où "aucune élection n’avait eu lieu depuis plus de dix ans", ainsi que les méthodes dictatoriales de Taha, qui imposait ses opinions aux sections du mouvement[53]. Elles ont en outre fait remarquer que les affaires financières du mouvement étaient tenues secrètes, même à l’égard des membres dirigeants, que la majorité des sections rurales "n’existaient que sur le papier", et que l’objectif principal du mouvement avait été de créer des coopératives plutôt que de mettre en place une organisation syndicale[54]. Abordant la nomination de H. Asfour en tant que délégué aux conférences internationales, les sections dissidentes ont expliqué que Taha "l’avait imposé au mouvement ouvrier" au moment de la Conférence de Londres, malgré l’opposition des sections les plus importantes, et qu’il avait tenté de le faire à nouveau. Leur opposition à Asfour reposait sur le fait qu’il était "un propriétaire foncier qui ne représente pas les intérêts des travailleurs", et que sa présence aux conférences internationales était exploitée par les sionistes pour prétendre que le mouvement ouvrier arabe était "dirigé par des effendis"[55]. Un rapport rédigé par un responsable du ministère du Travail a corroboré la plupart des allégations formulées par les sections de gauche concernant l’absence de démocratie et le caractère non représentatif des délégations choisies par la direction de la PAWS, et a conclu en affirmant que "ce ministère estime que les actions des dissidents étaient justifiées"[56].
Le congrès convoqué par les sections de gauche de la PAWS s’est tenu le 19 aout 1945, en présence de représentants des trois grandes sections qui avaient initié la scission, ainsi que de huit sections plus petites. Étaient également présents des représentants de la FALT, du syndicat des travailleurs de l’IPC, du syndicat des travailleurs des raffineries consolidées, ainsi que de divers petits syndicats, dont la plupart étaient restés en dehors des deux organisations rivales[57]. Bien qu’une invitation ait été adressée à la direction du PAWS pour qu’elle participe à la réunion[58], celle-ci a été rejetée. Au lieu de cela, une petite foule a attaqué la réunion, et par la suite, des attaques similaires ont été menées contre les bureaux de la FALT à Haïfa, et des efforts ont été déployés pour faire fermer certaines des organisations sécessionnistes[59].
Le congrès a élu un comité exécutif composé des responsables de l’AWS à Jérusalem, Jaffa et Gaza, ainsi que de Farah, qui était secrétaire de la FALT, de M. Amer, membre du comité central de la NLL, et de F. Nassar, responsable de l’AWS à Nazareth[60]. Il a ensuite élu les deux dirigeants de la NLL, Farah et Amer, comme délégués à la Conférence de Paris[61]. Le congrès a également adopté un certain nombre de résolutions portant à la fois sur des questions économiques et politiques. Dans le domaine économique, les résolutions réclamaient une législation du travail gouvernementale visant à protéger les travailleurs, des programmes de construction pour lutter contre le chômage, la création de centres de formation industrielle gratuits et d’écoles d’agriculture, et ont publié une multitude de déclarations de soutien à diverses autres questions syndicales[62]. Les résolutions politiques appelaient à la mise en place d’un gouvernement démocratique indépendant dans le pays, garantissant les droits économiques, sociaux et politiques de tous ses habitants et, tout en déclarant une opposition ferme au sionisme et à l’immigration juive, soulignaient la nécessité "d’expliquer au peuple juif que le soutien au sionisme était contraire à ses propres intérêts". Le gouvernement a été appelé à supprimer la censure politique et à instaurer les libertés démocratiques, à purger les services gouvernementaux de tout "élément réactionnaire", à libérer les prisonniers politiques arabes, à organiser des élections démocratiques pour les conseils municipaux et locaux, et à modifier le contenu des programmes scolaires afin de leur conférer un “contenu national démocratique”[63].
La création du Congrès des travailleurs arabes (AWC) a donné raison à ces membres du NLL qui avaient soutenu que la gauche était suffisamment forte pour fonder sa propre organisation syndicale indépendante, et que les sections de gauche au sein du PAWS bénéficiaient du "soutien de 80 % du mouvement syndical arabe"[64]. La scission a laissé le centre de la PAWS à Haïfa "dans une position précaire" et les nouveaux comités créés dans les villes où la scission avait pris effet n’avaient "aucune base"[65]. Les arguments avancés par Nassar et d’autres dirigeants de la NLL favorables à la scission s’articulaient autour de l’idée que Taha lui-même rendait impossible pour la gauche de rester au sein de la PAWS tout en menant une politique active. Si tel était le cas, il est probable que Taha était tout aussi heureux de se débarrasser de la gauche. Cependant, ce que la scission avait révélé, c’est que la gauche au sein de la PAWS bénéficiait du soutien d’une écrasante majorité des membres actifs, ce qui jette en soi le doute sur les craintes de "liquidation" invoquées par les communistes comme l’une des raisons justifiant la nécessité de la scission. En fin de compte, les communistes réussirent à mettre en place une solide organisation syndicale indépendante de la PAWS basée à Haïfa, mais cette dernière ne disparut pas. Elle parvint rapidement à retrouver sa force et finit par devenir peut-être plus importante en nombre que l’AWC elle-même. Les communistes avaient longtemps fait campagne contre Taha en raison de son refus de coopérer avec la FALT, et du double emploi des efforts qui en résultait, et l’accusaient de "diviser" le mouvement syndical arabe. Néanmoins, peu après la scission, le redressement de la PAWS les a amenés à renouveler leurs appels à l’unité adressés à Taha. Ceux-ci ont toutefois été continuellement rejetés par la PAWS, et au moment de la partition en 1948, le mouvement ouvrier arabe était toujours divisé en deux factions rivales, une situation qui s’était largement installée grâce au succès des communistes dans la scission de la PAWS en aout 1945.
C. Activité du Congrès des travailleurs arabes
Bien que cette nouvelle organisation syndicale soit née d’une scission, elle connut un succès quasi immédiat. Outre le fait d’avoir rallié à ses rangs la majorité des membres actifs de la PAWS, la FALT, dont les dirigeants avaient participé à la création de l’ AWC, a rapidement annoncé sa propre dissolution et a fusionné avec la nouvelle organisation[66]. Au sein de la communauté arabe, le nouveau syndicat, malgré sa direction ouvertement communiste, a été accueilli favorablement par un groupe de jeunes professionnels, ainsi que par ceux qui s’opposaient à l’hégémonie du mufti sur le mouvement national et qui voyaient dans sa création une remise en cause de son monopole sur l’autorité[67]. Un coup de pouce supplémentaire vint de la décision prise par les dirigeants de la FALT et les rédacteurs en chef d’Al Ittihad de transférer la propriété de la revue au Comité exécutif de l’AWC, qui en assuma la responsabilité de la publication en septembre 1945 [68]. La plus grande réussite de l’AWC fut toutefois le succès de sa délégation à la Conférence syndicale de Paris, qui fut accréditée en tant que représentante du mouvement syndical arabe en Palestine[69].
La reconnaissance internationale que conférait la participation de l’AWC à un rassemblement syndical international a renforcé son prestige en interne. Dans son discours prononcé lors de la conférence, Amer a critiqué la décision de la Conférence de Londres en faveur d’un “foyer national”, a condamné le sionisme en le qualifiant d’instrument du capitalisme international, et a déclaré que les travailleurs arabes et juifs avaient des intérêts communs et devaient lutter ensemble contre le sionisme et pour l’indépendance de la Palestine[70]. Au final, la délégation de l’AWC remporta un double triomphe. Avec d’autres délégués arabes, elle soutint et obtint la nomination du délégué communiste libanais Moustafa Al-Aris au poste de représentant du Proche-Orient au sein du comité exécutif de la Fédération internationale, s’opposant ainsi à la candidature d’un délégué de la Histadrut originaire de Palestine. Elle réussit également à bloquer l’adoption d’une résolution pro-sioniste similaire à celle adoptée lors de la Conférence de Londres[71]. À son retour en Palestine, des réunions ont été organisées dans diverses villes pour célébrer le retour de la délégation, et l’AWC a saisi cette occasion à la fois pour faire connaitre ses revendications politiques et économiques locales, et pour expliquer que la lutte de la Palestine pour l’indépendance était similaire à celle menée par d’autres peuples coloniaux, et qu’il était nécessaire d’établir des contacts avec les forces démocratiques extérieures afin d’obtenir leur soutien[72].
Huit mois après sa création, l’AWC a tenu un deuxième congrès consacré principalement à l’examen de son projet de constitution[73]. La constitution, qui fut approuvée après quelques modifications mineures, contenait les engagements habituels de lutter pour l’unité du mouvement ouvrier, pour une législation du travail, pour la reconnaissance des syndicats arabes, pour la mise en place de régimes de retraite et d’assurance sociale, et pour "la protection des travailleurs face aux employeurs" par l’introduction de diverses mesures règlementant les horaires, les salaires et les indemnités de congés payés[74]. Deux des articles de la constitution revêtaient une importance frappante. Premièrement, bien qu’elle définisse les objectifs de l’AWC comme "l’organisation et l’unité des travailleurs arabes en Palestine", elle déclarait également son intention d’"oeuvrer pour la coopération et la solidarité de tous les travailleurs palestiniens, indépendamment de leur nationalité, de leur couleur de peau, de leur religion ou de leurs convictions politiques". Le second affirmait le caractère non sectaire de l’AWC et déclarait sa volonté de "coopérer avec tous les partis et associations oeuvrant pour la liberté et l’indépendance de la Palestine, ainsi qu’à l’établissement d’un gouvernement démocratique où tous les citoyens jouiraient de droits et de responsabilités égaux"[75]. Ce deuxième congrès, qui a approuvé les statuts de l’AWC, a également revêtu une importance particulière dans la mesure où plusieurs travailleuses y ont participé en tant que déléguées, et où le nouveau Comité central élu par le congrès comptait deux femmes parmi ses membres[76]. Mettant largement en avant le caractère démocratique des travaux de la réunion, les résolutions du congrès appelaient le PAWS à s’unir à l’AWC sur la base de la "constitution adoptée démocratiquement" de cette dernière, et appela les dirigeants du mouvement national à instaurer l’unité nationale sur la base d’"élections libres et populaires"[77].
La politique menée par l’AWC se caractérisait par un soutien à l’action militante politique et économique, ainsi que par des tentatives de création de comités d’action conjoints arabo-juifs afin de défendre des revendications économiques communes sur le lieu de travail. Même lorsqu’elle critiquait l’activité des travailleurs juifs dans les camps militaires, où la majorité des travailleurs étaient arabes, elle affirmait qu’"il n’y a pas de différences entre les travailleurs arabes et juifs" et que son opposition à l’activité de certains contremaitres juifs n’était "pas parce qu’ils sont juifs, mais en raison de leurs préjugés politiques"[78]. Les grèves conjointes menées par Arabes et Juifs étaient défendues, et l’AWC avertissait que l’opposition arabe à une telle activité, qui était de nature apolitique, faisait le jeu des propriétaires d’entreprises, qui attisaient les divisions raciales pour empêcher l’unité syndicale[79]. Les membres des sections locales de l’AWC ont joué un rôle déterminant dans l’organisation de réunions conjointes entre travailleurs arabes et juifs et les ont largement médiatisées pour démontrer la capacité des Arabes et des Juifs à travailler ensemble dans la poursuite de leurs intérêts communs[80]. Lorsqu’une grève des employés du Département des postes et télégraphes éclata en 1946, qui dura deux semaines et "paralysa pratiquement l’administration, y compris les chemins de fer et les communications postales"[81], l’AWC la qualifia de "grève historique … la première fois en Palestine que des travailleurs arabes et juifs s’unissaient pour montrer qu’ il n’y avait aucune différence entre eux et qu’ils avaient un ennemi commun"[82]. Une déclaration commune a été publiée par la NLL et le PCP pour soutenir la grève[83] et l’AWC a envoyé une délégation pour manifester sa solidarité avec les grévistes et a appelé tous les employés du gouvernement à se joindre à des grèves de solidarité. Nassar, le secrétaire de l’AWC, est intervenu activement dans la grève, exhortant les dirigeants de la grève, sans succès, à ne pas accepter de compromis et à poursuivre la grève jusqu’à ce que les revendications de tous les grévistes, tant les fonctionnaires que les ouvriers, soient satisfaites[84].
L’AWC s’est montrée particulièrement active auprès des travailleurs arabes des camps, organisant à leur intention un congrès spécial auquel ont participé 120 délégués et qui a présenté leurs revendications aux autorités militaires[85]. N’ayant obtenu aucune réponse positive, elle a appelé à une grève nationale d’une journée[86] qui a reçu un écho unanime, 50.000 travailleurs arabes et juifs ayant répondu à l’appel[87]. Elle finit par être reconnue par les autorités des camps comme le seul représentant des travailleurs arabes dans les camps à travers le pays[88]. Des tentatives furent également faites pour syndiquer les travailleurs des villages, et un comité de l’AWC fut créé pour s’occuper des affaires villageoises[89]. Le gouvernement a été appelé à indemniser les agriculteurs pour les terres qui leur avaient été confisquées au profit de l’armée; à donner la priorité à l’emploi de ceux dont les terres avaient été réquisitionnées; à construire des châteaux d’eau, des dispensaires et des écoles dans les villages; à mener à bien des projets d’irrigation, à fournir aux agriculteurs des semences et des prêts sans intérêts; à ramener les impôts à leur niveau d’avant-guerre; et à mettre en place des conseils locaux élus démocratiquement dans tous les villages et à leur confier des tâches à responsabilité[90]. Une conférence visant à discuter du problème du chômage a également été organisée, à laquelle ont participé un certain nombre d’employeurs et de représentants des partis politiques, et qui a fait peser sur le gouvernement la responsabilité de trouver une solution à ce problème. Les intervenants de l’AWC ont présenté des propositions concrètes visant à lutter contre le chômage, telles que l’augmentation des droits de douane, l’interdiction des heures supplémentaires, l’interdiction du recours à la main-d’oeuvre des prisonniers de guerre, la dérèglementation des matériaux de construction, l’arrêt de l’immigration et le lancement de programmes de construction, notamment d’écoles, d’hôpitaux et de routes, afin d’absorber la main-d’oeuvre au chômage[91].
Dans le domaine politique, l’AWC a organisé les célébrations traditionnelles du 1er mai et adopté des résolutions appelant à la libération des prisonniers politiques, à l’interdiction de l’immigration et à la mise en place d’un gouvernement démocratique indépendant[92]. À l’occasion de grèves nationales, telles que l’anniversaire de la déclaration Balfour, l’AWC a répondu à l’appel à la grève lancé par les dirigeants nationaux[93] et a profité de l’évènement pour organiser des réunions publiques afin de faire pression sur les dirigeants nationaux pour qu’ils mettent en place un "HCA démocratiquement représentatif" comprenant en son sein "des représentants des ouvriers et des paysans"[94].
Le rôle politique que certains dirigeants de l’AWC souhaitaient voir l’organisation jouer[95] a, pendant un certain temps, donné à celle-ci l’apparence d’un parti politique. Lorsque Jamil Mardam, le délégué de la Ligue arabe, vint en Palestine pour tenter de mettre en place un nouveau HCA, Nassar prit la tête d’une délégation de l’AWC pour s’entretenir avec lui, et lui fit comprendre la nécessité d’inclure un représentant du mouvement ouvrier au sein du futur comité[96]. En février 1946, une déclaration fut publiée appelant le peuple arabe à boycotter la Commission d’enquête anglo-américaine[97], tandis que J. Husseini, qui avait déclaré que les dirigeants nationaux étaient prêts à coopérer avec la commission, fut critiqué pour son "action source de division", et la prétention du HCA à représenter l’opinion arabe fut remise en question[98]. Lorsque le rapport de la commission fut rendu public, l’AWC présenta ses conclusions comme la preuve de la politique erronée du HCA et demanda que le problème palestinien soit porté devant l’ONU[99]. Les nombreux articles de Nassar publiés dans Al Ittihad et les diverses réunions des sections de l’AWC continuaient d’aborder les problèmes politiques, en commençant par des appels à la fin de l’immigration sioniste et des critiques de la politique de la Ligue arabe sur la Palestine, pour aboutir à une condamnation des gouvernements irakien et égyptien pour leurs politiques répressives intérieures. Entretemps, l’AWC se retrouva sous le feu des critiques de la direction nationale concernant une prétendue coopération avec des organisations sionistes. Se défendant contre toutes ces accusations et mettant en avant son bilan en matière de sollicitation du soutien des “forces progressistes” sur la scène internationale pour la cause de la libération nationale arabe[100], l’AWC adopta néanmoins un ton conciliant. Il expliqua que sa position reposait sur la “distinction entre le peuple juif et le sionisme” et qu’il appelait à une "entente avec le peuple juif", non pas en termes d’immigration et de slogan d’un État juif, mais sur la base de ses appels au peuple juif "à soutenir notre lutte pour l’indépendance et la liberté de la Palestine"[101]. Elle a toutefois rappelé au HCA que, bien qu’elle ait appelé à la lutte contre l’impérialisme "en premier lieu", les dirigeants arabes, en orientant la lutte contre le sionisme, détournaient le mouvement national de la confrontation avec l’ennemi principal.
L’attitude de l’AWC envers la PAWS, et en particulier envers son dirigeant, Taha, se caractérisait par une hostilité mêlée à des appels répétés à l’unité et à la coopération. Taha lui-même était critiqué sur quatre points principaux : pour avoir agi en tant qu’"agent du gouvernement britannique", pour avoir ignoré les appels à l’unité entre les deux organisations, pour avoir mené des activités visant à diviser le mouvement syndical, et pour avoir fait échouer un certain nombre de grèves dirigées contre des entreprises étrangères. Dès décembre 1946, l’AWC avait pris contact avec la PAWS afin d’entamer des négociations visant à unir les deux ailes du mouvement syndical, et avait fait appel à M. al Aris, dirigeant syndical libanais et représentant de l’IFTU pour le Proche-Orient, pour jouer le rôle de médiateur[102]. Taha n’était toutefois pas intéressé et les efforts d’al Aris échouèrent. Sans se décourager, la NLL continua de proclamer que l’unité du mouvement syndical était "le problème de l’heure" et de faire pression pour l’unité de la PAWS et de l’AWC, appelant la base du mouvement à détruire "le séparatisme et ses partisans"[103]. Taha a été condamné pour avoir tenté de diviser davantage le mouvement syndical en recourant à des "méthodes terroristes" contre ses adversaires[104], en envoyant ses partisans remplacer les grévistes[105], et en créant des "syndicats fantômes" là où des syndicats rivaux existaient déjà, donnant ainsi aux employeurs un prétexte pour ignorer les revendications des travailleurs et tirer profit de leurs divisions[106]. Son passé de "briseur de grève" n’a cessé d’être rappelé. Pendant la grève des fonctionnaires, il a été accusé d’avoir fait pression sur les travailleurs de l’industrie pétrolière et des camps pour qu’ils ne déclarent pas de grèves de solidarité[107]. Dans le cas de la grève des travailleurs de l’IPC à Haïfa, il a été accusé de prendre le parti des compagnies pétrolières en déclarant sa "neutralité"[108] et en essayant de semer le désespoir parmi les rangs des grévistes en affirmant que la grève avait été "trop précipitée"[109] et en interdisant aux autres travailleurs de collecter des dons pour les grévistes[110]. Dans un autre cas encore, il a été critiqué pour avoir appelé à une grève générale au sein du département des Travaux publics, dont la plupart des membres étaient syndiqués à l’AWC, sans s’être préalablement coordonné avec cette dernière, ni même l’avoir informée de la ligne d’action qu’il proposait[111].
De plus en plus, les critiques des communistes à l’encontre de Taha se sont concentrées sur son activité politique et sur son intention déclarée de transformer la PAWS en un parti politique. Cela a été dénoncé comme "un recul par rapport à la lutte syndicale", comme la preuve de sa conviction que "les travailleurs ne possédaient pas une conscience suffisante", et de son manque de confiance dans le mouvement ouvrier arabe[112]. Sa participation à la Conférence de Londres qui s’est tenue fin 1946 a été présentée comme ayant été imposée au HCA par le gouvernement britannique, et il a été qualifié de “représentant du gouvernement britannique”[113]. [Une Conférence de Londres consacrée à la question de la Palestine se réunit de septembre 1946 à février 1947. Les pays arabes participants rejetèrent le plan de partage en provinces et présentèrent au Gouvernement britannique leurs propres propositions. Selon eux, la Palestine serait un État unitaire à majorité arabe et deviendrait indépendante au bout de deux ou trois ans.] Ses prétentions à parler au nom de la classe ouvrière arabe ont été ridiculisées; on a souligné qu’au sein de sa propre organisation, la PAWS, des élections n’avaient jamais eu lieu et sa prétention à représenter ses propres membres a été remise en question[114]. Ses contacts avec le Parti travailliste britannique, "les amis du sionisme"[115], et ses "liens suspects avec les cercles impérialistes"[116] lui valurent, aux yeux d’Al-Ittihad, d’être considéré comme agissant conformément aux plans britanniques de partition du pays. Sa suggestion de former une "garde arabe armée pour la protection des villages arabes" et son appel "non pas à l’évacuation britannique, mais à la réduction des forces britanniques en Palestine" étaient considérés comme visant à créer des "conditions favorables" à la future partition[117]. Pourtant, malgré toutes les attaques virulentes dont Taha a lui-même fait l’objet, l’AWC n’a jamais cessé d’appeler à l’unité avec la PAWS et a par la suite condamné son assassinat comme un "crime odieux" visant l’ensemble du mouvement ouvrier arabe[118].
La dernière manifestation publique de l’AWC fut la tenue de son 3e congrès en septembre 1947, qui marqua l’apogée de son pouvoir. 94 délégués participèrent à ce congrès, qui dura trois jours[119]. Des messages de félicitations furent reçus de treize organisations syndicales étrangères, dont l’IFTU, aux activités de laquelle l’AWC avait pris une part active depuis la Conférence de Paris[120]. La déclaration d’ouverture du congrès rejetait la partition et affirmait que le mouvement syndical ne pouvait être un parti politique, mais devait ouvrir ses rangs aux travailleurs de toutes tendances politiques. Tout en soulignant son soutien à tous les partis nationaux oeuvrant pour l’indépendance du pays, il appelait l’ONU à accorder au peuple palestinien le droit à l’autodétermination, et l’IFTU, en tant que représentante de la classe ouvrière internationale, à intercéder en faveur de la Palestine afin de lui permettre d’obtenir son indépendance[121]. Les résolutions proprement dites du congrès, commençant par le préambule selon lequel l’AWC était “une organisation syndicale qui ne s’intéresse pas aux questions partisanes”, couvraient toutes les revendications économiques et politiques imaginables, allant de l’appel au gouvernement pour qu’il "étende le réseau routier pavé en le prolongeant jusqu’à toutes les villes et tous les villages" aux salutations adressées au "peuple indonésien héroïque dans sa lutte contre l’impérialisme"[122]. Le congrès s’est achevé par l’élection, au scrutin secret, du nouveau comité exécutif. La procédure démocratique n’a toutefois pas empêché l’AWC de se désintégrer, ce qui s’est produit quelques mois plus tard à la suite de la décision de partition, et la nouvelle direction élue s’est rapidement retrouvée sans aucun soutien.
La création de l’AWC résultait de la montée en puissance des communistes au sein du mouvement ouvrier et de leur volonté d’en unir les différentes composantes. Bien que sa création ait abouti à l’inverse de ce qui avait été prévu, à savoir un creusement des divisions au sein du mouvement ouvrier, sa mise en place s’est avérée bénéfique tant pour les communistes que pour le mouvement ouvrier dans son ensemble. En ce qui concernait la NLL, l’AWC lui servait de base ouvrière. Grâce à son contrôle de la direction, l’AWC suivait invariablement la ligne politique définie par les communistes arabes. Bien que l’écrasante majorité des membres de la base ne fût pas communiste, l’existence de l’ AWC permettait aux communistes d’entrer en contact avec les couches les plus larges possibles de la classe ouvrière arabe. Dans le domaine syndical, l’AWC était particulièrement active dans son soutien aux revendications des travailleurs et à leurs actions de grève. Une source hostile, commentant son rôle, conclut “qu’elle était sans aucun doute plus fidèle aux intérêts des travailleurs que la PAWS[123].
Il est difficile d’évaluer l’importance réelle de l’AWC en termes d’effectifs. Selon ses propres déclarations, elle comptait plus de vingt mille membres, ce qui semble exagéré en ce qui concerne les membres dument inscrits et à jour de leurs cotisations. Il ne fait toutefois guère de doute qu’elle bénéficiait du soutien d’un nombre bien plus important de travailleurs[124]. Son organisation démocratique interne, les élections périodiques des sections locales et les congrès annuels où les questions étaient débattues ouvertement et où se déroulaient les élections aux instances suprêmes de l’organisation n’avaient pas d’équivalent au sein d’aucune autre association arabe du pays. Il s’agissait en effet de la première association syndicale arabe organisée et gérée selon les principes occidentaux modernes.
On ne peut toutefois dissocier l’évaluation du succès ou de l’échec de l’AWC de l’effondrement du tissu social arabe qui a rapidement suivi la décision de partition de novembre 1947. L’AWC elle-même s’est désintégrée, en partie du moins à la suite de l’acceptation de la partition par les communistes arabes et de la confusion que cela a engendrée au sein de la direction de l’AWC, dont tous les membres n’étaient pas d’accord avec cette décision. Pourtant, la raison principale échappait largement à son contrôle. L’ensemble de la structure de la société arabe s’est désintégré avec le déclenchement des hostilités armées, la destruction de l’économie arabe et les migrations à grande échelle qui ont eu lieu. L’effondrement de l’AWC a été le résultat d’une débâcle à laquelle, à elle seule, elle ne pouvait ni remédier ni résister.
La Ligue d’intellectuels arabes
[…]
[1] See Chapter V, pp. 92-97
[2] Survey of Palestine, Vol. 2, op. cit., p. 765.
[3] Allttihad (Unity), subtitled Voice of the Arab Workers in Palestine, was edited by Emil Tuma on behalf of the FALT.The first issue appeared on the May 14,1944. (Hereafter referred to as IT).
[4] “Our paper,” IT May 14,1944.
[5] “For Workers Unity,” IT, May 14,1944
[6] Ibid.; Meeting of Arab Workers Societies, May 7,1944.
[7] B Farah had organized the opposition to Musa within the PCP. He was a founder member of the NLL and member of the CC/FALT and its secretary. After the split of the PAWS, he became a member of the executive committee of the AWC.
[8] B Farah, “The Arab Worker and the Necessity of Protecting Him,” IT, May 21,1944.
[9] T Toubi, “We Demand Official Recognition of the Trade Unions,” IT, July 30,1944.
[10] B Farah, “For the Introduction of Labor Legislation,” IT, November 7,1945.
[11] B Farah, “What Arab Workers Demand from the Labor Department,” IT, June 25,1944.
[12] B Farah, “Company Unions,” IT, June 4,1944.
[13] “Labor Exchanges,” IT, May 28,1944.
[14] “What Arab Workers Demand from the Labor Department,” loc. cit.
[15] For relations between Chudleigh and the FAIT, see, “Survey of the Arab communists, 1946,” op. cit., p. 2.
[16] The Labor Department,” IT, April 15,1945.
[17] “The Road of the Labor Department,” IT, November 17,1946.
[18] B Farah, “The Higher Arab Labor Council,” IT, July 23,1944.
[19] Memo of FAIT to the Chief Secretary, May 21,1944.
[20] B Farah, “Organization is the Basis of Success of the Arab Labor Movement,” IT, August 13.1944.
[21] B Farah, The Higher Arab Labor Council,” loc. cit.
[22] B Farah, The Higher Arab Labor Council,” IT, June 1,1944.
[23] F Nassar returned to Palestine from exile in Iraq in January 1943. He became secretary of the workers’ society in Nazareth and was active in bringing about the split of the PAWS in August 1945. He then became leader of the newly formed AWC, but later left it to join the leadership of the NLL.
[24] F Nassar, “Our Labor Movement and the HAC,” IT, November 25,1945.
[25] F Nassar, “Our Plan Was and Remains Strong and Correct,” IT, December 2,1945.
[26] B Farah, The National Economy and the Arab Workers,” IT, September 10,1944.
[27] K Shannir, The Labor Movement’s StandTowards the Employers,” IT, December 30,1945
[28] In September 1944, a strike broke out at an Arab-owned mill near Nablus. AlIttihad took the side of the workers and called on the employers to concede to their demands. At the same time, it explained that this did not imply enmity to the Arab national economy, support for which however could not mean concurring in the outrageous exploitation of Arab workers and not giving them a fair wage. See IT, September 24,1944.
[29] The National Economy and the Arab Worker,” loc. cit.
[30] B Farah, The Arab Labor Movement and the National Economy in the National Struggle.” IT, October 22,1944.
[31] B Farah, “Arab Workers and the Struggle for National Liberation.” IT, June 18,1944.
[32] Ibid.
[33] B Farah, “Arab Workers and Politics,” IT, July 9,1944.
[34] The Arab Labor Movement, December 1945,” Survey of Palestine, loc. cit.
[35] Example, in a meeting held in the Arab workers* society in Jerusalem to celebrate the First of May 1944, a resolution was passed condemning the decision of the executive committee of the British Labor Party in favor of the creation of a Jewish state in Palestine. IT, May 14,1944. On the occasion of the May celebrations in 1945, telegrams were dispatched to the chief secretary calling for the release of Arab political prisoners. Telegram from R Habbab on behalf of the AWS in Jaffa to Chief Secretary, May 2, 1945, and Telegram from F Nassar on behalf of the AWS in Nazareth to Chief Secretary, May 22,1945. ISA File 260 l/Lab/1/45.
[36] Example, As’ad Makki, deputy secretary of the AWS in Gaza, was also a member of the NLL local committee in the town.
[37] “Report of May Day celebrations in Jerusalem, Jaffa AWS.” IT, December 6,1945.
[38] Report of Regional Labor Inspector on May Day Celebrations in Haifa PAWS. May 19.1945. ISA File 258 l/Lab/3/42.
[39] Speech of Odeh al-Ashhab, one of the leaders of the Jerusalem AWS in the May Day celebrations in Jerusalem, 1944. ISA 65/3048.
[40] Example, “Conference of Postal and Telegraph Workers in Palestine.” IT, June 7,1945.
[41] Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., pp. 5-6. Interviews with E Tuma, Haifa, April 4,1974; F Salfiti, Amman, March 26,1974; and M Kuwaider, Amman, March 7,1974.
[42] iT,January 14,1945.
[43] Ibid.
[44] IT,January 21,1945.
[45] IT, February 4,1945.
[46] Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., p. 4.
[47] Report of the World Trade Union Conference (London 1945), p. 181.
[48] IT, May 6 and 13,1945.
[49] IT, November 16,1945.
[50] The conference took place in Nablus, August 5,1945. Seventeen labor organizations claiming to represent 15,000 Arab workers took part. See, Survey of Palestine, op. cit., p. 764.
[51] “Statement of AWS in Jerusalem, Jaffa, and Gaza, August 10,1945.” IT, August 12, 1945.
[52] Ibid.
[53] Ibid.
[54] IT, August 21,1945.
[55] Ibid.
[56] Report from the regional inspector of Labor—Northern District, 30 September 1945. ISA File 1440.
[57] “The First Arab Workers* Congress—Jaffa, 19 August 1945.” IT, August 21,1945.
[58] Letter from secretary of AWS-Jaffa to District Commissioner Lydda, 10 September 1945. ISA File 1440Jb/1.
[59] Ibid.
[60] The AWS-Nazareth had severed its contacts with the PAWS as early as August 1944, but had remained outside the FALT. IT, August 13,1944.
[61] “The First Arab Workers* Congress—Jaffa, 19 August 1945,” loc. cit.
[62] Ibid.; Economic resolutions of the congress.
[63] “The First Arab Workers* Congress—Jaffa, 19 August 1945,” loc. cit. Political resolutions of the congress.
[64] F Nassar, “The Arab Labor Movement.” IT, September 2,1945.
[65] Report from Regional Inspector of Labor, September 30,1945, loc. cit.
[66] Statement of the Administrative Committee of FALT in answer to the call of the Executive Committee of AWC to dissolve itself, October 10,1945, FT, October 14,1945.
[67] A list of contributors to the AWC included R Nashashibi, the leader of the opposition to the Mufti, Karaman Dick and Salti (cigarette manufacturers), The National Bus Company, and a group of doctors and lawyers. At a meeting organized in Jerusalem to welcome the returning Paris delegation of the AWC, attended by a number of notables, contributions amounted to £ P 215. See, IT, December 9,1945.
[68] The decision to invite the AWC to take responsibility for AlIttibadwas taken on September 7,1945. IT, September 16,1945. F Nassar the secretary of the executive committee of AWC was delegated to edit the paper, and the first issue bearing the name of the AWC appeared on the September 30,1945.
[69] Survey of Palestine, op. cit., p. 765.
[70] “Speech of M Amer at Paris Conference.” IT, October 28,1945.
[71] Ibid.
[72] “Celebrations for Returning Paris Delegation in Jerusalem.” FT, December 9,1945.
[73] The constitution was prepared by O al Ashhab, K Shannir, and H Abu Aysha. Al Gbad N 20, p. 22. All had been members of the PCP before 1943. Abu Aysha had received his training at the Comintern school in Moscow in the early thirties.
[74] “The Constitution of the AWC,” IT, April 21,1946.
[75] Ibid.; Article 2, Sections 1 (b) and 1 (j).
[76] “The Second Congress of AWC, 14 April 1946.” IT, April 21,1946.
[77] Ibid.; Resolutions of the congress.
[78] Memo ofjaffa and Lydda AWS to Labor Department, 29 January 1946. ISA File 1440.
[79] “The Strike in the Oil Refinery in Haifa,” IT, February 2,1947.
[80] Example, a successful attempt was made in the oil refineries in Haifa on the initiative of a leading member of the AWC, Sadek Jarrah, to set up a joint local organization. IT, June 29,1947.
[81] CO 733/457/75156. Strike of employees in the Department of Posts and Telegraphs, April 9,1946.
[82] “Statement of Executive Committee of AWC.” IT, April 21 and 25,1946.
[83] CC/PCP and CC/NLL Arabic leaflet on Civil servants strike, April 1946.
[84] IT, April 28,1946.
[85] “The Congress of Camp Workers in Gaza, 16 February.” IT, February 23,1947.
[86] Statement of CC of Arab camp workers affiliated to AWC, to camp workers for one- day strike. Falastin, May 17,1947.
[87] IT, May 25,1947.
[88] IT, August 24,1947.
[89] In a meeting held in Jaffa, January 11,1947, attended by twenty delegates. IT, January 12, 1947.
[90] “Resolutions ofThird Congress of AWC.” IT, September 21,1947.
[91] Report of T Toubi Inspector of Labor on National Conference on Unemployment, 15 October 1945. ISA File 2601/Lab/45.The conference was attended by sixty-five delegates of whom ten represented industry and eight, political parties.
[92] Example, May Day celebration in Jerusalem AWS. IT, May 11,1947. The paper reported that 1,000 people attended the meeting. Similar meetings took place in Jaffa, Nazareth, and Gaza which were addressed by local labor leaders, and those of the AWC and NLL.
[93] Statement of CC/AWC on Balfour Day anniversary. Falastin October 30,1946. The paper reported that the PAWS refused to comply and called on its supporters to strike for half-an-hour only.
[94] Meeting of AWS Jerusalem on Balfour Day anniversary. IT, November 4,1945.
[95] F Nassar, the leader of the AWC, wanted to establish a political committee, and was in favor of a political role for the AWC. This was resented by the NLL leaders who wanted the AWC to pursue a purely economic role: eventually Nassar was coopted, not with some opposition, into the NLL leadership, whereupon the AWC reverted to a more traditional trade union role. Interviews with F Salfiti, Amman, March 26,1974; M Kuwaider, Amman, March 7,1974; E Habibi, Haifa, April 3,1974.
[96] IT, November 25,1945.
[97] Executive Committee of AWC: Statement to the working class and the Arab people, February 24,1946.^/ GbadN 16, p. 2.
[98] Statement of Executive Committee of AWC. IT, March 30,1946
[99] Statement of Executive Committee of AWC, 7 May 1946. IT, May 17,1946.
[100] Statement of Executive Committee of AWC. 77? June 16,1946.
[101] F Nassar, KJ Husseini Disfigures the Aims of the AWC.” IT, June 9,1946.
[102] Interview with M al Ariss, Beirut, March 15,1974. See also, IT, December 29,1946.
[103] Statement of NLL: “A General Call to All Arab Workers in Palestine, 14 August 1947.” 77; August 17,1947.
[104] A number of workers in the IPC who had deserted Taha and joined the rival AWC had been physically attacked by PAWS members. IT, May 18,1947.
[105] IT, February 23,1947.
[106] IT, February 9,1947.
[107] IT, May 5,1946. A Jewish Intelligence Report stated that Taha was under pressure from the Arab leaders to subvert the strike. See Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., p. 5.
[108] IT; March 30,1947.
[109] IT, March 13 and 23,1947.
[110] IT, March 16,1947.
[111] IT; August 10,1947.
[112] IT, September 8,1946.
[113] Statement of Executive Committee of AWC on S Taha statements in London. IT, February 2, 1947.
[114] IT, September 8,1946.
[115] IT, March 2,1947 and March 9,1947.
[116] IT, March 9,1947.
[117] “This Man Helps Partition Palestine.” IT, September 6,1947.
[118] IT, September 21,1947. Taha was murdered during the Third Congress of the AWC.
Attempts were made to put the blame for his death on the communists, but the most likely candidate remains the Mufti, who was resentful ofTaha’s attempts to launch a new political party.
[119] “The Third Congress of the AWC 12-14 September 1947.” IT, September 21,1947.
[120] The Executive Committee of the AWC had sent one of its own members as a delegate to the Prague meeting of the IFTU. IT, April 13,1947. Delegations were also sent to the International Youth Congress in Prague, and to take part in a road building project in Yugoslavia, IT, September 21,1947.
[121] “Opening Statements ofThird Congress of AWC, 12 September.” 77? September 13,1947.
[122] “Resolutions ofThird Congress of AWC, 14 September.” IT, September 21,1947.
[123] Survey of Arab Communists 1946, op. cit., p. 5.
[124] A government report gives the strength of the AWC in the southern region of Palestine as being 6,820, of which only 3,410 were fee-paying members. Jaffa alone was credited with 5,000 members. See, Reports of N Antoun, Assistant Inspector of Labor, 1947. ISA File 1440.

