The Palestine Communist Party, 1919-1948

Arab & Jew in the Struggle for Internationalism

Musa Budeiri

Ithaca Press, 1979 – Haymarket Books, 2010

© 1979 Musa K. Budeiri

 

Extraits. Traduction à partir de l’anglais par nous [ROCML]

 

Chapitre 7
Le Mouvement national communiste arabe – suite

La Ligue de libération nationale

A. Idéologie politique

La charte nationale de la LLN ne donnait aucune indication quant à l’orientation communiste du nouveau parti. Les objectifs politiques, sociaux et économiques qui y étaient exposés en détail étaient, d’une manière générale, communs à tous les partis politiques arabes. Le retrait des troupes britanniques et l’indépendance de la Palestine figuraient en tête de liste, bien que la LLN, contrairement à d’autres groupes politiques arabes, n’ait pas appelé à la création d’un "État arabe de Palestine", mais ait brandi le slogan d’un "gouvernement démocratique garantissant les droits de tous les habitants sans distinction"[214]. Suivaient des appels à la résistance contre l’immigration sioniste, les transferts de terres et la création d’un "État juif"[215], ainsi que des demandes de coopération avec les peuples arabes des États voisins[216] et de préservation des libertés démocratiques et individuelles[217]. Les objectifs économiques du parti soulignaient l’importance de renforcer "l’industrie, l’agriculture et le commerce nationaux"[218], une répartition équitable des impôts[219],’ l’amélioration du niveau de vie économique et social des ouvriers et paysans arabes, et la réforme du village arabe[220]. Les objectifs sociaux mettaient l’accent sur la "préservation de la tradition culturelle arabe" et l’amélioration du niveau de vie des femmes arabes ainsi que sur "la protection de la santé de la mère arabe et de son enfant"[221].

La charte comprenait trois articles qui distinguaient le LLN du reste du mouvement national. Le premier affirmait l’existence d’une "distinction entre le sionisme et les habitants juifs"[222], le deuxième appelait à la "coopération avec tous les peuples coloniaux et ceux qui luttent contre l’impérialisme"[223], tandis que le troisième déclarait que "le parti est fondé sur le centralisme démocratique"[224]. Il est intéressant de noter que la charte de la LLN comprenait un article stipulant expressément que l’adhésion était "ouverte à tout citoyen arabe"[225], une disposition qui, en excluant les Juifs de ses rangs, la privait automatiquement de toute prétention à constituer un parti communiste territorial. En défendant le principe léniniste d’organisation du parti, ce lien avec le passé fut toutefois faiblement maintenu.

L’image que le LLN avait de lui-même était tour à tour décrite comme "l’avant-garde consciente du mouvement national"[226] et comme "l’organisation de la classe ouvrière arabe et des forces progressistes"[227]. Elle se distinguait des partis arabes traditionnels par son "programme social précis, indissociable de la lutte pour l’indépendance"[228] et par sa défense des intérêts économiques et sociaux des ouvriers et des paysans. Ses tentatives visant à "introduire de nouvelles forces populaires dans la lutte pour l’indépendance"[229] la distinguaient également des autres partis, tout comme sa perception de la lutte en Palestine comme s’inscrivant dans la chaine du "mouvement de libération dans les colonies et de la classe ouvrière en Europe", ainsi que ses efforts pour aligner le mouvement national arabe sur les "forces de la liberté dans le monde", à la tête desquelles se trouvaient "l’Union soviétique et les nouvelles démocraties"[230].

Conformément à la théorie communiste orthodoxe des "étapes de développement", le LLN considérait que la phase dominante de la lutte en Palestine était celle de la "libération nationale", qui ne pouvait "être réalisée que par l’unité nationale"[231]. La construction du socialisme, affirmait-on, n’était "pas le problème d’aujourd’hui, mais celui de demain", une fois l’indépendance acquise et la structure économique nationale mise en place, et qu’il dépendait de l’existence de "conditions internationales favorables"[232]. Qualifiant la société palestinienne de société où "les valeurs prédominantes sont celles du féodalisme et de l’autoritarisme hamédien"[233], le LLN appelait à la réalisation de la "démocratie bourgeoise" et s’adressait à cet effet aux dirigeants arabes traditionnels.

La vision qu’avait le LLN de la lutte en Palestine l’a conduit à conclure que la réalisation de l’indépendance servait les intérêts de toutes les couches de la société palestinienne, "l’industriel, le commerçant, l’ouvrier, le paysan et l’intellectuel"[234]. Elle percevait une contradiction entre la persistance du mandat et les intérêts de toutes les couches constitutives de la société arabe, y compris tant les propriétaires fonciers que la bourgeoisie commerciale et industrielle naissante qui, en raison de la particularité de l’existence d’un secteur capitaliste juif plus développé, n’étaient pas associés au capitalisme britannique. C’est pourquoi le programme de la LLN reposait sur la conviction qu’il était possible de coopérer avec les partis politiques arabes, en tant que représentants de la bourgeoisie arabe et des intérêts fonciers, dans la poursuite de l’objectif commun de l’indépendance[235]. Elle notait toutefois que, bien que la classe ouvrière arabe comprenait la nécessité de l’unité nationale et était prête à soutenir l’économie arabe et à renoncer à toute activité susceptible de "mettre les employeurs arabes dans l’embarras à ce stade de la lutte de libération nationale"[236], les autres classes arabes ne comprenaient pas pleinement la nécessité de l’unité[237]. Elle considérait qu’il était de son devoir d’insister sur l’importance d’une telle unité nationale et d’"entrainer les autres classes dans la lutte directe contre l’impérialisme britannique"[238].

Le point de vue du LLN sur les dirigeants traditionnels du mouvement national arabe est resté ambigu. D’une part, il condamnait leur bilan passé, qui avait conduit à l’échec répété de la lutte arabe pour l’indépendance, et attribuait cette situation à la "nature de classe opportuniste" de ces dirigeants[239]. Cela se caractérisait surtout par leur politique consistant à considérer les ennemis de la Grande-Bretagne comme les alliés du mouvement national arabe, ce qui les avait amenés à soutenir les nazis pendant la guerre, alors que la LLN n’avait cessé d’appeler à une alliance avec les "peuples épris de liberté" uniquement. Avec l’opposition croissante d’une partie du mouvement sioniste à la Grande-Bretagne, les mêmes dirigeants arabes qui avaient autrefois placé leur confiance en l’Allemagne semblaient désormais transférer leur allégeance dans le but de parvenir à un compromis avec la politique britannique, soi-disant au détriment des sionistes. De plus, les dirigeants traditionnels subordonnaient toutes les revendications sociales et économiques à la question de l’indépendance, déclarant que la réalisation de ces tâches était d’une importance secondaire[240], une opinion rejetée avec véhémence par la LLN. Malgré cela, la LLN considérait que les partis arabes conservaient un caractère "révolutionnaire" dans la mesure où ils luttaient pour la liberté et l’indépendance. On estimait que leur faiblesse résidait dans "l’hésitation de la direction" et c’est là que résidait la mission que s’était assignée la LLN : formuler une "critique constructive … en les exhortant à transformer leur vision"[241].

Le LLN a continué à adhérer à la ligne politique du mouvement communiste d’avant la scission, qui consistait à soutenir la cause des Alliés dans la guerre contre les nazis, en soulignant qu’ il existait une différence fondamentale entre les deux camps, différence que devait reconnaitre le mouvement national arabe[242]. On considérait que les intérêts des Arabes se situaient du côté des Alliés, dont la victoire sur le nazisme était perçue comme "une victoire pour nous … pour le principe d’autodétermination"[243]. La guerre était présentée comme étant menée pour la cause de la "véritable démocratie"[244], pour la création d’un "monde libre"[245], et était considérée comme inaugurant une "situation révolutionnaire sans précédent" annonçant la "fin de l’impérialisme"[246]. La LLN considérait la Charte de l’Atlantique comme l’ouverture d’une nouvelle étape de développement sur la scène internationale; la guerre avait créé un fait nouveau : celui de la "reconnaissance internationale des droits des peuples à l’autodétermination"[247]. La lutte des Arabes pour l’indépendance était présentée comme s’inscrivant dans cette "lutte internationale pour la liberté et contre l’impérialisme"[248].

À la lumière de la Charte de l’Atlantique et des déclarations issues des conférences de Téhéran et de Moscou, la LLN estimait que la mission du mouvement national arabe, dont les objectifs s’inscrivaient "dans l’esprit de la Charte", consistait à tirer parti de cette "étape marquant la victoire des peuples sur le nazisme"[249]. L’objectif de la Charte des Nations Unies, qui était "d’aider les territoires sous mandat à s’engager sur la voie de l’autonomie et de l’indépendance"[250], devait être saisi par les Arabes, dont la lutte pour l’indépendance nationale et la liberté était similaire à celle de plusieurs autres peuples coloniaux[251]. Elle voyait dans la création de l’ONU, et la présence du bloc soviétique au sein de celle-ci, un forum international important sur lequel on pouvait compter pour mettre en œuvre une solution favorable aux aspirations arabes. Cela en vint à occuper une place de plus en plus centrale dans les calculs de la LLN; au départ, on en préconisait l’utilisation au motif qu’il s’agissait d’un forum international où la politique britannique pouvait être dénoncée[252]. À la fin du mandat, cependant, le recours à l’ONU était devenu une panacée remplaçant toute idée de préparation interne à une lutte à venir entre les Arabes et le mouvement sioniste, au cours de laquelle on espérait que le soutien soviétique à la cause arabe à l’ONU s’avèrerait suffisant pour faire pencher la balance en leur faveur[253].

Le LLN était en désaccord avec les dirigeants traditionnels du mouvement national arabe sur la question de la démocratie au sein du mouvement national, ainsi que sur celle de l’alignement du mouvement arabe sur la lutte antiimpérialiste et du soutien à l’Union soviétique. La question la plus fondamentale concernait toutefois les habitants juifs de la Palestine, leur statut futur et la nature du futur État indépendant. Le LLN considérait que le problème du sionisme était indissociable tentatives de la Grande-Bretagne de maintenir sa présence en Palestine. La déclaration Balfour elle-même était présentée comme une tentative de créer "un petit Ulster juif"[254] et de compliquer la lutte des Arabes pour l’indépendance. La politique britannique tout au long des années du mandat était caractérisée comme ayant favorisé le Yishouv[255] et établi une "communauté juive privilégiée"[256] dans le but de créer une division permanente entre Arabes et Juifs. Le changement de politique britannique, dont on reconnaissait qu’il s’était produit vers la fin de la guerre, était considéré comme motivé par la nécessité d’obtenir le soutien des Arabes pour construire un bloc antisoviétique au Moyen-Orient, par l’importance de la situation stratégique des pays arabes et par la dépendance britannique vis-à-vis des approvisionnements en pétrole arabe. Il s’agissait simplement d’un "changement de tactique". La politique britannique a continué d’être considérée comme visant à maintenir sa position en Palestine en donnant l’impression de satisfaire à la fois les Arabes et les Juifs, et la partition a été saisie comme une preuve des manoeuvres de la Grande-Bretagne pour maintenir son emprise sur le pays[257].

Tout en reconnaissant que le mouvement sioniste bénéficiait du soutien de la majorité écrasante des habitants juifs, la LLN soutenait néanmoins que ce soutien était "mal avisé" et le comparait à celui apporté par les Allemands aux nazis avant la guerre[258]. Le sionisme était perçu comme une "tentative de diversion visant à détourner les masses juives de la lutte révolutionnaire dans le monde"[259]. De même, l’État juif proposé était qualifié de "base de l’impérialisme américain et britannique contre la lutte pour l’indépendance des Arabes"[260], les habitants juifs étant manipulés comme des "instruments pour frapper le mouvement de libération nationale du peuple arabe et plonger la région dans un océan de conflits raciaux"[261]. Le mouvement sioniste était considéré comme ouvertement réactionnaire dans la mesure où il ne luttait pas pour l’autodétermination des habitants du pays, et s’opposait ainsi à l’esprit de la Charte de l’Atlantique[262]. De plus, ses politiques étaient "racistes et extrémistes" en ce qu’elles allaient à l’encontre de la "juste lutte nationale des Arabes pour l’autodétermination"[263]. La création d’un État juif ne ferait que "nourrir l’antisémitisme et la réaction en Europe"[264] et conduirait à une hostilité accrue envers les Juifs, non seulement en Palestine mais aussi dans les États arabes voisins[265].

On considérait que les racines du sionisme résidaient dans les persécutions subies par les Juifs en Europe et dans l’existence de régimes qui avaient ouvertement pratiqué la discrimination raciale à l’encontre de leurs habitants juifs. La LLN, conformément à l’orthodoxie communiste, estimait que l’antisémitisme était la manifestation d’un problème propre à une société donnée, qui ne pouvait être résolu par l’émigration et la création d’un État juif en Palestine. Elle considérait que la solution résidait dans la mise en place de régimes démocratiques[266]. La majorité des Juifs de Palestine étaient considérés comme étant arrivés dans le pays "pour échapper à la terreur nazie"[267], et la victoire des Alliés dans la guerre, qui était censée avoir "mis fin à la discrimination raciale et à l’oppression des peuples"[268], était considérée comme ayant marqué "la fin du sionisme". Il était jugé inconcevable que le sionisme puisse prospérer dans une société démocratique, et dès 1945, on affirmait que "l’immigration avait désormais cessé" et que "de nombreux Juifs retournaient désormais dans leur pays d’origine"[269].

La LLN estimait qu’il existait une division de classe très nette au sein de la communauté juive, et que les ouvriers et les paysans juifs n’étaient "contraints de soutenir le sionisme" que du fait de la "politique négative" du mouvement national arabe[270]. Les dirigeants arabes traditionnels étaient considérés comme n’ayant "jamais été capables de comprendre le sionisme" et n’ayant jamais tenté de séparer les Juifs non sionistes du sionisme en s’adressant directement aux habitants juifs. La LLN exhortait les dirigeants nationaux à expliquer aux Juifs que leur avenir résidait dans le "soutien à la lutte nationale pour l’indépendance"[271], que les Arabes ne menaient pas de "lutte raciale" contre eux[272], et que le sionisme constituait un obstacle à la compréhension et à la coopération entre les deux peuples. Il incombait au mouvement national arabe de garantir les droits démocratiques des habitants juifs afin d’"isoler les Juifs de l’impérialisme et du sionisme" et de "les rallier à notre lutte de libération"[273]. La LLN, reconnaissant que le conflit mènerait à la partition, s’en tenait fermement à la nécessité de faire la distinction entre le "mouvement sioniste agressif" et la masse des habitants juifs du pays, dont les intérêts étaient considérés comme étroitement liés à ceux du peuple arabe dans l’établissement d’un ordre démocratique[274]. Consciente que "l’État démocratique indépendant n’est possible que sur la base d’une coopération arabo-juive"[275], et que le sionisme ne pourrait être vaincu que si le mouvement national arabe parvenait à rallier à sa cause la majorité des habitants juifs[276], la LLN affirmait avec force qu’"aucune solution qui ignore les habitants juifs ne peut aboutir"[277]. Elle dirigea de plus en plus ses critiques contre les dirigeants arabes traditionnels pour "ignorer l’existence des habitants juifs" et pour refuser de leur accorder des droits démocratiques égaux en tant que citoyens à part entière de l’État indépendant proposé[278]. À cette fin, la LLN soutint que le principal problème était le maintien du mandat britannique et de l’indépendance de la Palestine, et qu’aucune solution n’était possible tant que le mandat continuait d’exister[279]. À cet égard, les efforts du mouvement national arabe, qui étaient principalement consacrés à la lutte contre le sionisme, ont été qualifiés de "diversionnistes", et toute évocation d’un "problème arabo-juif" a été rejetée comme étant "artificielle … [et] secondaire"[280].

B. Activité politique

L’activité politique des communistes arabes[281] s’articulait autour d’un programme de revendications transitoires fondé sur le “stade de développement” du pays, la lutte pour l’indépendance nationale et la situation au sein du mouvement national arabe. Leurs revendications portaient sur quatre thèmes principaux : l’instauration d’un régime démocratique, l’octroi de libertés démocratiques et politiques plus étendues, la participation des habitants à la gestion de leurs affaires, et la libération des "prisonniers politiques" arabes. Parallèlement, ils réclamaient l’indépendance de la Palestine et la création d’une "Palestine arabe libre"[282]; ils ont persisté dans cette revendication jusqu’au milieu de l’année 1945, date à laquelle elle a été progressivement remplacée par la demande de mise en oeuvre d’une "solution démocratique" au problème palestinien, qui impliquait la création d’un "État palestinien démocratique indépendant" garantissant l’égalité des droits à tous ses habitants[283].

Au sein du mouvement national arabe, la première tâche de la LLN consistait à se faire reconnaitre comme l’expression des véritables aspirations des habitants arabes et comme le représentant légitime d’une partie de la communauté arabe. Elle consacra toute son énergie à la mise en place d’un large "front populaire national" sous le slogan "l’unité nationale pour la libération nationale"[284]. Cet appel en faveur d’un organe représentatif national élu démocratiquement allait perdurer tout au long des dernières années du mandat.

L’attitude initiale de la LLN envers les autres partis politiques arabes qui, sans exception, étaient restés inactifs pendant les années de guerre et commençaient tout juste à renaitre, n’était pas hostile; elle se contentait de déclarer que ces partis n’étaient pas représentatifs et n’étaient donc pas en mesure de parler au nom des habitants arabes[285]. La propagande en faveur de l’unité nationale reposait sur la nécessité perçue d’une une "représentation populaire", et la LLN a mis en avant sa propre existence et celle d’ autres "associations populaires … organisations syndicales … clubs …" comme raison pour mettre fin au "monopole des gardiens autoproclamés" et pour établir le droit des Arabes à "l’autodétermination" en élisant leurs propres représentants pour diriger leur mouvement national[286]. Les articles parus dans Al Ittihad ont continué à insister sur la nécessité d’une "unité à large base" et à dénoncer le "secret et les consultations privées" entre les dirigeants arabes, pendant bien plus d’un an. Dans ses appels à un congrès national pour élire la direction du mouvement national et établir une charte nationale, la LLN a reçu un certain soutien de la part d’autres partis politiques et de personnalités nationales[287]. Cependant, il fut totalement ignoré par la faction dominante de Husseini, représentée par le Parti arabe, ainsi que par la Ligue arabe, qui allait jouer un rôle déterminant dans la mise en place des instances dirigeantes du mouvement national dans le pays. Lorsque des consultations furent engagées à la fin de l’année 1944 en vue de la création d’un nouveau HCA, Al Ittihad se plaignit que "les organisations populaires" étaient exclues des pourparlers et rappela à ses lecteurs que tous les partis politiques arabes existants avaient été fondés sur des "principes non démocratiques"[288]. Malgré son ostracisme vis-à-vis des conseils décisionnels, la LLN apporta toutefois son soutien à la nomination d’un représentant palestinien à la réunion de la Ligue arabe à Alexandrie, en l’accompagnant d’un nouvel appel à la création d’un "front national"[289]. Lors de sa première réunion publique tenue à Haïfa à l’occasion de l’anniversaire de la déclaration Balfour, les dirigeants du LLN ont brandi le slogan du "front national" et espéraient que cela rallierait le soutien d’autres segments du mouvement national, à savoir ceux qui étaient mécontents de la domination de la faction du Mufti[290].

Bien qu’elle n’ait obtenu aucune réponse favorable à ses appels en faveur de la démocratisation et de l’élargissement de la direction du mouvement national, la LLN publia au début de l’année 1945 des "propositions concrètes" visant à réaliser cet objectif tant convoité[291]. Ces propositions offraient deux alternatives; la première, que la LLN soutenait au nom de la "simplicité", reposait sur la formation d’un comité préparatoire composé d’un nombre égal de représentants de tous les partis politiques et associations, qui à son tour convoquerait un congrès national. Celui-ci établirait une charte nationale et procèderait à l’élection d’un HCA représentatif. La deuxième proposition, jugée plus démocratique bien que plutôt lourde, prévoyait une conférence composée de membres individuels cotisants qui éliraient les membres du congrès lors d’un référendum national à la proportionnelle, sous la supervision d’un comité temporaire composé de deux membres de chaque parti arabe; les délégués élus constitueraient le congrès national et procèderaient à la formulation de la future politique nationale et à l’élection d’une nouvelle direction[292]. Cette proposition a pris une forme officielle avec la publication d’une déclaration du CC de la LLN, appelant à la création d’un comité préparatoire composé de représentants des six partis arabes existants pour organiser le congrès, dont les membres seraient élus directement "par tous les Arabes âgés de vingt-et-un ans et plus"[293]. Une autre déclaration appelait à la création de "comités nationaux" dans chaque ville et chaque village arabes, comme première étape vers la convocation du congrès proposé et la formation du front national souhaité. Il a été souligné que, pour que ce projet aboutisse, il était nécessaire que les comités nationaux locaux soient "représentatifs de toutes les couches de la population"[294].

L’appel de la LLN en faveur d’un front national était voué à l’échec en raison de son insistance sur le fait qu’ elle ne pouvait y consentir qu’à la condition que les autres parties concernées acceptent sa propre solution au problème palestinien[295]. Cela concernait principalement la question des habitants juifs du pays et de leur statut futur au sein du futur État indépendant. Alors que la LLN proposait de leur accorder "les pleins droits de citoyens dans une république démocratique", cette formule était en contradiction avec la politique déclarée de la direction du mouvement national arabe. Sans se laisser décourager par cela, ni par sa propre qualification des dirigeants traditionnels comme s’étant "retirés sans donner d’orientation ni organiser de retraite ordonnée" pendant les années de guerre, et comme ayant soutenu les puissances de l’Axe pendant cette même période[296], la LLN lança une série de réunions publiques pour populariser ses revendications en faveur de la création du "front national"[297]. Cependant, se rendant rapidement compte de l’impossibilité d’une concrétisation immédiate de ses plans, il a tourné son attention vers la mobilisation de soutiens pour les fronts arabes locaux établis dans deux des plus grandes villes de Palestine, Jaffa et Haïfa[298]. Elle continua néanmoins à dénoncer la politique des dirigeants traditionnels, qu’elle qualifiait de visant à "isoler les cadres radicaux du mouvement national" et à imposer à la place "d’anciens dirigeants aux opinions racistes et aux idéologies impérialistes réactionnaires"[299].

La création d’un nouveau HCA en novembre 1945, suite à l’intervention directe de la Ligue arabe, suscita une réaction mitigée de la part du LLN. Bien qu’ aigri par son exclusion, il reconnut qu’il avait obtenu une certaine reconnaissance à la suite des consultations menées par l’émissaire de la Ligue arabe avec plusieurs de ses dirigeants[300]. Sa réaction initiale fut d’apporter son soutien au nouveau HCA tout en déplorant le fait qu’il exclue "les représentants des nouvelles forces"[301]. Un article publié par la suite dans Al-Ittihad déclarait que le nouveau HCA "n’avait pas été créé par le peuple palestinien mais par la Ligue arabe", et exprimait l’espoir qu’il élargirait sa base en coopérant avec les représentants des "forces populaires" s’il souhaitait survivre et se développer[302]. Une déclaration officielle du CC/LLN a choisi d’approuver la création du HCA en le qualifiant de "comité préparatoire à l’instauration d’une véritable unité nationale" et a souligné sa conviction que, bien qu’il ne représente pas "tous les groupes et partis populaires", il était néanmoins "un symbole de l’unité nationale que le LLN appelait de ses voeux"[303]. Très vite, cependant, la ligne politique adoptée par le nouveau HCA poussa le LLN à lui retirer son soutien; il justifia cette décision par le "manque total de responsabilité envers les masses" du HCA, et par son refus de "prendre clairement position contre l’impérialisme britannique"[304]. Tout en faisant pression sur le HCA pour qu’il boycotte la commission d’enquête anglo-américaine proposée et porte le problème palestinien devant l’ONU, le LLN continua d’affirmer que malgré toutes leurs lacunes, "les partis traditionnels restent révolutionnaires dans la mesure où ils luttent pour l’indépendance", bien que leurs dirigeants fussent qualifiés de faibles, hésitants et opportunistes[305]. Le LLN considérait que sa mission, consistant à lutter pour l’intégration des "forces populaires" au sein du HCA, visait à renforcer et à dynamiser l’unité nationale au service de l’indépendance nationale.

Avec le retour en Palestine, en mai 1946, de J. Husseini, l’adjoint du mufti, et la création par celui-ci d’un énième Comité consultatif arabe (HCA) composé en grande majorité de membres du Parti arabe, le LLN perdit tout espoir d’être admis au sein de la direction nationale. En effet, J. Husseini avait tenté d’apaiser les communistes en nommant le Dr K. Budeiri, généralement considéré comme l’un des leurs, parmi ses membres[306]. Cela ne satisfit pas la LLN, qui insistait pour avoir un représentant de son propre choix, et le Dr Budeiri lui-même ne tarda pas à réclamer un HCA élu démocratiquement[307]. Ce nouvel organe fut déclaré par la LLN comme non représentatif et constituant "la voix du Parti arabe uniquement". Tout en refusant de reconnaitre "un HCA imposé au peuple" et en affirmant qu’il avait de "fausses attributions de représentation", la LLN a de nouveau présenté sa proposition favorite d’un comité préparatoire pour un congrès national[308].

La volonté déclarée par J. Husseini de voir le HCA rencontrer le Comité anglo-américain, face au rejet quasi unanime de cette politique par les autres partis arabes, ainsi que son refus d’accepter la recommandation du LLN de porter le problème devant l’ONU, ont poussé le LLN à exiger publiquement la création d’un nouveau HCA. Elle a refusé de reconnaitre l’organe existant et l’a condamné pour sa soumission totale aux souhaits de la Ligue arabe[309]. Husseini a répliqué en expliquant son refus de permettre au LLN de participer au HCA, au motif de sa politique déclarée de "vouloir coopérer avec les organisations sionistes et avec Ben Gourion". Cela a suscité une réplique furieuse de la part de la LLN qui a accusé J. Husseini de déformer délibérément la politique des communistes arabes à l’égard des habitants juifs. Elle a néanmoins refusé de revenir sur sa position déclarée, fondée sur la nécessité de séparer les masses des habitants juifs des organisations sionistes et d’appeler le mouvement national à formuler une politique positive pour les rallier à sa cause[310]. Al Ittihad a accusé J. Husseini de vouloir maintenir la LLN en dehors du HCA afin "de conserver sa position au sein de celui-ci" et a qualifié sa politique, qu’il a décrite comme visant à "orienter le mouvement national contre les Juifs et non contre l’impérialisme" comme "en faillite"[311]. Tuma, écrivant dans Al Ittihad, a appelé J. Husseini à se rétracter sur sa déclaration contre les communistes arabes et a porté une accusation contre tous ceux qui refusaient d’accepter une "solution démocratique" ouvrant la voie à la partition du pays et à la création d’un État juif[312].

La réponse concrète apportée par la LLN à son exclusion persistante de l’instance dirigeante du mouvement national arabe fut la création d’un Front arabe supérieur regroupant tous les partis politiques arabes, à la seule exception du Parti arabe[313]. Cette nouvelle organisation fut toutefois un projet mort-né et ne devint jamais active[314]. En mai 1946, le mufti fit son apparition au Caire; son prestige national n’avait pas été entaché par ses activités pendant la guerre, à tel point que l’Al Ittihad lui-même se sentit obligé de rendre hommage à son leadership[315]. Son hégémonie sur le mouvement national fut rapidement rétablie. En Palestine, cela se traduisit par la dissolution, par la Ligue arabe, tant du HCA que du Front arabe[316]. Le nouveau HCA créé par le mufti, agissant par l’intermédiaire de la Ligue arabe, était principalement composé de ses partisans[317] et excluait à nouveau les communistes arabes.

Au milieu de l’année 1946, il devint évident que la LLN avait perdu toute chance, si c’en avait jamais existé une, d’être reconnue par les dirigeants traditionnels du mouvement arabe. Pourtant, sans relâche, jusqu’à la fin du mandat, elle continua à réclamer la création d’un "front national", la tenue d’un "congrès national" et la "démocratisation" du mouvement. Le raisonnement de la LLN reposait sur la prise de conscience qu’elle était incapable, à elle seule, d’influencer l’orientation de la politique nationale; elle avait besoin de la reconnaissance des dirigeants traditionnels pour obtenir une légitimité et participer au HCA. Ce n’est qu’alors qu’elle serait en mesure d’influencer les décisions nationales. Les efforts que le LLN était prêt à déployer pour montrer sa "sincérité" sont illustrés par son acceptation du boycott de l’UNSCOP par le HAC. Il l’a fait afin de démontrer sa volonté de se soumettre à la "discipline nationale", et espérant de convaincre les dirigeants traditionnels de sa valeur en tant que participant au mouvement national[318].

Le fossé entre les orientations politiques que la LLN souhaitait voir adopter par le mouvement national et celles effectivement formulées par la Ligue arabe et le HCA s’est creusé à mesure que la guerre touchait à sa fin. Bien qu’au départ, la LLN eût salué la création de la Ligue arabe, la défendant contre les accusations selon lesquelles elle aurait été le "résultat d’un appel venu de l’extérieur"[319] et soutenant la participation de la Palestine à ses réunions[320], sa position s’est transformée vers la fin de 1945 en une hostilité ouverte. La Ligue était désormais accusée d’avoir été la concrétisation d’un "complot réactionnaire britannique"[321], et mise en cause pour s’intéresser davantage à l’aide à la domination impérialiste sur une "Grande Syrie" qu’à la lutte pour l’indépendance de la Palestine et au retrait des armées britanniques de toute la région[322]. Les dirigeants arabes locaux en Palestine furent également critiqués pour être sous la domination de la Ligue arabe, et accusés en outre de brouiller la question palestinienne en mettant trop l’accent sur les questions d’immigration et de vente de terres[323]. En présentant le problème de l’indépendance de la Palestine sur la scène internationale comme une simple revendication arabe visant à interdire l’immigration, elle l’avait réduit à "une négociation sur le nombre d’ immigrants autorisés à entrer dans le pays"[324] et avait complètement ignoré la principale racine du problème : la présence britannique en Palestine, et la nécessité d’orienter les principaux efforts du mouvement national vers l’obtention de son expulsion. Les dirigeants arabes locaux ont en outre été critiqués pour avoir brandi des slogans nationalistes extrémistes, refusant explicitement de cohabiter avec les habitants juifs du pays, une politique qui, selon la LLN, ne pouvait être interprétée que comme une revendication de la création de deux États distincts[325]. Dès sa création, Al Ittihad avait régulièrement publié des articles appelant le mouvement national à reconnaitre l’existence de divergences au sein de la communauté juive et à orienter ses efforts vers les habitants juifs, dans le but de les séparer du sionisme[326]. Il avertissait que l’incapacité à parvenir à une entente et à une coopération entre Juifs et Arabes aboutirait inévitablement à la partition, solution à laquelle la LLN se déclarait résolument opposée.

Les divergences en matière de politique concrète sont apparues au grand jour à la suite de la déclaration de Bevin en novembre 1945 et de l’annonce de la création prévue d’une commission d’enquête anglo-américaine. Celle-ci devait examiner la possibilité de l’entrée de cent mille réfugiés juifs d’Europe en Palestine, ainsi que la forme que prendrait à l’avenir la présence britannique dans la région. La LLN s’opposa sans équivoque aux propositions de Bevin. Elle nia la nécessité d’une enquête et appela à la tenue d’une conférence internationale pour traiter le problème de la Palestine sur la base de l’autodétermination des habitants du pays. Elle rejeta le lien établi entre le problème des réfugiés en Europe et la Palestine, et s’opposa à l’intervention des États-Unis dans les affaires palestiniennes[327]. La LLN a ensuite condamné l’accueil favorable réservé par la Ligue Arabe à la déclaration de Bevin et à sa recommandation selon laquelle le HCA devrait coopérer avec la commission d’enquête. La LLN a appelé le HCA à boycotter cette commission, lui rappelant que la Grande-Bretagne était "le premier ennemi du mouvement national" et que sa coopération impliquerait la reconnaissance du rôle de la Grande-Bretagne en tant que "juge et observateur neutre"[328] [329]. Elle proposa comme alternative de porter le problème devant le Conseil de sécurité et de le soustraire ainsi à la juridiction de la Grande-Bretagne[330]. L’objectif, cependant, n’était pas de créer une nouvelle enquête, mais d’obtenir une décision visant à abolir le mandat et à “dénoncer l’impérialisme sur la scène internationale”[331]. Cet appel allait devenir l’un des principaux axes du programme de la LLN et allait être répété de plus en plus fréquemment au cours de l’année et demie suivante. Il fut bientôt associé à un autre axe soulignant que les Arabes avaient des "amis" à l’ONU, et qu’ils pouvaient compter sur le soutien de "toutes les forces progressistes", à la tête desquelles se trouvait l’Union soviétique[332].

De plus en plus, les attaques d’Al Ittihad visaient la Ligue arabe, dont le "conseil maléfique" était considéré comme étant à l’origine des décisions du HCA; le mouvement rejetait le "leadership de la Ligue arabe à l’égard de notre lutte nationale"[333] et expliquait que son ingérence persistante dans les affaires palestiniennes et ses tentatives de diriger la lutte contre les habitants juifs plutôt que contre l’impérialisme britannique s’inscrivaient dans un “complot impérialiste” visant à partitionner le pays[334].

Les recommandations de la commission d’enquête, qui préconisaient l’accueil de cent mille réfugiés et soulignaient la nécessité de transférer le mandat à une administration fiduciaire des Nations Unies, allaient dans le sens des souhaits des gouvernements américain et britannique respectivement[335]. La LLN a présenté ces recommandations comme la preuve du bien-fondé de sa position, qui consistait à prôner le boycott de la "commission d’enquête impérialiste"[336]. Les dirigeants arabes furent fustigés pour s’être montrés "incapables de voir plus loin que le bout de leur nez"[337] et Tuma écrivit dans Al-Ittihad pour expliquer l’émergence d’une nouvelle politique britannique qui souhaitait apaiser les Arabes sans irriter les sionistes, et visait à la partition du pays[338]. Al Ittihad déplorait que la Ligue arabe ait pris l’initiative des mains des habitants arabes de Palestine et qu’elle "s’ingère dans nos affaires, grandes et petites"[339]. L’axe principal de la politique du mouvement arabe est resté orienté vers le boycott économique de la communauté juive, ainsi que vers la lutte, tout aussi "diversionnaire" et “secondaire”, contre l’immigration et les ventes de terres. Cela était considéré comme une politique délibérée visant à maintenir des relations avec la Grande-Bretagne dans l’espoir de parvenir à un compromis mutuellement satisfaisant[340].

En juillet 1946, le gouvernement britannique présenta un "plan d’autonomie provinciale" reposant essentiellement sur une partition du pays sous tutelle britannique, et proposa la tenue d’une conférence à laquelle participeraient à la fois des Arabes et des Juifs, ainsi que des représentants des États arabes, afin de discuter du problème[341]. Alors que les Arabes palestiniens et les Juifs refusèrent de prendre part aux discussions, les États arabes acceptèrent. La LLN réagit en appelant la Ligue arabe et le HCA à boycotter les négociations et avertit que le résultat final ne pourrait être qu’un partage[342]. De plus, elle déclara son opposition à tout plan, y compris celui d’une fédération, qui conduirait à la création d’un État juif dans n’importe quelle partie de la Palestine.

La LLN ne croyait pas au refus déclaré par le HCA de participer à la conférence de Londres, qu’elle qualifiait d’"ambigu et hésitant"[343], et a maintenu la pression par l’intermédiaire d’Al Ittihad pour obtenir une déclaration claire de boycott et un recours au Conseil de sécurité. Lorsque la conférence a été reportée par la Grande-Bretagne, elle a affirmé y voir "une tentative de dissimuler son échec", mais a averti qu’il s’agissait également d’une "manoeuvre visant à nous tenir éloignés de l’ONU"[344]. Dans le même temps, elle critiqua le HCA pour son silence sur les propositions des États arabes à la conférence, qui laissaient entendre qu’ils avaient l’accord des habitants arabes de Palestine[345], et se déclara opposée à celles-ci dans la mesure où elles "limitaient la liberté et l’indépendance de la Palestine" et la liaient au "char impérialiste"[346].

Lorsque la Conférence de Londres fut convoquée à nouveau, cette fois avec la participation du HCA, le LLN ne manqua pas de souligner avec force le danger que représentaient "les pourparlers bilatéraux qui nous éloignent de l’ONU et de sa Charte", ainsi que la tentative de la Grande-Bretagne de présenter le problème comme un conflit entre Arabes et Juifs, alors qu’elle-même jouait "un rôle neutre … en maintenant la paix"[347]. L’échec de la conférence, dont la Grande-Bretagne en a déclaré la fin en février 1947 a été qualifié d’échec de la politique du HCA, et le LLN a évoqué la "politique catastrophique qu’il mène depuis un quart de siècle"[348]. Parallèlement, la conférence a été déclarée comme un succès pour la Grande-Bretagne, qui endossait désormais le rôle de "conciliatrice entre Arabes et Juifs", un rôle que les Arabes eux-mêmes l’aidaient à jouer.

Bien que la Grande-Bretagne eût déclaré à l’issue de la conférence qu’elle soumettait le problème à l’ONU, la LLN ne considérait pas cela comme une avancée positive, mais comme une manoeuvre de plus de la part de la Grande-Bretagne pour maintenir son contrôle sur Palestine[349]. Elle estimait que le problème était présenté à l’ONU de "la mauvaise manière"; il avait été renvoyé à l’Assemblée générale au lieu du Conseil de sécurité et c’était la Grande-Bretagne qui l’y avait porté, et non les Arabes[350]. Elle lança néanmoins une campagne publique, marquée par la distribution de plus de dix mille cartes adressées au HCA, l’appelant à soulever le problème devant le Conseil de sécurité[351], dans le but d’influencer un changement de politique de la part du HCA.

La création de l’UNSCOP et l’exclusion de la Grande-Bretagne et des USA de ses rangs furent considérées comme une victoire par la LLN[352], mais les déclarations des délégués arabes à l’Assemblée générale furent jugées contreproductives et vivement critiquées. En s’en prenant aux Juifs, en adoptant une position "ambigüe" sur la "solution démocratique" et en gardant le silence sur la question du maintien présence britannique dans le pays, la délégation palestinienne a été jugée avoir présenté à l’opinion publique internationale une image négative du mouvement national arabe[353]. La LLN a déclaré que le fait de ne pas approuver la "solution démocratique" permettrait aux sionistes d’exploiter la faiblesse de la position arabe et conduirait à la partition et à la création d’un "État raciste juif"[354]. Elle reprit les avertissements du délégué soviétique à l’assemblée selon lesquels une entente arabo-juive était nécessaire pour préserver l’unité de la Palestine, et critiqua la décision du HAC de boycotter l’UNSCOP[355]. À ce stade, le LLN, lui-même soumis à des pressions par le HAC de boycotter l’UNSCOP, s’y est conformée, déclarant qu’elle agissait ainsi dans l’intérêt de "l’unité nationale" tout en réaffirmant son opinion quant au caractère erroné d’une telle politique et sa confiance inébranlable dans l’organisation internationale[356]. Ce revirement s’est accompagné du respect de l’interdiction du HCA de rendre compte des activités de l’UNSCOP pendant son séjour en Palestine. Cependant, on comprend aisément que la LLN resta mal à l’aise face à cette décision et saisit l’occasion de l’appel lancé par le délégué yougoslave au HCA pour qu’il reconsidère sa position, afin de l’appeler elle-même à mettre fin au boycott[357]. Publiquement, la LLN resta fidèle à son adhésion déclarée à la décision du HCA, mais en privé, elle envoya un long mémorandum à l’ONU[358] et tint des réunions secrètes avec le membre yougoslave de la délégation de l’UNSCOP[359]. Malgré sa ligne ouvertement "tailiste", la LLN déclara peu après que la politique du HCA à laquelle elle avait collaboré conduisait le pays vers un conflit racial et une partition inévitable[360].

Tout au long des dernières années du mandat, la politique de la LLN est restée axée sur une solution politique au problème palestinien et totalement opposée au terrorisme. Avant même la fin de la guerre, le terrorisme avait été activement encouragé par des groupes extrémistes au sein du Yishouv, et en 1947, il était également devenu une réalité au sein de la société arabe. La LLN s’opposait à sa pratique par l’une ou l’autre communauté, au motif qu’elle créait une inimitié entre Arabes et Juifs, et bloquait ainsi la voie vers la compréhension et la coopération nécessaires à l’établissement d’un État uni. De plus, elle était perçue comme servant la politique britannique dans ses tentatives de maintenir sa présence dans le pays, lui permettant de présenter le conflit en Palestine comme un conflit "racial".

Au départ, le terrorisme juif était présenté comme "la preuve de la faiblesse du mouvement sioniste en interne comme en externe"[361]. Alors que la guerre touchait à sa fin, les sionistes étaient perçus comme tentant d’"imposer un État juif" dans une partie de la Palestine[362]. Le sionisme était considéré comme étant en crise; il traversait ses "derniers soubresauts" à la suite de la libération de l’Europe qui avait "mis fin à l’immigration"[363]. Bien qu’on ait admis à contrecoeur que la politique des sionistes bénéficiait d’un "soutien quasi massif" au sein du Yishouv, cela a été justifié comme étant le résultat de la "crainte d’une domination arabe"[364]. Pourtant, on s’en est emparé pour souligner davantage l’urgence de l’appel lancé par les communistes arabes en faveur de l’adoption, par le mouvement national, de la "solution démocratique" et de l’État démocratique.

De plus en plus, cependant, la politique britannique en vint à être considérée comme "aiding and abetting Zionist terrorism"[365]; en attisant les flammes de l’hostilité entre Arabes et Juifs, elle était perçue comme cherchant à provoquer le partage du pays, un objectif qu’elle partageait avec les sionistes[366]. De plus, la politique britannique, en créant un climat de conflit et d’instabilité, était considérée comme visant à légitimer sa présence en Palestine en tant que protectrice de la paix et de la minorité juive[367]. La LLN a nié que les tentatives britanniques pour mettre fin au terrorisme fussent sérieuses[368] et a souligné que cela ne pouvait être accompli qu’en "dissolvant les organisations qui ont mis en place des armées secrètes"[369], une référence claire à l’Agence juive. Divers incidents ont été cités pour montrer que les autorités policières et militaires britanniques "laissaient délibérément les affrontements s’étendre" en restant immobiles et en arrivant tardivement sur les lieux[370]. Cela a été considéré comme s’inscrivant dans une politique soigneusement préparée visant à mettre en oeuvre les règlements d’urgence sous prétexte de "l’incapacité à mettre fin aux troubles". Le véritable objectif, cependant, était perçu comme visant le mouvement national arabe et la suspension des libertés démocratiques[371].

Avec l’implication croissante de la Haganah, l’armée secrète des principales organisations sionistes, dans des activités terroristes, Al Ittihad, qui avait toujours insisté sur une distinction, bien qu’ambigüe, au sein du mouvement sioniste, déclara désormais que la politique des sionistes dans leur ensemble visait à "démontrer l’impossibilité d’une cohabitation entre Arabes et Juifs"[372]. Il incombait aux masses juives de mettre fin à cette "politique criminelle"[373]. Particulièrement indigné par les affirmations sionistes selon lesquelles la politique de terreur qu’ils menaient était une "lutte de libération nationale" dirigée contre les Britanniques et visant à obtenir l’indépendance, Al Ittihad expliqua qu’il ne pouvait y avoir aucune comparaison entre la rébellion arabe de 1936 et la terreur qui l’accompagna, et ce qui se passait en Palestine en 1947. La première était l’expression de la lutte du mouvement national arabe pour l’indépendance et la libération de tout le pays, tandis que celle déclenchée par les sionistes visait à "soutenir les politiques impérialistes" de partition du pays[374], et ses auteurs étaient qualifiés d’"agents de l’impérialisme britannique"[375].

Au sein de la communauté arabe, le terrorisme n’a commencé à prendre des proportions alarmantes que durant la dernière année du mandat, et une grande partie de celui-ci était de nature interne, dirigée contre les opposants politiques du mufti et ceux soupçonnés de collaborer avec les sionistes. Dès 1945, à l’occasion des troubles survenus en Égypte et en Libye, la LLN avait averti que la lutte des Arabes visait l’indépendance et ne devait pas s’orienter vers des "voies racistes"[376]. Lorsque le terrorisme interne devint la marque de fabrique des dirigeants arabes, Al Ittihad a averti que "le mouvement national devait éviter l’effusion de sang" et a rappelé l’échec passé de telles politiques à mettre fin aux ventes de terres ou à produire des résultats positifs[377]. Il a appelé le HCA à se dissocier officiellement de toutes les activités terroristes. Lorsque ce dernier est resté silencieux, il a été publiquement critiqué pour cette défaillance[378] et a ensuite été accusé d’utiliser la terreur "pour maintenir son propre leadership"[379]. La presse arabe et les partis politiques ont également été critiqués pour avoir gardé un silence qui impliquait une tolérance à l’égard des actes terroristes[380]. À de nombreuses reprises, les communistes arabes ont mis en garde les dirigeants arabes contre le danger de transformer la lutte en Palestine en un "conflit racial entre Arabes et Juifs"[381] et ont souligné que cela s’inscrivait dans un complot impérialiste visant à mettre en oeuvre la partition.

Seule parmi tous les partis et associations arabes, la LLN a continué à condamner la "politique terroriste" prônée par les dirigeants arabes[382] ainsi que ses auteurs chaque fois qu’un attentat était perpétré[383]. En octobre 1947, elle a publié une brochure rédigée par l’un de ses dirigeants, expliquant les dangers et les lacunes de la politique de "terrorisme individuel" et soulignant ses conséquences négatives sur l’unité interne et la compréhension avec les habitants juifs[384]. Dans ses instructions à ses membres, elle insistait sur la nécessité de prendre publiquement position contre le terrorisme, en organisant des réunions dans les villes et les villages afin d’expliquer à la communauté arabe le caractère néfaste d’une telle voie, ainsi que l’importance de préserver la paix afin d’écarter la partition imminente[385].

Bien que la LLN se soit fermement opposée au terrorisme arabe, qu’il soit dirigé contre les Arabes ou contre la communauté juive, dès que ce phénomène s’est fait sentir, il est intéressant de noter qu’il n’en allait pas de même pour le terrorisme juif. La première condamnation de ce dernier n’intervint qu’en octobre 1944 [386], suivie d’un long silence jusqu’en mai 1945 [387]. Ce n’est qu’à la fin de 1945 et au début de 1946 que des articles fréquents ont commencé à paraitre traitant du problème du terrorisme juif, et ceux-ci niaient invariablement toute volonté indépendante au Yishouv, subordonnant toute son activité à la réalisation de ce qui était considéré comme l’objectif principalement britannique de la partition. Pendant toute la période où le terrorisme juif était exclusivement dirigé contre les Britanniques, l’Al Ittihad a gardé un silence de plomb et a ignoré l’activité des groupes sionistes extrémistes. Lorsque les Arabes sont devenus la cible de ces attaques, les communistes arabes n’ont plus pu rester silencieux, mais ont choisi de décrire ces évènements comme une tentative de créer de l’instabilité dans le pays. Ils n’acceptaient pas que le mouvement sioniste se batte sur deux fronts : à la fois contre les Arabes et contre le mandat britannique. Dans l’intérêt de la politique déclarée de compréhension et de coopération, et de l’espoir de voir s’établir un État démocratique uni, la LLN a choisi de minimiser le facteur terroriste juif dans le problème, et d’en réduire tant l’ampleur que le soutien unanime dont il bénéficiait au sein des rangs du Yishouv.

S’il n’est pas pertinent de parler d’une “politique communiste” de la LLN, on peut néanmoins constater que les communistes arabes s’identifiaient au mouvement communiste international. Bien que les relations avec Moscou ‑ inexistantes depuis avant la dissolution du IC ‑ soient restées rompues[388], la LLN s’identifiait au communisme international par la publication de nombreux articles glorifiant la vie en Union soviétique, par la propagande en faveur des objectifs de la politique étrangère soviétique et par l’attitude qu’elle adoptait face aux développements dans le monde arabe. Al Ittihad a abondamment écrit sur la longue histoire de l’hostilité soviétique envers le sionisme et a fréquemment reproduit des articles de la presse soviétique soulignant le soutien à l’unité et à l’indépendance de la Palestine.

Le Congrès des partis communistes de l’Empire britannique qui s’est tenu à Londres en février 1947 fut l’occasion pour la LLN d’adhérer publiquement aux rangs du mouvement communiste international. Tuma se rendit au congrès en tant que délégué des communistes arabes[389], puis se rendit à Prague pour s’entretenir avec les communistes tchèques[390], et ensuite à Belgrade, où l’on fit grand cas de sa rencontre avec Tito et du soutien apporté par ce dernier à l’objectif de la LLN d’instaurer un État démocratique en Palestine[391].

Malgré des tentatives répétées de coopération, les relations entre les communistes arabes et le PCP, désormais exclusivement juif, restaient inexistantes[392]. Des actions communes avaient eu lieu à plusieurs reprises[393], et il existait un accord superficiel sur les objectifs fondamentaux que sont l’indépendance et la préservation de l’unité du pays, mais le fossé entre les deux partis ne cessait néanmoins de se creuser. Le LLN continua toutefois à mettre en avant les activités des communistes juifs et à reproduire leurs déclarations[394]. Tout en affirmant que le PCP était "le seul parti véritablement démocratique et populaire, exprimant les souhaits des masses juives", les communistes arabes déclarèrent que le PCP s’était "écarté des principes communistes" en raison des politiques de sa "direction opportuniste"[395].

Les revendications sociales du LLN n’étaient pas présentées dans le cadre d’un programme socio-philosophique complet, mais plutôt en réponse à des conditions spécifiques, et le LLN n’associait pas ces revendications à la doctrine communiste. Al Ittihad, en revanche, a été utilisé dès sa création en mai 1944 comme vecteur de propagande communiste[396]. Sans jamais employer le terme “communisme”, le journal soulignait l’adaptabilité du socialisme aux conditions palestiniennes en citant l’exemple de l’Union soviétique. On affirmait même que l’islam et le marxisme étaient compatibles, et en Union soviétique, l’islam était décrit comme "prospérant sous la protection de l’État"[397]. Les communistes arabes prenaient soin de présenter leurs idées non pas comme une doctrine révolutionnaire, mais sous un jour plutôt conservateur, et de les présenter comme la voie sure vers la renaissance nationale et l’indépendance.

L’activité quotidienne du parti était axée sur des questions économiques, sociales et politiques spécifiques liées à la vie quotidienne des habitants arabes. Tout en mettant en avant le slogan de l’indépendance, le LLN affirmait clairement son intérêt pour le présent. Il reléguait le socialisme à un avenir lointain et s’efforçait de se présenter comme le champion des Arabes dans leurs efforts pour améliorer leurs conditions de vie matérielles. Cette activité était facilitée par le contrôle exercé par les communistes sur la LAI et l’AWC, ce qui leur permettait de diffuser leur message auprès d’un large public et de mobiliser les rangs de l’intelligentsia et de la classe ouvrière.

Le LLN prônait des politiques visant à s’assurer le soutien des couches les plus larges possibles de la population arabe. Ainsi, il soutenait l’appel en faveur du maintien de la mairie de Jérusalem, ainsi que de celle de Haïfa, entre des mains arabes[398], et menait une campagne acharnée pour la libération des "prisonniers politiques arabes"[399]. Au départ, le programme de la LLN était axé sur la lutte pour la mise en oeuvre du Livre blanc de 1939, première étape vers l’indépendance[400]. Par la suite, celle-ci fut remplacée par une campagne axée sur des questions spécifiques, telles que la demande d’abolition de la censure[401] et des règlements d’urgence[402], et elle appela à plusieurs reprises le gouvernement à accorder des "libertés démocratiques" et à permettre au peuple de participer à l’administration du pays[403].

La LLN accorda une attention particulière au problème des conseils municipaux et locaux, qualifiés de "seule forme d’autonomie dont jouissait le pays depuis 1925"[404]. L’administration fut critiquée pour les avoir réduits au rôle de services gouvernementaux[405], et fut appelée à lever toutes les restrictions pesant sur leurs activités, à étendre leur autorité et à abolir toutes les conditions de propriété et fiscales tant pour le droit de vote que pour l’éligibilité[406]. L’intérêt d’Al Ittihad pour les affaires municipales s’étendait à des questions locales spécifiques[407], et, à ce titre, il cherchait à s’imposer comme le défenseur le plus fervent des droits de la communauté arabe.

Cependant, les problèmes du village arabe et la condition des paysans n’occupaient pas une place centrale dans les préoccupations de la LLN. Les solutions qu’elle proposait étaient de nature profondément réformiste, appelant à la modernisation de l’agriculture[408], et chargeant le gouvernement de la mise en oeuvre d’une multitude d’améliorations allant de la gratuité des soins médicaux au pavage des routes[409]. Le LLN ne tenta pas de s’attaquer aux relations de type féodal qui prévalaient dans les campagnes, et sa seule proposition “révolutionnaire” consistait en une revendication, formulée au cours de la dernière année du mandat, en faveur de “la distribution des terres publiques aux paysans”[410].

L’orientation principale des politiques de la LLN resta tout au long de son existence visée à séduire la partie la plus large possible de l’opinion arabe et, pour atteindre cette “légitimation nationale”, les communistes arabes cherchèrent à s’associer à d’autres partis arabes. Une certaine coopération fut établie avec deux petites organisations, le Bloc national et le Congrès de la jeunesse, et des orateurs communistes apparaissaient fréquemment sur des tribunes conjointes avec d’autres orateurs non communistes. Dans un certain nombre de fronts arabes locaux , des communistes furent cooptés comme membres. Pourtant, les communistes arabes continuèrent d’être pénalisés par leur défense de “causes impopulaires”, dont la plus importante était leur position vis-à-vis des habitants juifs.

C. Réaction à la partition

L’UNSCOP a présenté son rapport à l’Assemblée générale des Nations unies à la fin du mois d’aout 1947. Il recommandait à l’unanimité la fin du mandat britannique et l’octroi de l’indépendance à la Palestine. Il n’a toutefois pas réussi à s’accorder sur la forme future de l’État indépendant. La majorité proposa la création de deux États en Palestine, l’un arabe, l’autre juif, avec une unité économique entre les deux, et une zone internationale à Jérusalem. Le rapport majoritaire était favorable à une Palestine unifiée sous la forme d’une fédération binationale[411]. La réaction de la LLN fut mitigée. D’une part, elle se félicita de la reconnaissance du fait que le problème juif ne pouvait être résolu dans les limites de la Palestine[412]. D’autre part, elle rejetait la décision de partition, estimant qu’elle "visait à garantir les intérêts de l’impérialisme anglo-américain"[413]. Tout en saluant les recommandations du rapport minoritaire visant à maintenir l’unité du pays, elle lui refusait le droit de se prononcer sur "la forme spécifique" que cette indépendance devait prendre, une question qui "relevait de la seule décision du peuple palestinien"[414]. Tout en soulignant qu’elle restait fidèle à sa propre proposition d’un État démocratique uni, et en rejetant ainsi les recommandations tant de la majorité que de la minorité, la LLN choisit d’orienter sa propagande en faveur de la recommandation de l’UNSCOP en faveur de l’indépendance, qu’elle qualifiait de partie la plus importante des propositions de la commission.

La partition étant clairement à l’ordre du jour, la LLN a tourné sa colère contre les dirigeants du mouvement national arabe. Elle les a accusés d’avoir ouvert la voie à la partition par leur politique "négative" et "raciste" à l’égard des habitants juifs de Palestine[415]. Le rejet par les dirigeants traditionnels de la “solution démocratique” et leur refus de reconnaitre les droits civils des immigrants juifs arrivés en Palestine après 1918, ont été déclarés comme ayant donné du crédit aux revendications sionistes selon lesquelles la partition était nécessaire pour "protéger la minorité juive contre l’agression des Arabes", et comme étant à l’origine de l’incapacité des Arabes à obtenir un soutien international pour leur "juste cause"[416]. L’attitude de la LLN envers les dirigeants du mouvement national est passée d’une collaboration proposée à une hostilité ouverte. La LLN appelait désormais à la mise en place immédiate d’une "organisation interne solide au sein du mouvement national" afin de concrétiser l’indépendance décrétée par l’ONU[417], et proposait un programme visant à créer des "comités nationaux locaux" dans chaque ville et chaque village "afin d’organiser la lutte nationale pour l’indépendance et pour une Palestine unifiée"[418]. La politique du HCA fut qualifiée de "vouée à l’échec", car tout en rejetant la décision de partition, il ne proposait pas de revendications alternatives et, par conséquent, semblait s’opposer au soutien de la communauté internationale à l’indépendance de la Palestine[419]. La LLN reconnaissait et condamnait le fait que la direction des Arabes palestiniens était passée de leurs mains à celles de la Ligue arabe, et mettait en garde contre la folie de se plier aux diktats des "gouvernements arabes qui travaillent main dans la main avec les plans impérialistes britanniques"[420].

Entre septembre et la décision de partition du 29 novembre, les communistes arabes ont concentré leurs efforts sur la mise en garde contre les politiques dangereuses menées par les dirigeants arabes et la Grande-Bretagne, qui ouvraient la voie à la partition. Ils soulignaient la nécessité de parvenir à une formule de coopération et de compréhension avec les habitants juifs afin de préserver l’unité de la Palestine et d’éviter la partition. L’axe principal de la propagande de la LLN mettait en garde contre le danger de transformer la lutte pour l’indépendance, qui "devait être dirigée contre l’impérialisme britannique en tant que notre ennemi principal", en "un conflit racial"[421]. Les dirigeants de la LLN prirent la parole lors de nombreuses réunions publiques au cours desquelles ils mirent en garde contre le fait que "l’impérialisme tente de détourner le mouvement national pour mener une lutte raciale contre les Juifs" afin de montrer que le problème en Palestine était un conflit entre les deux communautés, et que le maintien de la domination britannique était nécessaire pour préserver la paix et éviter les massacres[422]. Ils ont en outre mis en garde contre le recours à la terreur comme arme politique et ont déclaré qu’"aucune nation ne s’est libérée par la voie de l’assassinat politique" et que les méthodes terroristes aboutiraient à "déchirer le mouvement arabe"[423]. La partition fut fermement rejetée, car elle sortait du cadre de l’autorité légitime de l’ONU, et le débat sur la future forme constitutionnelle de la Palestine, alors que le pays était encore sous occupation britannique et que son peuple ne pouvait exercer librement son droit à l’autodétermination, fut qualifié de "diversion". La question principale était l’indépendance et la LLN réitéra son soutien au slogan d’une "Palestine démocratique, unie et indivisible", dont le succès impliquait une lutte déterminée pour la coopération et la compréhension entre Arabes et Juifs[424].

La LLN a reconnu, comme l’a montré clairement le débat sur la question palestinienne à l’ONU, qu’une majorité était favorable à la partition, et l’Al Ittihad a souligné qu’"il n’y a désormais aucune possibilité de convaincre une majorité de créer un État unifié"[425]. On a expliqué que cela résultait directement de "l’absence de compréhension entre Arabes et Juifs". La responsabilité de cette situation n’incombait pas uniquement aux dirigeants arabes, mais était partagée avec l’impérialisme britannique, qui avait longtemps mené "une politique visant à attiser la haine raciale"[426], et avec les organisations sionistes qui avaient déclenché une campagne de terreur pour séparer davantage les deux peuples et "jeter de l’huile sur le feu du conflit racial en cours"[427]. Néanmoins, la LLN a appelé les dirigeants arabes "d’aller vers les masses juives et de leur demander de se joindre à la lutte de libération pour l’indépendance". En l’absence de compréhension et en cas de déclenchement d’une "guerre raciale", la partition deviendrait inévitable, et la LLN a averti que la Ligue arabe se "préparait déjà à occuper la partie arabe de la Palestine, tandis que l’autre partie formerait l’État juif … conformément aux manoeuvres de l’impérialisme britannique"[428].

La dernière déclaration publiée par la LLN avant que la partition ne soit officiellement décrétée réfutait une nouvelle fois que "l’ONU ou tout autre État ait le droit de se prononcer sur la forme constitutionnelle" du futur État indépendant, et affirmait que le devoir de l’ONU consistait à "aider les habitants de la Palestine à exercer leur droit à l’autodétermination"[429]. Dans le même temps, la partition a été condamnée comme un "complot impérialiste" qui ne pouvait que conduire à "fournir un point d’ancrage à l’impérialisme anglo-américain pour contrecarrer le mouvement de libération nationale du peuple arabe"[430]. La LLN s’est tournée vers les habitants juifs et les a avertis qu’il était de leur responsabilité, et dans leur propre intérêt, de mettre fin au terrorisme sioniste contre les Arabes[431], et a exercé son "devoir historique en informant les masses juives des dangers liés au fait de suivre les politiques sionistes en faveur de la partition et de la création d’un État juif"[432]. Un État juif dans une partie de la Palestine n’apporterait ni paix ni sécurité aux Juifs; de plus, il constituerait une force de déstabilisation dans la région et sa création servirait à transférer le "conflit racial haï" de l’Europe vers la Palestine et toute la région.

Le lendemain de l’adoption par l’ONU de sa résolution appelant au partage de la Palestine, un article paru dans Al Ittihad affirmait que ce partage était déjà une réalité, les communautés arabe et juive vivant dans un isolement total l’une par rapport à l’autre[433]. Cependant, l’article poursuivait en affirmant que l’avenir de la Palestine ne dépendait pas des décrets de l’ONU, mais de la capacité des habitants de la Palestine "à éviter les conflits raciaux et les massacres religieux" et à trouver un moyen de réduire les tensions et de parvenir à un terrain d’entente.

La décision de l’ONU, qui bénéficiait de l’approbation et du soutien de l’Union soviétique, plaçait le LLN dans une position délicate. Sa réaction initiale face au soutien soviétique à la partition, alors que celle-ci faisait encore l’objet de débats à l’ONU, avait été d’affirmer l’indépendance des communistes arabes et de déclarer que "malgré notre amitié pour l’URSS, nous ne nous lions pas à sa politique, mais formulons la nôtre en fonction des conditions locales existantes et des objectifs de notre peuple"[434]. Peu après, cependant, Al Ittihad défendait la position pro-partition de l’Union soviétique en affirmant qu’elle reposait sur le désir de voir la Grande-Bretagne expulsée de Palestine[435]. Le soutien à la création de deux États était expliqué comme résultant de la conclusion selon laquelle "d’autres solutions, bien que plus souhaitables, ne sont pas réalisables à l’heure actuelle"[436].

Une fois la décision de l’ONU prise, cependant, la LLN se devait de faire connaitre sa position. Lors d’une réunion du secrétariat tenue immédiatement après la décision de partition[437], la majorité s’est prononcée en faveur de celle-ci, au motif que la partition allait être imposée à la Palestine indépendamment de la volonté de la population arabe. La décision était également considérée comme ayant des aspects positifs dans la mesure où elle proclamait l’indépendance de la Palestine et le retrait des Britanniques, et où les deux États seraient liés par une union économique; ils estimaient qu’il incombait aux communistes de lutter pour la réunification politique du pays. De plus, Nassar, qui dirigeait la faction favorable à la partition, a fait valoir que les États arabes ne lutteraient pas contre la partition mais se contenteraient de protestations verbales[438]. Il a toutefois été décidé de ne pas rendre publique la nouvelle position du secrétariat, et une déclaration formulée en termes vagues a été publiée, qui orientait son attaque principale contre les "machinations britanniques". Elle appelait "les Arabes à lutter contre l’impérialisme britannique, principale source de nos problèmes", et réaffirmait la position de la LLN en faveur du maintien de la Palestine "unie et indivisible dans une unité démocratique"[439]. Une réunion du CC tenue peu après a donné une majorité en faveur de la position de Tuma, seul opposant à la partition au sein du secrétariat, et avec cela, le contrôle de la presse du parti est passé aux mains de la faction anti-partition de la LLN[440]. Il fut néanmoins décidé de tenir une deuxième session plénière élargie du CC pour discuter plus en détail de la question; lors de cette deuxième session plénière de Nazareth, Tuma et la plupart de ses partisans s’absentèrent, et les décisions de la première session plénière de Nazareth furent annulées[441]. Une majorité s’est dégagée en faveur de la position pro-partition; la presse du parti est revenue sous le contrôle du secrétariat et Tuma et ses partisans ont par la suite été exclus des rangs de la LLN[442].

La nouvelle politique favorable à la partition adoptée par le LLN ne trouva pas d’expression immédiate et explicite dans les pages d’Al Ittihad; les articles publiés dans l’organe du parti se caractérisaient par une certaine ambigüité dans leurs prises de position sur la partition et évitaient d’adopter une position claire. Finalement, l’autorisation de publication d’Al Ittihad fut révoquée par le gouvernement[443] après la parution de seulement cinq numéros depuis l’expulsion de Tuma de son poste de rédacteur en chef, et la LLN s’est retrouvée sans organe légal lui permettant de transmettre son message politique au public arabe.

Les cinq derniers numéros d’Al Ittihad ont continué à faire quelque peu mine d’adhérer au slogan d’une "Palestine unifiée", tout en soulignant que la compréhension entre Juifs et Arabes était nécessaire pour y parvenir. Ceci s’accompagnait d’une déclaration selon laquelle il était "irréaliste" et "trop tard maintenant pour réclamer un État démocratique unifié", en raison de la situation tendue entre Arabes et Juifs[444], et le message implicite était que la "Palestine unifiée" était un objectif à atteindre dans un avenir lointain, lorsque cette entente et cette coopération s’avèreraient réalisables.

La principale préoccupation du Al Ittihad consistait à mettre en garde, à maintes reprises, contre les dangers du terrorisme et à appeler tant les Arabes que les Juifs à canaliser leurs énergies vers l’objectif commun d’expulser les Britanniques du pays. Le terrorisme et les massacres, qu’ils soient le fait des Arabes ou des Juifs, étaient condamnés comme ne servant qu’à mettre en oeuvre la politique britannique, qui visait à montrer au monde que sa présence en Palestine était nécessaire pour éviter la destruction du pays[445]. Parallèlement, la LLN appelait sans relâche la classe ouvrière juive à "se réveiller" et à rejeter les actes de terrorisme sioniste[446], avertissant que ces actes étaient contraires aux intérêts des habitants juifs, et que "le silence persistant des masses juives constitue désormais un crime"[447].

Le ton des articles d’Al Ittihad indiquait que le journal s’opposait moins à la partition qu’à la manière dont elle était mise en oeuvre. Il mettait ainsi en garde contre le fait que la partie arabe de la Palestine allait être "annexée à la Jordanie"[448] et appelait les habitants à résister aux manoeuvres britanniques visant à "rattacher la Palestine arabe à la Jordanie et l’État juif au Dominion britannique"[449]. Dès les trois derniers numéros du journal, publiés en janvier 1948, la revendication d’un "État indépendant, uni et indivisible" avait été abandonnée et l’appel de la LLN se concentrait désormais sur la nécessité de lutter "pour organiser des moyens de défense contre le terrorisme", pour "expulser les armées britanniques de Palestine"[450] et pour réaliser "la liberté et l’indépendance de la Palestine"[451].

Pourtant, les communistes arabes n’ont pas suivi une ligne cohérente dans leur propagande publiée. Un bulletin interne, paru en février 1948 pour combler le vide créé par l’absence d’Al Ittihad, ignorait complètement les évènements en Palestine et se concentrait sur les affaires en Irak[452]. Un autre numéro du même bulletin avertissait que les USA tentaient d’annuler la décision de l’ONU et de priver la Palestine de son indépendance, mais refusait d’aborder de front la question de la partition et affirmait qu’"il n’est pas possible de parvenir à un règlement constitutionnel juste tant que les Britanniques sont encore dans le pays"[453]. Le LLN s’est clairement prononcé sur son affirmation désormais familière selon laquelle la partition était le résultat des politiques des dirigeants arabes. La position nationaliste extrême avait conduit à un "conflit national" entre Arabes et Juifs. De même, les États de la étaient considérés comme de mèche avec la Grande-Bretagne pour permettre à la Légion arabe, commandée par des officiers britanniques, d’entrer en Palestine "dans le seul but de faire obstacle aux frontières préétablies", puis "d’annexer la partie arabe de la Palestine à la Transjordanie", qui était décrite comme "liée à la Grande-Bretagne par un traité de servitude et d’esclavage"[454].

Avec la création de l’État d’Israël en mai 1948 et l’invasion qui s’ensuivit par les armées de la Ligue arabe, la LLN a clarifié sa position et a alors appelait publiquement à l’application de la résolution de partition de l’ONU et à la création d’un État arabe indépendant aux côtés de l’État juif déjà établi. Son attitude face à l’entrée des armées de la Ligue arabe en Palestine se caractérisait par une condamnation véhémente, et les membres de la LLN se sont activement employés à distribuer des tracts dans les zones occupées par les armées arabes[455]. Le ton de ces tracts était provocateur et séditieux; les soldats arabes étaient appelés à "rentrer chez eux" et à lutter pour renverser leurs propres dirigeants, et on leur expliquait que le but de leur campagne en Palestine n’était "pas de la libérer … mais d’annexer la partie arabe à Abdallah, la marionnette de l’impérialisme britannique"[456].

Les tracts du LLN concentraient leur fureur sur les dirigeants du mouvement national palestinien et de la Ligue arabe. Les premiers étaient fustigés pour avoir déserté le pays et pour avoir encouragé les habitants arabes à fuir dans leur sillage[457]. Ils étaient décrits comme "des traitres … une poignée de grands propriétaires terriens et de patrons d’affaires corrompus qui avaient été au service de l’impérialisme pendant les trente dernières années … qui avaient vendu leurs terres en Palestine et s’étaient maintenant enfuis”[458]. C’étaient des "féodaux à la mentalité médiévale" qui avaient adopté des "politiques racistes" à l’égard des habitants juifs, institué un boycott de la communauté juive, déclaré, dans les forums internationaux, leur "refus de vivre avec les Juifs dans un même pays"[459] et qui, en menant des politiques nationalistes extrémistes, avaient érigé des barrières sur le chemin de la compréhension entre Arabes et Juifs, ouvrant ainsi la voie à la partition[460]. La Ligue arabe fut dénoncée comme un "instrument de l’impérialisme" et la LLN déclara que le comportement des États arabes et leur connivence avec les manoeuvres britanniques avaient mis à nu la "trahison des rois arabes et des classes dirigeantes arabes"[461]. Alors que les armées de la Ligue arabe étaient entrées en Palestine avec pour objectif apparent de faire échouer le projet de partition, leur véritable mission semblait avoir été la mise en oeuvre active de cette partition et l’empêchement de la création d’un État arabe indépendant; leurs armées ne s’étaient même jamais approchées des frontières de l’État juif proposé[462]. La LLN ne considérait pas que la guerre en Palestine ait été menée pour empêcher la création de l’État juif, et pour preuve, elle soulignait la reddition de diverses parties du pays aux forces juives par la Légion arabe d’Abdullah, sans même faire semblant de se battre[463]. De plus, Abdullah, avec la bénédiction de la Grande-Bretagne et la complicité de certains "éléments réactionnaires" au sein de l’État juif déjà établi, a été accusé de projeter d’annexer la partie arabe de la Palestine à la Transjordanie[464].

La LLN a appelé les peuples arabes à lutter contre la guerre et à établir un État arabe indépendant fondé sur les décisions de l’ONU. Elle appelait à l’"évacuation des armées d’occupation arabes et juives" du futur État arabe et au retour des zones occupées par la Haganah au-delà de la frontière proposée par l’ONU[465], déclarant que la lutte des Arabes était désormais une "lutte pour le droit à l’autodétermination et pour la fin de l’occupation par toutes les armées étrangères"[466]. Elle rappelait aux Arabes que s’ils avaient accepté la décision de l’ONU sur l’indépendance et la partition, et facilité sa mise en oeuvre, l’unité économique envisagée entre les deux États aurait fourni un cadre pour la réunification politique éventuelle de la Palestine[467]. Il était toutefois encore possible et nécessaire de lutter pour la création d’un État arabe sur la base d’une entente entre Arabes et Juifs et du respect du droit de chacun à l’autodétermination[468], car cela constituerait un tremplin sur la voie d’une éventuelle réunification.

Dès aout 1948, la LLN tentait d’expliquer le revirement qu’elle avait opéré en transférant son soutien de l’"État démocratique uni et indivisible" à la solution à "deux États". Tout en insistant sur la justesse de son ancien slogan, la LLN attribuait l’échec de sa mise en oeuvre à la politique réactionnaire des dirigeants arabes et des "réactionnaires parmi les Juifs" qui avaient entravé le développement d’une entente entre les deux communautés[469]. La LLN tentait déjà de trouver une justification idéologique à sa nouvelle ligne et, faisant écho à l’ analyse des communistes juifs, elle introduisait timidement la thèse selon laquelle "une nouvelle société possédant des caractéristiques nationales était apparue en Palestine" à la suite de l’immigration et de la colonisation juives, et que cette "nouvelle nation … avait le droit de déterminer son propre avenir et de créer son propre État"[470]. Ce point fut encore amplifié dans une publication ultérieure qui, bien que intitulée "Pourquoi nous devons lutter pour l’État arabe de Palestine", se consacrait à une autocritique des politiques antérieures et des positions idéologiques de la LLN[471]. La première autocritique portait sur la politique d’"unité nationale" de la LLN, qu’elle reconnaissait désormais comme une erreur et qui avait servi "de couverture aux trahisons de la direction nationale"[472]. La politique correcte aurait été de dénoncer les dirigeants réactionnaires du mouvement national arabe et de les isoler des masses arabes. En l’absence d’une telle politique, le LLN s’est jugé en partie responsable des erreurs du mouvement national qui avaient contribué au manque de compréhension entre Arabes et Juifs. La deuxième autocritique, plus importante, portait sur son attitude envers l’"État démocratique" et la minorité juive du pays. Tout en affirmant que le slogan de l’"État démocratique uni", en tant qu’expression du droit à l’autodétermination de tous les habitants de la Palestine, était correct à une certaine période[473], elle poursuivait en expliquant que l’absence de compréhension avait créé des conditions qui rendaient la lutte pour un tel État "irréaliste et vaine"[474].

La LLN a également développé sa récente découverte de l’existence d’une "nationalité juive distincte" dans le pays. Cette nouvelle société s’était développée pendant les années du mandat dans un isolement total par rapport à la société arabe et se caractérisait par la possession d’une langue, d’une culture et d’une économie distinctes[475]. L’existence de "nouvelles semences nationales" en Palestine, qui était devenue évidente avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, signifiait qu’il était erroné de forcer la "nation juive" à accepter la position d’une minorité dans un État unifié. La politique correcte aurait impliqué "la reconnaissance des droits des deux nations à l’autodétermination jusqu’à la séparation et la création d’États indépendants"[476]. Ainsi, tant pour des raisons de faisabilité que de principe idéologique, la LLN en est arrivée à la conclusion que la partition et la création de deux États distincts étaient la solution correcte[477].

Cette nouvelle position du LLN sur la question nationale juive en Palestine et son soutien explicite au droit du peuple juif à fonder son propre État ont rendu sans objet la séparation persistante entre communistes arabes et juifs. En conséquence, les deux groupes ont décidé de fusionner. Les communistes juifs, qui s’étaient désormais constitués en Parti communiste israélien, déclarèrent que le "changement de position de la LLN vis-à-vis du problème national en Palestine" avait "levé le dernier obstacle sur la voie de l’unité", et affirmèrent leur volonté de s’unir aux communistes arabes[478]. Fin octobre 1948, un congrès d’unité s’est tenu à Haïfa, en présence de délégués arabes et juifs, qui a réaffirmé l’internationalisme du mouvement communiste palestinien, qui avait été rompu depuis 1943 [479].

Les communistes arabes ont dû payer le prix de leur reconnaissance tardive de la "nation juive" et de leurs hésitations initiales face à la partition avant de pouvoir être acceptés par leurs camarades juifs. Ils l’ont fait sous la forme d’une autocritique publique de leurs erreurs passées. Selon cette nouvelle version de l’histoire du parti, la séparation des communistes arabes au sein d’une organisation indépendante fut présentée comme la cause de leur "incapacité à prendre en compte les nouvelles conditions en Palestine", à savoir l’établissement d’une "nation juive indépendante"[480]. Cela avait nécessité de nouvelles méthodes de lutte et les communistes arabes se déclarèrent coupables de ne pas avoir brandi le slogan des "droits des nations arabe et juive à l’indépendance et à la souveraineté nationale sur la base du principe marxiste-léniniste d’autodétermination". Ils n’avaient pas su percevoir cela et avaient par conséquent affaibli la lutte des travailleurs arabes et juifs. La deuxième conséquence de l’existence d’une organisation communiste arabe distincte fut l’émergence d’une "déviation nationale de droite" au sein de la LLN[481], qui considérait que seul le peuple arabe était capable de libérer la Palestine et de vaincre l’impérialisme britannique, et qui négligeait le potentiel des "forces révolutionnaires au sein du peuple juif". En conséquence, la politique des communistes arabes s’était fondée sur un large "front national" qui regroupait en son sein des "éléments bourgeois et semi-féodaux". Ce que la LLN n’avait pas compris, c’est que cette unité était condamnée à l’échec, car "les agents de l’impérialisme" étaient incapables de rejoindre un front visant à les expulser du pays. Le résultat concret de l’activité des communistes arabes avait été d’ignorer l’importance de "démasquer les dirigeants bourgeois et semi-féodaux du mouvement national" et de libérer le mouvement de libération nationale arabe de leur emprise.

Le LLN se distinguait manifestement et fondamentalement du PCP d’avant la scission, et pas seulement parce que son adhésion était réservée à un seul groupe national dans un pays binational. Même en tant que parti arabe, il ne s’inscrivait pas dans la continuité du PCP. Il se considérait comme partie intégrante du mouvement national arabe et son rôle dans la lutte ne visait pas le communisme ou la révolution sociale, mais l’indépendance nationale. Cette vision reposait sur son interprétation du rôle d’un parti marxiste, considéré comme conditionné par le stade de développement d’une société donnée. En Palestine, où la contradiction principale était perçue comme opposant la société arabe dans son ensemble à l’occupation britannique persistante, son rôle devait être de soutenir la lutte pour l’indépendance nationale des Arabes. Le LLN niait que son soutien à une telle lutte, ou la similitude de ses objectifs avec ceux du mouvement national arabe, le transformait en un parti nationaliste. Pourtant, dans la pratique, il s’est montré toujours prêt à se conformer aux décisions du mouvement national et, bien qu’il ait mené et perdu de nombreuses batailles contre la direction du mouvement concernant la démocratie au sein des rangs nationaux, l’attitude envers les habitants juifs, et la coopération avec le "camp antiimpérialiste" international, il est resté fidèle à cette direction et a refusé de s’en dissocier.

Le programme politique de la LLN était dépourvu de toute dimension de classe et ne comportait aucun point socialiste, ni même la moindre mention de la forme que prendrait le futur État. Le conflit de classes était absent de ses perspectives et l’accent était mis avant tout sur l’unité nationale la plus large possible. La prétention du LLN à la "progressivité" résidait dans ses revendications sociales et son soutien à l’URSS, mais même ces revendications étaient de nature modeste et passaient au second plan derrière le slogan de "l’unité nationale" et la nécessité de réaliser la collaboration de classe. Le LLN n’a pas tenté d’application créative du marxisme aux conditions locales, ni n’a abordé aucune des questions fondamentales de la société arabe. Au contraire, sa tentative d’utiliser des thèmes traditionnels et musulmans pour séduire les couches les plus larges possibles de la population, bien qu’elle ait sans aucun doute contribué à son succès, a également renforcé les valeurs traditionnelles et réduit son marxisme à peu plus que la lutte contre l’impérialisme et la revendication de la mise en place d’un État “providence”.

En ce qui concerne la lutte interne en Palestine, la LLN a refusé de reconnaitre l’existence d’un conflit triangulaire opposant les Arabes, le Yishouv et les Britanniques, et a réduit la situation à une simple lutte entre les Arabes et les Britanniques. L’antagonisme du Yishouv envers les Britanniques a été ignoré, tout comme la lutte arabo-juive elle-même. La LLN refusa de tirer les conclusions qui s’imposaient du soutien massif des habitants juifs au programme sioniste d’un État juif. Dans l’intérêt de la coopération et de la compréhension judéo-arabes tant chères à ses yeux, la LLN jugea bon de nier l’existence de réalités qui contredisaient cet idéal. Plus tard au cours du mandat, lorsque sa propagande a commencé à présenter la lutte comme une lutte pour l’autodétermination des habitants de la Palestine, les communistes arabes n’ont pas expliqué le contenu de ce slogan. Les habitants n’étaient, après tout, pas unis, mais se composaient de deux groupes aux aspirations nationales opposées. Pour les Arabes, l’autodétermination signifiait un État arabe sur l’ensemble de la Palestine, tandis que pour les Juifs, cette même autodétermination signifiait la création d’un État juif sur la plus grande partie possible de la Palestine. En réalité, bien sûr, la LLN s’identifiait aux objectifs du mouvement national arabe, bien qu’elle eût sa propre solution spécifique au problème des habitants juifs, et s’opposait totalement aux objectifs et aux aspirations du Yishouv, qui était à la fois prêt et désireux de la partition.

À l’approche de la fin du mandat, l’appel de la LLN en faveur d’une "solution pacifique" devint de plus en plus pressant. Cet appel présentait toutefois deux faiblesses : il ne s’adressait qu’à une seule partie de la population et ignorait les réalités de la situation. Le Yishouv, armé et organisé, constituait un “État dans l’État”; tandis que, dans le même temps, les Arabes, bien que ni organisés ni armés au même degré, comptaient sur l’intervention militaire des États arabes voisins. Les deux camps se préparaient à la lutte à venir et avaient clairement affiché leur détermination à se battre pour atteindre leurs objectifs politiques déclarés.

De 1946 jusqu’à la fin du mandat, la LLN a choisi de considérer l’ONU comme le meilleur vecteur pour résoudre la question palestinienne. Elle était convaincue que le recours à la communauté internationale aboutirait à l’indépendance de la Palestine. Les communistes arabes ont complètement ignoré la possibilité d’une organisation interne comme moyen de réaliser leurs objectifs proclamés d’indépendance et de rejet de la partition, et aspiraient à une solution imposée. Cela ne peut s’expliquer que par leur conviction que l’Union soviétique soutiendrait la revendication du mouvement national arabe en faveur d’un État indépendant et uni. Le prestige de l’Union soviétique à la fin de la guerre, et son droit de véto au Conseil de sécurité, convainquirent la LLN qu’un nouvel équilibre international des forces existait dans la période d’après-guerre, garantissant le succès de la lutte des peuples coloniaux pour l’autodétermination et l’indépendance nationale. Ses calculs ont échoué face au changement inattendu de la position soviétique, qui a laissé la LLN sans véritable ligne politique. La solution imposée qu’elle avait défendue s’est avérée, une fois mise en place, être la menace contre laquelle elle avait mis en garde et qu’elle s’était efforcée d’éviter.

Le LLN, malgré ses faiblesses, constituait néanmoins une caractéristique unique de la société arabe. Il s’agissait du premier parti moderne, organisé non pas sur la base de la loyauté familiale traditionnelle, mais doté d’un programme social et politique bien défini. Né comme un mouvement d’intellectuels, il avait réussi à s’implanter dans les rangs de la classe ouvrière et, dans une moindre mesure, parmi l’intelligentsia. Il avait mis en place un puissant mouvement syndical qui lui assurait une base de pouvoir au sein de la société arabe, et avait créé une alliance entre les travailleurs et les intellectuels arabes. La principale préoccupation des fondateurs, une fois leur base ouvrière établie, était d’élargir leur audience afin d’accroitre leur soutien parmi la frange la plus influente de la société arabe : l’intelligentsia, majoritairement issue de la “classe moyenne”.

Les dirigeants traditionnels du mouvement national arabe sont restés inflexibles dans leur refus de reconnaitre la LLN; par conséquent, le rôle de cette dernière dans l’évolution des évènements politiques en Palestine est resté limité. Pourtant, il fut le premier à prévoir les dangers de la partition et à comprendre l’importance d’une entente arabo-juive comme clé du maintien de l’unité du pays. Ses avertissements, cependant, furent continuellement ignorés par les dirigeants arabes qui agissaient selon le principe du “tout ou rien”. Sa reconnaissance tardive de la partition résultait non seulement de la nécessité de suivre l’exemple soviétique, mais aussi de l’acceptation d’une réalité existante et d’un fait accompli, dont il comprit que les Arabes étaient incapables de renverser. La justification idéologique de ce revirement, l’“autocritique” et la dénonciation de la “déviation nationaliste de droite” étaient le résultat d’exigences politiques et de la nécessité de justifier ce qui s’était déjà produit. Pourtant, la LLN n’a pas été la seule à se désintégrer dans le cadre de l’effondrement total de toutes les institutions arabes en Palestine. Ses membres ont poursuivi leur action pendant la guerre de 1948, puis au sein du Parti communiste israélien et du Parti communiste jordanien, qui continuaient d’être dirigés par les dirigeants communistes des années 40. Si, en 1948, on pouvait considérer que le LLN avait mieux réussi dans le domaine syndical que dans le domaine politique, le succès du premier s’est avéré éphémère et de courte durée. L’effondrement de la société arabe et l’exode massif de 1948 ont conduit à la destruction du mouvement ouvrier et à la désintégration de la classe ouvrière arabe. Pourtant, sur le plan politique, les racines que la LLN avait réussi à implanter au cours des années 40 se sont révélées plus résistantes et ont fourni le cadre de l’activité ultérieure des communistes arabes tant en Israël qu’en Jordanie.

 



[214] The National Charter ([n. p., n. d]), Political Aims: Article 1, p. 3.

[215] Ibid., Article 2.

[216] Ibid., Article 3.

[217] Ibid., Article 5.

[218] Ibid., Economic Aims: Article 8, pp. 4-5.

[219] Ibid., Article 9.

[220] Ibid., Articles 6 and 7.

[221] The National Charter ([n. p., n. d]) Social Aims: Articles 14 and 15, pp. 5-6.

[222] Ibid., Political Aims: Article 2, p. 3.

[223] Ibid., Article 4.

[224] Ibid., Internal Organization: Article 4, p. 6.

[225] Ibid., Article 2.

[226] Statement of Politbureau/NLL: Answer to Jamal Husseini, June 8,1946. IT, June 16, 1946.

[227] Statement of ETuma to foreign journalists, Jerusalem, June 5,1947. IT, July 13, 1947.

[228] IT, February 10, 1946.

[229] Statement of ETuma to journalists, loc. cit.

[230] Statement of E Tuma to journalists, loc. cit.

[231] IT, October 8,1944.

[232] IT, November 5, 1944.

[233] IT, February 9, 1947.

[234] NLL in Palestine (Internal Bulletin) N 3, February22,1944.This bulletin first appeared February 1,1944, and stopped with publication oiAIIttihad.

[235] 235.17? December 2,1945.

[236] IT, October 22,1944.

[237] IT, October 8,1944.

[238] IT, December 2,1945.

[239] IT, May 19,1946.

[240] IT, February 10,1946.

[241] Ibid.

[242] IT, July 23,1944.

[243] IT, August 13,1944.

[244] IT, May 28,1944.

[245] IT, May 28,1944.

[246] IT, February 4,1946.

[247] NLL in Palestine N 9, April 5,1944.

[248] NLL in Palestine N 10, April 21,1944.

[249] IT, September 24,1944.

[250] The Palestine Knot and the Way to Its Solution (Memo submitted by NLL to Prime Minister Adee, October 10,1945, and issued as an Arabic pamphlet), p. 11.

[251] Ibid., p. 5.

[252] “Statement on the Anniversary of the Imperialist Balfour Declaration,” Leaflet of CC/NLL, November 2,1945.

[253] The leaders of the NLL were impressed by Soviet support for the cause of Syrian and Lebanese independence in the Security Council and hoped for a repeat performance. Interview with ETuma, Haifa, April 4,1974.

[254] Palestine’s Road to Freedom (Memo submitted by NLL to the UN, August 1947, and issued as an Arabic pamphlet), p. 6.

[255] Ibid., pp. 55-56.

[256] Speech of ETuma at London Congress of the Communist Parties of the British Empire, in “We Speak of Freedom,” op. cit., p. 71.

[257] IT; May 19,1946.

[258] IT, July 14,1946. See also Speech ofTuma at London Congress, op. cit., p. 69.

[259] IT, July 14,1946. See also Speech ofTuma at London Congress, op. cit., p. 70.

[260] Statement of ETuma to journalists, loc. cit.

[261] National Statement of NLL Congress, 13 June 1947,7T22 June 1947

[262] Statement of CC/NLL: “To the Struggling Arab People,” November 8,1944. IT, November 15,1944. See also, IT, May 28,1944.

[263] The Palestine Knot, op. cit., pp. 15-16.

[264] Palestine’s Road to Freedom, op. cit., p. 69.

[265] IT, July 14,1946.

[266] Palestine’s Road to Freedom, op. cit., p. 73.

[267] IT, May 27 and March 18,1945.

[268] The Palestine’s Knot, op. cit., p. 21.

[269] IT, May 20 and June 3,1945.

[270] IT, October 1,1944.

[271] IT; July 29,1945.

[272] IT, April 7,1946.

[273] Statement of CC/NLL to the Arab parties on national unity. IT, March 11,1945.

[274] IT, May 21,1944.

[275] IT, April 7,1946.

[276] IT, March 18,1945.

[277] IT; July 15,1945.

[278] IT May 18,1947.

[279] Statement of E Tuma to journalists, loc. cit.

[280] Palestine’s Road to Freedom, op. cit., p. 65.

[281] For the establishment of the NLL, see Chapter VI, pp. 105-08.

[282] IT, May 28,1944.

[283] Statement of the Secretariat/NLL to the Arab people of Palestine, October 11,1945, 72; October 14,1945.

[284] NLL in Palestine N 3, February 22,1944.

[285] NLL in Palestine N 2, February 14,1944.

[286] IT; October 8,1944.

[287] A number of national leaders wrote in AlIttihad expressing support for the NLL’s ideas: O Bitar, mayor of Jaffa (IT, August 6,1944); A Saleh, president of National Bloc (77; July 16,1944); H Husseini (TTJuly 30,1944); Y Ghussein, president of the Youth Congress Party (77? April 15,1945).

[288] IT, September 24,1944.

[289] IT; October 1,1944.

[290] IT, November 5,1944.

[291] K Zagmouri (Secretary of NLL), “A Practical Proposal to Unite Our Efforts.” 77? March

4,1945.

[292] K Zagmouri, “A Practical Proposal to Unite,” loc. cit.

[293] Statement to the Arab parties on national unity. Signed on behalf of CC/NLL by E. Tuma and K Zagmouri, IT, March 11,1945.

[294] CC/NLL Statement to the Arab people: "The Popular Front, the Problem of Municipalities and Unemployment, 24 March 1945.* 72? April 8,1945.

[295] IT, March 18,1945.

[296] IT, April 8 and May 20,1945

[297] The first meeting was held in Jaffa, April 20,1945.72? April 22,1945.

[298] Statement of CC/NLL: Decision of CC, 16 June 1945.72? June 24,1945.

[299] IT, May 20,1945.

[300] IT, November 25,1945.

[301] Ibid.

[302] IT, December 2,1945.

[303] Decisions of enlarged CC/NLL meetings, 2 December 1945.72? December 9,1945.

[304] IT, January 27,1946.

[305] IT, February 20,1946.

[306] Arab political news, Jewish Intelligence Report, March 27,1946. CZA S 25/4139.

[307] Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., p. 6.

[308] Statement of CC/NLL on situation in the national movement, March 29,1946.72? March 31,1946.

[309] IT, May 26,1946.

[310] Statement of Secretariat/NLL concerning J Husseinijune 8,1946.72? June 16,1946.

[311] IT, June 9,1946.

[312] Concerning statement of J Husseini. 77? June 9,1946.

[313] IT, June 9,1946.

[314] Supplement to Survey of Palestine, op. cit., p. 139.

[315] IT, June 23,1946.

[316] Hurewitz, op. cit., p. 251.

[317] Ibid., p. 270.

[318] While keeping the NLL ou^of the leadership of the national movement the traditional leaders could not but note its influence among certain sections of Arab society. Some attempts were made to accommodate the NLL, such as the addition of Dr K Budeiri to the proposed Arab delegation to the UN General Assembly hearings of May 1947. This was foiled however by’the refusal of the US government to grant him a visa. See, A1 Jamahir, May 19,1947. Quoted in R al Said, The Egyptian Left and the Palestine Problem (Beirut 1974), p. 212. Interview with Dr. K Budeiri, Jerusalem, August 10,1974.

[319] IT, October 1,1944.

[320] CC/NLL: Decisions of CC Meeting, June 16,1945.72? June 24,1945.

[321] IT, October 28,1945.

[322] IT, October 14,1945.

[323] Statement of CC/NLL on the Occasion of the Balfour Declaration, November 4,1945.

[324] The Palestine Knot, op. cit. Introduction, pp. 3-4.

[325] Ibid., p. 10.

[326] Scarcely a month passed by without AlIttihad publishing an article on this subject. Example, The National Movement and the Jewish Minority,* 72? October 1,1945; “The Solution of Our National Problem Depends on Our Stand vis-i-vis the Jewish People in Palestine,* 72? July 8,1945.

[327] Statement of the Secretariat of NLL on the Declaration of the British Government: “No Solution Except Independence,* November 16,1945.72? December 9,1945.

[328] IT, November 25,1945.

[329] NLL Open Letter to the HAC, January 27,1946.

[330] Statement of CC/NLL: “Decisions of CC, 14-15 February 1946.” HI February 17,1946. See also, Letter of CC/NLL to HAC regarding Anglo-US Committee, March 3,1946.

[331] IT; February 4,1946.

[332] IT, May 12,1946.

[333] IT; March 3,1946.

[334] IT; March 10,1946.

[335] Hurewitz, op. cit., p. 246.

[336] Statement of Secretariat of NLL: “We Demand that Our Problem Be Raised at the UN and Insist on the Establishment of a Democratic United Popular Front,” May 5,1946.

[337] IT; May 5,1946.

[338] “Palestine and the World.” IT, May 19,1946.

[339] IT; June 23,1946.

[340] IT; June 2,1946.

[341] Hurewitz, op. cit., pp. 258-59.

[342] Statement of the Secretariat of NLL on August 4,1946. IT, August 4,1946.

[343] IT; August 28,1946.

[344] Leaflet of secretariat of NLL: “Statement to the Arab People,” October 4,1946.

[345] IT; October 13,1946.

[346] NLL Leaflet: “On the Anniversary of the Imperialist Balfour Declaration,” November 2,1946.

[347] NLL Leaflet: “Palestine Where to? In the Shadow of Zionist Terror and Negotiations with Imperialism,” January 31,1947.

[348] NLL Leaflet: “Take the Problem Back to the People,” February 17,1947.

[349] This is corroborated by Hurewitz, op. cit., pp. 284-85.

[350] IT, May 11 and April 27,1947.

[351] IT, February 16 and March 30,1947.

[352] NLL Leaflet: “Let Us Unite Our Forces and Establish a Democratic Strategy to Resist Partition, for Evacuation and an Independent Palestine United and Undivided,” May 1947, p. 2.

[353] Ibid., p. 3.

[354] IT; May 25,1947.

[355] Statement of CC/NLL: “A Call to the HAC to Realise the Wishes of the People for National Unity and for Keeping the Palestine Problem Outside the Control of Imperialism,” loc. cit.

[356] This followed a meeting ofTuma and others with J Husseini. See, 77; June 22,1947.

[357] IT; July 13,1947.

[358] NLL Memo to the UN, August 1947. Published as an Arabic pamphlet entitled, Palestine’s Road to Freedom.

[359] Interviews with Mufid Nashashibi, Beirut, October 13, 1973, and Dr K Budeiri, Jerusalem, August 10,1974.

[360] IT; July 20,1947.

[361] NLL in Palestine N 8, March 29,1944.

[362] IT; January 27,1946.

[363] IT; October 22,1944.

[364] IT; January 27,1946.

[365] IT, June 23,1946.

[366] Leaflet of secretariat of NLL: “On the Anniversary of the Balfour Declaration,” November 2,1946, p. 1.

[367] CC/NLL: Statement on the Anniversary of the Balfour Declaration, November 4,1945.

[368] IT, July 28 and August 12,1946.

[369] IT, July 7,1946.

[370] IT, November 10,1946, and in January 1947, an NLL delegation met the DC of Jaffa to complain about police inactivity and sent a telegram to the UN to that effect. IT, August 17,1947.

[371] Leaflet/NLL: “Palestine Where to? In the Shadow,” loc. cit.

[372] IT, May 25,1947.

[373] IT, November 23,1947.

[374] IT, August 10,1947.

[375] IT, January 11,1948.

[376] IT, November 4,1945. In November, demonstrations of solidarity on the occasion of the Balfour anniversary took place in many cities in Arab states. In Cairo and Tripoli these turned into violent attacks on local Jews.

[377] IT, November 10,1946.

[378] IT, August 24,1947.

[379] IT, February 2,1947.

[380] IT, October 5,1947.

[381] NLL leaflet: “To the Arab National Leadership,” May 1947.

[382] Letter of CC/NLL to HAC: NLL calls on all national forces to beware of what imperialism prepares for our country; Racial conflict as a prelude to realizing partition, August 5, 1947. IT, August 10,1947.

[383] IT, August 17,1947.

[384] F Nassar, Individual Terror and PoliticalMurder (October 1947).

[385] Statement of Secretariat of NLL: Jib Member of NLL and Friends,” August 17,1947.

[386] IT, October 22,1944.

[387] IT; May 27,1945.

[388] The Communist Movement in Palestine. Jewish Intelligence Report, February 11,1947. CZAS 25/7533.

[389] IT, February 9,1947.

[390] IT, April 6,1947.

[391] IT, April 20,1947.

[392] Survey of Arab Communists, 1946, op. cit., p. 7.

[393] Example, Joint PCP-NLL leaflets on occasion of strike of government employees, April 1946.

[394] Example, Testimony of Jewish Communists to Anglo-US Investigation Committee. 77; March 31,1946.

[395] IT; August 5,1945.

[396] Example, “The Anniversary of the October Revolution.” IT, November 5,1944.

[397] “Call of Lenin and Stalin (sic) to the Muslims of the East” was reproduced in IT, February 4,1945, in addition to numerous articles on the conditions of Muslims under Soviet rule.

[398] IT, September 3,1944; May 27,1945.

[399] IT, August 13,1944; AprU 14,1946.

[400] CC/NLL Statement: “To the Struggling Arab People.” IT, November 15,1944.

[401] IT, June 10,1945.

[402] CC/NLL: Decisions of CC-16 June. 77; June 24,1945.

[403] IT; January 7,1945.

[404] IT, March 11,1945.

[405] IT, November 12,1944.

[406] IT, September 30,1945.

[407] Example, the absence of electricity in Jerusalem’s poor quarters. See, IT> March 11,1945.

[408] NLL in Palestine N 7, March 22,1944.

[409] Resolutions of Congress of NLL, June 15,1947.

[410] Ibid.

[411] Hurewitz, op. cit., pp. 295-96.

[412] Statement of the Secretariat of NLL on the Recommendations of UNSCOP, September 5,1947. See, Palestine’s Road to Freedom, op. cit., p. 8

[413] Ibid., pp. 84-85.

[414] Ibid., p. 86.

[415] IT, September 6,1947.

[416] IT, September 13,1947.

[417] IT, September 28,1947.

[418] Statement of CC/NLL, October 17,1947. See, Falastiny October 19,1947.

[419] IT, November 9,1947.

[420] Ibid.

[421] Leaflet of NLL: “Imperialists Evacuate Palestine: Long Live the Struggle of the Arab People for its Freedom and the Freedom of Palestine,” October 3,1947.

[422] Example, meeting in Jerusalem, October 5,1947, addressed by Nassar, Habibi and Shaheen, under the slogan: “Down with partition and the Jewish state. Let Palestine’s inhabitants determine their own fate.” See, IT, October 12,1947.

[423] Ibid., speech of Nassar.

[424] Ibid., speech of E Habibi.

[425] IT, October 20,1947.

[426] Statement of CC/NLL, October 17,1947, loc. cit.

[427] IT, November 23,1947.

[428] IT, October 12,1947.

[429] Statement of secretariat of NLL: “A Call for Unity of Ranks, for Struggle Against Partition and for Abolition of the Mandate, 16 October.” IT, October 19,1947.

[430] Statement of CC/NLL issued after meeting of CC in Jaffa, October 17,1947, to discuss support of majority of UN members for partition proposals. See, Falastin, October 19, 1947, and JT, October 25,1947.

[431] IT, November 23,1947.

[432] Statement of CC/NLL, October 17,1947, loc. cit.

[433] IT, November 30,1947.

[434] “Concerning the USSR’s Stand on Partition.” IT, October 19,1947.

[435] IT, November 2,1947.

[436] IT, November 30,1947.

[437] E Tuma, interview, Haifa, April 4,1974. The secretariat meeting was held in Jerusalem on the same day that the UN decision was made. The members of the secretariat were: Tuma, Nassar, TToubi, E Habibi, and R Shaheen.

[438] Tuma stood alone in his opposition to partition, while Nassar stood at the head of the pro-partition faction. Interviews with E Tuma, Haifa, April 4,1974; E Habibi, Haifa, April 3,1974, F Salfiti, Amman, March 26,1974.

[439] Tuma stood alone in his opposition to partition, while Nassar stood at the head of the pro-partition faction. Interviews with E Tuma, Haifa, April 4,1974; E Habibi, Haifa, April 3,1974, F Salfiti, Amman, March 26,1974.

[440] This was known as the First Nazareth Plenum, and was held some time in the first half of December 1947. The Editorial Board of TTwas made up ofTuma, Habibi, and Sha- heen. After the First Plenum, Tuma’s faction took control of the paper; proposals were also made but not followed up that the NLL should approach other Arab communist parties to send a joint memo to Stalin calling on him to withdraw Soviet support for partition. In addition to the secretariats statement against partition, the sole issue produced by Tuma carried an anti-partition statement by K Bakdash, the Syrian communist leader. IT, December 14,1947. Interviews with Tuma, Habibi, and Salfiti, loc. cit.

[441] The Second Nazareth Plenum was held sometime between December 14 and 21, when IT appeared without Tuma’s name as editor and was replaced by Habibi and Shaheen of Nassar $ faction. IT, December 21,1947.

[442] Tuma explained his deliberate abstention as due to his willingness to split the NLL and uncertainty over his political position. (Interviews with Tuma and Salfiti, loc. cit.) After support for partition became official NLL policy, a number of its members ceased their political activity and were subsequendy expelled. Most however were later to return to the ranks of the communist movement in Jordan and Israel.

[443] NLL leaflet: “Statement Concerning the Withdrawal of the Permit to Publish AlItti- had” January 31,1948. The government’s pretext for this action was a report in iTaccusing British soldiers of actively encouraging acts of terrorism on both Arab and Jewish sides. The last issue oiAIIttihad came out on the January 25,1948.

[444] IT, December 28,1947.

[445] IT, January 4 and January 25,1948.

[446] IT; January 4,1948.

[447] IT; January 11,1948.

[448] IT; December 21,1947.

[449] IT, December 28,1947.

[450] IT, January 11,1948.

[451] NLL leaflet: “Statement Concerning Withdrawal of Permit,” loc. cit.

[452] Al Usba {The League). Internal Bulletin of NLL N 1, February 1,1948.

[453] Al Usba N 4, April 2,1948.

[454] Leaflet of NLL Local Committee-Haifa: “To the Arab People,” May 2,1948. An NLL leaflet as late as July 1948 came out in support of the recommendations of the UN minority report and called for the establishment of “a federal democratic state on the basis of the right to self-determination for Arabs and Jews.” See, leaflet of NLL: “For the Establishment of a Popular Front; To the Masses of the Arab People,” July 1948.

[455] Both F Nassar and O Ashahb, leaders of the NLL were arrested in mid 1948 while distributing such leaflets. IT, February 1,1949. See also, A Kapeliuk, “When the Communists Supported the Jewish State,” New Outlook N 9,1962 p. 90

[456] Leaflet of NLL: “A Call to the Soldiers. Soldiers of Egypt and Brother Arab States, Go Back to Your Own Countries and Direct Your Weapons Against the Imperialists and Their Agents,” July 1948.

[457] And Now… What Is to Be Done? NLL pamphlet, September 1948, p. 4.

[458] Leaflet/NLL: “For the Establishment of a Popular Front,” loc. cit.

[459] And Now… What Is to Be Done? op. cit., p. 3.

[460] Al Usba (Regular Bulletin of NLL) N 1, August 1948.

[461] Leaflet/NLL: “For the Establishment of a Popular Front,” loc. cit.

[462] And Now… What Is to Be Done? op. cit., p. 7.

[463] NLL leaflet; “To the Arab People,” August 1948.

[464] And Now… What Is to Be Done? loc. cit.

[465] Ibid.

[466] NLL leaflet: “To the Arab Palestinian People,” August 1948, loc. cit.

[467] NLL leaflet: “For the Establishment of a Popular Front,” loc. cit.

[468] Al Usba N 1, August 1948, loc. cit.

[469] Al Usba N 1, August 1948, loc. cit.

[470] Ibid.

[471] Why We must Strugglefor the Arab Palestine State. NLL pamphlet, September 1948.

[472] Ibid., p. 4.

[473] Ibid., p. 6.

[474] Why We Must Struggle for the Arab Palestine State, NLL pamphlet. September 1948, op. cit., p. 7.

[475] Ibid., p. 8.

[476] Ibid.

[477] In October 1948, four Arab communist parties, the NLL, the Iraqi, the Syrian, and the Lebanese parties, had declared their support for partition. See, “Statement to the Arab Peoples Regarding the Palestine Problem and Anglo-US Imperialist War Aims in the Arab East,” leaflet, October 1948.

[478] Statement of CC of Israeli Communist Party, 6 October 1948. IT> October 18,1948.

[479] M Vilner, “Twenty-Five Years of the Unity of Arab and Jewish Communists.” IT, October 23.

[480] Statement of CC/NLL, End of September 1948. KH, October 15,1948.

[481] Ibid.