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Central Unitaria de Trabajadores de Venezuela (CUTV) |
Les origines
Les antécédents sont liés à la création de la Confederación de Trabajadores de Venezuela (CTV). Celle‑ci est née des divergences et des affrontements entre les deux partis dominants Acción democrática (AD) et le Comité de Organización Política Electoral Independiente (COPEI) d’une part, et le PCV et le Movimiento de Izquierda Revolucionaria (MIR) d’autre part. Les divergences politiques générales et les contradictions quant aux méthodes de lutte et à l’opportunité de certaines actions avaient déterminé, dès 1936, une relation difficile et conflictuelle entre les différentes tendances syndicales.
En 1952 Marcos Pérez Jiménez accède à la fonction de président. En janvier 1958, le régime de dictature qu’il a mis en place est renversé. En février 1958, un gouvernement de coalition est formé, avec Rómulo Betancourt à sa tête. Les aspirations populaires ont rapidement été trahies. Débute alors une période d’actions de lutte armée contre le gouvernement dirigé par Betancourt et AD, en coalition avec COPEI et l’Union républicaine démocratique (URD). Les forces insurrectionnelles sont composées du PCV et du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), ainsi que de segments d’autres partis tels que l’URD, de différentes tendances politiques et sociales, et aussi de secteurs des Forces armées nationales. Le PCV et le MIR assument le rôle prépondérant.
Le 29 novembre 1960, les garanties constitutionnelles sont suspendues. L’organe du PCV, la "Tribune ouvrière", est interdit, cependant en janvier 1962 l’autorisation de reparaitre a été obtenue.
Le 4 mai 1962, une action civico-militaire éclate dans la ville de Carúpano, dans l’État de Sucre; l’évènement est couramment désigné comme le "Carupanazo". Des militaires progressistes ainsi que des dirigeants communistes et de gauche participent à ce soulèvement, des cadres du Parti communiste du Venezuela (PCV) sont directement impliqués. Les insurgés ont pris les armes contre le gouvernement national en occupant les rues et les bâtiments de la ville, l’aéroport et la station de radio Radio Carúpano, d’où a été diffusé un manifeste au nom du "Mouvement pour la restauration de la démocratie". Les effectifs militaires fidèles au gouvernement reprennent le contrôle de la ville; plus de 400 personnes, civils et militaires, ont été arrêtées, parmi lesquelles le député communiste Eloy Torres. Betancourt suspend à nouveau les garanties constitutionnelles, il accuse le PCV et le MIR d’être impliqués dans le soulèvement. Les activités des deux partis sur l’ensemble du territoire national sont suspendues par décret.
Le processus insurrectionnel s’est poursuivi, étant déployé sous la forme d’une guérilla urbaine et rurale, combinant toutes les formes de lutte, légales et illégales, armées et pacifiques, clandestines et ouvertes, publiques et de masse, y compris parlementaires, ainsi que deux soulèvements militaires et la participation d’importants secteurs des Forces armées nationales.
En avril 1967, le PCV a officiellement annoncé ce qui était déjà en train de se produire dans les faits, à savoir l’abandon de la tactique de la lutte armée. En mars 1969 il est légalisé.
La constitution de la CUTV comme organisation syndicale propre
La CUTV en tant que telle a vu le jour lorsque les dirigeants de l’AD et du COPEI au sein de la CTV ont décidé de traduire en tribunal disciplinaire les militants politiques du PCV, du MIR et de l’URD, et de convoquer un congrès extraordinaire de la CTV pour 1961. Lors de ce 3e Congrès de la CTV, l’expulsion définitive de ces syndicalistes a été confirmée et un Comité exécutif composé exclusivement de représentants de l’AD et du COPEI a été constitué. Le 31 mars 1963, le 4e Congrès des travailleurs du Venezuela, convoqué par les dirigeants syndicaux du PCV, du MIR et de l’URD, s’est ouvert publiquement au théâtre Anauco de Caracas. Les délégués étaient au nombre de 1..050, représentant 23 fédérations et 380 syndicats qui regroupaient 246.000 travailleurs affiliés. Dans sa "Déclaration de principes" et à travers l’ensemble des thèses adoptées, la centrale naissante a reprise les thèses fondamentales du 3e Congrès (de la CTV), réaffirmant son engagement en faveur de la transformation structurelle du Venezuela. L’affiliation du MIR à la CUTV dura jusqu’au début des années 70, lorsque les conflits internes au sein du PCV et l’émergence du Movimiento al Socialismo (MAS) ont provoqué un revirement dans l’activité syndicale du MIR.
Les difficultés à mener une action syndicale efficace, qui exigeait une politique de masse et le développement simultané de la lutte armée, ont empêché le développement et la croissance de la CUTV en tant qu’alternative réelle face à la CTV. Le 8 septembre 1967, le 5e Congrès des travailleurs, convoqué par la CUTV, s’est ouvert. Il comptait 516 délégués. Le document central débattu, intitulé "Programme d’unité d’action", contenait des propositions sur les salaires, l’emploi, la stabilité de l’emploi, le gel des prix et des propositions d’actions convergentes avec les autres centrales. Le 31 aout 1972, le 6e Congrès de la CUTV s’est ouvert avec la participation de 500 délégués, représentant 120 syndicats, 7 centrales régionales et 5 centrales sectorielles. Le congrès a débattu d’un programme d’action immédiat visant à améliorer les conditions économiques des travailleurs et à redéfinir sa position face à la division apparue en son sein suite à la création du MAS. L’intégration progressive au sein de la CTV du MIR, de Vanguardia Comunista et du MAS a eu pour conséquence que la CUTV est devenu une expression exclusive du PCV.
