Parti communiste du Venezuela – PCV
4e et 5e sessions plénières du Comité central
Caracas, 21 décembre 2006 et 18 janvier 2007

Thèses soumises à discussion sur le Parti de la Révolution

 

Source :
https://www.aporrea.org/ideologia/a30086.html

 

Thèses approuvées par les 4e et 5e Plénières du Comité central du PCV qui serviront de base à la discussion lors des conférences des cellules, des conférences locales, des conférences régionales et du 13e Congrès extraordinaire du PCV qui se tiendra les 3 et 4 mars.

I. ‑ Une caractérisation nécessaire de la révolution

1. Lors de son 12e congrès, le Parti communiste du Venezuela (PCV) a estimé que nous traversons un processus révolutionnaire de libération nationale qui doit aboutir à la pleine restauration de la souveraineté et de l’indépendance nationales, à la poursuite de la conquête de la justice et de l’égalité sociale; approfondir la démocratie populaire révolutionnaire, participative et protagoniste, transformer et liquider l’ancien État oligarchique bourgeois et que, pour mener à bien les tâches historiques qui mûrissent dans la société, il doit nécessairement progresser vers le dépassement du mode de production capitaliste injuste, de l’exploitation de l’homme par l’homme, cause principale de toutes les inégalités et menaces qui affectent l’humanité.

2. Cette définition nous permet d’identifier l’impérialisme, en particulier l’impérialisme américain, comme l’ennemi principal du processus révolutionnaire, et par conséquent de notre pays, et de considérer comme alliés fondamentaux les forces motrices de la révolution, dans sa phase actuelle de transition, représentées par de larges secteurs de la classe ouvrière, des travailleurs et travailleuses en général, de la paysannerie, ainsi que la petite bourgeoisie, les classes moyennes et l’intelligentsia progressiste. Et la nature de cette alliance que nous devons construire et maintenir en tant que peuple, mouvement populaire et État révolutionnaires, sous la direction incontestable du commandant président Hugo Chávez Frías, pour avancer victorieusement vers le socialisme.

3. Nous avons souligné à maintes reprises que le règlement définitif du conflit principal entre la Révolution bolivarienne et l’impérialisme américain exige la plus large unité nationale, continentale et mondiale des forces populaires et des gouvernements progressistes, ainsi que des alliances stratégiques et tactiques à l’échelle continentale et mondiale, qui favorisent la consolidation d’un nouvel équilibre des forces en faveur de la lutte des peuples et du progrès social, renforçant ainsi la tendance multipolaire en cours.

II. ‑ La composition, le caractère et le contenu de l’alliance antiimpérialiste

4. Cette phase du processus révolutionnaire exige la plus large unité nationale anti-impérialiste, qui se traduit objectivement par la construction d’une alliance multiforme entre classes et couches sociales, allant de la bourgeoisie non monopolistique (celle qui n’entretient pas de liens de subordination avec le grand capital transnational impérialiste), la petite bourgeoisie, les classes moyennes, la classe ouvrière et les autres secteurs de travailleurs et travailleuses, la paysannerie et d’autres couches sociales exploitées.

5. Il s’agit d’une alliance de classes et de couches sociales, articulée autour d’un programme minimal de transformations démocratiques et populaires, engagée en faveur du développement socioéconomique (développement des forces productives et des rapports de production) et de l’élimination de la domination oligarchique et impérialiste. Ce bloc de forces national-patriotique-révolutionnaire partage l’objectif antiimpérialiste, mais défend en même temps des intérêts divergents; parmi les composantes de l’alliance, la lutte des classes s’engage pour la direction du processus, afin d’en établir le contenu, les limites, le rythme et la profondeur, en fonction des intérêts particuliers de chaque composante sociale qui y est représentée. Il s’agit d’une alliance de classes qui présente en son sein des contradictions non antagonistes, permettant son unité tactique, et des contradictions antagonistes qui se définiront à l’avenir.

6. Dans nos définitions politiques, nous avons affirmé que ce bloc ou cette alliance, de par sa nature même multipartite, nécessite, pour mener à bien les tâches de libération nationale, une instance d’intégration dotée d’une autonomie organique, au sein de laquelle les contradictions n’empêchent pas la mise en oeuvre de politiques stratégiquement convergentes. Nous définissons cette structure comme un FRONT NATIONAL PATRIOTIQUE ÉLARGI, articulé autour d’un programme, doté de statuts et de règles de fonctionnement dont le respect est obligatoire pour l’ensemble de ses composantes, d’une structure organique et d’une direction collective, dirigée par le président Hugo Chávez Frías.

7. Le leadership du processus n’est pas seulement exercée par le président Chávez, qui est un antiimpérialiste et un antioligarchique convaincu, promoteur de la démocratie populaire et révolutionnaire, doté d’une vision et d’une perspective socialistes, mais aussi par des secteurs de la petite bourgeoisie et des classes moyennes, militaires et civils, qui adoptent un comportement anticommuniste et opportuniste, tantôt dissimulé, tantôt ouvert, qui entrave et retarde la progression des transformations sociales, économiques, politiques et culturelles qui ont muri au cours du processus.

8. Il convient de souligner que le processus révolutionnaire bolivarien compte parmi ses acquis une expérience accumulée au fil de décennies de luttes de nature diverse, qui se sont intensifiées au cours de ces années de gouvernement du président Chávez, ce qui a entraîné un bond qualitatif important dans la conscience sociale, sur les plans politique et organisationnel, de secteurs populaires considérables.

III. ‑ Rassembler les forces populaires révolutionnaires pour le socialisme

9. Dans le but de rassembler nos forces pour avancer vers le socialisme, nous développons parallèlement à la plus large unité nationale antiimpérialiste mentionnée ci-dessus une politique de coordination et d’unité stratégique entre l’ensemble des forces qui composent le mouvement populaire révolutionnaire, tant au niveau national qu’international.

10. En tant que forces clairement marxistes et marxistes-léninistes, nous sommes convaincues ‑ comme l’enseigne l’expérience historique de la lutte d’autres peuples et la nôtre ‑ que le processus de transition vers le socialisme exacerbe les contradictions de classe, entrainant de nouvelles définitions, de nouvelles démarcations, de nouveaux regroupements et une recomposition des alliances, dont l’issue dépendra du rapporrt de forces que nous parvenons à établir.

11. C’est pourquoi le cours et le déroulement prévisible des évènements de la lutte des classes nous obligent à surmonter les immenses faiblesses présentes chez l’un des sujets fondamentaux de la révolution socialiste : la classe ouvrière et les autres secteurs de travailleurs et travailleuses.

12. Gagner au socialisme la conscience des divers secteurs de la classe ouvrière, améliorer leur niveau d’organisation, surmonter la division structurelle du mouvement ouvrier et syndical, et contribuer à faire de cette classe l’avant-garde de la révolution sociale : telle est la tâche la plus importante et la plus urgente du Parti communiste du Venezuela.

13. Ce n’est que par cette voie qu’il sera possible de surmonter, au profit des forces résolument révolutionnaires et dans l’intérêt du peuple travailleur, la contradiction fondamentale qui existe dans la société capitaliste, celle qui s’exprime dans la production collective des biens matériels face à l’appropriation individuelle de la plus-value, issue de ce processus productif et intellectuel, créant ainsi les conditions matérielles et spirituelles, objectives et subjectives, nécessaires à la construction du socialisme.

14. Nous proposons donc la création de Conseils de travailleurs, en tant qu’expression politique unitaire de ces derniers, au-delà de leur appartenance professionnelle ou syndicale, afin que leurs intérêts soient légitimement représentés et qu’ils puissent agir de manière révolutionnaire dans le contrôle des lieux de travail, la conception, la mise en oeuvre et le suivi de leurs politiques et processus de travail, de production et de répartition sociale de leurs bénéfices, et comme expression du pouvoir populaire qui transcende même le cadre des lieux de travail pour influencer celui du logement et les territoires des conseils communaux, afin de leur imprimer le sceau de la direction prolétarienne et les changements de conscience nécessaires à la construction du socialisme.

IV. ‑ Les menaces de restauration

15. À ce stade de la révolution bolivarienne, la lutte pour le pouvoir politique a tourné à l’avantage des forces patriotiques et révolutionnaires. Cela a été clairement démontré lors du référendum présidentiel d’aout 2004, avec la victoire du NON!, et lors des élections du 3 décembre dernier, qui ont été précédées par une lutte violente pour le contrôle de l’État, entre fin 2001 (lois d’habilitation) et mi-2003, en passant par le coup d’État fasciste d’avril 2002 et le sabotage pétrolier.

16. Les Missions, l’investissement croissant dans l’éducation, la santé, le logement, la science et la technologie, les grands chantiers d’infrastructure, le souci de l’être humain que la population ressent très vivement, la dénonciation et le dépassement des déformations qui menacent le processus (corruption, bureaucratisme, inefficacité et inefficience des institutions de l’État, individualisme, apparition de nouveaux-riches, néo-richisme et formation de groupes économiques émergents pseudo-révolutionnaires, mensonges répétés concernant le développement des projets, formalisme, réformisme, lutte interne pour le contrôle des fonctions publiques, etc.), l’appel au peuple pour y faire face, la promotion d’une démocratie participative et protagoniste dans les domaines politique et économique (conseils communaux, EPS, coopératives, tables rondes techniques, noyaux de développement endogène, système de microfinance), pour ne citer que quelques-unes des réalisations les plus importantes qui font partie des dix objectifs stratégiques et, plus récemment, des cinq axes esquissés pour la campagne électorale : Éthique socialiste, Modèle productif socialiste, Démocratie protagoniste et révolutionnaire, Géopolitique nationale et Puissance énergétique mondiale, et les cinq moteurs constituants sont des objectifs d’une immense portée historique et transformatrice qui exigent un nouveau niveau idéologique, politique et organisationnel au sein des mouvements sociaux, de l’État et des partis politiques.

17. Le leadership de Chávez rayonne aujourd’hui à l’échelle continentale et mondiale, ce qui lui confère également d’immenses responsabilités internationales. Son rôle de référence pour les peuples et les dirigeants sert les intérêts de la révolution bolivarienne et la consolidation des courants progressistes à l’échelle mondiale.

18. Une fois surmontée la situation de dualité des pouvoirs, qui a perduré jusqu’en août 2004; l’économie relancée, avec des taux de croissance soutenus au cours des trois dernières années; une amélioration relative de la qualité de vie de millions de compatriotes; grâce au prestige continental et mondial et à la légitimité conférée par le peuple au leadership de Chávez, la décomposition qui couve et se développe au sein des institutions de l’ancien État bourgeois et au sein d’une partie importante des forces politiques et sociales identifiées au processus révolutionnaire refait surface et se manifeste, comme il est logique, sous ses formes les plus diverses.

19. Il convient de souligner qu’à l’heure actuelle, on assiste à une autre forme de dualité des pouvoirs au sein de la structure étatique, qui répond à des intérêts et à des directives de groupes agissant à l’insu du peuple et qui constitue un obstacle au déploiement du potentiel transformateur de la révolution.

20. Cette structure se traduit par des pratiques massives et systématiques de bureaucratisation et de corruption, qui sont en grande partie liées à l’existence d’un appareil d’État hérité d’un système qu’il faut enterrer, ainsi qu’à la présence de secteurs de partis politiques et de cadres technocrates qui exercent le pouvoir sans aucun engagement révolutionnaire. En effet, les faiblesses institutionnelles que révèlent ces transformations constituent l’un des principaux problèmes auxquels nous devons faire face dans la nouvelle phase du processus politique vénézuélien.

21. La victoire écrasante du camp patriotique lors des récentes élections (un peu plus de 63 % des suffrages exprimés ont été en faveur du commandant Chávez) et les immenses mobilisations populaires organisées au préalable ont eu un effet dissuasif, empêchant ainsi la mise en oeuvre du plan de déstabilisation de l’opposition oligarchique et impérialiste, à quoi s’ajoute sa décision tactico-stratégique d’accumuler des forces sociales et politiques en vue des futures dénouements dans la confrontation des classes.

22. L’opposition se présente après s’être considérablement réorganisée, un processus qui passe actuellement par la définition de ses structures de direction internes, mais il ne fait aucun doute qu’elle exploitera toutes les failles constitutionnelles et légales pour intensifier la pression sociale, notamment en tirant parti des revendications de ce qu’elle appelle le "chavisme populaire", afin de favoriser la déstabilisation sociale, politique et militaire dans le but de rétablir le régime oligarchique bourgeois. Cet objectif stratégique de la contrerévolution se heurte à un ensemble de contraintes objectives et subjectives, dans la mesure où il ne parvient pas à surmonter une série de faiblesses politiques et organisationnelles qui l’empêchent, à l’heure actuelle, de mettre sérieusement en péril le processus de changement, parmi lesquelles figurent : la division, la dispersion et les affrontements internes, le manque de cohésion programmatique, ainsi qu’un leadership affaibli qui ne parvient pas à atteindre un niveau de légitimité sociale.

23. Dans cette stratégie d’opposition s’inscrit l’orientation de rapprochement que favorise l’impérialisme américain, non seulement de manière directe, mais aussi par l’intermédiaire d’autres présidents latino-américains (jusqu’à présent, on pense principalement à Uribe[1] et à Alan García[2]) et européens, dans le but d’assouplir la ligne politique centrale qui guide le processus et de faciliter la cooptation de cadres issus de ses propres rangs.

V. ‑ Le Parti de la révolution

24. Fondamentalement, il s’agit du fait que depuis un État bourgeois tel que celui qui subsiste encore au Venezuela, il n’est pas possible de diriger la révolution. Historiquement, cet État n’est pas capable de se renier lui-même et, outre son caractère et son essence, il se trouve dans une situation de décomposition croissante. Il s’agit donc d’un État qui n’est pas encore révolutionnaire, dans la mesure où il conserve sa nature et ses valeurs bourgeoises.

25. Cette situation exige l’existence et l’action d’une avant-garde révolutionnaire, capable de diriger de manière organisée, collective et cohérente l’effort créateur des masses. Une avant-garde qui défende des valeurs, des principes et des comportements visant à surmonter l’hégémonie culturelle bourgeoise dominante. Une avant-garde qui contribue, en collaboration avec le collectif populaire organisé, à l’exercice du contrôle social et politique du processus considéré dans sa globalité.

26. C’est dans ce contexte, où la direction du processus révolutionnaire est exercée de manière prédominante, voire quasi exclusive, par les instances gouvernementales, que le président Chávez présente la proposition du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV).

27. Il est certain que la révolution, en tant que phénomène essentiellement politique, exige un organe de direction révolutionnaire capable non seulement de ravir ce pouvoir à l’État bourgeois, mais aussi de le détruire et d’édifier un État démocratique populaire révolutionnaire.

28. Cet organe politique est nécessairement un parti, composé de cadres révolutionnaires, qui envisage, conceptualise et définit des orientations globales, exhaustives et d’ensemble concernant la société, et non sectorielles comme c’est le cas des visions qui, en général, sont formulées depuis la position d’un groupe (un ministère ou un institut) les tâches à accomplir, tout en justifiant logiquement, sans esprit critique, leur propre action.

29. Le parti qui pourra assumer ce rôle devra être capable, en tant qu’avant-garde politique de la révolution, d’adopter une vision globale du processus sociopolitique, qui lui permette de mobiliser les masses et de leur faciliter non seulement la prise de contrôle de l’État, mais aussi l’exercice d’un pouvoir direct sur et à partir des instances étatiques.

VI. ‑ La décision du commandant Chávez

30. Le 15 décembre 2006, lors de la cérémonie d’hommage aux escadrons, pelotons et bataillons du Commandement Miranda, qui s’est déroulée au Théâtre Teresa Carreño, le président Chávez a promulgué le décret instituant le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Dans l’ensemble, les grandes lignes politiques suivantes se dégagent de cet exposé :

   En sa qualité de président du MVR, il décrète la dissolution du Mouvement de la Cinquième République, après avoir expliqué que chaque moment historique exige un nouvel instrument politique.

   Le PSUV se constitue à partir des escouades, des pelotons et des bataillons; par conséquent, la dissolution d’aucune de ces instances ne doit être autorisée. Il demande aux commandants de ces instances de recenser les militants, les sympathisants et les amis, afin de connaitre et d’organiser la base du Parti.

   Le PSUV sera une organisation politique démocratique. Ses dirigeants seront élus directement par les militants.

   Son programme est le socialisme ethno-indigène, chrétien et autochtone, auquel il intègre des références marxistes.

   Il a invité les autres partis à discuter de sa décision et à lui faire part de leur décision, affirmant que, d’après son expérience passée, une discussion sur le sujet est une perte de temps et qu’il n’a pas de temps à perdre dans ces discussions.

   Il a affirmé que le parti qui ne déciderait pas de se dissoudre et de rejoindre le PSUV serait libre de poursuivre son chemin, mais qu’il quitterait le gouvernement. Je veux gouverner avec un seul parti, a‑t‑il souligné.

   Il a promis que la nouvelle direction du PSUV ne serait pas choisie au piston ni composée des mêmes vieux dirigeants des partis et qu’il n’aspirait pas à se retrouver à une table avec les mêmes visages, car ce serait une farce.

   Il a invité tous les secteurs à rejoindre le PSUV : les peuples autochtones, les travailleurs et travailleuses, les professionnels et techniciens, les jeunes, les femmes, les entrepreneurs nationalistes, les paysans et paysannes.

   Il a indiqué qu’une équipe travaillait avec lui sur cette tâche et se chargerait de coordonner le processus directement avec les escadrons, les pelotons et les bataillons.

31. Lors d’interventions ultérieures prononcées au cours de la première quinzaine de janvier 2007, le président Chávez, tout en réaffirmant sa décision de créer ce Parti socialiste unifié du Venezuela ou de la Révolution, a exprimé de nouvelles opinions quant à la nécessité de débattre démocratiquement de son projet au sein de toutes les organisations du processus, en précisant que cet objectif devait faire l’objet de discussions, d’échanges et d’un accord.

32. Dans une première approche de la nature et de l’orientation politique du PSUV, à partir de notre lecture des interventions du président Chávez, nous pourrions indiquer que ce parti présente, entre autres, les caractéristiques suivantes :

   Un grand parti de masse, qui tente d’intégrer organiquement tous les mouvements sociaux et groupements politiques, tous les citoyens et citoyennes sans distinction d’idéologie qui s’identifient à Chávez, à commencer par ceux qui étaient articulés dans la structure du Comando Miranda au niveau des escadrons, des pelotons et des bataillons.

   Un parti polyclassiste, qui intègre en son sein des citoyens et citoyennes issus des différentes classes et couches sociales qui souhaitent s’y intégrer, et qu’avec eux s’intègrent également les idéologies, les postulats et la culture politique sur lesquels ils fondent leur pratique concrète, reproduisant en son sein les antagonismes des différentes classes.

   Un parti dont le caractère idéologique s’exprimera principalement dans l’identité avec le leader, dans les idées qui composent l’arbre aux trois racines[3], mais qui comptera également une frange de militants à la conscience antiimpérialiste, voire marxiste.

VII. ‑ Ce que nous avons proposé depuis le PCV

33. Comme chacun le sait, de nombreux partis et mouvements soutenant le commandant Chávez ont fait part de leur adhésion immédiate à cette décision et, par conséquent, de leur dissolution, une position que nous saluons dans la mesure où elle contribue à faciliter les processus d’intégration des forces sociales et politiques idéologiquement proches.

34. Le Parti communiste du Venezuela (PCV), conformément à ses principes et à ses règles de fonctionnement interne, héritier d’une culture communiste qui privilégie le débat et les décisions collectives, a décidé dès le départ, au sein de ses instances dirigeantes nationales, de mener une réflexion interne approfondie dans le cadre d’un processus par voie de congrès visant à définir la position officielle de l’organisation.

35. En ce qui concerne la construction de l’instrument idéologique, politique et organisationnel de la révolution, nous nous sommes exprimés à plusieurs reprises au sein du Parti communiste du Venezuela (PCV), affirmant qu’il est opportun, pertinent et nécessaire de progresser dans la construction d’une avant-garde collective et unifiée de la révolution.

36. Nous avions déjà formulé une telle demande pour l’année 1998-1999, lorsque nous avions proposé que le "Pôle patriotique" se transforme en un front politique et social, doté de règles de fonctionnement précises et d’une instance collective de direction, permettant de passer de l’unité d’action à l’unité organique. Nous avons avancé la même proposition auprès des groupes appelés "Comando Ayacucho" et "Comando de la Revolución". À chaque fois, nous n’avons reçu aucune réponse de la part des dirigeants du mouvement, et encore moins de mesures concrètes allant dans le sens proposé.

37. Nous partons de la conviction qu’un processus révolutionnaire dépourvu d’état-major, d’une direction collective et unifiée, malgré les immenses qualités du dirigeant, n’est pas en mesure de rassembler les forces, de les orienter vers la ligne d’action principale, de diriger et de contrôler le plan d’action politique concret et, par conséquent, de mener à bien les tâches qu’exige ce processus.

38. C’est pourquoi nous soutenons, par principe et par nécessité politique objective de la révolution, la proposition formulée par le commandant Chávez, étant entendu que celle-ci ouvrait la voie à un débat idéologique, politique et organisationnel fructueux qui devait nous conduire à un Congrès idéologique au cours duquel seraient définies les bases idéologiques, programmatiques et organisationnelles de la nouvelle organisation, qui devait être le fruit d’une discussion démocratique la plus large possible au sein des organisations et de l’ensemble du peuple.

39. Ce débat nous permettrait, à son tour, d’aborder en profondeur la question du socialisme, qui constitue l’un des objectifs fondamentaux et stratégiques de notre existence en tant que Parti communiste, ainsi qu’un impératif historique de la révolution de libération nationale.

40. Nous affirmons que la construction de ce Parti implique un processus, qui se traduit par une grande mobilisation idéologique exigeant force, maturité et volonté politique, et qui, en définissant le profil conceptuel de l’organisation, préfigure la condition de militant, étant entendu qu’un Parti révolutionnaire doit être composé de révolutionnaires.

41. Ce processus implique la maturation et l’aboutissement de différentes étapes qui doivent être franchies : 1) Définition du caractère idéologique du Parti; 2) Définition de son programme; 3) Définition de sa ligne politique (tactique); 4) Forme et principes d’organisation; 5) Caractère de cadre et de masse du Parti; 6) Sa discipline, ses devoirs et ses droits; 7) Caractère révolutionnaire et de classe de l’organisation. Ce sont là des aspects fondamentaux qui devaient être abordés dans le débat soulevé en son temps par le président Chávez.

42. De même, on estime que la composition même du Parti exige un certain niveau d’épuration, car il n’est pas possible d’accepter comme militants des personnes dont le comportement est corrompu, bureaucratique ou étranger au projet stratégique du pays, à savoir le socialisme.

43. Nous affirmons que, pour le Parti communiste du Venezuela, l’initiative présidentielle, compte tenu de notre conception marxiste-léniniste fondée sur le centralisme démocratique, exige un débat interne approfondi au sein de l’organisation, des collectifs de la Jeunesse communiste et des forces proches du mouvement populaire et révolutionnaire, afin de prendre une décision finale lors d’un congrès national du parti.

44. Nous estimons que le processus avancerait selon une méthodologie fondée sur la mise en place d’une instance unifiée qui, sous la direction du commandant Chávez, favoriserait la création d’espaces de débat et de construction collective, dont la première phase aboutirait cette année à la tenue du congrès idéologique proposé par le président, afin de définir l’orientation de la nouvelle organisation, sa nature et sa structure, ainsi que sa stratégie et sa tactique.

45. Cela impliquait la création d’espaces de concertation à tous les niveaux et dans tous les domaines de la société, tant au niveau territorial que sectoriel, au sein desquels et face aux masses populaires se déroulerait un processus de débat intense et fructueux sur les thèses des différents mouvements. La constitution d’une organisation regroupant des cadres et des militants de divers groupes exige un niveau de rencontre concrète, de reconnaissance et y compris de construction d’affections mutuelles.

VIII. ‑ Le parti dont nous avons besoin pour avancer vers le socialisme

46. Le PCV est conscient que, dans une société divisée en classes (et c’est le cas du Venezuela), les partis politiques représentent les intérêts de ces classes et que ces partis constituent les outils les plus importants pour lutter afin d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir. L’importance de ce fait a été démontrée lors de plus de huit élections remportées face à l’opposition, élections au cours desquelles le rôle fondamental d’organisation, de mobilisation et de légitimation a été assumé par ces partis.

47. L’existence des partis politiques est liée à la division de la société en classes et à l’hétérogénéité de celles-ci, ainsi qu’aux divergences d’intérêts entre les classes et les groupes qui les composent. Le parti politique est l’un des principaux instruments dont dispose une classe (ou l’un de ses secteurs) pour défendre ses intérêts.

48. La première Conférence nationale du PCV, qui s’est tenue en 1937, a été marquée par le dilemme suivant : fallait-il être un parti à profil clairement de classe, adoptant le marxisme-léninisme comme base idéologique et organisationnelle et comme théorie pour la pratique révolutionnaire et la transformation de la société capitaliste en société socialiste, ou fallait-il continuer à militer au sein des partis polyclassistes?

49. Lors de ce débat historique, nous avons choisi de "prendre nos responsabilités", en relevant le défi de suivre et d’assumer de manière cohérente les différentes formes de lutte que l’histoire nous imposait dans la poursuite des objectifs que nous nous étions fixés : faire partie de l’avant-garde collective de la révolution vénézuélienne, en apportant nos efforts et notre volonté consciente à la lutte pour libérer la patrie de la domination oligarchique-impérialiste et briser les chaines de l’exploitation capitaliste, en contribuant à la libération définitive de la classe ouvrière et, avec elle, de toute la société, et en avançant dans la construction du socialisme.

50. Lorsque nous affirmons notre volonté consciente de suivre une voie d’unité organique des forces révolutionnaires et populaires, sans renoncer à nos principes fondamentaux et à nos objectifs stratégiques, nous nous prononçons en faveur d’un instrument révolutionnaire qui tienne compte du fait que, pour construire la nouvelle société, nous avons besoin d’un Parti présentant les caractéristiques suivantes :

Sur le plan idéologique :

51. Compte tenu de la grande diversité des postulats théoriques ‑  ou de leur absence‑ au sein des forces "chavistes", un long débat théorique s’annonce. Malgré cela, sa définition revêt une importance capitale. Pour nous, communistes, il est évident que, partant du caractère antiimpérialiste et de l’orientation socialiste de cette révolution, le parti socialiste unifié doit se fonder sur le marxisme ‑étant entendu qu’être marxiste à l’heure actuelle signifie, par conséquent, être léniniste. De même, le fondement idéologique doit refléter ce qu’il y a de plus avancé dans la pensée révolutionnaire de notre peuple, à commencer par le bolivarisme. Mais l’essence idéologique doit être le marxisme.

52. Cette approche est le fruit d’une réalité largement vérifiable à travers l’histoire, qui montre que seul le marxisme apporte des réponses scientifiques à la recherche de stratégies pour vaincre le capitalisme et construire une société socialiste.

53. La constitution du parti doit représenter la rupture définitive avec toute manifestation de réformisme et de collaboration de classe, avec les projets sociaux-démocrates visant à maquiller un système d’injustices, qui proposent des changements secondaires laissant intacte son essence exploiteuse. Ce programme doit également constituer le dépassement des conceptions nationalistes qui offrent des réponses partielles aux problèmes du développement social actuels.

54. En toutes circonstances, il doit s’agir d’un parti idéologiquement uni.

Sur le plan programmatique :

55. La définition du fondement idéologique doit aller de pair avec l’élaboration d’un programme révolutionnaire dont les objectifs stratégiques sont la lutte antiimpérialiste avec une orientation socialiste claire.

56. En ce qui concerne les moyens pour atteindre ces objectifs, l’identification des contradictions du processus, la manière d’aborder la lutte dans le moment concret, le contenu donné à ces objectifs, leur caractérisation conceptuelle, il doit exister une orientation résolument révolutionnaire pour l’action transformatrice. Il faut garantir clarté et objectivité dans la formulation des politiques et des moyens permettant d’atteindre les objectifs stratégiques. Il doit y avoir une cohérence absolue entre la doctrine, la ligne politique et les propositions programmatiques.

57. En ce sens, la discussion autour de la définition du socialisme du 21e siècle revêt une importance cruciale car elle synthétise l’ensemble des objectifs que nous poursuivons. À cet égard, nous présentons plus loin dans ce document les traits fondamentaux de ce socialisme du point de vue des communistes vénézuéliens.

Sur le plan organisationnel :

58. Dans ce débat, nous, communistes, apportons la proposition léniniste en matière d’organisation. Nous pensons que sans unité interne, sans centralisme démocratique, sans discipline révolutionnaire, sans adhésion totale à une ligne politique, sans critique et autocritique, sans direction collective, sans présence organique au sein des masses, il ne sera pas possible de construire l’avant-garde de la révolution bolivarienne et de faire avancer sa perspective socialiste.

59. Le parti de la révolution ne peut constituer un hybride d’organisations partisanes, un amalgame de structures, même s’il faut noter que, du moins au début, il sera difficile d’éviter l’action de groupes, de courants et de fractions internes. Ce n’est pas le meilleur des scénarios, mais c’est une possibilité réelle.

60. En ce sens, la tâche de ceux d’entre nous qui s’accordent sur un parti organiquement uni, sans fissures ni fractions, consistera à expliquer que l’unité n’a de sens que si elle est cohérente avec les objectifs stratégiques.

61. Bien sûr, l’unité n’exclut pas la possibilité et la nécessité de discuter et de débattre ‑ toujours sur la base des principes ‑ de manière démocratique, à tous les niveaux et en profondeur, des questions qui préoccupent le parti et la société dans son ensemble. Mais une fois la décision prise, l’unité d’action devra être garantie.

Un parti "de masse" ou un parti "de cadres"?

62. Ce parti devra être composé des meilleurs cadres de la révolution, de ses meilleurs représentants, des personnes les plus lucides sur le plan idéologique, les plus honnêtes et les plus dévouées, celles qui répondent aux exigences les plus élevées en matière de conscience révolutionnaire, de discipline, d’action concrète et, bien sûr, d’éthique. Le fondement éthique du parti sera d’une importance fondamentale pour remplir sa mission de diriger le peuple vénézuélien dans la construction du socialisme.

63. Il n’est pas nécessaire que ce soit un parti très nombreux pour qu’il puisse remplir sa mission. La qualité doit primer. Cela signifie que tout le monde ne pourra pas y adhérer. Il devra y avoir des critères et des paramètres d’adhésion, ce qui permettra de purger les forces révolutionnaires des arrivistes, des bureaucrates et des corrompus.

64. Ainsi, ce que nous proposons, c’est un parti révolutionnaire de cadres et de masses, en ce sens que ses membres seront des cadres éprouvés de la révolution qui, dans un contexte de développement de la conscience révolutionnaire du peuple comme celui que nous connaissons actuellement, permettront la constitution d’un détachement nombreux de militants. La massification des cadres s’intensifiera au gré des luttes de classes, ce qui permettra de grossir ses rangs.

L’action révolutionnaire.

65. Le Parti socialiste unifié aura pour tâche principale de conquérir l’avant-garde des luttes populaires et, ce faisant, de s’enrichir des meilleurs éléments parmi ses représentants, ce qui, à terme, constituerait un énorme bond en avant qualitatif en termes de renforcement de la révolution vénézuélienne.

66. Le parti doit être l’expression cohérente de l’unité entre la théorie et la pratique révolutionnaires. Il ne peut s’agir d’un projet politique fondé sur la formulation de stratégies judicieuses et de propositions irréprochables au regard des défis auxquels la révolution est confrontée, mais dont l’action serait déconnectée de ceux-ci.

67. Il doit garantir la mise en oeuvre d’une gestion conforme aux principes programmatiques, en évitant toute friction et contradiction entre les mesures adoptées et les intérêts fondamentaux du peuple. Il ne pourra pas suivre les traces de partis qui se sont qualifiés (et se qualifient) de populaires, mais qui mettent en oeuvre des politiques gouvernementales qui portent atteinte aux intérêts du peuple, véritables remparts honteux contre la protestation populaire.

68. Un élément très significatif dans ce contexte est le rôle du parti de la révolution dans la construction de l’État démocratique populaire révolutionnaire.

69. Le parti doit mener une action, dans la période actuelle de transition vers le socialisme, qui permette de faire pencher la balance dans la lutte pour le contrôle du pouvoir politique en faveur des forces les plus fidèles à la révolution bolivarienne. Ce parti doit être un pilier essentiel de la construction de l’État socialiste.

70. Le soutien populaire que le parti de la révolution est capable de mobiliser ne dépend pas seulement d’une bonne gestion administrative à la tête du gouvernement à tous les niveaux, en luttant contre la corruption, l’inefficacité et le bureaucratisme.

71. Plus encore, il doit devenir un modèle d’efficacité révolutionnaire sur tous les fronts des luttes populaires. Il faut établir les relations les plus étroites avec les masses populaires. À l’heure actuelle, aucune organisation politique n’est capable de le faire, ce qui rend urgente la tâche de créer la structure de direction des masses.

72. Le parti ne sera ni un obstacle aux instances du pouvoir ni un intermédiaire dans son exercice, mais le principal promoteur de la participation démocratique des masses par l’éducation et l’organisation du peuple, tout cela dans le but de développer le pouvoir populaire et de faire du peuple un acteur conscient de la construction de la nouvelle société. Dans une révolution pacifique et démocratique comme la nôtre, cet élément revêt une importance particulière, car ce n’est pas la violence révolutionnaire qui établit le nouvel ordre par l’imposition brutale de nouvelles réalités, mais l’action révolutionnaire constante du peuple travailleur organisé, qui permettra le remplacement progressif des anciennes structures.

Le caractère de classe.

73. Lorsque nous évoquons le lien avec les masses, nous devons mettre particulièrement l’accent sur le lien avec la classe ouvrière. Si nous nous fixons pour objectif d’éradiquer le capitalisme, nous devons devenir l’organisation politique, l’interprète authentique des intérêts de la classe sociale qui, de par sa position dans la structure socio-économique, est non seulement directement touchée par l’exploitation capitaliste et, par conséquent, objectivement intéressée par la suppression de l’esclavage salarié, mais qui, en atteignant ce dernier objectif, libère le reste de la société du régime d’exploitation, car, dépourvue de moyens de production, elle n’aspire objectivement pas à les conquérir pour exploiter d’autres classes sociales.

74. Cette classe sociale n’est autre que la classe ouvrière; c’est pourquoi le parti de la révolution devra être, par son contenu, par sa politique, par sa composition, par son idéologie, par les intérêts qu’il incarne, le parti de la classe ouvrière et de l’ensemble du peuple travailleur. Bien sûr, ce parti accueillera également des membres d’autres classes et couches de la société, mais les intérêts qu’il incarnera devront être ceux de la classe ouvrière, si nous voulons être cohérents avec l’objectif programmatique de nature stratégique que nous poursuivons : le socialisme.

75. Ce contenu de classe bien défini du parti socialiste uni est une nécessité historique et n’est pas incompatible avec le caractère antiimpérialiste de la révolution bolivarienne aujourd’hui. Cette phase de notre révolution exige, en effet, une large alliance de classes et de forces autour des objectifs de la libération nationale. Tirer parti de toutes les contradictions et divergences qui peuvent exister entre les secteurs de la grande et de la petite bourgeoisie, d’une part, et l’impérialisme, d’autre part, est l’une des tâches primordiales, mais cette alliance ne doit pas se former au sein du parti de la révolution, surtout lorsque nous reconnaissons que le cap de cette révolution est le socialisme.

76. Cela signifie que parmi les tâches les plus importantes du Parti socialiste unifié figure l’élaboration d’une politique capable de conquérir le mouvement syndical afin de le réformer, d’éradiquer les énormes vices engendrés par les terribles perversions du réformisme, par les pratiques mises en place par les syndicats patronaux et par les effets du clientélisme, de rompre définitivement avec son atomisation, afin d’en faire une force de premier plan dans la construction d’une nouvelle société.

77. Le parti ne peut pas devenir un parti polyclassiste. Les limites de ce type de parti sont largement connues dans notre histoire : le caractère révolutionnaire du parti s’affaiblit, les intérêts anticapitalistes du peuple travailleur sont subordonnés aux intérêts du capital sur la base de réajustements, de concessions et de faveurs, la lutte des classes est supplantée en tant que mécanisme de transformation par la conciliation des classes dans le but de stabiliser le système, la révolution est remplacée par la réforme, l’horizon historique socialiste, auquel seule la classe ouvrière est organiquement liée, s’estompe.

78. Les larges alliances de classe auront d’autres cadres d’action distincts du parti, comme par exemple les fronts.

79. L’un des nombreux aspects liés à la dimension de classe du parti est son caractère internationaliste. La classe ouvrière est une classe sociale qui s’étend à l’échelle mondiale et qui dispose, de la même manière, d’une plateforme internationale de lutte contre la domination mondiale du capitalisme. Dans le contexte actuel de l’expansion mondiale des multinationales, qui a des répercussions dévastatrices sur les peuples du monde, cela joue un rôle de premier ordre. Il doit donc y avoir non seulement des relations d’amitié avec les groupes de travailleurs du monde entier, mais aussi une large coordination d’actions conjointes contre la domination impérialiste.

Le débat.

80. Ce sont là des éléments que nous considérons comme d’une importance fondamentale pour la conception du parti dont la révolution vénézuélienne a besoin, et que nous soumettons à la discussion la plus large possible du peuple bolivarien et, en particulier, de nos alliés, confiants que la rationalité révolutionnaire, et non la force électorale, s’imposera dans la recherche du consensus.

81. En tout état de cause, la construction du nouveau parti ne sera pas un acte ponctuel, mais un processus très dynamique.

82. En résumé :

   Un Parti sélectif, composé non pas de ceux qui simplement le souhaitent, mais des femmes et des hommes qui répondent à un profil déterminé pour devenir des cadres révolutionnaires, ce qui implique des valeurs éthiques et morales, des principes et des comportements en accord avec la nouvelle société socialiste que nous nous battons pour construire.

   Un Parti construit dans le feu de la lutte des masses, en consultation ouverte avec elles, au cours duquel s’expriment la critique et l’autocritique les plus larges.

   Un Parti auquel on n’appartient pas par simple volonté, mais par mérite, auquel il est difficile d’entrer en raison des exigences élevées en matière de qualités morales imposées à ses membres et qui, pour cette raison, est encore plus difficile à rester dans ses rangs.

   Un Parti qui exige de ses membres, comme seul privilège, de se placer à l’avant-garde des diverses luttes de classes.

   Un Parti qui sache appliquer avec suffisamment de rigueur et de souplesse, selon les circonstances, le principe du centralisme démocratique et qui ne le transforme jamais en centralisme bureaucratique.

   Un Parti doté d’une grande capacité de critique et d’autocritique, tant individuelle que collective.

   Un Parti dont l’autorité repose sur le caractère exemplaire, tant individuel que collectif, de ses membres.

   Un Parti qui considère les organisations sociales comme des sujets actifs de participation, d’action et de transformation révolutionnaire de la société, et non comme de simples instruments d’application des décisions prises par ses organes dirigeants et ses militants.

   Un parti dont la mission fondamentale est de promouvoir l’éducation, la formation, l’organisation et la participation du peuple en vue de son autogouvernement socialiste. Un parti qui allie la théorie à la pratique révolutionnaire.

   Un parti qui veille avant tout aux intérêts généraux du peuple vénézuélien et qui se propose d’éliminer toutes les formes d’exploitation de l’être humain engendrées par une société divisée en classes, en particulier celles générées par le capitalisme.

   Un Parti doté des capacités pratiques et théoriques nécessaires pour proposer et convaincre de la justesse du projet socialiste pour le peuple vénézuélien. Un Parti qui se soit forgé dans les luttes du peuple, qui ait partagé ses sacrifices, ses victoires et ses défaites.

   Un Parti doté d’une solide unité idéologique, politique et organisationnelle.

   Un Parti au caractère stratégique clairement défini, dont le programme a été et continue d’être mis à l’épreuve dans la dure lutte des classes.

   Un Parti internationaliste qui donne et reçoit la solidarité des forces progressistes et démocratiques du monde.

   Un Parti doté d’une direction collective, d’une idéologie marxiste-léniniste bien définie, source d’inspiration y compris pour la théologie de la libération, et d’une méthode de connaissance qui s’est historiquement révélée la plus cohérente pour appréhender la réalité et la transformer.

   Un Parti doté d’une définition claire de la classe et capable de mener les processus de libération du peuple, de ses alliés et de la patrie.

   Un Parti indépendant vis-à-vis de l’État et de la bourgeoisie.

IX. ‑ Autres questions auxquelles nous devons absolument répondre

83. De la proposition actuellement débattue dans le débat public et des réflexions historiques du PCV concernant le Parti dont la révolution a besoin pour avancer résolument vers le socialisme, découlent les questions fondamentales suivantes pour l’élaboration de notre stratégie en vue de l’unité :

84. Où le collectif des communistes du PCV trouve‑t‑il les meilleures conditions pour continuer à apporter notre contribution au renforcement et au développement des tendances progressistes, à la construction du pouvoir populaire, à l’ouverture de voies et de chemins vers la construction du socialisme, à travers la révolution bolivarienne?

1. À partir d’une structure organisationnelle qui impose la discipline au militant communiste, sans possibilité de confronter la théorie à la pratique et encore moins de corriger les déviations qui pourraient se présenter?

2. Ou à partir d’une structure organisationnelle qui forme et discipline consciemment le ou la militant(e) communiste? Une structure dotée d’un niveau d’autonomie et d’indépendance idéologique et politique qui, engagée sans aucun doute envers la révolution et le leader du processus, Hugo Chávez, exerce sans entraves le développement de la conscience critique et de l’éthique révolutionnaire, tout en contribuant tant sur le plan théorique que pratique à la construction de la nouvelle société?

85. L’appartenance à une structure organisationnelle directement dirigée par le leader du processus, au sein de laquelle se concentrera de manière massive et massive le peuple "chaviste", un cadre propice pour faire progresser rapidement la conscience révolutionnaire, renforcer les processus de construction du pouvoir populaire et de transformation de l’ancien État bourgeois qui perdure encore, accumuler des forces pour avancer vers le socialisme et, par conséquent, contribuer à l’épuration des rangs révolutionnaires, construire la nouvelle subjectivité révolutionnaire et créer les conditions pour accélérer la révolution?

86. Serons-nous en mesure ‑ dilués et dispersés dans la nouvelle structure ‑ de faire progresser, depuis son sein même et avec son autorisation, le développement de toutes les potentialités de la militance communiste, afin de contribuer à la transformation du nouveau Parti polyclassiste en un véritable Parti révolutionnaire de masse?

87. C’est en fonction des réponses que nous apporterons à ces questions que se dessinera la ligne directrice que ce 13e Congrès national extraordinaire du Parti communiste du Venezuela fixera comme orientation à l’ensemble de la militance communiste.

X. ‑ Thèses programmatiques du 12e Congrès national du PCV

88. Le socialisme est un système socioéconomique qui présente une série de caractéristiques générales mais qui, dans sa mise en oeuvre concrète, doit tenir compte des conditions historiques, ainsi que de l’ensemble des conditions objectives et subjectives spécifiques qui prévalent dans chacun des pays.

89. En ce qui concerne ses caractéristiques générales, nous avons :

1. la socialisation de la propriété des principaux moyens de production, sans exclure la possibilité de la coexistence d’autres formes de propriété, qu’elles soient sociales ou privées;

2. le régime politique doit être caractérisé par la démocratie socialiste, c’est-à-dire un système de larges libertés politiques et civiles, permettant au peuple une participation intense et étendue à la prise de décisions et à leur mise en oeuvre à tous les niveaux gouvernementaux;

3. l’État doit acquérir un caractère socialiste marqué. Cela signifie que le développement du pouvoir populaire doit conduire à sa fusion avec l’exercice du pouvoir au sein des structures de l’État. En bref, l’État socialiste comme forme de réalisation du pouvoir populaire;

4. le développement d’une véritable révolution culturelle, centrée sur le marxisme et d’autres courants de pensée révolutionnaires et progressistes, nationaux et internationaux;

5. la présence d’une véritable avant-garde révolutionnaire qui serve de guide au peuple dans la construction de ce système social;

6. le déploiement des mécanismes de défense militaire et politico-militaire des acquis révolutionnaires.

90. À cet égard, la transition vers le socialisme au Venezuela, processus qui se concrétisera grâce à l’élan donné par les luttes de la classe ouvrière et des autres secteurs populaires, requiert les conditions suivantes :

1. le développement de l’avant-garde politique de la classe ouvrière;

2. la conquête du pouvoir politique par le peuple travailleur à travers l’État;

3. le développement des forces productives, en particulier dans l’industrie, afin de mettre en place la base matérielle de la société et de faire de la classe ouvrière la classe sociale fondamentale dans la transition vers le socialisme;

4. le renforcement de la propriété d’État en tant qu’expression future de la propriété socialiste;

5. l’affaiblissement puis la suppression des mécanismes d’exploitation et de domination impérialistes;

6. la mise en place de mécanismes de planification de l’économie nationale, capables de contrôler les forces du marché;

7. l’éradication des rapports de production latifundistes dans les campagnes;

8. le développement de l’éducation du peuple travailleur afin de le mettre en mesure de diriger la société sur les plans politique et économique;

9. encouragement des formes de propriété sociale, qui, dans un premier temps, prendront des formes collectives telles que les coopératives, la cogestion, l’autogestion, etc.;

10. intégration économique fondée sur la coopération avec les économies de la région latino-américaine et des Caraïbes;

11. renforcement de la capacité de défense du gouvernement révolutionnaire.

91. L’un des aspects les plus importants de la transition concerne son contenu, son rythme, sa forme et sa durée. Autrement dit, l’essence et l’intensité des changements au cours de cette période, les mécanismes concrets permettant de la mener à bien et les délais nécessaires. Ces aspects illustrent clairement la dialectique qui existe entre les lois générales de la transition, d’une part, et les conditions historiques de sa concrétisation, d’autre part. À cet égard, nous pourrions mettre en évidence un ensemble de facteurs qui influent dans une large mesure sur ces variables :

1. le niveau de développement des forces productives;

2. le degré de développement de la classe ouvrière et de son avant-garde révolutionnaire;

3. le degré de décomposition de la classe dominante et de ses instruments de domination;

4. les niveaux de résistance aux changements vers le socialisme de la part de la réaction;

5. les niveaux de dépendance et les formes d’intervention de l’impérialisme;

6. les niveaux culturels et éducatifs atteints par le peuple;

7. la situation économique, tant sur le plan structurel que conjoncturel;

8. le développement atteint par la propriété d’État et collective.

 

4e et 5e Plénières du Comité central du Parti communiste du Venezuela (PCV)

Caracas, 21 décembre 2006 et 18 janvier 2007

 



[1]._Álvaro Uribe Vélez, président de Colombie de 2002 à 2010.

[2]._Alan García, président du Pérou de 2006 à 2011.

[3]._L’expression "l’arbre aux trois racines" fait référence au projet de la Révolution bolivarienne en lien avec la pensée et l’action de trois importants personnages de la lutte contre la domination espagnole : Simón Rodríguez, Simón Bolívar et Ezequiel Zamora.