Parti Communiste du Venezuela
28e Plenum du Comité Central
Caracas, 16 Juillet 2022

16e Congrès national du PCV
Document de base soumis à la discussion
Ligne politique

 

Source :
https://prensapcv.wordpress.com/wp-content/uploads/2022/10/linea-politica.pdf

 

SECTION INTERNATIONALE

I. La crise capitaliste

1. Le régime de production capitaliste, dans sa phase impérialiste, continue d’aggraver sa crise structurelle générale, rendant de plus en plus évidente sa tendance à accentuer les fléaux qui détériorent les conditions de vie de la classe ouvrière, ainsi que son potentiel destructeur sur la nature. Nous entendons par impérialisme la phase monopolistique du mode de production capitaliste qui présente une unité mondiale et qui, par conséquent, ne se caractérise pas par des traits attribuables à un ensemble limité de pays développés, mais renvoie à un système global qui régit l’ensemble des pays capitalistes.

2. La crise prolongée du système capitaliste mondial met une nouvelle fois en évidence les limites historiques de ce mode spécifique d’organisation du processus matériel de la vie humaine. La contradiction entre le caractère social du travail et sa forme privée de régulation conduit inévitablement à de nouvelles crises cycliques générales, aux conséquences dramatiques pour la classe ouvrière mondiale et pour l’existence même de l’humanité sur la planète.

3. La manière destructrice dont le capital résout son mouvement contradictoire en anéantissant les forces sociales productives, comme seul moyen de rétablir son unité organique, met en évidence le caractère aliénant et chaotique de ce régime de production.

4. Depuis le début du 21e siècle, la tendance à la baisse du taux général de profit est devenue plus évidente, ralentissant le processus d’accumulation et générant ainsi une suraccumulation de capital. De plus, l’expansion croissante de la productivité mondiale du travail, par le biais de la croissance du capital constant au détriment du capital variable, se traduit par la multiplication de la production matérielle de biens de consommation tout en restreignant la croissance relative du besoin social solvable pour ceux-ci, aggravant ainsi la crise de surproduction à laquelle le mode de production capitaliste est confronté de manière chronique depuis 1980.

5. Les manifestations concrètes de cette évolution vers une crise cyclique générale ont été les effondrements économiques de 2001, la crise aiguë de 2008 et celle récemment déclenchée par la pandémie mondiale de 2020.

6. La solution apportée par le capital mondial à la crise de 2008 et de 2020 a consisté à la prolonger par l’expansion du crédit, c’est-à-dire par la multiplication des mécanismes d’endettement public, privé et d’autres formes de capital fictif. De cette manière, le capital trouve un moyen artificiel de boucler ses cycles, en accentuant la rupture externe entre la production et la consommation sociale.

7. Selon certaines études, entre 1992 et 2000, la croissance de la production matérielle a été de 26 %, tandis que l’expansion de l’endettement au cours de la même période a atteint 48 %. Depuis 2007, la croissance de la dette n’a pas cessé, constituant le mécanisme habituel utilisé par les pays capitalistes pour échapper temporairement à la crise. La récente chute de l’économie mondiale en 2020, aggravée par la pandémie, a entraîné une nouvelle hausse historique de la dette d’environ 28 points de pourcentage, pour atteindre 256 % du PIB mondial cette année-là.

8. Mais ce mouvement ne s’arrête pas là. La reproduction élargie du processus d’accumulation du capital mondial sur cette base artificielle entraîne une multiplication du capital fictif à chaque nouveau cycle productif. Il en résulte l’impression d’une prépondérance de l’activité spéculative et l’apparence d’une valorisation financière du capital, ce qui alimente l’illusion selon laquelle celui-ci n’a plus besoin d’exploiter la force de travail pour s’accroître.

9. Tout indique que le mode de production capitaliste s’achemine vers une nouvelle grande crise cyclique de surproduction et de suraccumulation de capital. Ce type de crise ne signifie pas la fin du mode de production capitaliste, mais constitue la forme nécessaire que prend le rétablissement de son unité organique. C’est pourquoi sa résolution s’opère par un processus de destruction violente des moyens de production et de la force de travail qu’il juge excédentaires par rapport à son besoin d’accumulation.

10. La classe ouvrière doit se préparer à affronter la crise qui s’annonce. Mais il ne s’agit pas seulement de s’organiser pour résister à l’agressivité accrue du capital mondial contre ses droits, mais aussi de profiter du moment de plus grande faiblesse du pouvoir de la bourgeoisie pour lancer une contre-offensive qui ouvre des perspectives de victoire aux révolutions ouvrières dans le monde.

11. L’aggravation de la crise accentue la concurrence sur le marché mondial entre les puissances impérialistes et les pays capitalistes, ce qui se traduit par un renforcement du chauvinisme nationaliste et de l’ultra-nationalisme à connotation fasciste, étape préalable au déclenchement de nouvelles guerres capitalistes. Les guerres représentent ainsi la forme développée de la concurrence entre les puissances capitalistes et le mécanisme le plus efficace dont dispose le capital pour mettre en tension les forces productives dans chaque espace national.

II. La crise capitaliste intensifie la concurrence et les contradictions entre les puissances impérialistes et les nations capitalistes en général

12. L’évolution du système capitaliste mondial vers une crise cyclique de surproduction exacerbe la concurrence et les rivalités entre les pays capitalistes qui se disputent les marchés, l’accès aux matières premières, les réserves d’énergie et le contrôle des voies de transit des marchandises.

13. La guerre commerciale entre les USA et la République populaire de Chine, la concurrence acharnée pour le contrôle du marché du gaz en Europe, l’application systématique de sanctions commerciales contre des entreprises et des pays, ainsi que la montée en puissance des politiques protectionnistes, témoignent des tensions croissantes générées par une concurrence mondiale accrue dans le contexte de cette crise profonde.

14. La croissance économique de la Chine, qui s’est maintenue à un rythme moyen de 10 % par an depuis 1980, a entraîné une expansion mondiale de ses relations commerciales, au point de dépasser les USA et l’Union européenne (UE) sur plusieurs marchés régionaux. Aujourd’hui, la Chine est le principal partenaire commercial des pays d’Afrique et d’Asie, et le deuxième partenaire le plus important de l’Amérique latine et des Caraïbes. Avec le projet de la « Ceinture et la Route », la Chine investit des ressources considérables dans de grands travaux d’infrastructure et des investissements productifs à l’échelle mondiale afin d’élargir ses marchés, de s’assurer l’accès aux matières premières et aux sources d’énergie, ainsi que de concevoir de nouvelles routes commerciales garantissant ce contrôle.

15. En Afrique, la Chine a supplanté les monopoles nord-américains et européens dans le contrôle de l’activité minière et en tant que destination de la production pétrolière de la région. Une situation similaire se produit en Amérique latine et dans les Caraïbes, où elle se positionne déjà comme le deuxième partenaire commercial des pays de la région. Les USA concentrent leurs efforts sur l’Amérique du Nord et l’Amérique centrale, avec la signature du nouvel accord de libre-échange TMEC entre le Canada, le Mexique et les USA, ainsi que sur les pays de la région Pacifique : la Colombie, le Chili et le Pérou.

16. En la región de Asia-pacifico, se enfrentan los intereses de potencias como EEUU, China, Japón, Sur Corea, India y Australia. Esta región tiene una importancia vital para el capital mundial por ser la principal reserva de fuerza de trabajo barata, comprende un tercio de la economía mundial y es una ruta comercial clave de la cadena de valor global. Con el nuevo pacto comercial entre 15 países de la región de Asia y el Pacifico, China ha dado un paso importante en consolidar sus posiciones frente a EEUU. Sin embargo, los choques que genera la expansión de China con los intereses de India, Japón y en menor medida Australia, crea condiciones para que EEUU mantenga alianzas como el Diálogo de Seguridad Cuadrilateral (QUAD), que tiene como fin contener la expansión China.

17. La mer de la région indo-pacifique, et plus particulièrement la mer de Chine méridionale, est le théâtre de tensions diplomatiques et militaires constantes entre la Chine, les USA, l’Inde et le Japon. Un tiers du trafic maritime mondial emprunte cette route, qui concentre d’importantes réserves de pétrole et de gaz. Les différends portent également sur des revendications territoriales du Vietnam et des Philippines, ce qui complique encore davantage le tableau des tensions et des alliances dans la région. L’alliance « AUKUS », à laquelle participent l’Australie, le Royaume-Uni et les USA, a récemment été créée dans le but de renforcer la coordination militaire dans le cadre du différend maritime avec la Chine.

18. Le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Europe de l’Est constituent la zone où les conflits sont les plus aigus. Ici, les grandes puissances se disputent le contrôle des réserves d’hydrocarbures et des voies de commercialisation. La Russie est devenue une puissance importante grâce au contrôle monopolistique qu’elle exerce sur la production d’hydrocarbures et sur le réseau d’oléoducs et de gazoducs en Europe de l’Est. On constate clairement que, dans cette région, la concurrence a pris la forme de conflits armés violents où s’affrontent les intérêts des USA, de l’UE, de la Russie, de la Turquie, de l’Iran et de l’Arabie saoudite.

19. L’expansion de l’OTAN vers l’Europe de l’Est a notamment pour objectif de briser l’hégémonie russe sur le commerce de l’énergie destinée au marché européen. Le déclenchement de la guerre en Ukraine est le résultat de cette escalade des tensions entre les puissances impérialistes et capitalistes, qui s’explique par la lutte acharnée pour le contrôle du marché et des voies d’acheminement du gaz naturel.

20. La fonte des calottes polaires en Antarctique, conséquence du réchauffement climatique, ouvre la voie à de nouvelles routes commerciales et à l’accès à des sources d’énergie auparavant impossibles à exploiter. Cela accélère également la course aux armements dans la région entre la Russie, les USA et les pays de l’UE, qui se disputent le contrôle des nouveaux territoires et des routes maritimes. L’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN s’inscrit en partie dans ce phénomène.

21. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les guerres en Syrie, en Libye, en Afghanistan, en Irak et au Yémen constituent un témoignage effrayant de la concurrence capitaliste acharnée. Les USA et leurs plus proches alliés de l’OTAN ont subi d’importants revers militaires face à la progression des intérêts de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. Au cours de la dernière décennie, l’Iran a renforcé son leadership et son influence régionale. Face à ces changements dans les rapports de force, le gouvernement américain promeut des alliances telles que l’accord Abraham de 2020, qui rassemble Israël, le Maroc et un groupe de pays arabes dans le but de créer une sorte d’OTAN pour le Moyen-Orient.

22. L’OTAN est le principal instrument armé au service des puissances capitalistes occidentales pour protéger et étendre leurs intérêts économiques à l’échelle mondiale. Le récent sommet de l’organisation à Madrid a défini de nouvelles orientations stratégiques visant à renforcer son activité agressive et expansionniste à l’échelle mondiale dans le cadre de l’intensification de la concurrence capitaliste.

23. Cependant, les intérêts des pays membres de l’OTAN ne sont pas homogènes. Si la guerre en Ukraine démontre l’existence d’une unité d’action stratégique entre les USA et l’UE face à ceux qu’ils identifient comme leurs ennemis communs – la Russie et la Chine –, le tableau général des conflits armés mondiaux met en évidence les fortes contradictions au sein même de l’alliance atlantique.

24. Le Brexit britannique, les accords gaziers entre l’Allemagne et la Russie, l’accord nucléaire avec l’Iran, les différends territoriaux en mer Égée, entre autres, confirment les conflits d’intérêts entre les pays de l’OTAN. En raison de ces contradictions, l’Union européenne, sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, a pris des mesures importantes en faveur d’un programme de défense et de déploiement militaire indépendant des USA. La Coopération structurée permanente créée en 2017 et le Fonds européen de défense servent à renforcer la capacité militaire de l’UE en fonction de ses propres objectifs en tant que bloc impérialiste.

25. La Turquie joue un rôle de plus en plus indépendant de l’OTAN dans le cadre de ses propres intérêts dans la région. Dans la guerre en Syrie, elle mène une intervention et une occupation militaires de territoires syriens en marge de la politique des USA, de la France et du Royaume-Uni. De même, ses prétentions expansionnistes en Méditerranée orientale ont ouvert un front de fortes tensions militaires avec la Grèce et le bloc de l’UE dans son ensemble.

26. La guerre en Libye et l’accord sur le nucléaire avec l’Iran opposent également des pays membres de l’OTAN. En Libye, alors que la plupart des pays de l’OTAN soutiennent le gouvernement d’union nationale reconnu par l’ONU, la France se range aux côtés de la Russie pour appuyer l’Armée nationale libyenne. Derrière ces divergences se cache l’aspiration de la France à obtenir les meilleures concessions pétrolières pour son entreprise TOTAL. Dans le cas de l’accord nucléaire avec l’Iran, le retrait unilatéral des USA a été rejeté par ses partenaires européens, qui sont les principaux touchés par le maintien des sanctions américaines sur l’industrie pétrolière et gazière iranienne.

27. Les alliances militaires de la Russie visent à retrouver son influence dans les anciennes républiques ex-soviétiques; dans ce sens, elle a encouragé la constitution de la Communauté des nations eurasiennes et de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). La Chine et la Russie ont une alliance stratégique sans que celle-ci ne se traduise par une coordination des actions politiques et militaires dans tous les conflits. La nécessité pour la Chine d’étendre ses marchés, condition préalable à l’augmentation de son accumulation, l’amène à mener une politique étrangère de neutralité et de non-ingérence dans les conflits internationaux, sauf dans les zones territoriales et maritimes de son influence, où elle entre en contradiction avec les USA, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.

28. Au-delà de l’OTAN, les USA restent le pays disposant du plus important déploiement militaire à l’échelle mondiale. Les USA ont le budget militaire le plus élevé au monde, qui avoisine les 700 milliards de dollars par an, et comptent 173 000 soldats déployés à travers le monde dans quelque 800 bases et installations militaires. Les dépenses militaires mondiales ont atteint le chiffre record de 2 110 milliards de dollars en 2021. Ni la pandémie, ni la crise capitaliste n’ont freiné la croissance du budget militaire mondial pendant sept années consécutives. Les USA, la Chine, l’Inde, le Royaume-Uni et la Russie concentrent 62 % des dépenses militaires.

29. Les partis progressistes ont tendance à vider de leur contenu économique les conflits politiques et militaires entre les pays capitalistes, pour les présenter comme un choc abstrait entre deux blocs apparemment antagonistes. D’un côté, l’hégémonisme impérialiste des USA et de l’UE et, de l’autre, la Russie et la Chine qui représentent les intérêts du « monde multipolaire » et « pluricentrique ». En d’autres termes, les causes des tensions et des conflits mondiaux ne sont pas dues à une intensification de la confrontation entre les puissances capitalistes pour le contrôle des marchés, mais sont motivées par des intérêts politiques dissociés des intérêts des capitaux nationaux qu’elles représentent.

30. Selon cette théorie, l’issue de ce conflit laisserait présager la fin supposée de l’hégémonie impérialiste et l’évolution inévitable vers des relations internationales plus démocratiques. À travers toute cette rhétorique, ils cherchent à persuader la classe ouvrière mondiale de la possibilité d’un capitalisme humain, démocratique et égalitaire qui naîtra du triomphe des pays capitalistes en concurrence avec les USA et leurs alliés européens. Ils entendent ainsi détourner la classe ouvrière mondiale de ses intérêts dans la lutte de classe internationale, pour qu’elle prenne parti pour l’un des camps capitalistes en concurrence dans la compétition mondiale.

III. Les luttes des peuples contre la guerre et pour le droit à l’autodétermination

31. Alors que la crise exacerbe les tensions politiques et militaires entre les puissances capitalistes, on assiste à une recrudescence des ingérences, des occupations, des conflits territoriaux et des conflits armés régionaux.

32. Les nations économiquement plus petites et plus faibles situées dans la zone d’influence des grandes puissances – qui possèdent des ressources naturelles permettant la production de matières premières à haut rendement ou bénéficient d’une situation géographique stratégique pour le transit des marchandises – sont les plus touchées par l’agressivité croissante des puissances capitalistes mondiales.

33. Dans ce contexte, la lutte pour la paix, contre la guerre impérialiste, l’ingérence et les occupations militaires, ainsi que pour la défense du droit des peuples à l’autodétermination, occupent une place prépondérante dans le programme des forces révolutionnaires et anti-impérialistes du monde entier.

34. Cependant, la lutte pour la paix et la solidarité prolétarienne peut être neutralisée par la montée des idées réformistes, nationalistes et chauvines qui surgissent à la suite de l’exacerbation de la concurrence entre les nations capitalistes. Ce n’est pas un hasard si c’est précisément dans le contexte de la crise mondiale profonde du capital que les partis ultranationalistes apparaissent et se renforcent le plus.

35. Le peuple syrien a résisté héroïquement à une guerre dévastatrice et aux tentatives visant à fracturer l’intégrité territoriale de son pays. En Irak, les luttes pour la fin de l’occupation étrangère et pour les transformations démocratiques se renforcent. Le peuple palestinien reste soumis à une occupation criminelle de ses territoires et à l’extermination systématique par le régime sioniste.

36. Le peuple sahraoui fait face à une nouvelle offensive du Maroc visant à légitimer internationalement l’occupation illégale de ses territoires. De même, le peuple yéménite fait face à l’offensive criminelle de l’alliance menée par l’Arabie saoudite. 37. Le PCV réaffirme son soutien inconditionnel aux causes des peuples syrien, palestinien, sahraoui et yéménite, pour la fin de l’occupation et la reconnaissance de leur droit à l’autodétermination.

38. En Europe, le peuple chypriote poursuit sa lutte contre l’occupation illégale turque et pour la réunification de son territoire. De même, les travailleurs de Turquie et de Grèce se mobilisent contre les visées bellicistes de leurs gouvernements dans le cadre du conflit territorial en mer Égée et de l’implication de ces deux pays dans la guerre.

39. La guerre en Ukraine a également ravivé les mobilisations populaires en Europe contre l’OTAN et la guerre impérialiste. La détérioration croissante des conditions de vie des travailleurs européens, conséquence des effets de la guerre, suscite d’importantes mobilisations et luttes.

40. La classe ouvrière et les partis communistes et ouvriers en Europe luttent contre la montée du fascisme et la nouvelle vague de répression et d’interdiction des idées communistes. De plus en plus de pays en Europe interdisent l’existence des partis communistes ou leur imposent des restrictions pour participer aux processus électoraux.

41. La République de Cuba, la République populaire démocratique de Corée, la République socialiste du Vietnam, la République populaire de Chine et la République démocratique populaire lao constituent les expériences de construction menées sous la direction de partis communistes et ouvriers qui ont perduré après l’effondrement du camp socialiste. Le PCV est solidaire de ces pays et de leur classe ouvrière, sans pour autant renoncer à l’étude critique de chaque expérience, ainsi qu’à leurs contributions à la lutte internationale de la classe ouvrière.

IV. La crise capitaliste et ses effets sur la classe ouvrière mondiale

42. L’aggravation de la crise capitaliste a entraîné une intensification des politiques anti-ouvrières dans tous les pays capitalistes du monde. La pandémie mondiale de Covid-19 a mis en évidence cette réalité de la perte des droits universels de la classe ouvrière, où, par exemple, les systèmes de santé des pays n’étaient pas en mesure de faire face à l’urgence sanitaire, entraînant la mort de millions de travailleuses et de travailleurs faute d’accès aux vaccins, aux médicaments et aux soins médicaux de base.

43. Dans le contexte de la pandémie, le capital mondial a porté atteinte aux droits des travailleurs et des travailleuses par le biais de politiques de réduction des salaires, d’assouplissement des conditions de licenciement, d’augmentation du prix des services publics, de déréglementation des relations de travail et de réduction des dépenses publiques. Parallèlement, les gouvernements capitalistes imposent des restrictions aux libertés démocratiques et aux droits politiques de la classe ouvrière afin de contenir ses luttes.

44. La guerre capitaliste en Ukraine vient alourdir les sacrifices de la classe ouvrière mondiale au profit des intérêts des capitalistes. Comme à son habitude, la bourgeoisie appelle les travailleurs et travailleuses de ses pays à supporter « patriotiquement » les souffrances imposées par une guerre menée au service de ses intérêts privés. Ce sont les travailleurs qui supportent le lourd fardeau de la hausse des prix du carburant, des denrées alimentaires et de l’ensemble des biens de consommation, conséquence de la guerre capitaliste.

45. La guerre et la crise capitaliste accentuent le problème des déplacements forcés et des flux migratoires. Des millions de travailleuses et de travailleurs sont contraints de quitter leur foyer en raison de la guerre impérialiste, ou parce qu’ils ne peuvent plus vendre leur force de travail dans leur propre pays en raison de la crise capitaliste profonde. Non seulement les gouvernements capitalistes n’assument pas leur responsabilité en tant que responsables de l’émigration forcée de secteurs de la classe ouvrière mondiale, mais ils s’emploient à la criminaliser afin de justifier la politique d’extermination qu’ils appliquent à leurs frontières terrestres et maritimes. La criminalisation des mouvements migratoires de la classe ouvrière par les gouvernements capitalistes a également pour but d’intensifier l’exploitation de cette main-d’œuvre par la bourgeoisie de ces pays. Lorsque leurs processus d’accumulation l’exigent, ils autorisent la migration afin de faire baisser les salaires sur leurs marchés intérieurs et d’accroître leurs taux de profit par la surexploitation d’une main-d’œuvre dépourvue de droits de citoyenneté.

46. L’impact de la pandémie et de la guerre sur la baisse des salaires réels et, par conséquent, sur la détérioration des conditions de vie des travailleurs, se traduit par une recrudescence des luttes ouvrières et populaires contre la précarité. Sur tous les continents, d’importantes mobilisations combatives et massives se développent contre les mesures antipopulaires des gouvernements capitalistes. Cependant, ces soulèvements populaires manquent encore d’une direction politique révolutionnaire qui leur permette d’exploiter leur potentiel pour transformer la réalité et ne pas se limiter à de simples réformes.

47. La classe ouvrière doit étendre sa solidarité au-delà des frontières nationales afin de développer sa capacité à coordonner ses forces au niveau international, ce qui lui permettra de faire face à l’offensive mondiale du capital contre ses droits. Le caractère mondial de l’exploitation de la main-d’œuvre par le capital exige une action unitaire de la classe ouvrière à l’échelle mondiale. La solidarité prolétarienne doit être mondiale et ne pas faire de distinction entre les nationalités au sein de l’espace national. Il est urgent d’unir les forces pour mener les luttes en faveur des droits universels de la classe ouvrière.

V. Les développements en Amérique latine et dans les Caraïbes

48. Les pays capitalistes d’Amérique latine et des Caraïbes ont également connu une évolution importante de leurs relations et alliances commerciales au cours des vingt dernières années. L’hégémonie commerciale des USA et de l’Europe a reculé, et la Chine occupe aujourd’hui une place importante, tout comme, dans une moindre mesure, la Russie.

49. La plupart des pays d’Amérique latine et des Caraïbes continuent d’occuper, dans la division internationale du travail, le même rôle de fournisseurs de matières premières agricoles et minières sur le marché mondial, en raison des niveaux élevés de productivité qu’ils peuvent mettre en œuvre grâce à l’existence de conditions naturelles favorables. Certains pays de la région, comme le Mexique, l’Amérique centrale et les Caraïbes, ont modifié leur spécificité économique par des politiques d’ouverture au capital mondial visant à attirer des investissements pour l’implantation d’industries manufacturières peu qualifiées, orientées vers la production pour le marché mondial. Cependant, la plupart des pays d’Amérique latine et des Caraïbes conservent leur spécificité en tant que producteurs et exportateurs de produits agricoles et miniers générateurs de revenus fonciers.

50. En l’espace de vingt ans, la Chine est parvenue à devenir le deuxième partenaire commercial de l’Amérique latine et des Caraïbes. Les USA ont vu leur marché dans la région se réduire considérablement, et bien qu’ils conservent une hégémonie en Amérique centrale et dans les Caraïbes, ils ont déjà perdu leur position dominante dans les relations commerciales avec l’Amérique du Sud, à l’exception de la Colombie, de l’Équateur et du Venezuela.

51. La Chine est également devenue une source importante de financement public pour la région. Depuis 2005, la Banque chinoise de développement a accordé plus de 141 milliards de dollars de prêts aux pays d’Amérique latine et, par ailleurs, les flux d’investissements chinois vers l’Amérique latine ont considérablement augmenté. Le fait que la Chine soit devenue une source de financement pour les pays capitalistes et la bourgeoisie locale a joué un rôle clé dans l’indépendance accrue de la région vis-à-vis d’organismes tels que le FMI et la Banque interaméricaine de développement. Un autre pays qui a également accru ses échanges commerciaux avec l’Amérique latine est la Russie : dans le cadre des BRICS, elle a construit une alliance très importante avec le Brésil et entretient des relations commerciales étroites avec la Bolivie en matière d’exploitation du gaz naturel.

52. La nouvelle réalité et les intérêts des pays capitalistes et des bourgeoisies régionales, résultant du développement des liens commerciaux avec la Chine, expliquent le changement de ton dans les relations politiques avec les USA. Il est aujourd’hui plus évident que l’Amérique latine et les Caraïbes ne constituent plus l’arrière-cour des USA. Les pays capitalistes et les bourgeoisies de la région adoptent une position plus autonome face à leur ancien partenaire hégémonique, les USA et l’UE, ce qui se traduit par un affaiblissement de l’influence d’organismes tels que l’Organisation des États américains (OEA) et le Sommet des Amériques, où les USA avaient tendance à imposer leurs intérêts à l’ensemble des pays du continent. À la place, des instances telles que l’UNASUR et la CELAC se renforcent, d’autant plus que ces organismes deviennent des interlocuteurs régionaux pour multiplier les accords commerciaux avec la Chine et d’autres pays.

L’ingérence impérialiste dans la région

53. Ces changements ne modifient en rien le fait que l’Amérique latine et les Caraïbes se situent géographiquement dans la zone d’expansion la plus importante du capital américain et, par conséquent, dans la sphère de son influence politique. Les USA disposent de 76 bases militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes, déployées dans les pays suivants : Panama, Porto Rico, Colombie, Pérou, Aruba, Curaçao, Mexique, Paraguay, Honduras et Argentine.

54. Les USA ont soutenu le coup d’État en Bolivie et ont apporté leur appui au régime dictatorial qui s’est installé pendant plus d’un an et qui a été responsable des massacres perpétrés contre le peuple bolivien. Sous prétexte de défendre la démocratie et les droits de l’homme, ils mènent une offensive agressive contre les gouvernements du Venezuela, du Nicaragua et de Cuba.

55. Cette politique agressive et interventionniste n’est toutefois pas celle qui caractérise l’attitude envers les autres gouvernements dits progressistes. Avec le Mexique, ils entretiennent une relation d’alliance étroite, confirmée par la signature du T-MEC, de même qu’avec les gouvernements progressistes d’Argentine, du Pérou, du Honduras, du Chili et, à nouveau, de la Bolivie, après le déjouement du coup d’État. À l’exception de Cuba, ce qui explique la plus grande agressivité impérialiste à l’égard des gouvernements du Venezuela et du Nicaragua n’a rien à voir avec le fait que ces pays connaissent actuellement de profonds changements économiques qui affectent les intérêts du grand capital mondial. Dans le cas du Venezuela, cette ingérence accrue a de multiples causes; la principale est la forme que prend le conflit international pour l’appropriation des revenus pétroliers vénézuéliens et ses manifestations politiques internes dans la lutte pour le contrôle de l’appareil d’État. Ce n’est pas un hasard si l’assouplissement des sanctions illégales par les USA intervient dans le cadre des accords politico-économiques entre les deux blocs bourgeois hégémoniques.

56. Dans les relations avec Cuba, on observe également des changements par rapport à la politique de pression maximale mise en œuvre par l’administration Trump; toutefois, le siège criminel contre le peuple cubain persiste. Le PCV est solidaire du peuple cubain et de sa révolution. Nous condamnons énergiquement le blocus et la politique systématique d’agressions et d’ingérence impérialiste contre la révolution cubaine. Le peuple travailleur de Cuba et son héroïque processus de construction révolutionnaire continuent d’être un phare de dignité pour les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes.

L’alternance entre progressisme et droite traditionnelle au sein des gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes

57. Au cours de ces 20 dernières années, les partis politiques du soi-disant progressisme latino-américain se sont imposés comme une force politique importante au sein du système politique bourgeois dans un nombre significatif de pays de la région. Le progressisme n’est pas homogène; la composition et les objectifs de classe des partis politiques qui le composent varient selon les pays. Cependant, ce qui caractérise cette force politique dans tous les pays, c’est son caractère polyclassiste et réformiste.

58. La première phase du progressisme a marqué un tournant radical par rapport à la politique néolibérale imposée dans la région depuis les années 80, ainsi qu’une rupture avec la subordination absolue des pays capitalistes de la région aux intérêts des USA et au consensus de Washington. Soutenus par l’essor des recettes pétrolières et la remontée des prix des matières premières agricoles et minières, ces processus politiques disposaient de la puissance économique nécessaire pour mettre en œuvre des mesures d’augmentation des salaires, de nationalisation des entreprises, d’universalisation de l’accès aux services publics, et pour déployer une politique internationale d’indépendance vis-à-vis des USA. Cependant, la gestion du progressisme ne s’est jamais proposée d’avancer dans le sens de transformations radicales de la base économique spécifique, et encore moins dans les rapports de force des groupes économiques dominants.

59. L’épuisement inévitable de la gestion capitaliste du progressisme conduit à une série de défaites électorales qui ramènent au pouvoir les partis de la droite traditionnelle. S’amorce ainsi un processus d’alternance au sein des gouvernements régionaux entre les forces progressistes et la droite traditionnelle latino-américaine, ce qui consolide encore davantage ces forces en tant que partis du système. Même s’il se présente comme la force opposée à la droite, le progressisme s’avère être son complément nécessaire. Tous deux s’affirment comme les deux faces d’une même médaille : les deux formes politiques que prend la reproduction du processus d’accumulation du capital en Amérique latine et dans les Caraïbes.

60. Ces dernières années, le progressisme a réussi à regrouper ses forces sur la base d’une alliance de classes beaucoup plus large et, par conséquent, avec un programme au contenu plus clairement social-démocrate et libéral. La crise capitaliste a généré une métamorphose politique au sein du progressisme; le contenu anti-impérialiste et anti-néolibéral de la première étape a été remplacé par un programme mieux adapté aux besoins du capital en phase de crise. Ces traits se manifestent plus clairement dans les gouvernements du président Nicolás Maduro au Venezuela et d’Alberto Fernández en Argentine.

Le réveil des luttes populaires contre les programmes d’austérité et la percée électorale du progressisme

61. La pandémie a sans aucun doute été un catalyseur des soulèvements sociaux qui ont vu le jour en réponse des masses ouvrières et populaires face à l’aggravation des injustices et des inégalités. Au Chili, les mobilisations massives ont eu lieu avant la pandémie, en octobre 2019. Il s’agissait d’une véritable explosion sociale contre des décennies de politiques néolibérales et de violence d’État. La pandémie et les restrictions gouvernementales n’ont pas pu contenir le développement des manifestations et leurs résultats : le référendum pour la convocation d’une Assemblée constituante et la victoire de l’alliance « Apruebo Dignidad » aux élections présidentielles.

62. Un tableau similaire se présente en Colombie : six ans après la signature des accords de paix, le gouvernement ultra-conservateur de l’uribisme a non seulement saboté leur mise en œuvre, mais a également permis le massacre le plus violent de dirigeants sociaux, d’autochtones et de signataires des accords de paix. Cette réalité, conjuguée à l’intensification des réformes antipopulaires en pleine pandémie et à l’exercice d’une répression étatique accrue, a fait éclater l’indignation populaire contenue lors de la grève nationale d’avril 2021, créant les conditions de la victoire électorale de Gustavo Petro.

63. La nouvelle vague de victoires électorales progressistes s’est appuyée sur la recrudescence des luttes populaires, en réaction aux effets de la crise capitaliste profonde, exacerbée par la pandémie, et aux mesures d’austérité anti-populaires imposées à la classe ouvrière et aux couches populaires en Amérique latine et dans les Caraïbes. Cependant, ce qui commence à se manifester à nouveau, c’est l’incapacité des gouvernements progressistes à répondre aux demandes de changements structurels auxquelles aspirent les travailleurs et les couches populaires. De ce point de vue, le progressisme en vient à jouer un rôle de contención de la lutte des classes.

64. Il n’en reste pas moins remarquable que, après une longue période, et dans de nombreux cas pour la première fois de l’histoire, des alliances politiques à forte présence de forces ouvrières et populaires aient remporté des victoires électorales dans des pays aux systèmes aussi conservateurs que le Chili, la Colombie, le Honduras et le Pérou. Les prochaines élections au Brésil laissent également présager une victoire du progressisme avec la candidature de Lula, qui bénéficie du soutien de puissants secteurs du capital.

65. Ce qui ressort clairement de cette analyse, c’est l’incapacité des partis communistes et ouvriers à jouer un rôle plus déterminant dans les luttes de classe sur le continent. À l’exception d’un petit nombre de partis, la grande majorité est très loin de devenir une force capable d’imprimer une orientation politique révolutionnaire au mécontentement populaire massif généré par les gestion capitalistes ratées du progressisme et de la droite traditionnelle. Une étude approfondie et critique de ce problème est essentielle pour les organisations politiques de la classe ouvrière, d’autant plus que l’expérience concrète du gouvernement progressiste démontre son incapacité à mener à bien les changements structurels dont dépendent le dépassement du retard économique des pays de la région et l’établissement de droits universels stables pour la classe ouvrière.

VI. Les partis communistes et ouvriers

66. La victoire de la contre-révolution en URSS a achevé de faire imploser la crise latente au sein du Mouvement communiste international. Les partis communistes et ouvriers sont entrés dans une phase de reflux qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui, mais où l’on constate néanmoins, après trois décennies, une reprise significative – inégale selon les continents – qui représente néanmoins des signes importants de progrès par rapport aux années de crise générées par la désintégration de l’Union soviétique.

67. La Rencontre internationale des partis communistes et ouvriers (EIPCO) a constitué un espace essentiel pour la coordination de la lutte internationale des partis communistes et ouvriers. Avec 22 éditions à son actif, l’EIPCO a apporté une contribution importante au processus de renouveau et d’échange d’opinions entre les partis communistes et ouvriers du monde entier et a permis de resserrer les liens, même si nous devons souligner qu’il est encore loin d’être l’espace qu’exige la lutte des classes à l’échelle mondiale.

68. Ces progrès évidents de la communauté des partis communistes et ouvriers ne nient pas la crise d’identité de classe qui la traverse encore et qui l’empêche de remplir le rôle d’avant-garde qui lui revient dans la lutte des classes mondiale. Nous ne pourrons surmonter cette crise que dans la mesure où nous renforcerons notre influence au sein du mouvement ouvrier de nos pays, que nous combattrons les idées réformistes et nationalistes au sein du mouvement ouvrier, que nous ferons face à toute la diversion idéologique diffusée par la « nouvelle gauche », qui part du refus de reconnaître le rôle de la classe ouvrière en tant que sujet révolutionnaire, que nous mènerons une action politique de classe indépendante des intérêts de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie; et que nous ferons de l’internationalisme et de la solidarité prolétarienne une pratique permanente.

69. Il est aujourd’hui erroné d’affirmer qu’il existe un mouvement communiste international jouant le rôle d’unificateur de la lutte mondiale de la classe ouvrière contre les capitalistes. Il subsiste encore de nombreuses divergences de visions et d’intérêts d’ordre national entre les partis communistes et ouvriers, qui dressent des obstacles à la nécessaire élaboration d’une stratégie commune de lutte. Ces faiblesses des partis communistes et ouvriers sont essentiellement le reflet de la manière dont le capital exploite la classe ouvrière à l’échelle mondiale par le biais de la fragmentation internationale de ses moyens de production, accentuant ainsi sa division, sa désorganisation et affaiblissant sa capacité à coordonner ses luttes au niveau mondial.

70. La progression des idées nationalistes et des conceptions par étapes au sein des partis communistes et ouvriers se traduit finalement par des politiques d’adhésion à des alliances interclassistes avec des secteurs de la bourgeoisie représentés par les partis sociaux-démocrates et socialistes. La tendance à ces alliances polyclassistes est généralement justifiée par une politique de large base visant à vaincre l’impérialisme américano-européen ou à contenir la victoire des forces fascistes. Ce que ce mouvement occulte, c’est la mise en veilleuse et la subordination des intérêts indépendants de la classe ouvrière dans sa confrontation de classe avec les capitalistes.

71. Le problème fondamental des partis communistes et ouvriers se résume aujourd’hui à ce dilemme : mener une action politique qui se limite à la lutte pour des réformes timides visant à améliorer les conditions de vente et de reproduction de la force de travail de la classe ouvrière dans le cadre d’alliances interclassistes, ou remplir le rôle d’organiser et de diriger le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière pour prendre le pouvoir politique entre ses mains et devenir la classe dirigeante de la société. C’est cette seconde option qui définit la raison d’être et d’existence d’un Parti communiste en tant qu’avant-garde organisée de la classe ouvrière en tant que classe sociale pour elle-même.

72. Le PCV continuera à contribuer au renforcement de l’EIPCO en partant du principe du débat fraternel d’idées et du respect des formulations politiques des partis, dans le cadre de la complexité et des enjeux de la lutte de classe à l’échelle nationale et internationale.

73. Grâce à notre présence au sein de l’EIPCO, à la Réunion des partis communistes d’Amérique du Sud, à la Revue communiste internationale et dans d’autres espaces, nous apporterons notre contribution en fonction de cet objectif. De même, nous nous emploierons à promouvoir d’autres instances d’échange et de coordination de l’agenda avec les partis communistes et ouvriers du monde entier, qui nous permettront d’avancer vers des stratégies communes pour faire face à l’offensive mondiale du capital contre les intérêts de la classe ouvrière.

74. La nécessité de coordonner les luttes des partis communistes et du mouvement ouvrier en Amérique latine et dans les Caraïbes revêt un intérêt particulier. Le progressisme a eu un impact très négatif sur l’articulation continentale des luttes ouvrières et populaires. Ces forces imposent une fausse polarisation entre gouvernements « progressistes » et gouvernements « néolibéraux », sous le couvert de laquelle elles prétendent vider de leur contenu anticapitaliste les luttes ouvrières et populaires. Cette approche reproduit la vieille théorie du capitalisme humanisable, où le progressisme représente le « bon » capitalisme, modèle à suivre pour la région, et la droite traditionnelle le « mauvais » capitalisme du néolibéralisme, en occultant le fait que les gouvernements progressistes mènent eux aussi des politiques antipopulaires. Le Forum de São Paulo est devenu l’un des épicentres les plus importants de la promotion de cette fausse polarisation politique et de la concertation de classes sur le continent.

75. Dans cette même optique, il est essentiel que les partis communistes et ouvriers mènent une action concertée afin de renforcer la présence et la capacité de lutte mondiale des grandes organisations internationales au sein desquelles nous agissons : la Fédération syndicale mondiale (FSM), la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIM), la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD) et le Conseil mondial de la paix (CMP). Le travail coordonné des partis communistes et ouvriers est important pour lutter contre la subordination de ces organisations internationales aux objectifs des États nationaux et des partis politiques réformistes du progressisme.

SECTION SITUATION NATIONALE

VII. La crise capitaliste au Venezuela

Le Venezuela dans la division internationale du travail

76. Il n’est pas possible de comprendre l’essence de la profonde crise capitaliste au Venezuela sans parvenir à déchiffrer la dimension mondiale du processus d’accumulation du capital national; c’est-à-dire le rôle de l’économie vénézuélienne dans la division internationale du travail.

77. Le Venezuela fait partie du groupe de pays que le capital mondial a constitué pour la production à grande échelle de marchandises minières, pétrolières et agricoles destinées au marché mondial. L’existence au Venezuela de conditions naturelles favorisant la productivité du travail dans ses gisements pétroliers a été déterminante pour que l’économie se spécialise dans l’extraction et la commercialisation des hydrocarbures.

78. La production de ces marchandises, qui dépend de conditions naturelles inégalement réparties dans le monde et que le capital ne peut ni contrôler ni reproduire, en fait des sources de rente foncière. Cela signifie que le prix commercial de ces marchandises, étant déterminé par la productivité du travail sur les terres les moins productives, génère un profit extraordinaire pour les producteurs privés qui exploitent des terres de meilleure qualité, car ceux-ci peuvent atteindre un prix de production individuel inférieur au prix du marché. Ce profit extraordinaire est la rente différentielle et il s’agit d’une valeur qui se situe au-dessus du profit normal du capital agricole ou pétrolier. La rente représente donc un flux de plus-value des pays qui achètent la marchandise génératrice de rente vers les pays qui la produisent.

79. Le processus d’accumulation du capital au Venezuela est donc déterminé par le flux de ce profit extraordinaire ou de cette rente foncière provenant du marché mondial et par la lutte pour son appropriation. Dans le cas du Venezuela, cette détermination a un impact beaucoup plus fort sur l’ensemble de la vie sociale, car le pétrole représente plus de 90 % de ses exportations totales.

Caractéristiques de l’accumulation du capital régie par la rente foncière

80. L’accumulation du capital régie par la rente foncière présente une spécificité très différente, et totalement contradictoire avec le mouvement d’accumulation du capital fondé sur l’exploitation de la plus-value relative. Alors que l’accumulation du capital fondée sur l’extraction de la plus-value relative génère un mouvement vers l’avant dans le développement des forces productives, en raison de son besoin systématique d’accroître la productivité du travail afin de pouvoir diminuer la valeur de la force de travail; l’accumulation régie par la rente libère les capitaux privés de la nécessité d’être à l’avant-garde du développement des forces productives comme condition pour pouvoir se valoriser à des taux de profit normaux. Cette modalité engendre une situation structurelle de stagnation et de retard du capital industriel, à l’exception de la branche dédiée à la production de marchandises génératrices de rente pour le marché mondial.

81. Les recettes exceptionnelles que représentent les revenus pétroliers et leur processus d’appropriation interne déterminent l’ampleur et le dynamisme de l’ensemble de la base économique du pays. Les capitaux privés non pétroliers opérant au niveau national sont généralement orientés vers la production ou la commercialisation de biens de consommation dans les limites du marché intérieur. Cette ampleur restreinte du capital les qualifie de capitaux insuffisants, incapables de développer les forces productives du travail social. Pour survivre, ces capitaux doivent compenser les coûts élevés de leur faible productivité en captant la rente que l’État met à leur disposition par divers mécanismes.

82. En raison du rôle que joue le revenu pétrolier dans la valorisation des capitaux privés dans un contexte de stagnation de l’échelle de production, cela entraîne un creusement abyssal des écarts entre le niveau de productivité du travail qui régit le marché mondial et celui qui prévaut sur le marché intérieur national. Il en résulte que les flux de revenus pétroliers commencent à s’avérer insuffisants pour soutenir cette base économique, rendant nécessaires de nouveaux mécanismes supplémentaires de circulation de la richesse, tels que l’endettement extérieur et la vente systématique de la main-d’œuvre à un prix inférieur à sa valeur. À mesure que l’écart de productivité devient insoutenable, un processus de démantèlement de la production nationale s’enclenche, car il est plus bon marché d’importer que de produire à l’intérieur du pays.

83. L’État national est le médiateur politique chargé de répartir les revenus pétroliers dans l’ensemble de l’économie nationale par le biais de la politique économique et monétaire. Dans le cas du Venezuela, les moyens les plus efficaces de distribution des revenus ont été la politique de surévaluation de la monnaie, les contrôles des changes, l’octroi de crédits à des taux d’intérêt négatifs, la subvention des produits pétroliers sur le marché national et l’expansion des dépenses sociales.

84. L’accumulation du capital régie par la rente engendre une économie déformée, composée de petits capitaux qui survivent grâce à leur activité sur un marché protégé où ils peuvent s’approprier la rente pétrolière. L’insuffisance des capitaux nationaux entraîne dans son sillage la classe ouvrière, lui refusant la possibilité de déployer le potentiel dont elle est porteuse : le développement des forces productives sociales.

85. La lutte internationale et nationale pour la rente devient une caractéristique permanente qui détermine les formes politiques que prend son appropriation. L’État étant l’arbitre du processus, la lutte pour son contrôle devient plus agressive et violente entre les fractions de la bourgeoisie et le capital monopoliste étranger.

86. Les cycles économiques nationaux sont liés à l’évolution des prix du pétrole sur le marché mondial. La phase d’expansion de la rente pétrolière se traduit par une gestion gouvernementale à caractère populiste, marquée par l’expansion de la consommation, les subventions d’État et l’endettement extérieur. La phase de contraction des revenus, quant à elle, engendre une gestion à caractère libéral, marquée par la réduction des dépenses publiques, les privatisations et la destruction des droits du travail. Telles sont les deux formes politiques historiques qu’a prises le processus d’accumulation du capital au Venezuela, régi par les revenus pétroliers.

Les antécédents de la crise vénézuélienne
L’expansion démesurée de l’appropriation des revenus pétroliers sous le gouvernement du président Hugo Chávez Frías

87. Il est démontré que la crise structurelle du capitalisme au Venezuela résulte de la manière parasitaire dont s’opère le processus de valorisation du capital par l’appropriation des revenus pétroliers, ce qui engendre une économie profondément arriérée et dépendante. Une fois ce constat établi, nous évaluerons les causes spécifiques de la crise économique profonde que traverse actuellement le pays.

88. D’une manière générale, la crise actuelle trouve son origine dans la politique expansionniste d’utilisation improductive de la rente pétrolière menée sous le gouvernement du président Hugo Chávez. Les recettes tirées des exportations de pétrole entre 1999 et 2014 se sont élevées à 960 589 millions de dollars, soit une moyenne de 56 500 millions de dollars par an sur 17 ans. Comme le montrent les résultats concrets de cette gestion, ces recettes extraordinaires n’ont pas servi à transformer la spécificité de la base économique en utilisant ces revenus pour stimuler le développement des forces productives nationales, mais ont plutôt tendu à renforcer le processus même d’accumulation parasitaire du capital.

89. Malgré le caractère progressiste du gouvernement du président Chávez – qui a rompu avec vingt ans de politiques néolibérales et s’est affranchi des impositions du consensus de Washington –, la gestion et l’administration des revenus pétroliers ne se sont pas beaucoup distinguées de celles des gouvernements précédents en termes de résultats concrets. Si les dépenses sociales ont constitué une caractéristique distinctive importante, la gestion économique a reproduit à plus grande échelle les mêmes erreurs, aggravant ainsi les déformations structurelles de l’économie vénézuélienne. Les divers projets dans les secteurs agro-industriel, pétrochimique, gazier et des industries de base, ainsi que les plans visant à améliorer le réseau ferroviaire du pays, à développer la production d’électricité et à généraliser l’utilisation des technologies, ont été contrecarrés par la corruption et une politique économique qui dressait des obstacles au développement d’une industrie compétitive.

90. La politique de surévaluation de la monnaie et de contrôle des changes, menée de 2003 à 2015, a constitué le mécanisme le plus agressif pour le transfert des revenus pétroliers vers les capitaux privés étrangers et nationaux. La politique de surévaluation renforçait la capacité d’importation des capitaux privés, tout en affectant les revenus des entreprises qui produisaient pour le marché mondial, celles-ci étant contraintes de convertir leurs dollars en bolivars surévalués. Non seulement il est devenu plus rentable d’importer dans presque tous les secteurs industriels, mais produire à grande échelle pour le marché mondial représentait un coût impossible à supporter à long terme. Les conséquences futures de cette politique sur PDVSA l’ont démontré.

91. Au cours de la période allant de la mise en place du contrôle des changes en 2003 à 2013, plus de 300 milliards de dollars ont été alloués au secteur privé. Nous savons aujourd’hui que, grâce à une fraude massive sur les importations et au transfert de bénéfices à l’étranger, la bourgeoisie locale a pu augmenter ses avoirs déposés à l’étranger de plus de 110 milliards de dollars au cours de la même période. Diverses estimations évaluent la fuite totale de capitaux nationaux et étrangers entre 400 et 600 milliards de dollars.

92. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la gestion progressiste du président Chávez a consolidé le processus de démantèlement de l’appareil industriel engagé par les politiques néolibérales en 1980. Les multiples programmes du gouvernement visant à stimuler la production à petite échelle dans les secteurs agricole et manufacturier n’ont pu se maintenir que tant que le gouvernement garantissait l’injection directe de capitaux et l’achat d’une part importante de la production par le biais des marchés publics. Tout ce processus se déroule au milieu d’une lutte interne féroce pour le revenu pétrolier.

93. La nationalisation des entreprises stratégiques (CANTV, électricité, banques, etc.) et des entreprises publiques en général a été gérée selon un modèle qui a servi de vecteur au transfert des revenus pétroliers vers le capital privé. Cela s’est produit systématiquement par le biais de la facturation de services et de marchandises à des prix subventionnés, pratique alors généralisée, et lorsque les marchés publics s’approvisionnaient auprès d’entreprises privées en payant des prix nationaux bien supérieurs à ceux pratiqués sur le marché mondial pour ces mêmes marchandises. Cette situation générait des déficits permanents qui étaient compensés par l’État par des transferts directs de capitaux. Telle est la véritable raison économique de la faillite des entreprises publiques, qui a été aggravée par une gestion déplorable et la corruption.

94. Le contrôle des prix des produits pétroliers sur le marché intérieur (essence, huiles, etc.) a également constitué un mécanisme de transfert de revenus vers le secteur privé, au détriment de la reproduction normale du capital de l’industrie pétrolière. Selon certaines études, la subvention sur l’essence générait une perte de 1,5 milliard de dollars par an, dont les bénéficiaires étaient les entreprises privées qui achetaient le carburant et les mafias qui ont accumulé d’énormes richesses grâce à la contrebande d’extraction.

95. L’augmentation historique de la dette extérieure est peut-être l’indicateur le plus évident de l’expansion des dépenses improductives des revenus pétroliers. La dette extérieure a augmenté de 200 % en 20 ans, passant de 49 milliards de dollars en 1999 à 154 milliards de dollars en 2018. C’est au cours du deuxième mandat de Chávez (2007-2013) que la dette a connu sa croissance la plus vertigineuse.

96. Cette augmentation vertigineuse de l’endettement, survenue en pleine période d’essor des recettes pétrolières, met en évidence la difficulté à laquelle le pays était confronté pour maintenir la taille de son économie et stimuler sa croissance. Les recettes pétrolières devenaient insuffisantes pour assurer la reproduction de la base économique, ce qui a nécessité un effet de levier supplémentaire extraordinaire fourni par le crédit extérieur. L’endettement ne fait que prolonger la catastrophe imminente. S’appuyant sur ces deux piliers si instables – le flux de revenus et l’expansion de la dette extérieure –, la reproduction du capital régie par les revenus pétroliers commence à atteindre ses limites et à révéler sa tendance à une crise profonde.

97. La dette extérieure est également un mécanisme de transfert de revenus, dans la mesure où le Venezuela était contraint de la rembourser à des taux d’intérêt plus élevés en raison des notations de risque pays.

98. Enfin, l’une des principales voies de transfert de revenus a été la dépense sociale. Si le gouvernement du président Hugo Chávez a bien affecté d’importantes ressources issues des recettes pétrolières à l’amélioration des conditions de vie du peuple vénézuélien et à la réduction des taux de pauvreté et de misère, il faut souligner que les subventions généralisées et l’absence de contrôles ont conduit une grande partie de ces ressources à profiter essentiellement aux secteurs entrepreneuriaux et aux mafias corrompues. Les dépenses sociales fonctionnent comme un moyen de transfert des revenus pétroliers vers le capital privé, lorsque c’est l’État qui assume l’intégralité de la charge de la production et de l’approvisionnement des moyens de subsistance de la classe ouvrière, ce qui contribue à la baisse du coût de la main-d’œuvre au profit du capital privé qui la consomme. Cela signifie que la part du salaire des travailleurs correspondant à ces moyens de subsistance subventionnés par l’État est économisée par les capitalistes lorsqu’ils achètent la main-d’œuvre, augmentant ainsi leur capacité à s’approprier le surplus de travail ou la plus-value de leurs ouvriers.

99. Maintenir la croissance économique en s’appuyant sur ce mode d’appropriation des revenus était irréalisable et insoutenable. En effet, le fait de la prolonger par le biais de l’endettement extérieur n’a fait que préparer le terrain pour l’éclatement d’une crise historique très grave, comme cela s’est finalement produit.

Le déclenchement de la crise (La gestion du président Nicolás Maduro)

100. Sous le gouvernement du président Nicolás Maduro, la poursuite de la politique expansionniste a atteint ses limites. Même si, au cours des deux premiers trimestres de l’année 2014, les prix du pétrole se sont situés en moyenne à 100 dollars le baril, l’économie a commencé à afficher une tendance négative. L’augmentation des échéances de remboursement de la dette et la chute progressive des cours internationaux du pétrole qui s’ensuivit ont fait éclater la bulle de la croissance économique soutenue par les revenus pétroliers et la dette.

101. Dès les dernières années du gouvernement d’Hugo Chávez, les remboursements de la dette absorbaient 20 % des exportations totales. Sous le gouvernement du président Nicolás Maduro, ce pourcentage a augmenté, atteignant 55 % en 2015. Le double effet du remboursement de la dette et de la baisse des prix du pétrole s’est traduit par une chute vertigineuse des importations. Les baisses annuelles des importations ont été de 17 % en 2014, 30 % en 2015 et 51 % en 2016. Il en a résulté, outre de graves pénuries et un manque de biens de consommation essentiels, l’impossibilité pour de nombreuses entreprises de fonctionner, car elles ont besoin de matières premières et de moyens de production importés de l’étranger. Quant aux entreprises publiques, telles que celles du secteur sidérurgique et pétrolier, elles ont commencé à rencontrer des difficultés opérationnelles en raison de l’absence d’investissements nécessaires à leur entretien, ces ressources ayant souvent été détournées par des dirigeants corrompus.

102. Le nouvel effondrement du capitalisme vénézuélien a une fois de plus mis à nu le caractère parasitaire du processus de valorisation des capitaux privés opérant dans le pays et le poids des revenus pétroliers dans l’activité productive nationale. Les coûts élevés liés à leur faible productivité ne leur ont pas permis de rester en activité, même en tirant parti de la possibilité de verser des salaires extrêmement bas pour compenser la réduction de l’ampleur des revenus. C’est ainsi qu’a débuté un processus massif de faillites d’entreprises, tandis que d’autres s’engagent dans un processus progressif menant à l’effondrement, à l’instar de ce qui s’est produit dans les entreprises publiques. De nombreux capitaux privés et étrangers ont justifié la cessation de leurs activités par l’argument idéologique de la prétendue « persécution de l’entreprise privée » et des « contrôles excessifs », alors qu’en réalité, ils cessaient d’opérer parce qu’il n’y avait pas de revenus suffisants pour supporter les coûts élevés de leurs capitaux technologiquement obsolètes.

103. L’ampleur de l’effondrement économique est mise en évidence par la contraction historique du PIB, de l’ordre de 40 %, entre 2014 et 2017. Il est important de souligner qu’à cette époque, il n’existait pas encore de sanctions étrangères illégales visant l’activité économique vénézuélienne et les entreprises publiques. Ainsi, pour justifier sa gestion désastreuse de la crise, le gouvernement a eu recours à l’argument manipulateur et fallacieux de la « guerre économique », grâce auquel il a toujours cherché à se soustraire à ses responsabilités tout en empêchant les travailleurs de percevoir les véritables causes de la crise.

104. Alors que le gouvernement du président Hugo Chávez incarnait le visage expansif des revenus pétroliers, il incomba au président Nicolás Maduro d’incarner leur face adverse : les politiques antipopulaires propres à la contraction de ces revenus.

105. En recourant à une rhétorique pseudo-révolutionnaire et anti-impérialiste, le président Maduro a justifié sa politique consistant à donner la priorité aux remboursements au capital financier international. Selon les propres informations de son administration, le gouvernement a remboursé plus de 109 milliards de dollars entre 2013 et 2017 au titre de ses engagements de dette. À la soumission du gouvernement face au capital financier mondial s’ajoutent les conditions défavorables pour le pays dans lesquelles il a continué à émettre de la dette, comme ce fut le cas avec les 1,4 milliard de dollars d’obligations PDVSA 2020, pour lesquelles 50 % des actions de CITGO ont été données en garantie.

106. Afin de respecter ses engagements envers les capitaux étrangers, le gouvernement a réduit les dépenses sociales dans les domaines de l’éducation, de la santé, des services publics et de la sécurité sociale. Les acquis et les droits sociaux ont été démantelés dans les faits. Privilégier le remboursement de la dette a également un impact sur la production intérieure, et notamment sur l’industrie pétrolière. Le gouvernement aurait dû consacrer une partie de ces ressources au renforcement des activités de PDVSA et empêcher la détérioration et le démantèlement progressif de l’industrie, comme cela s’est finalement produit.

107. Avec le programme de relance, de croissance et de prospérité économique lancé par le gouvernement en 2018, s’engage le processus de mise en œuvre d’un programme d’ajustement antipopulaire axé sur le gel des salaires, la suppression des droits contractuels du travail et la déréglementation des relations de travail. Sous le prétexte fallacieux d’ancrer le salaire minimum à l’équivalent d’un demi-Petro (30 dollars américains), le gouvernement a procédé à la suppression de toutes les conventions collectives par une directive du ministère du Travail. À partir de ce moment, le salaire minimum légal disparaîtrait en tant que référence pour les conditions d’achat et de vente de la force de travail. Le caractère symbolique du salaire légal donnait carte blanche aux capitaux privés pour une surexploitation extensive et intensive de la classe ouvrière vénézuélienne. Le programme de croissance économique reposait sur la réduction au minimum des coûts de main-d’œuvre afin de garantir des taux de profit attractifs pour les capitalistes.

108. Pour avoir une idée de l’ampleur de l’érosion des salaires au Venezuela, prenons comme référence le fait qu’en mai 2012, le panier alimentaire coûtait 1 811,89 Bs et que le salaire minimum des travailleurs à cette même date était de 2 770,45 Bs, c’est-à-dire que le salaire minimum légal représentait 153 % du panier de base. En juin 2022 – après plusieurs reconversions monétaires – le panier alimentaire s’élevait à 2 468,76 Bs et le salaire minimum d’un travailleur n’est plus que de 175 Bs, soit 7,10 % de la valeur du panier alimentaire actuel. Une détérioration actuelle de 145,90 % du pouvoir d’achat par rapport au panier alimentaire, mais qui, pendant les années de hyperinflation et de dollarisation, a été bien plus importante.

109. La récession économique a entraîné la suppression de milliers d’emplois. La plupart des travailleurs et travailleuses, formés au cours de quinze années d’investissement dans le système éducatif, se sont soudainement retrouvés relégués au rang de main-d’œuvre excédentaire, dans une situation de stagnation, avec peu de chances de parvenir à vendre leur force de travail, même à des salaires inférieurs à leur valeur. C’est cette réalité matérielle, conjuguée à la politique systématique de destruction des salaires et des droits du travail, qui provoque l’expulsion massive de la main-d’œuvre vers l’étranger à des niveaux jamais vus dans l’histoire du Venezuela. La migration forcée, l’augmentation des décès dus à des maladies curables et l’action de groupes d’extermination dans les quartiers les plus pauvres ont constitué la forme que prit l’anéantissement de la main-d’œuvre excédentaire en raison de la crise profonde du capitalisme parasitaire.

VIII. Les manifestations de la crise économique dans la confrontation politique

110. La réduction des recettes du pays due à la chute des prix du pétrole et à la priorité accordée au remboursement de la dette se traduit par une moindre disponibilité de devises à allouer sur le marché des changes contrôlé. Cela conduit les capitaux monopolistiques à concentrer l’accès aux devises au détriment d’une masse importante de petits capitaux.

111. Ce processus ne se déroule pas sans heurts : ce sont les franges radicalisées de la petite bourgeoisie, exclues de l’attribution des devises, qui sont à l’origine des « guarimbas » et des mobilisations violentes de l’année 2014, entraînant dans leur sillage des secteurs de la classe ouvrière dépendants de ces capitaux et bénéficiant du soutien total des puissances impérialistes. Ce conflit s’étend sur toute l’année 2014 et aboutit aux premiers accords entre le gouvernement et les groupes d’entreprises sur les conditions de répartition des devises, désormais en baisse, au secteur privé.

112. Le gouvernement des USA voit dans ces émeutes urbaines la possibilité d’accélérer la déstabilisation et l’ingouvernabilité du pays après la mort du président Hugo Chávez. C’est pourquoi il apporte tout son soutien logistique à la déstabilisation interne et déploie, sur le plan international, une campagne visant à justifier toute issue conduisant à un changement de gouvernement au Venezuela.

113. Au cours de cette période, les nouveaux entrepreneurs issus du PSUV et de ses alliés commencent à accélérer leurs processus d’accumulation de capital. Leurs privilèges – notamment l’accès de plus en plus restreint aux devises à taux préférentiel, aux marchés publics et au financement des importations – leur permettent d’évincer de la concurrence d’autres capitaux privés rivaux. La fin de l’État économiquement fort et distributeur des revenus pétroliers accélère la transformation du PSUV en une organisation davantage orientée vers la collaboration avec la bourgeoisie et l’association avec toutes sortes de capitalistes. Pour se maintenir au pouvoir, il faut devenir une organisation au service du capital privé.

114. En 2015, l’impact de la pénurie et de la détérioration des conditions de vie de la population, conséquence de la tendance à la baisse des salaires réels, s’est traduit par la victoire écrasante du bloc des partis traditionnels de droite aux élections législatives. Ayant conquis les deux tiers du parlement, l’opposition de droite voit la fin du gouvernement approcher et annonce qu’elle mènera depuis le parlement une série d’actions illégales afin de renverser le gouvernement par la voie parlementaire dans les six mois. Cette confrontation entre les pouvoirs publics conduit à la déclaration de mépris du parlement par la Cour suprême de justice.

115. L’aggravation de la crise économique, conjuguée à l’instabilité politique engendrée par l’affrontement entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, a débouché sur les violentes mobilisations de l’année 2017. Il s’agit là d’un point culminant du choc entre les deux pôles de la polarisation politique, qui s’est finalement résolu par une forte répression contre l’opposition de droite et la restauration de l’unité du pouvoir d’État entre les mains du PSUV grâce à la création de l’Assemblée nationale constituante.

116. L’Assemblée nationale constituante (ANC) a été un instrument qui, s’il a certes joué un rôle pour contenir l’offensive réactionnaire de la droite pro-impérialiste, a fini par décevoir les attentes de changement des secteurs populaires face aux graves effets de la crise économique. Loin d’avancer dans la direction espérée par les masses populaires, l’ANC s’est consacrée à légiférer dans l’intérêt du capital avec la fameuse loi sur les investissements étrangers, la mise en œuvre du plan de relance économique antipopulaire de 2018 et, enfin, l’adoption de la loi anti-blocage, inconstitutionnelle et mal nommée. Mais le rôle principal de l’ANC a été de préparer les conditions politiques pour la mise en œuvre du programme d’ajustement et de capitulation en concentrant le pouvoir politique entre les mains de la direction néolibérale qui dirige l’exécutif national. Le capital a façonné un gouvernement autoritaire pour gérer la crise d’une main de fer en sa faveur.

117. En 2019, la contraction de l’économie atteignait le chiffre historique de 70 % par rapport à son niveau de 2013. Dans ce contexte complexe, l’opposition de droite a décidé de mettre en œuvre le plan ourdi par l’impérialisme américain visant à créer un gouvernement parallèle et à appliquer des mesures coercitives unilatérales contre le pays afin de provoquer la chute du gouvernement du président Nicolás Maduro. Les partis de droite, désormais dépourvus de capacité de mobilisation interne et dont le soutien des entreprises s’était affaibli en raison de la crise économique et des alliances entre les capitaux les plus concentrés et le gouvernement, se sont appuyés sur la force des puissances impérialistes pour tenter d’imposer un changement de gouvernement.

118. L’administration de Donald Trump se place à la tête de cette offensive d’ingérence, à laquelle l’Union européenne et de nombreux autres pays capitalistes ne tardent pas à se joindre. Comme on peut le constater, les sanctions impérialistes illégales sont liées à la forme que prend la lutte internationale et nationale pour le contrôle des revenus pétroliers. L’impérialisme américano-européen les applique dans le but de forcer le remplacement du gouvernement actuel par un autre dirigé par des forces plus proches des intérêts de ses monopoles.

Les effets des sanctions impérialistes criminelles

119. Comme on peut le constater, les sanctions impérialistes illégales ne sont pas la cause de la crise capitaliste au Venezuela, mais bien le processus d’expansion du rentisme qui s’est heurté violemment à ses limites en 2014. L’ingérence et les sanctions criminelles extérieures viennent aggraver cette crise, principalement par le biais des mesures coercitives unilatérales adoptées en 2019 pour soutenir la mascarade du gouvernement intérimaire de Juan Guaido.

120. Bien que ce soit en 2015 que le gouvernement américain a déclaré le Venezuela comme une menace inhabituelle et extraordinaire pour ses intérêts – un décret qui sert de base juridique à l’escalade de l’ingérence et des sanctions –, ce n’est qu’en 2017 que le gouvernement de Donald Trump, en réponse à la mise en place de l’ANC, a émis la première sanction financière empêchant la renégociation des obligations du gouvernement, de PDVSA et des entreprises publiques vénézuéliennes sur le marché américain. Ce fut un coup dur pour le gouvernement et l’industrie pétrolière, car après avoir remboursé des milliards de dollars de dette, ils se sont soudainement retrouvés dans l’impossibilité de négocier l’accès à de nouveaux financements.

121. Le durcissement des sanctions se poursuit avec la reconnaissance du « gouvernement intérimaire » de Juan Guaidó, qui entraîne le gel des fonds de la République dans les banques étrangères, la saisie d’actifs tels que CITGO aux USA et Monómeros en Colombie, la déclaration de certains pays de ne pas honorer leurs dettes contractées auprès du gouvernement vénézuélien, la déconnexion des entreprises publiques du système de paiements internationaux, la persécution des achats du gouvernement vénézuélien à l’étranger qui a rendu impossible l’importation de médicaments, de denrées alimentaires et de matières premières.

122. Les sanctions contre PDVSA ont conduit à l’effondrement définitif de l’industrie pétrolière vénézuélienne, qui importait déjà le carburant consommé sur le marché intérieur et dont la production de pétrole brut était en chute libre. Avec les sanctions, PDVSA a perdu son marché naturel aux USA et les effets collatéraux des sanctions ont rendu difficile la vente de pétrole brut sur d’autres marchés, ce qui a conduit à des ventes à des prix réduits préjudiciables à l’industrie.

123. Tout comme pour l’économie dans son ensemble, ce ne sont pas les sanctions illégales qui sont à l’origine de la faillite de PDVSA, mais le processus de désinvestissement systématique, la décapitalisation provoquée par les politiques étatiques de captation des revenus pétroliers, ainsi que la politique erronée consistant à migrer vers les puits extra-lourds de la ceinture de l’Orénoque en fermant près de 17 000 puits conventionnels. De même, la fermeture du marché américain au pétrole vénézuélien est liée à la croissance exponentielle de la production de pétrole brut au Canada destiné à ce marché et à l’augmentation de l’extraction de pétrole de schiste.

124. Les effets des sanctions criminelles se sont traduits par une contraction encore plus profonde de l’économie, qui a atteint 26 % en 2019 et 25 % en 2020, pour atteindre le record historique d’une contraction cumulée de 83 % sur la période 2012-2021.

125. L’impérialisme américain et européen, de concert avec la droite d’opposition, même s’ils n’ont pas atteint leur objectif de forcer un changement de gouvernement, ont néanmoins contribué au virage définitif de la politique gouvernementale vers l’ouverture néolibérale. Les sanctions, en réduisant encore davantage les recettes du pays et en paralysant la production pétrolière, ont aggravé la précarité des conditions de vie de la classe ouvrière, accentuant le phénomène de migration massive. Selon les données du HCR, le nombre de migrants vénézuéliens dépasse les 6 millions de personnes.

126. Les sanctions impérialistes n’affectent pas de la même manière toutes les classes sociales au Venezuela. Alors que la bourgeoisie associée au gouvernement bénéficie des prérogatives de l’État et tire même profit des sanctions en réalisant des gains extraordinaires grâce à des montages financiers visant à contourner les restrictions américaines, la classe ouvrière voit ses revenus anéantis par l’hyperinflation, la politique de gel des salaires, la libéralisation des prix, la détérioration des services publics et la suppression des dépenses sociales. Le gouvernement s’est chargé de gérer les effets des sanctions impérialistes en protégeant les intérêts du capital et en faisant porter le plus gros du fardeau sur les épaules du peuple travailleur.

IX. Le nouveau Pacte des élites pour la relance du processus d’accumulation du capital

127. Avec l’effondrement de l’industrie pétrolière, le gouvernement proclame la fin supposée du rentisme et la relance de l’activité économique sur de nouvelles bases. Lorsque le gouvernement et les théoriciens à son service parlent de l’épuisement du modèle rentiste, ils font référence à l’effondrement de la forme actuelle d’appropriation de la rente pétrolière par l’intermédiaire de l’État, et non à la fin de la spécificité de l’accumulation du capital déterminée par la rente. Cela apparaît au grand jour lorsqu’il devient évident que les nouveaux secteurs d’exportation restent des marchandises génératrices de rente, comme les minerais, le bétail, le cacao, le café, les fruits de mer, le poisson, entre autres matières premières, parmi lesquelles le pétrole reste le principal produit d’exportation.

128. Ce qui est en cours, c’est une transformation de la manière dont les revenus fonciers sont initialement captés et des mécanismes de transfert vers le capital privé non pétrolier. La situation de décapitalisation et de destruction opérationnelle de PDVSA sert de base aux capitaux étrangers et nationaux pour imposer leur vieille aspiration à démanteler le pouvoir politique et économique de l’État vénézuélien, en réduisant sa capacité à capter la rente et à jouer un rôle important dans sa distribution. La nécessité d’attirer des capitaux étrangers pour relancer la production pétrolière se traduira par un processus de privatisation de l’industrie et l’imposition d’une série de concessions qui feront reculer la participation de la nation à la richesse pétrolière, à l’instar des premières concessions d’exploitation des gisements par les multinationales américaines et anglaises, comme cela s’est produit au 20e siècle.

129. Sous le couvert d’un discours démagogique prônant le « dépassement du rentisme », ils cherchent à dissimuler au peuple vénézuélien ce contenu dangereux tout en le convainquant que la politique néolibérale qu’ils mettent en œuvre est en train de transformer en profondeur la base économique nationale, alors qu’en réalité, le processus d’accumulation du capital au Venezuela reste régi par la rente, et en particulier par la rente minière et pétrolière. Le fait concret que le processus de reprise économique soit allé de pair avec la hausse des prix du pétrole sur le marché mondial le démontre.

130. La gravité de la crise et l’incapacité des sanctions illégales à atteindre leur objectif conduisent les deux factions opposées de la bourgeoisie à établir des ponts de rapprochement afin de parvenir à des accords permettant de rétablir la gouvernabilité ainsi que les conditions juridiques et économiques nécessaires à l’action du capital privé national et étranger. En 2020, ces accords commencent à porter leurs premiers fruits avec les politiques de libéralisation des prix, d’assouplissement par la dollarisation de l’économie et la poursuite de l’exonération fiscale des produits importés.

131. La reprise de l’activité économique, due aux revenus provenant des transferts de fonds, aux activités minières non déclarées, l’afflux de ressources provenant d’activités illégales et l’impact que commencent à avoir les bas salaires, incite les nouveaux groupes bourgeois et les entrepreneurs regroupés au sein de la FEDECÁMARAS à multiplier leurs revendications de changements et de garanties, qui ont pris forme dans la loi anti-blocage illégale approuvée par l’Assemblée nationale constituante en 2020. Cette loi révèle l’orientation néolibérale du gouvernement.

132. Une fois l’Assemblée nationale élue en décembre 2020, sous l’hégémonie totale du PSUV, celle-ci s’attelle à mettre en œuvre le plan de « réconciliation et de paix » avec l’opposition de droite et les organisations patronales. La première action de la nouvelle présidence du Parlement consiste à rencontrer la FEDECÁMARAS et à mettre en place une table ronde permanente. Par la suite, des alliances stratégiques sont nouées avec tous les secteurs du capital et les propriétaires terriens.

133. La position conciliante du gouvernement est un élément clé pour la mise en place des pourparlers au Mexique avec l’opposition de droite et des négociations publiques avec le gouvernement américain. Ces dialogues et accords se déroulent depuis des années de manière officieuse; la table ronde de Mexico vient les officialiser et leur donner un caractère public. La machine de propagande du gouvernement s’efforce de présenter les dialogues de Mexico et le début de l’assouplissement des sanctions illégales comme une victoire « anti-impérialiste ». Dans le même ordre d’idées, l’ajustement néolibéral qui assouplit les relations de travail, privatise les entreprises publiques et donne le feu vert à une nouvelle ouverture pétrolière, est présenté comme justifié au nom d’une stratégie « anti-impérialiste ».

Éléments clés du programme d’ajustement néolibéral du gouvernement du président Nicolás Maduro, de la direction du PSUV et de ses alliés.

134. La pierre angulaire du programme de relance économique de la « réconciliation nationale et de la paix », soutenu par l’impérialisme américain, est la politique du travail anti-ouvrière. Comme la spécificité nationale du processus d’accumulation du capital n’a pas changé et que les capitaux en activité restent caractérisés par leur faible productivité, le principal moyen de compenser les coûts élevés liés à leur faible échelle consiste à garantir l’accès à une main-d’œuvre bon marché. L’exploitation intensive et extensive d’une main-d’œuvre rémunérée en dessous de sa valeur est un mécanisme fondamental pour garantir des profits élevés aux capitalistes.

135. C’est la raison pour laquelle le gouvernement fixe le salaire minimum en bolivars, à un niveau dérisoire, bien loin de ce qui est nécessaire pour subvenir aux besoins fondamentaux. Parallèlement au salaire, les conventions collectives, les caisses d’épargne et les prestations sociales des travailleurs ont été démantelées, ce qui a encore davantage réduit le coût de la main-d’œuvre au profit du profit capitaliste. Le gouvernement a imposé une sorte de suspension des garanties constitutionnelles et légales pour la classe ouvrière. Les droits inscrits dans la Constitution et le droit du travail sont lettre morte; l’État lui-même, en étroite alliance avec le patronat, autorise des licenciements collectifs illégaux, bloque la création de syndicats de classe, refuse aux travailleurs le droit de se défendre devant les tribunaux et, sous prétexte de lutter contre « l’impérialisme », criminalise et réprime les luttes syndicales.

136. Parmi les autres mesures phares du gouvernement visant à attirer les capitaux, on peut citer le lancement d’un processus de privatisation des entreprises publiques, la restitution de terres et d’entreprises à leurs anciens propriétaires, ainsi que l’octroi de concessions pour l’exploitation de minerais stratégiques à des conditions préjudiciables au pays. Afin d’offrir des garanties supplémentaires aux profits des capitalistes, l’État promeut des politiques d’exonération fiscale, de libéralisation des prix et, dans certains cas, leur permet de s’appuyer sur les capacités opérationnelles de l’État. C’est cette dernière mesure que les entreprises de la bourgeoisie liées au gouvernement appliquent le plus : elles utilisent les actifs des entreprises publiques pour développer leurs activités économiques sans aucun coût.

137. Les subventions au secteur privé n’ont pas été supprimées. Celui-ci bénéficie toujours de l’achat de carburant à des prix préférentiels, de l’octroi de prêts publics spéciaux et de la cession de biens publics en concession. Le transfert de richesse le plus important dont bénéficie le capital privé est la politique de surévaluation de la monnaie par l’injection de devises publiques sur le marché des changes. De 2021 à mi-2022, le gouvernement a injecté 3 milliards de dollars. Cette politique de surévaluation commence déjà à nuire à la fragile reprise de la production non pétrolière destinée à l’exportation, que le gouvernement présentait comme la preuve de la fin du rentisme.

138. Parmi tous les processus de privatisation, le plus important et le plus controversé est celui du secteur pétrolier. Le gouvernement Maduro met en œuvre une nouvelle ouverture du secteur pétrolier. L’objectif déclaré du gouvernement est d’ouvrir le secteur aux investissements privés. Tout indique que nous sommes proches d’une réforme de la loi sur les hydrocarbures visant à lancer un processus de privatisation de l’industrie. La société américaine Chevron joue un rôle important dans la promotion des changements visant à transférer les activités primaires au secteur privé.

139. La guerre en Ukraine a fait pencher la balance en faveur des objectifs du gouvernement du président Nicolás Maduro visant à établir un dialogue direct avec le gouvernement américain. Maduro lui-même a publiquement exprimé l’intention de son gouvernement de mettre à disposition les réserves de pétrole et de gaz du Venezuela pour approvisionner les marchés américains et européens dans le contexte des prix élevés provoqués par la guerre en Ukraine. La nécessité pour l’impérialisme américain de freiner la hausse des prix du carburant sur le marché mondial l’amène à assouplir encore davantage les sanctions illégales pesant sur l’industrie pétrolière vénézuélienne. Au renouvellement des permis d’exploitation de Chevron s’ajoutent de nouveaux permis permettant aux compagnies pétrolières européennes de commercialiser du pétrole brut vénézuélien.

140. Mais ce ne sont pas là les seules mesures d’assouplissement des sanctions adoptées par les USA. Dès le début et à la suite des pourparlers, les USA ont levé les restrictions imposées au Venezuela en matière d’échanges commerciaux entre les deux pays. À mesure que les recettes pétrolières du Venezuela augmenteront grâce aux prix élevés actuels, la tendance sera à la normalisation des relations commerciales entre les deux pays. En 2021, les exportations et les importations entre les deux pays ont considérablement augmenté.

141. Le gouvernement de Maduro est en concurrence directe avec les partis de l’opposition de droite pour démontrer au capital privé national et étranger, mais surtout américain, qu’il est un garant de ses intérêts au Venezuela. Le gouvernement dirigé par la direction social-démocrate du PSUV est devenu le gendarme dont le capital avait besoin pour imposer le programme d’ajustement antipopulaire.

142. La direction néolibérale du gouvernement est en train de réaliser l’exploit historique d’appliquer des politiques antipopulaires et antinationales que les gouvernements de la droite traditionnelle n’ont pas pu mettre pleinement en œuvre en 40 ans de démocratie « Punto Fijo » : la cession de l’industrie pétrolière, la privatisation des entreprises publiques stratégiques et la déréglementation totale des relations de travail. D’où la reconnaissance dont il bénéficie chaque jour de la part des secteurs patronaux nationaux tels que la FEDECÁMARAS et des capitaux monopolistiques impérialistes.

X. Le processus de confrontation, de démarcation et de rupture avec la politique néolibérale, capitularde et antipopulaire.

143. Le PCV a toujours adopté une position critique à l’égard de la gestion des gouvernements du président Hugo Chávez et du président Nicolás Maduro, tout en participant au Grand Pôle patriotique. Cela se reflète dans les documents de nos congrès, les déclarations politiques du Comité central et du Bureau politique, ainsi que dans les publications de notre organe de presse Tribuna Popular, qui témoignent de la cohérence de la politique de notre organisation avec les intérêts de la classe ouvrière vénézuélienne et du mouvement populaire dans le cadre d’un processus politique semé de contradictions.

144. D’une manière générale, le gouvernement du président Nicolás Maduro se caractérise par la mise en œuvre des mesures d’ajustement économique liées à la chute des recettes pétrolières. Cependant, ce processus s’inscrit dans le cadre d’une ingérence féroce de l’impérialisme américain qui contribue à renforcer la polarisation entre, d’une part, les forces subordonnées aux USA et, d’autre part, la large alliance des forces anti-impérialistes. Même dans ce contexte, le PCV n’a cessé de jouer un rôle actif dans la critique des politiques antipopulaires du gouvernement et dans la promotion de luttes concrètes pour trouver une issue révolutionnaire à la crise.

145. Les profondes divergences du PCV avec la politique du travail régressive du gouvernement, la corruption dans la gestion des entreprises publiques et les reculs en matière de politique agraire nous amènent à subordonner notre soutien à la candidature du président Nicolás Maduro aux élections présidentielles de mai 2018 à la signature d’un accord-cadre unitaire pour une issue révolutionnaire à la crise. Le contenu de cet accord est l’engagement de revenir sur les politiques anti-ouvrières et de promouvoir des mesures révolutionnaires et de protection des droits sociaux du peuple face à l’aggravation de la crise et à l’agression impérialiste.

146. En août 2018, le gouvernement porte le premier coup à l’accord-cadre unitaire, avec le fameux plan de relance, de croissance et de prospérité économique dont nous avons déjà analysé les conséquences néfastes pour les travailleurs et le peuple en général. Le PCV a mené une campagne et une lutte acharnées contre les politiques anti-ouvrières découlant de ce plan.

147. Même dans le contexte de l’aggravation de l’agression impérialiste avec l’imposition des mesures coercitives unilatérales bien connues, le gouvernement a approfondi sa politique de capitulation et anti-populaire. La stratégie du gouvernement pour vaincre l’offensive impérialiste a consisté à accorder toutes sortes de concessions au capital monopoliste mondial afin d’obtenir sa reconnaissance et son acceptation. L’expression la plus aboutie de ce virage libéral manifeste a été l’adoption de la loi mal nommée « anti-blocus ».

148. Le virage néolibéral complet opéré par le gouvernement et sa rupture totale avec l’accord-cadre unitaire de 2018 ont été à l’origine de la création de l’Alternative populaire révolutionnaire (APR) en 2020 et de sa transformation en une proposition électorale indépendante destinée aux travailleurs et aux couches populaires qui luttent contre le caractère capitulard et antipopulaire de la politique gouvernementale. Le réformisme a cherché à minimiser l’importance de cet événement politique (l’émergence de nouvelles références pour le regroupement des forces ouvrières et populaires) en accusant le PCV de subordonner sa politique à un certain nombre de sièges au parlement.

149. La tendance capitularde du gouvernement se consolide avec l’officialisation des tables rondes avec l’opposition de droite. Ce processus donne au plan d’ajustement une forme plus nette en tant qu’expression du programme commun des deux fractions de la bourgeoisie pour relancer l’accumulation du capital. Le contenu néolibéral devient l’axe de l’offensive de la bourgeoisie dans son ensemble contre la classe ouvrière et les couches populaires.

150. La position du PCV est l’expression politique de la rupture définitive de la classe ouvrière avec un gouvernement à genoux devant le capital. L’union de l’opposition de droite et de la direction du PSUV autour d’un programme taillé sur mesure pour le capital mondial place la classe ouvrière vénézuélienne devant la nécessité de progresser dans son unité et son indépendance politique.

L’offensive contre le PCV et le mouvement ouvrier.

151. Le pacte entre élites et le virage néolibéral redéfinissent le champ des ennemis à combattre pour les dirigeants du gouvernement. Le programme de « réconciliation et de paix » place les partis de l’opposition de droite, les organisations patronales, les entreprises américano-européennes et, d’une manière générale, le capital transnational, parmi les alliances à entretenir et à renforcer. Les forces ennemies deviennent alors celles qui opposent une résistance au programme d’ajustement; c’est-à-dire le Parti communiste du Venezuela (PCV), les forces révolutionnaires à la base du PSUV, le mouvement ouvrier de classe et les autres forces sociales engagées dans les luttes anticapitalistes, en particulier contre le néolibéralisme.

152. Le paradoxe est que les attaques contre le PCV et le mouvement ouvrier de classe sont menées sous le couvert d’un faux discours socialiste et anti-impérialiste. Ils accusent le PCV de mettre en péril la « révolution » et de diviser l’« unité anti-impérialiste » dans un contexte d’intensification de l’ingérence impérialiste. Certains secteurs du mouvement populaire tombent dans ce piège et cette démagogie de la direction bourgeoise du PSUV. Mais les forces dotées d’une vision de classe et révolutionnaire plus claire peuvent voir nettement que ce discours n’est rien d’autre qu’une grossière manipulation idéologique.

153. Dans l’ensemble, la majorité de la classe ouvrière vénézuélienne est en mesure de reconnaître le caractère bourgeois des forces qui dirigent le PSUV et l’existence d’un accord entre le gouvernement, les partis de droite, les patrons et les USA. Il est impossible de dissimuler que la politique qu’ils mènent n’a pas pour but de repousser une quelconque agression impérialiste, bien au contraire; elle vise à garantir les intérêts des capitalistes et des puissances impérialistes. La manipulation de la fausse unité anti-impérialiste dans ce contexte ne peut exister que comme un chantage grossier visant à amener la classe ouvrière à accepter comme inévitable le précipice néolibéral.

154. C’est pourquoi personne n’est plus intéressé à maintenir la fausse polarisation idéologique entre le chavisme et l’opposition que la direction du gouvernement et ses nouveaux alliés de la droite pro-impérialiste. Les attaques contre le PCV, qui consistent à appliquer une censure des communications, à bloquer le droit de parole du PCV au parlement et à bafouer les droits politiques de la classe ouvrière à présenter ses propres candidatures lors des scrutins, ont pour but d’empêcher l’émergence d’une nouvelle référence de gauche qui incarnerait une action indépendante de la classe ouvrière, des paysans et des secteurs populaires face à l’avancée du capital sur leurs droits, et qui pourrait devenir une véritable alternative de changement.

155. Les atteintes aux droits électoraux, syndicaux et aux libertés politiques de la classe ouvrière se multiplient. Cela se manifeste dans le domaine des luttes syndicales par la suppression du droit de grève, les entraves à l’organisation syndicale de classe et la pratique systématique de la judiciarisation et de la criminalisation des luttes revendicatives des travailleurs. Dans le domaine des droits politiques, le Conseil national électoral (CNE) est devenu un instrument aveugle au service de l’arbitraire et de l’autoritarisme des dirigeants du gouvernement. En contradiction flagrante avec la Constitution et les lois qui le régissent, le CNE viole systématiquement les droits politiques du PCV et du peuple en général à chaque processus électoral. Le droit d’enregistrer des partis et d’inscrire des candidatures aux élections est en train de devenir un droit restreint aux accords politiques entre le gouvernement et les différents groupes de l’opposition de droite.

156. Dans cette optique, en entravant les droits des organisations ouvrières et populaires à participer aux processus électoraux, le CNE contribue à renforcer un système politique exclusif dominé par les blocs politiques hégémoniques de la bourgeoisie. Ce processus visant à ériger un nouveau système bipartite au service des classes dominantes se fait au mépris des droits de représentation des minorités consacrés par la Constitution vénézuélienne.

XI. L’indépendance et l’unité de la classe ouvrière

157. Alors que les deux factions politiques de la bourgeoisie resserrent leurs alliances pour mettre en œuvre l’ajustement économique, la classe ouvrière vénézuélienne reste imprégnée d’une fausse polarisation idéologique qui l’empêche de mener une action politique indépendante face à ses ennemis de classe. Les conditions matérielles dans lesquelles se reproduisent les différentes composantes de la classe ouvrière au Venezuela constituent la base sur laquelle s’opère la subordination de divers secteurs de la classe ouvrière aux deux fractions hégémoniques de la bourgeoisie.

158. Le renforcement des mécanismes de contrôle social exercés par le gouvernement, principalement sur la population ouvrière au chômage (surplus par rapport aux besoins d’accumulation du capital) et sur les travailleurs actifs du secteur public, sert à maintenir sa domination sur de larges masses de travailleurs et de couches populaires qui assurent leur subsistance matérielle grâce aux programmes sociaux d’assistance insuffisants du gouvernement. La direction du PSUV utilise ouvertement l’appareil d’État et les ressources de l’État pour exercer un contrôle sur les secteurs de la population les plus appauvris et les plus dégradés par la crise. L’influence du gouvernement sur cette population ouvrière s’est amenuisée à mesure que la politique néolibérale impose des coupes drastiques dans les dépenses sociales. C’est dans le secteur des fonctionnaires que l’on observe la réaction la plus forte contre la politique néolibérale du gouvernement, conséquence des effets de la politique salariale régressive.

159. La bourgeoisie traditionnelle, représentée par les partis d’opposition de droite, perd également du terrain en termes d’influence idéologique sur certains secteurs de la classe ouvrière. Historiquement, les segments de la classe ouvrière qui se sont laissés entraîner par les intérêts de cette bourgeoisie sont ceux dont la reproduction matérielle s’effectue avec une relative indépendance vis-à-vis du gouvernement; il s’agit donc majoritairement de travailleurs des entreprises privées à capitaux nationaux et étrangers. Les défaites successives de l’opposition de droite, l’impact négatif des sanctions illégales, la méfiance croissante envers les dirigeants politiques de droite et les violations de plus en plus fréquentes des droits des travailleurs et travailleuses au service de nombreuses entreprises privées comptent parmi les causes du déclin de l’influence de ce secteur de la droite sur les travailleurs et travailleuses. Cependant, le dernier scrutin régional continue de montrer un soutien significatif de la part de certains secteurs de la main-d’œuvre à ces forces.

160. L’usure de la confrontation politique entre les deux blocs de la bourgeoisie renforce l’émergence de formes de conscience qui se déclarent indifférentes à la lutte politique en général. Selon des sondages récents, plus de 60 % des personnes interrogées ne s’identifient à aucun des deux blocs politiques hégémoniques. Il apparaît clairement que les travailleurs et les masses populaires en général cherchent des issues à la crise en marge de la polarisation idéologique, sans que cela signifie pour autant une rupture avec le réformisme bourgeois. L’absence d’organisation et de conscience de classe chez les travailleurs des villes et des campagnes en fait des proies faciles pour les nouvelles supercheries orchestrées par les partis bourgeois.

161. Enfin, au milieu de la polarisation idéologique et de la montée de l’indifférence politique parmi les masses ouvrières et populaires, une avant-garde de travailleurs émerge et se développe, qui affronte le gouvernement et les capitalistes en défendant ses intérêts immédiats. Ce processus se traduit encore par des luttes revendicatives, mais comporte en son sein des éléments de classe qui marquent une avancée vers l’organisation d’une action politique consciente et indépendante de la classe ouvrière, non seulement pour résister à l’offensive néolibérale du capital, mais aussi comme une alternative potentielle de pouvoir ouvrier-populaire face à la domination bourgeoise.

162. L’action syndicale et politique indépendante de la classe ouvrière, visant à défendre ses propres intérêts, est une condition nécessaire pour vaincre l’offensive néolibérale. Tant que la classe ouvrière restera sous l’influence du réformisme bourgeois ou dominée par une conscience dépolitisée, elle ne pourra ni faire échouer le plan de destruction des droits du travail et des droits populaires, ni se fixer pour objectif son émancipation définitive.

163. De même, à l’heure où la fraction bourgeoise au pouvoir et son gouvernement mènent un processus de déstructuration, de fragmentation et d’affaiblissement organique de la classe ouvrière, il est nécessaire d’envisager d’avancer vers l’unification totale de notre classe.

164. Comme nous le savons, les classes dominantes ont toujours cherché, historiquement, à diviser objectivement et subjectivement les travailleurs et les travailleuses, dans le but d’empêcher l’émergence d’un puissant mouvement ouvrier doté d’une conscience de classe, capable de jouer un rôle révolutionnaire. Et elles y sont parvenues dans une large mesure, notamment en opérant des distinctions entre ceux qui effectuent des tâches manuelles et ceux qui effectuent des tâches intellectuelles, entre ceux qui constituent une main-d’œuvre qualifiée et spécialisée et ceux qui ne le sont pas; en établissant des différences normatives, tant corporatives que légales, dans la gestion des relations de travail et en favorisant différentes formes de regroupements et d’organisations entre les uns et les autres (syndicats pour les uns, associations professionnelles pour les autres), ce qui se reflète également dans la subjectivité des divers secteurs de travailleurs. C’est ainsi qu’ils ont par exemple réussi à instaurer la grande division entre ouvriers et employés, qui s’est accentuée avec le développement scientifique et technique. Les partis socio-réformistes et le syndicalisme déclassé ont servi à cette fin.

165. La tâche primordiale du Parti communiste consiste à tout mettre en œuvre pour parvenir à l’unité réelle de la classe ouvrière, ce qui passe avant tout par l’unification de son effort politique, organisationnel et de masse dans le travail mené par les organes du Parti et ses fronts de masse auprès de l’ensemble des travailleurs et travailleuses, indépendamment du métier ou de la profession de chaque secteur et quel que soit l’employeur auquel ils vendent leur force de travail (public ou privé), ni de la branche sectorielle/industrielle/professionnelle à laquelle ils appartiennent; évidemment, cela n’exclut pas les particularités opérationnelles dans l’attention portée à certains secteurs, mais dans un esprit d’unité de classe.

166. Nous partons du principe léniniste selon lequel, dans le militantisme communiste, il n’y a ni différenciation professionnelle, ni statut spécial conférant davantage de droits ou de privilèges à certains au détriment d’autres au sein du parti du prolétariat. De même, dans le mouvement ouvrier et syndical en général, il faut tendre vers l’unité de tous ceux qui vendent leur force de travail sans distinction et qui ont donc les mêmes besoins de se libérer de l’exploitation et de l’oppression capitalistes. Ce besoin est d’autant plus grand en cette période de crise capitaliste aiguë et de développement, par la bourgeoisie et son État, de politiques visant à imposer la déréglementation du travail et la destruction des capacités de lutte de l’ensemble de la classe ouvrière.

XII. La situation spécifique de la classe ouvrière et des couches populaires

Le mouvement ouvrier et syndical

167. Comme nous l’avons amplement démontré, la classe ouvrière dans toutes ses composantes (ouvriers qualifiés, ouvriers manuels et chômeurs) est la plus durement touchée par la gestion libérale de la crise. C’est sur la destruction des droits de la classe ouvrière que repose la fameuse « reprise économique ». L’intensification de l’exploitation de la main-d’œuvre au profit du profit capitaliste repose sur un double fondement : la perte ou l’affaiblissement des droits individuels et économiques (salaire, conventions collectives, prestations sociales, caisses d’épargne, fonds de pension, allongement du temps de travail, licenciements ouverts et simulés, déréglementation du marché du travail, abandon de la santé et de la sécurité au travail) et la restriction systématique des droits collectifs et politiques de la classe ouvrière afin de la laisser sans défense, en la désarmant organiquement et politiquement, comme nous l’avons déjà analysé précédemment.

Renforcer le syndicalisme de classe dans le cadre d’une large unité d’action : relancer la CUTV, consolider le FNLCT

168. Dans un contexte d’intensification de la lutte des classes au Venezuela et face à une grave crise de direction syndicale au sein du mouvement des travailleurs et travailleuses, nous avons, depuis le milieu de l’année 2014, impulsé et soutenu le processus de construction et de développement du Front national de lutte de la classe ouvrière (FNLCT), avec la participation active du Courant de classe des travailleurs et travailleuses « Cruz Villegas », aux côtés de diverses expressions d’organisation et de lutte de la classe ouvrière vénézuélienne, ce qui constituait une orientation expresse de la 13e Conférence nationale d’organisation et des masses « Pedro Ortega Díaz » (8, 9 et 10 août 2014).

169. Cependant, face au besoin croissant de la classe ouvrière vénézuélienne de disposer d’un centre de direction syndicale de classe, qui assume de manière cohérente la défense des droits du travail et qui puisse exercer une représentation authentique et légitime des travailleurs et travailleuses organisés sur les scènes nationales et internationales, en combattant les tendances syndicales patronales et déclassées et en contribuant à la formation de la conscience de classe des masses travailleuses, à travers une lutte unitaire, organisée, solidaire et internationaliste contre le système capitaliste – dans le cadre d’un processus d’accumulation des forces ouvrières, paysannes, communautaires et populaires –, la 15e session plénière du Comité central (2019) a décidé d’orienter la réactivation et la relance de la Centrale unitaire des travailleurs du Venezuela (CUTV), sans porter atteinte à l’existence du FNLCT, qui devra continuer à se construire et à se développer dans tout le pays, avec les caractéristiques larges qui le définissent et qui lui confèrent le statut d’instrument précieux et pertinent de lutte unitaire.

170. Ce 16e Congrès réaffirme cette décision et souligne la nécessité pour toutes les structures organiques du PCV et de la JCV d’assumer cette tâche, qui incombe bien sûr, sur le plan opérationnel, à la Commission nationale du mouvement ouvrier et syndical et aux fronts de masse spécifiques du Parti pour le travail politico-syndical parmi les masses travailleuses.

171. Les difficultés rencontrées dans le processus de relance et de redynamisation de la CUTV dans le contexte actuel de notre pays sont nombreuses. À commencer par les violations graves et flagrantes de la liberté syndicale commises par le gouvernement national, lorsque le ministère du Travail refuse d’accorder l’enregistrement légal aux syndicats organisés ou promus par notre Courant Classiste ou par tout secteur ou groupe de travailleurs et travailleuses qui n’acceptent pas la condition préalable d’adhésion à la CBST, une organisation déclassée et pro-gouvernementale; la seule flexibilité dont a fait preuve ce gouvernement, en matière d’enregistrement des organisations syndicales non affiliées à la CBST, est en faveur de tendances syndicales déclassées liées à la droite d’opposition, comme dans le cas de la centrale syndicale ASI qui, aux côtés de la direction de la CTV, exprime essentiellement, sur le plan syndical, la conciliation des classes et le pacte des élites que le gouvernement et les partis de l’opposition réactionnaire ont établi pour donner une légitimité apparente à la politique néolibérale en cours.

172. D’autre part, il y a le discrédit généralisé dont souffrent les centrales syndicales au Venezuela auprès des travailleurs et travailleuses, qui ne reçoivent pas de ces structures l’attention dont ils ont besoin face aux problèmes aigus et croissants auxquels ils sont confrontés dans le contexte de l’offensive patronale et gouvernementale visant à démanteler les droits. Pour la plupart des travailleurs et travailleuses, les centrales syndicales sont dirigées par des élites bureaucratiques déconnectées de la réalité de la classe ouvrière, et c’est effectivement le cas des centrales syndicales du système, tant celle du gouvernement (CBST) que, de manière générale, celles dirigées par la droite d’opposition.

173. Cependant, il existe également des obstacles que nous devons surmonter pour mener à bien cette tâche fondamentale, notamment le lien insuffisant entre notre Parti et les masses travailleuses, une situation qui s’aggrave et nous porte gravement préjudice à un moment où le gouvernement et les courants anticommunistes dominants tendent un piège médiatique et politique contre le PCV. Dans le cas concret de la relance de la CUTV, nous sommes affectés par la longue période d’inactivité organisationnelle de la centrale syndicale de classe, qui trouve son origine essentiellement dans une décision politique (discutée avec les militants du cutévisme) prise au début du gouvernement d’Hugo Chávez, lorsque nous avons privilégié l’objectif d’unir toutes les forces syndicales de l’alliance patriotique et antinéolibérale pour construire une nouvelle centrale ouvrière qui supplanterait la CTV alors hégémonique, ce qui nous a même conduits à sacrifier les bases syndicales des fédérations de la CUTV et à désactiver cette centrale en tant que référence organisée du classisme au Venezuela.

174. Malgré toutes ces situations externes et internes, la réalité objective s’impose : les immenses besoins des masses travailleuses et leur instinct de classe sans équivoque, qui, dans l’état général d’impuissance où elles se trouvent, manifestent continuellement leur volonté de lutter et expriment un vif intérêt à se regrouper au sein d’organisations agissant en totale indépendance et autonomie face au capital, à l’État et aux partis bourgeois.

175. La double tâche, étroitement liée, consistant à redynamiser la CUTV et à renforcer le FNLCT pourrait trouver des perspectives prometteuses dans le processus d’élargissement de l’unité d’action syndicale que nous avons engagé et que nous devons, à partir de ce Congrès, faire progresser avec davantage de conviction et d’efficacité.

Les paysans et les travailleurs agricoles

176. L’accumulation accélérée de richesses par les hauts fonctionnaires du gouvernement et les hauts gradés de l’armée, par le biais de la corruption et des affaires d’État, a entraîné de profonds changements dans les rapports de propriété dans les campagnes vénézuéliennes. L’ancienne classe des propriétaires terriens et des capitalistes agraires du pays a été progressivement remplacée par de nouveaux propriétaires terriens formés sous l’égide du gouvernement.

177. Toutes les modestes avancées obtenues grâce à la loi foncière ne se sont pas concrétisées en projets fructueux de relance de la production agricole dans le pays. Il est important de souligner que la politique agraire du gouvernement s’est essentiellement concentrée sur la récupération de parcelles de terres appartenant à l’État qui avaient été illégalement accaparées par les propriétaires fonciers, sans pour autant modifier la structure fondamentale du latifundisme dans le pays. Les rares terres qui ont effectivement fait l’objet d’une expropriation au détriment des grands propriétaires fonciers n’ont pas été mises en production, restant ainsi dans un état de friche plus important que lorsqu’elles étaient sous le contrôle des propriétaires fonciers.

178. Le retard de la production agricole dans le pays trouve notamment son origine dans les possibilités d’enrichissement parasitaire qu’offre aux grands propriétaires terriens et aux capitalistes agricoles le mode spécifique d’accumulation du capital au niveau national. Ceux-ci commettent systématiquement une fraude à l’égard de la nation en sollicitant d’importants crédits publics, en utilisant leurs biens fonciers comme garantie, pour ensuite affecter cet argent à d’autres fins et ne jamais rembourser le crédit obtenu.

179. Avec le pacte des élites et le virage néolibéral du gouvernement, la politique de restitution des terres aux anciens latifundistes ou de leur cession aux nouveaux propriétaires du monde rural vénézuélien s’est intensifiée. Les politiques de répression et de criminalisation des luttes des paysans et des travailleurs agricoles pour le droit à la terre se sont ainsi renforcées.

180. Les liens étroits entre les nouveaux grands propriétaires terriens et les capitalistes agricoles, d’une part, et les forces armées, les organes répressifs de l’État vénézuélien et les tribunaux, d’autre part, accélèrent le pillage des terres par les grands propriétaires dans les campagnes vénézuéliennes, s’accompagnant d’abus de pouvoir, de violations des garanties procédurales et d’atteintes aux droits humains de la population paysanne.

181. Les luttes paysannes menées et soutenues par le PCV sont emblématiques; elles ont mis en évidence l’alliance étroite entre le gouvernement et les grands propriétaires terriens et les capitalistes agricoles, ainsi que la politique de criminalisation et de poursuite judiciaire des luttes paysannes. L’assassinat du camarade Luis Fajardo, dirigeant du mouvement paysan et membre du Comité central du PCV, est l’un des nombreux cas de militants paysans assassinés par l’offensive des grands propriétaires terriens, en collaboration avec les mafias infiltrées dans les forces répressives de l’État.

182. Ces grands propriétaires terriens et capitalistes agricoles, bien qu’ils soient les instigateurs de la sortie de la production nationale par la contrebande, sont les bénéficiaires des politiques de relance du gouvernement, tandis que les petits producteurs doivent faire face à tous les obstacles imposés par la crise du secteur, la corruption et les mafias.

183. Le latifundisme reste intact au Venezuela; il n’a fait que passer de mains en mains. La crise de l’industrie pétrolière a déchaîné la cupidité des propriétaires terriens et des capitalistes agricoles, avides de contrôler les meilleures terres, faisant reculer les maigres acquis des paysans et imposant la loi du plus fort dans les campagnes vénézuéliennes. 184. Le mouvement paysan est très affaibli et divisé. Une frange opportuniste alignée sur le gouvernement, et donc alliée aux nouveaux grands propriétaires terriens, garde le silence face à l’ampleur de la violence des propriétaires fonciers contre les paysans. En échange des miettes qu’ils obtiennent du gouvernement, ils cherchent à neutraliser la solidarité des paysans et des travailleurs agricoles, et à les empêcher de coordonner leurs luttes à l’échelle nationale.

185. Le PCV, à travers le Courant paysan de classe « Nicomedes Abreu », a pour tâche de mener un travail d’organisation et d’unité du mouvement paysan et des travailleurs agricoles, en vue de constituer un puissant mouvement national qui se dresse contre l’offensive des grands propriétaires terriens et du capital agricole.

Jeunes et étudiants

186. Les jeunes en général, et surtout les étudiants, ont été durement touchés par la crise du capitalisme rentier, l’agression impérialiste et l’austérité néolibérale mise en place par le gouvernement. À commencer par le fait concret que la crise a entraîné une suppression massive d’emplois, empêchant des millions de jeunes de vendre leur force de travail à l’intérieur du pays. Cette situation a conduit à une migration massive de jeunes en âge de travailler vers l’étranger, à la recherche de meilleures conditions pour vendre leur force de travail afin de pouvoir subvenir à leurs propres besoins matériels et soutenir leurs familles au Venezuela.

187. Les jeunes qui restent dans le pays sont confrontés à la surexploitation capitaliste des emplois précaires, à des salaires insuffisants et à la flexibilisation du marché du travail autorisée par le gouvernement. La situation de précarité des familles ouvrières oblige les jeunes Vénézuéliens à choisir dès leur plus jeune âge entre travailler ou étudier. Cette réalité, conjuguée à la quasi-suppression du budget public consacré à l’éducation, entraîne un décrochage massif des jeunes à tous les niveaux du système éducatif. L’emploi des jeunes au Venezuela se caractérise par un faible niveau de qualification, de longues journées de travail de 9 à 12 heures par jour, l’absence de droits contractuels et des salaires inférieurs à la moyenne du secteur privé.

188. Le caractère inefficace et parasitaire du capital privé, le faible niveau de qualification de l’emploi interne et l’augmentation du nombre de chômeurs font disparaître la nécessité pour le capital d’investir dans le développement des compétences productives de la population ouvrière par le biais du système éducatif public. C’est l’État, en tant que représentant politique du capital global, qui s’est chargé de mettre en œuvre la liquidation de facto du système éducatif par la quasi-suppression du budget public et l’abandon des établissements scolaires. La plupart des infrastructures des écoles techniques, des lycées et des universités publiques vénézuéliennes sont inactives et saccagées. La situation du système éducatif vénézuélien est le meilleur reflet du retard économique du pays.

189. Les jeunes sont confrontés à la suppression de facto du droit à une éducation publique, gratuite et de qualité. Les étudiants actifs, en particulier, luttent pour accomplir l’exploit de mener à bien leur formation académique au sein d’un système éducatif qui a supprimé le droit aux bourses, aux transports, aux cantines, aux bibliothèques, aux laboratoires et à l’assistance médicale, et face à une dollarisation de l’économie qui rend impossible de se consacrer exclusivement à ses études. L’éducation est aujourd’hui un privilège réservé à quelques-uns au Venezuela.

190. La destruction de l’enseignement public entraîne un renforcement de l’enseignement privé et un abandon massif des jeunes des salles de classe. La faillite du système éducatif s’impose silencieusement pour ouvrir la voie à sa privatisation.

191. La pauvreté, l’insécurité alimentaire, le chômage des jeunes, les emplois précaires, la destruction de l’enseignement public et l’aggravation des inégalités sociales font des jeunes les plus vulnérables une source de recrutement pour l’essor des gangs criminels qui opèrent dans les quartiers populaires. Les armées du crime organisé se nourrissent de la situation de détresse des jeunes issus de familles ouvrières appauvries. Les jeunes Vénézuéliens sont les principales victimes d’un système économique qui leur refuse le droit d’exister dans la dignité.

192. La situation devient encore plus complexe pour les jeunes et les étudiants en raison de leur faible niveau d’organisation politique et syndicale. L’hégémonie de la droite et du réformisme gouvernemental au sein des organisations syndicales étudiantes a semé le désespoir chez les jeunes et la méfiance envers la lutte politique. Il en a résulté une dépolitisation croissante de la jeunesse et la quasi-extinction de ses organisations syndicales.

193. La Jeunesse communiste du Venezuela (JCV) et le Front étudiant Livia Gouverneur (FELG) ont une grande responsabilité dans la reconstruction du mouvement de la jeunesse et des étudiants vénézuéliens. La lutte contre les politiques de privatisation, la destruction de l’enseignement public, la précarité de l’emploi, la normalisation des bas salaires et la répression policière dans les quartiers populaires n’est pas possible sans des organisations puissantes et des syndicats de masse.

194. La JCV doit promouvoir une large organisation des jeunes, renouer avec la présence dans les syndicats étudiants et construire ses courants de classe. Les jeunes et les étudiants doivent reprendre l’action unitaire et de masse dans les établissements d’enseignement pour la défense du droit à l’éducation publique et, sur les lieux de travail, créer des organisations syndicales pour mener la lutte contre les employeurs privés et publics pour leurs droits.

Femmes travailleuses

195. La crise a mis en évidence que les conditions de discrimination, de violence, d’injustice et de surexploitation imposées aux femmes vénézuéliennes par le capitalisme rentier restent intactes. De plus, le caractère arriéré de la base économique aggrave les privations matérielles et quadruple la durée de la journée de travail des femmes, afin de subvenir aux besoins fondamentaux de la famille et de s’occuper des personnes malades ou âgées; ce qui les conduit à effectuer : i) un travail reproductif non rémunéré; ii) le travail rémunéré; iii) le travail informel (pour pouvoir accumuler davantage de ressources et survivre) et iv) le travail politique et/ou communautaire, ce dernier s’exerçant dans la plupart des cas dans les quartiers populaires.

196. Sur le marché du travail, les femmes souffrent du taux de chômage le plus élevé et le fait d’être une femme continue d’être une raison pour leur verser des salaires plus bas et leur imposer des journées de travail plus longues; en 2021, le taux d’activité des femmes était de 49,7 % tandis que celui des hommes était de 71,5 %. Il y a eu un brusque ralentissement. De nombreuses femmes qui ont besoin et souhaitent travailler n’ont pas pu le faire en raison de la charge des tâches domestiques (11,8 %) (selon les données de la CEPAL, dans son rapport sur L’autonomie économique des femmes dans la reprise durable et égalitaire, daté du 10/02/2021).

197. Les droits garantis par la loi aux femmes enceintes constituent aujourd’hui un obstacle à l’accès à l’emploi. Dans le cadre de sa politique visant à offrir des garanties totales au capital privé, le gouvernement a commencé à démanteler certains droits, comme la réduction des durées d’allaitement, et fait la sourde oreille aux plaintes des femmes.

198. La violence à l’égard des femmes, à toutes les étapes de leur vie, s’est aggravée; la violence au travail et de la part des employeurs, la traite des êtres humains (exploitation sexuelle et par le travail) et l’abandon des femmes adultes ont augmenté de manière exponentielle. Autre caractéristique actuelle de la crise, les cas de féminicides se multiplient et les instances judiciaires se montrent incapables de faire respecter les droits des femmes.

199. En ce qui concerne le phénomène de la traite des femmes à des fins sexuelles, une évaluation ou une étude de perception sur ce sujet a été menée par l’ONG CEDESEX, qui estime qu’il y a 20 victimes non identifiées pour chaque cas identifié; 48 % sont victimes d’exploitation sexuelle; 36 % font l’objet d’une traite à des fins de travail forcé; 70 % sont des femmes et des filles et 30 % sont des garçons. En ce qui concerne les caractéristiques propres au délit, le mode opératoire et les itinéraires de traite, les informations sont rares. Toutefois, les itinéraires suivants se distinguent particulièrement : Güiria / Sucre – Trinité-et-Tobago. Tucupita / Delta Amacuro – Trinité-et-Tobago. Falcón – Aruba. Falcón – Curaçao. Bolívar – Brésil. Caracas – Chine. La principale route migratoire vénézuélienne, qui passe par les États de Zulia, Táchira et Apure vers le territoire colombien avec diverses destinations, notamment la Colombie, le Pérou et l’Équateur, est quant à elle totalement absente… »

200. Une autre caractéristique actuelle de la crise qui sévit au sein de l’État vénézuélien est l’absence de chiffres officiels dans tous les domaines, en particulier en ce qui concerne les données sur la morbidité et la mortalité des femmes liées à la violence sexiste. Les organisations féministes ont mis en place différentes méthodes de collecte d’informations afin de disposer d’indicateurs de base sur la violence à l’égard des femmes. L’une de ces plateformes est Utopix, d’où nous tirerons les données les plus récentes : nous constatons qu’en 2020, les féminicides ont augmenté de manière alarmante pour atteindre 1 féminicide toutes les 34 heures, contre 1 féminicide toutes les 72 heures en 2016. En 2021, la moyenne était de 1 féminicide toutes les 36 heures. Cette année 2022, la moyenne est de 1 féminicide toutes les 37 heures.

201. La détérioration de la santé des femmes, des droits sexuels et reproductifs; la saturation et les défaillances des réseaux hospitaliers, qui existaient déjà avant la pandémie; le taux récurrent de morbidité et de mortalité maternelles dues à des causes évitables; les soins prénatals, périnatals et postnatals. La crise s’est aggravée dans les centres de santé, notamment en raison du manque de matériel essentiel aux soins, du manque de personnel spécialisé, de gynécologues, d’obstétriciens et d’infirmières (qui émigrent); les maladies telles que le cancer (du sein, du col de l’utérus) chez les femmes sont en augmentation. Le taux élevé de grossesses précoces exige la mise en place d’un système public de prise en charge, tel que des crèches gratuites sur les lieux de travail et d’étude, afin de favoriser le maintien des mères adolescentes dans l’emploi et la scolarité. La crise structurelle du système capitaliste a affecté le système de santé à tel point que la décomposition sociale imprègne les principes éthiques et les valeurs morales de certains secteurs du personnel de santé, où l’on observe des pratiques souvent déshumanisées liées aux droits sexuels et reproductifs des femmes, notamment en matière d’avortement et de violence obstétricale.

202. Dans notre pays, le nombre de jeunes femmes décédées à la suite de fautes professionnelles commises lors d’avortements clandestins a augmenté; l’illégalité de l’interruption de grossesse transforme un acte relevant d’une décision personnelle en un acte criminel, donnant lieu à un commerce lucratif qui prive les femmes pauvres de leur droit à la santé et les expose à de graves conséquences. L’interruption de grossesse a une longue histoire d’interdiction qui ne fait que rendre sa pratique dangereuse et risquée, donnant lieu à un commerce lucratif qui prive les femmes pauvres de leur droit à la santé et les expose à de graves conséquences, voire à la mort. (Dans notre pays, le nombre de jeunes femmes décédées à la suite de mauvaises pratiques liées aux avortements clandestins a augmenté.) L’illégalité de l’interruption de grossesse transforme un acte de décision personnelle en un acte criminel. C’est pourquoi, aujourd’hui, par le biais de la Campagne nationale « La Ruta Verde », à laquelle participe le MMCZ, nous avons proposé à l’État vénézuélien l’abrogation des articles 430, 431, 433 et 434 du code pénal en vigueur. L’un des éléments qui a influencé les décisions relatives aux politiques publiques et aux droits sexuels et reproductifs des femmes est le conservatisme et la religiosité au sein des institutions de l’État vénézuélien.

203. L’offensive néolibérale menace de balayer les droits acquis par les femmes vénézuéliennes. À cet égard, il est essentiel que le Mouvement des femmes Clara Zetkin devienne une puissante organisation de masse capable de mener les luttes des travailleuses vénézuéliennes contre l’offensive du capital, le conservatisme de la société et pour les droits fondamentaux.

Les secteurs populaires des communautés

204. La réduction brutale des investissements sociaux résultant de la chute des recettes pétrolières, la priorité accordée au remboursement de la dette extérieure, le désinvestissement systématique qui a démantelé l’appareil productif, les sanctions impérialistes illégales, ainsi que l’ajustement économique du gouvernement, se traduisent par une détérioration croissante des services publics, du ramassage des ordures, des transports, des travaux d’infrastructure, des services médicaux et des programmes sociaux dans les quartiers et les communautés où réside la population ouvrière. Les salaires précaires et l’absence de programmes de logement accessible aux familles de travailleurs aggravent les problèmes de surpeuplement et d’insalubrité dans les zones populaires.

205. C’est dans les quartiers populaires que la crise des services publics frappe le plus fort, avec des coupures constantes d’électricité, d’eau et d’Internet, ainsi que des difficultés d’accès au gaz domestique.

206. La pauvreté, la misère et les conditions de vie de survie se sont aggravées dans les quartiers populaires. Presque tous les programmes sociaux du gouvernement ont été supprimés en raison de la réduction des dépenses publiques, et ceux qui subsistent sont centralisés et gérés par le parti au pouvoir comme un outil de contrôle social sur la population. La pauvreté, le chômage et les salaires précaires ont déclenché les fléaux de la prostitution, de l’abandon des enfants, de la faim, de la malnutrition, de la violence domestique et de la réapparition d’épidémies endémiques. Les quartiers les plus pauvres deviennent en outre des zones de guerre entre bandes criminelles pour le contrôle des activités illégales, et l’épicentre de la répression et des abus policiers.

207. L’organisation de la communauté en communes et en conseils communaux a perdu de son élan. La majorité de la population ne participe pas à ces organisations. Le contrôle exercé par le gouvernement sur ce type d’organisations ne suscite pas la confiance de la population, les transformant en coquilles vides. S’il est vrai qu’il existe des expériences réussies d’organisation communautaire, celles-ci constituent l’exception. D’une manière générale, le contrôle gouvernemental sur les conseils communaux et les communes empêche ces derniers d’acquérir un caractère massif et de s’orienter vers les intérêts réels des communautés. Les conseils et les communes finissent souvent par opposer les familles de travailleurs dans la course à l’accès aux programmes d’assistance du gouvernement. Ces espaces, servant les fins prosélytes du gouvernement, pratiquent l’exclusion à l’encontre des familles ouvrières ayant des positions critiques.

208. Le PCV et son organisation communautaire doivent concentrer leurs efforts sur la mobilisation des familles de travailleurs dans leurs quartiers. La détérioration des conditions de vie au sein des communautés et la résurgence des fléaux sociaux engendrés par la pauvreté exigent du PCV qu’il joue un rôle de premier plan dans la réorganisation des luttes communautaires. Les communautés sont le lieu idéal pour entrer en contact avec la population sans emploi et l’organiser. Il faut promouvoir des formes d’organisation communautaires et de quartier qui impliquent véritablement les familles de travailleurs dans la lutte pour l’amélioration et la défense des services publics et de la qualité de vie. De même, il est urgent de mener des actions fondées sur la solidarité pour faire face aux fléaux qui frappent les familles de travailleurs les plus pauvres.

Les peuples autochtones

209. S’il est vrai que, grâce à la nouvelle Constitution de 1999 et aux lois qui en découlent, les peuples autochtones du Venezuela ont obtenu des avancées importantes, nombre d’entre elles sont restées lettre morte et d’autres sont progressivement écrasées par la progression des intérêts des grands propriétaires terriens et des capitaux miniers.

210. L’engagement du gouvernement envers les peuples autochtones ne va pas au-delà de la démagogie consistant à remplacer les noms espagnols par des noms autochtones, à ériger des monuments et à maintenir l’apparence d’un ministère des Affaires autochtones qui ne fait que mener une politique en faveur des groupes minoritaires sans s’attaquer aux problèmes cruciaux des peuples autochtones.

211. La grande majorité des ethnies autochtones vénézuéliennes sont exclues et leurs revendications en matière de droits sont ignorées. Cela s’explique par le fait que les territoires des peuples autochtones font l’objet d’un conflit d’intérêts entre les multinationales minières, les grands éleveurs et les groupes armés illégaux. Dans ce conflit, les dirigeants du gouvernement et les mafias militaires se sont rangés du côté du pouvoir économique, favorisant ainsi l’action prédatrice de ces groupes sur la nature et les conditions de vie de la population autochtone.

212. Depuis 2013, 13 autochtones de l’ethnie Yukpa ont été assassinés par des tueurs à gages au service des éleveurs et des entreprises minières, sans qu’il y ait eu d’enquête ni de poursuites contre les commanditaires de ces crimes. Les cas les plus emblématiques sont l’assassinat du dirigeant autochtone, le cacique Yukpa Sabino Romero, et de Cristóbal Fernández, ainsi que l’enlèvement de Marys Fernández, ces deux derniers crimes ayant été perpétrés par les forces de sécurité de l’État.

213. Le revirement définitif du gouvernement en faveur des intérêts du capital privé ne manquera pas d’aggraver les conflits avec les communautés autochtones. La complaisance du gouvernement envers les entreprises minières et les éleveurs se traduira par une offensive encore plus agressive du capital contre les droits des peuples autochtones et l’environnement. L’arc minier de Guayana est l’exemple le plus honteux de complaisance et de déréglementation de l’État en faveur de la destruction de l’environnement et des droits des ethnies autochtones par l’exploitation minière. La même chose se produit à Perijá avec l’extraction du charbon.

214. Le PCV doit mettre en œuvre un plan spécial pour accompagner les luttes des peuples autochtones contre la voracité des multinationales minières, des éleveurs et de leurs partenaires au sein de l’appareil d’État. Il faut intensifier la dénonciation des crimes commis contre les droits des peuples autochtones et l’environnement, et renforcer la solidarité des travailleurs, des chercheurs, des étudiants et des secteurs populaires en général.

XIII. Large unité d’action ouvrière, paysanne, communautaire et populaire contre l’ajustement néolibéral et les agressions impérialistes.

215. Les luttes ouvrières et populaires qui ont lieu jusqu’à présent – à quelques exceptions près – sont généralement isolées, dispersées et faibles. Cependant, des regroupements d’organisations et de mouvements, notamment syndicaux et professionnels (comme l’Espacio Sindical Unitario), ont vu le jour; ils élaborent un programme de mobilisations, d’événements et d’actions de rue, avec une présence très visible de dirigeants syndicaux et professionnels de la droite d’opposition, mais aussi avec la participation de dirigeants ouvriers, d’activistes populaires, de militants de gauche et de représentants du syndicalisme de classe regroupés au sein du FNLCT, de la CUTV et d’autres organisations. Bien qu’en général, jusqu’à présent, ils n’aient pas fait preuve d’une grande capacité de mobilisation, certaines actions ont néanmoins réussi à rassembler une foule relativement importante et à faire preuve d’une combativité évidente.

216. Dans ces espaces d’unité dans l’action, tant au niveau national que régional, s’engage une inévitable lutte pour l’influence et le leadership sur les masses; les courants déclassés et antirévolutionnaires tentent d’imposer leur prédominance (en s’appuyant sur une certaine puissance organisationnelle et logistique) face aux tendances de classe et cohérentes (bien qu’affaiblies), sans compter la présence notable de secteurs syndicaux opportunistes qui privilégient de manière excessive les leaderships individualistes au détriment des directions collectives de classe.

217. Face à la destruction effrénée des droits menée par le gouvernement national et à la mise en œuvre d’un plan d’intimidation violente à l’encontre de ceux qui résistent aux politiques anti-ouvrières et antipopulaires, il est évident qu’il faut unir au maximum nos efforts pour relancer les luttes de la classe ouvrière et du peuple en général, en avançant vers la constitution d’un puissant mouvement de masse capable de se fixer pour objectif la reconquête des droits et la défaite du programme d’ajustement néolibéral.

218. Malgré la faiblesse générale de notre classe ouvrière et du mouvement populaire dans son ensemble, des situations suscitant l’indignation parmi les travailleurs se développent et stimulent, comme jamais auparavant, la nécessité de la mobilisation et de la protestation sociale légitime, telles que : le démantèlement des conventions collectives par l’application (depuis octobre 2018) de la circulaire n° 2792 du ministère du Travail; la mise en œuvre frauduleuse de l’article 148 de la LOTTT, afin de ne pas appliquer les clauses économiques contractuelles et de procéder à des licenciements massifs (dans le secteur privé) sous le couvert de « suspensions des relations de travail »; les instructions de l’Office national du budget (ONAPRE), datant de cette année 2022, visant à imposer des grilles salariales qui réduisent les rémunérations et suppriment certains éléments, annulant ainsi les acquis contractuels historiques dans la fonction publique et les entreprises publiques.

219. Ces réalités imposent la nécessité de mener avec vigueur, entre autres, la lutte pour l’échelle mobile des salaires et des pensions indexés sur le panier de la ménagère, telle que l’ont menée le PCV, le FNLCT et la CUTV, en collaboration avec d’autres organisations. Mais ces justes revendications et ces propositions, qui expriment le sentiment de la majorité, ne pourront aboutir si elles ne trouvent pas un large soutien auprès des masses ouvrières et populaires qui les connaissent et peuvent les appuyer.

220. C’est pour ces raisons que le Parti communiste oriente sa ligne vers la GRANDE UNITÉ D’ACTION DES MASSES, en tant que tactique nécessaire pour mener avec force la lutte pour le rétablissement des droits du travail, sociaux et humains, bafoués et menacés au milieu de la tourmente néolibérale qui se développe; pour unir et regrouper les forces dispersées du mouvement ouvrier et populaire; pour démasquer, au cœur des combats, la véritable nature de classe de l’État et du gouvernement vénézuéliens; pour surmonter la fausse polarisation créée et entretenue artificiellement par les dirigeants du PSUV et de la droite d’opposition; et pour parvenir, comme objectif cardinal, à établir un rapport de forces favorable aux intérêts de la classe ouvrière et du peuple travailleur des villes et des campagnes.

221. Ce processus de construction d’une unité d’action entre les forces sociales du camp ouvrier et populaire doit progressivement s’étendre aux organisations paysannes, communautaires, de quartier, de jeunes, d’étudiants, de femmes, de pêcheurs et des peuples autochtones. La perte des droits et la détérioration de la qualité de vie de tous les secteurs populaires ont la même cause : le programme d’ajustement anti-populaire. Il est nécessaire de progresser dans l’articulation de toutes les luttes sociales dans la perspective de construire une plate-forme de lutte commune.

222. La présence active et systématique des fronts de masse du Parti et de la Jeunesse communiste dans les luttes quotidiennes des masses sera déterminante pour articuler, à partir de la base, toutes les expressions combatives du mouvement social. Le travail et l’influence de masse du PCV et de la JCV doivent s’étendre afin que la construction de l’unité d’action se développe dans une direction révolutionnaire.

XIV. Construire l’alternative politique au pacte des élites à partir du camp ouvrier, paysan, communautaire et populaire

223. La classe ouvrière doit devenir l’avant-garde du nouveau front des forces populaires afin de disputer le pouvoir politique aux deux blocs de la bourgeoisie. Que les dirigeants bourgeois du PSUV restent au pouvoir ou qu’ils soient évincés par l’opposition de droite lors d’éventuelles élections présidentielles, cela ne changera en rien le cap de la politique antipopulaire actuelle. Pour la bourgeoisie, la sortie de crise passe par l’intensification des sacrifices imposés à la classe ouvrière. C’est pourquoi le véritable changement en faveur des travailleurs des villes et des campagnes ne pourra venir que de la victoire de l’alliance ouvrière-paysanne, communautaire et populaire sur les partis de la bourgeoisie et les grands propriétaires terriens.

224. À cet égard, il est essentiel que le PCV, en tant qu’organisation d’avant-garde de la classe ouvrière, prenne la tête de la construction, à l’échelle nationale, d’un nouveau pôle politique capable de rassembler toutes les forces ouvrières et populaires qui résistent et luttent contre l’austérité anti-populaire. Ce doit être un espace qui rassemble les partis et organisations politiques révolutionnaires, les organisations syndicales et professionnelles qui luttent contre la politique salariale régressive, les organisations paysannes qui luttent contre le latifundisme, les organisations et associations étudiantes qui défendent le droit à une éducation publique et gratuite, les organisations de jeunesse qui se mobilisent pour des emplois décents et des droits pour les jeunes, les organisations de femmes qui luttent contre la détérioration de leurs conditions de vie, les organisations communautaires qui se battent pour de meilleurs services publics, les ethnies des peuples autochtones qui défendent leur droit d’exister face à la voracité des multinationales minières et des grands propriétaires terriens, aux scientifiques et à l’intelligentsia de la classe ouvrière qui se battent pour obtenir les conditions nécessaires à leur contribution au développement scientifique du pays, aux soldats patriotes qui luttent avec honnêteté et abnégation pour les intérêts du pays.

225. Malgré les résultats électoraux insuffisants obtenus par l’Alternative populaire révolutionnaire, la bonne stratégie consiste à poursuivre sa construction en s’efforçant de rassembler toutes les forces politiques et sociales qui luttent contre l’austérité. L’approfondissement du programme néolibéral aggravera encore davantage les contradictions de classe et rendra plus évidente l’alliance étroite des partis de la bourgeoisie contre les intérêts de la classe ouvrière et des couches populaires. Construire et renforcer l’Alternative Révolutionnaire est une nécessité pour déployer la contre-offensive de la classe ouvrière et des couches populaires contre la bourgeoisie et ses partis, et pour la lutte pour le pouvoir politique.

226. Cependant, nous devons reconnaître que toutes les forces avec lesquelles nous pouvons développer des convergences programmatiques et tactiques n’appartiennent pas à l’APR. C’est pourquoi la politique du PCV doit avoir la largeur d’esprit nécessaire pour aller au-delà de l’APR dans le processus de construction d’une large unité des forces, fondée sur un programme révolutionnaire et au service des aspirations de changement du peuple travailleur vénézuélien.

227. De même, la lutte contre l’autoritarisme croissant et les dangereux reculs en matière de libertés démocratiques nous impose de coordonner les luttes de diverses forces afin de rétablir les droits politiques, démocratiques et syndicaux de la classe ouvrière, et d’empêcher les plans visant à imposer un système politique bipartite par les majorités bourgeoises hégémoniques.

Le PCV dans la lutte électorale

228. Nous devons reconnaître que le rôle important joué par les scrutins électoraux dans la lutte contre la droite pro-impérialiste nous a conduits à commettre des erreurs en surestimant cette forme de lutte et ses résultats. Souvent, la routine des processus électoraux incessants nous faisait perdre de vue que la lutte électorale ne joue un rôle révolutionnaire que lorsqu’elle est l’expression du développement des luttes ouvrières et populaires de masse.

229. La politique électorale du PCV dans le processus de construction de l’Alternative révolutionnaire au pacte des élites doit être étroitement liée au renforcement de notre présence dans les luttes de masse du mouvement ouvrier, paysan, communautaire, de la jeunesse et populaire. Notre action politique en tant que Parti révolutionnaire ne peut être inversée; pour que la lutte dans le domaine électoral ait un poids, elle nécessite une organisation qui développe et unifie les capacités de lutte des masses.

230. Dans cette optique, le PCV œuvrera pour que les forces du camp ouvrier et populaire qui luttent sans relâche contre l’ajustement anti-populaire disposent d’une représentation électorale propre et indépendante, et conquièrent des sièges dans les fonctions électives.

231. Le processus de rassemblement des forces sur le terrain électoral ne sera ni simple ni immédiat. Il existe encore une forte polarisation idéologique qui empêche la classe ouvrière d’identifier de quel côté se situent ses intérêts, et notre influence dans la lutte de masse reste encore très affaiblie.

232. Dans l’immédiat, notre tâche consiste à faire progresser l’unité électorale des forces révolutionnaires les plus cohérentes sur une base programmatique solide. Grâce à un travail intense auprès des masses, élargir la base populaire de cette alliance et défendre son droit à présenter ses propres candidatures lors des scrutins.

233. Le PCV a pour objectif stratégique d’ériger l’expression électorale de l’Alternative de la classe ouvrière, de la paysannerie et des couches populaires, face au nouveau bipartisme des partis bourgeois hégémoniques.

Concentrer les forces pour la contre-offensive révolutionnaire

234. C’est la classe ouvrière qui subit les conséquences néfastes de la forme particulière d’accumulation du capital au Venezuela. Tant que cette spécificité nationale persistera, non seulement la classe ouvrière vénézuélienne s’affirmera de plus en plus en tant que population ouvrière excédentaire par rapport aux besoins du capital, mais en outre, les conditions de vente de sa force de travail à un prix inférieur à sa valeur s’imposeront comme mécanisme de compensation pour les capitaux inefficaces qui opèrent dans l’économie. Le capitalisme, en particulier son caractère rentière et dépendant au Venezuela, n’est qu’une source de souffrances accrues, de précarité, de chômage et d’inégalités pour les travailleurs vénézuéliens.

235. Seule la classe ouvrière vénézuélienne, agissant en tant que classe sociale pour elle-même, peut mener un processus de changements profonds permettant de dépasser le capitalisme dépendant et rentier, afin de se placer à la tête du développement des forces productives sociales. Toute l’histoire de la gestion bourgeoise depuis les débuts de l’exploitation pétrolière au Venezuela, y compris les 20 années de processus progressiste du président Hugo Chávez et le processus régressif du président Nicolás Maduro, a amplement démontré que la bourgeoisie et la petite bourgeoisie n’ont pas le potentiel de transformer le modèle capitaliste régi par la rente. Les classes dominantes n’entreprendront pas de processus d’industrialisation et de développement des forces productives tant qu’elles auront la possibilité de continuer à accroître leurs capitaux sans grand effort, grâce à la captation de la rente pétrolière.

236. Le dépassement du capitalisme dépendant régi par la rente passe donc par une révolution sociale au cours de laquelle la classe ouvrière, en alliance avec le mouvement populaire et les autres secteurs exploités de la société, renverse les capitalistes du pouvoir politique et engage un processus de transformation fondé sur une conscience scientifique. Par conséquent, l’action révolutionnaire de la classe ouvrière qui conduit au dépassement de l’ordre actuel des choses ne peut se limiter aux formes de lutte de classe qui servent à la reproduction de la base économique actuelle. Cela signifie que l’organisation et l’action politique des travailleurs doivent nécessairement transcender les luttes purement syndicales et celles pour des réformes partielles qui visent à des améliorations transitoires des conditions de vente de la force de travail.

237. Par conséquent, le renforcement de l’organisation politique de la classe au sein du Parti communiste du Venezuela (PCV) est une condition fondamentale pour que la classe ouvrière puisse déployer pleinement son potentiel en tant que sujet révolutionnaire dans la société vénézuélienne.

238. Une fois au pouvoir, les partis politiques de la bourgeoisie ne font rien d’autre que de gérer les revenus pétroliers au profit de l’accumulation parasitaire des capitalistes. Tandis que ceux-ci s’enrichissent grossièrement et augmentent leurs dépôts à l’étranger, sans avoir besoin de développer l’industrie nationale, la classe ouvrière stagne car les emplois ne se multiplient pas, deviennent plus précaires, les salaires baissent et ses conditions de vie se dégradent.

239. Chaque cycle de crise du capitalisme rentier et dépendant aggrave davantage son effondrement et son épuisement. La gestion bourgeoise de l’État tend par conséquent à devenir de plus en plus réactionnaire vis-à-vis des intérêts de la classe ouvrière, s’attaquant inévitablement au peu qui reste de ses droits universels. Briser ce cercle vicieux devient une tâche nécessaire et urgente pour la classe ouvrière et les secteurs populaires.

240. Le PCV luttera résolument pour que la classe ouvrière, la paysannerie et les larges masses populaires accumulent et concentrent leurs forces afin de disputer le pouvoir à la bourgeoisie et de rendre possible la révolution sociale qui rompra définitivement avec le cycle parasitaire de dépendance, de retard et de précarité qui caractérise la forme nationale d’accumulation du capital.