Loi de amnistie – Présentation
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Version en espagnol ►

Venezuela : trompe-l’œil et réalité ►

 

L’attaque US contre le Venezuela et les négociations consécutives ont entrainé un changement radical du contexte politique dans le pays. Parmi les mesures adoptées par le gouvernement vénézuélien de Delcy Rodríguez figure l’adoption d’une loi d’amnistie en faveur des personnes condamnées pour avoir exprimé, par des paroles ou des actes, leur hostilité envers le pouvoir en place.

Ces condamnations reposaient essentiellement sur deux lois :

‑ la "loi constitutionnelle contre la haine, pour la coexistence pacifique et la tolérance", adoptée en novembre 2017 ►

‑ la "loi organique “Libertador Simón Bolívar” contre le blocus impérialiste et pour la défense de la République bolivarienne du Venezuela", adoptée en décembre 2024 ►

La "loi d’amnistie pour la coexistence démocratique"

Le 5 janvier 2026, Delcy Rodríguez (présidente par intérim, en l’absence de Nicolás Maduro) a transmis à Donald Trump un "Message du Venezuela au monde et aux États-Unis"[1]. Voici la traduction de la version publiée en espagnol[2] :

[Nous mettons en avant quelques passages.]

Le Venezuela réaffirme son attachement à la paix et à la coexistence pacifique. Notre pays aspire à vivre à l’abri de toute menace extérieure, dans un climat de respect et de coopération internationale. Nous sommes convaincus que la paix mondiale passe par la garantie préalable de la paix au sein de chaque nation. Nous considérons comme prioritaire de progresser vers des relations internationales équilibrées et respectueuses entre les États-Unis et le Venezuela, ainsi qu’entre le Venezuela et les pays de la région, fondées sur l’égalité souveraine et la non-ingérence. Ces principes guident notre diplomatie avec le reste des pays du monde. Nous invitons le gouvernement des États-Unis à travailler conjointement à un programme de coopération, axé sur le développement partagé, dans le cadre du droit international, et à renforcer une coexistence communautaire durable. Président Donald Trump : nos peuples et notre région méritent la paix et le dialogue, pas la guerre. Telle a toujours été la position du président Nicolás Maduro, et c’est celle de tout le Venezuela en ce moment. C’est ce Venezuela auquel je crois, auquel j’ai consacré ma vie. Mon rêve est que le Venezuela soit une grande puissance où tous les Vénézuéliens et toutes les Vénézuéliennes de bonne volonté[3] puissent se retrouver. Le Venezuela a droit à la paix, au développement, à sa souveraineté et à un avenir.

Delcy Rodríguez, présidente par intérim de la République bolivarienne du Venezuela

Rétrospectivement, on constate que la "loi d’amnistie pour la coexistence démocratique" constitue un élément clé d’un processus mené de manière délibérée par le régime de Rodríguez-Maduro et son entourage, processus qui a débuté avec l’attaque US du 3 janvier et s’est poursuivi avec les négociations entamées en aout entre le régime et les représentants des forces politiques d’opposition.

Ce processus associe étroitement des aspects juridiques et de propagande. Les principaux éléments juridiques sont les suivants (voir la documentation figurant en annexe) :

‑ Le 7 janvier, Delcy Rodríguez propose l’élaboration d’une loi visant à mettre en œuvre cette "attachement à la paix et à la coexistence pacifique"[4].

‑ Le 23 janvier, elle annonce la mise en place d’un "Programme pour la coexistence démocratique et la paix au Venezuela", "dans le but de continuer à jeter les bases d’une société juste, équitable et pacifique par le dialogue, le respect et la conciliation"[5].

Elle annonce que l’amnistie a fait l’objet de discussions au sein de la direction du régime actuel et laisse entendre que la démarche bénéficie de l’accord de Maduro, qui est actuellement emprisonné aux USA (mais que les autorités continuent de qualifier de "président légitime" du Venezuela) : "C’est là aussi la décision du président Nicolás Maduro et de la première dame, avec lesquels nous entretenons des échanges, mais par ailleurs nous disposons des directives qui nous avaient été fournies au cas où une situation catastrophique viendrait à se produire pour notre patrie, comme cela s’est effectivement produit le 3 janvier."

‑ Le 5 février, la loi d’amnistie est adoptée en première lecture, puis définitivement le 19 février en deuxième lecture[6].

L’insistance porte sans cesse sur les points clés suivants :

‑ la condamnation de la politique hostile menée auparavant par les USA, et de l’attaque du 3 janvier;

‑ le lien entre les forces politiques d’extrême droite au Venezuela et le régime US;

‑ l’objectif d’une cohabitation harmonieuse entre "les Vénézuéliens de bonne volonté".

De temps à autre, est évoqué ce qui devrait être le point essentiel :

‑ "des facteurs qui, se mettant à genoux, livrent notre pays et nos richesses, compromettent notre indépendance et notre souveraineté nationale"[7];

‑ "un véritable dialogue politique débouchant sur des résultats concrets immédiats, et que ce dialogue soit un dialogue politique vénézuélien, où ne s’imposent plus les ordres extérieurs, ni de Washington, ni de Bogotá, ni de Madrid"[8].

Les représentants actuels du régime ne cessent de répéter un certain discours ‑ qui, au fond, n’a pas de sens précis ‑ sur le thème "tous ensemble face à l’adversité". Ainsi, par exemple, le député Jorge Arreaza, en présentant devant le Parlement national le projet de "loi d’amnistie pour la coexistence démocratique", le 5 février [9] :

La reconnaissance mutuelle entre les parties est fondamentale. Le fait de ne pas nous connaitre a conduit à la diabolisation, à l’invisibilisation, au mépris, au silence, à l’absence de rencontre, à l’impossibilité de jeter des ponts. Nous devons … humaniser et créer une coexistence véritable et sincère malgré nos différences, toujours dans le but de les travailler, de les définir et de continuer à y travailler.

La logique du discours s’articule autour de deux points : l’attaque US et l’action des forces d’extrême droite.

Delcy Rodríguez, le 7 janvier 2026 [10] :

Il faut panser ces blessures dont souffre notre société, ainsi que la blessure très profonde que l’attaque du 3 janvier a infligée à notre peuple, une attaque qui a été orchestrée, sollicitée, soutenue et appuyée par l’extrémisme et le fascisme vénézuéliens.

Jorge Arreaza, le 5 février [11] :

Nous sommes en 2026, nous sommes le 3 janvier et les circonstances nous obligent … à faire preuve de responsabilité, à panser les blessures, à nous reconnaitre, à nous comprendre et à tracer ensemble les étapes et les chemins … Les experts en droits de l’homme affirment que l’attaque militaire est la somme de tous les maux mis en œuvre. Faisons de la loi d’amnistie la somme de tous les bienfaits pour le peuple vénézuélien.

En examinant de près les liens qui unissent les différents éléments de la propagande du régime, on constate que l’argumentation est biaisée.

Se prétend que l’attaque US serait le résultat des manœuvres de l’extrême droite, qui s’adressait aux USA dans ce sens. En réalité, ce n’est là qu’un élément secondaire. Donald Trump et son gouvernement ont défini leur politique en toute autonomie et ont agi selon ce qu’ils estimaient être dans l’intérêt de l’impérialisme US. Le fait que le régime Rodríguez-Maduro tente de marginaliser l’extrême droite dans le pays ne changera rien de fondamental dans la constellation des forces en présence.

Cette focalisation sur l’extrême droite relève en réalité d’un tour de passepasse. Mis à part quelques déclarations rhétoriques sur la souveraineté, ce qui est proposé comme remède, c’est l’union nationale. Selon cette position, l’attaque US n’est qu’un évènement passé; ce qu’il faut faire, c’est "panser les blessures".

En apparence, l’idée est qu’il faut s’unir pour pouvoir résister aux conséquences de l’attaque. Mais dès le début, l’attitude de Delcy Rodríguez ne va pas dans ce sens : elle déclare que Trump est un ami. En réalité, elle espère qu’une fausse apparence d’"union nationale" fictive lui permettra de poursuivre le jeu de tromperies entamé par la signature du "pacte pétrolier" avec les USA. Les rares manifestations organisées par des "chavistes" qui ne se laissent pas berner par la mascarade du gouvernement restent marginales. Mis à part les critiques formulées par des personnalités, des journalistes et diverses sources, Rodríguez peut affirmer, de manière trompeuse, que ses décisions et ses actions, notamment en sa qualité de "partenaire" de Donald Trump, respectent la souveraineté nationale du Venezuela.

Le "socialisme du XXIe siècle", un objectif fantasmagorique

Sous la présidence de Chávez, le régime a réussi à maintenir un système plus ou moins démocratique, mais qui fonctionnait selon des mécanismes particuliers, différents de la version officielle de la république démocratique bourgeoise. Ce succès reposait principalement sur la capacité de Chávez à tirer parti simultanément de deux facteurs : d’une part, sa propre capacité à gagner la confiance d’une partie considérable de la population; d’autre part, l’opportunisme d’un grand nombre de formations politiques qui se sont ralliées à Chávez, cherchant à tirer parti de sa popularité pour mener à bien leurs propres projets, plus ou moins révolutionnaires ou réformistes selon les cas. Après sa mort, le régime dirigé par Maduro a, pendant un certain temps, tiré profit de la situation en place, mais la victoire des candidats de l’opposition aux élections législatives de 2015 a brutalement mis fin à cette situation illusoire. Objectivement, la réalité exigeait la mise en place d’un régime conforme à la "démocratie" bourgeoise standard. Maduro et ses partisans ont choisi de maintenir leur domination à tout prix, y compris en recourant à la répression.

L’intervention US a une nouvelle fois changé le xontexte. Le régime Rodríguez-Maduro s’efforce désespérément de faire croire qu’il tient toujours les rênes. Il est contraint de jongler face à la pression exercée par diverses forces hostiles. D’une part, il affirme, contre toute évidence, que ses actes respectent le principe de souveraineté du Venezuela. D’autre part, il s’efforce de freiner autant que possible la volonté des forces politiques d’opposition d’exercer leur influence sur le cours des évènements. Cela exige, en permanence, une attitude hypocrite et manipulatrice.

Au fond, ce qui détermine les décisions et les actions du régime, c’est son obstination à se maintenir au pouvoir, rien de plus. Dans sa quête de ce pouvoir, il ne craint ni l’absurde ni le ridicule. Il sollicite le soutien des forces politiques de l’opposition ‑ qui, pour la plupart, sont favorables à une acceptation ouverte de la domination de l’impérialisme américain en tant que telle ‑ sous prétexte d’"union nationale".

Le 23 février, Delcy Rodríguez reçoit des "victimes de violences". Au cours de cette rencontre, Jorge Arreaza, qui préside désormais la commission parlementaire chargée de veiller au respect de la loi d’amnistie, fait valoir[12] :

Nous tenions à rappeler que l’esprit de cette loi demandée par la présidente est celui de la coexistence démocratique, celui de la paix. Comme le disait le Mahatma Gandhi, il n’y a pas de chemin vers la paix, la paix est le chemin. Ne retombons pas dans la confrontation, dans la polarisation qui a créé les conditions propices à ces évènements et à d’autres qui se sont produits par la suite. […] Et d’autant plus en ce moment, où nous, Vénézuéliens et Vénézuéliennes, devons nous unir comme un bloc, comme un monolithe, pour défendre notre souveraineté, qui […] a été bafouée le 3 janvier, et c’est à nous qu’il revient de nous unir. Car ce que cherchent ceux qui nous attaquent, ce qu’ils cherchent, c’est de nous diviser pour achever les attaques et tenter de prendre le contrôle de notre pays.

Il parle de "ceux qui nous attaquent" et qui "tentent de prendre le contrôle du pays". C’est absurde : eux (l’impérialisme US) ont déjà le contrôle, compte tenu du contexte actuel. Le régime de Rodríguez-Maduro accepte cette domination, tout en essayant de dissimuler ce fait. Ce qu’ils redoutent, c’est que la situation puisse changer, dans le sens où cette domination se poursuivrait sous un régime dirigé par les forces d’opposition.

Cette insistance sur l’intervention US comme source des problèmes sert à éluder la question de savoir qui sont les "victimes" auxquelles s’adresse l’amnistie. Au lieu de parler des victimes de la répression contre les détracteurs du régime (souvent poursuivis en vertu de la "loi contre la haine" et qui pourraient être exclus de l’amnistie), il évoque les "véritables victimes", victimes des actions hostiles de la part des USA. Le problème fondamental serait les difficultés économiques provoquées par les sanctions imposées par les USA. Jorge Arreaza, 5 février 2026 [13] :

Laissons-nous interpeler par le peuple, par les véritables victimes de l’agression contre notre pays, du blocus, des sanctions, de la baisse du revenu national, et, par conséquent, des revenus familiaux, pour ces hommes et ces femmes qui ont subi les conséquences de cette période d’agression si violente que notre pays a traversée. Parvenons au consensus le plus légitime et le plus lumineux afin que cette nouvelle loi nous permette de naviguer ensemble vers ce port bolivarien de paix, de justice et de coexistence démocratique, sans que rien ni personne, aussi puissant soit-il, ne puisse nous faire dérailler ou nous faire dévier de notre route.

Dans ce processus qui a débuté en 1999, il n’y a pas de "trahison"

Dans le cadre de la domination mondiale du système capitaliste impérialiste, on assiste fréquemment à des situations que l’on peut caractériser, de manière générale, comme des affrontements entre forces politiques progressistes et forces politiques réactionnaires. Cela a été le cas, par exemple, avec le gouvernement de Salvador Allende au Chili, renversé par le coup d’État d’Augusto Pinochet.

Au Venezuela, les manœuvres des forces politiques réactionnaires, telles que Juan Guaidó et son organisation Voluntad Popular, face au régime "chaviste" ont pu être interprétées selon un schéma similaire. Le régime a su alimenter habilement ce phénomène afin de créer et d’entretenir l’illusion selon laquelle il incarne la voie vers le "socialisme du XXIe siècle".

La persistance de cet artifice donne aujourd’hui lieu à des interprétations tout à fait artificielles. L’attitude de Delcy Rodríguez envers le gouvernement US serait une "trahison" perpétrée subrepticement en réaction à l’intervention US du 3 janvier 2026.

Il n’y a aucune "trahison", ni dans l’accord pétrolier d’aout 2026, ni en ce qui concerne l’intervention US du 3 janvier, ni non plus vis-à-vis de Maduro après la mort de Chávez. Il existe un régime mis en place par Chávez, qui prétendait mener un processus révolutionnaire mais utilisait ce terme de manière trompeuse, et ce régime est progressivement devenu l’ennemi de la lutte des travailleurs contre le capitalisme.

 

Annexe

[Remarque : Delcy Rodríguez est présidente par intérim, Jorge Rodríguez est président de l’Assemblée nationale.]

Le 7 janvier 2026, Delcy Rodríguez propose l’élaboration d’une loi visant à mettre en œuvre cette "vocation de paix et de coexistence pacifique" [transcription][14] :

Je voudrais mettre en avant une [loi] pour laquelle je souhaite m’investir personnellement. Il s’agit, dans le domaine de la paix et de la cohésion nationale, d’une loi qui permette aux Vénézuéliens et aux Vénézuéliennes de prendre pleinement conscience de ce que signifie la paix pour un pays, de ce que signifie la stabilité politique, économique et sociale, et de ce que signifie la cohésion, on ne peut tolérer des discours sociaux ou économiques qui incitent à la haine, car ils ont conduit à des situations très dangereuses pour la vie de cette république; c’est pourquoi nous devons, des plus jeunes aux plus âgés, mettre en place des programmes de paix et de coexistence nationale. Cette dérive vers l’extrémisme a conduit à l’émergence de forces qui, à genoux, offrent notre pays, nos richesses, compromettent notre indépendance et notre souveraineté nationale. C’est un domaine dans lequel, personnellement, je souhaiterais m’impliquer, docteur Jorge Rodríguez, et j’appelle tous les acteurs politiques du pays. J’appelle notre nation, j’appelle les opposants du Venezuela; j’espère qu’ensemble, unis, nous avancerons dans une direction permettant de panser les plaies causées par l’extrémisme et le fascisme au Venezuela. Il faut panser ces blessures dont souffre notre société, ainsi que la blessure très profonde infligée à notre peuple par l’attaque du 3 janvier, qui a été impulsée, sollicitée, soutenue et appuyée par l’extrémisme et le fascisme vénézuéliens.

Jorge Rodríguez, le 15 janvier, soutient cette vision [15] :

Cet avenir sera toujours marqué par la lutte, mais il doit aussi être un avenir de coexistence et de concorde; ce doit être un avenir où nous mettrons de côté ce qui nous sépare et où nous commencerons à penser à ce qui nous unit, car nous ne chantons pas des chansons différentes, nous n’avons qu’un seul hymne national, le "Gloria al bravo pueblo" [l’hymne nationale].

Le 23 janvier, Delcy Rodríguez annonce la mise en place d’un "Programme pour la coexistence démocratique et la paix au Venezuela", "dans le but de continuer à jeter les bases d’une société juste, équitable et pacifique par le dialogue, le respect et la conciliation". Elle explique [transcription][16] :

Aujourd’hui, 23 janvier 2026, nous commémorons deux dates historiques. La première est le bicentenaire de la prise de la forteresse du Callao au Pérou. Dernier vestige du colonialisme espagnol dans notre hémisphère, cette prise a été rendue possible grâce au général patriote Bartolomé Salón. La prise de la place de Callao, dernière forteresse espagnole qui subsistait sur notre territoire sud-américain après la victoire de notre grand maréchal d’Ayacucho lors de la bataille d’Ayacucho. Première date. Deuxième date : les 68 ans du 23 janvier. Ce 23 janvier qui a réuni des Vénézuéliens et des Vénézuéliennes de tous horizons pour le bien commun de la liberté, contre la dictature[17]. Dans cet esprit, cet esprit patriotique anticolonialiste et animés d’un profond attachement à la démocratie, nous avons mis en place ‑ et souhaitons en informer le pays ‑ un groupe de Vénézuéliens et de Vénézuéliennes issus de divers horizons et représentant une grande diversité, au sein duquel nous avons échangé de nombreuses idées autour du programme pour la coexistence et la paix au Venezuela, qui sera coordonné par le ministre Ernesto Villegas et dont la professeure Ana María San Juan sera la secrétaire exécutive. Je tiens à citer les noms des personnes qui composent ce groupe initial, mais la liste n’est pas définitive. Elle reste ouverte à tout Vénézuélien ou toute Vénézuélienne de bonne volonté souhaitant rejoindre ce programme en faveur de la coexistence démocratique et de la paix. Outre les deux personnes déjà citées, nous avons échangé avec … l’homme d’affaires et ancien président de Fedecámaras, Ricardo Cusano, … Gerson Gómez, entrepreneur et fondateur de Ridery … Nous avons partagé des visions différentes, mais avec un objectif commun, une destinée commune, à savoir la paix au Venezuela, mais une paix comprise dans sa dimension la plus large. Il ne s’agit pas seulement de la paix politique, ni uniquement de la paix sociale, ni de la paix économique; il s’agit de la paix dans toutes ses dimensions, englobant le politique, le social et l’économique. …  Nous partons du principe que ce point commun, ce destin commun, doit être la coexistence démocratique et la paix. À une période de l’histoire du Venezuela qui a dû traverser différentes naissances. Le 23 janvier 1958 a marqué, il y a 68 ans, une naissance pour la liberté. Cette naissance a ensuite été trahie par les élites économiques, les oligarchies et les élites politiques qui ont trahi la confiance et l’esprit libertaire du 23 janvier, et qui ont donné naissance au pacte du "punto fijo" : ce pacte a rejeté de vastes secteurs de la société vénézuélienne, les excluant de la vie économique, de la richesse économique … les excluant de la vie démocratique… et cette période historique a pris fin avec l’arrivée au pouvoir du commandant Hugo Chávez au Venezuela, ce qui nous a engagés sur une voie où la justice sociale, où nos racines historiques ‑ Bolívar à Angostura ‑, où l’inclusion sociale permettent, en somme, la reconnaissance des Vénézuéliens qui étaient exclus sous le régime du "punto fijo". Cette reconnaissance, cet esprit, je les ressens au sein de ce groupe de personnes qui ouvre ses portes pour que des Vénézuéliens et des Vénézuéliennes de bonne volonté s’y joignent afin d’élaborer un plan de 100 jours, les 100 premiers jours de ce plan et de ce programme pour la coexistence et la paix, dont la première tâche consistera à cartographier la violence et la haine politique, économique et sociale au Venezuela. Il faut faire le point, voir où nous en sommes, … Au sein de la communauté, où règnent la paix, les juges de paix, la justice de paix, la justice de proximité … Où en sommes-nous? D’où partons-nous? Face à une agression économique extérieure sans précédent, que cette République n’avait jamais connue auparavant, mais que nous avons subie en 2015 avec l’imposition de mesures coercitives unilatérales qui constituent des sanctions illégitimes et illicites, mais qui existent au Venezuela et qui ont pesé très lourdement sur la vie économique du pays, tout en causant d’importantes blessures sociales dans notre patrie. Je souhaite que nous commencions par ce état des lieux, mais dans un deuxième temps, je tiens à exhorter le président de l’Assemblée nationale, M. Jorge Rodríguez, en sa qualité de président du Conseil de souveraineté et de paix du Venezuela, à convoquer immédiatement une réunion avec tous les secteurs politiques du pays, qu’ils soient d’accord ou en désaccord, qu’ils soient de l’opposition ou non, et qu’il lance un véritable dialogue politique débouchant sur des résultats concrets et immédiats; et que ce dialogue politique porte un nom précis : qu’il s’agisse d’un dialogue politique vénézuélien, où ne s’imposent plus les ordres extérieurs, ni de Washington, ni de Bogotá, ni de Madrid; qu’il ne s’agisse pas d’un dialogue politique vénézuélien "nationalisé". C’est ce que demande le pays, pour le bien commun du Venezuela.

Le 5 février 2026, l’Assemblée nationale (AN) a adopté à l’unanimité, en première lecture, le projet de loi d’amnistie pour la coexistence démocratique dans la République bolivarienne du Venezuela. La loi d’amnistie, telle qu’elle a été définitivement adoptée en deuxième lecture, a élargi le nombre d’évènements politiques couverts et englobe désormais 13 périodes de troubles sociaux et politiques survenues entre 1999 et 2026, soit trois de plus que celles prévues dans la version initiale[18]. Parmi les épisodes inclus figure la période de fonctionnement de l’Assemblée nationale entre 2016 et 2021, durant laquelle celle-ci était sous le contrôle de l’opposition et où le chavisme a bloqué son action et engagé des poursuites pénales contre ses membres. Ont également été intégrés les évènements liés à la convocation et à l’élection des candidats lors des primaires de l’opposition de 2023, ainsi que les manifestations et les violences survenues après les élections de juillet 2024. Ont toutefois été exclus ceux qui ont été impliqués dans des rébellions militaires.

Les personnes poursuivies pour les soi-disant "délits de haine" n’ont pas bénéficié d’une amnistie expresse; il s’agit d’une catégorie au titre de laquelle des poursuites ont été engagées pour des publications critiques sur les réseaux sociaux ou des messages privés[19]. Jorge Rodríguez a affirmé que cette disposition restait "très utile", tout en reconnaissant que, dans certains cas, elle n’avait pas été appliquée "de manière adéquate". Il a indiqué que le programme de coexistence et de paix évalue actuellement la portée de la loi contre la haine et a laissé entendre qu’il était "très probable" que cette loi fasse l’objet d’une réforme. Il a déclaré : "Il y a eu des cas d’utilisation abusive de la loi contre la haine. C’est vrai et cela doit être corrigé".

 



[1].’Le message adressé à Trump est rédigé en anglais.

https://www.instagram.com/p/DTHIbhkjPSf/

A message from Venezuela to the world, and to the United States:

We believe that global peace is built by first guaranteeing peace within each nation. We prioritise moving towards balanced and respectful international relations between the United States and Venezuela, and between Venezuela and other countries in the region, premised on sovereign equality and non-interference. These principles guide our diplomacy with the rest of the world. We invite the US government to collaborate with us on an agenda of cooperation oriented towards shared development within the framework of international law to strengthen lasting community coexistence. President Donald Trump, our peoples and our region deserve peace and dialogue, not war. This has always been President Nicolás Maduro’s message, and it is the message of all of Venezuela right now. This is the Venezuela I believe in and have dedicated my life to. I dream of a Venezuela where all good Venezuelans can come together. Venezuela has the right to peace, development, sovereignty and a future.

Delcy Rodríguez

Acting President of the Bolivarian Republic of Venezuela

[2].’https://www.instagram.com/reel/DTHEwpqkc1s/

Venezuela reafirma su vocación de paz y de convivencia pacífica. Nuestro país aspira a vivir sin amenazas externas, en un entorno de respeto y cooperación internacional. Creemos que la paz global se construye garantizando primero la paz de cada nación. Consideramos prioritario avanzar hacia un relacionamiento internacional equilibrado y respetuoso entre EE.UU. y Venezuela, y entre Venezuela y los países de la Región, basado en la igualdad soberana y la no injerencia. Estos principios guían nuestra diplomacia con el resto de los países del mundo. Extendemos la invitación al gobierno de los EE.UU. a trabajar conjuntamente en una agenda de cooperación, orientada al desarrollo compartido, en el marco de la legalidad internacional y fortalezca una convivencia comunitaria duradera. Presidente Donald Trump: nuestros pueblos y nuestra región merecen la paz y el diálogo, no la guerra. Ese ha sido siempre el predicamento del Presidente Nicolás Maduro y es el de toda Venezuela en este momento. Esa es la Venezuela en la que creo, a la que he dedicado mi vida. Mi sueño es que Venezuela sea una gran potencia donde todos los venezolanos y venezolanas de bien nos encontremos. Venezuela tiene derecho a la paz, al desarrollo, a su soberanía y al futuro.

Delcy Rodríguez, Presidenta encargada de la República Bolivariana de Venezuela

Dans cette version, le rêve de Delcy Rodríguez comporte quelques mots qui ne figurent pas dans la version en anglais :

"Mon rêve, c’est que le Venezuela devienne une grande puissance où tous les Vénézuéliens et toutes les Vénézuéliennes de bonne volonté puissent se retrouver."

[3].’Dans la version espagnol, apparait l’expression  "gente de bien" ("todos los venezolanos y venezolanas de bien"). Dans la version anglaise, c’est "all good Venezuelans"). L’expression "gente de bien" est assez répandu au Venezuela et quelques autres pays d’Amérique latine. Voici des indications (traduites de l’espanol) concernant sa signification :

*’Définition fournie par Oxford Languages : Groupe de personnes honnêtes et bien intentionnées.

*’María Corina Machado, une des principaux représentants des forces politiques d’opposition, lors d’une rencontre avec des Vénézuéliens, à Santiago de Chile, 12 mars 2026.
[https://www.instagram.com/reel/DVzjogXEWZR/]

"C’est grâce à la force des gens que nous en sommes arrivés là. Nous sommes des “gente de bien”, des gens honnêtes, des gens travailleurs, des gens fiers, des gens courageux. Nous sommes la meilleure génération de Vénézuéliens."

*’En Argentine, Javier Milei, depuis son élection en décembre 2023, a mis en œuvre une réduction drastique du budget public. Commentaire.
[https://www.mdzol.com/sociedad/2024/2/9/quienes-se-refiere-javier-milei-cuando-habla-de-la-gente-de-bien-404458.html]

"Le président Javier Milei affirme, par exemple, que ce ne sont pas les “gente de bien” qui paient les mesures d’austérité. Or, j’ai des doutes à ce sujet. Car la réalité me montre que ce sont avant tout nous qui payons l’austérité : ceux qui travaillent, qui paient leurs impôts, qui s’efforcent d’offrir une vie plus digne à leurs enfants, qui veulent une patrie prospère, qui ne veulent pas d’enfants affamés et sans éducation, ni de retraités humiliés lorsqu’ils comparent leur retraite à celle des anciens fonctionnaires."

*’En Colombie. Commentaire.
[https://www.las2orillas.co/la-gente-de-bien-un-eufemismo-peligroso/]

"Dans un pays comme la Colombie, l’expression “gente de bien” s’avère être l’un de ces euphémismes dangereux et faciles qui, bien qu’ils soient parfaitement dissimulés par les stratagèmes de celui qui les utilise et par le langage, n’en restent pas moins une expression lourde d’égoïsme, d’indifférence, de silence, de complicité, de déni, de fanatisme, d’obéissance, d’endoctrinement, de passivité et, sans exagérer, de violence."

[4].’https://2001online.com/nacionales/delcy-rodriguez-no-se-puede-permitir-expresiones-sociales-politicas-y-economicas-extremistas-ni-fascistas-20261721460
https://efectococuyo.com/politica/la-amnistia-general-se-puede-conceder-en-un-dos-por-tres/
https://www.facebook.com/reel/2374049663035421

[5].’https://www.laiguana.tv/articulos/1460210-delcy-rodriguez-lidero-comision-por-la-paz-y-la-convivencia/

[6].’https://talcualdigital.com/an-sanciona-ley-de-amnistia-y-evalua-reforma-a-ley-del-odio-por-mal-uso/
https://diariovea.com.ve/amnistia-general-en-venezuela/
https://diariovea.com.ve/por-la-paz-del-pais-aprobado-de-manera-unanime-proyecto-de-ley-de-amnistia-comision-especial/
https://diariovea.com.ve/por-unanimidad-sancionada-ley-de-amnistia/

[7].’https://2001online.com/nacionales/delcy-rodriguez-no-se-puede-permitir-expresiones-sociales-politicas-y-economicas-extremistas-ni-fascistas-20261721460

[8].’https://www.youtube.com/watch?v=yVZYdp-NhCg

[9].’https://www.dailymotion.com/video/x9zc7ie

[10].’https://www.facebook.com/reel/2374049663035421

[11].’https://www.dailymotion.com/video/x9zc7ie

[12].’https://www.dailymotion.com/video/xa0m7di

[13].’https://www.dailymotion.com/video/x9zc7ie

[14].’https://www.facebook.com/reel/2374049663035421
https://2001online.com/nacionales/delcy-rodriguez-no-se-puede-permitir-expresiones-sociales-politicas-y-economicas-extremistas-ni-fascistas-20261721460
https://efectococuyo.com/politica/la-amnistia-general-se-puede-conceder-en-un-dos-por-tres/

[15].’https://www.facebook.com/reel/1308106448011414

[16].’https://www.youtube.com/watch?v=RcBMIKoFEDQ

Note:

Les comptes rendus de cette intervention de Delcy Rodríguez mentionnent parfois des propos concernant des actions et des déclarations qui auraient "compromis l’indépendance et la souveraineté nationale en s’agenouillant pour offrir notre pays et nos richesses ». Rodríguez n’utilise pas cette formulation le 23 janvier; les commentaires qui la citent la tirent de son intervention du 7 janvier (voir plus haut).

[17].’De 1952 à 1958 le Venezuela, sous la présidence de Marcos Pérez Jiménez était soumis à un régime dictatorial. Le 23 janvier 1958 ce régime a été renversé. Lui succède un régime dominé conjointement par deux partis ‑ Action démocratique et Copei ‑ qui le 31 octobre signent, en incluant le Unión Republicana Democrática, le pacte dit "de Punto Fijo". Punto Fijo était le nom de la résidence de Caldera, située dans le lotissement Las Delicias de Sabana Grande, au Caracas. Caldera avait fondé en 1947 le Parti social-chrétien Copei (Comité de Organización Política Electoral Independiente).

[18].’https://talcualdigital.com/an-sanciona-ley-de-amnistia-y-evalua-reforma-a-ley-del-odio-por-mal-uso/

[19].’https://talcualdigital.com/an-sanciona-ley-de-amnistia-y-evalua-reforma-a-ley-del-odio-por-mal-uso/

https://www.bbc.com/mundo/articles/cgqe53xxnx7o