Le faux antiimpérialisme et la lutte des classes
au Venezuela

 

Source :
https://prensapcv.wordpress.com/2025/07/10/el-falso-antiimperialismo-y-la-lucha-de-clases-en-venezuela/

10 juillet 2025

 

Pedro Eusse. ‑ Le prestigieux média numérique https://links.org.au/ a suscité une polémique intéressante autour de la caractérisation du gouvernement vénézuélien et de la position que devraient adopter les organisations et les personnalités qui s’inscrivent dans le camp populaire et de gauche. Au sein du Parti communiste vénézuélien (PCV), nous estimons nécessaire de participer à ce débat, non seulement parce que nous avons été mentionnés, mais aussi parce que nous sommes convaincus de la nécessité de faire éclater la vérité sur la situation économique, sociale et politique du Venezuela, en combattant les manipulations et les mensonges qui déforment la réalité objective.

Tout d’abord, nous exposerons de manière générale la position du PCV concernant le « processus bolivarien » et le gouvernement de Nicolás Maduro, en abordant les aspects centraux du débat; ensuite, nous répondrons ponctuellement à certaines affirmations faites par Steve Ellner à propos de notre parti.

Tensions au sein de l’alliance bolivarienne

Comme on le sait, le PCV a fait partie de l’alliance des forces politiques et sociales qui ont soutenu le processus bolivarien depuis l’élection d’Hugo Chávez Frías en 1998 — étant le premier parti politique à soutenir sa candidature —, en passant par l’adoption de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela, considérée comme une grande victoire populaire, et les réélections successives de Chávez et Nicolás Maduro, jusqu’en 2019, date à laquelle nous avons définitivement pris nos distances, après un débat interne intense et approfondi.

Partant du critère programmatique de forger une large alliance de forces pour vaincre la politique néolibérale imposée depuis le milieu des années 80 et parvenir au renforcement de la souveraineté nationale; promouvoir une meilleure répartition des ressources pétrolières orientée vers l’industrialisation du pays et la satisfaction des besoins du peuple; promouvoir la démocratisation de la société avec la participation active de la classe ouvrière; de lutter contre la corruption et d’ouvrir la voie à des changements structurels, le PCV a fait partie de cette alliance hétérogène, assumant ses contradictions internes et reconnaissant ses limites, ses faiblesses et ses incohérences.

Au sein de cette alliance, nous nous sommes fixé pour objectif d’obtenir un rapport de forces favorable à la classe ouvrière et au peuple travailleur, afin de progresser vers des transformations profondes dans une perspective véritablement révolutionnaire. Cela entrainerait inévitablement des démarcations et des regroupements, et approfondirait la confrontation avec les forces au service de l’oligarchie nationale et transnationale. Nous comprenions que le progrès réel vers des changements révolutionnaires dépendait du rapport de forces entre les classes dans la société vénézuélienne et non de la volonté des dirigeants individuels de la soi-disant "révolution bolivarienne".

Dès 2011, nous avions mis en garde contre la prédominance croissante des tendances réformistes, régressives et corrompues qui gagnaient du terrain au sein du gouvernement de Hugo Chávez. Le 14e Congrès national du PCV avait conclu que le Venezuela ne vivait pas une véritable révolution, mais un processus de réformes sociales et politiques qui maintenait intact le capitalisme et le modèle d’accumulation rentière.

Évidemment, dans la mesure où le PCV agissait en toute indépendance de classe et maintenait ses propres positions de principe, des frictions et des tensions apparaissaient au sein de l’alliance. Cela est devenu public et notoire lorsque nous avons refusé la prétention de Chávez de dissoudre le PCV pour l’intégrer au PSUV (2007-2008).

Une autre source de tension, bien que moins visible publiquement, entre le PCV et la direction politique pendant l’ère Chávez, était le soutien de ce dernier et de ses partisans au "socialisme du 21e siècle". Ce courant prônait une vision réformiste, gradualiste et de collaboration des classes pour construire le socialisme, sans démanteler l’État bourgeois ni les relations capitalistes de production, niant, entre autres aspects fondamentaux, l’existence même de la lutte des classes.

Cette conception a prédominé dans le discours des idéologues sociaux-réformistes au Venezuela et en Amérique latine. Elle sert en outre les intérêts des secteurs bourgeois qui ont bénéficié des bienfaits du soi-disant progressisme et qui, au Venezuela, sous l’administration Maduro, s’est transformé en une contreréforme réactionnaire et régressive, imposée par un mélange d’autoritarisme extrême et de manipulation démagogique.

La crise n’a pas commencé avec les sanctions

Ellner a affirmé dans l’un des articles[1] de cette polémique que les "erreurs de Maduro" sont principalement des "réactions excessives à des provocations soutenues par Washington » et que ceux qui ne partagent pas cette affirmation ont perdu de vue « l’effet dévastateur de la guerre contre le Venezuela". Les secteurs de la gauche internationale qui soutiennent encore Nicolás Maduro tentent de justifier ses actions antipopulaires (les rares qu’ils reconnaissent) en invoquant l’agression impérialiste. Cependant, ils ignorent ‑ par ignorance ou par complicité ‑ que dès les premières années de son mandat (2013-2017), Maduro a mis en place une orientation gouvernementale manifestement favorable à la bourgeoisie, restreignant les droits du travail et démantelant toute possibilité d’exercice du contrôle social, ouvrier et populaire sur les processus de production.

La politique économique de Maduro ‑ avant même que les conséquences des mesures coercitives unilatérales des États-Unis ne se manifestent ‑ a été conçue pour transférer d’importantes ressources de l’État à de nouveaux groupes oligarchiques qu’ils appellent cyniquement "bourgeoisie révolutionnaire", favorisés par la reprivatisation d’entreprises à des conditions avantageuses, la restitution de terres expropriées, des exonérations fiscales et l’assouplissement des droits du travail.

Cette gauche qui concentre ses analyses sur les « ennemis extérieurs » ne semble pas non plus tenir compte ‑ ou ignore tout simplement ‑ que le désinvestissement stratégique dans l’industrie pétrolière et l’affaiblissement progressif de la souveraineté nationale sur l’activité des hydrocarbures ne sont pas une conséquence directe des sanctions impérialistes, mais ont des antécédents. Son origine se trouve dans le rentisme qui, loin d’avoir été surmonté sous les gouvernements de Chávez et Maduro, a été renforcé. Après 25 ans, le Venezuela reste à la merci des appétits des centres impérialistes et dépourvu d’une stratégie de développement industriel souverain, ce qui le rend vulnérable aux agressions économiques des puissances étrangères.

Pour ces raisons et d’autres encore, nous soutenons que la crise économique actuelle n’a pas été générée par les sanctions, même si celles-ci, extrêmement graves et condamnables, l’ont exacerbée à l’extrême, surtout après 2017, lorsque les USA ont imposé des sanctions à PDVSA et ont cessé d’acheter du pétrole vénézuélien.

Nous voulons être clairs et catégoriques : pour le PCV, toutes les sanctions imposées par les puissances impérialistes à une nation (ou à des personnes), en plus d’être illégales, sont inacceptables et doivent être rejetées par les peuples, en particulier par les organisations qui se sont fixé comme objectif stratégique d’enterrer le capitalisme.

Mais il est également vrai que ce n’est pas parce qu’ils sont sanctionnés que les gouvernements ou les personnes victimes de ces mesures expriment les intérêts populaires ou sont révolutionnaires; ils représentent généralement des fractions bourgeoises qui s’opposent de manière circonstancielle ou stratégique à d’autres fractions bourgeoises et à certaines puissances capitalistes. En d’autres termes, les mesures coercitives unilatérales imposées par les USA et l’Union européenne contre le Venezuela ne sont pas motivées par le fait que nous avons un gouvernement "socialiste", mais parce qu’elles visent à empêcher les capitaux chinois et russes de prendre le contrôle exclusif des ressources stratégiques du pays.

Tout porte à croire que la véritable intention de la politique d’agression des États-Unis et de leurs alliés envers le gouvernement vénézuélien n’était pas son renversement, mais sa subordination. Cela s’est manifesté pendant l’administration de Joe Biden, lorsqu’une licence a été accordée pour reprendre partiellement les exportations de pétrole vers les USA, sous certaines conditions imposées par Washington. Dans le cadre de cet accord, des privilèges spéciaux ont été accordés à la multinationale Chevron, notamment la nomination d’un de ses dirigeants à la présidence de la coentreprise Petropiari[2], en violation flagrante de la Constitution et du principe de souveraineté sur les hydrocarbures. Cet accord, protégé par la loi dite « anti-blocus » (un instrument inconstitutionnel), a été conclu de manière opaque.

L’utilisation que fait le gouvernement des ressources, tant celles générées par la vente de pétrole que par les activités minières dans le sud du pays, est également un secret pour le peuple vénézuélien. En 2023 et 2024, les porte-parole du gouvernement se sont vantés que le pays connaissait une croissance économique grâce à la licence pétrolière accordée par Biden; cependant, les salaires et les retraites sont restés gelés. La bourgeoisie importatrice et financière a certes eu accès à des milliards de dollars à des prix subventionnés pour ses activités, grâce aux opérations d’intervention de la Banque centrale du Venezuela (BCV) sur le marché des changes[3].

Le virage néolibéral de Maduro

Depuis aout 2018, le Venezuela applique un ajustement néolibéral présenté sous le nom raffiné de Programme de relance, de croissance et de prospérité économique, dont la mise en oeuvre a entrainé une réduction drastique des dépenses publiques, la libéralisation des prix et la dollarisation de facto de l’économie.

Nous ne savons pas exactement à quoi Ellner fait référence lorsqu’il affirme qu’il existe des "aspects positifs" dans la gestion de Maduro[4]. Ce qui est clair, d’après la réalité concrète du peuple vénézuélien, c’est que le paquet économique appliqué au cours des sept dernières années a consisté en un ensemble de mesures qui font peser le cout de la crise et des sanctions sur les épaules des travailleurs. Afin d’attirer les investissements étrangers et de retenir les capitaux locaux, le gouvernement a proposé comme "avantages comparatifs" l’exonération fiscale, une main-d’oeuvre extrêmement bon marché et le démantèlement des capacités d’organisation et de lutte de la classe ouvrière.

Dans cette optique, le PSUV et ses satellites ont approuvé la loi organique sur les zones économiques spéciales, qui offre des territoires, une énergie bon marché, l’accès aux richesses naturelles et la non-application des droits du travail, principalement aux investisseurs étrangers. Le scénario est assez clair : profits à faible cout et surexploitation du travail.

Dans la pratique, la politique du travail imposée par la direction du PSUV a transformé tout le pays en une grande "zone économique spéciale". Les conventions collectives ont été démantelées de facto à la suite d’une note du ministère du Travail[5], publiée en octobre 2018, qui a permis aux employeurs de ne pas respecter les clauses économiques qu’ils jugeaient trop couteuses. Depuis lors, le salaire minimum est devenu le seul paramètre valable pour fixer les barèmes salariaux et calculer les indemnités légales, en violation flagrante des droits du travail et des droits contractuels établis par la loi.

Cette mesure a entrainé la perte automatique d’acquis économiques pour de larges secteurs de travailleurs, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. À cela se sont ajoutés les effets dévastateurs de la reconversion monétaire appliquée en aout 2018 ‑ qui a supprimé cinq zéros de la monnaie nationale ‑, ce qui a entrainé la disparition virtuelle des prestations sociales accumulées, l’effondrement des fonds de pension, le vidage des caisses d’épargne et la faillite financière des organisations syndicales.

Destruction des salaires et expansion de l’exploitation au travail

Sous le gouvernement Maduro, l’écart entre les salaires et les bénéfices s’est considérablement creusé. Selon l’économiste Pascualina Curcio, en 2014, sur l’ensemble de la production vénézuélienne, "36 % étaient destinés aux 13 millions de salariés, tandis que 31 % allaient aux 400.000 patrons". Alors qu’en 2017 (derniers chiffres publiés par la BCV), "seuls 18 % ont été répartis entre les 13 millions de travailleurs, tandis que les 400.000 bourgeois se sont approprié non plus 31 % de la production, mais 50 %, soit la moitié"[6].

Bien que la politique de destruction salariale ait commencé au début du premier mandat de Maduro, lorsque le montant du salaire a été réduit et que les revenus non salariaux ont été augmentés, c’est à partir de 2022 que le coup de grâce a été porté au salaire des travailleurs vénézuéliens, affectant également le montant des retraites. Depuis lors, le salaire minimum est gelé à 130 bolivars (équivalent à un peu plus d’un dollar par mois), tandis que seules augmentent les rémunérations qui ne sont pas considérées comme faisant partie du salaire, connues sous le nom de primes et qui, pour la plupart, ne sont perçues que par les travailleurs du secteur public.

Ces primes, qui représentent plus de 99 % des revenus d’un travailleur, ne sont pas prises en compte dans le calcul des indemnités légales, telles que les prestations sociales, les congés payés, les primes de fin d’année et autres, dont le calcul est basé presque exclusivement sur le salaire minimum. Ce mécanisme, parfois difficile à comprendre pour ceux qui ne vivent ni ne travaillent au Venezuela, constitue une fraude flagrante à la législation du travail et à la Constitution, car le gouvernement a illégalement remplacé la notion de salaire par celle de "revenu minimum intégral".

Cette politique permet aux employeurs, tant publics que privés, d’économiser des sommes considérables en ne versant plus certaines prestations fondamentales telles que les prestations sociales (indemnités cumulées versées à la fin du contrat de travail), la prime annuelle de vacances (et la prime de loisirs pour les retraités du secteur public) et les primes de fin d’année ou les participations aux bénéfices (paiements de fin d’année). Dans des cas exceptionnels, ces pertes sont moins importantes pour les travailleurs de certains secteurs privés qui bénéficient encore de conventions collectives solides, même si là aussi, ces acquis sont menacés. Cela est dû à un environnement politico-institutionnel qui favorise la désalarisisation des rémunérations, encouragée par l’exécutif national et impulsée par la direction de Fedecámaras ‑ la principale organisation des capitalistes vénézuéliens ‑ qui, en étroite collaboration avec le gouvernement Maduro, poursuit son intention d’établir un "nouveau modèle de rémunération" dans lequel le salaire, tel qu’il est traditionnellement connu au Venezuela et consacré dans la loi organique sur le travail, disparaisse définitivement.

La plupart des travailleurs vénézuéliens du secteur privé ne sont ni syndiqués ni protégés par des conventions collectives, ce qui les oblige à accepter des rémunérations qui, pour la plupart, ne sont pas de nature salariale, au-delà d’un salaire minimum qui dépasse à peine un dollar par mois. De plus, ils doivent faire face à des journées de travail pouvant atteindre 12 heures par jour, parfois sans jours de congé. Cette réalité touche particulièrement des milliers de jeunes employés dans les grands commerces, qui travaillent pratiquement sans droits et sans aucune protection, car toute tentative de syndicalisation est généralement sanctionnée par un licenciement ou des persécutions.

Criminalisation de la lutte ouvrière

Tout comme Ellner affirme[7] que "la guerre contre le Venezuela doit être au centre de toute analyse sérieuse des présidences de Maduro", il est tout aussi indispensable, pour toute évaluation honnête, de prendre en compte la criminalisation systématique de la lutte syndicale dans le pays. Au-delà des licenciements illégaux ‑ directs ou déguisés ‑, l’État vénézuélien recourt à la répression policière et à la coercition judiciaire contre les travailleurs et les dirigeants syndicaux qui osent défendre leurs droits ou dénoncer des actes de corruption, comme l’ont montré les cas d’Alfredo Chirinos et d’Aryenis Torrealba à PDVSA[8].

Depuis les premières années du gouvernement Maduro, et avec une intensité accrue depuis 2018, des centaines de militants du mouvement ouvrier ont été arrêtés sans respect des procédures légales[9] et ont souvent été soumis à des traitements cruels et inhumains. La plupart d’entre eux sont accusés d’incitation à la haine, d’association de malfaiteurs ou de terrorisme, dans le cadre d’une répression visant à discipliner le mouvement syndical et à faciliter l’imposition de politiques clairement favorables au capital[10].

Il est profondément préoccupant que ceux qui se revendiquent comme militants de gauche, révolutionnaires et même marxistes-léninistes restent indifférents face à ces faits extrêmement graves, qui révèlent la nature exploiteuse et oppressive de l’État vénézuélien et de son administration actuelle. Il ne s’agit pas ici de répression pour des motifs politiques partisans, mais d’un système institutionnalisé de persécution antisyndicale, destiné à neutraliser toute forme de résistance à un programme gouvernemental visant à démanteler les droits du travail au profit des secteurs patronaux.

Cela devrait au moins inquiéter les secteurs de gauche qui soutiennent Maduro, compte tenu du soutien enthousiaste qu’ils expriment aujourd’hui à l’égard des politiques du gouvernement vénézuélien, des organisations patronales[11] telles que Fedecámaras, Conindustria et Consecomercio, précisément celles-là mêmes qui ont participé activement au coup d’État contre Hugo Chávez en avril 2002. Peut-être ces camarades ignorent-ils ‑ ou ne veulent-ils pas voir ‑ qu’au Venezuela, la liberté syndicale est systématiquement restreinte par des instruments administratifs tels que le Registre national des organisations syndicales (rattaché au ministère du Travail), qui conditionne et refuse souvent l’enregistrement des syndicats indépendants et de classe et entrave le fonctionnement des organisations syndicales existantes; tout comme le Conseil national électoral (CNE), qui entrave la tenue des processus électoraux syndicaux, empêchant ainsi les travailleurs de disposer d’organisations et de représentations syndicales légitimes. Pendant ce temps, les puissantes organisations patronales privées opèrent en toute liberté et avec la collaboration des autorités de l’État.

Maduro sans légitimité : autoritarisme et répression

Le caractère autoritaire et antidémocratique du gouvernement Maduro s’est accentué à mesure que sa base sociale s’affaiblissait. Cela s’est clairement manifesté dans la violence répressive utilisée avant et, surtout, après les élections présidentielles du 28 juillet 2024, non seulement contre les politiciens et les journalistes, mais aussi contre les travailleurs et les étudiants des quartiers populaires qui ont spontanément protesté contre le manque de transparence et de cohérence des résultats électoraux.

Nous ne nions pas que, dans les heures qui ont suivi l’annonce de la prétendue réélection de Maduro, des épisodes isolés de violence extrême ont été enregistrés. Cependant, la réponse des forces de police et des groupes paramilitaires a été disproportionnée et criminelle, faisant plus de vingt morts. Le gouvernement lui-même a reconnu avoir arrêté plus de deux mille citoyens, pour la plupart des jeunes, y compris des mineurs qui ne participaient même pas aux manifestations[12] et qui ont été accusés de terrorisme.

L’escalade répressive ne s’est pas arrêtée dans les jours qui ont suivi les élections. Les arrestations irrégulières, accompagnées de disparitions forcées, d’isolement, de déni du droit à la défense et de traitements cruels, se poursuivent encore aujourd’hui. Tout ce déploiement répressif et cette persécution politique ont pour objectif d’éliminer toute résistance et toute dénonciation de l’illégalité et de l’illégitimité de la prestation de serment et de l’investiture de Nicolás Maduro en tant que président prétendument réélu.

De notre point de vue, l’investiture de Nicolás Maduro n’est pas légale, car le processus électoral présidentiel n’a pas été mené à bien. Le CNE n’a pas respecté les procédures établies par la loi : il n’a pas publié les résultats officiels dans la Gazette électorale et n’a pas présenté les données ventilées par bureau de vote qui démontraient clairement la victoire de Maduro. De plus, la Cour suprême de justice, sous le contrôle du PSUV, a usurpé les fonctions du CNE afin d’empêcher la clarification de la vérité électorale[13].

Récemment, la direction du PSUV a annoncé une réforme constitutionnelle. Bien que personne ne sache avec certitude quels seront les changements, il n’est pas difficile de déduire qu’ils établiront des règles qui légaliseront l’exercice autoritaire du pouvoir, sans contrôle social et en faveur du capital.

Précisions nécessaires sur la politique du PCV

En ce qui concerne les propos tenus par Ellner au sujet du PCV dans le cadre de cette polémique, nous estimons nécessaire de clarifier certains points. Dans sa première réponse à Gabriel Hetland, Ellner[14] qualifie d’"inopportun" le fait que le gouvernement ait reconnu une "faction dissidente du PCV" plutôt que le parti légitime. Une telle affirmation témoigne d’une méconnaissance des faits.

Après la rupture officielle du PCV avec le gouvernement, la direction du PSUV ‑ dirigée publiquement par Diosdado Cabello ‑ a lancé une campagne d’attaques systématiques contre la direction légitime du parti, utilisant les médias publics sans permettre le droit de réponse[15]. Parallèlement, le PSUV a encouragé l’intervention judiciaire du PCV, en s’appuyant sur des personnes étrangères au militantisme communiste (certaines ayant un passé lié au parti), que le TSJ a imposées comme une "junte ad hoc" qui usurpe actuellement les sigles, les symboles et la carte électorale de l’emblématique Gallo Rojo.

Ellner présente les contradictions entre le PCV et le PSUV comme "secondaires", mais les aspects présentés dans cet article montrent clairement la nature et l’orientation de classe de la direction du PSUV. L’objectif de l’attaque judiciaire contre le PCV n’était autre que de désamorcer la croissance d’une alternative populaire et révolutionnaire qui dénonce et combat la dérive néolibérale, autoritaire et antipopulaire de son gouvernement.

À la suite de cette intervention judiciaire, nous avons été empêchés de participer légalement aux processus électoraux et notre activité politique est criminalisée. Malgré cela, nous continuons à organiser la lutte pour l’unité des forces sociales, politiques, démocratiques et révolutionnaires, face au gouvernement bourgeois de Maduro et aussi face à l’opposition bourgeoise dirigée par María Corina Machado, représentante de l’interventionnisme impérialiste.

Ellner critique aussi le PCV pour avoir soutenu le politicien social-démocrate Enrique Márquez lors des élections présidentielles du 28 juillet. Il convient de rappeler que Márquez est en situation de disparition forcée depuis janvier de cette années[16], après avoir été arrêté arbitrairement. À ce jour, ni ses avocats ni ses proches n’ont eu de contact avec lui, aucune accusation formelle n’a été portée contre lui et sa comparution devant les tribunaux n’a pas été confirmée, ce qui constitue une grave violation de ses droits fondamentaux.

Il est préoccupant que Ellner non seulement garde un silence absolu sur l’enlèvement d’Enrique Márquez, mais que, malgré son insistance constante sur la nécessité de "contextualiser", il omette délibérément le débat politique et programmatique qui a conduit le PCV et d’autres secteurs de gauche à soutenir sa candidature à la présidence.

Le soutien à cette candidature était le résultat d’une discussion intense lors de la 16e Conférence nationale du PCV, qui a décidé de construire une alliance politico-électorale au-delà de la gauche, en proposant un programme de lutte pour la restauration des droits sociaux, politiques et du travail du peuple, et en proposant une alternative au gouvernement et à l’opposition pro-impérialiste[17].

La censure médiatique imposée ‑ avec le contrôle total du gouvernement sur les médias publics et privés ‑ a empêché beaucoup de gens de savoir que le PCV, sans bulletin électoral en raison de l’assaut judiciaire expliqué ci-dessus, avait tenté d’inscrire au préalable, avec d’autres organisations de gauche, la candidature du journaliste Manuel Isidro Molina, ce qui a été empêché par le CNE. Nous avons également tenté d’enregistrer une organisation électorale afin de participer, mais cela a également été refusé par cet organe contrôlé par le PSUV.

Dans ce contexte, il a été décidé de soutenir une candidature déjà enregistrée qui se positionnait de manière autonome par rapport aux deux pôles dominants ‑ Nicolás Maduro et María Corina Machado ‑ et qui était prête à prendre un engagement programmatique clair en faveur de la défense des droits du travail et des libertés démocratiques.

Márquez s’est prononcé contre les interventions des puissances étrangères, y compris les USA, et a dénoncé la perte de la souveraineté pétrolière vénézuélienne[18] face aux impositions en faveur de Chevron. Sa candidature a réussi à unir les organisations et les personnalités de la gauche vénézuélienne, y compris les militants chavistes (non maduristes). Bien sûr, cela a été occulté par les médias contrôlés par le gouvernement. Il est d’ailleurs assez frappant que Márquez soit détenu, alors que Juan Guaidó n’a jamais été arrêté ni poursuivi et a quitté le pays sans problème, ou que María Corina Machado, accusée de trahison, n’ait jamais été traduite en justice[19].

Tout au long de cette polémique, on a insisté ‑ à juste titre ‑ sur la nécessité de dépasser les approches manichéennes, et nous ne ferons pas exception. Actuellement, le PSUV mène une couteuse campagne de propagande, tant au niveau national qu’international, dans le but de convaincre les forces populaires et révolutionnaires que la lutte antiimpérialiste peut être dissociée de la lutte contre le capitalisme. Ceux qui insistent pour donner la priorité à la dénonciation de "l’empire", mais ignorent le caractère anti-uvrier, antipopulaire et antidémocratique du gouvernement Maduro, reléguant au second plan la critique de la situation catastrophique dans laquelle se trouve la classe ouvrière vénézuélienne, finissent, consciemment ou inconsciemment, par alimenter cette offensive clairement réactionnaire.

Malgré l’illégalité et le harcèlement imposés par la tyrannie, le PCV continue de lutter pour les droits du peuple travailleur et oeuvre activement pour l’unité de toutes les forces sociales et politiques véritablement démocratiques, pour le rétablissement de la Constitution face à la dérive autoritaire du gouvernement et aux menaces interventionnistes de l’impérialisme américain.

Pedro Eusse est membre du Bureau politique du Comité central du PCV. Cet article a été initialement publié dans LIKNS [20].

 



[1]https://links.org.au/neoliberal-and-authoritarian-simplistic-analysis-maduro-government-leaves-much-unsaid

[2]https://www.bancaynegocios.com/martin-philipsen-es-nombrado-como-gerente-general-de-la-empresa-mixta-petropiar/

[3]https://www.elnacional.com/2023/11/bcv-ha-inyectado-mas-de-4-000-millones-de-dolares-la-banca-en-lo-que-va-de-ano/

[4]https://links.org.au/demonising-nicolas-maduro-fallacies-and-consequences

[5]https://prensapcv.wordpress.com/wp-content/uploads/2018/11/pcv-desmonta-y-denuncia-politica-salarial-regresiva.pdf

[6]https://ultimasnoticias.com.ve/especial/la-importancia-del-salario-para-el-macroscopico-universo-de-millones-de-trabajadores-pasqualina-curcio/

[7]https://links.org.au/demonising-nicolas-maduro-fallacies-and-consequences

[8]https://www.youtube.com/watch?v=rKjQCGmwD38

[9]https://prensapcv.wordpress.com/2021/07/06/la-fsm-condena-los-ataques-contra-trabajadores-y-sindicalistas-en-venezuela/

[10]https://prensapcv.wordpress.com/2024/06/11/mas-de-500-sindicalistas-del-mundo-exigen-la-liberacion-de-los-trabajadores-presos-en-venezuela/

[11]https://venezuela-news.com/queremos-seguir-apostando-por-venezuela-el-compromiso-de-empresarios-en-conferencia-nacional-por-el-dialogo-la-paz-y-la-convivencia/

[12]https://prensapcv.wordpress.com/2024/10/03/familiares-de-adolescentes-detenidos-tras-las-elecciones-introdujeron-un-recurso-de-amparo-constitucional-ante-el-tsj/

[13]https://prensapcv.wordpress.com/2024/10/30/frente-democratico-popular-solicita-al-tsj-que-ordene-al-cne-publicar-los-resultados-desagregados-del-28-j/

[14]https://links.org.au/neoliberal-and-authoritarian-simplistic-analysis-maduro-government-leaves-much-unsaid

[15]http://solidnet.org/article/CP-of-Venezuela-Letter-and-Dossier-evidence-of-the-Plan-of-assault-and-intervention-against-the-PCV/

[16]https://prensapcv.wordpress.com/2025/01/08/partido-comunista-de-venezuela-exige-respeto-a-las-libertades-democraticas-y-liberacion-inmediata-de-enrique-marquez/

[17]https://prensapcv.wordpress.com/wp-content/uploads/2024/07/tp_3052.pdf

[18]https://x.com/ENRIQUEMARQUEZP/status/1808859517704155445

[19]https://efectococuyo.com/politica/pcv-dice-que-maria-corina-y-otros-opositores-deberian-enfrentar-cargos-penales/

[20]https://links.org.au/false-anti-imperialism-and-class-struggle-venezuela