Persécution envers les syndicalistes hostiles au régime

 

Remarque préalable :

Concernant les diverses "Organisations non gouvernementales" qui observent la situation au Venezuela, il est légitime de ne pas prendre comme argent comptant les informations et appréciations qu’elles formulent. Quoi qu’il en soit, les articles 44 et 45 de la Constitution vénézuélienne en vigueur sont une référence utile pour porter un jugement sur les pratiques de la justice vénézuélienne.

 

Article 44

La liberté individuelle est inviolable ; par conséquent :

1. Nul ne peut être arrêté ou détenu sans mandat judiciaire, sauf s’il est surpris en flagrant délit. Dans ce cas, elle sera déférée devant une autorité judiciaire dans un délai ne dépassant pas quarante-huit heures à compter du moment de l’arrestation. Elle sera jugée en liberté, sauf pour les raisons déterminées par la loi et appréciées par le juge dans chaque cas. La constitution d’une caution exigée par la loi pour accorder la liberté à la personne détenue n’entraînera aucune taxe.

2. Toute personne détenue a le droit de communiquer immédiatement avec sa famille, son avocat ou une personne de confiance ; et ceux-ci ont, à leur tour, le droit d’être informés du lieu où se trouve la personne détenue, d’être immédiatement informés des motifs de la détention et de faire consigner par écrit dans le dossier l’état physique et psychique de la personne détenue, soit par eux-mêmes, soit avec l’aide de spécialistes. L’autorité compétente tiendra un registre public de toutes les détentions effectuées, comprenant l’identité de la personne détenue, le lieu, l’heure, les conditions et les fonctionnaires qui ont procédé à la détention. En ce qui concerne la détention d’étrangers, la notification consulaire prévue par les traités internationaux en la matière sera également respectée.

3. la peine ne peut pas transcender la personne condamnée. Il n’y aura pas de condamnations à perpétuité ou à des peines infamantes. les peines privatives de liberté ne dépasseront pas trente ans.

4. Toute autorité qui exécute des mesures privatives de liberté est tenue de s’identifier.

5. Nul ne peut rester en détention après qu’un ordre de mise en liberté a été rendu par l’autorité compétente ou une fois la peine infligée purgée.

Article 45

Il est interdit aux autorités publiques, civiles ou militaires, même en état d’urgence, d’exception ou de restriction des garanties, de pratiquer, de permettre ou de tolérer la disparition forcée de personnes. Tout fonctionnaire recevant l’ordre ou l’instruction de pratiquer une telle disparition a l’obligation de désobéir et de la dénoncer aux autorités compétentes. Les auteurs intellectuels et matériels, les complices et les receleurs du crime de disparition forcée de personnes, ainsi que ceux qui tentent de le commettre, seront punis conformément à la loi.

 

 

* Omar Escalante[1]

Il a été président de la Fédération des travailleurs de l’État de Carabobo (Fetracarabobo), faisant partie de la CTV.

Escalante a été arrêté alors qu’il s’est présenté le 19 décembre 2025 devant les tribunaux de Caracas pour se conformer à une mesure conservatoire de présentation périodique, imposée depuis 2017.

En aout 2017 un groupe d’hommes en uniforme avait attaque l’installation militaire de la 41e brigade blindée. Deux jours après l’évènement, des agents de la Brigade antiterroriste du Service bolivarien de renseignement national (Sebin) se sont rendus au domicile d’Escalante et l’ont arrêté. Il s’agissait d’une procédure illégale, menée sans mandat judiciaire, et l’arrestation s’est faite sans justification. Prétendument il aurait été impliqué dans l’attaque (il a pour ami le général de brigade à la retraite et ancien commandant de la 41e brigade blindée, Guillermo Rangel). Mais son fils affirme qu’il n’était pas sorti de chez lui le jour de l’attaque. Il a d’abord été accusé de rébellion militaire et d’attaque contre un sentinelle, mais le juge a prononcé un non-lieu. Il a ensuite été inculpé pour trahison, incitation à la rébellion et soustraction d’effets appartenant aux forces armées. En décembre 2017 a été libéré sous le coup d’une mesure conservatoire – il devait se présenter tous les huit jours devant un tribunal de contrôle à Caracas. Il a strictement respecté ses obligations procédurales pendant des années, sans aucun manquement enregistré.

Or, lorsqu’il qu’il s’est présenté à ce tribunal le 19 décembre 2025, l’autorité judiciaire a révoqué de manière inattendue cette mesure et ordonné son incarcération immédiate, sans que l’on connaisse les raisons objectives justifiant ce changement. Le jour d’après, il a été condamné à 30 ans de prison. À la date du 21 janvier 2026 il est toujours emprisonné.

* William Lizardo[2]

Président de la Fédération des travailleurs de la construction (FetraConstrucción), faisant partie de la CTV.

Lizardo a été arrêté de manière arbitraire le 29 novembre 2025. "Les autorités nient même qu’il soit détenu, mais des témoins oculaires confirment son arrestation", a déclaré un porte-parole du parti Primero Justicia (PJ). Il a finalement été libéré le 15 février 2026.

* Roberto Campero[3]

Président de Sitraenseñanza à Aragua, dirigeant du syndicat des travailleurs de l’enseignement dans sa filiale de Fetramagisterio Aragua et membre actif du Comando Intergremial Aragua.

Le 14 aout 2025, la maison de Roberto Campero a été perquisitionnée par une force de police inconnue. Ils ont enfoncé la porte, sont entrés sans mandat, l’ont emmené en confisquant des effets personnels, dont les téléphones portables et les ordinateurs portables de ses proches. Il a été libéré le 9 février 2026.

* Victor Venegas[4]

Président de la Fédération nationale des travailleurs de l’éducation (Fenatev) dans l’État de Barinas.

Venegas a été arrêté le 17 janvier 2024, après que des agents du Sebin et de la police de Barinas aient fait irruption dans une assemblée d’enseignants. Dans un premier temps, aucune information officielle n’a été communiquée à son sujet : on ignorait s’il a été présenté devant les tribunaux pénaux du pays. Une heure après l’annonce publique de l’arrestation, le ministère public a indiqué que la détention était due à une "conspiration"; le procureur général du régime, Tarek William Saab, l’a accusé d’être "impliqué dans des activités contre la paix de la République" et de faire partie "d’un groupe qui cherchait à faire de l’État de Barinas l’épicentre d’actions violente". Le 11 mars 2024 il a été "libéré sous caution".

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, avant son arrestation, Venegas dénonçait que le siège du syndicat où il se trouvait avait été pris d’assaut par les forces de sécurité. "Nous subissons une attaque des forces de police, elles font irruption dans les locaux de Fenatev, elles enfoncent la porte", disait-il dans la vidéo tandis que ses collègues tentaient de bloquer le passage des agents. "Nous n’avons absolument rien fait de mal, nous avons simplement défendu les travailleurs. Je ne vais pas me cacher !", a-t-il alors déclaré. "Ils vont nous kidnapper, alors je demande à l’opinion publique de faire preuve de solidarité et de respect, et je demande aux enseignants de descendre dans la rue pour manifester."

* Jean Mendoza[5]

Secrétaire général du syndicat qui regroupe les travailleurs de l’entreprise forestière chilienne Masisa.

Le 15 janvier 2022, des agents du Corps des enquêtes scientifiques, pénales et criminelles (CICPC) ont arrêté Mendoza. L’arrestation a eu lieu à un centre commercial, alors qu’il tenait une réunion avec des travailleurs. Après 48 heures de détention au siège du Corps des enquêtes scientifiques, pénales et criminelles (Cicpc) il a été présenté le 17 janvier 2022 devant le tribunal. C’est la direction de Masisa qui l’a accusé d’"incitation à la haine" et d’"association de malfaiteurs". Depuis que le parquet a ouvert l’enquête, la défense de Jean Mendoza n’a pas eu accès au dossier. Une mesure de substitution à la liberté sous régime de présentation tous les 30 jours a été prononcée. De plus, il ne peut pas faire de déclaration sur le sujet et il lui est interdit de quitter le pays.

Mendoza avait commencé à dénoncer l’entreprise en 2018 pour non-respect des avantages contractuels signés cette année-là. En mars 2021, il avait a déposé une plainte auprès du parquet supérieur contre les dirigeants de l’entreprise, accusés de harceler et de contraindre les travailleurs de Masisa à démissionner sans le paiement de leurs indemnités. Cependant, s’agissant d’une affaire du travail, le parquet a rejeté la demande. En septembre 2021, les démarches ont été effectuées directement auprès du ministère du Travail, organisme qui a ordonné la réintégration des travailleurs. Cependant, comme l’explique la défense de Mendoza, l’entreprise n’en a pas tenu compte. Au moment de l’arrestation, une procédure judiciaire était en cours devant les tribunaux. Une audience de conciliation visant à parvenir à un accord avec l’entreprise était prévue. En septembre également, les avocats de Masisa ont déposé une autre plainte, alléguant une incitation à la haine.

* Robert Franco [6]

Secrétaire général du syndicat des enseignants professionnels de Carúpano.

Le 26 décembre 2020, une commission des Forces d’actions spéciales de la Police nationale bolivarienne (Faes) a frappé, menotté et arrêté Robert Franco dans un parc public où il se trouvait en famille. Franco a été condamné à 30 ans de prison, accusé sans preuve d’un quelconque délit, terrorisme ou autre. Il a été finalement libéré le 8 février 2026.

* Elio Palacios, militant du PCV [7]

Elio Palacios, employé et secrétaire général du syndicat unique des travailleurs de la Corporación Eléctrica Nacional (Corpoelec).

Palacios a été arrêté le 14 février 2018 pour avoir dénoncé que le système électrique vénézuélien allait subir une panne dans les jours à venir, ce qui a été considéré par le Service bolivarien de renseignement national (Sebin) comme "la diffusion de fausses informations visant à semer la panique et l’inquiétude". L’arrestation a eu lieu après la diffusion sur les réseaux sociaux d’un enregistrement audio dans lequel Palacios affirmait qu’une panne d’électricité allait se produire dans les prochains jours en raison de l’instabilité et de la négligence dans plusieurs sous-stations, dénonçant en particulier l’état de la sous-station La Arenosa. Il a averti dans son enregistrement audio que les pannes électriques sont de plus en plus fréquentes et que certains processus devraient être corrigés. Il a également précisé que les équipements électroniques de cette station ne font l’objet d’aucune maintenance préventive depuis près de huit mois. Il a écarté l’hypothèse selon laquelle les pannes seraient dues à un "sabotage", comme l’a affirmé le général Luis Motta Domínguez, tout en accusant celui-ci d’être le principal responsable de la crise qui touche l’ensemble du réseau électrique national, et en le qualifiant de "néo-analphabète" en matière d’électricité. Il a également souligné que si les mesures correctives nécessaires n’étaient pas prises, cela pourrait entrainer une panne d’électricité qui affecterait les services publics et les hôpitaux.

Après avoir pris connaissance du cas d’Elio Palacios, les travailleurs de Corpoelec ont dénoncé sur les réseaux sociaux la persécution dont sont victimes les dirigeants syndicaux qui critiquent la gestion de l’entreprise[8].

Palacios a été libéré après plus d’un mois de prison.

 

* SIDOR (Siderúrgica del Orinoco "Alfredo Maneiro", propriété de l’État)[9]

Le 20 juin 2022, le non-respect des salaires entraine une nouvelle grève à l’aciérie de Palanquillas de Sidor. Les travailleurs de l’aciérie de Palanquillas de Sidor ont protesté en organisant une grève avec arrêt de travail et ont dénoncé le fait que la direction les avait menacés de licenciement pour avoir entamé une grève afin de dénoncer le non-respect des engagements de l’entreprise. Parmi leurs revendications figurent la révision et l’application des salaires, le retour aux calculs des congés, les prestations sociales calculées selon le taux de la Banque centrale du Venezuela et, pour les jours supplémentaires, la mise en place d’une nouvelle table salariale dont les membres seraient choisis par les travailleurs. Au cours de la manifestation, ils ont dénoncé les intimidations de la direction du travail, qui leur a demandé de fournir des noms en vue de procéder à des licenciements présumés. Les travailleurs de Sidor réitèrent leurs revendications et rejettent le mauvais calcul de leurs salaires. Depuis 2018, ils ne reçoivent plus de fiche de paie et ne connaissent donc pas les éléments pris en compte dans le calcul de leur salaire ni la formule utilisée pour le calculer. "L’entreprise n’a pas voulu donner d’informations sur la manière dont le calcul est effectué, car selon elle, elle n’est pas autorisée à fournir ces informations qui sont essentielles pour que le travailleur puisse faire ses calculs et savoir ce qu’il est payé", ont-ils dénoncé. Les travailleurs ignorent le salaire de base, le facteur de calcul pour les huit heures de travail, le pourcentage de calcul pour les concepts salariaux liés aux repas, au temps de trajet, à la prime pour le travail le dimanche, à la prime pour les jours fériés travaillés, au travail le dimanche et les jours fériés, au calcul du salaire normal pour le paiement des congés, au calcul du salaire intégral pour le paiement des bénéfices et au calcul du salaire intégral pour les prestations. "Le paiement de la quinzaine dernière a été discrètement réduit, tout comme le paiement des congés. Nous voulons savoir combien de jours sont payés pour les congés et combien de jours de prime de vacances, ainsi que le calcul du salaire normal et le facteur de calcul, afin de savoir combien nous allons toucher pour les congés. Sinon, ils nous paient ce qu’ils veulent, comme cela s’est produit la quinzaine dernière", ont-ils réitéré.

 



[1]._https://efectococuyo.com/la-humanidad/detienen-a-sindicalista-omar-escalante-tras-presentarse-voluntariamente-en-tribunales/

https://www.el-carabobeno.com/sebin-detuvo-presidente-fetracarabobo-allanamiento-la-isabelica/

https://www.el-carabobeno.com/juez-militar-privo-libertad-envio-ramo-verde-omar-escalante/

https://www.el-carabobeno.com/liberado-omar-escalante-medida-cautelar/

[2]._https://efectococuyo.com/la-humanidad/observatorio-de-libertad-sindical-denuncia-detencion-de-dirigente-william-lizardo/

https://efectococuyo.com/politica/excarcelados-17-presos-poltiicos-en-zona-7-durante-madrugada-de-este-sabado/

[3]._https://efectococuyo.com/la-humanidad/denuncian-detencion-de-docente-y-didirgente-sindical-en-aragua/

https://x.com/_TribunaPopular/status/2020707786834014393

[4]._https://efectococuyo.com/la-humanidad/que-ha-pasado-luego-de-la-detencion-del-profesor-y-sindicalista-victor-venegas/

https://www.infobae.com/venezuela/2024/03/11/la-dictadura-chavista-excarcelo-a-un-sindicalista-del-sector-educativo-acusado-de-conspiracion-en-venezuela/

[5]._https://mareasocialista.org/2022/03/01/entrevista-a-jean-mendoza-trabajador-de-guayana-criminalizado-por-la-transnacional-masisa-y-el-sistema-judicial/

https://espaciopublico.ong/detienen-a-dirigente-sindical-por-defender-derechos-laborales/

https://correodelcaroni.com/laboral-economia/suspenden-juicio-de-trabajador-de-masisa-acusado-de-instigacion-al-odio/

[6]._https://efectococuyo.com/politica/denuncian-desaparicion-forzada-de-profesor-y-sindicalista-robert-franco/

https://albertonews.com/nacionales/excarcelado-el-profesor-y-sindicalista-robert-franco-tras-sufrir-cinco-anos-de-prision/

[7]._https://espaciopublico.ong/detienen-sindicalista-corpoelec-denunciar-colapso-electrico/

[8]._https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/@ed_norm/@relconf/documents/publication/wcms_724396.pdf

p. 120

[9]._https://correodelcaroni.com/laboral-economia/incumplimientos-salariales-llevan-a-un-nuevo-paro-en-la-aceria-de-palanquillas-de-sidor/