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L’"Assemblée constituante ouvrière" |
Le 14 aout 2025, lors du "premier congrès pédagogique des enseignants bolivariens à Caracas", Nicolás Maduro annonce l’objectif de mettre en oeuvre un processus d’"Assemblée constituante ouvrière". Voici comment il caractérise le prétendu enjeu[1] :
Je pense que le moment est venu pour le grand mouvement des travailleurs et travailleuses du Venezuela de lancer un processus constituant afin de dépasser les structures bureaucratiques du syndicalisme traditionnel, du syndicalisme vieillissant, épuisé, et que nous nous engagions dans la construction de mouvements nouveaux et puissants qui incarnent l’essence même de ce que le commandant Chávez nous a toujours proposé.
Pour commencer, le 23 octobre 2025 est mise en place une Commission promotrice de l’Assemblée constituante ouvrière, dont les membres valident publiquement le serment suivant, prononcé par Maduro[2] :
La main sur le coeur, nous nous levons tous pour prêter serment en ce moment précieux sur la planète Terre, sous la protection de notre Seigneur Jésus-Christ, avec les bénédictions de Dieu tout-puissant, je jure que j’impulserai avec une nouvelle force constituante un processus exemplaire afin que la classe ouvrière du Venezuela soit de mieux en mieux préparée, soit de mieux en mieux organisée et puisse tenir le grand congrès de la classe ouvrière les 14, 15 et 16 décembre. Qu’il impulsera la force définitive de la classe ouvrière en tant que guide de la révolution socialiste du 21e siècle […]. Je le jure. Je le ferai. Vous êtes désormais assermentés en tant que Comité promoteur du Grand Congrès national de la classe ouvrière.
Le ministre du Pouvoir populaire chargé du Processus social du travail, Eduardo Piñate, est plus prosaïque et va droit au but en ce qui concerne la question du syndicalisme. Il a souligné que l’objectif est de parvenir à une Centrale bolivarienne socialiste des travailleurs et travailleuses (CSBT) ‑ qui, elle, existe déjà sous ce nom et est d’office fidèle régime ‑ renouvelée[3]. Il ne se réfère ni au mouvement ouvrier en général, ni aux organisations syndicales autres que la CSBT, considérées comme "structures bureaucratiques du syndicalisme traditionnel, du syndicalisme vieillissant, épuisé" (voir plus haut).
Finalement les 15 et 16 décembre 2025 s’est tenu le "Congrès constituant de la classe ouvrière". Des propositions ont été élaborées, dont les suivantes[4].
Dans le domaine organisationnel : Nomination d’une Commission nationale de transition ouvrière dotée de pleins pouvoirs pour diriger le renouvèlement des méthodes, de l’organisation et des directions de la Centrale bolivarienne socialiste des travailleurs; cette commission devra présenter un calendrier de transition dans un délai de 20 jours, aboutissant à la tenue d’un congrès des travailleurs dans 18 mois, et à la définition de nouveaux statuts et d’une nouvelle méthodologie électorale dans 6 mois, garantissant des dirigeants actifs dont le mandat est révocable.
Dans le domaine de la "Défense intégrale de la patrie" : Création, mise en place et renforcement des Corps de combattants de la classe ouvrière dans tous les lieux de travail (publics et privés), avec une formation militaire, idéologique et tactique permanente; recrutement massif de travailleurs au sein de la Milice bolivarienne et coordination de ces corps avec les Unités communales de milice.
[1]._https://correodelcaroni.com/laboral-economia/sindicatos-en-resistencia-y-sobrevivencia-ante-la-ofensiva-oficialista/
[2]._https://www.facebook.com/JULIMAR23/videos/el-jefe-de-estado-nicolás-maduro-moros-juramentó-este-jueves-al-comité-promotor-/767446762927743/
[3]._http://www.psuv.org.ve/temas/noticias/inicia-debate-para-renovacion-liderazgos-movimiento-obrero-venezuela/
[4]._https://observatoriodetrabajad.com/2025/12/22/congreso-constituyente-de-la-clase-obrera-observatorio-de-trabajadors-en-lucha/
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Partido Socialista Unido de Venezuela |
Le PSUV a été formé selon la volonté de Hugo Chávez d’unir autour de lui les partis qui avaient soutenu son élection à la présidence.
À cette époque, la composition du champ politique avait connu diverses réalignements. En 1967-68 un fraction de Acción democrática (AD) crée le Movimiento Electoral del Pueblo/MEP. En 1970/1971, deux groupes se séparent du Parti communiste de Venezuela (PCV). Le premier se constitue en 1970 comme "Causa Radical" (nommé "Causa R" ultérieurement), deuxième en 1971 forme le Movimiento Al Socialismo/MAS. En 1997-98, une fraction de la Causa R constitue Patria Para Todos (PPT). MAS subit plusieurs divisions, en particulier une en 2002 qui aboutit à l’existence de deux partis du même nom. La situation se clarifie ensuite : la fraction favorable au régime de Chavez crée le parti Podemos, les autres créent le parti Union.
En novembre 1998 se tiennent des élections législatives et régionales. Les forces politiques qui soutiennent Chávez se présentent en tant que coalition désignée comme "Polo Patriótico". Cette coalition inclut les partis et organisations suivants : Movimiento V República (Movimiento Quinta República, MVR, créé en 1997 par Chávez), Parti communiste de Venezuela (PCV), Movimiento al Socialismo (MAS), Movimiento Electoral del Pueblo (MEP), Patria Para Todos (PPT), et d’autres de moindre envergure. Elle gagne les élections alors que les deux partis traditionnels, l’Acción Democratica (AD) et Comité de Organización Política Electoral Independiente (COPEI), ont subi un échec. Puis, en décembre 1998, Chávez, remporte l’élection présidentielle.
En décembre 2006 Chávez annonce l’intention de créer un parti unique en soutien de son projet politique. Il propose comme nom le Parti socialiste unifié du Venezuela.
Chávez explique[1] : "Je déclare aujourd’hui que je vais créer un nouveau parti. J’invite tous ceux qui souhaitent m’accompagner à se joindre à moi." "Les partis qui le souhaitent, qu’ils restent autonomes, mais ils quitteront le gouvernement. Avec moi, je veux qu’un seul parti gouverne. Les votes n’appartiennent à aucun parti, ces votes sont ceux de Chávez et du peuple, ne vous laissez pas berner par des mensonges." Dans l’une des premières réactions publiques à l’annonce du président, le dirigeant du MVR, Elvis Amoroso, a indiqué que l’organisation se pliera à la décision de son leader. Diosdado Cabello explique : "Le parti unique est une réalité, et en ce sens, il n’y a rien à discuter; il ne nous reste plus qu’à organiser le congrès idéologique qui se tiendra au premier trimestre 2007, afin de définir les lignes directrices qui seront mises en oeuvre pour donner vie à cette proposition."
Le processus de la création du PSUV a été initiée en janvier 2007, et au mois de mars Chávez a été proclamé son président. Voici la liste des organisations qui s’y sont intégrés[2].
Un certain nombre d’organisations se sont dissoutes et leurs adhérents se sont intégrés directement au PSUV : le Parti de l’Union (PU), le groupe Unidad Popular Venezolana (UPV, créé par Lina Ron)[3], le Mouvement Électoral du Peuple (MEP). En gardant leur identité organisatiennelle se joignent : le Movimiento Electoral del Pueblo (MEP), le Frente Cívico Militar Bolivariano Ezequiel Zamora (FCMB “EZ”), le Movimiento Democracia Directa (MDD), la Liga Socialista (LS), le Movimiento por la Democracia Directa, le Movimiento Independiente Ganamos Todos (MiGaTo), la Corriente Marxista Internacional.
Le PPT et le PCV ont refusé la fusion, Podemos est passé à l’opposition.
Le Bureau politique du Comité central du Parti communiste du Venezuela a publié une déclaration[4] :
[…] Le Parti communiste du Venezuela (PCV) réaffirme son engagement historique, ferme et inébranlable, à poursuivre la lutte pour la libération nationale de la domination impérialiste et pour la construction du socialisme, principes qui nourrissent et orientent l’actuel processus révolutionnaire bolivarien dans notre pays ; […] En ce sens, le Bureau politique du Comité central du PCV décide : de réaffirmer notre adhésion sans faille à la tâche stratégique consistant à construire l’unité organique du mouvement révolutionnaire vénézuélien, avec une définition claire de son fondement idéologique, de son programme de lutte et de sa forme d’organisation, en tant qu’expression de l’état-major de la révolution, dont l’autorité morale et politique est légitimée par le peuple. […]
En avril 2008 la création du PSUV est officialisé par l’inscription devant le Consejo Nacional Electoral (CNE). Chávez présente l’opération dans les sens qu’il s’agit de la transformation du MVR qui désormais s’appelle PSUV. En avril 2010, un congrès extraordinaire adopte les status du parti.
En 2013 le Polo Patriótico mentionné plus haut est élargi par la constitution du "Grand Pôle patriotique Simón Bolívar". L’orientation de cette formation est lié à la proclamation du deuxième "Plan de la Patria, Simón Bolívar" couvrant la période 2013-2019 (le premier avait été établie en 2007). Il s’agit de la construction du "socialisme du 21e siècle". Ce Grand Pôle" est composé de 32 organisations, parmi lesquelles[5] : PSUV, Tupamaro, PPT, Futuro, Somos Venezuela, MEP, Por la Democracia Social (PODEMOS), PCV, Alianza para el Cambio, Unidad Popular Venezolana (UPV, fonfé en 2004 par Lina Ron) Enamórate Venezuela, Organización Renovadora Auténtica (ORA), Partido Verde, Redes, Alianza Cambio, Nuevo Camino Revolucionario (NCR), Independientes por la Comunidad Nacional (IPC), Corrientes revolucionarias Venezolanas (CRV), Partido Revolucionario del Trabajo (PRT), Piensa en Democracia (PIEDRA), Vanguardia Bicentenario Revolucionaria (VBR), junto a otros partidos regionales. A ellos se suman en algunas circunscripciones otros partidos, tanto regionales como nominales, como por ejemplo, los partidos Juan Bimba, Conciencia, Joven y MIN-UNIDAD
[1]._https://democraciasur.com/2006/12/25/creacion-del-partido-unico-en-venezuela-aborta-el-debate-sobre-el-socialismo-del-siglo-xxi/
[2]._https://democraciasur.com/2006/12/25/creacion-del-partido-unico-en-venezuela-aborta-el-debate-sobre-el-socialismo-del-siglo-xxi/
[3]._Unidad Popular Venezolana (UPV) : À ne pas confondre avec la "Mesa de Unidad Democrática", qui est également appelée "Unidad Nacional" ou "Unidad por Venezuela"; c’est une coalition de partis politiques vénézuéliens de tendance sociale-démocrate, démocrate-chrétienne et centriste, opposés à Hugo Chávez.
[4]._https://www.aporrea.org/actualidad/n88062.html
[5]._https://www.iidh.ed.cr/images/Publicaciones/Democracia/Mision%20de%20estudio%20del%20Instituto%20Interamericano%20de%20Derechos%20Humanos%20IIDH.%20Elecciones%20Asamblea%20Nacional%202015%20Venezuela.pdf
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Les socialistes vénézuéliens New York Times, 23 février 2020 |
Source :
https://www.nytimes.com/2020/02/23/world/americas/venezuela-economy-polar.html
(extraits)
[…]
Alors que les politiques économiques désastreuses du président Nicolás Maduro provoquaient des pénuries alimentaires et une crise des réfugiés, M. Mendoza s’est imposé comme un critique virulent de son administration et de la persécution qu’elle exerçait à l’encontre du secteur privé.
Affable et éloquent, M. Mendoza offrait également un contraste saisissant avec le président au caractère bourru. Sa popularité était telle que les instituts de sondage le plaçaient face à M. Maduro dans des simulations de scrutin présidentiel.
Puis, soudainement, M. Mendoza a disparu de la scène publique, et M. Maduro a cessé de le traiter de "voleur", de "parasite" et de "traître". Le gouvernement a cessé de harceler Polar par des descentes perturbatrices et a commencé, avec le temps, à adopter les changements économiques proposés par M. Mendoza, comme la fin des contrôles des prix paralysants.
L’histoire derrière la trêve entre M. Mendoza et M. Maduro, scellée lors d’une réunion jusqu’alors inconnue à la mi-2018, décrit le rapprochement entre le gouvernement vénézuélien autoproclamé révolutionnaire et la classe des entrepreneurs contre laquelle il a mené une guerre pendant près de deux décennies.
Ce dégel inattendu a été la pierre angulaire de la récente transformation du Venezuela, qui est passé d’un pays où le gouvernement contrôlait étroitement l’économie ‑ et tirait sa légitimité des avantages qu’il était en mesure d’offrir à son peuple ‑ à un pays dirigé par un autocrate prêt à autoriser un capitalisme de facto afin d’éviter l’effondrement et d’assurer le maintien de son emprise sur le pouvoir.
Ce revirement surprenant n’a guère résolu les difficultés économiques du Venezuela. Mais il a redynamisé certains secteurs de l’économie, encouragé quelques investissements et permis à M. Maduro de résister aux sanctions américaines et à l’isolement international. Et pour les entrepreneurs, ces changements ont signifié un retour aux affaires.
"Il est très difficile d’expliquer que nous sommes dans une situation économique très difficile, mais qu’il y a de l’optimisme", a déclaré Ricardo Cusanno, président de Fedecamaras, le plus grand groupe industriel du Venezuela. "Des gens sérieux, des gens traditionnels décident de continuer à investir."
Alors que les entreprises publiques vénézuéliennes, autrefois puissantes, sont au point mort, les ministères de M. Maduro ont discrètement restitué à des opérateurs privés des dizaines d’entreprises, dont des hôtels emblématiques et des sucreries, qu’ils avaient expropriées, selon un conseiller du gouvernement qui a contribué à l’élaboration du programme.
Des parcelles de terre expropriées par le prédécesseur et mentor incendiaire de M. Maduro, Hugo Chávez, aux élites terriennes au nom de la "révolution bolivarienne" du pays sont désormais louées à quiconque souhaite les exploiter. Les raids contre les entreprises privées ont cédé la place à des réunions cordiales entre ministres et chefs d’entreprise.
Les lois du travail très strictes qui interdisaient aux entreprises de licencier quiconque sans l’accord du gouvernement sont désormais ignorées, le pouvoir en place fermant les yeux sur les licenciements et démantelant les syndicats. Les restrictions commerciales byzantines ont été remplacées par des exonérations fiscales et des mesures d’incitation à l’exportation.
La plus grande concession de M. Maduro a été de mettre fin aux contrôles rigides des changes qui pesaient sur toutes les transactions économiques. Autorisés soudainement à utiliser le dollar, les entrepreneurs vénézuéliens ont importé des fournitures et versé de meilleurs salaires, compensant en partie l’effondrement de la production publique.
[…]
En 2002, le président de ce groupe d’entreprises a alors mené un coup d’État manqué contre M. Chávez. Par la suite, les plus grandes entreprises du pays, dont Polar, se sont jointes à une grève nationale de 90 jours contre lui.
Mais la capacité de M. Maduro à écraser l’opposition et à résister à la pression internationale a placé les chefs d’entreprise vénézuéliens devant un choix cornélien : s’adapter ou partir. De son côté, le gouvernement a pris conscience qu’il avait besoin de capitaux privés pour survivre.
La société Polar de M. Mendoza en est venue à incarner ce compromis.
La famille Mendoza, qui a fait de Polar une entreprise omniprésente dans le secteur alimentaire à partir d’une petite brasserie dans les années 1940, incarnait les élites traditionnelles que M. Chávez avait promis de balayer lors de son arrivée au pouvoir en 1999.
Avant la crise économique, l’entreprise employait 34.000 personnes et affirmait produire 3,3 % du produit intérieur brut du pays hors pétrole. Alors que M. Chávez comblait les Vénézuéliens avec les revenus du boom pétrolier pour construire ce qu’il appelait le "socialisme du XXIe siècle", le corporatisme à l’ancienne de Polar offrait une alternative.
Les généreux avantages sociaux de l’entreprise, qui allaient des camps d’été aux uniformes scolaires, lui avaient valu la loyauté sans faille de ses employés et l’admiration de la plupart des Vénézuéliens.
M. Mendoza, 54 ans, homme charismatique, combinait habilement l’égalitarisme sur le lieu de travail avec un élitisme détaché dans son propre milieu social. Les Mendoza, milliardaires, étaient devenus la royauté sociale du Venezuela, rassemblant l’élite du pays lors de fêtes qui attiraient jusqu’à 1 500 personnes dans le manoir familial.
Pour leurs partisans, les Mendoza incarnaient l’opposé des principes défendus par M. Maduro : ils prônaient le professionnalisme plutôt que l’improvisation, la tradition plutôt que la révolution.
Les tensions de longue date entre l’entreprise et le gouvernement ont débouché sur un conflit ouvert lorsque l’économie est entrée en récession en 2014. Alors que les recettes se tarissaient, M. Maduro a commencé à accuser M. Mendoza, sans preuve, de thésauriser des produits et d’aggraver les pénuries.
Ces menaces s’accompagnaient d’un harcèlement croissant. Les inspecteurs des impôts effectuaient sans cesse des descentes dans les locaux de Polar, les syndicats pro-gouvernementaux attisaient les troubles sociaux, et les forces de sécurité confisquaient ses camions de distribution alimentaire et plaçaient ses dirigeants en détention.
En 2017, Polar était au bord de la faillite. Sa division alimentaire perdait des sommes colossales, car le contrôle des prix l’obligeait à vendre ses produits pour quelques centimes. La division bière était mise à mal par la perte de l’orge subventionnée.
Sous la pression de sa famille, M. Mendoza a cherché à entrer en contact avec le tsar économique de M. Maduro, Tareck El Aissami, un homme d’affaires avisé accusé par les États-Unis de trafic de drogue, selon deux personnes proches des discussions.
M. El Aissami, qui a nié les accusations de trafic de drogue, soutenait depuis longtemps que le gouvernement devait abandonner son dogme marxiste pour assurer sa survie. M. Mendoza avait trouvé en lui une oreille attentive.
Les supplications de M. Mendoza ont abouti à une rencontre en 2018 avec la puissante première dame du Venezuela, Cilia Flores, selon cinq personnes proches de la réunion. Cette rencontre a donné lieu à un pacte informel qui tient toujours à ce jour : M. Mendoza quitterait la scène publique, et le gouvernement cesserait de harceler l’entreprise.
"Le gouvernement les frappait de plein fouet", a déclaré Jhonny Magdaleno, dirigeant syndical chevronné et ancien employé de Polar. "Puis, tout s’est arrêté d’un coup."
Polar n’a pas répondu aux questions détaillées posées dans le cadre de cet article.
À mesure que la réforme économique de M. El Aissami s’accélérait au cours de l’année écoulée, le dégel entre Polar et le gouvernement s’est également intensifié.
Les perquisitions dans ses locaux ont cessé. Et M. Maduro a cessé de parler de Polar et de ses concurrents, trouvant un nouveau bouc émissaire en la personne des États-Unis.
Le gouvernement a cessé de contraindre Polar à céder ses produits à des prix réduits. Aujourd’hui, selon des sources du secteur, le gouvernement fournit des matières premières aux principaux producteurs privés et négocie les achats alimentaires aux conditions du marché. Les magasins sont à nouveau bien approvisionnés, même si les produits restent hors de portée de la plupart des Vénézuéliens.
Les conditions du marché restent difficiles pour Polar. Bon nombre de ses usines sont fermées ou fonctionnent à une fraction de leur capacité, et l’entreprise a licencié environ 15.000 employés. Ces changements lui ont toutefois permis de se réinventer en tant qu’acteur plus petit et plus agile, se concentrant sur la clientèle aisée du Venezuela et compensant le déclin du marché intérieur par une expansion à l’étranger.
Les changements les plus importants ont concerné les relations de Polar avec son personnel. Finis les avantages sociaux légendaires qui soutenaient les travailleurs et leurs familles de l’enfance à la vieillesse, allant jusqu’à financer leurs funérailles.
L’entreprise a suspendu des milliers de travailleurs, avec l’accord tacite du gouvernement.
"Ils ignorent les plaintes, ils licencient les fauteurs de troubles", a déclaré M. Magdaleno, le dirigeant syndical. "Ils ne faisaient pas cela auparavant."
Miguel Pirona, militant syndicaliste chez Polar, a déclaré avoir été suspendu de ses fonctions en mars dernier dans la ville industrielle de Valence pour avoir protesté contre les coupes dans les avantages sociaux. M. Pirona a raconté que lorsqu’il a rassemblé un groupe de travailleurs devant l’usine pour manifester, ils ont été dispersés par des soldats.
"Avant, ils venaient nous aider", a déclaré M. Pirona à propos du gouvernement. "Maintenant, ils viennent nous menacer."
Malgré les coupes budgétaires, de nombreux employés restent fidèles à l’entreprise, qui, selon eux, offre toujours les meilleurs emplois ouvriers dans une économie en crise. Un employé de l’usine phare de farine de maïs gagne environ 50 dollars par mois, soit 20 fois le salaire minimum.
Mais rester fidèle à l’entreprise implique aussi de renoncer à l’image qu’on avait d’elle autrefois.
Darwin Carmona, 35 ans, a travaillé toute sa vie adulte à l’usine de bière de Polar à Caracas. Il a été suspendu sans salaire en 2016, comme des milliers d’autres, parce que l’entreprise affirmait être à court de matières premières.
Après qu’un tribunal eut statué en leur faveur, M. Carmona a déclaré que l’entreprise l’avait réintégré en février dernier, pour le suspendre à nouveau quelques mois plus tard. Lorsque sa fille nouveau-née s’est fracturé le coude en décembre, il s’est rendu compte que l’assurance maladie de Polar ne la couvrait plus.
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Central Unitaria de Trabajadores de Venezuela (CUTV) |
Les origines
Les antécédents sont liés à la création de la Confederación de Trabajadores de Venezuela (CTV). Celle‑ci est née des divergences et des affrontements entre les deux partis dominants Acción democrática (AD) et le Comité de Organización Política Electoral Independiente (COPEI) d’une part, et le PCV et le Movimiento de Izquierda Revolucionaria (MIR) d’autre part. Les divergences politiques générales et les contradictions quant aux méthodes de lutte et à l’opportunité de certaines actions avaient déterminé, dès 1936, une relation difficile et conflictuelle entre les différentes tendances syndicales.
En 1952 Marcos Pérez Jiménez accède à la fonction de président. En janvier 1958, le régime de dictature qu’il a mis en place est renversé. En février 1958, un gouvernement de coalition est formé, avec Rómulo Betancourt à sa tête. Les aspirations populaires ont rapidement été trahies. Débute alors une période d’actions de lutte armée contre le gouvernement dirigé par Betancourt et AD, en coalition avec COPEI et l’Union républicaine démocratique (URD). Les forces insurrectionnelles sont composées du PCV et du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), ainsi que de segments d’autres partis tels que l’URD, de différentes tendances politiques et sociales, et aussi de secteurs des Forces armées nationales. Le PCV et le MIR assument le rôle prépondérant.
Le 29 novembre 1960, les garanties constitutionnelles sont suspendues. L’organe du PCV, la "Tribune ouvrière", est interdit, cependant en janvier 1962 l’autorisation de reparaitre a été obtenue.
Le 4 mai 1962, une action civico-militaire éclate dans la ville de Carúpano, dans l’État de Sucre; l’évènement est couramment désigné comme le "Carupanazo". Des militaires progressistes ainsi que des dirigeants communistes et de gauche participent à ce soulèvement, des cadres du Parti communiste du Venezuela (PCV) sont directement impliqués. Les insurgés ont pris les armes contre le gouvernement national en occupant les rues et les bâtiments de la ville, l’aéroport et la station de radio Radio Carúpano, d’où a été diffusé un manifeste au nom du "Mouvement pour la restauration de la démocratie". Les effectifs militaires fidèles au gouvernement reprennent le contrôle de la ville; plus de 400 personnes, civils et militaires, ont été arrêtées, parmi lesquelles le député communiste Eloy Torres. Betancourt suspend à nouveau les garanties constitutionnelles, il accuse le PCV et le MIR d’être impliqués dans le soulèvement. Les activités des deux partis sur l’ensemble du territoire national sont suspendues par décret.
Le processus insurrectionnel s’est poursuivi, étant déployé sous la forme d’une guérilla urbaine et rurale, combinant toutes les formes de lutte, légales et illégales, armées et pacifiques, clandestines et ouvertes, publiques et de masse, y compris parlementaires, ainsi que deux soulèvements militaires et la participation d’importants secteurs des Forces armées nationales.
En avril 1967, le PCV a officiellement annoncé ce qui était déjà en train de se produire dans les faits, à savoir l’abandon de la tactique de la lutte armée. En mars 1969 il est légalisé.
La constitution de la CUTV comme organisation syndicale propre
La CUTV en tant que telle a vu le jour lorsque les dirigeants de l’AD et du COPEI au sein de la CTV ont décidé de traduire en tribunal disciplinaire les militants politiques du PCV, du MIR et de l’URD, et de convoquer un congrès extraordinaire de la CTV pour 1961. Lors de ce 3e Congrès de la CTV, l’expulsion définitive de ces syndicalistes a été confirmée et un Comité exécutif composé exclusivement de représentants de l’AD et du COPEI a été constitué. Le 31 mars 1963, le 4e Congrès des travailleurs du Venezuela, convoqué par les dirigeants syndicaux du PCV, du MIR et de l’URD, s’est ouvert publiquement au théâtre Anauco de Caracas. Les délégués étaient au nombre de 1..050, représentant 23 fédérations et 380 syndicats qui regroupaient 246.000 travailleurs affiliés. Dans sa "Déclaration de principes" et à travers l’ensemble des thèses adoptées, la centrale naissante a reprise les thèses fondamentales du 3e Congrès (de la CTV), réaffirmant son engagement en faveur de la transformation structurelle du Venezuela. L’affiliation du MIR à la CUTV dura jusqu’au début des années 70, lorsque les conflits internes au sein du PCV et l’émergence du Movimiento al Socialismo (MAS) ont provoqué un revirement dans l’activité syndicale du MIR.
Les difficultés à mener une action syndicale efficace, qui exigeait une politique de masse et le développement simultané de la lutte armée, ont empêché le développement et la croissance de la CUTV en tant qu’alternative réelle face à la CTV. Le 8 septembre 1967, le 5e Congrès des travailleurs, convoqué par la CUTV, s’est ouvert. Il comptait 516 délégués. Le document central débattu, intitulé "Programme d’unité d’action", contenait des propositions sur les salaires, l’emploi, la stabilité de l’emploi, le gel des prix et des propositions d’actions convergentes avec les autres centrales. Le 31 aout 1972, le 6e Congrès de la CUTV s’est ouvert avec la participation de 500 délégués, représentant 120 syndicats, 7 centrales régionales et 5 centrales sectorielles. Le congrès a débattu d’un programme d’action immédiat visant à améliorer les conditions économiques des travailleurs et à redéfinir sa position face à la division apparue en son sein suite à la création du MAS. L’intégration progressive au sein de la CTV du MIR, de Vanguardia Comunista et du MAS a eu pour conséquence que la CUTV est devenu une expression exclusive du PCV.