Industrie et lutte de classe
LA VOIX DES COMMUNISTES, no 34, 2e semestre 2026 – p. 4‑17
Un aspect central de la lutte de classe qui oppose les travailleurs aux capitalistes est la question de la défense des emplois. Pour subvenir à leurs besoins vitaux les travailleurs doivent quotidiennement se soumettre à l’exploitation de leur force de travail, source de profit pour le capital et, par là-même, de richesse pour les capitalistes. Être employé par une entreprise pour recevoir un salaire est vital pour un travailleur. Par conséquent les travailleurs sont naturellement poussés à agir contre l’éventualité de perdre leur emploi, d’être licenciés. C’est ce qu’on appelle "la défense de l’emploi".
Voilà ce qui est une revendication, un objectif de lutte, élémentaire. Mais il se trouve que ce constat évident est quasi inévitablement accompagné de multiples concepts et raisonnements qui, pour la plupart, embrouillent les visions à l’égard de ce sujet. Les travailleurs menacés d’être licenciés et agissant pour tenter de garder leur emploi sont confrontés à des difficultés dans l’organisation de la lutte. Le fond du problème, c’est qu’il faut établir un rapport de force permettant de gagner, tout en ne perdant jamais de vue le fait qu’il s’agit d’une lutte opposant la classe des travailleurs à la classe des capitalistes et que toute idée de conciliation entre les intérêts des premiers et ceux des deuxièmes est illusoire ‑ et que dans cette lutte l’illusion mène à la défaite.
Pour mettre en évidence la problématique, nous nous référons à l’orientation poursuivie de plus en plus ouvertement par la direction de la CGT.
On trouve naturellement des formulations élémentaires appropriées.
* Dans le sens de revendications :
– "défendre l’emploi et les savoir-faire";
– "augmenter les salaires : les salaires sont trop bas. Ils doivent être augmentés afin d’assurer une existence normale et digne à tous et afin de reconnaitre les qualifications, l’expérience et l’égalité salariale femmes-hommes".
* Et dans le sens de dénonciations :
– "externalisation des emplois industriels au profit de la sous-traitance : une partie des emplois considérés comme industriels seront présentés comme des emplois de services où les conventions collectives sont souvent moins protectrices, et les salaires souvent plus faibles";
– "politiques d’austérité".
Mais dès qu’il s’agit d’exposer des argumentations concernant plus généralement les problèmes de société, la CGT joue un rôle de semeur d’illusions et prêche sans hésitation une vision fantaisiste de la réalité du capitalisme[1] :
Il faut pour cela inventer un nouveau mode de développement, qui remette l’être humain et le travail au centre, dégagé des intérêts égoïstes au service de la finance, et permette l’implication citoyenne et la démocratie afin que le progrès technique renoue enfin avec le progrès social. Produire autrement et mieux nécessite de s’émanciper du mode de développement libéral qui raisonne à court terme et met en place le dumping social et environnemental pour dégager des marges importantes.
Manifestement ceux qui écrivent "mode de développement libéral" et "nouveau mode de développement" craignent de se retrouver en enfer si jamais ils écrivaient "mode de production capitaliste" et "abolition de la propriété privée des moyens de production". Ils n’ignorent pas cette question, et ils espèrent pouvoir faire semblant d’être "radicaux" avec des formulations vaseuses[2] :
L’appropriation collective des entreprises, et en premier lieu celles ayant une importance stratégique, est indispensable pour le développement économique et social sous des formes élaborées par les travailleurs eux-mêmes et les populations.
Autre exemple[3] :
Reprendre la main sur la finalité de notre travail, telle est notre ambition! Pour ne plus subir les évolutions et les transformations de l’outil de travail, anticipons davantage, travaillons ensemble, avec les États généraux de l’industrie et de l’environnement (EGIE), entre toutes les organisations de la CGT, à construire des projets de diversification, d’innovation et de transformation de l’appareil productif et de reconquête des services publics. En nous réappropriant les projets et activités de nos entreprises, nous pourrons bâtir une économie qui place les besoins des populations et l’environnement au centre et où les richesses sont partagées équitablement, où les décisions sont prises de façon collective et transparente, dans l’intérêt de toutes et tous.
Ces orientations de la CGT sont en harmonie avec les idées diffusées par le PCF[4] :
Non, la vraie question, ce n’est pas qui on met à la place de Macron, qui que ce soit, c’est de trouver comment remplacer les patrons pour gagner la réindustrialisation. Il faut que le monde du travail s’organise, il faut une mobilisation massive du monde du travail pour prendre en main les enjeux industriels, les besoins de formation, d’investissements. Tous ceux qui veulent créer, innover, produire, sont les bienvenus à condition qu’ils placent le travail et les savoir-faire au cœur et qu’ils acceptent de mettre leurs profits au second plan. […] Fabien Roussel tente de réorienter le parti communiste sur le travail et l’industrie. Mais certains font la fine bouche, comme si l’industrie était quelque chose de mal.
Certaines formulations sont carrément ridicules[5] :
La CGT a appelé le ministre à organiser des assises de l’industrie afin de définir une stratégie ambitieuse de réindustrialisation. Cette démarche doit reposer sur plusieurs leviers : […] la reconnaissance du rôle essentiel des salarié●es, […]
Le "rôle essentiel des salariés" dans le cadre de l’économie capitaliste consiste en la génération de la plus-value. Il serait absurde de demander aux employeurs de "reconnaitre" ce fait. Du point de vue des travailleurs, on pourrait penser à la question des salaires, mais le vocabulaire ‑ qu’on rencontre effectivement ici et là ‑ qui considère le salaire comme une "reconnaissance" du travail ‑ travail exploité ‑ est tout à fait inapproprié[6] :
Le travail doit être une source d’émancipation. Alors que les salariés sont les producteurs de richesses, les exigences de rentabilité immédiate conduisent à considérer l’humain comme du matériel, comme une variable d’ajustement des couts. Alors que les salariés sont par nature source de créativité, d’initiatives, nombre d’entre eux ont la boule au ventre en allant travailler.
L’objectif que la direction de la CGT prétend atteindre pour les travailleurs, c’est une vie heureuse ‑ assurée par le système économique capitaliste.
Tous ce qui vient d’être évoqué ci-dessus met en évidence une vision erronée, voire aberrante. Mais il se trouve que certains qui tentent de s’en démarquer, s’égarent dans des critiques confuses.
“Prendre le pouvoir”, une expression interprétée diversement
Ici, bien entendu, le contexte est celui dans lequel nous nous trouvons concrètement : une société basée sur les rapports de production capitalistes, dominée par la classe capitaliste. En outre nous supposons que l’objectif de la “prise du pouvoir” sera celui de passer de cette société capitaliste à une société communiste, conformément aux bases théoriques élaborées par Karl Marx, Friedrich Engels et Vladimir I. Lénine.
Sous l’angle de la théorie, des défauts de clarté peuvent provenir d’une connaissance incomplète et superficielle du marxisme.
Dans "Le manifeste du Parti communiste", section I. : Bourgeois et prolétaires[7] :
La Bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d’un long développement, d’une série de révolutions dans les modes de production et de communication.
Chaque étape de l’évolution parcourue par la Bourgeoisie était accompagnée d’un progrès politique correspondant.
État opprimé par le despotisme féodal, association se gouvernant elle-même dans la commune*; ici république municipale, là tiers-état taxable dé la monarchie; puis, durant la période manufacturière, contrepoids de la noblesse dans les monarchies limitées ou absolues; pierre angulaire des grandes monarchies, la Bourgeoisie, depuis l’établissement de la grande industrie et du marché mondial, s’est enfin emparé du pouvoir politique, ‑ à l’exclusion des autres classes, ‑ dans l’État représentatif moderne. Le gouvernement moderne n’est qu’un comité administratif des affaires de la classe bourgeoise.
* Note : C’est ainsi que les habitants des villes, en Italie et en France, appelaient leur communauté urbaine, une fois achetés ou arrachés à leurs seigneurs féodaux leurs premiers droits à une administration autonome.
Certains pensent qu’on pourrait modifier substantiellement cet état des choses en obligeant ce "comité de gouvernants gestionnaires" à se soumettre à des "exigences" formulées par le mouvement ouvrier. Une approche quelque peu différente affirme la nécessité de "déposséder les capitalistes du pouvoir"; c’est une formulation plus radicale que de vouloir les "obliger", mais dont la signification pratique reste floue.
Ce genre d’approche est loin de l’analyse historique exposée par Marx. En avril 1871, durant la bataille menée par les forces de la Commune de Paris, il se réfère à son texte "Le 18 brumaire de L. Bonaparte" (rédigé en 1851, publié en 1852)[8] :
J’y exprime l’idée suivante : la prochaine tentative révolutionnaire en France ne devra pas, comme cela s’est produit jusqu’ici, faire changer de main l’appareil bureaucratico‑militaire, mais le briser [souligné par nous ‑ ROCML]. Et c’est la condition préalable de toute véritable révolution populaire sur le continent. C’est bien là d’ailleurs ce que tentent nos héroïques camarades parisiens.
À notre époque encore, il s’agit de détruire l’appareil d’État tel qu’il a été et est toujours façonné par les capitalistes collectivement, sous différentes formes. La forme courante ‑ préférée pour des raisons pragmatiques ‑ est actuellement celle de la “république démocratique parlementaire”, mais contrairement à l’illusion que tente de maintenir la propagande officielle, le passage de cette forme à des formes de régimes implicitement ou explicitement dictatoriaux peut se produire sans enfreindre les règles de base intrinsèques appliquées par la bourgeoisie capitaliste dominante.
Toutefois, parallèlement aux questions de théorie, les difficultés de la pratique militante causent aussi des orientations erronées ou défectueuses. Nous aborderons cet aspect plus loin, ce qui inclura inévitablement la question de la "dictature du prolétariat".
"Désindustrialisation" et "réindustrialisation",
une conceptualisation tordue
La direction de la CGT note[9] : "Alors que les dividendes versés aux actionnaires ne représentaient que 5% de la valeur ajoutée dans l’industrie en 1985, ils en représentaient 25% en 2015", et interprète ce constat comme signe d’un "détournement des résultats de l’entreprise et des gains de productivité vers la rémunération du capital". Elle déplore le "manque de compétitivité des entreprises" et que l’industrie soit "fragilisée dans sa capacité à répondre aux besoins économiques, sociaux et environnementaux", et affirme que la cause de cet état de choses, ce "ne sont pas les salaires" (c’est-à-dire le "cout du capital"), mais "la primauté à la financiarisation de la gestion des entreprises industrielles" (c’est-à-dire la "rémunération du capital").
Et au sujet de l’État ‑ du gouvernement ‑, la CGT le critique parce qu’il "accompagne les entreprises face aux dérives financières"[10] et elle dénonce "l’absence totale de stratégie industrielle de l’État"[11]. Sophie Binet n’hésite pas à lancer des affirmations hasardeuses[12] : "À l’étranger, il n’y a pas de pays industriel qui n’ait pas de stratégie industrielle."
En lien avec ces critiques la CGT appelle le ministre à organiser des assises de l’industrie (c’est une vielle rengaine, déjà coutumière à l’époque de Philippe Martinez[13]) afin de définir une stratégie ambitieuse de réindustrialisation[14] :
Des solutions existent.
Pour la CGT, il est urgent de mettre en place des assises de l’industrie afin de définir les mesures qui permettront de sauver la production en France. Elle propose d’ores et déjà dix mesures, qui doivent s’appuyer sur des pouvoirs publics renforcés :
5 mesures d’urgence : moratoire sur les licenciements; dispositif national et territorial de gestion de crise industrielle; utilisation des leviers publics (préemption, entrée au capital, nationalisations ciblées); remboursement des aides publiques pour les entreprises qui font des bénéfices; pouvoir renforcé des salariés et élus locaux devant les tribunaux de commerce.
5 mesures structurelles : donner un pouvoir réel d’intervention aux travailleurs; mettre en place une sécurité sociale professionnelle et environnementale, assurant aux salariés le maintien du salaire en transition entre deux emplois; commande publique et politique d’achats comme leviers de transformation et bouclier antidumping; usage des aides publiques comme un levier de planification économique; tarifs règlementés de l’énergie et juste prix bas du carbone.
Tous les raisonnements de la direction de la CGT reposent sur un mécanisme du "non-dit". Le non-dit qui en toute logique est sous-entendu dans les discours cités, c’est que : a) la prédominance du système économique capitaliste est une réalité acceptée, non contestée; b) la “république démocratique parlementaire” est le meilleur système possible d’organisation politique de la société humaine.
Dans le cadre de cette perception globale, peuvent être abordées toutes sortes d’aspects, considérés ‑ selon les cas ‑ plus ou moins essentiels ou accessoires en rapport avec les problèmes d’économie. Parmi ceux qui apparaissent fréquemment, on peut évoquer, pêlemêle : mondialisation, néocolonialisme, néolibéralisme, protectionnisme, multinationales, délocalisations, désindustrialisation, réindustrialisation. Nous traitons ci-après cette dernière notion.
La question de l’industrie, des fluctuations de la "conjoncture" qui peuvent provoquer des fermetures de sites de production, et des suppressions de postes qui en résultent, constitue depuis longtemps un thème de choix pour les réformistes. Voici à titre d’exemple des extraits d’un texte datant de 2012, intitulé "Sortir de la crise : la nécessaire reconquête de l’industrie", de Nasser Mansouri-Guilani, directeur du Centre d’études économiques et sociales de la CGT[15] :
La crise en cours est systémique, multidimensionnelle. À crise de système, solutions systémiques! La reconquête de l’industrie fait partie intégrante de ces solutions systémiques. […] La logique financière a pénétré les entreprises industrielles, pour lesquelles l’exigence de rentabilité, surtout à court terme, est devenue déter-minante, amplifiant la désindustrialisation. […] Au contraire, la reconquête de l’industrie peut avoir pour objectif de répondre aux besoins économiques et sociaux. […] Il est donc absolument nécessaire de développer les services publics si l’on veut reconquérir l’industrie.
Trois raisons justifient la nécessité d’une réindustrialisation. 1‑ L’industrie constitue une source de gains de productivité. La recherche d’une économie plus prospère suppose donc de développer l’industrie. 2‑ Le développement industriel est indispensable à l’augmentation des salaires dans notre pays, car la baisse de l’emploi industriel pèse sur le niveau général des salaires. […] 3‑ […]
[…] Il faut que l’État se dote d’une vision à long terme. […] L’instauration d’une véritable démocratie sociale dans les entreprises donnant aux salariés le droit et les moyens d’intervention sur les choix stratégiques, constitue un enjeu fondamental. […]
Plus haut nous avons brièvement résumé notre analyse des orientations adoptées par la direction de la CGT. Toutefois, la question du rôle de l’industrie et de la place qu’elle prend dans le cadre de l’économie ‑ mondialement et au niveau de chaque pays ‑ est posée à divers niveau, et en particulier parmi les organisations se fixant comme objectif l’abolition du système d’économie capitaliste.
Historiquement, l’industrie comme élément essentiel des activités économiques émerge durant les années 1780 à 1850. Elle est au centre du système économique du capitalisme, lequel par la suite se développe dans le cadre du système capitaliste impérialiste au niveau mondial. Le texte de Lénine sur l’impérialisme est connu. Néanmoins voici un rappel des principaux points, puisque plus loin nous formulerons quelques observations à ce sujet.
Lénine :
Premièrement, le monopole est né de la concentration de la production […] les monopoles sont engendrés par la concentration de la production. […] les monopoles ont entrainé une mainmise accrue sur les principales sources de matières premières […] le monopole est issu des banques […] elles détiennent aujourd’hui le monopole du capital financier […] l’"union personnelle" du capital industriel et du capital bancaire […] Une oligarchie financière qui enveloppe d’un réseau serré de rapports de dépendance toutes les institutions économiques et politiques sans exception de la société bourgeoise d’aujourd’hui […] le monopole est issu de la politique coloniale. Aux nombreux "anciens" mobiles de la politique coloniale le capital financier a ajouté la lutte pour les sources de matières premières, pour l’exportation des capitaux, pour les "zones d’influence", ‑ c’est-à-dire pour les zones de transactions avantageuses, de concessions, de profits de monopole, etc., ‑ et, enfin, pour le territoire économique en général. Quand […] le monde entier se trouva partagé, alors commença forcément l’ère de la possession monopoliste des colonies et, partant, d’une lutte particulièrement acharnée pour le partage et le repartage du globe.
Depuis, l’évolution de ce système a traversé des périodes successives marquées par des phénomènes variées. Il ne s’agit pas d’étapes distinctes, dont chacune serait basée sur des caractéristiques propres remplacées par d’autres durant l’étape suivante.
Quelques constats peuvent illustrer cette réalité.
* Lénine observait que le capital financier était désormais lié aux banques et non plus à la bourse. Or, en l’état actuel des choses, le capital financier ‑ de dimensions fortement élargies en comparaison des années 1920 ‑ est composé autant du secteur des banques que de celui des bourses de valeur.
* Après la 2nde Guerre mondiale, des luttes de libération nationale et plus précisément des mouvements pour l’établissement d’un État national indépendant ont abouti à la dislocation ‑ incomplète ‑ des empires coloniaux. La concurrence pour le partage du monde s’est poursuivie sous des formes moins directes, par des dispositifs de financement internationaux et des investissements de la part des groupes multinationaux. À la différence du colonialisme antérieur, tel ou tel pays concerné n’est plus sous domination directe d’une seule puissance impérialiste déterminée. Néanmoins, les évènements actuels montrent que l’objectif des "empires" impérialistes englobant une région entière ‑ conçu en respectant le contexte global postcolonial ‑ fait toujours partie des projets envisagés par les puissances impérialistes dominantes. Ainsi Poutine propage l’idée d’une Russie englobant tout le continent "eurasien", et Trump imagine pouvoir étendre la domination US sur tout le continent des Amériques du Groenland jusqu’au Cap Horn.
* À partir des années 1970 s’est établi un contexte désigné par les termes équivalents de "mondialisation" ou "globalisation". Les flux financiers se développent selon des voies et des moyens variés, dont les investissements croisés entre les principaux pays impérialistes. Les opérations selon ces mêmes mécanismes étaient d’usage aussi antérieurement. Dans les années 1920, de nombreuses grandes entreprises US disposaient d’importants investissements en Allemagne, dont IBM, General Motors, Ford. D’autres sociétés US, sans effectuer des investissements directs, ont conclu des partenariats stratégiques avec des entreprises allemandes, par exemple Standard Oil of New Jersey (l’actuel Exxon). Au début des années 1930, un cercle d’une vingtaine des plus grandes entreprises US entretenait des liens avec l’Allemagne.
Quand il s’agit d’investissements effectués à l’étranger par de grands groupes ayant leur centre dans les pays impérialistes dominants, un critère de choix consiste à cibler des localisations et des contextes qui permettent de faire en sorte que la valeur de la force du travail ‑ rémunérée par le salaire ‑ se trouve réduite. Ainsi, après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, les chefs d’entreprise US possédant des actifs en Allemagne observaient le régime national-socialiste : celui-ci respectait les principes de base du capitalisme tout en accentuant l’emploi de la force répressive à l’égard des travailleurs. La plupart des entreprises en Allemagne, y compris les succursales américaines, pouvaient ainsi réduire considérablement leurs couts de main-d’œuvre.
En résumé, depuis l’apparition du système capitaliste, d’une façon ou d’une autre se sont approfondies les interconnexions qu’il crée, à distance ou à proximité, unilatérales ou bilatérales, couvrant quasiment la planète entière dans tous les sens. Les pays ont privilégié tantôt plus d’intégration économique et tantôt plus d’isolement, selon le contexte géopolitique et au gré des idéologies, des technologies et d’autres facteurs. La phase actuelle est marquée par une remise en cause des liens existants, mais le principe d’une économie "mondialisée" persiste.
Pour en venir à la question de la "désindustrialisation", voici une citation prise au hasard[16] :
C’est à partir de 1972 que l’on observe une baisse drastique de la part de l’industrie française dans le PIB. Pendant près de 50 ans, les chiffres n’ont cessé de chuter, pour atteindre 9% en 2020, contre 19% en 1972. De son côté, l’évolution des emplois dans l’industrie manufacturière reste probablement le marqueur le plus parlant de la désindustrialisation. En effet, la part d’emplois industriels représentait 37,4% en 1982, contre 13,3% en 2020. Si certains territoires ont réussi à compenser la destruction d’emplois par de nouvelles activités ou une automatisation de leur production, d’autres se sont retrouvés durablement dans une situation de crise économique. La fermeture de nombreux sites industriels a provoqué une perte de compétences et de savoir-faire, clés pour la renaissance industrielle.
Les données concrètes citées sont effectivement significatives. Néanmoins le terme couramment employé de "désindustrialisation" est mal choisi. À partir de chiffres statistiques et d’observations factuelles partielles utilisés dans les argumentations, il extrapole implicitement une tendance vers "zéro industrie". C’est une interprétation viciée, renforcée par un effet d’œillères dû au fait qu’elle se focalise strictement sur le cadre national de la France.
Pour nous, la problématique de l’industrie ‑ comme toutes les autres ‑ doit être examiné en tenant compte de la situation du système capitaliste impérialiste dans sa globalité, au niveau mondial. Évidemment, il faut affiner les analyses jusqu’au niveau national, mais pas isolément du global. La bourgeoisie française, le capital "français", les entreprises implantées en France sont intrinsèquement intégrés dans le système capitaliste impérialiste mondial, et ce fait influence l’ensemble de leur "conscience professionnelle", propre à la classe capitaliste.
Alors, si le terme "désindustrialisation" nous parait inapproprié pour décrire la réalité visée, cela est encore plus le cas pour le terme "réindustrialisation". Ce dernier, utilisé pour désigner un objectif, signifie qu’il faut "ramener l’industrie" dans le pays, la "sauver", l’idée étant au bout du compte qu’il faut "sauver la France"… mais tel que le problème est posé, il s’agirait de la France capitaliste.
Autour de l’industrie, des enjeux multiples
Qu’il y ait un phénomène de déplacement des activités industrielles, des pays impérialistes dominants vers des pays n’ayant pas atteint ce stade ‑ surtout vers des pays à développement économique fortement limité ‑ est un fait avéré. Et une analyse de ce fait doit prendre en considération les mécanismes de cette évolution dans ces deux sphères concernées du système économique mondial. Mais pour être pertinente, cette analyse doit aller de pair avec un examen de l’ensemble des facteurs qui interviennent à l’égard du secteur industriel dans les pays impérialistes concernés. Les décisions concernant l’industrie présente dans ces pays ont des motivations multiples, qui ne se réduisent pas à la diminution des couts salariaux. Fondamentalement, la seule et unique motivation qui anime le capital ‑ les capitalistes ‑ est de faire des profits, le maximum de profits (donc, évidemment, pas de satisfaire les besoins des travailleurs) et cela sera toujours ainsi sous le capitalisme. La question des salaires est un élément primordial, mais d’autres peuvent être importants également, en fonction de circonstances particulières. En résumé, le contexte global est caractérisé par les enjeux de la concurrence interimpérialiste, qui ne se limitent pas à la question du cout de la main-d’œuvre.
En premier lieu, l’arrière-plan qui détermine les mouvements des capitaux est double, il est composé des détenteurs des capitaux d’une part, et de l’autre, des gouvernements nationaux. Comme indiqué plus haut, ces derniers sont "un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière". Mais il s’agit de deux sphères dont les domaines et modalités d’action et d’influence sont différents. Les capitalistes gèrent le capital dont ils sont propriétaires, ils le "font travailler" selon les "opportunités" qui laissent espérer l’obtention de bénéfices (profits). Or l’économie capitaliste, comme tout autre système économique, ne fonctionne pas dans une sphère virtuelle, elle s’ancre sur un territoire et en contact avec des populations. Les gouvernements s’occupent d’entretenir de manière appropriée ce cadre sur lequel viennent se greffer les structures propres aux entreprises créées et entretenues par les capitalistes. Or les responsabilités qui dans ce contexte incombent aux deux "partenaires" sont strictement et précisément circonscrites. Les capitalistes sont libres de retirer les capitaux investis du pays concerné; quant aux gouvernements impliqués, ils ne sont pas chargés d’assurer le bienêtre des habitants, ils veillent seulement à adapter la vie des personnes en adéquation avec les critères découlant des activités économiques, du point de vue des capitalistes.
Le montant des bénéfices réalisés par une entreprise est influencé non seulement par les caractéristiques du procès de production ‑ durant lequel intervient la valeur de la force du travail ‑, mais aussi par la phase de vente des marchandises. Dans le produit sortant de l’usine, la plus-value qu’il porte en lui est virtuelle. Pour que cette plus-value engendre des bénéfices comptables, la marchandise doit trouver acheteur, c’est ainsi seulement que son prix de vente se transforme en chiffre d’affaires. Ce facteur intervient également pour le choix des localisations de production, en coordination avec les considérations concernant la force de travail.
* Le cout de la main-d’œuvre
n’est pas le seul critère déterminant
le choix des implantations d’usines
Airbus en Chine [17]
Pour répondre à la demande mondiale, Airbus produit la famille A320 dans quatre sites d’assemblage final : à Hambourg (Allemagne), à Toulouse (Haute-Garonne), à Mobile (USA), et à Tianjin (Chine). Avec ce réseau industriel mondial, l’avionneur cherche à augmenter progressivement ses cadences de production afin d’alimenter les deux marchés les plus dynamiques du transport aérien : l’Asie et l’Amérique du Nord.
En Chine le niveaux des salaires des travailleurs est réduit. Mais l’implantation industrielle d’Airbus est motivée aussi par l’objectif d’un volume de vente élevé. Présent en Chine depuis 2008 (à l’époque avec une chaine de montage), Airbus y a assemblé près de 780 appareils et détient désormais 55% du marché chinois (loin des 10% enregistrés dans les années 1990), devant Boeing. Une nouvelle chaine d’assemblage final est en cours de construction et multipliera par 2 ses capacités de production en Chine. Opérationnelle en 2026, elle doit permettre d’atteindre son objectif de 75 A320 produits par mois d’ici à 2027, contre environ 60 aujourd’hui.
USA/Europe – industrie pharmaceutique
Le secteur de l’industrie pharmaceutique est marqué par des aspects de fonctionnement par-ticuliers, liés aux systèmes de santé organisés diversement selon les pays et les régions. En Europe, les prix des médicaments sont régulés, contrairement aux USA où ils sont plutôt élevés. Peu après être élu président en 2025, Trump a lancé une manœuvre pour mettre sous pression les laboratoires, en menaçant d’appliquer des droits de douane élevés. Dans un premier temps les laboratoires pharmaceutiques ont exprimé leur hostilité, le laboratoire Roche ayant même indiqué qu’une telle mesure remettait en question ses investissements dans le pays.
Les USA représentent le plus gros marché pharmaceutique dans le monde, avec plus de 44% des ventes mondiales, d’après les chiffres des entreprises du médicament datant de 2023. À titre de comparaison, la France est à 2,9% et le Canada à 1,9%. Ultérieurement, de nombreux laboratoires européens ont annoncé de gros investissements aux USA. Le britannique AstraZeneca a annoncé investir 50 milliards de dollars d’ici à 2030 aux USA, afin d’y fabriquer des médicaments, d’étendre certaines productions, et de financer ses programmes de recherche. Avec cet investissement, le laboratoire qui a enregistré déjà plus de 40% de son chiffre d’affaires aux USA l’année précédente, compte réaliser un chiffre de 80 milliards de dollars d’ici à 2030, "dont 50% générés aux USA". Parmi les autres laboratoires qui ont réagi en annonçant y investir : le suisse Roche a promis un investissement de 50 milliards de dollars jusqu’à 2030. Novartis, un autre laboratoire suisse, a avancé le chiffre de 23 milliards. En mai 2025, le français Sanofi a annoncé 20 milliards.
Trump se montre émerveillé, il commente sur son réseau social Truth Social[18] : "Les prix des médicaments vont diminuer de 59%, et ce n’est pas tout! L’essence, l’énergie, les courses, et toutes les autres dépenses, ça baisse. Pas d’inflation!" Par la suite des accords de baisses de prix aux USA sont conclus avec Pfizer, AstraZeneca, EMD Serono (une filiale du laboratoire allemand Merck), Novo Nordisk et Eli Lilly, puis en décembre neuf nouveaux accords sont annoncés, avec Sanofi, Novartis, MSD, GSK, Gilead, Genentech, Amgen, Bristol Myers Squibb et Boehringer Ingelheim. De fait, 16 des 17 grands groupes pharmaceutiques mondiaux que Trump a sommés, dans une lettre, le 31 juillet 2025, de réduire drastiquement leurs prix aux USA, sous peine de les matraquer de droits de douane, ont signé des accords avec le gouvernement[19]. Le dernier laboratoire à manquer à l’appel, l’américain Regeneron, devrait suivre d’ici peu.
Pourtant, des commentaires réalistes relativisent les relations entre différents aspects[20]. "Ces investissements représentent avant tout une tendance de fond, ils ont dû être programmés depuis des mois voire des années. C’est aux USA que les entreprises réalisent une énorme part de leur chiffre d’affaires, avec une rentabilité supérieure"[21], les prix des médicaments étant beaucoup plus élevés que dans la plupart des autres pays.
Les réactions aux efforts de Trump pour obtenir des baisses de prix des médicaments vont de pair avec des démarches en Europe, concernant la question des prix, mais en sens inverse. Mi-avril 2025, une trentaine de laboratoires, parmi lesquels Novo Nordisk, Pfizer, Roche, Sanofi, Merck, GSK, Eli Lilly et Servier, ont rédigé une lettre à l’attention de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen[22]. Dans ce courrier, les patrons de ces grands groupes réclament à l’Europe "des mesures audacieuses" en matière de compétitivité. Sans quoi "d’ici à trois mois, 16,5 milliards d’euros d’investissements prévus pourraient être transférés hors d’Europe". Dans le détail, ils demandent de revoir la politique des prix des médicaments en Europe, qui serait moins avantageuse qu’outre-Atlantique, mais aussi le cadre règlementaire comme la durée du processus pour les essais cliniques.
Des revendications ont été répétées une nouvelle fois par les patrons de Novartis et Sanofi dans une tribune publiée dans le Financial Times fin avril 2025[23]. "Les perspectives sont prometteuses aux USA, grâce à des politiques et règlementations favorisant un accès rapide et large des patients aux médicaments innovants. Malheureusement, ce n’est pas le cas de l’Europe", écrivent ainsi Vas Narasimhan (Novartis) et Paul Hudson (Sanofi).
Les laboratoires US sont bien placés dans la hiérarchie mondiale du secteur.
Laboratoires US :
Pfizer, N°2; AbbVie, N°4; Merck & Co, N°5;
Johnson & Johnson, N°7;
Bristol-Myers Squibb, N°9; Eli Lilly, N°10.
Laboratoires Europe :
Roche, Suisse, N°1; Novartis, Suisse, N°3;
GlaxoSmithKline, Royaume-Uni, N°6;
Sanofi, France, N°8.
Ainsi, dans le cas traité ici, les efforts déployés pour inciter les groupes pharmaceutiques étrangers à installer des sites aux USA ne sont pas motivés par des considérations liées à l’"industrialisation".
* La fermeture d’usines n’est pas due
à un objectif qui serait de faire
de la France "un pays sans usines"
Le cas d’ArcelorMittal France
Le 27 novembre 2025 l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi de La France insoumise visant à nationaliser ArcelorMittal France, dans un contexte de grande difficulté pour la sidérurgie française[24]. Le gouvernement, défavorable à la mesure, estime que la bataille se mène à l’échelle européenne.
Les origines d’ArcelorMittal France datent de juin 1948, avec la constitution d’Usinor (Union sidérurgique du nord de la France)[25]. L’entreprise nait de la fusion de deux grands groupes sidérurgiques, les Forges et aciéries du Nord et de l’Est, et les Forges et aciéries de Denain-Anzin. Le groupe s’impose rapidement comme l’un des acteurs majeurs de la sidérurgie française, aux côtés de Sacilor. Par ailleurs, en décembre 1950, est constitué le groupe Sidélor (Union Sidérurgique Lorraine) par la fusion, dans une même société, de plusieurs mines de fer et usines sidérurgiques.
Dans les années 1960, Usinor fait deux choix stratégiques majeurs : l’acquisition du groupe sidérurgique Lorraine Escaut et la concentration de ses investissements sur les usines de produits plats. En 1964 intervient la création de la Société des Aciéries et Laminoirs de Lorraine (Sacilor) par Sidélor et Wendel&Cie (en 1871 a été créée la Société des Petits‑fils de François de Wendel et Cie (transformée en Société de Wendel et Cie en 1880).
En 1982, sous l’influence de la crise sidérurgique des années 1970, l’État décide de nationaliser Usinor et Sacilor, dans le cadre du grand plan d’étatisation de nombreux secteurs de l’économie voulu par le nouveau président, François Mitterrand. En 1983, Usinor ferme ses usines historiques de Denain. Prévue dès leur nationalisation, la fusion entre Usinor et Sacilor intervient en 1986. Cette restructuration s’accompagne d’une réduction d’effectifs de plusieurs milliers de postes. Certaines usines du groupe en France reprennent alors le nom historique de Sollac (Société lorraine de laminage continu), appellation qui sera toutefois de nouveau abandonnée après 2005.
Au cours des années 1990, Usinor-Sacilor ‑ alors détenue à 80% par l’État, et 20% par le Crédit lyonnais ‑ recentre ses activités sur des produits considérés comme haut de gamme (aciers plats et longs au carbone, inox, etc.). Cette transformation s’accompagne d’une nouvelle vague de licenciements, présentée comme nécessaire au redressement du groupe. En 1995 l’État organise la cession au public de la majorité du capital d’Usinor-Sacilor. La plus grande part est réservée aux investisseurs institutionnels, l’État ne retient que 8%. En 1997 le groupe reprend le nom d’Usinor.
En 2001, Usinor fusionne avec le Luxembourgeois Arbed et l’Espagnol Aceralia. La nouvelle entité, baptisée Arcelor ‑ contraction des noms Arbed, Aceralia et Usinor ‑ prend la tête de l’industrie mondiale de l’acier, avant d’être dépassée en 2004 par le groupe indien Mittal. En 2006, Mittal Steel lance une OPA hostile sur Arcelor. L’opération aboutit à leur fusion et donne naissance au plus grand groupe sidérurgique mondial : ArcelorMittal.
En 2014, le site de Dunkerque (Nord) devient un centre stratégique pour le groupe. ArcelorMittal annonce une nouvelle initiative pour construire à Dunkerque sa première usine d’acier zéro carbone, avec l’aide de l’hydrogène vert, dans le cadre du plan "H2 Green Steel". Le projet est finalement abandonné. ArcelorMittal suspend fin 2024 ses plans d’investissements dans la décarbonation en Europe. Depuis 2008, la production d’acier dans l’UE a diminué de 30% pour atteindre en 2023 son plus bas niveau historique, et 100.000 emplois ont disparu. Arcelor Mittal France envisage alors de fermer plusieurs sites. En 2025, ArcelorMittal France compte 15.350 salariés, répartis sur ses 40 sites de production. En avril, ArcelorMittal annonce la suppression de plus de 600 postes en France, dont près de la moitié à Dunkerque. Parmi les facteurs motivant cette mesure, sont évoqués la baisse de la consommation en Europe, la concurrence de la Chine avec son acier à bas prix, les prix élevés de l’énergie en Europe, les taxes douanières pesant sur les exportations vers les USA. En juin, le groupe cède au sidérurgiste japonais Nippon Steel la participation (50%) dans leur coentreprise américaine Calvert[26].
Commentaire
Les développements et transformations parcourus par ce complexe d’industrie sidérurgique ont été les résultats de décisions prises par les détenteurs des capitaux incarnant en termes d’argent les installations et ressources physiques qui composent ‑ dans leurs constellations successives ‑ les moyens de production concernés. Ces décisions étaient déterminées par l’objectif de réaliser des bénéfices (profits). Au fil du temps, les capitalistes impliqués ont observé des réalités et évènements complexes ‑ qui en bonne partie échappaient à leur contrôle ‑, et ont finalement décidé de se désengager pour chercher ailleurs des moyens pour "faire travailler" leurs fortunes.
Quant au gouvernement, son rôle de "comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière" (voir plus haut) n’impliquait nullement l’obligation de prendre le relais des investisseurs "défaillants". On ne peut rien reprocher à un gouvernement, à part d’être ce qu’il est : un gouvernement faisant partie d’une superstructure basée sur l’économie capitaliste. Des forces politiques considérées "de gauche", et aussi la CGT, s’affairent autour d’une proposition de loi "visant à la nationalisation d’ArcelorMittal France afin de préserver la souveraineté industrielle de la France". Rien de bien n’en sortira.
Par quelles voies, quelles actions
mener la lutte?
En premier lieu il faut clairement déterminer l’objectif : l’abolition, en France, des rapports sociaux de production capitalistes et l’instauration de rapports sociaux de production socialistes. La base de toute société consiste en sa structure économique, mais celle-ci est intrinsèquement liée à un régime politique et juridique déterminé, mis en œuvre par ce que l’on nomme "l’appareil d’État".
Ainsi, en fixant comme objectif l’instauration de rapports sociaux de production socialistes, il faut déterminer le régime politique à mettre en place ‑ de fait, l’acte politique sera le premier pas vers la réalisation de l’objectif tel qu’il est fixé du point de vue de l’économie. À cet égard, l’étude des écrits de Lénine est indispensable.
Une particularité fondamentale de l’objectif posé consiste dans le fait qu’un mouvement révolutionnaire au sens non figuré, c’est‑à‑dire insurrectionnel, sera nécessaire pour l’atteindre. Il faudra vaincre le pouvoir détenu institutionnellement par la classe capitaliste. En Russie, en 1917, a été renversé le régime tsariste; et les forces dirigées par le Parti communiste bolchévique ont instauré la dictature du prolétariat. Lénine insiste à diverses reprises sur la caractéristique fondamentale de cet évènement, qui incarne la façon dont ‑ dans l’avenir, partout dans le monde ‑ les combats pour l’abolition du capitalisme en faveur du socialisme devront nécessairement se dérouler[27] : "La question de la dictature du prolétariat est la question essentielle du mouvement ouvrier moderne dans tous les pays capitalistes." Concernant le terme "dictature" en général[28] : "La notion scientifique de dictature s’applique à un pouvoir que rien ne limite, qu’aucune loi, qu’aucune règle absolument ne bride et qui se fonde directement sur la violence." Et donc[29] : "La dictature révolutionnaire du prolétariat est un pouvoir conquis et maintenu par la violence, que le prolétariat exerce sur la bourgeoisie, pouvoir qui n’est lié par aucune loi." Précision : Un processus révolutionnaire, une fois déclenché, passe fatalement par une période plus au moins prolongée de confrontations violentes, puis atteint une issue par la défaite de l’ennemi, avec une situation stabilisée dominée par un pouvoir nouvellement établi en concordance avec les objectifs de la révolution. Les explications de Lénine concernent ce processus.
Parallèlement à ces considérations de portée générale, il est essentiel de se référer aux caractéristiques concrètes de la révolution d’octobre 1917 en Russie dans son déroulement historique. Le 2e congrès de l’Internationale communiste (juillet-aout 1920) a adopté des "Thèses sur les conditions pour la création de soviets des députés ouvriers"[30] :
En Russie, les soviets des députés ouvriers naquirent pour la première fois en 1905, au moment du grand enthousiasme du mouvement révolutionnaire des ouvriers russes. Déjà en 1905, le soviet pétersbourgeois des députés ouvriers fit d’instinct ses premiers pas vers la conquête du pouvoir. […] Lorsqu’en 1916, au début d’un nouvel et puissant effort révolutionnaire, l’idée naquit en Russie de créer promptement des soviets de députés ouvriers, le parti bolchévik prévint les ouvriers du danger que présentait la formation immédiate de soviets en leur faisant remarquer qu’ils ne seraient opportuns que le jour, où la révolution aurait commencé, l’heure venue de livrer combat pour le pouvoir. Au début de la révolution de février 1917, en Russie, les soviets des députés ouvriers se transformèrent en soviets de députés ouvriers et soldats. Ce n’est qu’après les journées de juillet et l’insuccès de l’attentat contrerévolutionnaire de Korniloff[31], que les grandes masses populaires se mirent en branle et que se produisit le krach du gouvernement contrerévolutionnaire des bourgeois-conciliateurs, que les soviets de députés ouvriers s’épanouirent à nouveau et gagnèrent dans le pays une influence exclusive. […]
Les faits précités prouvent que des prémices déterminées sont nécessaires pour créer les soviets. On ne pourra donc organiser des soviets de députés ouvriers, et les transformer en soviets de députés ouvriers et soldats, que lorsque seront réunies trois conditions précises, à savoir : a) enthousiasme révolutionnaire général dans les milieux les plus vastes composés d’ouvriers et d’ouvrières, de soldats et de toute la population laborieuse; b) crise économique et politique poussée au point où le pouvoir échappe peu à peu des mains du gouvernement précédent; c) lorsque dans les rangs des masses de travailleurs et, avant tout, dans ceux du parti communiste a muri la ferme résolution d’engager une lutte décisive, systématique et d’après un plan arrêté, pour la conquête du pouvoir.
Actuellement en France l’éventualité de la création de "soviets" se situe évidemment au‑delà de l’horizon atteignable dans un futur proche, ni même moyennement éloigné. Néanmoins les organisations marxistes-léninistes doivent orienter leur activité et leur propagande en gardant cette référence comme boussole[32].
Au cas où ces conditions ne sont pas remplies, les communistes peuvent et doivent propager systématiquement et opiniâtrement l’idée des soviets, la vulgariser dans les masses, démontrer aux plus profondes couches de la population que les soviets constituent la seule forme gouvernementale correspondant aux besoins de la période de transition au communisme intégral.
Nous nous efforçons effectivement de "propager systématiquement et opiniâtrement l’idée des soviets". Mais en même temps il faut assumer ‑ énergiquement et patiemment ‑ la tâche de défense des intérêts des travailleurs, à tous les égards. C’est au cours de ces activités militantes qu’apparaissent les difficultés que nous devons affronter. Dans le cadre du texte présent, concernant la question de la "désindustrialisation", il s’agit avant tout de la lutte contre les fermetures de sites et les suppressions d’emplois, dans le secteur de l’industrie. Or, dans la pratique, les luttes revendicatives dans ce cadre sont souvent marquées par la formulation de mots d’ordre et d’objectifs qui tendent vers le réformisme.
Exemple, un tract du PCRF, "Message de soutien aux salariés de JTEKT en lutte!"[33] :
Le Parti Communiste Révolutionnaire de France apporte tout son soutien fraternel et de classe aux salariés de Jtekt, en lutte pour la préservation des emplois.
Le corps de l’article formule des explications et des revendications correctes. Cependant, le texte se termine sur l’annonce d’une "campagne nationale intitulée “Accusons le capitalisme”, sur des thèmes comme “Pour nos emplois”".
Il explique que l’objectif est :
de lier les revendications quotidiennes de la classe ouvrière avec la nécessité du renversement révolutionnaire du capitalisme-impérialisme associé à l’édification du Socialisme-Communisme. Dans un premier temps en rassemblant la classe ouvrière et toutes les victimes du capitalisme autour de mots d’ordre comme "pour le maintien de tous les emplois et l’interdiction de tous les licenciements!", "pour la nationalisation sans indemnisation et avec contrôle ouvrier des monopoles qui cassent l’emploi!", etc.
"Maintien de tous les emplois", "interdiction de tous les licenciements" ‑ ce sont des exigences incompatibles avec le système capitaliste. Vue sous cette angle, la lutte échouera fatalement.
Alors de deux choses l’une : soit les militants du PCRF sont bêtement têtus, soit ils suivent un raisonnement particulier (qu’on trouve chez les trotskistes) : "les travailleurs vont apprendre par l’expérience que la satisfaction de ces revendications ne peut pas être obtenue sous le capitalisme", et qu’il faut donc "aller plus loin".
Un tract plus ancien du PCRF, "Réindustrialiser le pays, c’est combattre le capitalisme", pousse d’ailleurs le paradoxe (ou l’hypocrisie) jusqu’à l’absurde[34] :
Mettre en discussion la question de la désindustrialisation du pays et surtout la nécessité de réindustrialiser, est une initiative de la CGT extrêmement importante. Parce que la classe ouvrière est amenée à devenir la classe dominante de ce pays, si elle récupère sa conscience de classe et sa capacité à entrainer lʼensemble des couches populaires, cela doit contribuer à lui faire aborder les problèmes en tant que porteuse des intérêts de lʼavenir de la Nation. […]
Par conséquent se battre pour la réindustrialisation, cʼest se battre contre le capitalisme, non pas pour lʼaméliorer mais pour le renverser. On peut faire tous les plans, on peut faire tous les investissements publics possibles, lʼexpérience montre que le grand Capital ne change en rien sa détermination à tenter de réaliser les profits maximums de la manière la plus rentable pour lui.
Cʼest donc avant tout en jouant son rôle de syndicat de lutte de classe, combattant le capitalisme et ses méfaits dans tous leurs aspects, que la CGT pourra le mieux jouer son rôle pour la réindustrialisation du pays. Ce combat passe par l’exigence de la nationalisation des groupes monopolistes et financiers sans indemnisations des gros actionnaires (autre chose sont les petits épargnants et les fonds de participation des travailleurs) et des propriétaires de grandes fortunes! Sur cette base les investissements doivent être publics, décidés à partir dʼun appareil dʼÉtat nouveau qui soit le représentant du peuple travailleur et dans le cadre dʼun plan centralisé élaboré démocratiquement en fonction des besoins des travailleurs et de lʼavenir de lʼhumanité en ce qui concerne les retombés écologiques.
Il nʼy a là rien à inventer. Cela s’appelle la première étape du communisme : le socialisme!
Évoquer vaguement "un appareil dʼÉtat nouveau qui soit le représentant du peuple travailleur", puis terminer en affirmant qu’il s’agit là de "la première étape du communisme : le socialisme" ‑ c’est une manipulation éhontée du marxisme-léninisme. Si l’on accepte les enseignements de la révolution de 1917 en Russie, on sait que la réalisation du socialisme comme première étape du communisme nécessite l’instauration préalable de la dictature du prolétariat. Si l’on rejette l’idée de la dictature du prolétariat, il faut le dire clairement, et ne pas faire semblant de se référer à la conception marxiste-léniniste de la révolution prolétarienne.
Contrôle ouvrier
L’idée d’un principe de "contrôle ouvrier" a fait l’objet de critiques de fond à l’époque de l’Internationale communiste. Cette idée continue d’être évoqué ici et là par des organisations politiques et aussi dans le cadre de la CGT. En général, les formulations sont confuses. Le flou artistique qui les caractérise témoigne de l’incompréhension qui règne à ce sujet. Par exemple[35] :
Les secteurs comme celui de la Chimie, entre autres, doivent faire l’objet d’une expropriation des actionnaires, avec socialisation des moyens de production et un contrôle ouvrier sur la production. Ce ne sera qu’en renversant le système capitaliste que nous trouverons enfin la sécurité et la dignité de l’emploi, hors de toute logique de rentabilité, et que nous pourrons jouir pleinement des richesses que nous produisons.
Nous ne pouvons attendre aveuglément d’être chacun, chacune, aux bords du précipice pour réagir face aux patrons lorsqu’ils prétendent qu’ils n’ont pas d’autre option que de licencier. Nous devons imposer l’ouverture des livres de comptes! Toutes les entreprises doivent dévoiler leurs comptabilités aux représentants des travailleurs afin que nous puissions observer la situation réelle. C’est le premier pas vers un véritable contrôle ouvrier, qui, en cas de dérive et de mensonges pour nous enlever des droits, doit nous mener systématiquement dans le combat de classe contre le massacre massif de nos emplois, de nos conditions de travail, de nos salaires, et empêcher toute usine de fermer ses portes ou de délocaliser sa production par la grève et l’occupation.
Le deuxième paragraphe reste plus ou moins limité à des considérations concernant la lutte syndicale revendicative en tant que telle. Mais l’approche indiquée par le premier paragraphe tourne autour du pot. Il est question de "renverser le système capitaliste", mais l’affirmation que "les secteurs comme celui de la Chimie, entre autres, doivent faire l’objet d’une expropriation des actionnaires, avec socialisation des moyens de production et un contrôle ouvrier sur la production" ne spécifie nullement que cet objectif implique impérativement, au préalable, la prise du pouvoir par le prolétariat (et il faut être clair : la prise du pouvoir telle que l’a mise en œuvre la révolution de 1917 en Russie).
Cela dit, il n’y a pas de mystère. Ces tendances au sein de la CGT sont favorisées notamment par des organisations trotskistes. Voici par exemple des explications exposées par le syndicat CGT d’Unilever-HPC-France[36] :
Face à la casse sociale massive qui a cours aujourd’hui dans le pays, il faut l’affirmer haut et fort : ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise! Plus que jamais, le monde du travail doit défendre ses intérêts sans concessions au patronat, pour le maintien de tous les emplois en revendiquant l’interdiction des licenciements ainsi que l’embauche immédiate en CDI des travailleurs précaires, CDD, intérimaires ou contractuels. Il faut avec cela se battre pour l’expropriation sous contrôle des travailleurs des entreprises qui ferment et licencient ainsi que le contrôle ouvrier sur la production.
En bas du texte il est signalé : "Publié par Révolution permanente"; c’est-à-dire qu’il s’agit d’une propagande de l’organisation trotskiste "Révolution permanente" relayée par la CGT[37].
Cette propagande trotskiste est clairement réformiste, tout en ciblant, par opportunisme revendicatif, des préoccupations axées sur tel ou tel aspect particulier[38] :
Nous devons réaffirmer que seule une production sous contrôle ouvrier permettra de faire face aux enjeux sanitaires et écologiques.
Au sujet de la conception du "contrôle ouvrier" telle qu’elle était discutée et rejetée dans le cadre de l’Internationale communiste, voici l’extrait d’un document qui examinait de près la problématique[39] :
En septembre 1917, Lénine dans sa brochure La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer, posa et justifia le mot d’ordre du contrôle de la production. Par contrôle il entendait avec raison un système de revendications politiques et économiques se complétant mutuellement. Comme mesures principales il fixait les suivantes :
1. Fusion de toutes les banques en une seule contrôlée par l’État, autrement dit nationalisation des banques;
2. Nationalisation des syndicats, c’est-à-dire des groupements capitalistes les plus importants exerçant un monopole (sucre, naphte, charbon, métallurgie, etc.);
3. Suppression du secret commercial;
4. Obligation pour tous les industriels, commerçants et patrons de se grouper en syndicats;
5. Groupement obligatoire ou encouragement au groupement de la population en sociétés de consommation soumises au contrôle de l’État.
(Lénine : Sur la Route de l’Insurrection, p. 72 [40].)
Lénine reliait étroitement ces revendications à celle de l’instauration de la dictature du prolétariat. Les adversaires des bolchéviks reprochaient à Lénine le caractère syndicaliste de la revendication du contrôle ouvrier. Lénine dans sa brochure Les bolcheviks conserveront-ils le pouvoir? répondit que le contrôle de la production mettait au premier plan le facteur politique et était indissolublement lié à la conquête du pouvoir politique par le prolétariat.
Lorsque nous posons le mot d’ordre "contrôle ouvrier", en l’accompagnant, en le faisant précéder invariablement de celui de "dictature du prolétariat", nous expliquons par là même de quel État il s’agit. L’État est l’organe de la domination d’une classe. De laquelle? Si c’est de la bourgeoisie, l’on a alors l’État "cadet-kornilovien-kérenskiste"[41] sous lequel le peuple ouvrier gémit déjà depuis plus de six mois. S’il s’agit de l’État prolétarien, c’est-à-dire de la dictature du prolétariat, le contrôle ouvrier peut devenir l’enregistrement complet, exact et minutieux de la production et de la répartition des produits. C’est là qu’est la principale difficulté, c’est là qu’est le problème capital de la révolution prolétarienne, c’est-à-dire socialiste. Sans les soviets ce problème, tout au moins en Russie, serait insoluble. Les soviets fixent le travail d’organisation par lequel le prolétariat pourra résoudre ce problème d’une importance historique mondiale.
(Lénine : Sur la Route de l’Insurrection, p. 125 [42]).
C’est ainsi également que fut posée la question du contrôle de la production à la première conférence des comités d’usines qui eut lieu à Pétrograd le 12 juin 1917. Après le discours de Lénine, la conférence adopta la résolution des bolcheviks, dans laquelle il était dit :
L’application méthodique et fructueuse de toutes les mesures indiquées n’est plus possible que par le passage de tout le pouvoir politique aux mains des soviets de députés ouvriers soldats et paysans.
De ces explications de Lénine, il ressort que le contrôle de la production est inséparable des mesures politiques révolutionnaires du prolétariat. Un contrôle de la production sans les soviets est un non-sens. Un contrôle de la production sans armement du prolétariat est un non-sens. Un contrôle de la production sans une lutte directe pour la dictature du prolétariat est un non-sens. En d’autres termes, le contrôle de la production est une conception sommaire impliquant toutes les mesures économiques pour lesquelles lutte le prolétariat dans une situation révolutionnaire aigue et que l’on ne peut réaliser qu’an moyen de la conquête du pouvoir politique. Le contrôle de la production, outre les prémices politiques de la lutte prolétarienne révolutionnaire, implique la nationalisation; en tout cas, il est inséparable de cette deuxième mesure de la dictature prolétarienne.
Il faut aborder l’objectif
de la révolution prolétarienne
sans user de détours
La situation actuelle se caractérise par un dilemme. L’objectif doit toujours être l’élimination du système capitaliste par une révolution, et la construction de la société socialiste, communiste. Mais les conditions préalables ‑ la prise de conscience en ce sens au sein de la classe ouvrière et la formation du parti révolutionnaire du prolétariat ‑ restent dans un état embryonnaire. Parmi les militants et organisations qui se placent subjectivement dans la perspective d’une révolution socialiste, la tendance à biaiser dans leurs activités est très répandue. Ils se retrouvent de fait dans une impasse, et tournent en rond.
Pour avancer réellement vers l’objectif, il faut en permanence mener de front la lutte autour des deux aspects : défense des intérêts matériels du prolétariat dans le cadre de la société capitaliste, et propagande en faveur de la révolution prolétarienne qui instaurera la dictature du prolétariat afin d’entamer la construction d’une société socialiste.
L’élément essentiel pour pouvoir lier intrinsèquement les deux aspects, c’est la construction du parti du prolétariat ‑ des travailleurs conscients de faire partie d’une classe, la classe ouvrière opposée à la classe des capitalistes. Ce parti fait défaut dans les conditions actuelles, et le chemin pour le construire sera long. Pour avancer vers l’objectif, il faut surtout éviter ce qui caractérise les démarches de la plupart des organisations et militants, qui cèdent au dilemme que représente ce grand écart entre deux problématiques parallèles et qui se réfugient vers un terrain "entre deux" vaseux.
[1]. https://www.cgt.fr/actualites/industrie/pourquoi-et-comment-relancer-une-industrie-en-france
[2]. https://www.cgt.fr/actualites/industrie/pourquoi-et-comment-relancer-une-industrie-en-france
[3]. https://ftm-cgt.fr/wp-content/uploads/2025/10/2025_DOC-ORIENTATION_43E.pdf
[4]. https://levenissian.fr/La-desindustrialisation-coeur-du-declin-francais-et-si-le
[5]. https://www.cgt.fr/comm-de-presse/desindustrialisation-face-lurgence-letat-peut-et-doit-agir
[6]. https://www.cgt.fr/actualites/industrie/pourquoi-et-comment-relancer-une-industrie-en-France
[7]. Karl Marx & Frédéric Engels : Manifeste du parti communiste; Paris, Ère nouvelle, 1895. (Une traduction faite par Laura Marx avait été publiée en 1885; celle-ci a été revue par Engels pour l’édition de 1895.)
Voir également l’annexe au présent texte.
[8]. Lettre de Marx à Ludwig Kugelmann, 12 avril 1871.
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18710412.htm
Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1851).
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.pdf
[9]. https://www.cgt.fr/actualites/industrie/un-contexte-industriel-national-inquietant
[10]. https://www.cgt.fr/actualites/industrie/un-contexte-industriel-national-inquietant
[11]. https://ugictcgt.fr/intervention-binet-ugict/
[12].‘https://www.lindependant.fr/2025/01/22/face-aux-nombreux-licenciements-des-salaries-et-la-cgt-appellent-vivement-le-gouvernement-a-sortir-du-deni-12462628.php
[13]. https://www.humanite.fr/social-et-economie/cgt/philippe-martinez-un-pays-sans-industrie-est-un-pays-sans-avenir
[14]. https://www.cgt.fr/actualites/france/industrie/industrie-la-situation-est-catastrophique
[15]. http://projet.pcf.fr/19060
[16]. https://bigmedia.bpifrance.fr/etudes/reindustrialisation-ou-en-est-la-france
[17].‘https://www.usinenouvelle.com/aero-spatial/aeronautique/air-france-klm/face-a-la-saturation-des-usines-europeennes-dairbus-transavia-ira-chercher-ses-nouveaux-a320neo-directement-en-chine.MXFZR5KVABEXDEQPZ2NCW6QZBU.html
https://www.gifas.fr/press-summary/airbus-ouvre-une-deuxieme-ligne-d-assemblage-d-a320-en-chine
https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/aeronautique/des-milliards-de-dollars-pour-airbus-la-mega-commande-de-101-a320neo-par-china-eastern-airlines-se-confirme_AV-202603250425.html
[18]. Le 12/05/2025.
https://www.lespecialiste.be/fr/actualites/trump-annonce-un-decret-pour-faire-baisser-les-prix-des-medicaments-aux-USA.html
[19]. https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/20/aux-USA-la-victoire-en-trompe-l-il-de-donald-trump-pour-faire-baisser-les-prix-des-medicaments_6663328_3234.html
[20].‘https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/chimie-pharmacie/astrazeneca-sanofi-la-methode-trump-attire-les-laboratoires-europeens-aux-USA-1030141.html
https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/20/aux-USA-la-victoire-en-trompe-l-il-de-donald-trump-pour-faire-baisser-les-prix-des-medicaments_6663328_3234.html
[21]. Virginie Lefebvre-Dutilleul, avocate Associée chez EY, spécialisée dans le secteur de la santé.
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/chimie-pharmacie/astrazeneca-sanofi-la-methode-trump-attire-les-laboratoires-europeens-aux-USA-1030141.html
[22].‘https://www.ouest-france.fr/europe/ue/des-laboratoires-pharmaceutiques-menacent-de-retirer-des-investissements-deurope-5d860c16-1a2a-11f0-a759-74724e64dd56
[23].‘https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/chimie-pharmacie/astrazeneca-sanofi-la-methode-trump-attire-les-laboratoires-europeens-aux-USA-1030141.html
[24].‘https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/11/28/l-assemblee-nationale-adopte-une-proposition-de-loi-de-lfi-visant-a-nationaliser-arcelormittal_6655163_823448.html
https://www.senat.fr/rap/l25-410/l25-410_mono.html
[25]. http://www.nicau.be/patural.html
https://www.la-croix.com/economie/arcelormittal-chronologie-d-une-entreprise-symbole-des-soubresauts-de-la-siderurgie-20251128
[26].‘https://investir.lesechos.fr/actu-des-valeurs/la-vie-des-actions/arcelormittal-conclut-un-accord-pour-racheter-les-50-de-nippon-steel-dans-amns-calvert-2124665
[27]. V. Lénine, Contribution à l’histoire de la question de la dictature (Note), Œuvres, tome 31, Paris, Éditions sociales, 1961, p. 352.
[28]. Ibid., p. 366.
[29]. V. Lénine, La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, Œuvres, tome 28, Paris, Éditions sociales, 1961, p 244.
[30]. https://www.rocml.org/References-ML/ic-1920-07-08-theses-creation-soviets-ouvriers/
[31]. Le général Lavr Kornilov a entrepris une tentative de putsch de forces réactionnaires en aout/septembre 1917, pendant la révolution russe.
[32]. https://www.rocml.org/References-ML/ic-1920-07-08-theses-creation-soviets-ouvriers/
[33]. Le 26 avril 2025.
https://pcrf-ic.fr/Message-de-soutien-aux-salaries-de-947
[34]. Tract distribué aux Assises de l’industrie, organisées le 22 février 2017.
https://pcrf-ic.fr/IMG/pdf/tract_reindustrialisation_version_integrale_fev2017.pdf
[35]. https://fnic-cgt.com/wp-content/uploads/2025/03/MILITANT-476.pdf
[36]. https://www.cgt-unilever-hpc-france.com/2024/12/chimie.html
[37]. Effectivement :
https://www.revolutionpermanente.fr/Casse-sociale-a-Arkema-150-postes-menaces-suite-a-l-annonce-de-la-fermeture-de-Vencorex
[38]. https://www.revolutionpermanente.fr/Arkema-Les-travailleurs-de-Pierre-Benite-prets-a-repartir-en-greve-contre-les-suppressions-d
[39]. L’Internationale communiste (organe du Comité exécutif de l’Internationale communiste), année 1928, nr. 3 (p. 186‑187).
C’est un extrait d’un document produit par le Bureau politique du Comité central du Parti communiste d’Allemagne (KPD), intitulé "Le “Programme d’action” de Brandler (Réponse)", de janvier 1928. Pour une reproduction intégrale, voir :
https://www.rocml.org/References-ML/kpd-1928-01-bp-za-programme-action-brandler-reponse/
[40]. V. Lénine, La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer; Œuvres, tome 25, Paris, Éditions sociales, 1971, p. 357‑358.
[41]. Cadets : Parti constitutionnel-démocrate (dit K.D. selon les initiales en russe, ou Cadets).
Kornilov : voir note 32.
Alexandre Kerenski, dirigeant du Parti socialiste-populiste du travail (formé comme scission du Parti socialiste-révolutionnaire).
[42]. V. Lénine, Les bolchéviks garderont-ils le pouvoir?; Œuvres, tome 26, Paris, Éditions sociales, 1967, p. 100‑101.
















